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 Mary's In India

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Marybeth Norton
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MessageSujet: Mary's In India   Sam 27 Sep - 17:22

[Se passe à la brèche de l’Automne…
Voici Henderson :




« Vous avez fait bon voyage ? »

Ils font un drôle de duo. Lui, assis derrière son magnifique bureau en bois foncé, bien droit, habillé d’un costume de prix et le visage austère ; elle, mèches brunes et bleues mêlées dans un amas de cheveux qui n’a sûrement pas été démêlé depuis plusieurs jours, robe noire informe qui s’arrête à son genou et affalée dans un fauteuil en cuir hors de prix. Elle détonne dans ce vaste bureau aux grandes bibliothèques en beau bois, avec ce merveilleux parquet qui a sûrement été fait par un grand Artiste et dans cette odeur d’intérieur bien entretenu. Elle ressemble à un sauvage forcée à visiter un palais…. Et le chat norvégien qui lui sert de daemon, roulé en boule sur le fauteuil d’à côté, les yeux posés sur le Doyen est loin de briser cette image.

« On peut dire ça… » Répond-elle avec un sourire coquin.

Elle repense aux vingt-quatre heures de voyage… Rien que ça. Parce que pour voyager de Sywhaîd à New Delhi, il n’y a pas de ligne directe. Il faut passer par plusieurs villes, plusieurs moyens de transport et même plusieurs continents. Beaucoup d’attente, beaucoup de kilomètres avalés… Avec Nios dans une caisse à chat… Ce qui explique pourquoi il gonfle le poil à l’évocation du voyage en question. Il déteste voyager dans la soute… Il déteste voyager tout court, du moins tant qu’on ne l’autorise pas à rester libre durant le trajet.

« J’imagine que vous devez être fatiguée… Nous vous avons préparé une chambre… » L’homme semble réaliser quelque chose puis ajoute : « Vous n’avez pas emmené Connor ? Nous avions préparé une chambre pour lui…. »

Mary sourit. Henderson a vu Connor plusieurs fois et il lui a à chaque fois offert une petite babiole. C’est sûrement idiot comme réaction mais ça donne l’impression à la jeune femme que le Doyen apprécie vraiment son fils, qu’il ne le considère pas comme un poids ou comme quantité négligeable. L’attention qu’il a eue de lui faire préparer une chambre appuie cette théorie.

« Non… Il a eu trois ans il y a deux semaines et il commence l’école cette année. Bien sûr, à Sywhaîd ça n’est pas aussi stricte que dans d’autres parties du monde mais je veux qu’il ait un minimum de cadre… Du coup je l’ai laissé là-bas… »

Elle repense à ses adieux avec Connor. C’est la première fois qu’ils se séparent depuis qu’il est né et ils ne se séparent pas seulement un weekend ou quelque chose comme ça, non ils se séparent deux semaines durant lesquelles elle est carrément à l’autre bout du monde. Le gamin n’a pas eu l’air franchement traumatisé, l’idée de passer deux semaines avec Aloïs l’a consolé. Elle, elle a senti du soulagement. Elle a besoin de prendre l’air, à tous les niveaux. Elle a besoin de se changer les idées, de ne pas jouer son rôle de mère pendant quelques jours… Ca fait plus de trois ans qu’elle n’a pas pris de vacances, là elle va en profiter. Bien sûr, présenter ses recherches à un jury de chercheurs ça n’est pas vraiment ce que la plupart des gens considèrent comme des vacances mais pour Mary, c’est carrément le Club Med.

« J’espère que ça ne vous empêchera pas de rallonger votre séjour… »

Mary sort de ses pensées à ces paroles. Elle lève un regard étonné sur l’homme qui a l’air toujours aussi austère, il est pratiquement impossible la plupart du temps de lire une émotion sur son visage.

« Nous avions pensé que vous pourriez animer quelques conférences durant notre Colloque Annuel qui se tient dans quinze jours. »

« Vous déconnez ? »

Elle s’est redressée, en fait elle a pratiquement bondi de son siège mais a réussi au dernier moment à se forcer à rester assise. Nios quant à lui n’est plus du tout roulé en boule, il est assis, l’oreille dressée, son regard de chat sondant Christopher Henderson.

« Non, je suis très sérieux. » Répond l’homme sans se départir de son flegme tout à fait britannique (bien que Mary ne soit pas sûre qu’il soit issu de ce pays). « Le jury a lu le dossier que vous nous avez envoyé et nous sommes tombé d’accord sur le fait que vous faire passer un oral devant nous serait une perte de temps. Et nous nous sommes dit que vous pourriez mener une série de cinq conférences développant vos pistes de recherches…. »

« Vous déconnez ? »

Elle semble ne plus savoir dire que ça et l’homme ne s’en offense pas. Une sorte de petit sourire amusé semble même passer sur son visage une fraction de seconde.

« Non, Miss Norton, je suis très sérieux. »

« Je ne vois pas qui pourrait être intéressé par mes recherches ! Je veux dire… » Une sorte de panique envahit la voix de Marybeth, elle parle beaucoup plus vite et un peu plus aigu que d’habitude. « Elles ne sont qu’à leurs balbutiements et tout ce que je fais pour le moment c’est de réinventer l’eau chaude avec quelques théories qui ne tiennent pratiquement pas debout ! »

« Le Conseil de l’Institut Henderson vous a jugée apte à faire partie de son Colloque pourtant. »

« Le Conseil de L’institut Henderson déconne plein pot ! »

Cette fois, elle est tout à fait certaine d’avoir vu un sourire passer sur le visage de l’homme. Il a l’air d’ailleurs un peu moins fermé que d’habitude quand il lui répond :

« Peut-être, mais il passe pour être formé par quelques-uns des plus grands spécialistes de votre domaine. Si nous pensons que des conférences animées par votre personne pourraient apporter quelque chose à notre Colloque, lui aussi très réputé, c’est que nous savons de quoi nous parlons… De plus, peu de gens étudient la daemonologie dans notre partie, vous serez la seule spécialiste de ce domaine à participer à notre réunion. »

Le regard de Marybeth semble toujours faire trois fois la taille habituelle mais il y a du changement. Elle sourit et soupire. Il l’a conquise. Il faut dire qu’elle ne va pas non plus se faire prier.

« Vous êtes la seule personne à avoir refusé la place d’étudiant que nous vous offrions depuis que l’Institut est ouvert. » Lui rappelle l’homme. « Vous n’allez pas aussi décliner cette invitation, ce pourrait être pris comme une insulte. »

Elle sourit. Cette fois, il a sorti l’argument qui tue. Mais il l’avait eue à « rallonger votre séjour ».

« Très bien… Si vous voulez. » Répond-elle, magnanime, mais avec un brillement dans l’œil qui montre une certaine excitation. « De toute façon je pense que je n’aurais pas un très grand public, donc si je me plante… »

« Vous vous en sortirez très bien. » la coupe-t-il avec un air sympathique.

Elle hoche la tête puis commence à se lever, pensant que l’entretien est fini. Seulement, un raclement de gorge venant du Doyen la contredit. A moitié sortie du fauteuil, elle se fige et attend la suite. Seulement, l’homme semble gêné, juste assez pour que ce soit étonnant.

« Il y a autre chose ? » demande-t-elle, soupçonneuse.

« Et bien… Votre… Hum. Votre apparence Miss Norton. »

Son apparence ? Une fraction de seconde elle ne comprend pas et il le voit bien, il ajoute d’ailleurs :

« Votre excentricité ne me pose, ni à moi ni au Conseil, aucun problème. Seulement, il y aura des personnes beaucoup plus étroites d’esprit à convaincre durant le Colloque. Vous êtes très jeune, vous sortez de nulle part… Si vous voulez imposer le respect et être crédible il faut que vous jouiez un minimum le jeu… »

Oui, forcément, une petite brunette habillée de loques avec des mèches bleues ça passe pas vraiment dans ce genre de réunions élitistes. Elle va pour dire qu’elle essaiera de faire un effort quand l’homme lui tend une petite pochette en cuir.

« J’ai pris la liberté de noter l’adresse d’un coiffeur et de plusieurs boutiques de vêtements et d’accessoires qui se trouvent dans notre ville. Ils sont prévenus de votre venue… Vous n’avez évidemment rien à payer, vous n’avez pas de salaire pour votre participation au Colloque mais l’Institut se charge de tous vos frais. »

« Vous déconnez ? »

L’homme sourit tandis qu’elle prend la pochette.

