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 Daffodil Lament

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Logan Raines
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MessageSujet: Daffodil Lament   Sam 9 Fév - 18:23

Des jonquilles fraîchement cueillies serpentant le long des couloirs, descendant les escaliers et allant jusqu’au toit n’était pas vraiment quelque chose de courant à Sywhaîd. Surtout pas à la fin de l’hiver, au moment où aucune jonquille n’avait encore percé la terre. Aucune ? Faux ! Erreur ! Il y avait bien des jonquilles qui avaient poussé et éclos quelques jours plus tôt, grâce à une certaine Rozen Vanloo et à son cours sur les semis en terre hivernale. Pourquoi faire pousser des jonquilles ? Logan avait forcément une raison d’avoir choisi cette plante. La raison était simple, la jonquille était la fleur préférée d’une certaine Veronica. Et aujourd’hui était un jour très particulier pour Veronica et Logan. Aujourd’hui, on était exactement dix jours après la St Valentin. Et ce jour était le jour que Logan et Veronica avaient choisi pour fêter leur propre St Valentin.

Quand ils sortaient ensemble durant leur dernière année d’High School, ils avaient en effet trouvé le moyen de rompre pendant quinze jours et de se remettre ensemble une semaine après la St Valentin. Logan était déjà un grand romantique, il l’avait toujours été, mais la St Valentin avait un côté un peu trop commercial pour lui. Il avait décidé de surprendre Veronica et de lui organiser une journée de folie dix jours après la St Valentin pour ce qu’il avait bâptisé the Loganica’s Day. Pour un couple qui passait son temps à rompre et à se remettre ensemble, c’était quelque part bien plus pratique de n’avoir qu’un seul anniversaire, non ? Et bien Logan ce jour là avait décidé que le 24 février serait leur anniversaire. Depuis, ils n’avaient jamais fêté autre chose que cet anniversaire là. Oh bien sûr, Logan faisait parfois passer des journées très chouette à Veronica, lui faisait des surprises ou lui offrait des cadeaux. Mais ça ne changeait rien au fait que leur seul anniversaire de couple officiel était ce jour là.

Durant les années où ils n’avaient plus habité dans les mêmes lieux, Logan avait toujours eu du mal à vivre ce jour. En général, il passait le 24 février à se lamenter, couché, ou à boire. Cette fois, Ronnie était dans les parages et son moral n’était pas au beau fixe, il avait donc décidé de lui faire une surprise, comme à la bonne vieille époque. Bien sûr, ils n’étaient plus ensemble, mais ils avaient toujours une relation, même si elle semblait plus compliquée que jamais, ils pouvaient donc fêter leur anniversaire en toute légitimité !

C’est comme ça que, après avoir vérifié que Ronnie était bien dans sa chambre, il disposa les fleurs tout le long du chemin qui menait de la chambre de son ex au toit. Il était dix-neuf heure quand il eut fini de tout installer et d’un coup de baguette il fit frapper à la porte de Ronnie. Il l’attendait sur le toit mais il aurait donné cher pour voir la tête de Ronnie en voyant une sorte de chemin de jonquilles. Il lui semblait n’avoir jamais fait aussi fort que ça ! En haut, sur le toit, au bout du chemin, se trouvait une table, sur laquelle reposait un gros vase rempli de jonquilles, un saut avec du champagne (et des glaçons), deux assiettes recouvertes d’un couvercle en métal qui tenait la nourriture au chaud (le plat que Ronnie préférait était à l’intérieur, préparé par Logan). A côté de la table, un peu nerveux, idiotement nerveux, se trouvait Logan. Il portait un jean noir, une chemise pourpre très foncée et une veste de costard noir. Ca lui allait à ravir, il était très classe… Et se demandait ce qu’il pouvait bien faire là. Il tendait le bâton pour se faire battre. La dernière journée qu’ils avaient passée ensemble, il avait refusé les avances de Veronica, de quoi la fuir un bon moment… Mais comment aurait-il pu oublier the loganica’s day ?



[Ronniiiieeeeee ???]

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Veronica Raines
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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Sam 9 Fév - 19:09

[Je suis mais... faaaaaaaaaaaaaaaaaan!! J'adoooooooooore!!!!!!!!!!!!!!!!!! XD]

Totalement inconsciente de ce qui se jouait derrière sa porte close, Veronica écrivait une lettre à son père. Elle en était déjà à sa quatrième page recto-verso et n’était pas tout à fait près d’avoir fini. Il faut dire aussi que les coups de blues l’inspiraient souvent beaucoup. Elle ne racontait pas son blues à son père, non, mais elle trouvait sans cesse de nouvelles anecdotes à coucher sur le papier, comme si son esprit cherchait tous les moyens possibles pour ne pas penser à l’objet de son coup de blues, précisément. Coup de blues qui avait pour origine le calendrier posé sur son bureau. On était le 24 février. Quand elle s’en était rendue compte, la déprime lui était tombée dessus d’un coup, comme une enclume, comme tous les ans depuis qu’elle n’était plus avec Logan. C’était toujours pareil. A Norsken, elle avait même déchiré quatorze brouillons d’une lettre qu’elle avait voulu lui envoyer avant que Rohé ne la convainque de s’abstenir. Le 24 février. Loganica’s day. Après avoir vu la date, elle avait sorti de son armoire l’album dans lequel elle conservait toutes leurs photos et s’était arrêtée sur celle qui datait de leur deuxième Loganica’s day. Première année de fac, après l’histoire avec Lily, ils souriaient à l’appareil, l’air heureux et amoureux.

Ce genre d’idées, c’était exactement pour ça qu’elle était folle de lui. Il faut dire aussi qu’il n’y avait qu’eux pour s’engueuler la veille de la Saint Valentin, après seulement un peu plus de trois mois de relation. Et, comme Logan était parti skier, ils ne s’étaient pas parlés pendant une semaine. Ils s’étaient évidemment réconciliés peu après son retour et c’était là qu’il avait eu l’idée d’un anniversaire décalé. Qu’importe si leur premier baiser avait eu lieu à Halloween, leur jour c’était le 24 février. Et ça l’était resté, plusieurs ruptures et rabibochages plus tard, ils marquaient toujours le coup ce jour là, jamais à Halloween. Les trois ans qu’ils avaient passé loin l’un de l’autre avaient mis la tradition à rude épreuve, l’avaient tuée d’après Veronica qui avait effectivement passé trois 24 février d’affilée à déprimer seule dans sa chambre, comme si elle tentait d’instaurer un nouveau rituel. Et maintenant quatre.

