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 Dernières étapes

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Scarlett Smith
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MessageSujet: Dernières étapes   Dim 28 Déc - 23:27

Jeudi matin
Quartier sorcier de Glasgow



« Pour Madame votre grand-mère, nous avons aussi des fauteuils lévitants, très pratiques sur les longues distances, faciles à manier et vendus avec le petit plus de la Maison Stratton & Son : l’enchantement qui permet de passer inaperçu chez les non-sorciers ! »

Visiblement très fier de son produit, et apparemment très désireux de le vendre malgré son prix exorbitant, l’employé de chez Stratton & Son ponctua son descriptif élogieux d’un large mouvement de la main, invitant les deux femmes qui lui faisaient face à le suivre. Impatiente d’en finir, Scarlett allait poliment décliner l’invitation et demander qu’on lui dise simplement combien coûtaient les articles qu’elle avait déjà sélectionnés, mais à peine ouvrit-elle la bouche que, d’un air farouche et déterminé, Elyanie passa prestement devant elle et suivit le vendeur sans un mot. Connaissant sa grand-mère sur le bout des doigts, et s’attendant donc au pire, la jeune femme lui emboîta rapidement le pas tout en se mordant la lèvre inférieure.

Arrivée devant le fameux fauteuil, dont les chromes brillaient de milles feux, la petite troupe s’arrêta, le vendeur à sa tête. Un immense sourire rien moins que sincère ornant son visage d’harpagon, l’homme tendit une main qui se voulait gracieuse vers l’objet rutilant et souffla d’un air de conspirateur :

« Voyez cette merveille ! C’est le modèle le plus évolué du marché. D’ailleurs –cela reste entre nous, évidemment – le Ministre de la Magie en a commandé un, pas plus tard que la semaine dernière, pour Madame sa mèr… »

Mais le commerçant n’eut pas le loisir de finir sa phrase. Blême de colère, Elyanie Perck s’approcha vivement de lui, l’index pointé sous son nez proéminent.

« Est-ce que vous me comparez à cette vieille dinde, jeune homme ? J’espère que non parce que dans le cas contraire – cela reste entre nous, bien sûr – je vous donnerais la plus belle correction de votre vie d’adulte ! »

La menace, bien qu’émise d’une voix calme et mesurée, était particulièrement effrayante si bien que le vendeur, qui semblait tout à coup avoir perdu sa belle assurance, demeura interdit, la bouche légèrement entrouverte. Cependant, la vieille femme ne paraissait pas en avoir totalement terminé avec lui et reprit :

« Pas la peine de prendre votre air de poisson qu’on aurait jeté hors de l’eau ! Pour qui me prenez-vous, Monsieur ? Je suis encore capable de me déplacer seule ! J’ai peut-être l’air d’une vieille femme, mais je peux toujours vous botter les fesses, soyez-en sûr ! Et votre fauteuil lévitant, vous pouvez vous…
- Granny ! s’écria Scarlett, contenant avec peine un éclat de rire. Je crois que Monsieur a compris. On devrait aller à la caisse et filer à la gare. Le train part dans une heure. »

Pour appuyer son argumentation, la jeune femme désigna la pendule qui trônait au centre du magasin. Elyanie hésita. Elle avait encore deux mots à dire ce blanc-bec qui avait osé essayer de lui vendre un fauteuil pour vieilles gâteuses. Mais de toute évidence, sa Lettie avait raison. Le train n’attendrait pas qu’elle ait terminé d’incendier ce misérable freluquet pour partir. Dommage.

Se détournant avec toute la superbe dont elle était capable, Elyanie se dirigea vers la caisse, sans adresser un regard au vendeur, qui l’observait toujours, horrifié, la bouche ouverte et les bras ballants. Eprouvant encore toutes les peines du monde à ne pas éclater de rire, Scarlett suivit docilement sa grand-mère, après avoir gratifié le commerçant d’un haussement d'épaules et d'un regard faussement navré.

Lorsqu’elle rejoignit Elyanie à la caisse, celle-ci se tourna vers elle et lança d’une voix encore animée par la colère :

« Non mais quel toupet ! Heureusement que tu étais là, Lettie, sinon… Sinon je lui flanquais mon poing dans la figure à ce minet. Et on aurait vu qui a besoin d’un fauteuil lévitant après ça ! »

N’y tenant plus, Scarlett partit d’un grand éclat de rire. Elle mit de longues secondes avant de pouvoir répliquer :

« Grandma, tu es incorrigible ! Tu crois que la Brume te laisseras passer, si elle se rend compte que tu es la terreur des jeunes hommes ? »

Et la jeune femme rit de nouveau, incapable de conserver son sérieux plus longtemps. Cela lui faisait tellement de bien de voir sa grand-mère en si bonne forme, de pouvoir rire avec elle, sans retenue. La dernière crise lui semblait si loin, à cet instant. Pourtant, elle avait duré deux jours entiers, les empêchant de quitter leur hôtel. Puis, elle était passée, sans raison apparente, et Scarlett avait préféré repoussé leur départ de quelques jours encore, pour qu’Elyanie puisse reprendre des forces. Aujourd’hui, elle paraissait en pleine possession de ses moyens, aussi vive et emportée qu’elle l’était avant sa maladie. C’était rassurant et cruel à la fois, tous ces rétablissements et toutes ces rechutes. Scarlett en était arrivée à penser à Sywhaîd de plus en plus souvent et de plus en plus fort. Elle pressentait que la Noble Lande était son unique espoir de guérir sa grand-mère…


Lorsqu’elles sortirent du magasin, qui se trouvait à quelques mètres de leur hôtel, les deux femmes se hâtèrent de récupérer leurs bagages puis s’engouffrèrent dans le Glasgow non-sorcier, en direction de la gare. Elles devaient bientôt prendre un train pour Glennfinnen, la dernière étape de leur voyage avant la rencontre décisive avec la Brume.

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Scarlett Smith
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MessageSujet: Re: Dernières étapes   Mar 30 Déc - 23:42

Jeudi après-midi
Dans le train qui mène à Glennfinnen

« Elle est à quoi ?
- Cerise.
- Hmmm ! J’en prendrais bien une ! » S’exclama Elyanie, un sourire gourmand aux lèvres.