« Non, Miss Norton, je suis très sérieux. »

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MessageSujet: Re: Mary's In India   Sam 27 Sep - 17:48

« Mouahouahouahoua ! »

Un chat hilare, vous avez déjà vu ? C’est l’étrange spectacle auquel quelqu’un passant devant la chambre de Marybeth aurait pu assister à ce moment précis. Nios, par terre, riant tellement fort qu’il n’arrive même pas à garder les yeux ouvert ou même à rester debout sur ses pattes.

« Bon, ça va, on a compris…. »

En face de lui, Marybeth, apparemment légèrement ennuyée par cette crise d’hystérie de son daemon. Ce dernier fait des efforts pour se calmer et y arrive juste assez pour la regarder et pour crier :

« Mais tu es… Tu es… blonde ! BLONDE ! »

Il repart dans un éclat de rire sonore tandis que Marybeth va fermer la porte afin d’éviter que tout le monde puisse assister à leur conversation.

« Bon, arrête... J’ai pas vu ce que la coiffeuse faisait. Tu aurais pu me le dire, toi, qu’elle me faisait blonde ! »

« Mais ça aurait été beaucoup moins drôle ! » argumente le chat entre deux éclats de rires.

Oui, elle est blonde… Et blonde, blonde, pas juste avec des mèches ou pas seulement châtain clair. En fait, elle est aussi blonde qu’une Veronica ou qu’une Aina. Ca a de quoi surprendre. Surtout que ses cheveux ont été raccourcis, ils lui arrivent seulement un peu plus bas que les épaules à présent, et qu’un sort leur a été appliqué… pour lisser et discipliner un peu sa chevelure. Du coup, elle est blonde ET coiffée !

« Pfrrrr ! C’est IRRESISTIBLE ! » hoquette le chat.

Mary se regarde dans son miroir avec un air sceptique. Oui, c’est irresistible. En plus d’être blonde (BLONDE !) elle porte une sorte de robe d’été adorable, blanche (la seule couleur qu’elle n’a jamais portée, du moins pas depuis qu’elle peut choisir ses vêtements) avec des petites fleurs jaunes brodées. De très fines bretelles, un décolleté… Elle est même cintrée au niveau de la taille !

« Bon ça va ! On se calme maintenant ! »

Elle a l’air énervée mais il faut dire que ça lui fait aussi drôle qu’à son daemon. D’ailleurs, ce dernier perd le peu de sérieux qu’il avait réussi à récupérer quand Mary sort une paire de sandales très fines qu’elle enfile avec une concentration à toute épreuve. Elle n’a jamais porté de chaussures aussi délicates. Elle se regarde de nouveau dans le miroir un instant puis attrape son châle (son châle !) et sort, suivie de Nios. Alors qu’elle referme la porte derrière elle, on peut l’entendre lancer :

« Et encore… Tu dormais quand on a choisi les robes de soirées ! »

Un nouvel éclat de rire sonore retentit dans les couloirs de l’Institut.

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MessageSujet: Re: Mary's In India   Sam 27 Sep - 18:14

[Après, promis, j’arrête avec les avatars ! Voilà Josh :

Et si vous voulez voir Mary dans sa belle robe de soirée, cliquez sur la balise spoiler juste là :
Spoiler:
 
]



« Non Miss Norton, il faut que vous compreniez que la théorie que vous avancez, nous avons été éduqués pour la considérer comme une simple hérésie ! »

Assise sur un tabouret au bar, Mary essaie de garder l’expression de politesse intéressée qu’elle pense avoir depuis le début de cette conversation… à peu près trois mille ans plus tôt si elle fait confiance à son horloge interne. Quand elle pense qu’elle est venue ici en pensant faire seulement une apparition, Nios n’a même pas pensé devoir venir pour la soutenir !, et qu’elle a réussi à se faire coincer au bar par ce quinquagénaire qui s’écoute parler depuis une éternité sur la première conférence qu’elle a faite dans l’après-midi. Pourquoi faut-il que cet homme soit venu écouter ses théories s’il s’y connaît déjà si bien en daemonologie ?

« Parce que, si la Corde d’Argent se composait comme vous l’avancez de flux magiques et élémentaux mais aussi d’éléments physiques tout à fait non-sorciers, ce voudrait dire que les non-sorciers pourraient avoir un daemon ! »

L’homme semble très satisfait de ce qu’il raconte et Marybeth s’ennuie comme jamais. Elle passe discrètement une main dans son dos, pour vérifier que son « décolleté » dorsal n’a pas bougé et ne dévoile pas une partie intime de son anatomie. Elle n’est pas du tout à l’aise, sur son trente-et-un, comme toutes les personnes présentes à cette réception. Elle porte une robe magnifique, même Nios a dû l’admettre, mais qui n’est pas du tout son style. Noire, en soie, elle est droite et resserrée juste aux bons endroits. Le genre de robe qui vous empêche de faire de trop grands pas. De toute façon, elle a déjà les talons pour la ralentir, de magnifiques escarpins sur lesquels elle tient à peine debout, ce qui explique qu’elle n’ait pas eu le temps de fuir la conversation. Un motif brodé sur le côté de la robe a attiré les regards de pas mal de mâles de l’assistance depuis qu’elle est arrivée, ce qui n’est pas vraiment pour lui plaire. Il y a aussi du velours, un très joli velours, qui sert de col. Ses cheveux sont détachés mais coiffés d’une façon étonnante, bien coiffés et un peu crêpés pour donner encore du volume… Et finalement, elle porte du maquillage. Trop de maquillage. C’est joli et pour la première fois depuis très longtemps Mary fait son âge mais… non, ça n’est pas elle.

« Hors nous savons très bien que les non-sorciers n’ont pas de daemon ! Des tas d’expériences très sérieuses l’ont démontré durant les dernières décennies ! »

L’homme s’écoute parler, indubitablement, mais il commence à chauffer les oreilles de Marybeth. D’ailleurs, elle est prête à expédier le malotru imbu de lui-même à l’autre bout de la galaxie quand une voix douce, masculine, et très agréable retentit juste derrière elle.

« Mr Van Hoort, si vous aviez bien écouté ce que Miss Norton nous a expliqué durant sa conférence, vous auriez saisi que, justement, d’après ses théories, c’est l’absence de flux magiques internes ou élémentaux chez les non-sorciers qui empêche les éléments physiques bien présent de créer une Corde d’Argent et donc un daemon. Ainsi, les non-sorciers ne peuvent avoir de daemon, nous sommes d’accord sur ce sujet, mais la différence se situe encore une fois au niveau des flux magiques, s’ils en avaient, ils pourraient avoir un daemon. »

Le Mr Van Hoort (dont le nom dit vaguement quelque chose à Marybeth, il lui semble avoir lu un livre écrit par lui à propos de l’utilisation de la pensée pourpre dans les potions euphorisantes contre la dépression) perd soudain toute sa superbe. Son visage se ferme et il demande, à peine poliment, comme s’il était vexé d’être embêté sur ce qu’il considérait apparemment comme son territoire :

« A qui ai-je l’honneur ? »

Une main passe au-dessus de l’épaule à moitié dénudée de Marybeth et la voix dit, toujours sur le même ton sympathique :

« Joshua Anders. »

C’est alors que, sous le regard étonné de la demi-douzaine de personnes installée près du bar, Marybeth glisse de son tabouret…

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MessageSujet: Re: Mary's In India   Sam 27 Sep - 18:41

Heureusement pour Mary, celui qui vient de se présenter sous le nom de Joshua a de bons réflexes. A peine a-t-elle commencé à s’effondrer qu’il la rattrape et la stabilise.

« C’est bon ! Je la tiens ! » lance-t-il pour permettre aux gens d’arrêter de regarder la petite scène.

Il affiche un sourire adorable, un sourire qui fait craquer à peu près toutes les femmes de l’assistance, même celles qui ont l’âge d’être sa mère. Il faut dire qu’il est à croquer, avec son costume très moderne, légèrement asymétrique, des cheveux bruns dont des mèches lui tombent devant son regard marron, très vif, toujours pétillant d’une drôle de malice, comme s’il avait toujours un recul amusé sur tout ce qui se passait. Il a un joli visage, pas un visage de tombeur. Plutôt un visage de charmeur. Doux, qui inspire confiance. D’ailleurs personne ne dit quoi que ce soit quand il soulève Marybeth aussi facilement que si elle était un fétu de paille (en même temps il fait plus d’une tête de plus qu’elle et il semble entretenir sa forme) et s’éloigne vers la sortie en disant :

« Elle va bien, elle a juste besoin d’un peu d’air ! »

L’Institut Henderson est une communauté et les invités qui participent au Colloque en sont des membres attentifs. Ils connaissent tous Josh au moins de vue et personne ne s’inquiète de le voir embarquer cette petite blonde aux théories extravagantes. On sait qu’elle est entre de bonnes mains, Joshua Anders est un garçon charmant.