Rohé, perché sur la branche d’arbre qui frôlait la fenêtre ouverte de sa moitié se lissait les plumes en lui jetant parfois un regard compatissant et un peu désabusé. C’était le seul jour de l’année où il ne se permettait pas le moindre commentaire vis-à-vis de Logan ou des réactions de Ronnie à son égard et ça n’allait pas changer maintenant même si le comportement de sa moitié l’exaspérait au plus haut point. Elle avait passé la journée cloîtrée dans sa chambre, pour ne surtout pas risquer de tomber sur Logan et échanger des regards gênés ou, pire, se rendre compte qu’il ne réagissait pas. Alors elle s’occupait de correspondance. Elle avait écrit à Chris et maintenant c’était au tour de son père. Elle ne pensait qu’à ce qu’elle écrivait et Rohé se lissait les plumes en silence.

Ronnie releva la tête en entendant qu’on frappait à la porte. Haussant un sourcil intrigué, elle posa délicatement sa plume et repoussa la missive entamée avant de se lever et d’aller ouvrir. Il n’y avait personne et ainsi, il n’y eut nul témoin d’un spectacle pour le moins rare : Veronica se mit à pleurer. Ce qui était, en soi, étrange et peu courant venant d’elle. Mais là, les larmes se mirent brusquement à couler le long de ses joues avant d’aller se perdre dans son sourire. Car elle souriait aussi. Un sourire d’un éclat si rayonnant qu’il ne pouvait être calculé, comme l’étaient d’habitude ses expressions. Oscillant entre le rire et les pleurs, Veronica regardait le chemin de jonquilles qui allait se perdre dans les escaliers.

Choisissant finalement le rire, elle rentra dans sa chambre, se passa rapidement le visage sous l’eau et jeta sa robe de chambre en pilou sur le lit. Elle ôta frénétiquement son pyjama et se changea à toute vitesse. Des sous-vêtements en soie bleue marine, une jolie robe toute simple, à manches longues, lui arrivant à mi-cuisse, bleue électrique, la couleur qui lui allait le mieux, des collants noirs, ses bottes noires. Un coup d’anticerne, un peu de blush, un trait d’eye-liner, un soupçon de rouge à lèvres. Refusant toute attention aux pensées réprobatrices de Rohé, elle passa ensuite une brosse dans ses mèches blondes qui lui arrivaient maintenant aux épaules et arrangea rapidement sa frange. Tout cela ne lui prit guère que cinq minutes, un record, avant qu’elle ne s’élance dans le couloir et ne s’oblige à ralentir pour suivre le chemin de fleurs.

Elle eut tout le temps de recouvrer son calme avant d’arriver au toit même si elle ne pouvait, ni ne voulait, cacher le sourire qui illuminait son visage d’ange. Elle ne savait pas comment elle devait interpréter un tel geste, une telle attention, alors qu’il l’avait violemment rejetée la dernière fois qu’elle était venue lui parler, mais elle décida de ne pas y penser pour l’instant. Elle allait juste profiter de…

En débouchant sur le toit, elle marqua un temps d’arrêt, le temps d’embrasser la scène du regard, tandis que sa respiration se faisait brusquement plus courte. Rohé, qui l’avait suivie de l’extérieur du bâtiment vint se poser sur une cheminée mais elle ne lui accorda pas la moindre attention. Elle sourit à un Logan particulièrement beau, sans dissimuler son sourire et sans chercher à calmer les battements affolés de son cœur. Elle resta un instant immobile puis s’approcha de Logan d’un pas lent et mesuré avant de s’arrêter à quelques centimètres de lui. Elle fit un geste signifiant qu’elle ne trouvait pas ses mots avant de passer ses bras autour de son cou et de poser la tête sur sa poitrine. Ce que Logan avait sous les yeux était une situation tout à fait inédite : Veronica ne jouait pas. Pas le moins du monde. Elle était spontanée, entièrement. Elle ne cachait rien. Ni sa joie débordante, ni le rythme frénétique des battements de son cœur, ni la tendresse dans son regard. Elle se détacha de lui et, après avoir déposé un léger baiser sur sa joue, les mains toujours nouées derrière sa nuque, elle planta son regard bleu brillant dans les yeux sombres de l’homme qu’elle aimait encore, que cela lui plaise ou non.

- Merci… souffla-t-elle simplement.

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Logan Raines
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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Sam 9 Fév - 19:38

[Contente que ça te plaise XD]

Logan n’attendit pas longtemps avant que Ronnie n’apparaisse, bien moins longtemps qu’il l’avait imaginé la connaissant. Quand elle ouvrit la porte et qu’il put la voir, il s’arrêta de respirer pendant quelques secondes, mimant un « O » estomaqué. Très vite, un sourire vint remplacé son air d’ahuri, un sourire chaleureux et un peu surpris aussi. Il n’était même pas sûr que Ronnie viendrait, alors la voir arriver aussi belle et aussi… Reconnaissante. Il ne réagit pas vraiment quand elle vint vers lui et se blottit contre lui, c’était une situation tellement inédite qu’il en resta de nouveau baba quelques secondes. Oui, Ronnie avait déjà été dans ses bras, encore heureux puisqu’ils avaient eu quand même près de trois ans de relation, même si elle était discontinue. Toujours est-il que c’était la première fois qu’elle se blottissait contre lui avec une telle honnêteté. Logan n’était peut-être pas le plus psychologue des hommes sur terre mais il était très sensible et il connaissait assez Veronica pour savoir qu’elle ne s’était jamais laissée autant aller dans ses bras jusqu’à présent. La Ronnie qu’il connaissait ne pouvait s’empêcher de jouer la comédie, même quand elle pensait être sincère, il y avait toujours une partie d’elle qui cachait ce qu’elle était vraiment, qui surjouait même certaines fois. C’était quelque chose qui dérangeait Logan profondément, une des raisons sûrement qui faisaient qu’il n’avait jamais été aussi bon dans le rôle du petit-ami qu’il aurait voulu l’être. Il n’avait jamais réussi à avoir assez confiance en elle pour ça.

