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Asa James Ancien Personnage


Nombre de messages: 262 Age: 25 Date d'inscription: 11/07/2007
 | Sujet: BIPTE, première ! Ven 19 Déc - 19:04 | |
| [Ceci se passe à la brèche d'avant l'automne mais j'ai, huhum, oublié de le poster ! Ca a été écrit à quatre mains avec Touille !]
Asa a probablement l’habitude qu’on se retourne sur son passage ; surtout les jours de pluie, quand elle est la seule à ne pas arborer la moindre protection contre la petite bruine glaciale si fréquente sous les latitudes écossaises. Oui, les hommes se retournent aujourd’hui encore sur son passage, depuis le début de la matinée. Depuis le chef de gare en passant par le gardien qui semble si rigide et froid, d’ordinaire, engoncé dans son costume sombre brodé de quatre triangles colorés.
Le dernier de la liste, en ce début d’après-midi, est moins impressionnant, mais il s’est retourné comme les autres. Pourtant, depuis trois ans qu’il bosse dans cette cafétéria universitaire, Andy a plutôt prouvé qu’il préférait les charmes des jeunes gens à ceux des demoiselles. Et s’il s’est retourné aujourd’hui… eh bien, reconnaissons que c’est moins sur Asa que sur le couple qu’elle forme avec l’homme qui l’accompagne. Celui-là, il le connaît bien, évidemment. Et il se demande un peu ce que ces deux là fichent ensemble, pourquoi ils ont l’air de si bien se connaître alors que cette fille, il en est sûr, n’a jamais fichu les pieds dans ce coin perdu d’Ecosse ; au milieu des chercheurs chenus et poussiéreux, il l’aurait remarquée.
Il garde ses questions pour lui, s’approche de la table où ils se sont installés, salue l’homme d’un hochement de tête respectueux, et la fille d’un autre plus froid. Il leur laisse la carte, d’un air professionnel, mais se retourne une dernière fois sur eux avant de regagner son zinc.
***
En effet, Asa est habituée à ce qu’on se retourne sur son passage. Mais elle n’a pas pensé ce matin en arrivant à la gare qu’on se retournerait autant. Parce que, pour une fois, Asa est plutôt sobre. En fait, elle pensait même être totalement passe-partout à la BIPTE, faut croire qu’elle n’est pas encore tout à fait accoutumée au système étudiant… Parce que croire qu’un tailleur blanc crème, à mini-jupe bien sûr, avec une veste cintrée très bien coupée et un débardeur en soie rouge foncé, c’est sûrement pas ce que les étudiants ont l’habitude de porter dans le coin. D’autant plus que le tailleur est terriblement moderne et terriblement sexy, jusqu’à la jupe, mini et fendue, le décolleté du haut en soie… Elle a acheté l’ensemble à New-York avec l’argent que son excursion de la saison précédente lui a rapporté. Une petite fortune. Mais elle peut bien faire des frais pour l’un des jours les plus importants de sa vie.
Les chaussures quant à elles ont été empruntées à la sœur de Mac, chez qui Asa a passé son séjour à Londres. Une paire d’escarpins de la même couleur que le débardeur. A très hauts talons. Qui lui font des jambes qui semblent ne pas en finir. De très belles jambes, qui ont fait se retourner plus d’une tête depuis qu’elle est arrivée. Un trait de maquillage et un simple chignon (qui est magnifique, il faut dire qu’elle a une crinière faite pour ça), finissent cette tenue. Ah non, un rubis autour du cou aussi, magnifique, qui semble étinceler.
L’américaine, sûrement trop américaine pour ce coin, prend le menu que lui tend le serveur et fait mine de ne pas remarquer la désapprobation. Ca n’est pas la première fois que ça lui arrive.
« Alors, vous m’conseillez quoi ? »
Sourire carnassier adressé à celui qui l’accompagne. Ils font un sacré duo, c’est sûr.