Levant les yeux au ciel, Scarlett poussa un soupir amusé, coinça sa propre sucette dans un coin de sa joue et plongea la main dans son vieux sac en cuir. Elle farfouilla quelques instants à l’intérieur – apparemment, il y régnait un sacré désordre – puis en sortit une sucette à bout rouge vif. Elle la tendit à sa grand-mère tandis qu’un sourire espiègle naissait sur son visage.

« Tiens, en v’la une. Mais fais attention Granny, tu pourrais perdre tes dents… »

La vieille femme accueillit la taquinerie avec un haussement d’épaules et une légère grimace. Elle s’empara sans hésitation de la sucette, retira le papier plastique qui la protégeait puis l’engloutit avec un air de défi.

« Effrontée ! » Marmonna-t-elle finalement, la friandise logée contre l’une de ses joues rendant sa diction déplorable et complètement hilarante.

Comme l’on pouvait s’y attendre, il n’en fallut pas davantage pour que Scarlett éclate d’un rire frais et spontané, qui brisa le silence morne qui régnait dans l’ensemble du wagon. Quelques têtes se tournèrent, des murmures désapprobateurs jaillirent de-ci, de-là, mais la jeune femme continua de rire, insensible à ces manifestations ennuyeuses et conformistes. Elle se fichait pas mal de ce que ces gens pouvaient penser d’elle ou de sa grand-mère. Les années avaient beau passer, elle demeurait déterminée à agir comme bon lui semblait et celui qui l’empêcherait de rire quand l’envie lui en prenait n’était pas encore né.

Néanmoins, Scarlett retrouva peu à peu son calme et, après avoir repliée sans façon l’une de ses jambes sur son siège, elle se plongea dans la contemplation du paysage qui défilait derrière les fenêtres du train. La lande écossaise était recouverte de givre et de neige et brillait d’un éclat aveuglant. Toute cette blancheur avait quelque chose d’inquiétant et de familier à la fois. Elle lui rappelait les nuages qui voilaient les yeux d’Elyanie, lorsqu’elle sombrait et entrait en crise. Mais elle réveillait également des souvenirs plus doux, plus lointains… Elle faisait ressurgir des images du Grand Nord et de son regretté Château, témoin de tant de péripéties et de tant de joies. Tout cela semblait si loin aujourd’hui et pourtant, de quand datait son retour à la civilisation ? A peine plus de deux ans. Cependant, tant de choses avaient changées… Elle avait tellement changée.

« A quoi penses-tu ? » Susurra Elyanie, d’une voix douce et emplie de tendresse.

« Oh… Rien… Rien d’important. »Mentit la jeune femme, avec un sourire qui se voulait léger.

Mais Scarlett n’avait jamais été très douée pour mentir, surtout à sa grand-mère. Aussi, elle évita son regard et, à la recherche de sa contenance, se remit à farfouiller dans son sac. Alors qu’elle n’y cherchait rien d’autre qu’une échappatoire, elle en sortit tout de même une feuille de papier affreusement froissée, qu’elle étala sur la tablette qui lui faisait face avec application. C’était une carte, sur laquelle la jeune femme avait tracé le chemin qui devait les conduire à la Brume. Elle l’observa un moment puis remarqua d’une voix où l’on percevait une certaine inquiétude :

« Nous allons d’voir beaucoup marcher, Grandma. J’espère que…
- Ne t’en fais pas pour moi, ma petite fille. Je suis encore solide et ce ne sont pas quelques kilomètres qui m’font peur.
- J’sais bien, Grandma mais… C’est un peu plus que quelques kilomètres.
- Ca ira, je te dis ! Arrête donc de t’inquiéter comme ça. » Conclut Elyanie avec une grande douceur.

Elle sourit à Scarlett, attrapa tendrement son menton entre ses doigts puis reprit, une émotion mal contenue dans la voix :

« Où est passé mon insouciant petit cygne ? »

Détournant lentement son regard plein de larmes, la jeune femme ne répondit rien, trop troublée pour émettre un seul son. Elle se replongea dans la contemplation de la lande écossaise, un nœud dans la gorge. Le cygne insouciant qu’elle avait été s’était envolé depuis que la maladie d’Elyanie s’était déclarée. Scarlett n’était plus capable de vivre au jour le jour, de refuser toutes responsabilités. Aujourd’hui, elle se sentait responsable de grand-mère, garante de sa guérison. Comment aurait-elle pu continuer à envisager l’existence avec légèreté et égoïsme alors que la personne qu’elle chérissait le plus au monde souffrait d’un mal inconnu ?

Mais elle ne pouvait avouer tout cela à Granny. La vieille dame se sentirait coupable et c’était ce que Scarlett voulait éviter à tous prix. Elyanie ne devait penser qu’à une chose : guérir et recouvrer ses forces. La jeune femme était prête à tout pour cela, même à devenir l’ombre d’elle-même…

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MessageSujet: Re: Dernières étapes   Mer 31 Déc - 18:04

Vendredi, aux environs de 7h30
Glennfinnen




Nerveuse, Scarlett se débattait avec ses allumettes. Ses doigts glacés, agités, ne parvenaient pas à en enflammer une seule et la boîte serait bientôt vide. De plus, Granny ne tarderait pas à se réveiller et la jeune femme ne voulait pas qu’elle s’aperçoive de son absence. Sa grand-mère ignorait qu’elle s’était remise à fumer et cela devait absolument continuer.

Laissant échapper un juron plutôt salé, Scarlett tapa du pied et fronça les sourcils, le regard sombre. Elle venait de briser une énième allumette et la cigarette coincée entre ses lèvres n’était toujours pas allumée. Son impatience menaçait de la rendre folle, mais elle tenta pourtant de calmer la nervosité démesurée qui l’habitait. Si elle ne parvenait pas à retrouver son sang-froid, elle ne fumerait jamais cette foutue clope. Or, elle en avait véritablement besoin. Ses nerfs étaient à vif et, à part une séance d’entraînement acharné, elle ne connaissait rien de plus efficace qu’une dose de nicotine pour lui procurer un semblant de sérénité. C’était illusoire, Scarlett en avait parfaitement conscience ; mais puisqu’elle se retrouvait dans l’impossibilité de danser pour éclaircir ses idées, la cigarette lui offrait une compensation qu’elle ne pouvait se refuser. Elle avait terriblement besoin d’un peu de paix, aussi chimérique fût-elle.