Quand elle le remercia, il sentit une boule se former dans sa gorge. Il n’allait quand même pas se mettre à pleurer, c’était trop bête ! Seulement, l’intensité de ce qui se passait était un peu trop forte pour lui. Il avait attendu tellement de temps que Veronica ait vraiment confiance en lui, qu’elle s’ouvre vraiment, qu’elle soit elle-même, qu’elle abaisse ses barrières, que maintenant qu’elle le faisait à un moment aussi inattendu il ne savait plus quoi en penser. Un peu plus et il serait parti en courant. Mais il ne voulait pas avoir de mouvement de recul, il ne voulait pas qu’elle arrête cet effort qu’elle faisait. Il se contenta donc de lui prendre le bras et de la conduire à sa chaise. Il se plaça derrière cette dernière et, dans ces gestes galants un peu éculés qui faisaient si étranges chez un surfeur californien mais qui étaient pourtant naturels chez Logan, il tira la chaise pour qu’elle puisse s’asseoir. Ensuite, il alla prendre la bouteille de champagne et d’un geste d’expert, il avait ouvert des tonnes de bouteilles de ce genre, il fit sauter le bouchons et un peu de champagne se répandit sur la nappe avant qu’il ne serve Ronnie. Il se servit ensuite, reposa la bouteille dans le saut et alla s’asseoir à son tour. C’est à ce moment là seulement qu’il réussit à se détendre assez pour prononcer ses premières paroles, sur ce ton léger et gentiment ironique qui était le sien :

« Soit tu as suivi l’entraînement des pompiers pour changer de vêtement plus vite que ton ombre, soit ta tenue de coocooning est devenue beaucoup plus sexy qu’à l’époque… En tout cas, tu es à tomber… »

Logan n’avait jamais vraiment eu de mal à faire des compliments. Il était doué pour ça, sûrement parce qu’il était attentif, il remarquait les changements, il savait toujours quoi dire pour mettre en valeur l’effort que quelqu’un avait fait. Pas étonnant qu’il fasse de si jolies photos. Avec un sourire adorable, un peu gêné parce qu’il ne savait pas trop où tout ça les mènerait mais aussi plein d’émotions à cause de l’attitude de Ronnie, et de la robe aussi bien sûr, il prit sa coupe et la tendit pour faire un toast.

« Au Loganica’s Day… Tradition qui perdure malgré les années. Puisse-t-il y en avoir encore beaucoup d’autre, même si ça doit nous rendre tous les deux complètement zinzins ! »

Il sourit de nouveau et, après avoir trinqué, but une gorgée. C’est à ce moment là qu’un petit paquet avec un gros nœud rouge apparut sur la table à côté de la main de Ronnie. L’air pas vraiment sûr qu’offrir un cadeau soit une très bonne idée, il s’était dit que ça risquait d’encore plus pousser Ronnie à s’énerver contre lui à cause de la dernière fois mais il n’avait pas pu résister, il ajouta :

« Et non, ça n’est pas un poney !… Désolé. »

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Veronica Raines
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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Sam 9 Fév - 20:45

En temps normal, Veronica aurait traîné avant de venir, se serait faite désirer, aurait été éblouissante et aurait conservé la maîtrise de ses sentiments. En temps normal, elle aurait relevé avec un sentiment de satisfaction l’expression qu’eut Logan en la voyant. En temps normal, elle ne se serait pas totalement abandonnée à son étreinte. En temps normal elle aurait remarqué et se serait réjouit du trouble de Logan. Alors il faut croire que ce 24 février n’était pas un temps normal étant donné que rien de tout ça n’arriva. Et Veronica ne se rendit pas compte de ce que son attitude avait de spécial, elle ne réalisait pas qu’elle avait fait tomber le masque, peut-être pour la première fois. Rohé, si, et il en était tellement estomaqué qu’il en oublia d’adresser des reproches silencieux à sa moitié qui put ainsi se laisser entièrement porter par le moment. Elle ne voyait pas ce que ce comportement entièrement spontané provoquait chez Logan et n’avait nullement conscience de cette spontanéité, ce qui fut précisément la raison pour laquelle elle le resta. Si elle avait tout à coup réalisé ce qui lui arrivait, nul doute qu’elle aurait immédiatement repris sa distance habituelle, ce qui n’arriva pas.

La gorge nouée elle aussi, sans savoir qu’elle partageait cela avec Logan, sans penser une seule seconde qu’il pouvait partager cela avec elle, le sourire aux lèvres, les yeux pétillant, elle se laissa guider vers la table et s’assit sagement à sa place. Silencieuse, souriant toujours, elle le regarda leur verser du champagne et se saisit de la coupe qu’il lui tendit avec un léger hochement de tête en guise de remerciement. Et, quand il la complimenta, elle pouffa doucement, fit une moue mutine qui lui donnait l’air adorable et sentit une légère rougeur colorer ses joues pâles. Une attitude nouvelle, là encore, d’ordinaire, elle acceptait les compliments crânement, comme un dû, avec reconnaissance mais sans émotion débordante. Elle releva la tête en même temps que sa coupe et croisa le regard de Logan avant de cligner rapidement des cils et de détourner légèrement le regard. Encore une nouveauté, qui passerait peut-être inaperçue celle-là. Depuis qu’elle avait recouvré la vue, Veronica mettait un point d’honneur à toujours fixer ses interlocuteurs dans les yeux mais là, elle n’osa pas, ne sachant pas très bien ce qu’elle lirait dans les prunelles de Logan et n’étant pas sûre de tenir à la découvrir. Toujours sur sa cheminée, Rohé lâcha la plume qu’il lissait dans son bec et posa un regard effaré sur sa moitié.

- To us, répondit-elle en trinquant avec lui, un sourire adorable aux lèvres et deux fossettes aux joues. Fucked up us, ajouta-t-elle à mi-voix, le nez déjà plongé dans le breuvage ambré et pétillant.

Un petit paquet apparut alors près de sa main gauche, celle qui ne tenait pas le champagne et, après l’avoir survolé des yeux, Veronica releva un regard interrogateur vers Logan. Il ne dura qu’une fraction de seconde mais signifiait beaucoup car d’habitude, Ronnie était aux commandes, elle ne manifestait que peu sa surprise et détestait être prise offguards. Sentant sa main trembler imperceptiblement, elle reposa sa coupe et se saisit du paquet. Après un rire bref et clair en réponse à la blague de Logan, une de leurs private jokes rituelles, elle entreprit de défaire le paquet cadeau. Elle décida sciemment de ne pas réfléchir à ce que pouvait impliquer ce présent, préférant ne pas poser des questions qui l’exposeraient peut-être à de douloureuses réponses. Les doigts tremblant légèrement, elle finit par dégager un écrin recouvert de velours. Après un dernier coup d’œil vers Logan, elle l’ouvrit délicatement et ses prunelles bleues se posèrent sur son contenu.