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Les hommes lèvent les yeux au ciel, il n’y a pas de justice. Pourquoi sont-ce toujours les glaçons psychorigides qui se tapent les filles les plus sexys ? Ca doit être le prestige, l’aura de professeur, pensent-ils en retournant à leur steak-frites. Les femmes ont l’air plus narquois ; elles savent que la nouvelle venue n’a aucune chance, de toute manière, et, pour leur part, ça fait longtemps que les éventuelles intéressées ont estimé les raisins trop verts : les vieux beaux à daemons de mémère, ça ne les a jamais branchées, de toute façon. Elles retournent à leur salade Waldorf en pouffant d’un air blasé. Mais le couple n’a pas l’air de s’en soucier, ni même de s’en rendre compte. Ils sont bien trop occupés à leurs retrouvailles : son sourire à lui ne vaut pas celui de l’Amazone, certes ; mais on l’a rarement vu aussi large. On jurerait même qu’une pointe de gaieté s’est glissée dans son ton flegmatique.
« Leur soupe aux poireaux est presque comestible, mais j’imagine que vous préfèrerez quelque chose de plus… consistant. Les côtelettes, peut-être ? Mais je vous offre un apéritif, il faut trinquer à votre succès, me semble-t-il. »
Il fait signe à Andrew, qui a déjà préparé une grande carafe d’eau pour son habitué. Le vieux fou a presque l’air heureux, aujourd’hui ; sacré professeur Winter, il cachait bien son jeu.
***
Asa sourit de nouveau. Elle ne mange pas de viande et apparemment ici ils n’ont pas encore découvert le menu végétarien. Mais ça n’est pas grave, elle va se débrouiller. Elle hoche la tête quand il parle d’apéritif. C’est la première fois qu’elle voit Patrick sourire autant, enfin toutes proportions gardées, et elle est plutôt heureuse de le voir comme ça. Parce qu’elle sait que c’est grâce à elle, c’est au moins un sujet sur lequel les observateurs de la caféteria ont raison.
« Mhh… J’vais prendr’ un’ tequila alors, c’est pas vraiment c’qui court les rues à Sywhaîd. »
Sa voix rauque fait lever quelques sourcils. Oui, c’est sûrement pas le genre de femmes qu’on imagine dans le coin. Encore moins avec Patrick Winter… Et s’ils savaient ce qui l’a amenée là, ils feraient sûrement une syncope. Surtout la vieille bonne femme de la table d’à côté qui regarde le duo d’un air irrité. Comme si elle essayait de leur faire passer un message.
Asa s’en fiche. Elle va même jusqu’à lancer un de ses sourires carnassiers au serveur, qui est arrivé avec une carafe d’eau. La new-yorkaise se marre intérieurement. Il agit comme s’il connaissait mieux Patrick qu’elle, comme si elle était sur ses terres, avec une possessivité à peine cachée. Mais l’intrus c’est lui. Après tout, qui sait pourquoi Mr Winter a besoin de cette carafe d’eau, lui ou elle ? Elle lui sourit donc et un air effronté se colle à son visage. Elle se penche un peu en avant, dans une position provocatrice et qui est carrément assassine avec cette tenue et demande :
« Z’auriez pas un’ tourt’ aux légum’ ou un truc du genre ? Un truc qui nourrit mais qu’est pas constitué seul’ment d’chairs mortes ? »
Quelques années plus tôt, elle aurait eu peur de faire honte à Patrick, mais pas aujourd’hui. Comment pourrait-il avoir honte de son élève alors qu’elle vient d’être acceptée à la BIPTE en équivalences de début de Master, avec en plus une bourse de recherche, une de ces bourses aussi rares à avoir que de voir un menu végétarien au fin fond de l’Ecosse ?
***
Andrew fronce le nez, il regarde Asa d’un air ahuri, se tourne vers le professeur qui, puisqu’il est si savant et surtout s’entend si bien avec cette fille, saura sans doute déchiffrer son patois. Le serveur n’est pas très habitué à ce qu’on dénigre sa carte, encore moins avec un accent new-yorkais à couper au couteau. Mais Patrick lève les doutes en commandant une téquila et une tourte aux blettes. Le serveur ne dit rien, même s’il n’en pense pas moins – finalement, ces deux là font la paire, pas fichus de manger quoi que ce soit de normal. Il ne prend même pas la commande du professeur, celui-là, quand bien même mister Univers perché sur une girafe viendrait déjeuner sur ses genoux, il resterait fidèle à sa sacro-sainte soupe. Alors, lui proposer ne serait-ce qu’un petit kir pour accompagner la demoiselle, il ne faut même pas y penser.