Alors qu’elle était au prise avec une nouvelle allumette, qui se montrait aussi récalcitrante que les précédentes, la jeune femme sentit un frisson remonter le long de son dos ; une sensation qui ne trompait pas. On l’observait. Agacée, Scarlett se détourna et libéra son visage des quelques mèches qui s’y étaient égarées. Elle scruta la petite cour, baignée de la pâle lumière d’un matin d’hiver, et finit par apercevoir, adossé non loin de la porte qui menait à l’auberge, la mince silhouette d’un homme. Un homme dont elle ne pouvait distinguer les yeux mais qui l’observait, à coup sûr, et qui semblait lui sourire ou plutôt, se moquer d’elle.

« Quoi ? Tu veux ma photo ? » Pesta-t-elle, une ombre menaçante obscurcissant son regard.

« Pourquoi pas ? Mais à une condition… J’veux ton numéro derrière. » Répliqua immédiatement l’homme, tout en se détachant du mur et faisant quelque pas vers elle.

Scarlett eut alors le loisir d’observer son visage qui, à l’image de sa voix un peu enrouée, ne manquait pas d’un certain charme. Et il avait de l’aplomb, du culot même, deux qualités qui avaient le don de piquer et d’intriguer la jeune femme.

Elle retira prestement la cigarette qu’elle avait aux lèvres puis répondit du tac-au-tac :

« Tu préfères pas celui d’mon frère ? T’es son genre. »

Un court silence suivit cette provocation, pendant lequel Scarlett plongea un regard insolent dans celui de son interlocuteur. Il avait les yeux verts, rieurs, et lui rendait son regard avec une forme d’ironie pleine d’orgueil qui était véritablement irritante. Il répartit finalement, s’étant encore approché de quelques mètres :

« Une prochaine fois, peut-être. On m’a toujours conseillé d’commencer par la sœur. »

Cette fois, c’en était trop. Furieuse, Scarlett s’élança vers l’homme et brandit un poing vengeur. Il allait voir de quel bois elle se chauffait ! Elle était peut-être danseuse étoile, mais elle avait passé suffisamment de temps en compagnie exclusivement masculine pour savoir cogner. Alors qu’elle balançait son poing vers la mâchoire du type, avec une précision et une puissance impressionnantes pour une femme, celui-ci leva vivement sa main et réussit, avec peine, à attraper le poing de la jeune femme avant qu’il n’atteigne son visage.

Il s’en était fallu d’un cheveu et, néanmoins, l’homme eut l’audace de rire à gorge déployée. Blême de rage, Scarlett tenta de libérer sa main, avec le projet de réattaquer sans attendre, mais l’étreinte de l’inconnu était forte. Lorsqu’il cessa enfin de rire, il plongea ses yeux dans ceux de la jeune femme et lui adressa un sourire charmeur, qui la prit légèrement de cours. Elle lui aurait bien craché à la figure mais… Mais ladite figure était plutôt séduisante, ce qui la fit hésiter.

Son trouble devait se lire dans ses yeux car le sourire de l’homme s’agrandit et il souffla avec douceur :

« Tu m’donnerais même pas ton e-mail ? »

Vexée, ébranlée et peut-être légèrement séduite, Scarlett finit par dégager sa main et faire quelques pas en arrière. Elle toisa l’homme avec l’air le plus hautain que son gracieux visage pouvait revêtir puis répondit :

« Même pas en rêve. »

Et elle se retrouva bêtement face à ce charmant inconnu, débout, arborant une expression qui ne lui était pas familière. Un soupir s’échappa d’entre ses lèvres et elle passa négligemment ses doigts dans ses cheveux. Cette situation était vraiment trop… Bête. Il n’y avait pas d’autre mot.

Elle reporta son attention sur le jeune homme et marmonna de mauvaise grâce :

« Mon prénom, en échange d’une clope et d’un briquet. »

Visiblement amusé, l’inconnu rétorqua :

« Ton prénom, le numéro d’ta chambre et la durée d’ton séjour ici. »

Sentant venir un sourire, Scarlett se mordit la lèvre puis proposa, l’air dégagé :

« Mon prénom et la durée d’mon séjour, c’est ma dernière offre. »

L’homme fit quelques pas dans sa direction et murmura « Vendu », tout en lui tendant une clope et un zippo, apparemment en argent. Scarlett s’en saisit, alluma rapidement la cigarette et prit une taffe, savourant la fumée qui s’engouffrait dans sa gorge. Elle s’accorda une seconde taffe, encore meilleure que la première, avant de déclarer :

« Scarlett. J’pars demain matin. »

Et pour la première fois, elle adressa un sourire à l’inconnu, ses yeux brillants de malice. L’homme lui rendit son sourire et alluma une cigarette à son tour, sans quitter la jeune femme des yeux. Elle soutenait son regard, tout en se disant qu’elle ferait mieux de finir rapidement sa clope et de rejoindre sa grand-mère. Elle pressentait qu’en restant plus longtemps, elle se laissait plus ou moins prendre au piège. Cependant, quelque chose l’empêchait de bouger et peut-être n’était-ce pas sans rapport avec le charme qui se dégageait de l’inconnu.

« Moi c’est Andy. Et, surprenante coïncidence, j’pars aussi demain. »

Il sourit. Il avait un de ces sourires doux et troublants qui font manquer un battement de cœur.

« Ma chambre, c’est la 36. »

Il écrasa son mégot dans un cendrier non loin de lui, adressa un imperceptible clin d’œil à la jeune femme puis se dirigea vers la porte qui menait au hall de l’hôtel.