L’homme se dirige avec assurance vers le petit jardin, où pour une fois il n’y a personne. Le jardin est au centre d’une sorte de cours d’arcades en pierres qui ressemblent presque aux architectures européennes, preuve que l’Institut Henderon est un métissage de diverses cultures. Il pose avec délicatesse Marybeth sur un banc et attend qu’elle se réveille, adossé à un des poteaux.

« Mhh… »

Elle commence à s’agiter, il n’aura pas fallu attendre longtemps. Elle se redresse et jette un regard désorienté autour d’elle. Elle grogne et remet sa robe en place avant de s’installer un peu plus confortablement. Son regard s’arrête soudain sur Josh et elle frémit.

« Je sais que le cerveau était l’arme la plus efficace contre les femmes, mais je ne pensais pas que ça puisse être aussi puissant. » lance l’homme, un sourire amusé égayant sa petite barbe de trois jours.

Un silence suit, Marybeth semble essayer de retrouver ses esprits. Elle est totalement désorientée, la pression s’abat sur ses épaules, elle a envie de rire, de pleurer, de partir en courant… Elle se demande pourquoi elle est si émotive soudain, ça n’est pas son genre.

« J’ai assisté à ta conférence ! » lance Josh avec un sourire excité. « Ton sujet d’étude est très impressionnant ! J’ai hâte de voir la suite, je me demande ce que tu nous réserves ! »

Il s’approche et, agité, s’assied à côté de Mary.

« C’est vraiment étonnant tout ce que tu as réussi à étudier et à déduire ! Tes théories sont incroyables ! J’ai toujours su que tu étais une élève particulière, Mary, mais là tu dépasses encore mes espérances ! »

Mary ne peut que lui accorder ce point… Elle a toujours été une élève à part… Elle est d’ailleurs prête à parier qu’elle est la seule à lui avoir fait un enfant dans le dos…

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MessageSujet: Re: Mary's In India   Sam 27 Sep - 18:58

Il est assis à côté d’elle et il a l’air un peu gêné, un peu fébrile. Elle, elle n’a toujours pas dit un seul mot. Le choc de le revoir sûrement… et le choc de s’évanouir pour la première fois de sa vie… A moins qu’elle se soit déjà évanouie durant son accouchement ? C’est possible, mais elle ne s’en souvient plus.

« Tu es très jolie. Je veux dire, malgré la robe et le maquillage… »

Elle sourit malgré elle. Il a toujours préféré quand elle était naturelle. Quand ils étaient ensemble, il y a eu une période où elle a essayé de se maquiller pour paraître un peu plus vieille, mais il lui a vite dit qu’il la préférait sans.

« Tu n’as pas très bonne mine, tu veux quelque chose ? »

Elle secoue la tête.

« Bon ! Alors, dis-moi où tu en es ? Où tu vis ? Qu’est-ce que tu fais de ta vie ? »

Elle lève un regard étonné vers lui. Bien sûr, elle sait pour Connor et donc de son côté ce ne sont pas des retrouvailles très joyeuses, mais lui il n’a aucune idée de tout ça… Et il n’est pas du genre à venir lui reprocher d’être partie presque quatre ans plus tôt sans lui avoir dit au revoir. Il n’est pas comme ça.

« Je veux bien un verre d’eau. » finit-elle par lâcher, sans se soucier du décalage.

Il lui fait apparaître un verre d’un coup de médium, un anneau qu’il porte à l’annulaire droit. Elle se force à sourire et prend le verre qu’il lui tend. Leurs doigts se frôlent et une sorte d’électricité passe entre eux. Mary coupe le contact le plus vite possible, elle s’éloigne même un tout petit peu de lui, comme si elle avait peur de le toucher à nouveau.

« Alors, tu ne vas rien dire ? Tu vas me laisser faire la conversation ? »

Elle gagne du temps en buvant de petites gorgées. Mais le verre est vite vide.

« Oh tu sais… Déménagements, diplômes, recherches… La vie quoi. »

Il n’y a pas trace de mensonge dans ses yeux, elle a toujours su mentir. Très bien su mentir même. Et même s’il la connaît bien, il ne peut pas savoir quand elle joue avec la vérité, personne ne le peu, pas même les gens qui la connaissent mieux ou plus récemment.

« Et toi ? »

Elle se force à poser la question. Elle a l’air épuisé et l’est soudainement. Elle ne s’est jamais préparée à l’idée de le revoir. Du moins pas tout de suite, pas dans ces conditions. Elle a toujours su qu’un jour Connor lui poserait des questions… Et qu’elle finirait peut-être par dire la vérité, et qu’il irait peut-être retrouver son père… Mais elle pensait avoir du temps avant toute ce chaîne destructrice d’évènements. Et là, il est là. Devant elle. Assis à côté d’elle, content de la revoir.

« Oh tu sais… Mariages, enseignement, recherches… La vie quoi. »

« Mariages ? »

Elle lui dit ça avec tellement d’espoir qu’elle est sûre qu’il va se dire que quelque chose ne va pas. Mais il rit et répond :

« Toujours garçon d’honneur, jamais marié… »

Elle soupire. Totalement son style d’humour. Elle est contrariée. S’il avait une famille, au moins, la question de lui dire pour Connor ne se poserait même pas, elle aurait l’excuse de ne pas vouloir bousiller ce qu’il a réussi à construire.

« Et toi, tu as quelqu’un dans ta vie ? »

« Non. »

Elle ne sait pas pourquoi elle dit ça, mais elle le dit et n’hésite pas à changer sa réponse.

« Deux célibataires dans une terre inconnue alors ! »

Il a ce sourire, celui auquel elle ne résiste jamais. Alors elle décide de fuir.

« Tu sais quoi ? Je ne me sens pas très bien…. »

Elle se lève, le plus dignement possible et commence à avancer, vacillant sur ses talons mais elle est arrêtée quand il lui attrape le poignet. Sa main semble énorme sur son petit poignet délicat.

« Dîne avec moi demain soir. »

Elle tourne son regard vers lui et voit cette expression, celle qui dit « n’essaie même pas de me refuser ». Une expression douce, pleine d’humour mais aussi terriblement autoritaire. Elle sait que c’est l’expression qu’il utilise quand il veut être sûr du résultat. Elle soupire, se mord la lèvre, le contact est presque douloureux, elle n’arrive plus à réfléchir.

« Je ne sais pas si je suis libre… »

Il sourit.

« C’est relâche demain soir, y a rien de prévu. »

Il a toujours été trop malin pour son propre bien.

« Okay. Passe me prendre à sept heure. » finit-elle par lâcher.

Elle se détache de son contact, pratiquement avec violence, et fuit sans même le regarder. Une fois qu’elle a passé le coin du couloir, elle enlève ses talons avec rage et court jusqu’à sa chambre.

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Dernière édition par Marybeth Norton le Sam 27 Sep - 19:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Mary's In India   Sam 27 Sep - 19:36

[Hop! On commence enfin les nouveaux messages!]

« Tu vas quand même pas vraiment y aller ? »

Depuis la veille, quand Mary est rentrée, Nios répète cette question inlassablement, entrecoupée d’arguments sensés convaincre l’américaine. Pourtant, il ne s’est jamais senti aussi inutile.

« J’ai accepté l’invitation, je ne vais pas annuler à la dernière minute. »

Elle répond ça avec un air agacé, comme si le fait de parler avec son daemon était devenu la chose la plus fatigante depuis ces dernières heures.

« Tu pourrais dire que tu es malade… »

Un rire ironique claque.

« Il est plus intelligent que ça ! »

Elle vient de finir d’enfiler une de ses nouvelles robes, une robe très simple, à fines bretelles et bustier, blanche, avec des petites violettes imprimées. Pour le plus grand agacement du chat, elle s’admire quelques secondes dans la glace, puis prend une brosse et un élastique.