C’est effectivement un verre d’eau bien fraîche qui, quelques minutes plus tard, heurte celui de téquila –ou de boisson couleur téquila, Andrew est serveur, pas barman.
« A vos recherches, miss James ; et à votre bourse d’études. Bien méritée. »
Patrick n’est pas du genre expansif ; c’est donc un beau compliment.
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Asa sourit de toutes ses dents à ce compliment qu’elle prend exactement comme ce qu’il est, elle n’est peut-être pas la BFF de Patrick Winter, toujours est-il qu’elle le connaît assez bien pour savoir le déchiffrer un minimum. Et puis, ils ont toujours réussi à plutôt bien se comprendre, même si c’est dur à croire. Elle boit une gorgée de tequila avec délice, en fait elle ne s’est pas du tout gênée pour en boire à Londres mais elle va bientôt rentrer à Sywhaîd et donc profite de ses derniers instants de liberté culinaire (ou plutôt boissonnaire, si ça existait).
« J’avoue qu’j’suis pas mécontent’… » dit-elle tout en vérifiant que son sac, où Morth est endormi, est bien en place sous sa chaise. « J’pensais d’jà qu’j’aurais pas l’équivalenc’, alors la bours’ c’est inespéré ! »
Elle roule des yeux d’une façon comique mais il n’y a rien de plus sérieux que ce qu’elle dit à ce moment précis. En fait elle est venue ici persuadée qu’elle s’entendrait dire un non à peine poli, alors une bourse en plus de l’équivalence !
« Pourtant, j’ai ben eu l’impression qu’la vieill’ qui portait un’ vest’ d’tweed m’avait dans l’nez… Ell’ a pas arrêté d’me poser des questions pièg’ ou insultant’… »
Si la vieille en question fait partie du jury c’est bien qu’elle est une grande spécialiste mais apparemment, Asa ne considère pas lui devoir plus de respect qu’à qui que ce soit d’autre. Il faut dire que la bonne femme a été assez condescendante dans la première partie de l’entretien (il faut dire que demander une équivalence de licence quand on a eu son BAC avec beaucoup de mal et rattrapé par le sport c’est un peu… étonnant) et presque vicieuse dans la seconde….
***
Patrick boit à petites gorgées brèves son verre d’eau glacée, avec le même air de satisfaction que s’il s’agissait d’un whiskey de plusieurs décennies d’âge. Il ne tique pas aux propos d’Asa, même lorsque celle-ci évoque une « vieill’ qui portait un’ vest’ d’tweed » ; il termine son verre, le pose, essuie soigneusement du bout de sa serviette en papier ses lèvres que l’humidité a rendues légèrement brillantes.
« Vous n’avez pas encore tout à fait l’habitude de la jungle universitaire, miss James ; le professeur Orvieto a été très impressionnée par votre détermination, elle a été l’un de vos principaux défenseurs. Le professeur Oxley, en revanche, s’est montré pus dubitatif ; le jeune blond avec un collier de barbe, si vous préférez », précise-t-il avec un demi-sourire. Il n’a pas vraiment pour habitude de discuter des délibérations du jury, en général. Mais il lui apparaît important qu’une future aventurière comme Asa connaisse un minimum les rouages de la grosse machine où elle vient de mettre le doigt ; qu’elle sache que les personnes les plus aimables s’y révèlent au final rarement les plus tendres.
***
Certaines personnes pourraient s’étonner qu’on puisse accoler l’Amazone new-yorkaise à l’adjectif « naïve », pourtant en matière de monde universitaire, Asa est aussi innocente qu’un agneau tout juste né. La preuve, elle était tout à fait certaine quelques secondes plus tôt que l’Oxley en question avait dû être un de ses défenseurs, elle avait même plutôt misé sur lui pendant le bon moment où elle a attendu la délibération. Elle grogne d’ailleurs en entendant les paroles de Patrick, pas pour les remettre en cause (elle n’est pas du genre à remettre quoi que ce soit que Patrick dise en cause) mais parce qu’il a raison au contraire.
