Apkar venait de loin, mais il était habitué aux longs voyages, à l'errance nomade d'Archavir, sa ville d'adoption. Il avait été surpris du nombre d'amis qu'Ismadhouie comptait entre la Turquie et la Noble Lande, et de l'empressement avec lequel ils l'avaient tous reçu, guidé, conseillé. En tant que gardien de la cité perdue, il jouissait d'un certain prestige auprès des initiés, prestige dont il ne savait que faire et qui le mettait terriblement mal à l'aise. Il était heureux d'arriver enfin dans un pays où l'unique prestige auquel il pourrait prétendre dépendrait de ce que Brise avait bien pu raconter de lui. Si tant est qu'elle ai raconté quoi que ce soit. L'anglaise n'était pas bien bavarde, et ce n'était pas plus mal puisqu'elle n'avait sûrement pas que du bien à dire de lui.
Il marchait depuis quelques temps déjà dans la campagne écossaise, attentif au moindre frémissement. Il avait le sentiment que lorsque la Brume serait proche, il la sentirait. Il sentirait sa présence comme il sentait les limites d'Archavir.
Brise lui avait parlé de quête, d'épreuve, de mirages et de chimères. Il ne savait pas trop qu'en penser. Elle l'avait prévenu : toutes les quêtes étant différentes, personnes ne pouvait savoir ce qu'il allait advenir dans la Brume. Quand Apkar avait voulu qu'elle lui raconte la sienne, elle avait refusé. Et il avait comprit, à sa figure, qu'il ne vallait mieux pas insister.
Il sentait quelques chose à présent. Une vague tension venue des collines, là-bas, au loin. Il quitta le sentier qu'il suivait depuis le précédent village et s'engagea à travers champs, pressé d'arriver maintenant. Ses bottes de cavaliers lui avaient valu quelques regards moqueurs en ville, mais il était bien content de les avoirs. Il avait du pleuvoir dans la nuit, la terre était molle et humide comme la boue au bord des rivières. Levant haut les genoux, Apkar s'élança vers la source du pouvoir, de plus en plus puissante à mesure qu'il s'approchait.
Après avoir culbuté plusieurs fois dans le mauvais chemin qu'il avait choisit de suivre (et maudissant son impatience), Apkar finit par l'apperçevoir. La Brume. Elle vibrait doucement à quelques pas en avant. Après une seconde d'hésitation, le jeune homme s'engagea dans la grisaille en retenant sa respiration. Il expira brutalement et s'ébroua, soulagé. Il y était, aux portes de Sywhaîd.
- Bonjour, Brume. Je t'apporte le salut d'Archavir.