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 Quand on parle du loup...

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Quand on parle du loup...   Dim 27 Juil - 18:47

(le titre n'a presque aucun rapport avec l'histoire mais c'est pas grave, le flou artistique c'est le bien Very Happy)

Fin de l'été. Ou presque. La Brèche s'ouvrirait d'ici quelques jours, et Zofia avait quasiment fini ses préparatifs. On était le matin. Le labo était fermé depuis longtemps, elle avait confié ses plantes à Marybeth avec d'ultimes recommandations, elle devait lui "emprunter" Mathys quelques jours, le temps qu'il l'accompagne jusqu'au village le plus proche. De là, Portoloin et train pour arriver jusqu'au manoir des Delindel, où elle passerait la fin de sa grossesse. Alors qu'elle y était à peine trois mois avant avec Tibère. Oui, bon, passons sur ce monumental échec.

Elle arriva enfin devant la porte qu'elle cherchait, et déposa son sac pour souffler. C'était lourd, mine de rien, plusieurs litres de potions diverses quand on est enceinte de 7 mois, et qu'on vient de se monter des escaliers et de traverser des couloirs. Lentement, elle reprit son souffle, rajusta sa jupe verte et son débardeur blanc. Elle ne mettait plus que des robes et des jupes, c'était bien plus confortable qu'un pantalon et elle se sentait plus à l'aise. Ses cheveux étaient lâchés, et on voyait qu'ils n'avaient pas été peignés depuis un moment, même s'ils étaient propres. Pas de maquillage, pas de bijou. Zofia manquait de la fraîcheur qu'elle arborait habituellement. Et puis, aussi paradoxal que celà puisse paraître pour une femme enceinte, elle avait maigri. Et les pertes de poids, chez la rousse, ne pouvaient signifier qu'une chose: forte déprime en vue!

Cela ne l'empêcha pas néanmoins de sourire (même si c'était beaucoup moins convaincant que d'habitude), avant de frapper à la porte. Trois coups brefs. Normalement, Galaad devrait-être là, elle l'avait prévenu qu'elle viendrait lui apporter ses médicaments dans les jours qui suivraient. Il avait de toute façon intérêt à être là, elle se voyait mal porter son sac sur le chemin inverse, c'était bien trop fatigant!

Kayisa, pendant qu'elles attendaient une réponse, suggéra:

"Faut montrer patte blanche, tu crois?"

Zofia la regarda un moment, l'air de nouveau assez revêche. C'était même pas drôle, d'abord, et cette histoire de loup et de chevreaux lui avait toujours fait froid dans le dos...

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Dernière édition par Zofia Delindel le Dim 27 Juil - 21:06, édité 1 fois
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Galaad Bloraberta
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MessageSujet: Re: Quand on parle du loup...   Dim 27 Juil - 20:06

[Moi j’aime ce titre ! C’est toujours mieux que le miel et les abeilles XD]

Galaad était là. Non pas parce qu’il attendait particulièrement Zofia, elle n’avait pas été assez précise dans sa promesse de venue pour qu’il puisse l’attendre comme ça. En fait il était là parce qu’il était fatigué. La pleine lune avait été il y avait seulement trois jours et le loup était donc complètement amorphe. Quant à Galaad, il était lui aussi fatigué. Les transformations mettaient son corps à mal, il était plein de courbatures et avait en général des migraines pendant plusieurs jours. Pourtant, en général, c’était la période où il était le plus actif. Ne pas avoir le loup éveillé en lui lui permettait en général d’être plus libre, mentalement en tout cas, même si ça n’était pas le cas physiquement parlant.

Mais cet après-midi, il prenait un peu de repos. Il était couché sur son lit et lisait. Chose qu’il n’avait pas fait depuis longtemps, le loup avait en général trop d’énergie pour rester allonger pendant plusieurs heures. Alors une des choses qu’il faisait quand le loup était calmé était de rattraper un peu son retard de lecture. Pour un ancien étudiant en littérature anglaise, ne pas pouvoir lire était quand même un comble.

