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 Elio

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Elio   Mar 4 Nov - 20:39

« T'en fais pas, ça se passera bien. »

Elle accorda un sourire fatigué à son accompagnateur. Ils en étaient au moment le plus difficile, les adieux. Ils avaient marché toute la journée, et pendant ce trajet, entrecoupés de multiples pauses, Mathys avait fait tout ce qu'il pouvait pour détendre l'atmosphère et distraire la jeune femme. Cependant, celle-ci ne pouvait s'empêcher d'être stressée, et la fatigue ne jouait pas en sa faveur.

« Tu arrives quand chez toi? » interrogea-t-il ensuite en lui tendant le sac qui contenait ses affaires.

Zofia haussa un sourcil légèrement amusé. Chez elle, c'était... Sywhaid. Le manoir Delindel, c'était chez son père. Avec Sylvie et leur marmaille. Elle, elle était juste locataire. Mais elle répondit quand même à la question, comme si de rien n'était, tout en se dirigeant vers le pub du village. Là, quelqu'un devait venir la chercher pour l'emmener à l'écart, dans la lande, où aucun non-sorcier ne pourrait les voir.

« Le dernier Portoloin pour Glasgow est prévu pour dans trois quarts d'heure. Ensuite, avion jusqu'à Paris. Train jusqu'à Reims. Et de nouveau Portoloin. Un quart d'heure de marche. J'arrive au manoir demain matin, très tôt. »

Elle avait prévu de faire le voyage de nuit. C'était plus pratique, et les billets coûtaient moins cher. En plus, les trains étaient souvent vides, et c'était plus simple pour Kayisa, qui n'avait pas à se cacher.

La jeune femme s'efforça de sourire. Mathys avait l'air vraiment inquiet pour elle, et n'essayait même pas de le cacher. Elle avait du insister pour qu'il ne l'accompagne pas au moins jusqu'à Glasgow.

Finalement, ils arrivèrent devant la porte du pub. Rok, métamorphosée en berger allemand, observait les deux amis, langue pendante. Et grogna en entendant ce que Zofia venait de dire.

« Tu es sûr que c'est très prudent de rentrer à Sywhaid cette nuit? »

C'était à son tour de s'inquiéter. Le blond éclata de rire, avant de répliquer que ce n'était pas lui la femme enceinte, que si elle pouvait voyager de nuit, il pouvait le faire aussi, et que de toute façon il avait promis à Marybeth de lui apporter le petit déjeuner au lit et qu'il tenait toujours ses promesses, même les plus idiotes. Celle-ci, d'ailleurs n'était pas idiote, il ne voyait absolument pas ce qu'elle pouvait entendre par-là...

Finalement, il la serra dans ses bras, lui souhaita bon voyage, lui fit promettre de donner des nouvelles, d'envoyer une photo du bébé le plus vite possible. Une fois seule, la jeune femme reprit une expression des plus sérieuses avant de rentrer dans le pub. Un dénommé Sam vint la chercher pour l'emmener à l'endroit d'où partaient les Portoloins. Elle se détendit en sentant, du fond du sac à main dans lequel elle était cachée, Kayisa lui envoyer des pensées rassurantes.

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Re: Elio   Mar 4 Nov - 20:56

Epuisée, elle posa ses affaires sur le perron de la maison endormie. Apparemment, même la porte dormait. Sinon, elle se serait ouverte de suite en la reconnaissant. Elle prit le temps de souffler, avant de décliner son identité à voix basse. Le battant de bois grinça un moment, avant de finir par s'ouvrir. La magie avait du bon, mais parfois, une simple clé aurait été bien plus pratique.

Elle laissa ses bagages dans le hall, et monta sans faire de bruit vers sa chambre. Là, elle prit juste le temps d'enfiler un pyjama que Sylvie avait déposé sur le lit à son intention, avant de s'endormir à peine la tête posée sur l'oreiller. Il était 4h du matin. Elle pouvait s'accorder quelques heures de sommeil avant de revoir sa famille.


