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Anton Almeida Menuisier


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 | Sujet: Quête de Tony Almeida Lun 21 Avr - 12:08 | |
| "C'est ici, tu crois ?" demanda Anton à son daemon en désignant du menton la nappe de brume à leurs pieds.
"Aucun doute", fit Stiliko en recrachant quelques fibres du rameau de sorbier qu'elle était en train de tailler du bout des dents. "Cha fait comme de l'électrichité dans l'air, comme près de ch'lac, au pays d'Galles, tu chais..."
"Le lac Bala. Il t'avait bien plu, celui-là ; t'as définitivement un truc avec l'eau, toi."
Le daemon cessa de ronger et lança un regard dubitatif à sa moitié humaine, un grand escogriffe dont le teint mat détonait un peu dans le paysage écossais.
"Hey... je suis un castor, tu t'souviens ?"
Ils éclatèrent de rire de conserve, et descendirent la pente qui les séparait du brouillard.
"Je m'demande chi cha marche vraiment, che truc de quand tu rentres dans la Brume t'oublies tout... wouuuh, spooky !", fit la voix faussement mystérieuse de Stiliko, qui s'était remise à mâchonner tout en trottinant sur ses petites pattes. Mais Tony sourit à peine ; il y avait certaines choses qu'il n'imaginait pas pouvoir jamais oublier. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


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 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Lun 21 Avr - 20:19 | |
| La Brume se referma sur l'homme et son daemon, furtivement, et bientôt le paysage qu'ils venaient de traverser sembla n'avoir jamais existé. L'oubli ne vint pas pourtant. A sa place, une mélodie étrange se fit entendre. A la limite de la discordence, elle semblait venir de l'Est, quelques part derrière les napes de Brume opaques. A peine eurent-ils le temps de s'y habituer qu'une seconde mélodie, plus agréable mais aussi moins exotique, se fit entendre à l'Ouest. Les deux ritournelles se mélèrent dans une cacophonie insupportable. Pour échapper au choc sonore, il faudrait choisir, et s'éloigner de la source de l'une pour se concentrer sur l'autre. L'Est ou l'Ouest ? _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
|  | | Anton Almeida Menuisier


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 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Mar 22 Avr - 23:15 | |
| Stiliko lâcha ce qui restait de son rameau de sorbier, quand retentit l'étrange musique. Elle se dressa sur ses pattes de devant, eut le réflexe de relever la queue, comme pour pouvoir frapper le sol en guise d'avertissement. Mais Anton avait évidemment entendu la musique, lui aussi, même s'il ne l'interprétait pas nécessairement comme un danger.
N'ayant jamais entendu parler d'une quelconque Quête à accomplir, il jeta un coup d'oeil interrogateur à son daemon, qui se contenta de lever ses pattes de devant, n'ayant pas elle non plus été briefée par recommandé spécial de la Patrouille des Castors. La musique n'était pas des plus agréables, mais ils avaient connu deux vieux frères alcooliques dans un pub de Dublin qui chantaient un peu comme ça. Aussi cela ne leur aurait-il pas fait peur d'aller voir ce qui faisait ce bruit étrange ; ils n'étaient pas du genre méfiants.
Mais aucun d'eux n'eut le temps de poser à voix haute l'éventualité d'une enquête : une seconde mélodie se fit entendre. Anton esquissa un sourire, content d'avir atterri dans un endroit aussi bizarre, mais le sourire disparut rapidement. il se boucha les oreilles au moment même où Stiliko, affolée, fit tambouriner sa queue contre le sol, pour ne plus entendre l'abominable vacarme que provoquaient, réunies, les deux mélodies.
"On s'tire !" s'écria Anton. Stiliko ne pouvait pas l'entendre, mais voir son humain courir en lui faisant signe de le suivre, c'était assez explicite, et elle n'allait pas en l'occurrence polémiquer sur cette décision, n'ayant aucune vocation à devenir un daemon castor sourd. Anton avait suivi instinctivement la direction de la mélodie la plus agréable, celle de l'Ouest, donc. Mais ce n'était pas réfléchi du tout. Il ne recherchait pas spécialement l'exotisme à tout prix, et avait eu bêtement le réflexe d'aller là où le menaient ses pas.
Même s'il avait su qu'il passait une Quête, il n'aurait pas forcément pour autant pris la direction la moins agréable en apparence ; il n'éait ni retors, ni méfiant. Pourquoi l'exotisme discordant aurait-il mieux valu, dans l'absolu, que la mélodie plus "évidente" qui avait guidé sa course ? Ca n'était pas son genre de se poser des questions inutiles. Ni lui ni son daemon n'avaient réellement conscience que l'événement qu'ils vivaient, les décisions qu'ils prenaient en cet instant pouvaient déterminer leur existence à court, voire plus long terme. Preuve en fut de la réaction de Stiliko sitôt que leur oreilles eurent cessé de les mettre au supplice.
"Sympa, la chorale locale !", souffla-t-elle, tout en continuant de courir. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