Il entendit Zofia arriver et entendit, aussi, la petite blague de l’hermine. Il ne se vexa pas pour autant. Après tout, Zofia était une des rares personnes à connaître son « problème » et elle était aussi celle qui l’avait le plus aidé depuis son arrivée ici. Sans ses potions, Galaad n’aurait pas pu maîtriser aussi bien le loup et éviter les trop grosses répercussions sur son physique. Quand il ouvrit la porte, il avait l’air un peu plus sociable, un peu plus détendu qu’habituellement, sûrement parce que le loup dormait plutôt tranquillement. Il portait un simple jean et un simple t-shirt noir. Il alla même jusqu’à sourire. Il savait bien sûr ce qui était arrivé à Zofia avec Tibère, même si les rumeurs n’étaient pas vraiment la chose la plus courante dans le coin, celle-là avait quand même fait le tour de la Noble Lande. Ca n’était pas tous les jours qu’une future mère se faisait abandonner.

« Montrer p-p-patte blanche n’est p-p-pas obligatoire en cette p-p-période du mois. » Répondit-il avec un sourire amusé.

Il n’avait pas vraiment de pitié pour Zofia, ça n’était pas son genre de ressentir ce genre de choses, du moins pas depuis le loup.

« Oulà ça a l’air lourd ! » dit-il en prenant la cargaison des mains de Zofia, la laisser porter quelque chose d’aussi lourd lui semblait proche de l’inconscience.

Il grimaça, c’était lourd en effet et il n’avait en fait qu’un bras fonctionnel. Il posa avec délicatesse les bocaux sur son bureau, qui était pratiquement vide et fit signe à Zofia d’entrer. La chambre était assez peu décorée. Il y avait une collection importante de classiques anglais dans la bibliothèque et une canne rangée dans un coin, qu’il n’utilisait que lorsqu’il était seul et trop faible ou fatigué pour marcher sans. Il proposa à Zofia de s’asseoir sur son lit et lui demanda :

« T-tu p-p-pars bientôt ? »

Son bégaiement était revenu, un peu, parce que le loup n’était pas là. Mais d’une façon légère parce qu’il connaissait assez la jeune femme pour être à l’aise avec elle.

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Re: Quand on parle du loup...   Dim 27 Juil - 21:24

Zofia se retourna vers Galaad, et fut agréablement surprise de le voir assez souriant. Elle essaya de sourire en retour, d'autant que le jeune homme répondit à la blague débile de Kayisa sans paraître vexé.

Elle acquiesca lorsqu'il déclara que son chargement paraissait peser un certain poids... Ce qui n'était pas foncièrement faux. Néanmoins, elle se sentait confusément gênée que ce soit lui qui doive le porter. Après tout, c'était lui le "malade", dans l'affaire... Néanmoins, elle entra sans se faire prier. Le simple trajet qu'elle venait d'accomplir semblait l'avoir épuisée, et elle ne refusait pas de se poser un peu, d'autant qu'elle devait expliquer à Galaad la nature de ce qu'elle lui apportait.

C'était la première fois qu'elle entrait dans sa chambre. D'habitude, elle se contentait de lui donner en main propre, chaque mois, ses potions et ses onguents. Mais là, les circonstances étaient un peu spéciales...

La première chose qu'elle remarqua, ce fut évidemment la bibliothèque plutôt fournie en littérature anglaise. Elle y jeta un coup d'oeil bref mais interessé. Le reste était sobre, mais dépourvu du bazar qu'elle avait pu voir dans la chambre d'autres résidents de l'Ecole. Elle s'installa sur le lit quand il le lui proposa, avec un certain soulagement. Kayisa s'accrocha à sa jupe et se hissa sur ses genoux. Ces derniers temps, elle ne lâchait pas sa moitié d'un pouce, et était le plus souvent possible lovée contre elle. Sa présence rassurait Zofia, qui enfonça ses doigts dans son pelage blanc.

Elle hocha la tête à la question de Galaad, et répondit d'une voix douce. Elle n'était pas habituée aux éclats de voix, mais il fallait avouer que cette douceur, ce ton posé, détaché, avait quelque chose d'étrange, comme si elle se plaçait complètement en dehors de ce qu'elle disait. Il fallait dire que la rouquine était souvent à côté de ses pompes, en ce moment. Et ça depuis quelques semaines...

"Oui. Je vais accoucher en France, je pars à la prochaine Brèche. Je t'ai apporté ce qu'il te faut pour te soigner jusqu'au milieu de l'hiver, à peu près. J'ai pensé que tu préférerais éviter de demander à Kathaleen..."