« C’est exactement ce qui m’embête. »

« De quoi ? »

Elle ne l’écoute qu’à moitié, réussir une queue de cheval potable est un vrai challenge.

« Qu’il est intelligent. Il l’est un peu trop. Il est dangereux. »

« Oh faut pas exagérer non plus ! On dirait que c’est le diable quand tu en parles ! »

Elle dit ça sur un ton comique mais Nios la connaît assez pour sentir l’avertissement. Ne continue pas dans cette voie mon pote ou tu risques d’avoir affaire à moi. Malheureusement, il n’est pas du genre à suivre ce genre de conseils.

« Il te connaît trop bien. »

« C’est faux, d’autant plus que j’ai beaucoup changé depuis… »

Elle vient de finir une coiffure à peu près potable et s’atèle maintenant à choisir des bijoux, renversant sa boite sur le lit.

« Et puis, je suis intelligente aussi. »

« Deux vrais génies ! » raille le daemon tout en bondissant sur le lit. « On voit où ça vous a menés la dernière fois ! Vous êtes tellement intelligents que vous avez fait la plus belle connerie de vos vies ! Combien de temps il t’a fallu pour réparer les dégâts ? Tu veux vraiment…. »

« Ca suffit. »

Le ton est sans appel, un ton que Nios a déjà entendu mais jamais contre lui. Il sursaute d’ailleurs en l’entendant et s’il n’avait pas autant de caractère que sa moitié, il aurait sûrement baissé le regard en voyant celui, dur, que la nouvelle blonde lui sert.

« Ne parle plus jamais de Connor comme ça. Je te l’interdis. »

Le poil de Nios se hérisse. L’électricité qui est dans l’air pourrait servir à alimenter tout Sywhaîd.

« Ne tourne pas mes mots contre moi Mary. Je ne suis pas si stupide. »

Ils s’affrontent du regard. Beaucoup trop longtemps. Aucun des deux ne semble prêt à baisser le regard le premier. Ca pourrait durer des heures mais leur affrontement est interrompu par trois coups guillerets frappés à la porte. Les deux moitiés décident de la trêve au même moment. L’une, le chat, détache son regard pour fixer la porte avec angoisse. L’autre, l’humaine, enfile un bracelet en bois, saute dans ses sandales et, après avoir vérifié son allure une dernière fois dans la glace, ouvre la porte.

« Tu es prête ? »

Pas de bonjour, à part un sourire appréciateur. C’est tout à fait son style, il ne s’encombre pas avec des futilités. Jamais.

« Je prends mon sac et j’arrive. »

Elle laisse la porte ouverte et Nios vient s’asseoir dans l’encadrement, faisant barrière entre l’intimité de sa moitié et le professeur. Ce dernier sourit et hoche la tête, tant pour saluer le daemon que pour lui dire quelque chose du genre « j’ai compris, rien n’a changé…. ». Nios n’a jamais aimé Josh, ou plutôt il n’a jamais aimé comment Mary était quand Joshua était dans les parages.

« Tu es très chic ! » complimente Mary en revenant avec son sac.

Le trentenaire (Marybeth réalise qu’il doit avoir quelque chose comme trente-trois ans maintenant !) porte un ensemble le mettant très en valeur : pantalon en lin blanc et tunique de la même couleur, brodée de fils un peu plus foncés. Ils sont très accordés.

« On va dans un endroit snob ? »

Il sourit et commence à avancer, Nios suivant le duo comme s’il suivait une souris sur son territoire.

« Non. En fait, on va dans un restaurant où j’ai mes habitudes. C’est à deux pas d’ici. Fréquenté surtout par des non-sorciers, mais c’est le meilleur resto de la ville ! »

Il sourit, l’air tout à fait innocent. Pourtant la jeune femme et lui échangent un regard qui est loin de l’être. Celui de l’une dit « Bien joué ! ». Celui de l’autre répond « Je sais ».

Nios quant à lui s’arrête soudain et feule, le poil hérissé. Non sorcier. Il va devoir attendre dehors.

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MessageSujet: Re: Mary's In India   Sam 27 Sep - 20:36

« Et c’est là que Summers et Harris ont eu la bourse alors que leur projet était bien moins concluant que celui de Rosenberg ! »

« J’y crois pas ! »

Ils en sont au dessert après un bon et long repas durant lequel Josh a raconté toute la vie de son ancienne fac, durant lequel ils ont beaucoup parlé de leurs recherches, de leurs théories, bref un repas durant lequel ils ont parlé boutique. Et ne vous y laissez pas prendre, si Nios n’était pas coincé sur le toit du bâtiment, il ne serait pas rassuré par l’innocence de ces discussions. Parce que c’est exactement comme ça que ça a commencé la première fois. Il était son professeur et elle est allée le voir, à la fin d’un cours, pour parler d’une questions qu’ils avaient abordé à la séance précédente.

« Je suis bien contente d’avoir quitté cet endroit ! Je suis pas sûre que j’en serais là où j’en suis si j’avais dû passer par toutes ces fourberies et magouilles ! »

C’était vraiment innocent, du côté de Mary. Elle n’avait jamais eu qu’un ou deux flirts sans conséquence (bon dieu, elle n’avait que seize ans !!!) et le fantasme de se taper son prof était loin d’être quelque chose qu’elle pouvait vraiment comprendre. Josh était beau, déjà, et terriblement intelligent (et charmeur !) mais il avait presque le double de son âge. A vrai dire, elle n’avait même pas fantasmé deux secondes sur lui, ne se sentait pas réellement attirée par lui.

« Oh tu te serais débrouillée, tu es assez maligne pour ça ! »

Nios n’a jamais vraiment su si ça a été vraiment innocent chez Josh au début. Le chat aimerait vraiment imaginer que le professeur s’est servi de son influence pour attirer son élève dans son lit mais la vérité est très différente. Joshua a été au moins aussi surpris que Mary. Il avait vingt-neuf ans et allait être titularisé, coucher avec une élève (même pas majeure !) n’était pas dans ses objectifs. Risquer sa carrière, risquer la prison… Ca n’était pas vraiment son genre. Et puis, Nios pourrait avoir une preuve que ça n’avait rien de prémédité : Mary était la première élève avec qui il a couché. La dernière aussi. Et pourtant il a des propositions tous les ans, il est tout à fait comestible.

« Oui mais t’avoir comme soutien aurait sûrement été une épine dans mon pied. Tu es le seul de la FAC à n’avoir jamais eu de bourse ! »

Après cette première discussion, très sage, ils ont pris l’habitude de discuter après chaque cours. Une heure d’abord. Puis deux. Et finalement ils passaient tous leurs mardis après-midi ensemble, souvent à la cafétéria, à discuter. Les gens ont jasé. Mais pas assez rapidement en fait, parce que Mary et Josh étaient déjà accros à leurs discussions quand les premières rumeurs ont commencé à circuler. Au bout de trois mois, le Doyen a même conseillé à Josh d’être plus discret dans ses fréquentations extrascolaires. Le professeur s’est d’abord senti terriblement insulté. Il ne pouvait pas arrêter d’enseigner à cette élève si intelligente rien que parce que certaines personnes voyaient le mal partout ! Une heure de colère après il s’est rendu compte qu’il ne pouvait plus se passer de ces rendez-vous. Qu’il voulait les continuer. Il a compris qu’il n’aimait pas juste Mary mais qu’il était amoureux d’elle. Le choc a été tellement violent qu’il a failli en être malade. Le soir même, Mary et lui commençaient leur aventure.

« C’est pour ça que tu es partie alors ? »

Soudain, l’ambiance change et ils s’en rendent tous les deux compte. Il a voulu dire ça en plaisanterie mais vient de mettre le premier sujet sérieux et personnel sur le tapis. Il s’en veut, un peu, et s’il était ce genre de personnes, il reprendrait sûrement ses paroles, enchaînerait sur un autre sujet très vite. Mary se crispe un peu, lui aussi. Ils se regardent un instant, silencieux, angoissés.

« Je suis partie pour des tas de raisons. » répond un peu froidement Marybeth.

Il sourit. Puis reprend un air sérieux.

« Tu as suivi mon conseil ? »

Elle hésite, fronce les sourcils, elle est toujours sur ses gardes.

« Quel conseil ? »

« D’arrêter la coke. Je t’ai dit des centaines de fois que c’était mauvais pour toi, ça finira par te tuer ! »

Il a l’air sérieux mais pourtant elle éclate de rire. C’est une vieille blague, une de leurs private jokes. Il a un humour très particulier, qui la tue à chaque fois.