Lorsqu’il eut disparu, Scarlett poussa un long soupir et leva les yeux au ciel. Elle avait eu tort de jouer le jeu, c’était certain. Mais cela faisait si longtemps qu’on ne l’avait pas séduite ainsi… Ils avaient été nombreux à essayer, mais peu étaient parvenus à leurs fins. La jeune femme avait été trop investie dans le New York City Ballet puis trop bouleversée par la maladie de Granny pour avoir autres choses que de rares liaisons sans lendemain. Et puis, il y avait des souvenirs tenaces, qu’elle n’avait jamais eu vraiment envie de chasser de sa mémoire…

Mais cette fois, il y avait eu un petit déclic. Rien à voir avec un coup de foudre ou même un coup de cœur et cependant, Scarlett s’était sentie soudainement très femme, ce qui ne lui était pas arrivé depuis un bon moment.

Sa cigarette terminée, elle plongea ses mains dans les poches de son vieux jean et se mordilla la lèvre.

Ma chambre, c’est la 36.

Cette phrase résonnait bizarrement dans son esprit. Mais il était bien sûr hors de question qu’elle… Quoi, d’ailleurs ? A quoi rimaient tous ces bavardages intérieurs ? Elle n’était pas là pour s’envoyer en l’air avec le premier venu, elle était là pour accompagner sa grand-mère à Sywhaîd. Rien ne devait perturber ses plans. Surtout pas cet Andy, et surtout pas la chambre 36.

« Idiote » Lâcha-t-elle finalement pour elle-même, tout en se dirigeant vers l’intérieur de l’auberge.

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Scarlett Smith
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MessageSujet: Re: Dernières étapes   Jeu 1 Jan - 17:14

Vendredi, 20h00
Restaurant de l’hôtel
Glennfinnen



Assises à l’une des tables qui faisaient face à la porte, Scarlett et Elyanie étudiait leur menu en silence, quoiqu’un sourire amusé flottât sur les lèvres de la jeune femme et qu’une expression dubitative planât sur celles de sa grand-mère. Au bout de quelques secondes, la vieille dame reposa la carte sur un coin de la table et s’éclaircit la gorge. Haussant un sourcil, Scarlett lui lança un regard interrogateur. Elyanie jeta un rapide coup d’œil aux autres tables, pour vérifier qu’on ne pouvait l’entendre, puis chuchota d’une voix embêtée :

« C’est très… traditionnel. »

Scarlett dut se mordre l’intérieur des joues pour ne pas éclater de rire. Elle fit mine d’étudier à nouveau le menu puis reporta son attention sur Elyanie et, réprimant un sourire taquin, elle confia d’une voix lente, en détachant chaque mot :

« L’hôtel s’appelle Héritage celtique. »

Piquée, Granny leva les yeux au ciel et grimaça légèrement.

« Je l’sais très bien. Mais… Je ne connais aucun de ces plats. Et y a du whisky partout ! »

Scarlett pouffa et porta une main à ses lèvres, pour contenir le rire qui menaçait de la secouer tout entière. Elle mit quelques secondes à retrouver un semblant de sérieux, tandis qu’Elyanie regardait autour d’elle d’un air à la fois perplexe et courroucé, puis relativisa :

« T’exagères un peu, Grandma. Il n’y pas de whisky dans la Partan Bree ni dans les Scotch Collops. »

Moyennement convaincue, l’aïeule jeta un œil sur le menu et haussa les épaules. Tout cela n’aiguisait pas son appétit. Néanmoins, le serveur attendait leur choix et leur adressait quelques regards impatients depuis le fond de la salle. Prenant les choses en main, Scarlett lui fit un petit signe puis commanda deux Partan Bree, après avoir obtenu l’accord muet de sa grand-mère. Elle remercia le serveur d’un sourire puis chercha le regard d’Elyanie. Mais visiblement, cette dernière était occupée à observer quelque chose, ou quelqu’un, qui se trouvait près de la porte d’entrée du restaurant.

Intriguée, Scarlett se retourna et demeura un instant abasourdie, le regard fixé sur la silhouette qui venait de pénétrer dans la salle. Vêtu d’un costume extrêmement bien coupé et apparemment taillé dans un tissu luxueux, Andy se tenait nonchalamment debout dans l’encadrement de la porte et balayait la pièce d’un regard espiègle. Regard qui s’arrêta évidemment sur la jeune femme et la détailla sans aucune pudeur, tandis qu’un sourire taquin naissait sur les lèvres de l’insolent personnage. Il lui adressa un ostensible signe de tête puis se dirigea vers une table vide, qui semblait lui être réservée. Aussitôt, deux serveurs s’empressèrent de lui fournir menu et carte des vins, en multipliant courbettes et sourires obséquieux.

« Lettie ! C’était à toi que cet homme faisait signe ? » Demanda Granny, stupéfaite.

Scarlett se retourna lentement, les joues légèrement rosies, et se mit à observer avec application les motifs qui ornaient son assiette.

« Scarlett Smith, réponds-moi tout de suite !
- Qu’est-ce que ça peut bien faire ?
- Ca peut faire que c’est le propriétaire de l’hôtel et qu’il n’arrête pas de regarder par ici. »

A ces mots, la jeune femme sursauta faiblement et jeta un regard incrédule à sa grand-mère, la bouche imperceptiblement entrouverte. Cette dernière hocha vivement la tête, comme pour appuyer sa dernière phrase, et esquissa un sourire entendu.

« C’est sûrement un de tes admirateurs. Il a du te voir dans un ballet, il t’a reconnu et…
- Non, non, Granny. Je ne l’avais jamais vu avant aujourd’hui.
- Ah ! Parce que tu reconnais tous ceux qui sont venus te voir un jour, peut-être ?
- Non mais… Ce… Cet homme ne connaît pas Lettie Vane, j’en suis sûre. »

Embarrassée, Scarlett poussa un long soupir puis se servit un grand verre d’eau, qu’elle but d’une traite. Dire qu’elle avait essayé de frapper le propriétaire de l’hôtel… Et dire qu’il ne lui avait rien dit ! Il avait joué au client de passage, il lui avait fait croire qu’il n’était rien d’autre qu’un voyageur, comme elle. Et en réalité, cet hôtel lui appartenait… Ce qui signifiait qu’il savait très certainement quel était le numéro de sa chambre et qu’il s’était bien payé sa tête.