En effet, elle était la seule des deux apothicaires à qui Galaad se soit confié, et celà avait été suffisamment difficile pour qu'elle ne veuille pas imposer celà deux fois à son interlocuteur. Elle lui jeta un coup d'oeil rapide, avant de continuer:

" J'ai consulté un ami calé en astrologie. La pleine lune de novembre risque d'être assez forte, et les ondes magiques vont être perturbées pendant quelques jours. J'ai prévu un flacon à part, avec des instructions, pour éviter que les effets de la transformation se prolongent plus que d'habitude."

Se renseigner pour le traitement de Galaad et le fabriquer avait été la dernière chose qu'elle avait faite au labo. Elle prenait toujours particulièrement soin des remèdes du jeune homme, car c'était un des cas les plus "interessants' qu'elle avait à traiter, et il avait déja accepté de tester des variantes des potions de base pour voir s'il n'y avait pas d'amélioration.

Elle voulut ajouter quelque chose, mais une brusque douleur au ventre l'en empêcha. Elle se crispa légèrement, attendant que cela passe. Elle ne dormait pas assez, ne mangeait pas suffisamment, et le bébé s'en ressentait également. Ce n'était pas bon, pas bon du tout même, mais elle n'arrivait pas à se convaincre de remedier à la situation. Lorsque la douleur fut passée, elle regarda Galaad avec un petit sourire d'excuse.

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Galaad Bloraberta
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MessageSujet: Re: Quand on parle du loup...   Lun 25 Aoû - 17:31

Galaad écouta les explications de Zofia tout en sortant les bocaux avec délicatesse pour vérifier que tout y était. Il faisait confiance à la rouquine, une confiance aveugle puisqu’elle était celle qui le soignait et lui donnait des traitements dans lesquels il ne connaissait absolument rien (elle aurait pu lui donner un fort poison qu’il n’aurait même pas fait la différence) mais il était du genre à préférer prendre des précautions. Le fait que Zofia s’en aille le stressait assez comme ça. Bien sûr, il n’allait pas lui en vouloir ou lui faire des réflexions, mais il avait du mal à imaginer que la rouquine ne serait pas là s’il avait besoin d’elle. Il venait de se rendre compte qu’il avait fini par vraiment compter sur Zofia. Comme on compte sur une amie. Alors qu’il ne pouvait pas vraiment dire qu’il était intime avec elle. Bien sûr, elle connaissait son pire secret et elle l’aidait plus que n’importe qui mais… mais ils ne se voyaient jamais en dehors des raisons « professionnelles ». Pourtant un lien s’était bien créé entre eux.

La preuve en est que lorsque Zofia fut interrompue par une douleur, Galaad se dépêcha de lui servir un verre d’eau. Ca n’était peut-être pas un remède aussi efficace que ceux de la jeune femme mais c’était déjà ça. Il lui tendit le verre de sa main valide puis prit sa chaise de bureau et s’assit avec difficulté (les courbatures et le handicap n’aidant pas) en face de la jeune femme. Il la regarda avec ce regard étrange qu’il avait depuis l’accident, un regard un peu trop observateur, qui semblait voir des choses que d’autres ne voyaient pas. Et pour cause, ses sens étaient beaucoup plus affûtés depuis le loup. Mais pour le regard, c’était surtout que depuis qu’il faisait partie de la caste « handicapés », il avait appris à voir les choses d’une façon différente, plus juste et plus précise. Il comprenait mieux les choses.

« Je s-suis d-d-… désolé. »

Il avait dit ça d’une voix douce et ne précisa pas pourquoi, mais la raison était évidente. Il était désolé que Zofia ait à vivre ce que Tibère lui imposait. Il était vraiment désolé. Profondément. Personne n’aurait pu en douter. Mais il n’y avait pas de pitié dans son expression, ni dans son ton. Parce qu’il n’en ressentait pas. Zofia n’était pas le genre de personnes qui vous poussaient à avoir pitié d’eux. Et Galaad n’était pas le genre de personnes à avoir pitié de qui que ce soit. Quand on vit ce qu’il vivait, on finit par relativiser sur les malheurs que les gens vivent. Comme si on réalisait que les choses n’étaient jamais aussi noires que ce qu’on avait pu penser avant.

