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Sujet: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 11:55
« C’est la plus vieille boulangerie de Lisbonne… Et aussi la meilleure… »
La voix grave et douce comme du velours, à l’anglais parfait teinté d’un accent portugais des plus agréables, s’éleva dans la boulangerie en question quand Abreu Sonhos, car c’était lui mesdames !!!, poussa la porte. Il laissa la jeune femme qui l’accompagnait passer devant lui, avec une galanterie totalement naturelle, puis referma la porte derrière lui. Il laissa quelques secondes à Celesta, car c’était elle mesdames !!!, pour apprécier la décoration typique de l’endroit puis avança jusqu’à une table, tint la chaise à Cel pour qu’elle s’asseye (ce qui était plutôt désuet, d’une façon charmante, surtout au petit matin dans une boulangerie) et s’installa finalement à son tour.
Il passa une main dans ses cheveux bruns, courts mais assez longs pour être décoiffés, et frotta ses yeux rapidement, juste pour réussir à bien faire le point. Autour de ses yeux très clairs, presque métalliques, des cernes légères étaient toujours présentes. Il faut dire que notre Abreu national n’avait pas perdu sa vieille habitude d’écrire la nuit. Il tourna son regard vers un coin de la pièce où Jana, son daemon lynx, rendue invisible par un sort qu’ils maîtrisaient à merveille et utilisaient toujours quand ils étaient dans le Lisbonne non-sorcier, était installée. Même si elle était invisible, leur lien était toujours aussi fort et Abreu pouvait sentir les pensées de sa moitié. Principalement la faim à ce moment précis, il faut dire que les odeurs de la boulangerie étaient à se rouler par terre.
Le serveur arriva et quand il demanda, en portugais, ce qu’ils voulaient manger, Abreu répondit sans hésiter :
« Dois cafes e seis pasteis, faz favor. »
Le serveur parti, Abreu se tourna vers Celesta et reprit en anglais :
« C’est la chose qu’il ne faut pas louper à Lisbonne. »
Il sourit et son sourire éclaira son visage. Il lui répétait cette phrase à chaque fois qu’ils visitaient quelque chose, qu’il l’emmenait dans un restaurant ou qu’ils se baladaient dans Lisbonne et découvraient une façade étrange ou une architecture hors du commun. Il tira sur son t-shirt noir, pour le remettre en place, et sortit son plan de son jean foncé. Avec ces vêtements simples, il était plus beau que jamais, plus classe encore que lorsqu’il portait ses fameux costumes. Il déplia le plan et proposa :
« Ensuite, le Mosteiro dos Jeronimos… Tu vas voir, c’est un endroit magnifique. Ca a été rénové il y a peu de temps, tu vas adorer. »
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Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 14:23
Cela faisait moins d'une semaine que Celesta était arrivée à Lisbonne, et elle n'avait pas cessé de jeter des yeux émerveillés autour d'elle ; la moindre rue pavée, la moindre façade émaillée inondée de soleil, telle petite artère débouchant sur une vue magique du fleuve piqué de voiles blanches... Une fois ses yeux habitués à la relative obscurité régnant dans la boulangerie, elle n'avait pu pour autant s'empêcher d'ouvrir une nouvelle fois une bouche de poisson rouge ; comment aurait-elle pu être blasée en pénétrant dans la petite salle bleue et blanche, couverte d'azulejos et où régnait un parfum diaboliquement délicieux ?
Tout en se laissant guider vers une des tables, elle continuait de regarder autour d'elle. Au comptoir, deux employés discutaient avec des clients tout en empaquetant dans des boîtes blanches de petites pâtisseries diablement appétissantes -les fameux "pasteis", sans aucun doute. Lorsque son ventre émit un gargouillis pas très discret, Cel tourna enfin les yeux vers son interlocuteur -spectacle qui, entre nous, valait largement celui de la plus jolie boulangerie de Lisbonne.
"C'est la chose qu'il ne faut pas louper" ; une fois de plus, elle ne pouvait guère dire le contraire. Elle eut un sourire à la fois timide et approbateur, s'excusant muettement des manifestations bruyantes de son appétit. Mais Abreu sourit à son tour, visiblement ça ne faisait pas d'elle une morphale écoeurante. Il avait bien dit sei pasteis ? Six ?
*Au pire, je connais bien quelqu'un qui sera ravi de finir les miettes*, songea l'Eurasienne en jetant un coup d'oeil discret au petit passereau perché sur le rebord de la vitrine, dont la gorge était joliment assortie au décor environnant.
Evidemment, son daemon était plus discret qu'un lynx, mais ça n'était pas une raison pour se faire remarquer en se promenant dans la ville avec Baile sur l'épaule : il pouvait d'autant mieux voleter aux alentours qu'en portant le pendentif magique à son effigie, Cel s'était rendu compte qu'elle avait avec son daemon un lien aussi solide que s'il s'était tenu, comme à son habitude, lové dans le creux de son cou. Jana, même lorsqu'elle était invisble, était probablement contente de ne pas être complètement toute seule dans son coin : en général le gorge bleue s'arrangeait pour traîner dans ses parages.
Tandis que Baile batifolait, affolé par les odeurs tentatrices de la boulangerie et les quelques miettes qu'il avait déjà goulument grapillées, Celesta, donc, vivait sa vie ; Abreu avait déplié un plan de la ville sur la table, et la jeune femme se penchait avec intérêt sur le long rectangle blanc que l'autochtone désignait. Elle articula silencieusement le nom qu'il avait prononcé, tâchant maladroitement de reproduire cet accent portugais irrésistible :
*Mosteiro dos Jeronimos*
Elle ne put s'empêcher de sourire à nouveau lorsqu'il lui promit qu'elle allait "adorer". Ce n'était pas la première fois qu'il le lui promettait, mais elle devait bien avouer qu'elle n'avait jamais été déçue jusque là. En fait, elle "adorait" tout ce qu'elle avait vu à Lisbonne. Aussi pouvait-elle opiner du chef.