« Allez… Je te raccompagne. Tu dois te ménager ou ta seconde conférence risque d’être rock’n’roll. » dit-il en demandant l’adition.

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MessageSujet: Re: Mary's In India   Sam 27 Sep - 21:15

« Bon et bien c’est ici qu’on se sépare. »

Ils sont à quelques mètres de la porte de chambre de Marybeth, devant une autre chambre qui doit être celle de Josh. Mary ne savait pas qu’il était lui aussi logé dans cette aile de l’Institut. Elle sourit sans faire de commentaire.

« Bonne nuit Mary… »

Il se penche et va pour l’embrasser, sans qu’elle sache tout à fait si c’est sur la joue ou sur les lèvres, mais de toute façon elle ne lui en laisse pas l’occasion. Elle se raidit et a un mouvement de recul. Encore à moitié penché, dans une attitude qu’un observateur extérieur trouverait sûrement très comique, il la regarde avec un air étonné.

« J’ai un f… petit-ami. »

Elle a dit ça à toute vitesse, il ne s’est sûrement pas rendu compte du baffouillement. L’instant d’une fraction de seconde elle a failli lui dire pour Connor, sans y réfléchir, remettre en cause tout ce qu’elle a fait, tout ce qu’elle a cru et qu’elle croit encore, juste parce qu’il est si prêt d’elle qu’elle peut voir la petite cicatrice qu’il a dans le sourcil.

Il se redresse. La regarde, décontenancé. Trois, quatre secondes passent, flottent. Finalement il lâche :

« Un petit-ami. Evidemment… C’est toujours comme ça… »

Il a dit ça plus pour lui-même que pour Mary mais cette dernière le trouve soudain bien amer. Pour la première fois, elle réalise qu’il a trente-trois ans et qu’il a l’air d’être toujours l’éternel célibataire qu’il était quand elle l’a rencontré. La vie n’a sûrement pas été très tendre avec lui, en tout cas elle l’a été encore moins qu’il peut le penser. Elle frissonne à cette idée. Mais ça ne change rien.

Il sourit, recompose son visage et lui tend la main.

« Bonne nuit alors, Mary. »

Elle sourit à son tour, abaisse ses défenses. Elle tend sa main. Leurs doigts, puis leurs paumes, entrent en contact. C’est une sorte de bouffée électrique. Ils se regardent, et Nios qui est à quelques mètres de là voit, pour sa plus grande panique, le même regard que le soir de leur premier baiser dans chacune des prunelles des deux ex. De nouveau, le temps flotte, quelques secondes. La poignée de main, qui n’en est pas vraiment une, dure trop longtemps. Beaucoup trop longtemps.

Et soudain, ils sont dans les bras l’un de l’autre. Les lèvres collées les unes aux autres. Leurs corps se retrouvent. Leurs esprits, pourtant si vifs, deux génies !, s’échappent. Il n’y a plus que leurs corps, leurs sentiments, leur passion. Nios feule mais ils ne l’entendent pas. Et quand ils referment la porte de la chambre de Josh derrière eux, le chat reste dans le couloir…

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MessageSujet: Re: Mary's In India   Dim 5 Oct - 17:30

« Et Mathys ? »

Mary s’arrête sur le pas de la porte et fixe son daemon d’un air honnêtement surpris. Elle revient tout juste de la douche, enroulée dans une serviette, une autre serviette en turban sur la tête. Elle a sa seconde conférence dans deux heures à peine et elle a des choses à revoir, elle ne s’attendait pas vraiment à ce que Nios lance le sujet maintenant. Normalement, ils ne parlent des choses importantes que quand il n’y a pas d’autres priorités. Et là, la priorité est de finir de préparer cette conférence.

« Quoi Mathys ? » demande-t-elle avec mauvaise foi tout en claquant la porte derrière elle.

Elle avance vers le lit mais s’arrête brusquement quand Nios, qui est dessus, feule. Elle le regarde sans comprendre.

« Quoi ? »

« Ne joue pas à l’idiote. »

Il parle sur un ton qui ne lui plaît pas. Elle sent sa colère monter et voit rouge. Elle prend une grande inspiration. Quand elle répond, son ton est dur et cassant.

« Où tu veux en venir ? »

« Mathys ? Tu sais, ton petit-ami ? Tu y penses ? »

« Il n’a rien à voir là-dedans. »

Ils s’affrontent du regard. Aucun des deux ne lâche.

« Tu as couché avec Josh. »

« Ca n’avait aucune importance. »

Le chat coupe le contact entre leurs deux regards. Il grogne.

« Tu n’es plus amoureuse de lui ? »

« Non. »

Le daemon cherche le mensonge dans le regard de sa moitié mais il ne le trouve pas. Quelques jours plus tôt, ça l’aurait rassuré. A présent, il n’est plus sûr de rien.

« Tu vas en parler à Mathys. »

Ca n’est pas une question. Et c’est une erreur de la part du daemon, il s’en rend compte tout de suite. Les pupilles de l’américaine se rétrécissent. Elle serre les dents.

« Tu me donnes des ordres ? »

Le chat secoue la tête, dans une attitude humaine qui pourrait être drôle, dans d’autres circonstances.

« Non, Mary. Je ne te donne pas d’ordres. Seulement, je croyais te connaître, je pensais que tu serais franche avec Mathys… Seulement… Je ne sais pas. Ca n’est pas ton genre. Coucher avec Josh si tu n’es pas amoureuse, alors que tu es avec Mathys… Te mettre en danger comme ça…. On dirait que tu fais tout pour détruire tout ce qu’on a mis si longtemps à construire. »

« On ? » Elle ricane. « Ce que j’ai construit. Aux dernières nouvelles c’est moi qui élève Connor, moi qui fait les recherches. Tu es mon daemon, tu es une partie de moi, pas l’inverse. »

Elle parle sur un ton qui fait frissonner le chat. C’est la première fois qu’elle lui dit quelque chose comme ça et il ne sait pas quoi répondre. Jusqu’à présent, ils ont toujours fonctionné en équipe, et il trouve très blessant que Mary considère qu’il n’est qu’une sorte d’assistant et rien de plus. Son ton à lui aussi se durcit fortement.

« Sans moi tu n’aurais pas réussi la moitié de ce que tu as fait. »

« Sans toi je n’aurais pas à parler de ces conneries ce matin. »

« Ces conneries ? Tu as trompé Mathys. Tu ne te protège pas du père de ton fils. Est-ce que tu as même pensé à lui dire pour Connor ? »

Elle sèche ses cheveux avec sa serviette en les frottant puis prend une brosse pour les détacher. Elle ne regarde plus Nios, comme s’il n’existait plus, se contente de répondre, le ton toujours aussi dur.

« Non. Ca ne le regarde pas. »

« C’est son fils, Mary ! »

Elle se retourne et son regard flamboie tellement que Nios a l’impression de ne plus la reconnaître.

« Ah oui ? C’est facile de dire ça maintenant ! C’est facile de le dire alors que Connor a trois ans et qu’on retrouve Josh en Inde ! Mais où t’étais quand je suis tombée enceinte ? Hein ? Qu’est-ce que tu disais ? Je ne t’ai jamais entendu contredire ce choix ! Tu es même celui qui a dit qu’on ne pouvait pas rester aux USA, le premier à parler de s’expatrier ! Tu es celui qui a trouvé les sorts pour cacher la grossesse, le temps que je sois acceptée à Tryll ! Celui qui m’a interdit, au moment de mon départ, d’écrire une lettre à Josh pour lui expliquer ! Celui qui m’a soutenue, toutes ces années et m’a empêchée d’avoir la faiblesse d’écrire au père de Connor quand j’avais des doutes ! Et maintenant tu veux me faire passer pour la méchante ? Pour un monstre ? La vérité c’est que si je suis un monstre, tu l’es toi aussi Nios ! On se rachète pas une conduite en suivant la morale quatre ans après ! »

Elle est tellement énervée qu’elle est essoufflée. Elle a une drôle d’allure, enveloppée dans sa serviette blanche, toute petite, les poings serrés, les cheveux à moitié emmêlés. Elle a le regard qui tue et les joues rouges. Elle respire trop fort et sent une sorte de palpitation dans sa tête, elle a l’impression qu’elle va exploser. Pourtant, elle sait tout à fait ce qui se passe, elle est très lucide. Elle pense chaque mot de ce qu’elle dit, et elle le sait en les disant. Elle ne perd pas ses moyens, c’est ça le plus terrifiant. Tout comme Nios ne perd pas les siens quand il répond.