« Tu devrais pas te laisser mourir de faim. Et le bébé a besoin de sommeil… »

Il n’avait pas bégayé, mais il avait dit ça toujours de la même façon, de sa voix douce aux accents albanais, sans avoir l’air de faire de critiques à Zofia, juste des constats. Il avait l’air inquiet, un peu, mais pas du genre à devenir hystérique.

« Qui me fera mes potions si l’accouchement se passe mal ? »

Toujours pas de bégaiement, preuve qu’il était vraiment à l’aise avec la rouquine, et même un trait d’humour avec un sourire amusé, un peu carnassier, qui pour une fois n’était pas dû au loup. Pourtant, l’inquiétude était bien là. Les sens de Galaad, ceux qu’il apprenait de plus en plus à utiliser, un des rares trucs chouettes de sa lycanthropie, lui soufflait que Zofia n’était pas en bonne santé.

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Re: Quand on parle du loup...   Mar 26 Aoû - 10:49

La rouquine prit le verre d'eau avec reconnaissance, et l'avala d'un trait. Faudrait aussi qu'elle pense à s'hydrater, ça pourrait être une idée intéressante. A méditer...

Elle remercia le jeune homme d'un sourire fatigué. Et lui rendit son regard. Ce coup d'oeil inquisiteur, légèrement ironique, mais finalement assez candide, dans le sens où Zofia ne le faisait pas exprès, qui déboussolait souvent les adultes lorsqu'elle était enfant. Le regard de quelqu'un qui observe et qui déduit des choses du moindre détail. Pour une fois, il y avait pas mal de douceur dans ses yeux. Galaad n'était pas au mieux de sa forme. En même temps, elle ne l'avait jamais vu avoir la pêche plus de cinq minutes d'affilée, alors...

Elle hocha légèrement la tête lorsqu'il lui affirma qu'il était désolé. Oui. C'était généralement ce que les gens lui disaient. Plus maladroitement. En essayant de ne surtout pas le lui dire comme ça, parce que ça pourrait rouvrir des blessures. Elle préférait largement la sincérité de Galaad.

Cependant, elle haussa légèrement les épaules lorsqu'il lui dit qu'il fallait penser à manger et dormir. Que répondre à ça? Que quand elle allait pas bien, en tant qu'ancienne anorexique, elle avait tendance à replonger, et qu'en ce moment, elle n'allait vraiment, vraiment pas bien? Que l'homme qu'elle aimait l'avait plaquée quelque semaines plus tôt et qu'elle n'arrivait pas à dormir lorsqu'il n'était pas là?

C'était tellement...pathétique! Tellement peu zofinesque que ça la dégoûtait. Elle, si indépendante, si insensible à tout sauf à sa petite personne... C'en était effrayant, tout ce changement... Enfin...

L'inquiétude de son interlocuteur la touchait. Il n'était pas du genre mère-poule et de toute façon ils n'étaient pas assez proches pour ça. Mais là, les rôles étaient inversés. D'habitude, c'était la jeune femme qui lui faisait ce genre de remarques. Et moins explicitement, d'ailleurs.

Elle se força à sourire. Si l'accouchement se passait mal... Elle avait un très mauvais pressentiment à ce sujet. Ca lui faisait très peur, d'accoucher. Pas à cause de la douleur. Ce n'était pas vraiment le genre de choses qui lui faisaient peur. Simplement, lors de ses derniers examens, Elwin l'avait prévenu que ce ne serait pas forcément simple. Elle était très menue, de constitution fragile. Pour peu que le bébé se retourne juste avant l'accouchement, ou tout simplement pour peu qu'il soit trop grand... Cela pourrait créer des complications, qui même si elles se réglaient facilement, surtout avec le matériel moderne, effrayait la demoiselle. Surtout qu'elle devrait faire face à tout ça seule.