"J'en suis sûre ! enfin, à force... je ne voudrais pas que tu crois que quand je dis que j'"adore" quelque chose... enfin, que le terme soit... galvaudé, quoi", acheva-t-elle dans un murmure hésitant.
Le serveur lui sauva la vie en apportant un plateau chargé de deux cafés au lait, et d'une assiette de petites pâtisseries fumantes. Un peu pour détourner la conversation, un peu parce que son estomac avait pris l'espace d'une seconde le contrôle de son corps, Celesta s'empressa d'attraper un des pasteis et, comme elle l'avait vu faire par les autres clients, le saupoudra de sucre glace.
La première bouchée la laissa sans voix trois bonnes ; enfin, la bouche encore pleine de sucre, elle soupira, extatique :
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Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 15:14
Abreu sourit d’un air adorable et compréhensif quand Cel tint à le rassurer sur son utilisation du terme adorer. Il ne répondit rien, se contentant d’hocher doucement de la tête en la regardant de cette façon particulière qu’il avait de regarder les gens en général, et Celesta en particulier. Son regard métallique semblait toujours passer à travers les couches protectrices des gens, à travers leurs boucliers, et voir ce qu’ils étaient vraiment. Quand ce regard était adressé à Celesta, il y avait quelque chose de plus. Une pointe de compréhension plus personnalisée. Quelques sentiments qui n’avaient jamais vraiment cessé d’être présent aussi… Et bien sûr, ce piédestal sur lequel il la mettait depuis pratiquement le premier jour, même s’il ne s’en était pas rendu compte tout de suite.
Le serveur arriva, les sortant au bon moment d’une conversation qui était un peu plus intime qu’elle n’y paraissait à première vue. Abreu remercia son compatriote et mangea un peu plus lentement son premier pasteis. Comme toujours, il observait ce qui se passait autour de lui. Les gens qui vivaient leur vie tout autour. Un couple à deux tables de là, deux jeunes femmes occupées à se prouver leur affection de bon matin, rappela à Abreu une situation presque identique presque deux ans auparavant. Une certaine Chocolate Party sur un thème décadent au possible. Ce soir là ça n’était pas du café au lait mais du chocolat ensorcelé qu’ils avaient bu et pas mal de leurs inhibitions étaient parties en fumée. Juste assez pour qu’ils échangent un premier baiser.
Il fut sorti de ses réminiscences par l’exclamation de Celesta. Un nouveau sourire vint étirer ses lèvres, faisant ressortir la cicatrice qui barrait sa lèvre supérieure et montait pratiquement jusqu’à la base de son nez. Il savait qu’elle aimerait les pasteis, après tout elle était plutôt gourmande, mais ça faisait plaisir de la voir aussi contente. A vrai dire, quand elle était arrivée, outre la surprise, il avait été un peu inquiet. Durant l’année et demi passée, elle avait vécu des choses très dures et avait eu beaucoup de mal à s’en sortir. Il avait craint qu’elle ne soit pas prête pour tout ça, pour ces vacances et pour le revoir. Il avait eu peur les premiers jours qu’elle ait un peu précipité les choses… Mais à la voir comme ça, il perdait ses inquiétudes.
Une fois son premier pasteis fini, il prit une gorgée de son café au lait et continua la discussion comme si elle n’avait pas été interrompue.
« Pessoa est enterré au Mosteiro dos Jeronimos, on va voir sa tombe. C’est très sobre, mais beaucoup de gens viennent là pour prendre la tombe en photo ou pour chercher l’inspiration. Le lieu est magnifique, j’y vais parfois quand j’ai besoin de retrouver l’énergie créatrice de l’écriture… »
Il avait laissé Celesta lire tous les articles qu’il avait écrits, ou du moins ceux qu’elle avait voulu lire. En fait, il lui avait laissé tout son travail d’écriture ouvert, sans censure et elle avait lu ce dont elle avait eu envie. Ca n’avait pas été aussi facile qu’il ne l’avait laissé paraître, peu de gens avaient lu certains des travaux qu’il avait laissés à Celesta.
« Oh au fait ! » Il sembla soudain se rappeler de quelque chose. « Il faut qu’on aille chez le tailleur cet après-midi, pour nos tenues pour le mariage de Cracholiane, si on veut les avoir dans les temps… »
Il était témoin au mariage de sa cousine qui se ferait dans un restaurant du quartier le plus vivant de Lisbonne, à quelques rues de l’appartement d’Abreu. D’ailleurs Zach et Cracholiane devaient arriver le lendemain et loger dans l’appartement, dans l’ancienne chambre de Lily, jusqu’au mariage près de trois semaines plus tard. Celesta avait bien sûr été conviée au mariage, elle serait la cavalière du témoin, et pour cette occasion la famille de Zach avait même décidé de lui payer une tenue chez le tailleur de la famille Sonhos. Il faut dire que les Graves avaient assez d’argent pour payer une réception quatre étoiles et comme Zach et Lily avaient préféré une réception familiale, plus intime, ils dépensaient leur argent sur des « à côtés ».
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Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 16:19
Pour sûr, Celesta aurait diffcilement pu être plus heureuse qu'elle ne l'était ; il faisait beau, bon, doux, tous ses sens étaient comblés et le seul souci qu'elle pouvait encore avoir était de choisir lequel elle satisferait en premier : soutenir encore quelques secondes le regard d'Abreu, écouter le murmure délicat des conversations lisboètes, ou se jeter voracement sur un deuxième pasteis ? Franchement, on avait connu pire, question dilemnes. Et fort heureusement pour l'honneur et la ligne de Celesta, le regard d'Abreu était suffisamment hypnotique pour lui faire oublier le temps d'une digestion le fondant des pasteis.
Elle sempara à son tour de sa tasse de café, par pur mimétisme, et resta vaguement songeuse lorsqu'Abreu parla de Pessoa et de son inspiration. Cel n'était pas toujours quelqu'un de très subtil, ni de très vif ; elle pouvait passer à côté d'évidences grosses comme quatre monastères des Jeronimos. Mais il ne lui avait pas échappé qu'en lui ouvrant ses tiroires, Abreu s'était autant mis à nu que s'il s'était promené en tenue d'Adam sur la place du Commerce. Elle avait été extrêmement touchée par le geste, et plus encore par la qualité des quelques écrits qu'elle avait effectivement osé finalement lire. Mais elle n'était peut-être pas un modèle d'objectivité.