« Salaud ! » Murmura-t-elle d’une voix à peine audible, les mâchoires serrées, évitant sciemment le regard de sa grand-mère.

C’est le moment que choisit le serveur pour réapparaître avec deux plats fumants, qu’il déposa tour à tour devant Scarlett et Elyanie, et une bouteille de vin blanc, qu’elles n’avaient absolument pas commandé.

« Vous devez faire erreur, jeune homme, nous n’avions demandé que de l’eau. » Protesta la vieille dame alors que le serveur débouchait la bouteille.

Il leur adressa un étrange sourire puis les servit en silence, avec des gestes précis et pompeux. Puis il se pencha légèrement vers les deux femmes et susurra d’une voix ampoulée :

« Avec les compliments de Monsieur Drysdale. »

Et son regard coula vers la table du propriétaire de l’hôtel, à qui il fit un signe de tête discret avant de quitter la table des deux femmes.

Alors que le regard médusé de Granny passait de la bouteille de vin à Scarlett avec lenteur, celle-ci sentit une fulgurante colère monter elle. Pour qui donc se prenait-il, ce play-boy ? Parce qu’il était directeur de l’hôtel et parce qu’il lui avait offert une cigarette, il pensait pouvoir jouer au riche protecteur qui offre du vin hors de prix à l’objet de sa convoitise pour mieux le mettre dans son lit ? Non mais quel culot, quel incroyable mauvais goût ! Croyait-il vraiment qu’elle se jetterait dans ses bras, après ça ? Si c’était le cas, il était véritablement très naïf ou effroyablement sûr de son pouvoir de séduction.

Scarlett bouillonnait littéralement et ses yeux brûlaient d’un éclat furibond. Il était hors de question qu’elle boive une seule goutte de ce vin. D’ailleurs, elle avait perdu l’appétit et se sentait incapable de supporter une minute de plus le regard d’Andy, ou plutôt de Monsieur Drysdale, qu’elle sentait posé sur sa nuque. Aveuglée par la colère, elle repoussa bruyamment sa chaise, se leva et se saisit de la bouteille. Adressant un regard à sa grand-mère, elle tenta lamentablement de lui sourire et déclara d’une voix vibrante :

« J’n’ai plus faim, Granny. Désolée… Rejoins-moi dans la chambre quand tu auras fini. »

Elle se détourna et entreprit de slalomer entre les tables. Mais au lieu de se diriger vers la porte, elle prit le chemin de la table d’Andy, tenant toujours la bouteille dans une main, son regard furieux fixé sur le visage goguenard du jeune homme. Elle s’arrêta à quelques centimètres de lui et lui tendit la bouteille, un sourire glacial aux lèvres. Il s’en saisit et haussa un sourcil ironique, semblant attendre la suite avec impatience.

« Avec mes compliments, Monsieur Drysdale… Sachez, Monsieur le Directeur, que vos clientes ne sont pas à vendre. Et allez vous faire voir. » Souffla-t-elle d’un ton tranchant, à voix basse, de façon à ce que personne d’autre ne puisse l’entendre.

Puis elle tourna les talons et sortit du restaurant d’un pas vif. Elle ne remarqua pas le sourire satisfait d’Andy, pas plus que l’étincelle fiévreuse qui s’alluma dans ses yeux verts. Mais Elyanie, elle, n’en perdait pas une miette, un sourire espiègle jouant sur ses lèvres. Son expérience de la vie et son ouverture d’esprit lui faisaient pressentir qu’elle passerait certainement la nuit seule dans la chambre qu’elle partageait avec Scarlett ; une perspective qui semblait la ravir. Sa petite-fille avait bien le droit de prendre un peu de bon temps avant de s’enterrer dans une communauté magique perdue dans la lande écossaise…

Avisant un serveur, la vieille femme l’interpella et lui demanda d’une voix enjouée :

« Finalement, je prendrais un dessert après ma Partan Bree. Et vous m’ferez aussi servir un thé dans le petit salon. Il y des animations prévues pour ce soir ? »

Tandis qu’Elyanie babillait gaiement, visiblement enchantée du tour que prenait la soirée, Andrew Drysdale quitta discrètement sa table et sortit prestement du restaurant, un sourire assuré aux lèvres.

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MessageSujet: Re: Dernières étapes   Jeu 1 Jan - 21:54

Vendredi, 20h18
Petite cour de l’Héritage Celtique




Scarlett tira fébrilement une taffe de sa cigarette puis se remit à faire les cents pas. Elle se sentait furieusement agitée et avait préféré prendre l’air et s’en griller une avant de regagner sa chambre. Elle en était déjà à sa seconde clope, avait fait le tour de la cour une bonne quinzaine de fois, et cependant, elle ruminait toujours sa colère et sa rancœur. Elle n’arrivait pas à croire qu’un homme qu’elle connaissait à peine puisse l’énerver à ce point. Et pourtant, même les températures hivernales ne parvenaient pas à refroidir la fureur qui bouillonnait en elle.

« Tiens ! Si je m’attendais à te trouver là… »

La voix, douce et ironique, résonna avec netteté dans la petite cour. Scarlett fit volte-face et se retrouva nez à nez avec Andy, qui lui souriait avec arrogance. Son visage, remarqua la jeune femme malgré elle, semblait encore plus séduisant que ce matin et cette constatation augmenta sa colère, si c’était possible. Elle lui lança alors un regard hargneux, écrasa sa cigarette et amorça un mouvement pour rentrer dans le hall de l’hôtel. Mais Andrew s’empressa de lui barrer le passage puis lui demanda d’un ton taquin :

« Tu me quittes déjà ? Je suis déçu… Je voulais te parler. »

Les dents serrées, Scarlett releva vivement le menton et soutint le regard sardonique du jeune homme. Elle ne s’abaissa pas à lui répondre et se contenta d’hausser un sourcil interrogateur, essayant de conserver une expression sévère. Andy eut un petit rire à peine audible puis reprit :

« T’es plutôt… Susceptible, je me trompe ? C’est charmant, tu sais. Vraiment charmant. »

Très lentement, Andrew leva une main et l’approcha du visage de la jeune femme, avec une douceur hypnotique. Mais il n’eut pas le temps d’achever son geste et, trop occupé à dévorer Scarlett des yeux, ne s’aperçut qu’elle aussi bougeait une main, qui vint s’aplatir sur sa joue rasée de près avec un claquement sonore.