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 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Jeu 24 Avr - 7:38 | |
| En suivant la direction de la musique, les deux moitiés finirent par arriver au bord d’une falaise, qui se jetait dans une grande étendue d’eau. L’eau semblait assez profonde pour pouvoir tenter un plongeon du haut de la falaise, ce qui était plutôt une bonne chose puisque devant eux se trouva soudain un énorme fauve, rouge sang, qui leur grognait après, les crocs luisants et le regard semblant transpercer les deux proies qu’il avait trouvées. Si Anton essayait la magie contre lui, il se rendrait compte qu’il ne pouvait rien faire, le fauve lui renvoyait tous les sorts, comme s’ils avaient été des sorts boomerang et c’était l’homme qui serait touché par eux. En gros, s’il voulait survivre, Anton n’avait qu’à sauter dans l’eau.
L’eau serait froide mais le choc serait limité, comme si la magie avait amorti le choc. Seulement, une fois dans l’eau, Anton sentirait tout ce qui pouvait lui apporter un peu de tristesse remonter à lui. Ca commencerait par la tristesse la plus légère, la plus fugace, comme une tristesse parce qu’on a déchiré un manteau par exemple, jusqu’à la plus forte et la plus désespérante. A vrai dire, il n’arriverait sûrement pas jusque là, plus il se laisserait submerger par la tristesse, plus il serait submergé par l’eau… Seule Stiliko pourrait le sauver, en le forçant à sortir de l’état dépressif que les sentiments ne pourraient que développer en lui… _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
|  | | Anton Almeida Menuisier


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 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Lun 28 Avr - 11:44 | |
| « On s’rait pas un peu mal barrés, là ? »
Stiliko n’eut pas besoin de confirmer une réalité évidente. Comment ils s’étaient retrouvés devant cette falaise, comment ce fauve aux crocs luisants était apparu derrière eux pour leur couper tout retour en arrière... Ni elle ni Anton n’en avaient trop idée. Tout ce qu’ils savaient, c’était que le sort qu’il avait jeté sur l’animal avait bizarrement ricoché, et qu’il avait maintenant une belle estafilade sur la joue, qui descendait jusqu’à la lèvre. Heureusement qu’il n’avait voulu que faire peur au fauve, voilà tout ce dont il pouvait se féliciter.
Ils jetèrent en même temps un coup d’œil vers le vide en dessous d’eux. Ils n’eurent pas besoin de faire davantage de commentaire ; Anton haussa les épaules, pas franchement enthousiaste, mais il était clair qu’ils n’avaient pas trop le choix. Les plongeons dans le vide n’étaient pas ce qu’ils préféraient, mais ils avaient autrefois pratiqué une sorte de rafting improvisé dans le parc de Yellowstone, et a priori ils pouvaient sauter sans risquer d’y laisser un membre ou deux. Anton prit Stiliko dans ses bras, le castor planta ses griffes dans la chemise de son humaine moitié.
« Ca n’a pas été si terrible, finalement ! » s’écria-t-elle à peine la tête hors de l’eau. Le choc avait été beaucoup moins violent que prévu, comme amorti ; quant à l’eau froide, ce n’était évidemment pas quelque chose que craignait Stiliko. Elle rejoignit souplement Anton à la nage, qui n’en était pas, lui non plus à sa première baignade glacée. Agréablement surpris par la douceur de l’amerrissage, il répondit en plaisantant : « Toi qui voulais un lac, te voilà...servie ! »
Quelque chose n’était pas normal. Tony n’avait pas ponctué sa phrase de son rire habituel, il avait même semblé hésiter au moment de terminer sa phrase. C’était peut-être le fait de se baigner dans l’eau froide, mais il se souvint tout à coup d’une sensation de malaise extrêmement ancienne ; il était encore tout petit, peut-être cinq ans au plus, il s’était réveillé dans un lit mouillé. Ce jour là il avait décrété que ça n’arriverait plus, et ça n’était plus arrivé ; plus d’odeur d’urine au matin, avant cette baignade forcée. Isabel lui avait pissé dessus lorsqu’il avait changé sa couche, une fois, mais c’était de l’urine claire comme de l’eau, ça l’avait fait rire. Ca n’était pas très amusant de s’en rappeler pourtant, loin de là ; d’autant que la façon dont ces pensées s’enchaînaient les unes aux autres avait quelque chose d’effrayant. Parce que Tony voyait très bien où elles le menaient, bien qu’il fût impuissant, pour une fois, à les chasser de son esprit.
Toutes les bêtises qu’avait faites sa fille, qui auraient dû le faire rire en y repensant, lui serraient la gorge aussi puissamment qu’une main qui aurait voulu l’étouffer. La cuillère de soupe sur sa chemise, les flaques de boue, le fauteuil inondé par une bassine de têtards malencontreusement renversée, et sa fille qui pleurait pendant qu’il essayait, accroupi entre les meubles, de sauver les bestioles frétillantes ; pourquoi fallait-il qu’il revoit sa fille pleurer ?
Ses larmes à lui surgirent, sans qu’il fasse quoi que ce soit pour les chasser, il n’en avait plus la force, battait à peine des bras pour ne pas couler. Maintenant Isabel avait mal, vraiment mal, ce n’étaient pas les têtards qui la faisaient pleurer ; et il ne pourrait rien pour elle, et elle allait mourir, et il ne pouvait chasser le visage pâle de son esprit, lui qui avait si bien refoulé les événements. Il ne pouvait plus vraiment nager, maintenant, ni même se maintenir correctement à la surface. Ses battements dans l’eau étaient des réflexes de survie, mais ils étaient insuffisants. Et chaque gorgée d’eau qu’il buvait avait le goût amer de la perte. Une gorgée pour les yeux noirs d’Anwen, une gorgée pour les premiers pas de leur fille, une gorgée pour la plage vide et pour le cercueil ridiculement petit. Tony hurlait maintenant, il aurait voulu crier leurs noms mais c’étaient des borborygmes de douleur affreuse qui sortaient de sa bouche, seulement interrompus lorsqu’il buvait la tasse, pour la recracher en hurlant.
Stiliko était totalement effrayée, la douleur de son humain était si forte qu’elle la ressentait elle aussi ; mais du moins n’avait-elle que la tristesse de voir son autre elle-même souffrir, et assez de sang-froid pour continuer de nager comme il lui était naturel. Sa petite tête restée à peu près froide, elle parvint avec peine à remorquer Anton jusqu’à la grève. Au début, surtout, ce fut difficile, parce qu’il battait encore des mains, en hurlant, ce qui ne l’aidait guère à la tâche. Mais peu à peu assommé par la tristesse, il n’eut rapidement plus la force ni de bouger, ni de hurler. Il avait les yeux ouverts, mais il était totalement inerte, il avait même cessé de pleurer lorsque Stiliko le hissa sur le bord du lac. Son daemon n’avait réussi qu’à le remonter à moitié sur la plage, et elle dut pousser de toutes ses forces, le faire rouler dans tous les sens pour que son corps ne soit plus du tout dans l’eau. Elle avait bien remarqué que c’était le lac lui-même qui semblait faire cet effet monstrueux à son Anton ; aussi mit-elle un point d’honneur à le mettre totalement hors de l’eau, dût-il avoir pour cela du sable plein le nez et la bouche.
Elle ne réussit en effet qu’à le mettre à plat ventre, sa tête sur le côté, ses bras devant lui, sur le sable ; elle était épuisée, mais trouva encore moyen de déchirer du bout des dents un morceau de la chemise d’Anton pour lui essuyer la joue, pleine de sang et de sable. Elle tâchait ainsi de le réconforter par des soins maternels. Il allait déjà mieux, il s’était remis à pleurer en silence. Stiliko l’entoura lui frictionna les bras, entoura son cou de ses pattes humides, dégagea une mèche de cheveux humide du front de Tony. Il restait immobile, sans force ; mais au bout d’un certain temps, pourtant, il esquissa un sourire et, d’une voix éteinte, murmura :
« Brume de l’Oubli, mon cul... » |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