En tout cas, elle avait hâte de voir effectivement la tombe du poète Lisboète ; il était vraisemblablement le second écrivain lisboète qu'elle avait hate de pouvoir lire en langue originale. Elle aurait voulu répondre à Abreu, mais, si discuter avec lui était devenu un plaisir simple et évident, discuter de quelque chose d'aussi personnel que son travail littéraire restait délicat ; disons que Celesta restait quelqu'un d'assez pudique, et qu'elle n'avait de surcroît pas envie de passer pour une groupie : Abreu savait déjà à quoi 'en tenir sur ce qu'elle pensait de lui en tant que personne, l'écrivain patienterait un peu. Celesta entama le deuxième pasteis ; elle ferma les yeux, c'était une tuerie. Elle ne les rouvrit que lorsqu'Abreu reprit la parole.
"le tailleur ?... Oh oh, je devrais peut-être me calmer sur les pasteis, alors..." répliqua-t-elle en louchant sur les rescapés. Elle n'avait pas dit ça pour faire de l'humour, ni même de façon réfléchie : c'était sorti tout seul, parce qu'effectivement elle avait envie d'éviter les boutons sur la figure et la taille 70 ; et pas juste pour faire honneur à Zach et Cracholiane.
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Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 16:53
« Si tu veux survivre au mariage Sonhos-Graves, il va te falloir de l’entraînement… » Répondit-il tranquillement, un sourire amusé flottant sur son visage. « Les mères des deux partis ont décidé de nous gaver, et je ne sais pas pour Mrs Graves mais ma mère n’acceptera pas l’excuse du manque d’appétit, c’est un des rares domaines à propos desquels Sabrinha Sonhos peut devenir une vraie dictatrice. »
Jana, dans son coin, acquiesça muettement. Sabrinha était très typique à certains niveaux, et la nourriture faisait partie des domaines à propos desquels elle était intraitable. Ses enfants, ses petits enfants, ses neveux, bref tous les gens dont elle était sensée s’occuper de près ou de loin ne mangeaient jamais assez. Les réunions de familles étaient toujours plus que garnies en nourriture, chacun repartait avec ses restes, de quoi manger facilement une semaine, et elle était toujours terriblement inquiète de voir à quel point ses enfants se laissaient dépérir. Abreu ne dormait pas assez et ne se nourrissait pas assez ! Fernando ne mangeait même plus de desserts ! Et Barbara ! Barbara était la pire ! Elle était végétarienne ! Elle ne mangeait aucune viande ! Même pas de poissons ! Sabrinha ne savait pas quoi faire de ses trois enfants. Et à chaque fois qu’elle les voyait, elle disait leurs moitiés qu’il fallait mieux s’occuper d’eux, au niveau culinaire. Sûr que Celesta aurait le droit à quelques conseils à ce propos… Mais sûr aussi qu’elle inquièterait Mrs Sonhos ! Elle était aussi fine qu’un moineau !
A cette pensée, Abreu finit avec plaisir son deuxième pasteis. C’était sa pâtisserie préférée, ce qui n’avait sûrement rien d’original venant d’un portugais. Bien sûr, il y avait des tas de pâtisseries délicieuses à Lisbonne, mais les pasteis restaient celles dont Abreu ne se lassait jamais. Chose assez étonnante, Jana réprimanda mentalement sa moitié, ne le trouvant soudain plus assez attentionné. Après avoir fini sa bouchée, Abreu obéit donc à son daemon. Il prit la main de Celesta et attendit qu’elle lève les yeux pour plonger les siens dedans. Il lui fit un petit sourire, mi-timide, mi-intimidé, puis lui dit tranquillement :
« De toute façon tu seras ravissante… »
Il garda le contact, tant physique que visuel pendant encore quelques secondes, tant pour le plaisir que pour appuyer ce qu’il venait de dire, puis retourna à son café au lait. Il pensait ce qu’il disait, mais avait loupé le coche, c’était Jana qui avait dû lui dire de rassurer Cel à ce sujet. L’américaine avait tendance à se rabaisser, surtout quand il s’agissait du physique, et Abreu sentait qu’il devait la rassurer, sans pour autant en faire trois tonnes, parce que ça n’était leur genre ni à l’un, ni à l’autre.
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Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 17:53
Celesta écoutait en souriant, à la fois amusée et émue. Un an plus tôt, dieu sait comment elle aurait réagi en entendant parler de deux mères également affectueuses et protectrices, dont l'inquiétude reflétait parfaitement celle qui avait été celle de madame Christobal. Cel connaissait les exclamations inquiètes, les petits plats mitonnés, les remplumages express ; ou plutôt, elle avait connu ça. En entendant Abreu, elle n'avait pu s'empêcher de repenser à sa mère, ce qui lui provoquait toujours un petit pincement au ventre ; mais ce n'était plus vraiment quelque chose de triste ou de douloureux. C'était... un état de fait, quelque chose avec laquelle elle vivait et surlaquelle elle ne cherchait plus systématiquement à s'apesantir.
En arrivant à Lisbonne, à l'improviste, elle ne s'était pas attendue à être accueillie si chaleureusement ; elle s'était inquiété de la réaction d'Abreu, et en fin de compte toute sa famille lui avait ouvert les bras, l'avait pris sous son aile comme un membre à part entière de la tribu. Cette hospitalité toute méditerranéenne l'avait davantage émue qu'elle ne l'avait laissé paraître. Après avoir rencontré les cousins d'Abreu -en tout cas quelques-uns, elle n'appréhendait presque plus de rencontrer monsieur et madame Sonhos.