L’espace de quelques instants, elle demeura parfaitement immobile et silencieuse, les yeux rivés au bracelet. Un bracelet en argent d’une finesse exquise, au ciselé délicat, auquel étaient accrochées cinq petites breloques également en argent : un minuscule pétale, de jonquille probablement, une goutte d’eau – référence à leur marina ? – une étoile – référence à celle qu’il avait baptisée à son nom, pour ses 18 ans ? – un joli petit poney – son cadeau imaginaire favori – et ce qu’elle mit quelques secondes à identifier comme un cookie. Il ne l'avait pas acheté, il l'avait fait faire. Pour elle. Une nouvelle fois, le rire le disputa aux larmes. Quelques unes perlèrent à ses yeux mais elle les refoula d’un rapide battement de cils, sans doute pas assez vite cependant pour que Logan ne les remarque pas, c’était si rare chez elle qui ne s’autorisait jamais à pleurer en public, refusant cette marque de faiblesse. Le sourire qui étirait maintenant ses lèvres était empreint d’une douceur infinie et d’un plaisir non dissimulé. Aucune froideur, aucune réserve, aucun effet de style. La jeune fille soupira doucement, tâchant de retrouver une respiration normale.

- Logan, je… souffla-t-elle avant de s’interrompre, incapable de trouver ses mots, elle qui avait toujours la répartie si vive.

Elle sortit doucement le bijou de son écrin et tenta maladroitement d’ouvrir le fermoir. Voyant qu’elle n’y arrivait pas, elle renonça, repoussa sa chaise, se leva et rejoignit Logan. Lui offrant le bracelet de la main droite, elle tendit son poignet gauche, afin qu’il le lui attache lui-même. Ses mains étaient encore agitées de tremblements à peine perceptible et son pouls battait à une vitesse folle sous la peau fine de son poignet délicat. Elle debout et lui assis, elle put plonger franchement ses yeux si bleus dans les prunelles sombres de Logan et ne chercha pas à dissimuler leur éclat inédit, mélange de larmes retenues, de reconnaissance, de rire, d’amour, d’incompréhension aussi, avant de les baisser vers son poignet.

- Merci, répéta-t-elle dans un souffle, ne sachant pas quoi dire d’autre.

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Logan Raines
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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Sam 9 Fév - 21:24

Ronnie ne régissait pas comme il fallait. Ou plutôt, elle ne réagissait pas comme elle avait toujours réagi et, quelque part, ça perturbait pratiquement autant Logan que quand il savait qu’elle était toujours cachée derrière un masque. Il se demandait vaguement ce qui se passait, pourquoi elle agissait comme ça. Il n’imagina pas un instant que ça puisse être une nouvelle manipulation, une nouvelle comédie. Parce qu’il connaissait Ronnie. Parce que même si Ronnie était une comédienne née, même si elle avait toujours un masque, du moins jusqu’à présent, il savait qu’elle n’était pas comme ça. Elle ne jouait pas avec les sentiments. Elle mentait parfois, elle dissimulait mais ça n’était pas la même chose. Elle n’aurait jamais joué avec lui, pas comme ça. Ronnie était une actrice, ça faisait partie d’elle, c’était une chose que Logan avait toujours pensé qu’elle ne pouvait pas changer. Mais elle ne le faisait pas par méchanceté. Ca n’était pas pour manipuler les autres, ou même pour se mettre au-dessus d’eux, insaisissable, qu’elle faisait ça. Non c’était seulement parce que c’était ce qu’elle était, sa façon de se protéger. Tout comme Logan pouvait être un vrai jackass quand il était poussé dans ses derniers retranchements.

Mais Logan essaya de faire disparaître cette question de son esprit. Il ne voulait pas se poser de question. Ou du moins, il ne voulait pas se poser cette question là, parce qu’elle en entraînait beaucoup d’autre, beaucoup trop, qu’il ne voulait pas se poser, comme par exemple pourquoi Ronnie agissait comme ça. Pourquoi ne se protégeait-elle pas comme d’habitude ? Et pourquoi ça le touchait autant s’il était aussi cool vis-à-vis de ça qu’il voulait le faire croire ? Oh Logan était lucide, il savait très bien où il en était dans sa relation à Ronnie. Il était… là où il avait toujours été. Amoureux, bien sûr. Mais avait-il cessé une seule minute d’aimer Ronnie ? Non. Leur amour était quelque chose de très particulier, de destructeur, mais il était là, bien là. Même quand ils se détestaient, ils s’aimaient. Pire encore, ils ne se détestaient que parce qu’ils s’aimaient. S’ils avaient arrêté de s’aimer, ça aurait été bien plus simple, ils auraient vécu tout ça avec beaucoup plus de distance, ça n’aurait pas été aussi douloureux. Mais la question n’était pas de savoir s’il était amoureux de Veronica Raines, cette question avait été résolue il y a bien longtemps.

Non, la question était différente. La question était de savoir s’il était prêt à entrer de nouveau dans une relation avec Veronica. Est-ce qu’il était de nouveau dans une passe assez optimiste pour avoir envie de retomber dans leurs bonnes vieilles mauvaises habitudes ? Est-ce qu’il était de nouveau assez fou pour se dire que ça pouvait marcher ? Est-ce qu’il avait pardonné tout ce qu’ils s’étaient fait depuis leur dernière rupture ? Non. Enfin, oui et non. Il avait pardonné à Ronnie ce qu’elle avait pu faire ou dire. Il s’était pardonné sa propre attitude, ce qui avait été moins facile, Logan était toujours plus rancunier envers lui-même qu’envers les autres. Mais non il n’était pas assez optimiste pour penser que ça pouvait marcher. Parce qu’il y avait Zelia et qu’il ne voulait pas se sentir coupable. Et aussi parce qu’il avait trois ans de plus. Bien sûr, il avait parfois l’air aussi immature qu’avant mais il avait assez de recul pour voir ce qui avait posé problème dans leur relation. Et ça n’avait rien de réglé. Ils étaient toujours Logan et Veronica. Et Logan et Veronica s’aimaient mais n’arrivaient pas à être ensemble. C’était comme ça.