Ravie du tour qu’elle venait de jouer, Scarlett se déroba avec grâce et légèreté et fit quelques pas en direction de l’hôtel. Un immense sourire ornait ses lèvres lorsqu’elle se retourna et demanda avec une délectation non dissimulée :

« T’es plutôt… Surpris, j’me trompe ? C’est ridicule. Vraiment ridicule. »

Et en effet, l’expression d’Andy, qui se tenait douloureusement la joue, était plutôt risible. Cependant, il ne tarda pas à retrouver contenance et parvint même à esquisser un sourire vaincu.

« Un point pour toi, Scarlett. Mais je mérite un lot d’consolation, non ?
- C’est d’moi que tu parles ?
- Oh ! Non, je n’oserais pas. Je pensais plutôt à une p’tite partie de toi.
- Je vois. C’est mon poing dans la figure qu’tu veux ? Fallait le dire tout de suite !
- Je pensais plutôt à un baiser. Pour qu’on se fasse mutuellement pardonner.
- J’ai rien à m’faire pardonner. C’était de la légitime défense, M’sieur le directeur.
- Moi, je veux me faire pardonner. Pour la bouteille… Et le p’tit mensonge par omission. »

Tout en parlant, Andrew s’était rapproché, terriblement rapproché. Quelques centimètres de plus et son torse touchait le buste de Scarlett, qui se sentait désormais incapable de se détourner pour rentrer dans l’hôtel. Elle se devait d’avouer qu’elle commençait à prendre un certain plaisir à la joute verbale qui l’opposait à Andy et que son air de petit garçon pris la main dans le sac ne manquait pas d’attrait. C’était indéniable, cet homme savait jouer de son charme ; au contraire de Scarlett, qui séduisait malgré elle.

Doucement, il lui sourit et elle sentit qu’elle lui rendait son sourire, avec une sorte de sensualité qu’elle ne maîtrisait pas. Si cela n’avait tenu qu’à elle, Scarlett en serait restée là. Il n’y aurait eu ni baiser, ni étreinte. Elle se serait contentée de cette tension lascive, serait montée dans sa chambre et serait partie le lendemain matin, sans regret, mais en gardant finalement de sympathiques souvenirs de son séjour à l’Héritage Celtique. Mais Andrew ne l’entendait pas ainsi. Le profond désir qu’il éprouvait pour la jeune femme aurait extrêmement souffert de ne pas être satisfait. Il glissa une main possessive sur sa nuque et attira son visage vers le sien, avec une délicate autorité.

Troublée, vaincue, Scarlett se laissa embrasser sans protester, goûtant le plaisir simple de se sentir désirée par un homme séduisant. Elle s’abandonna à son étreinte avec langueur, profitant de l’instant présent, sans se soucier de l’avenir. Ne méritait-elle pas quelques instants de félicité, elle qui s’interdisait toutes formes de distraction depuis qu’elle avait décidée de prendre soin de sa grand-mère ?

Cela serait si bon d’oublier ses angoisses et ses responsabilités, l’espace de quelques délicieuses heures…

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MessageSujet: Re: Dernières étapes   Jeu 1 Jan - 23:50

Samedi, 1h05
L’Héritage Celtique
Suite 36




Scarlett ouvrit brusquement les yeux. Il lui fallut quelques secondes pour se rappeler des derniers évènements et pour se souvenir qu’elle était étendue dans l’immense lit aux draps de soie de la suite 36, à côté du propriétaire de l’hôtel. Refermant un instant les yeux, elle inspira profondément puis entreprit de se lever, en faisant le moins de bruit possible. Heureusement pour elle, le parquet était recouvert d’un tapis épais et luxueux, dans lequel ses pieds s’enfonçaient sans troubler le silence qui régnait dans la chambre.

Elle se déplaça précautionneusement dans la pièce, à la recherche de ses vêtements. Elle ne tarda pas à retrouver sa lingerie, qu’elle enfila rapidement, puis mit la main sur son jean, qu’elle revêtit sans bruit. Elle était toujours en quête de son chemisier lorsqu’Andy remua et changea légèrement de position. Le cœur battant, la jeune femme se mordit la lèvre inférieure et suspendit son mouvement. Elle voulait absolument éviter que le jeune homme se réveille. La situation serait bien plus simple pour chacun d’eux si elle se contentait de disparaître sans un mot.

Ils avaient passé un très bon moment, certes, mais Scarlett n’avait aucune envie d’assumer les conséquences de ce qui s’était produit cette nuit. C’était lâche de sa part, mais elle espérait échapper à l’habituelle discussion post-partie de jambes en l’air, qui ne manquait jamais de devenir cruelle ou pathétique lorsqu’elle expliquait, avec toute la diplomatie possible, qu’elle ne tenait surtout pas à réitérer l’expérience et à s’engager dans une véritable relation. Elle avait bien trop de choses en tête pour ne penser, ne serait-ce qu’un seul instant, à nouer des liens amoureux avec qui que ce soit. Même Andy, qui semblait pourtant être le genre d’homme à faire oublier toutes résolutions, n’était pas parvenu à modifier son état d’esprit. Aucun sentiment amoureux ne l’avait effleuré depuis… Mais il était plus que temps d’arrêter de penser à cette époque de sa vie. L’archipel de Svalbard, et tous ceux qu’elle y avait rencontré, faisait désormais partie du passé.

Andrew ayant l’air de dormir profondément, Scarlett se lança de nouveau à la poursuite de son chemisier, n’osant allumer aucune lumière, qui aurait pourtant rendu son investigation plus aisée, de peur de le réveiller. Elle songeait à utiliser la magie pour faciliter ses recherches lorsqu’une douce lueur envahit soudainement la suite. Surprise, elle retint son souffle puis, prenant son courage à deux mains, se tourna avec lenteur vers le lit défait.

Andy, adossé à son oreiller et parfaitement éveillé, l’observait d’un air tendrement amusé, son éternel sourire taquin aux lèvres, tenant entre ses doigts le chemisier que Scarlett s’était donnée tant de peine à rechercher.