« J’sais pas comment vous fait’ vous et Zephira pour survivr’ là-d’dans ! » soupire-t-elle finalement. « Après avoir été dans des écol’ comm’ Tryll’ ou comme cell’ d’Sywhaîd, passer à des milieux comm’ ça… »
Il n’y a pas de jugement dans ses paroles, il n’y en a jamais, il y a juste un sincère étonnement. A vrai dire, tout le monde imagine très bien Patrick Winter enseigner dans ce genre d’Ecole… Mais Asa connaît mieux Mr Winter que tout le monde… Il lui a enseigné à elle, l’a acceptée comme élève, l’a prise sous son aile et a fait d’elle l’étudiante acharnée qu’elle est maintenant…. Alors comment pourrait-il s’intéresser à des élèves qui n’ont jamais bougé le cul de leur banc de classe, comme ils semblent pour la plupart être ici ? Bon, okay, Asa chasse cette pensée très vite, c’est un a priori et elle n’aime pas ça. Après tout, si elle vient d’être acceptée comme boursière dans cette école prestigieuse c’est qu’elle ne doit pas être si mal.
« Pourquoi ils ont accepté ? Et pourquoi ils ont ajouté un’ bours’ qu’j’avais pas d’mandée ? » finit-elle par demander, l’air à la fois confuse et un peu… comment dire ? Gênée. Oui, gênée, gênée de poser la question mais aussi gênée de ne pas avoir compris. Parce qu’elle aimerait maîtriser ce monde étrange qu’est le monde universitaire mais elle en est loin… Après tout, c’est la première fois qu’elle pose les pieds dans une vraie université…
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Andrew revient avec une assiette creuse, remplie d’un liquide clair et fumant, et une autre contenant une petite tourte et quelques feuilles de salade chlorotiques (un comble, quand on pense aux spécimens fabuleux que contiennent les sphères d’étude de l’institut). Patrick le remercie d’un hochement de tête, et attend qu’il se soit éloigné pour répondre à Asa.
« La bourse était une suggestion du professeur Lacombe, lorsque le professeur Oxley a fait remarquer que les expéditions qui seront nécessaires à vos recherches n’étaient pas à la portée d’une fille du Bronx qui vit dans une ferme communautaire. D’une certaine manière, elle était logique, à partir du moment où nous avions validé votre équivalence. Pour cette dernière… je ne prétendrais pas répondre de façon catégorique des critères de mes collègues. Je ne suis pas si « intégré » que vous semblez le penser, m’est avis qu’ils avaient tous leurs raisons, puisqu’au final il y a eu unanimité. »
Patrick plonge délicatement sa cuillère à soupe à la surface de l’assiette, pour y faire pénétrer la partie la moins chaude du breuvage. Il n’est pas tout à fait sincère, il a bien sa petite idée sur quelques unes de ces raisons ; mais une idée n’est pas une certitude, et malgré toute l’ « affection » qu’il porte à Asa, il ne commencera pas à casser du sucre sur untel ou untel. Il la croit de toute façon suffisamment futée et instinctive pour deviner, même sans connaître les rouages universitaires, ce qui, chez elle, a plu ou déplu.
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|  | | Asa James Ancien Personnage


Nombre de messages: 262 Age: 25 Date d'inscription: 11/07/2007
 | Sujet: Re: BIPTE, première ! Ven 19 Déc - 19:10 | |
| Asa accepte la tourte avec un sourire carnassier vers Andrew qui semble le faire retourner à son comptoir plus vite que prévu. Quand on habite dans un village au fin fond de l’Ecosse où tout le monde vous laisse à peu près faire votre vie sans trop venir vous chercher des poux, ce genre de spécimen a quelque chose d’amusant… Enfin, tant que ça dure pas trop longtemps.
Elle écoute attentivement, bien qu’en jouant avec sa cuiller et en observant sa tourte (se demandant vaguement au passage si Andrew est du genre à cracher dedans) et grimace légèrement à l’évocation de son statut social. L’argent est un problème mais pour Asa James, l’argent en a toujours été un, c’est pour ça qu’elle n’a même pas pensé à demander une bourse, elle s’est toujours dit qu’elle se débrouillerait, comme elle s’est toujours débrouillée jusque là. Elle ne prend pas les dernières paroles de Patrick comme une rebuffade, elle ne s’est jamais vexée de la façon de parler de l’Anglais et ne commencera pas maintenant à jouer la parano avec lui. D’une certaine façon, il la calme, l’apaise, et le faisait bien avant que ce soit un état d’esprit qu’elle connaisse vraiment. Du coup, quand elle est avec lui les choses sont beaucoup plus claires, mais n’est-ce pas le rôle d’un pédagogue ?