Le lendemain, elle se réveilla à neuf heures. Prit une douche dans la salle de bain attenante à sa chambre. S'habilla d'une tunique et d'un sarwel blanc à broderies bleues et argentées trouvés dans son armoire (il fallait avouer que malgré tout ce qu'elle pouvait reprocher à sa belle-mère, elle était très prévoyante. En plus, elles avaient les mêmes gouts vestimentaires). Se maquilla soigneusement pour effacer les traces de son voyage et de sa mauvaise santé. Accrocha un sourire sur ses lèvres. Kayisa s'enroula autour de ses épaules, comme elle le faisait d'habitude.


« Florie n'est pas encore réveillée? »

Les deux adultes sursautèrent. Occupés à prendre leur petit déjeuner, ils n'avaient pas entendu Zofia approcher. Alexandre se leva pour embrasser sa fille, tandis que Sylvie la saluait d'un sourire et d'un hochement de tête appréciateur quant à sa tenue. En fait, elle était surtout rassurée que la rousse ait accepté ses petites initiatives. Leur cohabitation n'allait pas être facile. Il fallait dire que le hasard avait été parfaitement tordu sur ce coup-là. Le fait qu'elles soient toutes les deux enceintes en même temps n'arrangeait pas les affaires de la famille.

Alexandre eu la délicatesse de ne pas faire allusion à Tibère. Pas de « je te l'avais bien dit », pas de conseil, de remontage de bretelles ou de moral. Simplement, à la fin du repas de midi, il profita du fait que Sylvie soit partie essayer de convaincre Florie de faire la sieste pour prendre sa fille à part.


« Que compte-tu faire, maintenant? »


Maintenant que tu as fini ta crise d'ado (et il était temps), que tu as ruiné la réputation de notre famille, que tout le monde ne parle plus que de toi dans toutes les réceptions où je suis invité. Maintenant que tu te retrouve mère célibataire sans projet d'avenir et encore et toujours à ma charge.

« Je vais rester ici le temps qu'Elio naisse. Et ensuite repartir à Sywhaid. Reprendre mes expériences, mon labo, mon métier d'apothicaire. Déposer un brevet. Ecrire des articles. »

Et faire reconnaître mon génie. Parce que Tibère ne change rien au problème. Et parce que j'ai besoin d'argent pour élever Elio. Pas celui de la famille. Le mien.


« En élevant un bébé? »

« En élevant un bébé, oui. Tu le fais bien, toi, non? »


Ils se sourirent, l'air aimable, conciliant. Un observateur extérieur aurait eu l'impression qu'ils allaient se sauter à la gorge. Les choses avaient changé depuis leur dernier entretien dans ce salon. Mais eux n'avaient pas évolué d'un pouce. Ils s'observèrent un moment, et finalement, le père se décida enfin à poser la question qui le turlupinait depuis qu'il avait appris que Zofia était de nouveau seule:

« As-tu déjà réfléchi à ce qu'un mariage pourrait... »

Il s'interrompit en voyant le comportement de Kayisa. Celle-ci, installée sur les genoux de Zofia, s'était redressée. Son poil était gonflé, et elle grondait, l'air féroce, tandis que sa moitié, impassible, la regardait, l'air faussement étonnée, comme si elle se demandait ce qui pouvait l'énerver à ce point.


« Ce n'est pas parce que le fils d'un de tes collègues vient de divorcer qu'il faut absolument me caser avec. D'ailleurs, il y a aussi des gens très intéressants à Sywhaid. »

« Par exemple? »


Kayisa s'était calmée. Un fin sourire se dessina sur les traits de sa moitié, qui ajouta, d'une voix douce, persuasive:

« Falconeri, ça te dit quelque chose? »

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MessageSujet: Re: Elio   Mar 4 Nov - 20:59

Lou était un beau bébé. Rose, dodue, avec des yeux bleus rieurs, un air éveillé. Très calme, en plus. Et Sylvie, en rentrant au manoir, était rayonnante. Zofia ne pouvait s'empêcher de l'envier, d'une certaine façon. Elle-même accoucherait dans un mois à peine. Sans personne pour lui tenir la main à la maternité. Bien sûr, le couple lui avait promis de rester avec elle autant que possible, mais au moment de l'accouchement, elle serait quand même seule. Et puis après... elle savait qu'elle partirait le plus tôt possible.