Presque ; bien sûr, c'était valorisant de se promener dans Lisbonne au bras de quelqu'un comme leur fils, mais Celesta avait toujours été plutôt complexée par son apparence. Depuis qu'elle était au Portugal, elle ouvrait un deuxième bouton de ses chemisiers, signe inouï qu'elle avait sacrément pris confiance en elle, en passant par Sywhaîd et en s'y rendant très utile. Mais savoir réparer un muret de pierres sèches ne lui garantissait évidemment pas d'être apprécié par monsieur et madame Sonhos.
Le mouvement inspiré par Jana fut donc éminemment bienvenu, autant qu'inattendu. Celesta tressaillit, envahie d'une douce vague de chaleur sans raport avec les -certes délicieux- pasteis.
Elle leva timidement vers Abreu un regard simplement amoureux : elle n'avait aucun talent d'écrivain et aurait été bien incapable de lui dire, oralement ou même par écrit, combien elle était heureuse, au point d'à peine y croire parfois, d'être avec quelqu'un d'aussi attentionné et délicat que lui. Qu'elle était ravissante... c'était juste ce qu'elle avait besoin d'entendre et en même temps presque trop, pour quelqu'un d'aussi fleur bleue et romantique qu'elle ; elle baissa les yeux, les joues rouges, en souriant de plus belle.
Elle resta quelques secondes tête baissée, serrant de plus belle la main d'Abreu ; elle semblait momentanément incapable de lui dire autrement combien elle était heureuse d'être près de lui. Mais elle releva finalement les yeux, toujours souriante. D'une petite voix, elle répondit finalement :
"Bon ben si on doit être gavés, on a plutôt intérêt à se dépêcher d'éliminer, hein... J'ai hâte de voir ce monastère". Elle hésita une demi-seconde, puis se pencha vers Abreu pour l'embrasser.
Ils rassemblèrent quelques pièces de monnaie sur la table, empochèrent les deux derniers pasteis pour la route, et quittèrent la boulangerie main dans la main.
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Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 18:19
« Ne triche pas hein ! »
On se demande bien comme Celesta aurait pu tricher. Abreu avait une de ses mains devant les yeux de sa petite-amie, allons-y gaiement le mot est lâché !!!, et était derrière elle, la tenant par la taille pour la guider dans la petite ruelle du Lisbonne magique. La ruelle était en pente, mais ça n’était pas une indication d’emplacement pour l’américaine, à peu près toute la ville étant en pente. Et comme ils n’avaient encore été que plutôt peu dans le Lisbonne magique (où moins de monuments à visiter se trouvaient), il était peu probable que la surprise d’Abreu ait été gâchée d’une manière ou d’une autre. D’autant plus que Cel tenait son daemon dans sa main, l’empêchant lui aussi de voir.
C’est Jana, qui pouvait être visible puisqu’ils étaient dans un de ces quartiers cachés aux non-sorciers, qui ouvrit la porte de la boutique avec sa gueule et la poussa doucement. Une clochette tinta joyeusement, tandis qu’Abreu utilisait la main qui guidait Celesta pour bien tenir la porte (et guida donc Celesta de l’autre main, celle qui cachait ses yeux, vous suivez toujours ?). Il aida la jeune femme à s’avancer jusqu’au centre de la boutique et, libéra enfant ses yeux au moment où une voix de vieil homme charmant disait :
« Bom dia ! »
Le vieil homme en question, qui était sûrement la première chose que Celesta verrait puisqu’il était en face d’elle, était derrière son comptoir. Il était vieux et noir, il avait d’ailleurs un accent brésilien, là où il avait passé ses vingt premières années comme Abreu l’avait découvert en discutant avec lui. Il avait l’air très sympathique et on aurait presque pu s’attendre à ce qu’il tienne une librairie ou quelque chose de ce genre, mais ça n’était pas une librairie dans laquelle se trouvait Celesta… En fait c’était plutôt au paradis. Le paradis des baguettiers. Elle se trouvait dans la boutique du célèbre VL, meilleur baguettier du monde, ou pas loin. Là où Abreu lui avait acheté son pendentif. Là où on trouvait des médiums qu’on ne trouvait nulle part ailleurs. Et la personne que Cel avait devant elle n’était autre qu’un vrai génie, habillé d’un gilet élimé, d’un pantalon à pinces et… de charentaises.
« Bom Dia Senhor Luanda. » répondit Abreu avec un sourire. Puis, il continua en anglais : « Je vous présente Celesta, c’est l’amie… »
« Pour laquelle vous avez commandé le pendentif en forme de bleu gorge. » coupa l’homme, en anglais, avec un accent plus fort que celui d’Abreu mais une aisance qui démontrait une certaine intelligence. « Je vois que vous ne vous étiez pas trompé en la décrivant. Cette demoiselle est charmante… Et le médium lui va très bien. »
L’homme sourit et embrassa sa boutique d’un geste ample de la main. Faisant ainsi signe à Celesta d’observer autant qu’elle le voulait. Abreu avait souvent demandé des conseils au vieil homme, pour les ouvrages qu’il avait envoyés à Celesta par exemple. Celesta était pratiquement comme une vieille connaissance ici.
Abreu quant à lui restait un peu en retrait. A vrai dire, il était un peu inquiet. Il avait finalement décidé d’amener Cel ici malgré le fait qu’elle lui ait dit qu’elle avait plus ou moins abandonné la magie et surtout la création de médiums. Il espérait lui faire plaisir mais craignait qu’elle ne le prenne mal…
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Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 19:04
Celesta n'était pas nécessairement portée sur le contact physique, mais cette petite promenade dans les ruelles pavées de la Lisbonne magique n'avait pas été pour lui déplaire ; l'avantage, avec les pavés en pente, c'est que pour ne pas trébucher, quand on a les mains prises par un petit oiseau, on est bien obligé de s'en remettre totalement à son guide.
Déambuler dans les rues de la ville, c'était un plaisir dont elle n'était toujours pas lassée ; mais elle était tout de même impatiente de savoir où voulait la mener Abreu, en faisant tant de mystères : oh, elle ne l'avait pas harcelé de questions hystériques, ce n'était pas son genre. Mais le coeur y était ! Avec un petit ami -allez, gargarisons-nous !- aussi parfait, elle ne pouvait imaginer que la plus divine des surprises.