Mais il ne se posa pas toutes ces questions. Il ne voulait pas revenir avec Veronica. Ca n’avait rien de raisonnable, ça n’était pas ce qu’il prévoyait ce soir. Mais il était tout de même heureux de la voir… heureuse. Oui, elle semblait heureuse. Et touchée et émue. Elle avait l’air d’apprécier son cadeau, mais ça n’avait rien de tellement inédit parce que Logan avait toujours été doué pour les cadeaux, il avait toujours su trouver ce qui faisait plaisir, ce qui était parfait. C’était une des choses qui allaient avec ses qualités, son talent d’observation et d’écoute. Il sourit mais d’un sourire étrange, où on trouvait un peu de gêne. Pas de la gêne mais de l’incapacité à savoir sur quel pied danser. Il ne s’attendait pas à une telle réaction, il aurait presque préféré que Ronnie agisse comme d’habitude. Il ne savait pas quoi faire, à part être content que le cadeau lui plaise. Elle bredouilla quelques mots et il fit comme si de rien n’était. Il ne voulait pas montrer qu’il se rendait compte du trouble de Ronnie, il savait qu’elle n’aurait pas apprécié, enfin en temps normal. Elle se leva pour qu’il attache son bracelet et il le fit d’un geste doux et assuré. Oui il était troublé mais Logan tremblait rarement, surtout quand il s’agissait de gestes doux. Il était plus assuré dans ses gestes qu’il ne l’était réellement, c’était toujours comme ça. Il ferma le bracelet sur le poignet de Veronica, en évitant tout de même de trop la toucher. Il ne voulait surtout pas sentir ce qu’il ressentait quand il la touchait, surtout pas maintenant, surtout pas s’il voulait tenir ses bonnes résolutions.

« You’re welcome… » dit-il simplement. Il laissa son regard posé sur le bracelet de Ronnie et ajouta rapidement, détournant le regard relativement naturellement, sur les assiettes avec un sourire. « Ce sont des babioles que j’ai trouvées par hasard. Elles étaient forcément pour toi, elles ne pouvaient être pour personne d’autre. Du coup quand je t’ai retrouvée ici, je les ai fait monter en bracelet… J’ai hésité avec un collier mais je t’en avais déjà offert un alors… »

Il sourit, l’air amusé. Il lui avait déjà offert des tas de choses, et un bracelet déjà aussi, mais il avait bien fallu choisir et au moins elle avait deux poignets, non ? Il se releva un peu et souleva les couvercles des assiettes, laissant voir le plat favori de Ronnie très joliment présenté, comme toujours. Logan avait toujours bien cuisiné, en France il avait pas mal appris à en plus bien présenter les plats et certaines autres finesses du genre. Il aimait cuisiner, c’était une des choses qu’il aimait faire. Quand on lui demandait de remplir la case « hobbies », il y avait toujours surf, cuisine, photographie. Il ne mettait jamais la lecture, parce qu’il aimait lire mais que ça ne faisait pas partie vraiment de son image. Même Ronnie le charriait souvent, à l’époque où ils sortaient ensemble, sur le fait qu’il lisait peu. Ca n’était pas tout à fait vrai, c’était juste qu’il ne lisait que ce qu’il avait envie de lire, pas les livres qu’on lui imposait. Du coup, les fiches de lectures il ne les rendait jamais mais dévorait des bouquins à côté.

« J’espère que tu aimes toujours ça… »

Après tout, les goûts de Ronnie avaient pas mal changé ces derniers temps, non ? Zelia et Logan n’avaient pas grand-chose en commun… Mais après tout, elle était aussi sortie avec Duncan, qui était aussi fade que Logan était haut en couleurs. A croire qu’elle passait sa vie à chercher des remplaçants à Logan qui lui étaient diamétralement opposés.

« Je sais que tout ça, ça fait très Big Fish mais ta fleur préférée est la jonquille flower alors… J’ai bien pensé à te faire un chemin recouvert de plumes de faucon mais je pense pas que Rohé aurait apprécié… »

Il avait appelé Rohé par son nom, ce qui était rare. Mais Logan respectait lui aussi la trêve du Loganica’s day.

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Veronica Raines
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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Sam 9 Fév - 22:00

Il ne l’effleura qu’à peine en refermant le bracelet et Veronica ne sut pas vraiment si elle en était soulagée ou vexée. Elle chercha à croiser son regard mais il l’évitait, les yeux posés sur le bracelet puis sur la table. A son tour, elle se mit à se poser des questions et ses yeux se voilèrent, l’espace d’un instant. Qu’est-ce qu’il attendait d’elle exactement ? Il ne cessait de lui envoyer des signaux contradictoires : sa réaction de la dernière fois, la surprise d’aujourd’hui, le cadeau, les attentions et le refus de la toucher. Qu’était-elle supposée en déduire ? Comment était-elle supposée réagir ? Qu’attendait-il d’elle ? Voulait-il retenter le coup ? Malgré ce qu’il avait dit la dernière fois ? Essayait-il juste de se montrer aimable, simplement amical ? Et, s’il voulait qu’ils se remettent ensemble, est-ce que, elle, elle le voulait aussi ? Est-ce que, passée la simple envie de se prouver qu’elle pouvait effectivement toujours l’avoir, elle voulait vraiment renouer ? La réponse jaillit à son esprit avec une clarté déconcertante. Oui. Oui, elle le voulait. C’était un désir enfoui en elle, recouvert de multiples couches de raison, de rancune et de volonté mais toujours présent. S’il faisait le premier pas, elle lui retomberait dans les bras. Sans hésitations et sans conditions. Elle savait aussi bien que lui que, jusque là, ça n’avait jamais marché mais, et alors ? Ils étaient plus âgés maintenant, plus matures, ils avaient appris des erreurs précédentes, pas vrai ? Oui, elle était prête à retenter le coup mais seulement s’il le voulait aussi. Et ça, elle n’en était pas sûre, ce qui était déconcertant. Que voulait-il bon dieu ? Qu’attendait-il d’elle ?

Des babioles trouvées par hasard ? Peut-être, mais il les avait achetées en pensant à elle. Alors qu’ils ne s’étaient pas parlés depuis des lustres, alors qu’il n’avait que peu de chance de la retrouver un jour. Si ce n’était pas une preuve d’amour ça… Même si elle n’avait nul besoin de ce genre de preuves. L’amour que lui portait Logan n’avait jamais été remis en question, même au plus fort de leurs disputes, même avec l’absence. Mais une attention pareille, c’était si touchant, un peu désespéré, presque plus fort que de l’amour. Un gage de… fidélité peut-être ? Mais que voulait-il lui faire comprendre ?