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 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Mar 29 Avr - 11:34 | |
| « Pour oublier, il faut se souvenir… » répondit une voix féminine derrière Anton et son daemon.
La jeune femme qui était apparue était une grande blonde, aux cheveux très longs et mouillés, à la peau très claire, aux yeux très verts et portant une robe blanche très simple qui retombait jusqu’à ses pieds. Elle avança jusqu’à Anton et lui tendit sa main pour l’aider à se relever. En se saisissant de sa main, il se rendrait compte qu’elle avait une poigne qui n’avait rien à voir avec sa corpulence, mais qu’elle était aussi emprunte d’une douceur étonnante. Elle fit apparaître une serviette et la tendit à Anton pour qu’il puisse se sécher et attendit patiemment qu’il ait reprit ses esprits, une expression indéchiffrable sur le visage. Elle était belle, vraiment, même s’il y avait quelque chose d’étrange dans son physique, un mélange de traits presque trop fins et de certains éléments légèrement disproportionnés comme ses yeux qui étaient bien trop grands.
« Que faites-vous ici ? » demanda-t-elle de sa voix douce, l’air réellement curieuse.
Se rendrait-il compte de ce qu'il avait devant lui ou se laisserait-il perturber par la Brume et son ambiance étrange, au risque de laisser son instinct et son expérience de côté ? _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
|  | | Anton Almeida Menuisier