« Ce qu’on a fait on l’a fait parce qu’on pensait que c’était la meilleure solution. Tu avais seize ans et tu étais enceinte, et on ne voulait pas épouser Josh. Avec ta famille il fallait fuir, on a eu raison de le faire, la suite l’a prouvé.... Mais Mary… Tu te rends compte de ce que tu fais ? Tu te rends compte qu’au moment du procès tu n’as pas voulu qu’on contacte Josh alors qu’on était à deux doigts de perdre Connor ? Tu te rends compte que tu viens de coucher avec Josh, qui semble encore très attaché à toi, et que tu viens de me dire que tu ne ressentais rien pour lui et que tu n’allais pas lui parler de Connor ? Il n’est plus une menace ! Surtout si tu n’es plus amoureuse de lui ! Alors maintenant, la meilleure chose à faire, c’est de lui parler de Connor. Pense à ton fils ! »

« J’y pense. C’est pour ça que je ne parlerai pas à Josh. C’est pour ça aussi que je ne dirai rien à Mathys. On a trouvé un équilibre avec Mathys à Sywhaîd. Connor est heureux. Je suis heureuse. Josh est heureux. On en reste là. »

Nios plisse les paupières et se rapproche du bord du lit, comme prêt à bondir à la gorge de Marybeth, et étrangement le parallèle n’est pas si éloigné de la vérité.

« Je ne suis pas d’accord. »

« Tu n’a pas voix au chapitre. »

« J’en parlerais à Mathys. »

« Si tu fais ça, tu le regretteras. »

Il la regarde, incrédule. Elle vient de le menacer. Très clairement. C’est la première fois de toute leur vie qu’elle le fait. Il n’a même jamais imaginé qu’elle puisse penser à le faire ou avoir envie de le faire. Il en reste sans voix. Elle continue, le regard dur, froid, la voix tout à fait accordée à cette attitude.

« Tu ne vas rien dire. A personne. Tu ne parleras pas à Mathys de ce qui s’est passé ici. Tu ne parleras à personne de Josh. Et tu ne parleras pas de Josh non plus. On va faire ces conférences. On va rentrer à Sywhaîd. Et on va vivre notre vie, une vie sans Josh, avec Connor et avec Mathys. C’est clair ? »

Leurs regards s’affrontent de nouveau mais le combat n’est pas équilibré. Nios baisse les yeux très vite. Ses poils s’ébourriffent, pourtant il finit par hocher la tête.

« Très clair. »

Sa voix est amère. Et d’ailleurs avant que Mary n’ait eu le temps de réagir, il sort par la fenêtre, sans se retourner. Quelque chose s’est cassé entre eux. D’une certaine façon, quelque chose s’est cassé en Marybeth et entre elle et le reste du monde. Plus rien n’est comme avant, pas même leur Corde d'Argent.

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MessageSujet: Re: Mary's In India   Dim 5 Oct - 18:06

« Oh ! Mister Anders, vous êtes de retour ? »

C’est la Castafiore qui vient de lui parler et Josh se retient de grimacer. Enfin, la Castafiore… Celle qu’il surnomme comme ça. Une bonne femme qui est à toutes les conventions internationales de Potions et affiliés et qui ressemble terriblement à la diva insupportable. Elle est toujours couverte de vêtements qui ne lui vont pas, avec pleins de bijoux, très vulgaire et parle toujours très fort, se fait toujours beaucoup rire et a pour seul plaisir de colporter les rumeurs sur le cercle fermé des chercheurs.

« Oui. » dit-il avec un sourire, se tournant vers elle. Elle porte une robe de tafetas pourpre vraiment terrifiante. C’est étrange de les voir face à face, lui avec son costume si chic, si classe, et elle qui ressemble à un bonbon avarié. « Je sors tout juste de l’avion. »

« Oh vous êtes élégant quand vous prenez l’avion ! » Dit-elle avant d’éclater d’un rire qu’elle veut cristallin, hilare à son propre bon mot. « Alors, où étiez-vous ? Vous m’avez beaucoup manqué vous savez ! Les discussions de fin de soirées ne sont pas les mêmes sans vos colères ! »

Elle flirte avec lui et Josh trouve ça dégoûtant. Elle flirte avec tous les hommes, du moins tous ceux qui ont l’âge d’être ses fils ou même ses petits-fils… Il réussit à garder l’air joyeux, il a l’habitude de la gérer.

« L’Université de Washington m’a rappelé pour faire partie d’un jury qui devait attribuer une bourse exceptionnelle à un thésard qui avait un projet plutôt coûteux mais très ambitieux. J’ai passé les six derniers jours à essayer de comprendre où menait ce sujet et comment l’accepter sans risquer de ruiner notre Université… Vous imaginez que votre conversation m’a aussi manquée. »

Elle rit à ces paroles, flattée. Sa conversation à elle ne lui a pas manquée du tout… Mais il y en a une autre.

« Oh vous avez manqué des conférences très intéressantes ! La nouvelle, la petite blonde a vraiment des théories peu conventionnelles ! Nous avons eu beaucoup de discussions à ce sujet ! »

Il sourit mais se détache de la grotesque grosse dame d’un geste poli. Il va au bar, l’air d’avoir prévu de faire quelque chose d’intéressant, en faisant un signe qui dit qu’il va revenir. Il ne compte pas croiser la Castafiore de si tôt… mais surtout il n’a pas envie de l’entendre parler des recherches de Marybeth. Il compte bien aller lui demander une représentation privée dès qu’il aura fait acte de présence à cette soirée… Le plaisir après le travail. Il s’asseoit sur le tabouret et commande un apéritif.

La Castafiore l’a oublié, elle a un autre public, avec lequel elle discute du même sujet, avec autant de discrétion qu’un éléphant dans un magasin de porcelaines. Il l’écoute, distraitement, tout en dégustant son gin tonic. Marybeth n’est pas là ce soir mais ça ne l’étonne pas, elle n’est pas du genre à aimer ce genre de fêtes… Il ira la voir plus tard.

« C’est une jeune femme étonnante… Nous savons si peu de choses d’elle ! J’ai dû recourir à mes sources les mieux renseignées pour découvrir quelques petites choses croustillantes… »

Oui, c’est ça… Avant qu’elle ne trouve quelque chose sur Marybeth… Il boit une gorgée, un sourire amusé collé au visage.

« Mais j’ai fini par creuser… oh si vous saviez ! »

Il repose son verre, prend une poignée de cacahuètes et les mange une à une, rapidement.

« Elle a seulement vingt ans ! »

Il regarde la pendule murale avec ennui. Encore cinq minutes et il s’en va, il n’est pas payé pour ce genre de conneries.

« Et pourtant elle a déjà une vie bien remplie ! Et pas seulement au niveau de sa vie professionnelle, si vous voyez ce que je veux dire ! »

Il fait signe au barman de lui servir un autre verre. Il ne va pas le boire tout de suite mais l’emmènera avec lui. Il réfléchit un instant… Quel cocktail plaît à Mary déjà ?

« Elle… Oh c’est tellement savoureux ! Elle est mère ! »

Il avale une cacahuète de travers.

« Mais pas mère d’un bébé, non ! Son fils vient d’avoir trois ans ! Vous imaginez ? Ca veut dire qu’elle doit l’avoir eu à…. »

Il n’entend plus rien. Il déglutit. Se force à respirer. Il entend son cœur battre dans sa poitrine. Terriblement vite. Terriblement fort. Il inspire. Expire. C’est tout ce qu’il est capable de faire pendant une vingtaine de secondes. Puis, avec les gestes d’un automate mal remonté, il descend du tabouret. Il entend le barman lui parler mais ne comprend pas. Quelque chose à propos de sa pâleur… Il ne répond pas. Comme un pantin désarticulé, il avance jusqu’à la porte de la salle. Son cerveau est complètement figé sur le fait de respirer.

Inspirer. Expirer.

Il sort de la pièce, se retrouve dans le couloir. Il fait plus frais que dans la pièce. Il désserre sa cravate.

Inspirer. Expirer.

Il marche. Automatiquement, il retourne à sa chambre. Il ouvre la porte, met bien trois minutes à réussir à gagner sa bataille contre la serrure. Il laisse la clé dans la poignée sans s’en rendre compte et entre. Il ferme la porte derrière lui.