« Z’ont dûs être intéressés par l’tailleur. » finit-elle par dire sur un ton amusé, comme pour couper court à ces réflexions trop proches de la dure réalité.
Elle prend une part de la tourte, qui n’est pas à se rouler par terre mais est mangeable et pendant quelques secondes, elle n’ajoute plus rien. Avant de finalement ne pouvoir s’empêcher de retourner à un sujet plus sérieux, douloureux presque :
« Est-c’qu’ils en rajoutaient ? J’veux dire… Quand on a parlé d’m’a monodominanc’… Ils… Ils avaient l’air… Presqu’ avid’… C’tait assez flippant. Au début ils m’croyaient pas, j’le voyais bien… Mais un’ fois qu’j’leur ai montré et qu’j’leur ai raconté l’truc qui s’est passé pendant l’excursion qu’j’ai fait’… Ils étaient… j’sais pas.. Y avait genr’ des lumièr’ dans leurs yeux, comm’ si j’tais d’venue super intéressant’… »
Comme si elle était devenue un monstre de foire plutôt, mais ça elle ne l’ajoute pas, pour le coup ça ressemble un peu trop à de la parano à son goût. Mais elle sait ce qu’elle a ressenti, et son instinct ne lui fait jamais défaut. Il y avait de l’envie dans le regard du jury quand ils ont découvert à quel point le feu était dominant en elle, et pas seulement une envie de l’avoir comme élève….
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« Well, voici un scoop pour vous, miss James, vous êtes super intéressante », réplique laconiquement Patrick, l’œil toujours tranquillement rivé sur son assiette. Il absorbe encore quelques cuillérées de soupe encore presque brûlante, s’essuie la bouche… Il n’a rien perdu de ses manières assez britanniques. Il a également conservé, comme Asa l’a déjà remarqué, sa franchise. Même s’il est assez souple pour se plier aux lois de la jungle biptienne, il est aussi droit et direct qu’à Norsken, bien qu’il ait depuis cette époque plus de facilités à juger de ce qui peut ou non blesser quelqu’un.
« Ils m’ont encore posé des questions après l’entretien, bien sûr. C’est un élément non négligeable de votre dossier et, comme je vous l’ai déjà dit et le leur ai répété, de mon point de vue, c’est à la fois un atout et un éventuel handicap. Mais vous avez fait du chemin, depuis Tryllestarven. Vous possédez d’ores et déjà un réel atout.»
Il est facile d’imaginer effectivement ce qui s’est passé entre les quatre murs de la salle des délibérations ; même s’il a, pour des raisons déontologiques évidentes, décliné le poste de président du jury, Patrick fait volontiers figure de personnalité respectée parmi ses « pairs ». Il n’en dira pas davantage sur les questions qu’on lui a rabâchées ; son attitude, lors des exercices pratiques improvisés lors de l’entretien, fut suffisamment éloquente.
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Asa sourit à cette réponse. Est-ce que Patrick Winter se serait mis à faire de l’humour ? Bon dieu, les choses ont bien changées depuis Norsken si c’est le cas ! Elle sourit de plus belle à cette pensée. En fait, l’américaine qu’elle ait a toujours pensé que l’anglais typique qu’elle a eu comme professeur a toujours fait de l’humour, même s’il n’en était pas toujours conscient. Evidemment, Asa ne sait rien des problèmes de Patrick, elle sent bien quelques trucs pas normaux mais ne sait pas exactement ce que sont ses problèmes vis-à-vis des sentiments ou ce genre de choses. Pour elle, il est juste froid et taciturne, comme tout bon anglais qui se respecte. Avec quelques bizarreries en plus.
Elle ne précise pas sa question. En réalité, l’attitude des professeurs lui a fait froid dans le dos et elle s’est promis d’être plus prudente quant à sa façon de parler de sa dominance. Elle sait depuis qu’elle l’a découverte qu’elle est rare, mais elle n’a jamais vu quelqu’un avoir l’air d’avoir autant envie de la passer au microscope que la tablée qu’elle avait face à elle. Tout le monde n’est pas comme Patrick Winter ou Rozen Vanloo.