Elle chercha de nouveau son regard, ne pouvant tout à fait dissimuler l’incertitude et l’angoisse qui s’y étaient glissées mais le détourna bien vite pour le poser sur le plat que Logan venait de découvrir. Un sourire presque enfantin vint alors s’épanouir sur ses lèvres. Du poulet au citron, son plat préféré. La sauce avait l’air parfaite, ce qui ne l’étonnait pas, et la présentation était exquise, avec les morceaux de citron confit déposés ça et là. En accompagnement, du riz et des courgettes, il la connaissait trop bien. Elle acquiesça en riant, avant de retourner à sa place, lui tournant le dos pour dissimuler son trouble, sa main jouant avec son nouveau bracelet. Elle se rassit et décida de ne plus se poser de questions, elle verrait bien ce qui arriverait. Elle souriait toujours, accueillit la plaisanterie d’un rire gracieux et prit une délicate bouchée de son plat.

- Mmmm, soupira-t-elle. C’est divin…

Le compliment pouvait sembler exagéré, il ne l’était pas. Logan cuisinait comme un dieu, ce n’était pas nouveau, et il connaissait parfaitement ses goûts. Elle sourit de nouveau, comme ça, sans raison, l’air plus jolie que jamais, parée d’une joie simple et pure, avant de boire une gorgée de champagne. Elle fit pensivement le liquide ambré dans sa coupe, les yeux posés sur le visage de Logan, silencieuse. Le silence ne les avait jamais dérangé, ils avaient toujours été suffisamment complices pour savoir se taire ensemble, mais ce silence là semblait chargé d’une foule de non-dits, de questions informulées et de promesses non tenues. Le regard de Ronnie était légèrement interrogateur mais elle ne dit rien. Elle se contenta de se replonger dans son assiette et de savourer son dîner.

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Logan Raines
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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Sam 9 Fév - 22:25

Divin ? Logan prit le compliment avec un sourire chaleureux. Oui ça l’était, si elle le disait ça l’était. Ronnie était adorable mais elle ne faisait pas de compliment quand elle ne le pensait pas. Ou du moins elle ne le dirait pas de la même façon, d’une façon seulement polie, pas aussi naturelle. Il hocha une fois de la tête, pour la remercier, puis se mit à manger à son tour. Le silence était… Bon, admettons le, le silence n’était pas tout à fait aussi confortable que d’habitude. Logan aimait le silence avec Ronnie, c’était quelque chose d’agréable qu’ils partageaient aussi bien que les paroles et ce depuis toujours. Mais là c’était différent. Il y avait quelque chose sous ce silence. Quelque chose qui n’allait pas. Des non-dits. A une période, il y avait eu des rancunes, de la colère, et le silence était chargé de reproches. Mais c’était encore différent. Aujourd’hui il n’y avait plus que des non-dits, des espoirs déçus, un peu de gêne aussi. Et la gêne n’était pas vraiment quelque chose de courant entre eux. Même après leur premier baiser, tout avait été tellement naturel que la gêne n’avait jamais eu le temps de s’infiltrer. Aujourd’hui c’était différent, et Logan ne savait pas quoi tirer de cette situation, comment l’analyser.

« Ecoute je… »

Il n’avait pas résisté au regard interrogateur de Ronnie. Il n’arrivait pas à résister à cette fille, il n’avait jamais pu. Si elle voulait qu’il parle, il parlait. Si elle voulait qu’il agisse, il agissait. Si elle voulait qu’il grimpe, il lui demandait à quelle hauteur. Ca avait toujours été comme ça. Mais pas maintenant. Ils avaient vieilli, ou plutôt grandi et Logan ne voulait plus se laisser autant avoir par Veronica. Il avait été une victime tout à fait consentante mais il était hors de question qu’il fasse les mêmes erreurs. Il ne voulait pas retomber dans les mêmes spirales qu’avant, c’était trop douloureux, trop dur et trop impitoyable. En plus, il aimait Sywhaîd, il ne voulait pas devoir quitter les lieux à cause de la présence de Ronnie. Il voulait rester, prouver à la Brume qu’il pouvait le faire. Si seulement elle l’avait prévenue que Veronica était déjà présente, sûrement qu’il y aurait réfléchi à deux fois avant de passer la Quête, surtout qu’à l’époque il en voulait encore à Veronica à cause de l’histoire avec Lilly.

« Je t’ai jamais demandé… » sa voix était chargée d’émotions, grave et un peu hésitante, une intonation que Ronnie connaissait bien, c’était celle des moments où il parlait d’une chose sérieuse, une chose qui le touchait et dont il n’était pas sûr d’avoir vraiment envie de parler. Il noya son regard dans sa nourriture, regardant dans son assiette comme si c’était soudain la chose la plus intéressante à regarder puis finit par ajouter, l’air finalement de se moquer un peu de lui-même pour poser ce genre de questions. « Je t’ai jamais demandé ce que ça te faisais de voir… Ca doit être très différent… »

Evidemment, la vraie question n’était pas vraiment tout à fait posée. Oui, il s’intéressait vraiment à comment Ronnie vivait le fait qu’elle ne soit plus aveugle, mais ce qui le taraudait vraiment, ce qui n’arrêtait pas de lui passer dans la tête, de l’obséder depuis qu’il savait que Veronica avait recouvert la vue, c’était de savoir ce que Ronnie pensait de lui. Physiquement parlant. Est-ce qu’elle avait été déçue quand elle l’avait vu ? Parce que, oui, elle le connaissait de vue avant de devenir aveugle, mais c’était différent. Elle était sortie avec lui sans vraiment savoir si elle était vraiment attirée par lui. Et Logan n’avait jamais été sûr de lui au niveau de son physique. Il savait qu’il avait des qualités mais il ne se pensait pas beau. D’ailleurs il ne l’était pas, à la rigueur il avait du charme ou était sexy, mais plastiquement parlant il n’était pas beau. Et comme son père était un des sex-symbols les plus connus, ça n’était pas toujours facile à vivre de ne pas être un top model. Dick, dans une de ses crises de lucidité, avait dit à Logan qu’il sortait avec une aveugle parce que ça le rassurait. Peut-être en effet que c’était une des choses qu’il avait aimé chez Ronnie au début, le fait qu’elle ne le voyait pas. Mais après évidemment ça n’avait été qu’un aspect de sa personne et il avait été heureux quand elle avait retrouvé la vue. Même si maintenant c’était aussi une des choses qui le mettaient mal à l’aise. Maintenant qu’elle le voyait, il se sentait moins sûr, moins libre.