Mais Cel devait manquer d'imagination ; et la surprise fut réelle -et bel et bien divine. A vrai dire, elle commença à deviner avant même qu'Abreu n'enlève sa main de ses yeux : sitôt qu'ils étaient entrés, elle avait reconnu la boutique à son parfum : le bois et la cire des baguettes, le papier des grimoires, les caissettes d'ingrédients précieux exhalaient des effluves qu'elle n'avait pas encore complètement oubliées. En fait, son premier réflexe -assez stupide- fut de penser qu'elle était de retour dans la baguetterie Osmundsen.
Mais évidemment, c'était impossible ; quand elle vit l'homme qui leur faisait face, et qu'elle avait déjà vu en photo dans des ouvrages spécialisés ; puis quand elle vit ses initiales, imprimées sur les boîtes alignées sur l'un des murs... notre vive Eurasienne comprit enfin et porta la main à sa bouche ; ele n'osait croire qu'elle se trouvait en face d'un des plus grands baguetiers du monde, sinon le plus grand : Vinicius Luanda himself.
Elle lança un regard ahuri à Abreu, comme pour qu'il lui confirme qu'elle ne rêvait pas. En le voyant sourire, elle fut violemment tentée de lui sauter au cou ; mais de une, on était dans un lieu public, et de deux, on n'était pas dans n'importe quelle baguetterie : pour quelqu'un comme Celesta, donner des signes manifestes d'affection (bond au cou, baiser fiévreux, timide poignée de main trop chaleureuse...) relevait quasiment du sacrilège. Elle se retourna vers "V.L.", la main crispée autour de son pendentif ; on aurait dit qu'elle avait de nouveau douze ans.
"Je...je suis...tellement flattée... honorée... de vous rencontrer, signor, euh...senhor Luanda..." bafouilla-t-elle dans un portugais très approximatif, d'une petite voix émue qu'elle-même ne reconnaissait pas.
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Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 19:27
Abreu vit le plaisir de sa, enfin, de Cel et il sentit le poids disparaître de ses épaules. Il avait un peu angoissé, pensant que peut-être elle le prendrait mal ou qu’elle sentirait ça comme une sorte de forcing pour reprendre la magie comme avant. Mais comme d’habitude, Abreu avait touché juste et il en fut plus que rassuré. Soulagé même. Un sourire joyeux s’afficha sur son visage en réponse au sourire de Celesta et il n’intervint pas plus, laissant la jeune femme goûter au plaisir de rencontrer un maître dans le domaine qui avait été, et était sûrement toujours, sa passion. Il ne voulait pas prendre toute la place et se contenta donc de regarder tranquillement les rayons de livres tout en écoutant d’une oreille la conversation qui se déroulait. Il sourit intérieurement à la timidité de Celesta, elle avait l’air vraiment impressionnée.
Le vieil homme quant à lui sourit aussi à l’air intimidé de Celesta. En tant que grand spécialiste, il était habitué à ce genre de réactions. Et puis, pour faire un médium aussi personnalisé que le pendentif qu’il avait fait, il s’était fait décrire la personnalité de la jeune femme et il avait une mémoire d’éléphant, il n’en avait rien oublié. Il ne fut donc pas étonné de voir l’air timide de l’américaine.
« Enchanté jeune fille. » répondit-il de sa voix aux accents un peu zézayants (puisque brésiliens) « Le Senhor Sonhos m’a beaucoup parlé de vous. Il m’a dit que vous étiez très intéressée par la création de médiums et que vous aviez travaillé chez Monsieurs Osmundsen… J’espère que le médium que je vous ai fabriqué vous convient ? »
Il parlait avec un ton sympathique et emprunt de respect. Un peu, en fait, comme s'il parlait à Celesta d'égal à égal...
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Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 20:04
"Oh ! Oui ! Il est..." commença Celesta, toujours en portugais, avant de se raviser : elle ne serait pas capable de soutenir longtemps une conversation en portugais, surtout si on s'aventurait dans les méandres d'un art aussi technique que la baguetterie ; avec un petit sourire d'excuse, elle reprit en anglais.
"Il fonctionne vraiment très bien ; j'ai quasiment le même niveau que celui que j'avais atteint avec ma baguette magique", avoua-t-elle avant de rougir légèrement ; elle était consciente que ce qu'elle déclarait fièrement n'avait rien de très glorieux : cela faisait plusieurs années qu'Abreu lui avait offert son pendentif, elle aurait dû, si elle avait travaillé sa maîtrise sans interruption, largement dépasser les compétences offertes par une simple baguette. Il s'agissait tout de même d'un medium extrêmement précieux, sophistiqué, et puissant.
Mais - effet du pantalon à pinces et des charentaises ?- Vicinius Luanda dégageait quelque chose de tellement simple et sympathique, rien que dans sa façon d'écouter les gens, que Celesta fut rapidement mise à l'aise -en tout cas, autant que quelqu'un de foncièrement angoissé comme elle pouvait l'être en face d'un maître. Elle n'avait pas à se justifier : Vicinius lui posa quelques questions sur la façon dont le pendentif réagissait, et il semblait réellement intéressé ; il ne parlait pas de maître à élève, mais sur un pied d'égalité : comme un passionné se serait adressé à un autre.
Et Celesta, qui ne s'était remise réellement à la baguetterie que depuis quelques mois, et qui à ce titre commençait tout juste à explorer les possibilités infinies que lui offrait son medium, se surprit à discuter avec le vieil homme avec plus de familiarité qu'elle n'en avait jamais eue avec l'érudit, mais assez austère, Knut Osmundsen.
Et les yeux de son interlocuteurs pétillaient d'une joie sincère en l'entendant décrire les effets particuliers que le medium avait eus sur Baile ; ravi d'être ainsi le centre d'une attention si prestigieuse, le gorge bleue ne se fit pas prier pour faire une petite démonstration. Il fallut quelques essais à Celesta, stressée malgré tout par son public, pour réussir à renouveler l'expérience ; mais lorsque sa voix s'échappa enfin du bec du petit moineau, Vicinius applaudit avec enthousiasme, et lança force bravos zézayants.