« Merci en tout cas. » Lance-t-elle sans avoir vraiment l’air de réaliser ce qu’elle dit. « J’veux dire… Pour tout c’qu’vous avez fait, mêm’ avant. Sans vous, j’s’rais pas là à manger cette tart’ sans goût pour fêter un’ bours’ qui couvrira à pein’ la moitié d’c’dont j’vais avoir b’soin. »
Nouveau sourire. Carnassier toujours, mais avec une réelle tendresse cachée derrière, et un réel remerciement. Parce que c’est vrai, sans Patrick elle n’en serait pas là. Loin de là même.
***
Mais son interlocuteur ne semble pas exactement du même avis. Il a relevé la tête de son assiette de soupe, jette un œil à la « tarte sans goût » ; il repose délicatement sa cuillère sur le bord de l’assiette de soupe.
« Vous la fêteriez peut-être d’une manière moins fastueuse, mais vous la fêteriez tout de même », réplique-t-il simplement. « Je ne vous ai fait aucun cadeau, miss James. Je pense infiniment de bien de vous, bien sûr, mais je n’ai pas cherché à minimiser les faiblesses de votre dossier. Je suis simplement content de vous avoir incitée à poursuivre dans cette voie. Je crois vous avoir peut-être aidée à prendre suffisamment confiance en vous pour faire face à une horde plus dangereuse que toutes celles que vous rencontrerez jamais au cours de vos expéditions. De cela… je suis heureux. »
Une nouvelle fois, il lève son verre d’eau, avant d’en engloutir quelques gorgées.
***
Asa lève aussi son verre avant d’en boire une gorgée mais elle reste circonspecte. Elle n’accepte pas ce que Patrick vient de dire. Elle est sûre de lui devoir beaucoup plus que ça. Avant de le rencontrer, avant qu’il n’accepte de lui donner sa chance, elle était loin d’être une étudiante et n’imaginait même pas pouvoir l’être. Et elle sait qu’il y a peu de gens qui lui auraient donné cette occasion de découvrir la binoclarde intellectuelle qui sommeille au fond (très profond) d’elle-même. C’est ça qu’elle lui doit. Mais elle ne s’attarde pas sur le sujet, ils ne sont du genre à parler de ces choses ni l’un, ni l’autre. Et elle ne voudrait pas le gêner.
« Alors, dit’ moi… Vous fait’ quoi d’votr’ vie en c’moment M’ster Winter ? » demande-t-elle sur un ton plus léger, avec un sourire amusé, un peu effronté mais toujours respectueux. « J’sais d’jà qu’vous travaillez régulièr’ment dans l’coin… Vous fait’ l’prof ou vous êt’ intervenant ? »
Etrangement, malgré la correspondance qu’ils continuent à échanger depuis leurs départs respectifs, Asa ne sait pas grand-chose de la vie de tous les jours de son ancien professeur. Il faut dire qu’il est aussi peu bavard par lettres qu’elle, ce qui fait qu’ils échangent en général une lettre par mois faisant un résumé très succinct des trucs les plus importants leur étant arrivés ou des choses qu’ils veulent se dire. Un mois, il lui a carrément envoyé une lettre de trois lignes, avec dedans le thème d’un concours d’article auquel il lui conseillait de participer. Autant dire qu’ils ne passent pas leurs vies à se raconter ce qu’ils ont fait de leurs journées ou de sur qui ils crushent en ce moment.
***
« Intervenant régulier ; une sorte d’hybride, si vous préférez », répond Patrick sans ciller. « La BIPTE n’admet déjà pas facilement qu’une américaine fasse partie de ses étudiants ; à l’époque où je suis entré moi-même, je venais du Canada, ce qui a quelque peu compliqué les démarches administratives. Il a fallu que je détaille mes origines, ce qui m’a à peu près valu le regard dont vous fûtes l’objet tout à l’heure », continue-t-il calmement, bien qu’il s’agisse de confidences qu’il a rarement faites jusque là. « Je ne pense pas qu’ils seraient prêts à m’offrir une chaire, mais, très honnêtement, ça ne m’intéresse de toute façon pas du tout. Trop de choses me retiennent à Londres, sans oublier que Sainte-Mangouste préfère maintenant me suivre d’assez près, après l’épisode norvégien ».