« Je suis pas la seule à pouvoir les faire, tu sais... »

Son sourire s'agrandit, tandis qu'elle poursuivait, de sa voix douce et légèrement détachée:

« Mais bon, c'est vrai qu'en tant que médecin j'ai tendance à te chouchouter... »

Une pause. Avant d'ajouter, pour détourner la conversation:

« Toi, tu vas faire quoi, cet automne? »

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Galaad Bloraberta
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MessageSujet: Re: Quand on parle du loup...   Mar 2 Sep - 19:14

Galaad eut un bref sourire quand Zofia parla de chouchouter. Elle était en effet un docteur très attentionné et l’albanais n’avait aucune raison de se plaindre. Au contraire même, elle était toujours à la recherche de traitements plus adaptés et plus efficaces, et Galaad n’osait même pas imaginé combien de temps elle passait à travailler sur son cas. Objectivement, il savait qu’elle devait s’intéresser aux recherches qu’elle faisait pour lui, mais c’était tout de même une grosse charge de travail et une ouverture d’esprit dont il ne saurait jamais assez la remercier. Combien d’infirmières avaient refusé de s’occuper de lui quand il était dans son hôpital londonien ?

« Je vais faire un check-up à l’hôpital. »

Pas besoin de préciser lequel, Zofia savait très bien par qui Galaad était suivi.

« Et mes parents et ma sœur vont venir passer quelques jours à Londres avec moi… Je pense que je n’irais pas en Albanie avant les fêtes de fin d’année… Ca me manque mais avec mes rendez-vous à l’hôpital, je me retrouverais en Albanie pendant la Pleine Lune et je ne peux pas imposer ça à ma famille… »

Surtout, il ne le pouvait pas, il ne connaissait personne en Albanie capable de lui créer une « cage » comme dans la forêt de Sywhaîd. Et puis, il n’avait pas envie non plus que ses parents le voient comme ça. Une transformation ça n’était pas rien et les jours qui suivaient étaient plutôt dur, surtout pour l’entourage, du moins quand il y en avait un. Il secoua la tête à cette pensée. Ca n’était pas pour rien s’il ne s’était pas vraiment fait d’ami depuis qu’il était arrivé ici, il n’avait pas le temps et l’énergie pour ça.

« Ensuite je reviendrai à Sywhaîd… On m’a dit que Samhain était une fête à ne pas manquer… »

Il sourit d’un air un peu triste. Il aimait Sywhaîd mais il avait parfois l’impression d’être prisonnier de la Noble Lande. Il ne s’imaginait vivre nulle part autre, principalement à cause de sa lycanthropie et ça lui posait un problème. Il étouffait parfois. Cette impression de ne pas avoir d’avenir, d’être obligé de rester au même endroit, sans évolution possible, ça avait quelque chose de vraiment démoralisant. S’il n’avait pas utilisé autant d’énergie à empêcher le loup de prendre le contrôle, il n’aurait sûrement pas échappé à la dépression.

« Tu m’enverras une lettre pour me rassurer sur la santé de mon médecin préféré et de son petit garçon ? »

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Re: Quand on parle du loup...   Dim 12 Oct - 16:47

Elle hocha la tête à plusieurs reprises en entendant Galaad parler, mais s'abstint de commentaire. Elle se doutait que ce que le jeune homme vivait vis à vis de sa famille était loin d'être simple. Et l'idée de le savoir soumis à tout un tas d'exams à l'hopital l'aurait presque fait grimacer. Elle savait par qui il était suivi. Le médecin qui soignait Galaad était loin d'être un inconnu, et elle avait entretenu avec lui une brève correspondance à propos de leur patien commun. C'était un spécialiste, compétent, très certainement, mais elle ne l'appréciait guère. Leurs avis divergeaient sur beaucoup trop de choses, et elle ne voulait pas qu'il soit au courant de ses diverses expériementations. Zofia avait tendance à être un peu trop « créative » pour rester dans le cadre de la médecine traditionnelle. En plus, certains des produits qu'elle administrait à Galaad pour améliorer ses potions n'étaient pas forcément des plus licites ou des plus faciles à se procurer, et elle n'avait pas envie que tout cela s'ébruite. Aussi se contentait-elle d'envoyer à ce monsieur un bref compte-rendu tous les mois, et s'en tenait là.

Cependant, quand il évoqua Samhain, la rouquine ne put s'empêcher de prendre la parole:

« Oui, c'est vraiment une très belle fête. Il y a un banquet, et les gens viennent déguisés... L'année dernière il y avait une assez bonne ambiance »

L'année dernière...

Quand elle pouvait encore se permettre de papoter dans la serre avec Marybeth et de s'intoxiquer les poumons à grands coups d'essences étranges et bizarres. Quand elle pouvait sauter sur le dos de Djinn et galoper juste pour le plaisir d'aller très vite. Et qu'elle n'était pas enceinte jusqu'aux yeux, limite fille-mère et interdite de magie et de potions... Bref... elle aurait bien voulu faire un petit saut dans le temps, pour le coup...