En attendant, elle n'avait plus qu'à materner Florie, qui se sentait délaissée à cause de l'arrivée du bébé. Que Zofia avait du mal à considérer comme sa soeur. Son père l'avait vraiment collée dans une situation familiale compliquée. Il n'aurait pas pu porter le deuil de sa mère toute sa vie et rester fidèle à sa mémoire? Non, bien sûr que non. Mais ce n'était quand même pas la peine de lui pondre deux petites soeurs alors qu'elle avait plus de vingt ans!

Quand le bébé se mit à pleurer, elle laissa la jeune maman s'en occuper, et s'empressa d'emmener Florie dans la salle de jeu, histoire de ne pas se retrouver dans les pattes des parents. Parce qu'elles avaient toutes les deux besoin de se changer les idées.





« Papaaaaaaaaaa!!! »

Elle était en train d'aider Sylvie à la cuisine lorsque c'était arrivé. La future maman s'était retrouvée assise, le teint pâle, veillée par sa belle-mère. En hurlant comme ça, elle avait réveillé Lou, qui dormait un étage plus haut. Mais bon.

Son père, alerté, entra dans la cuisine, et jaugea la situation d'un coup d'oeil.

« Ca a commencé. J'veux aller à l'hôpital. Vite! »


Elle avait parlé d'une voix faible, entrecoupée à cause des contractions. Elle était terrifiée et ça se voyait. Alexandre se précipita pour appeler un taxi.

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MessageSujet: Re: Elio   Mar 4 Nov - 21:02

L'interne, jeune, souriant, qui devait s'occuper d'elle avait commencé par dire « Ca va bien se passer, Melle Delindel ». Apparemment, c'était une phrase rituelle, ici. Et puis, au bout de huit heures, alors que le travail avait commencé et que les potions n'arrivaient plus à calmer la douleur de la future mère, il rentra de nouveau dans la chambre, l'air inquiet. L'air complètement paniqué, même. Les médicomages du service étaient tous occupés, les sage-femmes étaient débordées.


« Melle Delindel, nous avons un problème... »


Elle grimaça sous l'effet d'une contraction, avant d'essayer de se redresser légèrement.

«Ca fait huit heures, le travail stagne, le col ne s'ouvre pas et le bébé est trop gros, c'est ça? »

L'interne la regarda, l'air étonné, avant d'hocher la tête avec une mine d'enterrement:

« Je suis apothicaire. Et j'ai travaillé dans une maternité. »

Le jeune homme la regarda, plein d'espoir. Lui était totalement dépassé, et ça se voyait. Pourtant, Zofia ne doutait pas de sa compétence. Simplement, ça devait être la première fois qu'il avait à gérer ça tout seul.

Une contraction lui arracha un gémissement, avant qu'elle ne commence à s'énerver:

« Ecoutez, je ne vais pas accoucher seule! Faites votre boulot! C'est vous le spécialiste dans cette histoire! »


L'interne hocha vigoureusement la tête, avant de repartir pour essayer de trouver un médicomage. Zofia laissa sa tête retomber sur l'oreiller. Elle était épuisée. Et l'accouchement risquait encore d'être long.




Elle avait réussi, finalement. Il avait fallu quatre heures supplémentaires, l'intervention de deux médicomages. Ils en étaient à envisager la césarienne lorsque les contractions avaient fini par se rapprocher. Tout avait alors semblé beaucoup plus simple.

A présent, le bébé sommeillait dans sa couveuse, pendant que Zofia l'observait. C'était bizarre qu'elle ressente autant d'amour pour quelqu'un qui ressemblait tant à Tibère. Parce que oui, il avait hérité d'une partie des traits de son père.