Inspirer. Expirer.

Il ne voit plus rien.

Un fils…

Il n’entend plus que le cœur qui bat dans ses temps.

De trois ans…

Il sent ses jambes lâcher sous lui. Le sol est froid sous son pantalon léger.

Trois ans récemment…

Il se courbe sur lui-même. Vomit tout ce qu’il a mangé ces dernières vingt-quatre heures.

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MessageSujet: Re: Mary's In India   Dim 19 Oct - 20:58

Ca fait trois jours. Trois jours qu’elle n’a pas vu Nios. Elle sent sa présence pas trop loin mais est incapable de savoir où il est ou ce qu’il pense. Elle n’a aucun accès à son daemon et ça lui fiche la trouille. Pour la première fois depuis très longtemps, Mary a peur. Elle a été obligée d’annuler une de ses conférences, parce qu’elle avait besoin du chat pour ses démonstrations, mais elle s’en fiche. Elle est épuisée. Elle ne sait pas ce qui leur est arrivé. Elle ne sait pas ce qui s’est passé, mais elle est épuisée. Elle n’a pas été fatiguée comme ça depuis la période où elle attendait Connor. En fait, elle n’a qu’une envie : rentrer à Sywhaîd. Là-bas, Nios retrouvera sûrement une attitude normale. Là-bas, elle ne passera pas toute la matinée au lit. Et là-bas, il n’y aura pas l’ombre menaçante de Josh et du secret qu’elle garde depuis quatre ans.

On frappe à la porte et elle grogne. Elle est sous la couette depuis deux heures, sans trop savoir quoi faire. Une vraie phase dépressive, elle le sait, mais savoir ne veut pas dire guérir. On frappe une seconde fois et elle soupire. Okay. Elle sort de sa couette, habillée seulement d’un gros pull informe (qu’elle portait pendant sa grossesse), qui lui arrive au genou. Elle n’est pas coiffée, mes ses cheveux ont quand même une forme relativement acceptable parce le coiffeur y a mis trois tonnes de sortilèges. Elle traine des pieds, ouvre la porte.

« Josh ? Qu’est-ce qui t’arrive ? »

La question est stupide, surtout quand on connaît leurs situations respectives, mais sur le moment Marybeth n’imagine pas un instant que son ex ait pu découvrir le pot aux roses. Elle sait que Nios n’irait jamais lui dire quoi que ce soit, quoi qu’il en dise, parce que ça mettrait Connor en danger, et qu’il le sait. Alors quand elle voit débarquer Josh, des cernes énormes sous les yeux, pas coiffé (chose assez rare le connaissant), vêtu d’un jean froissé et d’un sweat, alors qu’il fait chaud, mais surtout pas rasé, et le teint verdâtre, elle se dit qu’il a un problème. Un grave problème. Et pas l’instant de même une fraction de seconde elle imagine que ce problème ne lui est pas inconnu.

« Je peux entrer ? »

Elle hoche la tête, ouvre la porte. Elle ne se méfie pas. Tout comme elle n’imaginait pas pouvoir le rencontrer un jour autrement que dans une situation maîtrisée, elle n’imagine pas qu’il puisse apprendre pour Connor autrement que par elle. Il rentre et regarde la pièce d’un air perdu. Si la situation n’était pas aussi désespérée, elle pourrait en être drôle. Quelques jours plus tôt, tous les deux plus beaux que jamais, plus intelligents et plus drôles, ils se sont retrouvés. Aujourd’hui, on les reconnaît à peine.

« C’est ton père ? »

Elle demanda ça comme par réflexe. Le père de Josh est cardiaque et la seule fois où elle l’a vu comme ça, c’était quand il a fait sa première crise. Mais c’est à ce moment là qu’elle comprend. Josh tourne vers elle un regard tellement plein de… de dizaines d’émotions mêlées qu’elle recule, comme s’il l’avait frappée. Elle porte une main à sa bouche, sans savoir si c’est parce qu’elle a envie de crier ou de vomir.

« C’est mon fils ? »

Elle recule encore jusqu’à atteindre le buffet contre lequel elle se colle, l’agrippant des deux mains comme une bouée. Et pas seulement à cause de la question. Mais aussi à cause de la façon dont il la pose. Elle ne voit plus rien dans son regard qu’elle connaisse. Tout ce qu’elle voit c’est de la haine, de l’incompréhension. Il a l’air perdu. Il a l’air désespéré. Il a l’air de souhaiter qu’elle dise non. Mais il a l’air aussi convaincu qu’elle va dire oui.

Elle ne répond pas.

« C’est mon fils ? »

Il ne crie pas. On dirait qu’il n’en a pas la force, et ça terrifie Marybeth.

« Est-ce que c’est mon fils, Mary ? »

« Non. »

Ils s’affrontent du regard un long moment. Il a l’air de vouloir y croire. Un sourire finit même par naître sur son visage, quelques secondes, avant de disparaître. Il comprend. Il comprend que le non ne répond pas vraiment à sa question, pas comme il le voudrait. D’ailleurs, toujours collée contre son buffet, se sentant terriblement fragile face à lui, bien qu’elle n’ait jamais vu Josh violent, Mary ajoute, le ton dur et indiscutable :

« Tu n’as pas de fils. J’ai un fils. »

Il a un éclat de rire qui est tout sauf joyeux. Ce rire fait mal aux oreilles de Mary, la force presque à baisser le regard.

« Quel âge il a ? »

Elle ne répond pas. Il avance d’un pas, mençant.

« Quel âge il a ? »

Elle se crispe, il avance encore. Elle ne répond toujours pas. Il la prend par les épaules et la secoue. Pas violemment, pas assez pour qu’elle ait peur. Juste assez pour essayer de la forcer à réagir.

« Quel âge il a ? Comment il s’appelle ? QUI EST SON PERE ?? »

Il hurle et Mary a une sorte de hoquet de surprise. Elle est tellement étonnée par cette violence qu’elle sent en lui qu’elle ne pense même pas à se dégager et hurle à son tour.

« C’EST TON FILS ! IL A TROIS ANS ! C’EST TON FILS ! T’ES CONTENT ? »

Il la lâche, sous le choc. Elle reste là, un moment, à frotter ses épaules douloureuses. Elle finit par s’éloigner. Elle n’a pas peur qu’il la frappe, elle veut juste fuir cette expression qu’il a. On dirait qu’elle l’a frappé. On dirait qu’elle l’a poignardé. Elle reste dos à lui, face à sa table de nuit, regarde les objets qui sont dessus sans les voir.

« Comment tu l’as appelé ? »

Il ne crie plus, il a l’air épuisé. Et complètement perdu, de nouveau. Elle le déteste pour ça. Elle préfèrerait qu’il hurle, qu’il essaie de la frapper, qu’il la menace. Elle saurait mieux comment réagir. Elle aurait les armes contre ça.

« Comment il s’appelle ? »

Elle soupire, se racle la gorge, déglutit. Parler est devenu soudain d’une difficulté presque insurmontable.

« C-Connor… »

Un moment de silence.

« Tu l’as appelé Connor ? »

Il y a des larmes dans la voix de Josh et, sans qu’elle le veuille, Mary peut tout à fait visualiser son expression. Il doit avoir l’air hagard. Peut-être même que des larmes sont apparues dans ses yeux.

« Pourquoi ? Tu détestes ce prénom. »

Elle ne veut pas répondre. Elle secoue la tête mais elle sent qu’il la regarde. Et elle ne peut pas soutenir ce regard, pas même de dos. Alors elle répond, comme un automate, avec au moins aussi d’expression dans la voix.

« C’est le seul prénom qui m’est venu… »

Nouveau silence. Elle sent qu’il accuse le choc, qu’il essaie d’accuser le choc plutôt.

« A quoi tu joues Mary ? »

Sa voix s’est adoucie et la force à se retourner. Quand elle le voit, elle a un nouveau choc. Il n’y a plus de haine dans son regard… Il y a quelque chose de pire. De l’espoir.

« Pourquoi tu es partie ? Tu sais que j’aurais accepté de t’aider… Tu dois le savoir ! »

« Peut-être que je ne voulais pas que tu m’aide. »

Il hésite un instant. Puis sourit, ce qui brise le cœur de Marybeth.