« J’imagine que c’est ce que tu cherches ? » Demanda le jeune homme d’une voix douce.

L’espace d’un instant, Scarlett ne sut que répondre. Elle regardait Andy, ébranlée, et avait la désagréable impression d’être une garce de la pire espèce. C’était décidément beaucoup plus simple lorsqu’ils ne se réveillaient pas… Mais Andrew Drysdale n’était définitivement pas un homme comme les autres, au grand désespoir de la jeune femme.

Elle était toujours interdite lorsqu’il reprit, avec une pointe d’amertume :

« Tu serais partie sans dire au revoir ? »

Vaguement honteuse, Scarlett déglutit puis déclara sobrement, d’une voix étonnamment nette au regard de son embarras manifeste :

« Oui.
- J’aurais été très en colère.
- Tu n’me fais pas peur, Andy. » Murmura-t-elle avec douceur, un petit sourire aux lèvres.

« Je sais. » Lança-t-il en lui rendant son sourire.

Ils s’observèrent un long moment, sans rien dire. Le regard d’Andrew était teinté de douceur et de nostalgie, étroitement mêlées. Celui de Scarlett était à la fois désolé et résolu. Ce fut finalement le jeune homme qui brisa le silence.

« J’imagine que ça n’servirait à rien de te demander de repousser ton départ de quelques jours.
- Non, en effet.
- Je m’en doutais.
- Je dois vraiment partir.
- Même si tu pouvais, tu n’resterais pas.
- C’est vrai.
- C’est dommage. J’crois qu’on se serait bien entendu, toi et moi.
- Peut-être…
- Non, ne dis rien ! Je devine la suite… C’est mieux comme ça, non ? »

Avec un sourire reconnaissant, Scarlett hocha la tête. Elle était debout, en jean et soutien-gorge, devant celui qui avait été son amant seulement quelques heures plus tôt et cependant, elle se sentait étrangement à l’aise, presque soulagée. Andy était un homme intelligent et sa façon de prendre les choses, avec humour et détachement, était vraiment tout à son honneur.

S’approchant du lit, Scarlett s’y assit et plongea un regard franc et serein dans celui du jeune homme. Poussée par un besoin impérieux de lui montrer sa gratitude, elle déclara d’une voix douce et parfaitement sincère :

« T’es un type bien, Andrew Drysdale. Insupportablement arrogant et terriblement agaçant mais… J’suis contente de t’avoir rencontrée. »

Un petit rire s’échappa des lèvres du jeune homme. Il pencha légèrement la tête sur le côté puis rétorqua malicieusement :

« Puisque tu plaques un type génial avant même que votre relation ait commencé… Je crois qu’il a l’droit à une compensation. »

La jeune femme rit et leva les yeux au ciel. Puis elle reporta son attention sur Andy et demanda, presque gaiement :

« Quel genre de compensation ?
- Un baiser.
- Oh non ! Tu m’auras pas une deuxième fois de cette façon, Andy.
- Alors faisons un pacte. Un baiser contre ton chemisier.
- Je peux l’reprendre de force.
- C’est vrai. Mais est-ce que c’est vraiment ce que tu veux ? »

Déconcertée, Scarlett ne répondit pas immédiatement. Elle observa Andy un moment puis esquissa un charmant sourire. Elle se pencha alors sur le jeune homme et posa délicatement ses lèvres sur les siennes. Cependant, elle sut garder son sang-froid cette fois et se détacha de lui au bout de quelques secondes, qu’elle avait d’ailleurs mises à profit pour lui subtiliser son chemisier.

Elle se hâta de quitter le lit puis enfila son chemisier, qu’elle boutonna sans tarder. Toujours adossé à ses coussins, Andy ne la quittait pas des yeux. Lorsqu’elle fut enfin complètement habillée, elle lui adressa un petit sourire puis se dirigea vers la porte. La main sur la poignée, elle se tourna une dernière fois vers le jeune homme et souffla d’une voix attendrie :

« Sans rancune ? »

Andrew lui dédia un sourire empli de tendresse puis murmura :

« Sans rancune. »

Rassérénée, Scarlett sortit de la chambre 36 sans se retourner.

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MessageSujet: Re: Dernières étapes   Dim 4 Jan - 15:58

Samedi, 8h22
L’Héritage Celtique
Chambre 12



Un long soupir s’échappa des lèvres de la jeune femme et elle tourna le dos au miroir, bien décidée à ne plus croiser son reflet de la journée. Sa petite escapade de la veille avait laissé sous ses yeux de charmantes couleurs, qui allaient du vert vaseux au violet blèche, et qui, associées à la pâleur naturelle de son teint, étaient loin d’être du meilleur effet. Granny ne manquerait certainement pas de remarquer son regard cerné, ce qui ne ferait que renforcer le sourire entendu qu’elle arborait depuis son réveil. C’était parfois véritablement pénible cette espère d’omniscience dont elle avait toujours fait preuve à propos de sa vie privée ! Elle devinait toujours tout un tas de choses, comme si elle lisait en elle comme la pythie lisait dans les entrailles des crapauds.

Ayant sommairement attachés ses cheveux humides, enfilés un jean trop large et un vieux marcel blanc, Scarlett sortit furtivement de la salle de bain et se dirigea à pas de loup vers le lit, sur lequel reposait sa valise encore ouverte. On avait apporté le petit-déjeuner quelques instants plus tôt et elle croisait les doigts pour que Granny soit trop occupée à grignoter pancakes et autres œufs sur le plat pour remarquer qu’elle avait terminé ses ablutions. Elle pliait laborieusement quelques vêtements, se concentrant à la fois pour faire le moins de bruit possible et pour ne pas simplement jeter ses affaires en boule dans la valise, lorsque la voix d’Elyanie s’éleva de la pièce voisine. Evidemment, on n’avait pas jugé utile de la gratifier d’une grand-mère sourde !

« Lettie ? Tu es toujours dans la salle de bain ? » Demanda-t-elle d’une voix légère, tout en connaissant parfaitement la réponse.