Il faisait nuit, à présent. Alexandre et Sylvie étaient partis quelques heures plus tôt. Le père de Zofia reviendrait demain, avec des affaires pour elle et le bébé. Elle n'avait pas sommeil. Elle devait penser à tellement de choses... De toute façon, d'après ce que lui avait dit l'infirmière qui était passée un peu plus tôt vérifier que tout allait bien, Elio allait se réveiller dans deux heures. Alors elle pouvait bien s'accorder deux heures de tranquillité pour réfléchir.

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MessageSujet: Re: Elio   Mar 4 Nov - 21:16

Le lendemain, elle reçu des visites. Alexandre était revenu, mais en voyant apparaître un jeune homme qu'il connaissait bien, il décida brusquement qu'il avait du travail et qu'il valait mieux qu'il s'en aille. Lorsque Dimitri frappa à la porte avant d'entrer, Zofia venait de finir d'allaiter Elio. Elle avait réussi, le matin-même, à enfiler une chemise de nuit blanche bordée de dentelles, et avait vêtu son bébé d'une jolie grenouillère bleue qu'elle avait brodée et décorée elle même quelques mois plus tôt. Le jour où elle avait appris qu'elle attendait un garçon, en fait. Le jeune homme stoppa devant le spectacle de son amie occupée à câliner son bébé, qui tendait une main très intéressée vers Kayisa, postée à côté de lui sur le lit. Finalement, la rouquine releva la tête, sourit. Cela faisait deux ans qu'ils ne s'étaient pas vus. Depuis le baptême de Florie, en fait. Beaucoup de choses avaient changé depuis ce temps-là. Son sourire frémit légèrement en voyant l'alliance qui brillait au doigt du jeune homme. Elle avait loupé son mariage avec Alicia. La cérémonie avait eu lieu quelques jours après le drame en Norvège, et elle n'avait pas pu s'y rendre, alors qu'elle devait être demoiselle d'honneur. Dimitri avait toujours beaucoup compté pour elle. Il avait été son professeur de danse. C'était un génie dans ce domaine, et il lui avait appris beaucoup de choses, alors qu'il était encore élève au conservatoire. Le fait qu'il se soit déplacé alors que son emploi du temps devait être très chargé la touchait. Et puis il avait été autre chose, aussi. Quelque chose de beaucoup plus important pour elle. Son premier flirt. Hé oui. Depuis, une profonde inimitié existait entre Alexandre Delindel et Dimitri. Étrangement depuis le jour, pendant les vacances d'été, où le père de Zofia avait fichu le danseur à la porte... Bref. Dès lors, après une période d'éloignement d'un an, sa première année à Norsken en fait, ils s'étaient revus dès que possible, et avait toujours entretenu une correspondance fournie. De plus, Dimitri était le seul ami de la rousse à ne pas posséder de pouvoir magique. Il avait bien fallu, à un moment, le mettre dans la confidence, surtout après qu'elle ait révélé Kayisa. Leur amitié s'était renforcée à partir de là.
Le jeune homme s'approcha, de sa démarche fluide de danseur, et s'installa avec légèreté sur le bord du lit, avant de prendre délicatement la main de la jeune femme. Ils avaient beaucoup de choses à se dire...


Il n'y eu qu'une autre visite. Isadora. Jolie sorcière brune aux yeux verts. Silhouette élancée, port de tête altier, robe hors de prix. 25 ans de réceptions, de soirées, de futilités et de fêtes, seulement entrecoupées par quelques études à l'Académie Beauxbâtons et quelques passages comme stagiaire dans certaines entreprises de l'empire financier de son père, grand fabricant de prêt-à-porter sorcier. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, amie de Zofia. Amie lointaine, évaporée, indiscrète. Mais amie quand même. Parce que c'était une des rares personnes intelligentes avec laquelle la rouquine pouvait discuter dans les soirées huppées où son père la traînait dès qu'elle avait le malheur de rester plus de deux jours au manoir. Isa, cancanneuse s'il en était, lui rapporta beaucoup d'informations sur le beau monde sorcier, la fit sourire, réussit à la distraire, trépigna devant le bébé, qu'elle trouvait « choupi-trognon-mimi-tout-plein-j'en-veux-un-pareil-où-tu-l'as-acheté???!!!??? », ce qui était en quelque sorte sa marque de fabrique. Isa était parfois insupportable, mais elle avait au moins l'avantage de savoir comment faire rire la rousse, et en ce moment ce n'était pas un mal.