Cette conversation aurait encore pu durer longtemps, si un client n'avait fait irruption dans la boutique. Celesta et son daemon rejoignirent Abreu dans l'angle où il était demeuré tout le temps de leur conversation. Celesta souriait, rayonnante ; elle inclina légèrement la tête vers le lisboète, et chuchota à son oreille :
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Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 20:34
Abreu se perdit assez rapidement dans un bouquin qui parlait de l’histoire de la boutique de ce cher V.L. et il ne vit pas le temps passer. En fait, il fut même surpris quand Celesta revint vers lui. Il lui sourit et hocha la tête simplement quand elle vint le remercier. Il était vraiment heureux d’avoir fait plaisir à la jeune femme, c’était ce qu’il avait essayé de faire après tout, tous les jours depuis qu’elle était arrivée.
Il referma son livre et laissa le client demander des conseils en matière de premier médium pour un enfant âgé de six ans. Après que Vicinius ait répondu et vendu une sorte de catalyseur léger qui permettait d’éviter les accidents, le couple ( !! ) alla saluer le vieil homme. Abreu en profita pour offrir le livre à Celesta, sans même la laisser refuser.
Vicinius leur fit promettre de revenir avant le départ de Celesta, pour qu’ils discutent de nouveau. Il avait l’air d’avoir sincèrement apprécié la conversation et Abreu et Celesta lui promirent de revenir sans hésiter. Après avoir camouflé leurs daemons, ils se dirigèrent vers le Lisbonne non-sorcier où ils devaient manger une glace avec Cracholiane et Zach.
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Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 21:50
"La prochaine danse, c'est toi que j'invite, et tu ne te défiles pas, hein ?", lui souffla Abreu avant d'être entraîné par sa cousine dans une salsa endiablée ; Celesta n'eut d'autre choix que de hocher la tête en riant. Elle les suivit des yeux, partagée entre le plaisir tranquille de la fête et une sorte de nostalgie étrange, comme le syndrome du dimanche soir. La fête était bien avancée ; cet été idyllique également.
Elle ne tenait pas spécialement à passer pour une virago incapable de laisser son cher et tendre s'éloigner d'elle de plus de trois mètres sans le surveiller à la longue vue, mais ne pouvait quitter Cracholiane et Abreu des yeux. Elle était ravissante, rayonnante de bonheur ; elle semblait aussi fraîche que le matin, dans sa robe orange courte et vaporeuse ; seules quelques mèches folles et quelques fleurs défixées de ses cheveux témoignaient de l'avancée de l'horloge.
*Comme je n'aurais jamais cru que l'été se terminerait.*
Les journées avaient passé comme un rêve ; tellement vite ! Au départ, Cel ne pensait rester qu'une semaine, voire dix jours. Mais très rapidement elle s'était retruvée invitée au mariage et, évidemment, elle n'avait plus spécialement eu envie d'écourter son séjour. Mais la fête était bientôt terminée ; depuis plusieurs heures, le soleil s'était couché sur le fleuve, un spectacle magique auxquels ils avaient eu droit grâce à la grande baie vitrée du restaurant où avait lieu la petite réception. Abreu lui avait murmuré une très jolie réflexion à l'oreille.
Elle continuait de le suivre du regard, rêveusement ; et assez triste. C'était idiot, elle aurait mieux fait de profiter jusqu'au bout de son séjour ; après tout, elle n'avait même pas encore réservé son billet de retour ! Mais, évidemment, elle ne pouvait pas continuer de profiter indéfiniment de l'hospitalité des Sonhos ; il fallait bien qu'elle retourne à Sywhaîd. Comme Cracholiane, elle était tombée amoureuse de la Noble Lande... mais Cracholiane l'avait finalement quittée, non ?
*Oui, mais.*
Evidemment que la situation était différente. Qu'elle le veuille ou non, elle devrait bien repartir ; et accessoirement, trouver le courage d'en parler avec Abreu. Si possible, assez vite, parce que les dernières notes de la chanson venaient de retentir.
Nombre de messages: 57 Age: 35 Date d'inscription: 24/07/2008
Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Dim 27 Juil - 22:24
Abreu n’était pas encore atteint du fameux syndrome du dimanche soir. Pourtant, ça lui arrivait parfois, même s’il était plutôt du genre à essayer de ne pas angoisser tant qu’il pouvait l’éviter. En fait, il avait appris avec le temps à pas mal relativiser et à ne pas se gâcher le plaisir à cause de se qui pouvait se passer après… Et puis, s’il pensait lui aussi à la fin du séjour de Celesta, il avait sa botte secrète, donc il n’était pas vraiment dans l’état d’esprit. Angoissé, oui, mais pas vraiment triste.
La musique s’arrêta et Abreu embrassa la main de sa cousine avant de laisser sa place à Zach. Le jeune homme avait pris des cours de danse pour cette soirée, alors il voulait en profiter, c’était normal. Les deux tourtereaux étaient vraiment adorables et ils avaient l’air vraiment heureux, ce qui faisait plaisir à Abreu. Ces dernières semaines, il avait vu l’angoisse monter dans ce couple et il était content que l’angoisse n’ait pas eu raison. Le jour venu, ils avaient réussi à se décontracter et à vivre ce mariage seulement du bon côté. En même temps, avec la fête qu’ils avaient organisé, ça aurait été dur de faire autrement. C’était parfait. Enfin, parfait quand on aimait les mariages intimes, parce que le trip robe meringue et cérémonie à 200 personnes ça n’était pas vraiment ça.