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 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Jeu 1 Mai - 0:41 | |
| Anton mit encore plusieurs secondes à comprendre ce qui se passait, où il était, qui lui parlait. Il prit la main qu'on lui tendait, la serviette qu'on lui offrait, Il était faible encore, la joue en sang malgré les efforts de Stiliko, du sable jusque dans les cheveux et les narines, dont il ôtait ce qu'il pouvait avec des gestes encore assez lents. a ce petit jeu la serviette perdit rapidement de sa fraîcheur, mais évidemment ce n'était exactement ce dont l'Argentin et son daemon se souciaient le plus en cet instant. Et malgré la nonchalance apparente de leurs gestes -le castor, lui aussi, en profitait pour faire un brin de toilette-, évidemment ils étaient préoccupés.
Anton venait d'enregistrer la phrase prononcée par cette créature qui, par de nombreux points, rappelait les femmes-phoques. Ces traits particuliers, la blondeur de ses cheveux... Il commençait à se demander quelle genre de farce on était en train de lui jouer. Si la voix n'avait pas été douce, il se serait sans doute énervé. Mais la femme était aimable, et Anton bien élevé ; en outre, il tenait à mettre les choses au clair, et pour ce faire les éclats de voix n'étaient pas ce qu'il y a de plus efficace.
"Je ne suis pas là pour oublier, si c'est là la question", répondit-il d'un ton posé, tout en poursuivant son essuyage, et en évitant de trop attarder ses regards sur une créature qui semblait dépêchée là exprès pour conserver sa plaie aussi béante que possible.
"Je ne cherche pas à fuir mon passé ni quoi que ce soit du genre" ; il fut tenté d'ajouter que ce n'était donc pas la peine de lui apporter une femme-phoque, mais, une nouvelle fois, se contint, conserva son calme.
"La curiosité m'a mené ici ; j'aime les lieux chargés en magie. Si j'ai profané un lieu sacré, ce fut involontaire et j'vous prie de m'en excuser", fit-il dans l'anglais très articulé et avec le fort accent hispanique qui étaient les siens.
C'était la première explication qui lui venait à l'esprit, après les mésaventures qui lui étaient arrivées ; bien qu'il ne fût pas croyant, il avait toujours respecté les conventions, religieuses notamment, qui réglaient la vie des peuples qu'il avait rencontrés de par le monde. Mais cet endroit ne ressemblait à aucun de ceux qu'il avait vus. Il n'était, pour ce qu'il en avait vu, guère hospitalier ; non seulement il était dangereux, mais il semblait y avoir un certain sadisme dans la façon dont les événements s'étaient enchaînés, dont l'eau du lac avait forcé ses pensées à suivre une ligne particulière. Il y avait franchement de quoi perdre le sens de l'humour.
Anton jugea qu'ayant répondu honnêtement aux questions qui lui étaient posées, il pouvait à son tour légitimement demander à la femme quelques éclaircissements.
"Où sommes-nous ?" demanda-t-il laconiquement. Son daemon s'était rapproché de lui, et observait la selkie d'un oeil méfiant. Elle non plus ne voyait pas l'intérêt de remuer le couteau dans la plaie en ménageant à son Tonino ce genre d'apparitions. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


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 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Jeu 8 Mai - 13:45 | |
| La femme ne réagit pas aux paroles d’Anton, ou du moins pas à l’oral, elle se contentait de garder un air compatissant en le regardant, l’air de comprendre et d’accepter ce qu’il expliquait, mais elle ne répondit pas. Elle attendit qu’il lui pose une question pour le faire, de sa voix douce :
« Nous sommes dans la Brume. » l’évidence de la réponse ne semblait pas lui poser de problème, mais la façon dont elle avait dit ces mots semblait prouver que la Brume avait une majuscule et était quelque chose de particulier, quelque chose que peu de gens connaissaient mais qu’on ne pouvait confondre avec rien d’autre. « Elle protège Sywhaîd, la Noble Lande, un lieu de refuge pour toute personne perdue. C’est le lieu chargé en magie qui vous attire je pense. C’est là que vous pourrez étancher votre curiosité. Mais pour cela, il faut que vous réussissiez à traverser la Brume, ce qui n’est pas facile, vous avez déjà pu vous en rendre compte. »
Elle sourit d’un air doux, comme si elle voulait atténuer un peu ses dernières paroles qui auraient presque pu être menaçantes si la femme-phoque n’avait pas eu l’air aussi calme, douce et compatissante.
« L’épreuve précédente a été dure, vous pouvez donc vous reposer un peu… Pendant ce temps, j’aimerais que vous me parliez. Racontez moi une histoire… Une histoire vraie. »
Avec grâce, elle s’assit sur une souche d’arbre et attendit, avec l’air d’un enfant qui attend une histoire justement. _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
|  | | Anton Almeida Menuisier