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Veronica Raines
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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Sam 9 Fév - 22:51

Veronica releva vivement les yeux quand Logan reprit la parole, de cette voix grave et posée qu’il utilisait quand il allait parler de quelque chose qui lui tenait à cœur et le mettait mal à l’aise. Sa main se crispa sur sa fourchette et son sourire se figea légèrement. Allait-il répondre à toutes les questions muettes qu’elle se – lui – posait ? Allait-il concrétiser ou réduire à néants des espoirs qu’elle ne se doutait pas avoir quelques heures seulement auparavant ? Elle l’encouragea à poursuivre d’un sourire, reposant ses couverts, sentant qu’il se débattait avec les mots, qu’il cherchait quoi dire, comment le dire… Mais elle voulait qu’il y arrive, qu’il en finisse, qu’ils en finissent. Méthode arrachage de pansement, c’était encore la moins pire. Il ne lui avait jamais demandé quoi ? Si elle voulait le récupérer ? Si elle l’aimait toujours ? Si elle lui en voulait ? Si elle s’en voulait ? Si elle avait souffert ? Quoi ?

La fin de la question la prit totalement par surprise. C’était ça qu’il voulait lui demander ? Ça n’avait pas de sens. Ce ne pouvait être ce qu’il avait en tête, pourquoi n’avait-il pas le courage de le formuler ? Son sourire se figea de nouveau un bref instant avant de retrouver son naturel. Naturel ou jeu ? Il était cette fois impossible de le déterminer, Ronnie elle-même n’aurait su le dire et, perché sur sa cheminée, Rohé ricana silencieusement. Posément, la jeune femme prit une gorgée de champagne et s’essuya délicatement les lèvres avec un clame affecté. Elle avait l’air de réfléchir à sa réponse, de chercher les mots justes et c’était précisément ce qu’elle faisait.

- Différent… répéta-t-elle à mi-voix avant de répondre : Oui, je me rends compte que… les gens sont comme des livres ouverts, quand on les voit, on les devine. C’est…

Elle hésita. Elle avait dépensé tant d’efforts pour réussir à déceler les plus infimes variations d’une voix, le plus indécelable mouvement, tous ces indices insignifiants qui, assemblés, lui donnaient une idée précise de l’attitude, des émotions, des pensées de ses interlocuteurs. Et quand elle avait pu les voir de nouveau, elle s’était rendue compte avec clarté de tout ce qu’ils révélaient malgré eux par des tics, des regards, des moues, des gestes. Habituée qu’elle était à tout épier pour comprendre, elle avait réalisé que les gens étaient faciles à décrypter.

- …perturbant, conclut-elle en croisant de nouveau le regard de Logan.

Elle le devinait lui aussi, elle le connaissait par cœur, elle sentait l’angoisse latente dans sa question, comme elle l’avait déjà sentie quelques mois avant, dans l’écurie. Il doutait. Il se demandait s’il lui plaisait. S’il était à la hauteur de ce qu’elle avait imaginé, s’il correspondait à l’image qu’elle s’était forgée. Il avait peur de son jugement. Il n’aurait pas dû, Veronica le trouvait parfait, tel qu’elle l’avait imaginé, rêvé, fantasmé. Mieux même, justement parce qu’il possédait une vulnérabilité touchante, une profondeur indécelable, que l’on ne pouvait lire que dans ses yeux. Peut-être que maintenant qu’elle le voyait, elle ne le voyait qu’avec le regard de l’amour mais ça ne changeait rien au fait qu’il lui plaisait. Vraiment. Il avait un charme fou et elle connaissait les moindres recoins du corps qu’il cachait sous sa chemise. S’il avait su tout ça, il se serait sans doute senti rassuré mais comment aurait-il pu le deviner ? Ronnie n’était pas un livre ouvert elle, c’était un livre en braille qu’il fallait prendre le temps de déchiffrer. Et Logan était trop peu sûr de son physique pour déchiffrer ces sentiments là.

- Mais il y a tellement… tellement de choses à voir, poursuivit-elle d’une voix rêveuse qui n’avait rien de forcée. Les couleurs… les mouvements…

…Toi.

- Ça m’avait manqué, conclut-elle dans un sourire.

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Logan Raines
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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Sam 9 Fév - 23:04

« Ouais… Tu dois avoir envie de ratrapper tout ce que tu as loupé… » répondit Logan, l’air toujours de jouer au funambule sur une corde raide qu’il était le seul à ne pas voir.

Les gens sont comme des livres ouverts… Vraiment ? Est-ce qu’elle disait ça pour lui ? Il était comme un livre ouvert lui aussi ? Il savait qu’il ne cachait pas bien ses sentiments. Il n’y avait que ceux qui ne le connaissaient pas pour penser qu’il dissimulait bien. Parce qu’il y avait toujours ce regard et cette voix qui le trahissaient. Son regard surtout bien sûr, mais à l’époque où elle ne le voyait pas Ronnie avait su déceler les choses dans sa voix, c’était certain. Mais son regard était traître. On pouvait y voir toutes les émotions qui passaient même quand il jouait au crétin, même quand il disait les pires choses. En général, sa tactique pour que les gens ne voient pas ce regard était de les aveugler avec des paroles. Ca il était doué pour mettre les gens hors d’eux, c’était une sorte de don, un don tordu dont il n’aurait jamais dû avoir envie de profiter mais qu’il avait souvent utilisé. Combien de fois avait-il provoqué une dispute avec Ronnie pour pas qu’elle voit une de ses faiblesses ? Des milliers, peut-être même des millions. Logan n’aimait pas être pris en faiblesse. Quand il souffrait, il n’aimait pas qu’on le remarque.

Il resta quelques secondes rêveur, apparemment pensant à ce que Veronica avait dit à propos des choses qu’il y avait à voir mais en fait il pensait à toute autre chose. Elle n’avait pas parlé de lui. Il s’était attendu à ce qu’elle le fasse. A ce qu’elle fasse une petite réflexion, quelque chose, au moins une allusion à lui. Mais non. Elle n’avait rien dit. Pourtant elle ne pouvait pas avoir loupé ce à quoi il pensait, elle le connaissait assez. Une fois, il lui avait laissé entendre qu’il se trouvait moche, elle l’avait repris mais à l’époque il lui avait dit qu’étant aveugle elle n’était pas la meilleure pour juger de ça et avait détourné la conversation. Il finit par sourire, chassant toutes ces pensées de son esprit, puis ne réussit pas à s’empêcher de dire ce qui seraient sûrement les paroles qui, d’une façon ou d’une autre, signeraient son arrête de mort, il le savait mais c’était comme ça, c’était dans sa nature ça aussi :

« Est-ce que… Est-ce que tu aurais imaginé qu’on serait ici il y a six ans quand je t’ai invitée à danser au bal ? »

Evidemment, elle savait de quel bal il parlait. Ce fameux bal d’halloween où ils s’étaient embrassés poru la première fois. Le thème était les années 80, ce qui expliquait qu’elle était déguisée en Madonna et lui en Tom Cruise dans Risky Business. C’était plutôt drôle d’ailleurs parce que Dick l’avait chambré à l’époque, lui disant qu’aucune fille ne voudrait danser avec lui s’il se baladait en chemise et caleçon. Pourtant, ça n’avait pas découragé Ronnie.