En se dirigeant vers Celesta, Abreu se fit alpaguer par sa mère qui lui souffla quelques mots qui le firent sourire. Il finit par réussir à se dépêtrer de sa mère, adorable mais un peu envahissante, surtout quand elle voyait une de ses nièces se marier, et finit par arriver devant Celesta. La soirée était bien avancé et en cette fin d’Août, il faisait assez chaud pour qu’Abreu ait laissé la veste de son costume noir de côté. Son costume était très rétro, comme ceux qu’il portait à l’époque où il avait rencontré Celesta et sa chemise était assortie à la robe de sa petite amie, d’un très joli bleu-vert donc, qui faisait ressortir son regard métallique. Son chapeau était perdu depuis longtemps, beaucoup de personnes l’avaient essayer jusqu’à ce qu’il atterrisse sur une chaise, où il le retrouverait plus tard. Il se pencha et embrassa doucement l’américaine, assez rapidement aussi parce que ça n’était pas vraiment leur genre de se bécoter en public comme deux adolescents, mais les mariages étaient quand même des fêtes où on devenait plus facilement tactile…
« La chanson est presque finie… Ma mère m’a arrêté pour me dire tout le bien qu’elle pense de toi, et elle en avait beaucoup à dire. On dirait que tu es officiellement adoptée. »
Il sourit de nouveau. Oui, tout le monde adorait Celesta. Cracholiane menaçait de trucider Abreu s’il la laissait lui filer sous le nez, Zach voulait en faire une partenaire de bridge (apparemment il trouvait que Lily et Abreu étaient un peu trop imbattables), Sabrinha (la mère d’Abreu) rêvait d’en faire sa bru et Nuno (le père d’Abreu) ne tarissait pas d’éloges sur elle. Et encore, s’il avait fallu faire la liste de toutes les personnes qui avaient fait des compliments sur l’eurasienne au lisboète, on y aurait passé la nuit.
Abreu reprit sa veste qui était posée sur une chaise juste à côté et proposa :
« On peut prendre un peu l’air, on dansera à la prochaine danse. »
Une fois que Celesta eut accepté, il la conduisit sur la terrasse du restaurant. Il n’y avait personne, la plupart des gens faisaient la fête et Abreu en fut plutôt content. Il devait discuter avec Celesta et s’il tombait sur la mère de Cracholiane (qui semblait ne plus vouloir arrêter de raconter des anecdotes sans fin sur sa fille) il risquait de ne pas pouvoir échanger une parole avec Celesta avant un moment. Mais il n’y avait personne, donc. Il faisait un peu frais donc Abreu proposa sa veste à Celesta.
Il resta quelques secondes à admirer la vue. C’était un des plus beaux endroits de Lisbonne, une des plus belles vues et il n’arrivait pas à s’en lasser. Finalement, il revint à ses moutons et tourna son regard métallique vers Celesta. Il hésita un peu avant de parler, ce qui n’était pas si courant, même face à la jeune femme. Quand il parla, sa voix était un peu plus rauque encore qu’à l’accoutumée.
« Tu vas partir… »
Il avait dit ça comme si c’étaient les mots les plus durs à prononcer et ça n’était pas loin d’être le cas. Ca faisait trois ans qu’ils se connaissaient et près de deux ans qu’Abreu attendait que Cel soit enfin prête à ce que leur histoire continue. Une simple histoire de distance semblait à présent tout à fait stupide.
Il se racla la gorge.
« L’appartement est à mon nom mais aussi à celui de Cracholiane. » Il parlait doucement, comme toujours, mais avait l’air de savoir où il voulait aller. « Zach est tombé amoureux de Lisbonne, ils pensent à s’installer ici quelques temps. En plus, Lily aurait trouvé un poste de professeur à son ancienne FAC… » Petite pause. « Et moi… Ca fait des années que je veux écrire un roman. J’en ai assez du journal, ça fait longtemps que je n’ai pas eu d’article intéressant… Et je pense que j’ai besoin de changer d’air… »
Il soupira puis planta son regard dans celui de la jeune femme :
« Je veux aller à Sywhaîd. » Son regard se troubla et il se reprit, d’une façon peut-être un peu moins forcing : « Enfin… Si tu veux. Tu n’es pas forcée de répondre tout de suite, tu peux y réfléchir et il n’y a pas de mauvaise réponse. Que ce soit oui ou non, ça ne changera rien au fait que je t’aime. »
Il l’avait dit. Il se sentait soulagé et… terrifié. L’histoire de pas se prendre la tête à cause de quelque chose qui pourrait arriver ? Oubliée. Il était soudain persuadé que Cel allait lui rire à la figure et/ou partir en courant.
Celesta suivit Abreu hors du restaurant avec un mélange de soulagement et d'appréhension : elle était contente d'attendre la danse suivante pour entrer en piste, vu qu'un slow langoureux venait de commencer... elle n'avait pas très envie de se donner en spectacle. D'un autre côté, en l'emmenant hors du bruit et de la foule, Abreu lui donnait l'occasion idéale de discuter de choses sérieuses, comme euh, voyons, réfléchissons... Une programmation de billet retour ?
Elle accepta volontiers la veste qu'il lui tendait, même si la fraîcheur du soir n'était clairement pas son souci majeur en cet instant. Elle aussi appréciait la vue ; c'était vraiment très romantique, presque trop, à vrai dire : une vue pareille n'allait pas l'aider à trouver du courage. Elle devina le regard d'Abreu qui se posait sur elle, mais resta les yeux rivés sur le Taje, car lorsqu'elle les tournerait vers lui, elle devrait ajouter ces mots : "Je vais bientôt rentrer à Sywhaîd". Ou quelque chose de plus... soft ? De plus subtil ? De moins affirmatif ? Comme... "Tiens, et si je restait encore un peu, dis ?" ou "Que penses-tu du nullissime concept de relation à distance ?"
Tandis qu'elle affûtait ses répliques, ce fut Abreu qui lui coupa l'herbe sous le pied ; ayez un petit ami écrivain ! Si les mots avaient été difficiles à dire pour le Lisboète, qu'ils étaient rudes à entendre pour l'Eurasienne ! Bien sûr, leur évidence s'imposait déjà à elle depuis quelques temps, mais le fait de les voir prononcés, qui plus est par Abreu lui-même... Cet état de fait s'imposait d'autant plus, implacable. Comment aurait-elle encore pu tergiverser ?