Patrick interrompt ses calmes révélations par quelques gorgées de soupe encore bien chaude.
« Bref, j’aime autant ne pas abuser de ce climat écossais ; il a beau être humide à souhait, ce n’est pas exactement celui qui me convient le mieux. Enfin, je ne parle pas de Sywhaîd, bien sûr. Zephira s’y est plutôt plu, et votre professeur semble quelqu’un d’intéressant. »
*** Beaucoup de révélations d’un seul coup, à vrai dire Asa n’en attendait pas tant. Evidemment, elle n’en montre rien, finissant sa tourte sans ciller, comme s’ils avaient toujours discuté de ce genre de choses aussi naturellement. En fait, Asa est du genre à dire les choses avec ce genre de naturel quand on lui pose une question, même si elle n’est pas du genre à s’étaler sur un sujet si ça n’intéresse personne, mais elle ne s’attendait pas à cette attitude de la part de son ancien professeur. Encore une de ces choses à ajouter à la liste de ce qui lui fera particulièrement plaisir dès qu’elle aura le temps d’y réfléchir et d’analyser un peu ces quelques journées passées hors de Sywhaîd.
Asa est beaucoup de choses mais elle n’est pas indiscrète, elle ne demande donc pas plus de révélations à son ancien professeur et continue la discussion, sans avidité ou quoi que ce soit de ce genre, tout en repoussant légèrement l’assiette pour montrer qu’elle a fini.
« Sywhaîd est un endroit magnifiqu’. J’pens’ qu’vous vous y plairiez, y a un magnifiqu’ Loch » elle ne s’appesantit pas sur ce sujet, mais montre tout de même qu’elle a compris les allusions grâce à ce détail. « et y a des tas d’créatur’ et d’plant’ bizarr’, vous s’riez ravi ! Y a aussi d’drôl’ d’histoir’ d’flux… Zephira a sûr’ment dû vous en parler, ell’ m’a fait quelqu’ cours à c’sujet pour ma majeur’, c’tait très intér’ssant… »
Un peu flippant aussi… Parce qu’Asa a toujours eu un peu peur de Zephira. Elle a senti dès le début qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas chez le professeur, une aura qui n’avait rien de naturelle, et elle a eu beaucoup de mal à dépasser ça et à réussir à suivre ses cours. Zephira est une bonne prof, c’est sûr, mais Asa ne peut pas s’empêcher de penser qu’elle a quelque chose de pas normal en elle, de contre nature. C’est quelque chose qu’elle ne retrouve pas chez Patrick, malgré ses bizarreries.
« Mais bon, c’pas Londres, c’est sûr. J’suis allée à Londres pour aller chercher mon dossier, j’pens’ qu’j’y r’tourn’rai à l’occasion, l’peu qu’j’ai visité m’a vraiment plu… En plus j’ai vu qu’y avais un’ Université qu’était en relation avec la BIPT’ et où on pouvait aller fouiller dans les archiv’ si on était d’la BIPT’ alors j’en profit’rai p’t’êtr’… »
Etrange d’imaginer qu’Asa puisse penser à faire un voyage rien que pour aller fouiller dans des archives mais c’est le cas. Le jury qui lui a octroyé cette bourse n’a pas fait d’erreur, Asa James est une bonne recrue.
« Et vous écrivez des papiers en c’moment ? »
Depuis qu’elle est partie, Patrick lui envoie régulièrement les articles qu’il écrit et qui sont publiés, ça l’intéresse toujours beaucoup, d’ailleurs les lettres les plus longues qu’elle lui écrit c’est pour répondre aux articles qu’il lui envoie.
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« Oui », répond Patrick en relevant légèrement le bord de son assiette pour recueillir les dernières gouttes de potage. Il arbore à nouveau un de ces demi-sourires qu’Asa qualifie de « bizarreries », un sourire qui ne semble pas tout à fait sourire. Une version assez particulière du flegme britannique.
« Mais c’est une surprise ; et nous sommes collègues, maintenant », ajoute Patrick sur le même ton pince-sans-rire. « Il faut que je veille à ne pas me faire chiper mes projets de recherche ».
Il a terminé, maintenant, lui aussi, et s’essuie à nouveau proprement les lèvres, avant de boire à nouveau.