Si les visites étaient rares, les paquets, lettres et autres bouquets de fleurs se succédèrent pendant les cinq jours qu'elle passa à la maternité. Malgré tout ce qu'elles pouvaient dire dans son dos, les grandes familles sorcières ne pouvaient pas s'empêcher d'envoyer quelque chose, pour 'faire bien ' et travailler leur image. Dans le lot, des invitations diverses et variés, plusieurs kilos de boîtes de chocolat, des jardins entiers de fleurs de toutes les couleurs (en automne ça devait coûter une fortune), deux demandes en mariage. Parmi toutes ces choses, elle ne prêta attention qu'à l'une d'elle. Une enveloppe vert pâle. Contenant un parchemin de la même couleur. La lettre était rédigée à l'encre noire, et à la plume. L'écriture était décidée, mais fluide et agréable à lire. Un rendez-vous dans un café sorcier très chic, à Paris, deux semaines plus tard. Soit juste avant son départ pour Sywhaid. Donné par un des jeunes chercheurs avec lequel Zofia correspondait assidument depuis plus de trois ans, mais qu'elle n'avait encore jamais rencontré. Elle sourit. Enfin quelque chose de distrayant.

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MessageSujet: Re: Elio   Mar 4 Nov - 21:29

Elle avait dit au revoir à sa famille, et promis de revenir au printemps. Elle était arrivée à Paris une heure plus tôt, avait laissé ses bagages en attente à l'aéroport. Il y en avait beaucoup, principalement à cause d'Elio, qu'elle portait accroché contre sa poitrine grâce à des sangles prévues à cet effet. Le bébé, protégé du froid par un adorable ensemble pyjama-pull-bonnet offerts par Dimitri, s'était endormi dans le train, et ne s'était toujours pas réveillé tandis que Zofia parcourait les rues de la capitale en direction du quartier sorcier de Paris. Elle y pénétra sans problème et se dirigea rapidement vers le Chaudron d'Argent. Elle avait quatre heures avant le départ de son avion, et pourrait peut-être se permettre de faire un peu de tourisme plus tard.

2 heures pile. Zofia était toujours très ponctuelle, mais là, il fallait avouer qu'elle avait du se forcer pour flâner un peu et ne pas se précipiter de suite au lieu de rendez-vous. Le café était presque vide. Les clients potentiels devaient être en train de manger, vraisemblablement. Elle n'avait jamais vu Samuel Leviaz, mais devina que c'était lui assez facilement. Il était occupé à lire une revue spécialisée dans laquelle la rouquine avait déjà eu l'occasion de publier quelques articles. C'était d'ailleurs grâce à cela qu'il l'avait contactée la première fois, et elle ne doutait pas que son choix de lecture ne fut délibéré. Elle se glissa sur le siège en face de lui avant qu'il n'ait interrompu sa lecture, et lui servit son plus charmant sourire. Depuis son accouchement, elle avait reprit un teint à peu près normal, et avait commencé à perdre les kilos qui avaient accompagnés la croissance de son bébé. Néanmoins, il fallait avouer que lesdits kilos jouaient plutôt en sa faveur sur ce coup-là, lui donnant l'air avenante, et ajoutant de la douceur à la jolie image qu'ils formaient, elle, Kayisa et Elio. Samuel lui sourit en retour, lui tendit la main, et son premier mot fut pour la féliciter de la récente naissance.