Evitons de penser à ça, se dit Kayisa, qui remua légèrement pour détourner l'attention de sa moitié vers des sujets plus joyeux, ou du moins plus concrets.

Par exemple la demande assez touchante de Galaad. Même si elle ne le montrait pas forcément à ce moment, Zofia était assez émue. Elle acquiescça.

« Bien sûr. Tu m'écriras aussi, n'est ce pas? Je pense qu'une fois là-bas, recevoir une lettre d'un ami me fera plaisir... »

Le mot « patient préféré » l'avait effleuré. Mais c'était sans connaître la diplomatie de Zofia. Pas question de rabaisser Galaad au titre de patient. Certes, il l'était, aussi, mais à force de se cotoyer souvent, la jeune femme croyait pouvoir dire qu'il était peut-être un peu plus que ça. Rien que son attitude depuis qu'elle avait franchi la porte de sa chambre pouvait le lui faire penser. Elle adressa un sourire un peu incertain au jeune homme. Sa peur se ranimait. Partir toute seule, retourner « chez elle » pour donner naissance à ce bébé... ca la terrifiait. Evidemment, elle ne dirait rien.

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Galaad Bloraberta
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MessageSujet: Re: Quand on parle du loup...   Lun 27 Oct - 16:48

[Je me permets de clôturer ^^]

Le mot ami ne choqua pas Galaad. Il lui fit au contraire énormément plaisir. Si lui-même ne l’avait pas utilisé c’était à cause d’une sorte de pudeur qu’il avait envers Zofia. Elle avait vécu assez de relations foireuses (enfin une au moins mais c’était assez) ces derniers temps pour sûrement ne pas avoir envie que quelqu’un s’autoproclame son ami ou ce genre de choses. Du coup, il n’avait pas prononcé le mot même si sa façon d’agir semblait tout de même indiquer que c’était un mot tout à fait approprié pour lui. Un sourire vint éclairer son visage pendant quelques secondes, chose assez rare pour être remarquée, surtout que ça n’était pas un sourire carnassier ou prédateur mais bel et bien un sourire doux, comme il avait pu en avoir avant d’avoir été mordu…

Il hocha la tête, sans rien ajouter, avant de se diriger vers une de ses bibliothèques. Il sembla chercher quelque chose pendant plusieurs secondes puis il finit par se retourner vers Zofia. Il lui tendit un livre, un livre de poche assez ancien, qui apparemment avait déjà pas mal vécu, sans pour autant avoir été négligé. Tout en lui donnant le livre, il lui expliqua :

« C’est Orgueil et Préjugés, d’Austen. Ma sœur me l’a offert quand je suis venu ici, c’est son livre préféré, une sorte de porte-bonheur… Ou plutôt un doudou… Quand je suis arrivé je l’ai lu des dizaines de fois, en boucle, et à chaque fois ça me remontait le moral et me faisait oublier la douleur, la fatigue et apaisait le loup… J’aimerais que tu le prennes, pour quand tu seras en France, ça t’aidera. »

Dans un autre contexte, la situation aurait pu être plutôt ridicule. Un homme avouant avoir utilisé Orgueils et Préjugés comme doudou pendant ses premiers mois à Sywhaîd, c’était plutôt comique. Mais Galaad avait dit ça avec une telle franchise, une telle douceur mais aussi une telle fragilité, une fragilité qu’il ne montrait pas à tout le monde, qu’il ne serait sûrement jamais venu à l’esprit de Zofia de rire. D’ailleurs, elle ne rit pas. Ils restèrent quelques minutes à discuter encore puis elle retourna à sa chambre, elle avait encore des préparatifs à faire. Galaad lui fit promettre de le tenir au courant et de ne pas oublier le livre quand elle serait là-bas. A vrai dire, il était plutôt inquiet pour elle. Il espérait qu’elle s’en sortirait, ou plutôt, il savait qu’elle s’en sortirait, elle était forte, mais il espérait qu’elle le ferait sans trop de dégâts… Ca faisait longtemps qu’il ne s’était pas inquiété pour quelqu’un d’autre que pour lui, et il trouva la sensation plutôt agréable…

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