« A ce titre, je pense d’ailleurs que je peux vous proposer de vous héberger, si vous passez par Londres ; il y a un bus direct pour la British Library, et c’est à deux pas de l’université en question. »
Il est évident que les rapports entre Asa et Patrick ont été modifiés en même temps que le statut de l’Amazone ; c’est probablement pour cela qu’il ne se gêne plus pour lui faire à demi-mot des confidences : il peut se permettre de lui parler d’égal à égale. C’est une chercheuse, désormais, elle aussi. _________________ Well if it looks like love should be a crime You'd better lock me up for life I'll do the time with a smile on my face Thinking of her in her leather and lace... 'Cause she looks like a flower but she stings like a bee
Dernière édition par Asa James le Ven 19 Déc - 19:11, édité 1 fois |
|  | | Asa James Ancien Personnage


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 | Sujet: Re: BIPTE, première ! Ven 19 Déc - 19:10 | |
| Asa sourit quand il refuse de lui parler plus de son article mais son sourire est différent de d’habitude. En la voyant sourire comme ça, l’instant de quelques secondes, on pourrait voir une Asa beaucoup plus jeune, enfant, fière d’elle parce qu’elle a réussi quelque chose et que ses parents la félicitent. C’est un sourire exempt de tout sarcasme ou de toute agressivité, un sourire seulement fier et joyeux à la fois. Oui, elle est chercheuse maintenant. C’est à ce moment précis qu’elle s’en rend compte. Elle n’est plus une simple étudiante qui bidouille un peu les éléments en espérant un jour pouvoir faire de la recherche… Non. Elle est chercheuse. Elle n’est évidemment pas au même niveau que Patrick mais elle, d’une certaine façon, sur le même chemin que lui, quelques pas derrière. Et c’est un changement énorme. Une sorte de tornade dans sa vie. Pour la première fois depuis longtemps, depuis toujours ?, elle a l’impression de savoir où elle va, d’avoir un futur.
Au moment où elle va pour remercier Patrick de sa proposition d’hébergement, Andrew arrive avec la carte des desserts. Elle refuse d’un signe de la main tout en regardant la pendule murale.
« Mon train est dans un’d’mi heur’… Va pas falloir qu’j’tard’… Rozen m’a d’mandé d’fair’ un stag’ sur l’instinct magiqu’ et j’ai encor’ beaucoup d’boulot. »
Elle ignore totalement Andrew, planté à côté, qui l’a bien mérité.
« Mais j’retiens votr’ invitation… J’pens’ qu’j’vais v’nir à Londr’ à l’hiver pour avancer mes r’cherch’ au niveau d’la théorie, Sywhaîd a un’ plutôt bonn’ bibliothèqu’ mais y a d’gros manqu’ sur certains domain’…. Il est possibl’ qu’j’m’invit’ à c’moment là. »
Elle sourit de nouveau, elle n’est pas du genre à faire des chichis et connaît assez bien Mr Winter pour savoir que s’il l’a invitée, ça n’est pas par politesse ou obligation, du coup elle n’a aucun mal à parler de ça avec autant de naturel que si elle passait son temps à squatter chez lui. Finalement, elle lance un regard ennuyé à Andrew qui sursaute presque à ce regain d’attention.
***
Patrick hoche la tête, à la fois pour signifier à Asa qu’elle peut prendre congé pour attraper son train, et parce qu’il approuve assez l’idée de voir Asa s’occuper d’un stage. Quant à l’instinct, magique ou pas, c’est tout juste si le sujet n’aurait pas pu être inventé pour elle. En outre –cela tombe assez bien, car :
« Je vous écrirai d’ici là pour vous faire part de certains aspects de mes recherches, elles pourraient vous être utiles. J’en profiterai pour vous tenir informé, concernant la bourse. Avec les formalités administratives, il ne faudra probablement pas y compter avant le début de l’année prochaine. »
Il laisse Asa prendre congé, se lever de sa chaise, lui serre la main aussi chaleureusement qu’il lui est possible –pas si chaleureusement que ça, donc, en fait.
« Oh. Un thé et l’addition, s’il vous plaît, Andrew. » _________________ Well if it looks like love should be a crime You'd better lock me up for life I'll do the time with a smile on my face Thinking of her in her leather and lace... 'Cause she looks like a flower but she stings like a bee
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