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 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Lun 12 Mai - 9:19 | |
| Anton murmura pour lui même les deux mots, "la Brume" ; il était évident dans la bouche de la jeune femme que ce n'était pas une brume ordinaire, mais en toute sincérité, il n'avait pas besoin qu'on le lui précise ; et il était plutôt quelqu'un d'oral, aussi les subtilités telles que les majuscules ne le souciaient-elles pas vraiment. La Noble Lande, en revanche, ça avait l'air, effectivement... intéressant. Stiliko s'était redressée, comme aux aguets, manifestant ainsi sa curiosité effective comme celle de son maître. traverser la Brume, des épreuves... Anton et son daemon échangèrent un coup d'œil, semblant s'échanger la même question :
Est-ce que ça valait le coup ? Mais ils avaient la même réponse : s'ils avaient effectivement passé déjà une épreuve difficile, ils pouvaient bien continuer, cette histoire était tout de même titillante. Si vraiment cette Brume dépassait les bornes, ils aviseraient ; voilà ce qu'ils se disaient tout en étant persuadés qu'ils finiraient sans doute par se prendre au jeu, si pénible fût-il. Mais pour l'instant, la selkie ne demandait rien de bien méchant, juste une histoire... En la voyant assise sur sa souche, l'air d'un enfant attentif fixé sur son doux visage, Anton laissa échapper un petit rire attendri. Une histoire, hein ? Soit...
Pensivement, l'Argentin réfléchit un instant à ce qu'il pourrait bien raconter ; sans doute cela serait-il très révélateur aux yeux de son interlocutrice, c'était une épreuve, après tout. Oh, en général Anton ne se faisait pas prier, loin de là, pour raconter des anecdotes ; il avait voyagé, il n'en manquait pas. Mais il estimait s'être déjà tellement dévoilé au cours de son bain forcé qu'il éprouvait une vague pudeur, sentiment qui ne lui était ordinairement pas familier. Mais ses interlocuteurs habituels n'avaient d'autre souci que de se distraire, alors que celle d'en face pouvait clairement lui infliger des choses pas très agréables, si l'histoire ne lui plaisait pas.
Et pourtant Tony n'était pas du genre à se laisser impressionner, au contraire ; ça aurait plutôt eu tendance à le pousser exprès à raconter quelque chose de totalement dénué d'intérêt. Mais ç'aurait encore été une façon de trop se dévoiler à son goût, sans doute. Finalement, il esquissa un nouveau sourire et prit enfin la parole : assez posé de questions, autant se lancer à raconter ce qu'il avait envie de raconter.
"On était en Norvège, avec deux potes à moi ; sur un petit archipel magique, pas très loin des pôles ; y f'sait une nuit noire, y'avait pas un chat dans l'bled ; on éait v'nus là voir les aurores boréales, mais bon, en l'occurrence on était au pub du coin, comme souvent d'ailleurs. Bref. C'était plutôt bizarre et marrant, on sortait d'trois mois au groënland avec une tribu d'non sorciers, on arrive dans c'te pub où tout le monde se trimballe en T-shirt et boit des cocktails au chocolat...
On avait bu bien pire, à c'niveau là ; on s'était à peine installés qu'une fille est arrivée, et s'est incrustée. Le genre... petite fashionista, très mignonne, très sapée, en p'tite robe jaune rétro, enfin le genre de rencontres assez fun. Au début j'dois dire qu'on a pensé qu'les putes du coin étaient plutôt classes. Elle nous a baratiné qu'elle était écrivain, et on a fini par la croire. J'crois qu'ça a duré... dur à dire, aucun d'nous n'avait d'montre mais on s'est bien marrés. On était complètement cuits, les cocktails étaient traîtres, même pour des grosses baraques aguerries dans not' genre. C'que j'sais c'est qu'on a fini au milieu du désert, enfin l'désert de glace, dans les plaines gelées ; on avait pris deux traîneaux, moi et Hugo, Esteban et Charlie, la fille donc. On a probablement passé la nuit là, enfin l'équivalent d'une nuit, quoi. C'était... plutôt sympa. Un très bon souvenir.
Même si après on n'a plus été que deux à poursuivre notre voyage."
Anton sourit une nouvelle fois ; il repensa à Hugo, reparti seul après qu'à son tour il fut resté sur son île avec sa belle. Il repensa à Esteban et Charlotte, le couple le plus improbable et le plus adorable qu'on puisse imaginer. Après les épreuves subies, il était content d'avoir eu l'occasion de se remémorer un si bon souvenir, et son sourire à la selkie était teinté de gratitude.
"Est-ce que je vais avoir droit à une histoire, maintenant ?" demanda-t-il d'un ton joyeux. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


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 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Sam 17 Mai - 16:00 | |
| « Peut-être plus tard… » répondit rêveusement la femme.
Elle avait l’air d’avoir apprécié l’histoire. Elle resta quelques secondes silencieuse, comme si elle méditait les paroles d’Anton. Elle finit par sourire doucement et par demander :
« Pourquoi avez-vous autant voyagé ? Et pourquoi avoir recommencé votre périple après avoir fait une pause ? »
Elle avait posé ces deux questions doucement mais une sorte d’autorité semblait percer derrière. Elle posait des questions intimes mais s’attendait à avoir des réponses, comme si Anton ne pouvait pas le refuser. Après tout, il avait accepté de continuer la Quête, et donc il n’avait aucune raison de ne pas se plier aux exigences de la jeune femme. _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
|  | | Anton Almeida Menuisier


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 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Dim 18 Mai - 8:19 | |
| Anton observait la jeune fille, tandis qu'elle réfléchissait ; il était curieux de savoir ce à quoi elle pensait, mais pas du genre pour autant à se le demander avec angoisse. Il n'avait aucun mal à rester naturel, "épreuve" ou pas. L'effet du lac s'était estompé, maintenant, et seule Stiliko restait un peu sur la défensive, ses yeux revenant toujours aux détails qui, chez la jeune femme, rappelaient la selkie. Et voilà ! On y était ! Fallait-il encore une fois revenir à cette nuit fameuse ? Le castor jeta un coup d'œil désapprobateur à son maître, comme pour l'intimider : il n'allait tout de même pas se prêter à ce petit jeu une nouvelle fois ?
Mais Tony répondit par un sourire, à Stiliko, puis à la selkie ; oh, il n'avait pas non plus spécialement l'intention de s'étendre sur le sujet, moins par pudeur que parce qu'il estimait cela inutile : la Brume connaissait sa vie, sinon pourquoi lui aurait-elle envoyé cette fille aux yeux trop grands ? Lui n'aimait pas l'hypocrisie, et estimait inutile de se répéter. Pour autant, il savait désormais qu'effectivement, le risque de souffrir dan cette épreuve était bien réel, et il ne tenait pas à le prendre juste parce qu'il aurait répondu de façon trop agressive à son interlocutrice. Ça ne valait pas la peine de s'énerver, il avait coutume de penser qu'il vivait simplement sa vie comme elle lui venait, sans regrets.
"J'ai poursuivi mon voyage parce qu'il était épanouissant, et que rien ne me poussait à l'interrompre ; et quand quelque chose m'y a poussé, je l'ai arrêté ; je ne m'étais jamais juré d'aller où que ce soit, on ne s'était rien promis. Quand ma fille et ma femme sont parties", ajouta-t-il sans que sa voix tremble, "je n'avais plus de raison de rester, l'ambiance au clan dégénérait, alors je suis reparti. Mais je n'ai pas vraiment repris mon voyage. Je ne réfléchis pas vraiment aux raisons qui me poussent à aller ici ou là, si c'était le cas je serais probablement encore en Argentine. Ça ne me pose pas de problème de partir ou de m'arrêter, les deux me conviennent... J'ai toujours eu un peu, comment dit-on ? La bougeotte ? Mais je ne fuis pas, si c'est ça le sens de la question."
C'était la première fois qu'il "s'expliquait" sur les motivations de son voyage, qu'il parlait de sa fille, aussi. Mais il le faisait avec calme : sa baignade forcée l'avait suffisamment fait souffrir, mais maintenant il retrouvait son self-control habituel. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