Agacée par son manège, Scarlett boucla bruyamment ses bagages puis se rendit dans la petite pièce qui tenait lieu de salon à leur modeste chambre. Les mains sur les hanches, elle s’arrêta sur le seuil et maugréa, l’air boudeur :

« Tu sais bien qu’non ! »

Puis elle prit place en face de sa grand-mère qui, comme elle le soupçonnait, avait déjà bien entamé leur petit-déjeuner. Elle mordit distraitement dans un pancake et se servit un verre de lait, dont elle but une longue gorgée, tout en évitant soigneusement le regard de Granny qui, elle, faisait mine de s’intéresser à un journal écossais non-sorcier auquel elle ne devait strictement rien comprendre. Scarlett s’attaquait à son second pancake, toujours en silence, lorsqu’Elyanie, n’y tenant plus, repoussa le quotidien et l’interrogea, d’un ton qui se voulait innocent :

« Alors ? Tu as passé une bonne nuit ?
- Excellente.
- Aaaah !
- Pourquoi ?
- Oh ! Comme ça. »

Et la vieille femme feignit de reporter son attention sur le journal. Aussi irritée qu’amusée, Scarlett leva les yeux au ciel.

« Tu as sûrement r’marqué que je suis rentrée tard…
- Moi ? Tu penses ! Je dormais comme un loir.
- Vraiment ? Donc ça ne t’intéresse pas d’savoir où j’étais jusqu’à environ 1h30 ?
- Non, en effet. »

Cette dernière phrase avait été prononcée avec tant de sérieux que Scarlett en fut surprise. Elle haussa un sourcil et suspendit tout mouvement, si bien que son pancake beurré se retrouva à quelques centimètres de sa bouche, entre ses doigts immobiles. Artiste dans l’âme, Elyanie laissa un court silence planer au-dessus de la table, but une gorgée de thé du bout des lèvres puis, visiblement très fière de son effet, révéla avec satisfaction :

« Ca ne m’intéresse pas de le savoir parce que je sais déjà tout. »

Un immense sourire éclaira son visage, alors que l’ahurissement le plus complet s’épanouissait sur celui de sa petite-fille, et elle reprit avec une curiosité malicieuse qui, chez elle, n’avait rien d’indiscret :

« Alors ? Il est aussi bien sans son costume ? »

Un instant, Scarlett demeura bouche-bée. Comment était-il possible que sa grand-mère sache qu’elle avait passée la nuit avec Andy ? Lorsqu’elle l’avait vu pour la dernière fois, c’est-à-dire dans le restaurant, elle était elle-même à mille lieues de s’en douter ! C’était vraiment… incroyable ! Est-ce qu’elle était donc si prévisible ? Voilà qui déplaisait grandement à l’adolescente rebelle qu’elle avait été.

Néanmoins, la surprise passée, Scarlett finit par sourire. Après tout, sa grand-mère était la personne qui la connaissait le mieux, celle dont elle se sentait le plus proche au monde. Il était naturel qu’elle sente ce genre de choses, surtout si l’on prenait en compte son expérience et l’incurable aveuglement dont Scarlett faisait preuve dans ses relations avec les hommes.

« Eh bien… Comme tu peux l’remarquer, j’en n’ai pas perdu la vue… » Répondit finalement la jeune femme, un sourire espiègle aux lèvres.

Granny lui rendit son sourire puis but une gorgée de thé, une vraie cette fois, avant de demander :

« Combien de temps nous restons ?
- Comment ça ?
- Combien de temps t’a-t-il demandé de rester ?
- Il ne m’a rien demandé ! Et d’ailleurs, je n’aurais pas changé mes plans. On part aujourd’hui. On a déjà trop attendu.
- Scarlett…
- Non, Granny, s’il te plaît ! On doit aller à Sywhaîd, on doit y aller maintenant. Hier ça allait, aujourd’hui ça va… Mais demain ? Si une crise arrive demain et que j’suis entrain d’m’envoyer en l’air avec ce type, qui t’aidera ? Déjà, cette nuit… Cette nuit j’n’aurais pas du. C’est trop dangereux pour toi. J’veux qu’tu guérisses, tu le sais, et pour ça, on doit entrer dans la Noble Lande. Alors on va y aller et on va y aller aujourd’hui ! »

Au cours de son monologue passionné, Scarlett s’était levée et s’était mise à marcher de long en large, le front barré d’une expression entêtée. Lorsqu’elle s’arrêta, elle posa un regard obstiné et suppliant sur sa grand-mère et serra les poings. La nervosité, l’angoisse et la culpabilité qu’elle avait accumulées ces dernières semaines étaient palpables. Il n’y avait aucune trace de légèreté ou d’insouciance au fond de ses prunelles, on y lisait que craintes et résolutions.

Muette, Elyanie observait sa petite-fille avec chagrin, parfaitement consciente qu’elle était en grande partie responsable du changement qui s’était opéré dans sa personnalité. Elle aurait voulu lui dire qu’elle se débrouillerait seule, qu’elle n’aurait pas besoin que Scarlett demeure avec elle à Sywhaîd… Mais en plus d’être faux, ce discours serait une redite. Avant de prendre la décision de partir pour la Noble Lande, elles avaient eu cette conversation des dizaines de fois. Il en était toujours ressorti que la vieille femme ne pouvait demeurer seule et qu’elle avait grand besoin du soutien et de la présence de sa petite-fille. Alors, cette fois, elle préféra se taire et se contenta de hocher la tête, signifiant à Scarlett qu’elle acceptait sa décision. Puis elle se leva et passa dans l’autre pièce, évitant le regard de la jeune femme.

Debout, tremblant de tous ses membres, Scarlett n’esquissa pas un mouvement. Elle regardait droit devant elle, les poings toujours serrés, perdue dans le tourbillon sans fin de ses pensées. Comme c’était le cas depuis plusieurs mois, ces derniers jours avaient été faits de hauts splendides et de bas insondables, mettant son esprit à rude épreuve. Mais une seule chose devait compter : aujourd’hui, elles iraient à la rencontre de la Brume et il fallait espérer que, bientôt, Elyanie bénéficierait de soins adaptés à ses maux. Et alors, tout rentrerait dans l’ordre…

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