« Je suis enchanté de vous rencontrer. Et très flatté que vous ayez accepté cette entrevue malgré votre emploi du temps chargé. »

Il était plus vieux que ce qu'elle avait imaginé. Blond, les cheveux drus, coupés très courts, les yeux noisette, un soupçon de barbe sur un visage anguleux. Il n'était pas beau, mais possédait un certain charisme et semblait sympathique. Son daemon renard écoutait, assis près de sa chaise. Cependant, Zofia était assez étonnée par l'âge du jeune homme. Il devait avoir une petite trentaine d'années. 28, 29 ans au minimum. Elle se rendit compte que ceux qui se disaient « jeunes chercheurs » devaient pour la plupart avoir cet âge. Elle était une exception. Et elle se rendit compte de l'honneur que Samuel lui faisait. Rencontrer une petite jeunette comme elle...en quoi cela pouvait-il l'intéresser? Il l'avait toujours prise au sérieux, et leur échange de lettres avait été très formateur. Mais en le voyant ainsi, elle eut soudain l'impression qu'ils appartenaient à deux mondes très différents.

Ils passèrent commande rapidement, d'un commun accord, pour ne pas être dérangés pendant leur entretien.
Tandis que Zofia dégustait une première gorgée de sa limonade cerise-citron, Samuel entra dans le vif du sujet. Ils avaient eu tout le temps de papoter par écrit, et maintenant qu'ils se rencontraient, il valait mieux ne pas y aller par quatre chemins.

« Nous avons en commun, vous, moi, et quelques autres chercheurs disséminés aux quatre coins du globe, de nous intéresser à la médecine non-sorcière. Pas pour la dénigrer, mais parce que nous croyons qu'elle peut bel et bien être utile. »


La jeune femme acquiesça, tout en berçant Elio, qui s'éveillait peu à peu.


« Un de mes anciens camarades de promo, qui travaille pour un hôpital de New York, a découvert qu'il était possible de renforcer certaines potions curatives simples avec des molécules provenant de médicaments non-sorciers. Pour le milieu médical, cela restera une hérésie, tant que les résultats ne seront pas prouvés à grande échelle. Mais peu de laboratoires accepteront de le financer et de se livrer à des tests sans être sûrs et certains que cela sera accepté par le public concerné... »

« C'est un cercle vicieux, en effet. Et que proposez-vous? »


Que ME proposez-vous? Pourquoi cette entrevue?

Samuel sourit brièvement, avant de continuer:

«Le laboratoire parisien pour lequel je travaille a déjà rencontré Marc, et a accepté de prendre le risque de s'emparer du projet.  Marc ne s'y connait malheureusement pas assez en potions pour continuer ses expériences. Il est plutôt expert en sortilèges et pour tout ce qui touche les maladies évolutives. Il nous faudrait quelqu'un qui soit assez ouvert d'esprit et qui ai eu une scolarité et des expériences professionnelles assez diversifiée pour prendre à coeur notre cause et continuer les recherches. Quelqu'un qui soit spécialiste de la guérison par les plantes, qui soit préparateur de potion et qui possèdent des connaissances assez poussées pour mener les expériences le plus loin possible. »

Il s'interrompit légèrement, savourant le plaisir de voir Zofia tenter de contenir sa surprise et son impatience.

« Zofia. Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Le directeur du labo a décidé que ce serait vous. Si vous acceptez. »

Si la jeune femme avait été du genre expansive, elle se serait jetée au cou de son interlocuteur en hurlant d'une voix très, très, très aigue. Mais comme elle n'était pas expansive, elle se contenta de serrer un peu plus Elio contre elle, avant de boire une gorgée de sa limonade. Elle avait la gorge sèche, tout d'un coup.


« Le directeur de votre labo doit faire erreur. Je n'ai pas l'expérience nécessaire à ce genre de projets. La confiance qu'il place en moi me flatte, mais je ne peux pas accepter. Je suis trop jeune pour accepter une telle offre, je n'ai pas les compétences nécessaires... »


Samuel l'observa quelques instants, avec un sourire en coin, tout en sirotant son cocktail à petites gorgées:

« Ma chère Zofia, vous me décevez. Je vous pensais assez intelligente pour éviter de me présenter de tels arguments. Ne me forcez pas à vous flattez je vous en prie. Vous êtes très jeune, certes, mais vous êtes brillante. Et le génie compense tout. Vous ne le savez peut-être pas, mais les recherches que vous avez menées en Norvège ont été très suivies, dans le milieu médical, et les brevets que vous avez déposés vous ont fait connaître, dans un cercle restreint, certes, mais très haut placé. Si vous le vouliez, vous trouveriez du travail dans n'importe quel hôpital ou dans n'importe quel laboratoire dans lequel vous mettriez les pieds. Vous avez la curiosité, l'intelligence, les compétences. Et vous le savez. »

Elle hocha la tête, lentement. Oui. Si elle s'attardait un peu à réfléchir, elle le savait. Effectivement.