Nombre de messages: 1292 Date d'inscription: 27/06/2007
 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Jeu 22 Mai - 11:14 | |
| La jeune femme sourit et hocha de la tête, comme pour dire qu’elle comprenait, ou qu’elle savait, les deux sens étaient tout à fait possibles. Cependant, elle sembla étonnée, ou plutôt, elle eut l’air de quelqu’un qui ne comprenait pas vraiment quelque chose et qui s’en souciait. Comme si elle était tombée sur un os et qu’elle essayait de comprendre, mais qu’elle n’y arrivait pas. Elle n’avait pas l’air non plus très préoccupée, cet os devait être petit, un détail, mais qui était quand même assez perturbant pour qu’elle n’arrive pas à laisser ça de côté.
« Pourquoi toujours chercher des sens cachés à mes questions ? » demanda-t-elle finalement, en fronçant ses fins sourcils mais sans avoir l’air énervée ou vexée, seulement soucieuse de comprendre. « Ca fait deux fois que tu » elle tutoyait parce qu’elle s’adressait à Anton et non au duo daemon/humain comme elle le faisait depuis le début. « réponds à une question que je n’ai pas formulée, et les deux fois elles semblaient être plus des accusations que des questions. As-tu peur qu’on comprenne de travers tes objectifs ou est-ce le jugement qui pourrait découler d’un tel quiproquo qui te pose problème ? Explique-moi d’où viens cette appréhension, je veux la comprendre… »
Elle avait de nouveau dit ça doucement mais elle semblait vraiment intéressée, comme si soudain ça avait été la chose la plus importante à comprendre dans cette Quête. Il semblait que la Quête était à un tournant décisif, peut-être le plus décisif depuis le début. _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
|  | | Anton Almeida Menuisier


Nombre de messages: 111 Age: 36 Date d'inscription: 19/04/2008
 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Mar 3 Juin - 19:13 | |
| La question laissa Anton songeur ; il n'était pas le genre de personne à faire forcément très attention à ce qu'il disait et ne s'était pas aperçu que, par deux fois, il avait effectivement anticipé une question. Cela le fit sourire.
"Je dois avoir l'air horriblement méfiant, c'est vrai... Ca doit être un effet de la baignade, ou peut-être un peu de stress... Tu sais, je n'ai pas l'habitude de ce genre de choses, de réfléchir sur ma vie... Je ne suis pas du genre à regarder vers l'arrière, à réfléchir sur moi, à faire des bilans ; alors j'ai du mal à me rendre compte de...ce dont j'ai l'air. Ce dont ma vie a l'air, plutôt."
Anton adressa à la jeune femme un sourire en guise d'excuse.
"Mais tu ressembles à une selkie, et je ne sais toujours pas pourquoi, de même que je ne sais pas pourquoi j'ai atterri dans ce lac, ni ce que tu voudrais savoir de moi, ce qui te ferait dire que j'ai ma place dans ce village".
Il s'interrompit encore quelques instants ; il disait vrai quand il affirmait ne pas avoir l'habitude de faire dans l'introspection ; ça lui demandait pas mal de réflexion.
"Les gens que j'ai l'habitude de côtoyer sont plutôt du genre directs, on pose peu de questions, mais quand on a quelque chose à demander, on le fait naturellement...
Depuis que je suis entré dans ce brouillard les choses sont... Enfin, je ne sais pas ce que tu cherches, ce que tu penses... Je ne dirais pas que ça m'angoisse, simplement que je n'ai pas l'habitude. Je préfère que les choses soient claires, plutôt qu'on tourne autour du pot."
"Enfin, c'est toi le boss", précisa la voix fluette de Stiliko en guise de conclusion, approuvée par Anton d'un hochement de tête. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