« Si tu n’avais pas voulu que je sois lié à lui, tu ne lui aurais pas donné le nom de mon frère. »

Cette fois, elle voit les larmes dans son regard. Son frère est un sujet très sensible, il l’a toujours été. C’était son grand frère, l’aîné. Celui à qui tout réussissait… Et il s’est tué dans un accident de voiture quand il était adolescent.

« Je ne sais pas pourquoi je l’ai appelé Connor. On me l’a montré et j’ai trouvé qu’il avait une tête à s’appeler comme ça, je n’ai pas pensé à ton frère. Je n’ai pas pensé à toi. »

Il a l’air de s’être pris un coup. Et c’est compréhensible, parce qu’il n’a vu aucune trace de mensonge sur le visage de la petite blonde.

« Pourquoi tu ne m’as rien dit ? »

Cette fois, il a retrouvé une attitude plus méfiante.

« Je te l’ai dit, je ne voulais pas de toi dans cette histoire. »

Il la regarde, atterré. Elle imagine qu’il a dû s’imaginer leur conversation et que ce genre de réponses ne faisait pas partie des scènes qu’il a imaginées.

« C’est mon fils. Tu n’as pas le droit de me le cacher. Je suis son père. »

« Non. » Elle a dit ce mot avec une telle force qu’il en est incapable de répondre ou de continuer ce qu’il disait. Elle a soudain une autorité qu’il ne lui a jamais vue. Une autorité que ceux qui la connaissent en tant que mère ont déjà pu apercevoir, mais jamais à ce degré de force. « Tu n’as pas de fils. Il y a un petit garçon en Ecosse qui a une partie de tes gènes mais c’est tout. Tu n’es pas son père. Il n’en a pas. Il en aura peut-être un un jour, mais ce ne sera pas toi. Tu n’as pas de fils. Tu en auras peut-être un un jour, mais ça ne sera pas lui. »

Aucun des deux n’a bougé depuis un moment. Ils sont comme fixés à chaque bout de la pièce. Un mur d’incompréhension et de colère les sépare. Il est presque palpable.

« Comment tu peux dire ça ? C’est mon fils ! J’ai le droit à avoir le choix ! Je serai sûrement un bon père ! »

« Non tu ne comprends pas. Ca n’est pas un entretien d’embauche. Tu ne seras pas un bon père. Tu n’as jamais voulu être père. Tu veux continuer ta carrière et tu n’es pas assez fort pour le faire avec une famille à charge. Tu ne sais pas de quoi tu parles. Ta réaction n’est rien d’autre que de l’orgueil mal placé. Je ne te dois rien. Je n’ai aucune obligation envers toi. »

Ils s’affrontent de nouveau silencieusement. Elle sait qu’elle lui fait du mal mais elle s’en fiche. A la base, le but était de le préserver, c’est une des raisons pour lesquelles elle ne lui a rien dit. Mais à présent, c’est très différent. Nios a raison, les choses ont changé. Elle veut protéger Connor, elle veut se protéger elle, protéger sa famille, son bonheur. Elle ne veut pas de Joshua dans le tableau parce que c’est trop de risques, trop de risques de tout foutre en l’air. A tous les niveaux. Elle n’a plus de maîtrise, elle n’a plus le contrôle si elle l’accepte dans sa famille. C’est hors de question. Et il voit cette détermination sur son visage. Mais il est déterminé lui aussi, il n’abdiquera pas sans combattre.

« Légalement je suis son père. Je ferais un procès. »

« Tu ne m’atteindra pas à Sywhaîd. »

« Alors je viendrais à Sywhaîd. »

Elle pâlit et serre les poings. Il peut même voir une sorte d’électricité statique passer tout autour d’elle, quelque chose qui n’a rien de naturel.

« Tu ne feras pas ça. »

Elle crache ses paroles entre ses dents. Il ne l’a jamais vue comme ça. Jamais vue avoir l’air de perdre autant le contrôle. Elle-même ne s’est jamais vue dans cet état, aussi proche de la folie. Elle ne réfléchit plus. Ou plutôt, elle réfléchit. Froidement. Terriblement froidement, sans pitié. Sa partie la plus reptilienne refait surface. Une petite partie d’elle en est effrayée. Mais elle fait taire cette partie, parce qu’elle a besoin de se battre.

« Bien sûr que si. »

« Non. Tu n’abandonnerais jamais ta carrière et ta vie mondaine pour ce genre de choses. »

« J’ai un fils, je veux être son père. »

« C’est un caprice que tu fais ! Tu dis vouloir être père mais tu ne sais même pas ce que c’est ! Etre père c’est vouloir le bonheur pour son enfant ! Tu crois qu’il sera heureux si tu débarques ? »

Il sourit, un sourire qui découvre ses dents et qui n’a rien d’heureux.

« Il a un père qui veut le connaître. Je ne sais pas ce que tu lui a raconté, mais je veux le voir. Je travaillerai de Sywhaîd, tu y arrives bien toi. »

Elle le regarde et il sent le coup venir avant même qu’elle ne parle. Elle ne se ressemble plus, il ne la reconnaît pas, et ça n’a rien à voir avec la couleur de cheveux.

« Je dirais que tu m’as violée. »

Le choc est tellement violent qu’il en perd le souffle. Il la regarde, avec l’air complètement désarmé, complètement détruit. Elle sait que c’est horrible. Elle sait qu’elle est quelqu’un de mauvais. Mais elle va jusqu’au bout. Parce qu’elle est comme ça. Parce qu’elle ne veut pas changer d’avis. Parce qu’elle ne veut pas lui dans la vie de Connor, ni dans la sienne. Elle ne veut pas qu’il détruise tout ce qu’elle a construit. Et le pire c’est qu’elle continue de penser que c’est mieux pour lui aussi.

« Je dirais que tu m’as violée. Je dirais que tu m’as violée et que tu m’as menacée. Je dirais que je suis partie pour te fuir quand j’ai su que j’étais enceinte. Je dirais que c’est pour ça que je me suis cachée. »

Il la regarde, les yeux écarquillés, la bouche ouverte. Une attitude qui pourrait presque être drôle si elle était surjouée, mais elle ne l’est pas. Elle voit le reste des sentiments qu’il avait pour elle, le reste d’amour qu’il ressentait encore pour elle disparaître aussi rapidement qu’elle voit la haine monter. Il ne la reconnaît plus. Elle le voit. Il ne l’aime plus et elle en est malheureuse. Mais elle en est heureuse aussi, parce que c’est ce qu’elle voulait. Couper les ponts. Qu’il n’ait plus de raison de vouloir revenir dans sa vie.

« Je le ferais. »

Elle dit ces derniers mots doucement, presque délicatement. Elle réalise en le disant qu’elle ne ment pas. Elle a beaucoup menti dans sa vie, mais là elle dit la vérité. Elle le fera. Parce que, poussée dans ses derniers retranchements, ce sera la seule solution qu’elle acceptera. Comme la seule solution qu’elle a acceptée quand elle a découvert qu’elle était enceinte était de partir. Il la regarde un instant, cherche une trace de mensonge, ou de doute. Il l’observe, essaie de la reconnaître, de voir en elle ce qu’il a pu aimer. Il semble choqué, dans le sens médical du terme. Finalement il arrête de chercher et répond, comme épuisé :

« Je sais… »

Il a l’air d’avoir envie de vomir. Elle le dégoûte maintenant. Il recule. Fait quelques pas sans réussir à se détacher de la vision de la femme qu’il a tant aimée et qui est maintenant une sorte de monstre dont il ne reconnaît rien. Puis il ouvre la porte et sort. Il ne prend même pas la peine de claquer la porte. Il s’en va, c’est tout. Mary reste au centre de la pièce quelques longues minutes avant d’aller fermer la porte avec violence. Elle se jette ensuite sur son lit, persuadée qu’elle va pleurer. Au lieu de ça, elle s’endort, ou s’évanouit, elle ne fait pas la différence.

Sur le rebord de la fenêtre, Nios la regarde. Il est là depuis pratiquement le début. Il hésite quelques minutes. Il aimerait pouvoir rentrer dans la pièce et réconforter sa moitié. Mais il ne le peut pas. Parce qu’il est aussi entier qu’elle. Aussi extrême. Aussi capable du pire. Il finit par s’éloigner et prend la direction d’une autre chambre dont il n’a encore vu que la porte.

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Don\'t blow the same
She had to get out
And make a change
She had a kid now
But much too young
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Mary's In India

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