La rouquine inspira lentement, avant de demander, sur un ton presque détaché, mais sans parvenir à cacher totalement son excitation:

« Quelles seraient les modalités? Vous savez que je retourne en Ecosse dans quelques heures, et que la condition sine-qua-non sera que je puisse y rester. C'est absolument indispensable. »


Elle serait catégorique là-dessus. Elle ne quitterait pas Sywhaid. Elle avait mis trop de temps à s'y adapter pour avoir envie de recommencer ailleurs. Samuel hocha la tête, l'air compréhensif:

« Ne vous inquiétez pas pour ça, nous y avons pensé. Le labo s'engage à payer tout ce qui pourra s'apparenter à vos recherches, plus une certaine somme versée sur votre compte tous les mois. Ils veulent un rapport tous les deux mois, et vous avez deux ans pour obtenir des résultats fiables et vérifiés. Une formule de médicament hybride serait évidemment le mieux, et nous savons que vous pouvez y arriver. Ces recherches doivent rester secrètes, et en aucun cas vous ne devez publier quoi que ce soit dessus avant que le brevet ne soit déposés. En cas de refus de votre part quant au respect de cette règle, le contrat se trouvera rompu sur le champ. »

Zofia hocha la tête. Elle acceptait.


« J'ai apporté un contrat. Si vous voulez bien le lire...? »

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Re: Elio   Dim 7 Déc - 18:47

Kevin arrêta la voiture juste devant ce qui semblait être les prémices de la Brume. Zofia le remercia tandis qu'il l'aidait à descendre ses affaires et à ajuster les divers poids sur ses épaules: sur son dos, un sac imposant contenait toutes ses affaires, dont certaines miniaturisées pour pouvoir rentrer, mais qui pesaient toujours leur poids initial. Contre sa poitrine, bien attaché dans les sangles qu'elle utilisait depuis sa naissance pour le transporter tout en le tenant à l'abri du froid et du vent, Elio dormait à poings fermés. Elle sourit tranquillement, tandis que Kayisa avançait sans se presser, attendant que la jeune maman fasse ses adieux à son chauffeur, qui l'avait amenée depuis qu'elle était arrivée au village. Le fait de ne pas pouvoir utiliser de moyens de transports magique à cause du bébé avait été assez problématique et le voyage avait duré plus longtemps que prévu. Les bottes de la jeune femme faisaient crisser la neige, déjà épaisse en ce milieu de mois de décembre. Elle avançait régulièrement, d'un pas décidé, jusqu'à ce qu'elle se trouve à la limite de l'endroit où la Brume deviendrait presque opaque et fit une pause. Elle était partie trois mois plus tôt, avec Mathys et Rok, terrorisée à l'idée de ce qui allait se passer, et complètement anesthésiée par le fait que Tibère l'ait quitté. Maintenant, cela allait beaucoup mieux. Bien sûr, la correspondance qu'elle avait entretenu avec le père d'Elio l'avait démolie psychologiquement, et avait donné lieu à de véritables crises de larmes. Mais après tout, personne ne l'avait vue, et elle-même savait qu'à présent, elle pouvait aller de l'avant. Elle serait chez elle à Sywhaid. Et tout allait beaucoup mieux que quand elle était partie. Elle essaya de ne pas penser à la dernière fois qu'elle avait franchit la Brume dans le sens du retour. Lorsqu'elle et Tibère était revenus de Rome, le seul moment de leur brève relation durant lequel tout semblait aller bien.

Fin du moment souvenir et mélodrame, maintenant, en avant!

Elle sourit en croisant le regard de son daemon, et s'enfonça dans la Brume.

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