Nombre de messages: 1292 Date d'inscription: 27/06/2007
 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Sam 7 Juin - 10:08 | |
| La jeune femme inclina la tête de côté, avec un sourire légèrement amusé mais pas moqueur, du moins pas dans un sens désagréable.
« J’ai répondu aux questions que tu as posées. Pourquoi ne pas avoir posé celles qui te tracassaient le plus ? »
Elle avait demandé ça avec un air curieux, mais sans qu’il semble y avoir de gros enjeu dans cette question pour cette fois, comme s’ils étaient soudain retournés à une conversation plus banale, plus ordinaire. Elle ne laissa d’ailleurs pas vraiment le temps à Anton de répondre, et passa tout de suite au reste de ce qu’elle avait à dire.
« Je comprends que cette situation ne soit pas la plus confortable, mais c’est par là qu’il faut passer pour entrer à Sywhaîd. Je ne peux malheureusement pas te dire ce que je cherche, du moins pas précisément. Dans l’absolu je cherche à savoir qui tu es, mais surtout qui tu penses être et en quoi Sywhaîd pourrait être bon pour toi, et en quoi tu pourrais être bon pour Sywhaîd. »
Elle sourit de nouveau, pour conclure cette petite explication, puis ajouta :
« Mais je pense que nous avons assez parlé, tu as du assez te remettre de tes premières émotions, et il est temps de passer à des choses plus… concrètes. »
Elle fit claquer ses doigts et soudain une sorte d’arcade apparut à quelques pas de là. Elle fit signe à Anton de passer dessous, derrière ne semblait être que la Brume, pourtant en la passant il trouverait soudain le paysage bien changé… il y aurait à affronter une tentation qui risquerait de faire de lui un des prisonniers de la Brume, un de ceux qui choisissaient eux-mêmes d’y rester.
[Pour être un peu plus claire : une fois l’arcade passée, il va se retrouver dans un endroit/avec des gens qui vont lui donner envie de rester là, un peu comme les Sirènes d’Ulysse quoi… A toi de développer comme tu veux ! Sa seule solution pour s’en sortir, c’est de repasser l’arcade dans l’autre sens, mais de son plein gré évidemment.] _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
|  | | Anton Almeida Menuisier