"Eh oui, c'est la vie, hein !" répliqua-t-elle avec un détachement laborieusement forcé. Elle ne parvint à maintenir un sourire crispé qu'une demi-seconde. Les yeux plus que jamais rivés sur le fleuve, pour éviter de croiser le regard du Lisboète, dents et poings serrés pour ne pas craquer. Elle entendait confusément Abreu parler, dire des choses sur Zach et Lily, parler de formalités administratives, euh...
Le lisboète savait peut-être fort bien où il voulait en venir, mais du côté de sa petite amie, c'était un mystère. Pourquoi lui racontait-il ça ? Est-ce que le sujet "Sywhaîd" était déjà terminé ? Il leur arrivait de passer du coq à l'âne dans la conversation, mais là c'était un peu fort ; ou peut-être était-il en train de lui raconter comment allait se dérouler la vie à Lisbonne en son absence ? C'était...euh... une charmante attention, mais est-ce que ça signifiait qu'ils allaient carrément cesser de s'écrire ?
Dans l'état de nerfs où elle se trouvait, Celesta avait du mal à garder sa sérénité. "Je veux changer d'air" sonnait dangereusement comme "je pars pour une expédition polaire de trois ans, je vais être difficile à joindre". Ce serait déjà difficile pour l'Eurasienne de voir la Brume entre lui et elle ; son merveilleux petit ami pouvait-il de son côté avoir choisi d'y ajouter quelques milliers de kilomètres supplémentaires ? Elle avait les larmes aux yeux, mais détourna enfin les yeux du Taje pour soutenir le regard d'Abreu.
Encore une fois, elle ne comprit pas imédiatement ce qu'il venait de dire ; l'idée d'associer les concepts "Abreu" et "Sywhaîd" ne lui état jamais venue à l'esprit. Parce que la plupart des habitants de la Lande étaient apatrides, ou fuyaient à l'inverse une famille trop étouffante, et que le Lisboète n'entrait dans aucune de ces catégories ? Parce qu'il n'avait rien à fuir ? En tout cas, elle infligea bien involontairement quelques secondes de supplice, simplement le temps pour elle que... l'information remonte au cerveau. En fait, ce fut lorsqu'il prononça les derniers mots que les engrenages se mirent enfin en route.
"Hein ?" lâcha-t-elle élégamment. Elle fronça les sourcils, comme pour être bien sûre d'avoir compris -mais ça ne pouvait pas être plus clair. Telle l'impétueuse cocotte-minute, dont une cuisinière pressée a ôté précipitamment le bouchon d'un geste sec, et dont s'échappe en crachotant un puissant jet de vapeur, Celesta sentit un flot de pression immense s'échapper brusquement ; pour un peu, ses oreilles se seraient mises à siffler. Elle resta sans voix, estomaquée.
Les larmes restées au bord de ses yeux jusque là jaillirent sans prévenir, en même temps que l'eurasienne fut secouée d'un rire étrange, beaucoup trop aigu. Mais la séance de torture fut de courte durée ; quand bien même Abreu aurait été aussi lent à comprendre que sa petite amie, en la voyant lui sauter au cou et y enfouir sa tête en riant de façon enfin naturelle, il devait commencer à se douter que, non non, elle ne trouvait pas sa proposition trop inadmissible.
Elle était tellement occupée à 1. pleurer de joie 2. rire " " 3. serrer Abreu à l'en étrangler 4. lui piquer la nuque de petit baisers
qu'elle ne pensa même pas à répondre clairement qu'elle acceptait, ou à répondre à la dernière chose qu'Abreu avait dite. Mais c'était relativement évident.
Nombre de messages: 57 Age: 35 Date d'inscription: 24/07/2008
Sujet: Re: Lisboa : Cidade Exotica Mar 29 Juil - 12:25
« Et tu n’oublies pas d’être franc face à la Brume, hein ? »
Cracholiane et Zach avaient insisté pour accompagner Celesta et Abreu à l’aéroport de Lisbonne. Ils avaient décidé de faire leur voyage de lune de miel à l’automne et de passer plusieurs semaines de vacances et d’installation à Lisbonne. Du coup, les deux couples avaient passé pas mal de temps ensemble, tout en gardant chacun leur indépendance. Abreu était devenu assez proche de Zach et les jeunes mariés ne tarissaient pas d’éloges sur Celesta. Autant dire qu’il avait été impossible d’imaginer que le départ se ferait sans les jeunes Graves.
« Lily, j’ai déjà passé ce genre d’épreuves je te rappelle. Et crois-moi, les Quatre Esprits de Norsken n’étaient pas vraiment facile à convaincre. »
« Oui mais la Brume c’est différent. Dis-lui toi ! »
Lily prenait Celesta à témoin, elle le faisait souvent, sorte de solidarité féminine. Abreu et Zach levèrent d’ailleurs tous les deux les yeux au ciel d’un air amusé, ce qui poussa la jeune femme à bouder.
Après des adieux plutôt joyeux, et la promesse de revenir à Lisbonne à la prochaine Brèche (Zach avait même proposé discrètement à Abreu de payer le billet, l’argent n’était pas vraiment un problème pour lui) et une promesse plus personnelle de remplir une barque pour le père de Lily à la cérémonie aux morts, le portugais et l’américaine finirent par réussir à laisser les jeunes mariés pour entrer dans la salle d’embarquement. Abreu était habitué à prendre l’avion, il n’avait pas du tout peur dans ce genre d’engins, il pouvait donc se contenter de se réjouir à l’idée d’aller à Sywhaîd. Les changements de décor étaient quelque chose que le Lisboète aimait… Et l’idée cette fois de le faire pour vivre son histoire avec Celesta, ce qu’il attendait depuis si longtemps était sûrement ce qui le rendait le plus heureux. Bien sûr, il avait encore à affronter la Brume. Mais quand Celesta lui souriait comme elle le faisait ce jour-là, il avait l’impression que rien ne pouvait se mettre en travers de son chemin. Même pas une Entité séculaire toute puissante…