Nombre de messages: 111 Age: 36 Date d'inscription: 19/04/2008
 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Dim 13 Juil - 14:54 | |
| "Tony ! T'as pas honte de nous l'avoir planquée à la maison ? T'avais peur qu'on t'la vole, ta femme ?" rugit joyeusement une voix que le Tony en question connaissait bien. Liam lui envoya une bourrade amicale dans les côtes avant que le nouvel arrivé n'ait eu le temps de la voir venir. Estomaqué au propre comme au figuré, Tony répliqua par une franche claque amicale, tout en continuant de regarder autour de lui, fasciné.
Il n'avait pourtant pas la berlue, il se souvenait parfaitement avoir, quelques secondes auparavant, franchi l'arche dans la Brume... oh, pas spécialement de gaité de cœur : quand la femme de la Brume lui avait promis de nouvelles aventures du même genre que sa baignade dans le lac, il avait clairement pincé le nez. Cela valait-il le coup ? A quoi bon ? Il n'était pas maso, souhaitait-il réellement subir encore ça juste pour aller voir à quoi ressemblait un village dont il ignorait encore jusqu'à l'existence, quelques minutes auparavant ? Mais en croisant le regard de Stiliko, ils avaient silencieusement conclu tous deux que la réponse était affirmative : oui, ils voulaient voir ça.
Tony avait imaginé beaucoup de choses en passant sous l'arche. Mais pas qu'il se retrouverait à passer la porte de son pub préféré, pour y retrouver ses meilleurs amis festoyer joyeusement autour d'invités surprises. Stiliko trottinait derrière lui avec méfiance, mais lui se laissa mener par Liam jusqu'au centre du groupe. Avant même de l'apercevoir, il savait qu'elle était là ; elle seule pouvait être prétexte à tant de joie et d'harmonie festive. Sa femme, sa bien-aimée, sa chère et tendre, lui souriait l'air de rien, entourée par deux Dublinois jouant aux jolis cœurs.
Sans réfléchir, comme enivré par un trop-plein de sang qui lui était monté au cerveau, Anton prit sa femme dans ses bras et l'embrassa, enfouissant son visage dans le cou de la selkie, sous les rires égrillards de la joyeuse compagnie. Il finit par émerger, rayonnant, tandis que ses voisins lui faisaient une place dans le cercle et lui servaient une pinte d'ale généreuse. Le bras toujours serré autour de la taille de sa femme, il trinqua et prit part à la conversation, ou plutôt à la salve de plaisanteries plus ou moins correctes qui tenait lieu, précisément, de conversation. Les choses étaient totalement naturelles ; il s'était toujours montré évasif au sujet de sa femme, mais à voir l'assemblée ainsi réunie, on aurait dit que les choses avaient toujours été ainsi. Ils avaient beau ressembler pour la plupart à de solides armoires de chêne, les drôles avaient cette sorte de pudeur et de délicatesse qui rendait les choses merveilleusement faciles, évidentes.
L'alcool coula, les plaisanteries fusèrent, tous les sujet de conversation y passèrent ; à travers les vitres sales du pub, le soleil avait décliné depuis déjà un certain temps ; on avait sorti deux cornemuses, et les braillards avinés entonnaient des chants difficilement identifiables. Tony en profita pour emmener sa femme à l'extérieur du pub, juste à côté de l'entrée. Ainsi, ils pourraient discuter en entendant ce que l'autre disait - ce n'était pas forcément le genre de conversation le plus usité dans le pub, une fois les cornemuses sorties. Mais pour l'heure, ils avaient autre chose à faire que discuter. Tony n'était pas un joli cœur ni une fleur bleue, sa femme ne l'était pas davantage ; mais ils goûtèrent avec ivresse les baisers dont ils étaient restés trop longtemps privés l'un et l'autre. Ils restèrent un certain temps silencieux, accoudés au rebord de la fenêtre du pub, bercés par les cris du pub et le ballet des lumières de la rue. Stiliko, restée en retrait tout ce temps, somnolait à présent aux pieds de Tony. Cela faisait quelques minutes que la paix du silence s'était estompée, et qu'une forme de malaise s'était installée ; les effets de l'alcool se dissipait, l'euphorie des retrouvailles ne suffisait plus à couvrir certaine petite voix qui murmurait ses doutes.
Tout cela était trop beau, bien sûr, pour être vrai ; jamais sa femme ne viendrait avec lui dans un pub, jamais il ne la retrouverait simplement en passant sous une arche, comme si de rien n'était. Pourtant, quand il baissait les yeux vers ce profil adouci par les lumières sourdes du pub et des lampadaires, Tony n'en avait rien à faire. Ca pouvait bien être faux, qu'importait, après tout, s'il pouvait être heureux, pour une fois. Vraiment, totalement, sans avoir besoin de jouer les flegmatiques. Sa femme tourna les yeux vers lui, et lui sourit. Clairement, ne se fichait-il pas que tout cela ne fût qu'illusion ? L'émotion, elle, ne l'était pas. Sa femme, il pouvait la toucher, l'embrasser, la sentir frissonner dans l'humidité de la nuit, respirer son émotion à elle aussi. Elle était bien plus vraie que le souvenir d'elle dont il avait dû jusque là se contenter.
Et pourtant, il allait mettre un terme à cela, volontairement, et elle le savait bien déjà, même si elle continuait d'arborer, en apparence, un sourire paisible : elle le connaissait trop bien. Il approcha une nouvelle fois son visage, l'embrassa dans le cou, respira l'odeur de sa peau pour en conserver le souvenir. Il sentait qu'elle était triste, mais il ne pouvait pas aller contre sa nature. Et bien qu'il lui en coutât doublement, à cause de la peine qu'il leur faisait à tous les deux, elle et lui-même, il murmura :
"Maintenant... dis-moi ce que c'est que cet endroit..."
Elle soupira, mais ne se départit pas tout de suite de son sourire. Au lieu de quoi, elle suggéra qu'il fassent un petit tour, ce que Tony approuva, d'autant plus que les chants du pub commençaient réellement à ne plus être très appropriés à la situation. Tony prit Stiliko dans ses bras, et sa femme par la main.
En chemin, elle lui expliqua la situation : oui, bien sûr, tout cela n'était qu'illusion ; mais à moitié, seulement. Disons que c'était plus ou moins comme un univers, au sens où, s'il le souhaitait, ils pourraient vivre des années ici, avoir des enfants, vieillir ; ils vivraient au cœur de la Brume , mais pour eux ce serait Dublin. Les seules frontières qu'ils auraient à subir seraient celles de leur imagination ; ils pourraient même, s'ils le souhaitaient, terminer ensemble le tour du monde qu'avait interrompu Tony. Mais, bien sûr, tout cela serait toujours pour de faux.
La selkie avait eu un peu de mal à terminer ses explications, parce qu'ils pleuraient tous les deux, serrant leurs mains à les broyer. Elle n'ajouta rien de plus, ne précisa pas qu'elle voulait qu'il reste, il le savait et n'ignorait pourtant pas que cela ne servirait à rien. Lui aussi voulait rester, bien sûr ; il voulait la garder auprès d'elle, mais il n'aurait simplement pas pu ; ça resterait un fantasme. D'ailleurs, sa femme l'avait menée près d'une arche très semblable à celle qu'il avait précédemment traversée, quelques heures auparavant. Il pleura de plus belle. Il la prit dans ses bras à l'en étouffer, se dirigea vers l'arche avant de faire demi-tour. Il se serait défini comme quelqu'un de courageux, et même d'assez solide psychologiquement. Mais qui aurait supporté pareille épreuve avec un détachement parfait ?
Quand enfin il traversa l'arche, il se traitait intérieurement de tous les noms : il était un abruti doublé d'un connard de première. Mais sitôt l'arche passée, il se sentit déjà mieux. Il était beaucoup plus facile d'avoir en face de soi un mur de brume que les larmes de sa bien-aimée. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


Nombre de messages: 1292 Date d'inscription: 27/06/2007
 | Sujet: Re: Quête de Tony Almeida Jeu 17 Juil - 12:47 | |
| Le mur de Brume s’ouvrit juste assez pour laisser voir un chemin à Anton. Cette fois, pas de piège, il allait pouvoir entrer. La jeune femme qui l’avait accompagné durant toute sa Quête était d’ailleurs là pour le rassurer. Derrière lui, sa voix retentit, douce et joyeuse, aussi légère qu’une brise d’été.
« Je suis heureuse de ne pas te compter parmi les prisonniers de la Brume… Peut-être que tu le regrettas un jour, c’était un beau cadeau qu’elle te faisait, mais le vrai monde est un cadeau encore plus beau. »
Elle sourit puis désigna le chemin.
« Il te mènera à Sywhaîd… Bonne chance là-bas ! »
Et sans plus de salamaleks, elle disparut, se mêlant gracieusement à la Brume. En suivant ce chemin, Anton arriverait dans un endroit plutôt reculé de la Forêt… Il y rencontrerait d’autres nouveaux venus, la Brume avait été plutôt occupée ces dernières heures…
[Bravo et bon jeu !] _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
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