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Veronica Raines
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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Sam 9 Fév - 23:32

Si Logan faisait du funambulisme, Ronnie s’essayait quant à elle au trapèze. Dans les deux cas, la possibilité de tomber au moindre faux pas, le caractère fatal de la chute. Elle sentait bien tout l’enjeu de cette conversation. Depuis combien de temps n’avaient-ils pas parlé de la sorte ? L’avaient-ils jamais fait d’ailleurs ? Elle releva vivement la tête quand il parla de la soirée d’Halloween, celle qui avait marqué leur début. Son regard se fit lointain tandis qu’elle se plongeait dans ses souvenirs. Senior year, bal d’Halloween, thème des années 80. Chris s’était entièrement chargée de la transformer en Madonna tandis qu’elle-même choisissait Cindy Lauper. Logan l’avait invitée à danser presque au moment même où elle était arrivée. Elle le connaissait à peine à l’époque, juste assez pour dire bonjour en le croisant dans un couloir, c’était simplement une vague relation de Chris. Mais elle avait accepté. Parce qu’il l’avait fait rire. Parce que Rohé lui avait décrit son costume tandis qu’il s’approchait et qu’elle avait adoré l’idée. Parce qu’elle connaissait sa réputation et qu’elle s’était dit « What the fuck ? » Parce qu’elle avait pensé à ce que tout le monde dirait de les voir passer du temps ensemble et qu’elle avait trouvé ça drôle.

Elle n’avait pas changé de partenaire une seule fois pendant la soirée. Ils avaient dansé à s’en faire tourner la tête, ils avaient un peu bu (lui un peu plus), ils avaient discuté par-dessus la musique et ri à s’en faire péter les côtes. Elle avait découvert un garçon bien plus fin que ce que sa réputation laissait supposer et, quand il lui avait proposé de la raccompagner, elle avait accepté sans hésiter. Il s’était garé à quelques mètres de chez elle, sous un réverbère éteint et l’avait embrassée avec une timidité touchante, avec lenteur d’abord, comme s’il lui demandait la permission, puis avec fougue, comme il savait si bien le faire. Quand elle avait fini par rentrer chez elle, les lèvres en feu, l’esprit retourné et déjà en manque de lui, elle avait dit à son daemon que celui-là, elle allait l’épouser. Rohé, à moitié endormi, avait ricané mais elle était sure d’elle. Loin de se douter de ce qui les attendait, elle avait tout de même instinctivement compris ce jour là qu’avec lui, ce serait différent. Une semaine plus tard, elle était amoureuse. Et un mois jour pour jour après leur premier baiser, elle lui offrait sa virginité.

Se doutait-elle à l’époque, que presque six ans plus tard leur amour serait toujours là, intact, si ce n’est plus violent encore ? Non, bien sûr que non. Elle espérait que cela durerait toujours, malgré ses dix-sept ans mais elle ne pouvait imaginer cette violence, cet amour dévastateur, ces souffrances, ces bonheurs. Elle sourit doucement, avec douceur et nostalgie avant de hocher lentement la tête de droite à gauche. Imaginer ça ? Elle n’aurait jamais pu, non.

- J’imaginais ça autrement… avoua-t-elle d’une voix basse, un sourire aux lèvres, sans quitter Logan des yeux. Je savais pas que je pouvais…

…Aimer à ce point là ?
…T’aimer à ce point là ?
…T’attendre autant ?
…Te vouloir autant ?

- …m’attacher au point de…

…de t’aimer encore après six ans ?
…de ne rien laisser me décourager ?
…de ne jamais abandonner ?

- …d’en être là aujourd'hui, de…

…de ne pas pouvoir te voir sans que mon cœur batte la chamade, sans que mon souffle s’accélère, sans avoir envie de me jeter sur toi, sans vouloir me perdre dans tes bras, sans rêver de ne plus te quitter ?
…de ne pas être maîtresse de moi-même dès qu’il s’agit de toi ?

Elle eut un bref sourire, presque d’excuse, désolée de ne pas trouver ses mots. Elle soupira doucement.

- Je savais pas ce que c’était qu’une addiction, murmura-t-elle tout bas.

De nouveau, son regard accrocha celui de Logan. Et son regard la mettait à nu. Il était empli d’amour. Un amour inratable, clairement lisible, inconditionnel et désespéré.

- Je pensais pas qu’une simple danse pouvait avoir de telles conséquences, conclut-elle finalement, la voix légèrement enrouée, baissant les yeux vers ses doigts qui jouaient nerveusement avec sa serviette.

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Logan Raines
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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Dim 10 Fév - 0:00

Pourquoi l’avait-il invitée à danser ce soir-là ? Il s’était souvent posé la question. Objectivement, il n’avait aucune raison cohérente de l’avoir fait. Ils n’évoluaient pas dans les mêmes cercles, mêmes s’ils avaient plus ou moins Chris en commun, ils n’étaient pas du tout le genre de personnes dont on aurait dit qu’ils iraient bien ensemble, et il était terriblement impressionné par ce petit bout de nana aveugle qui réussissait à vivre comme n’importe qui d’autre, ou presque. Il avait toujours été impressionné par Ronnie et c’était un sentiment qui n’avait pas disparu avec les années. Il continuait à l’admirer, à être fier d’avoir pu à un moment donné faire vraiment partie de sa vie. Veronica Raines n’est pas vraiment le genre de personne à qui on s’impose, c’est elle qui vous choisit, ça Logan l’avait vite compris. Elle maîtrisait tellement de choses qu’il avait fini par accepter le fait qu’elle puisse dominer leur relation. Après tout, il n’avait aucune honte à ne pas être celui qui dirigeait. Mais ce soir là, c’était lui qui avait dirigé, au moins au début. Il l’avait invité. Il pouvait se targuer d’être celui qui avait fait le tout premier pas et ça, même dans leurs pires disputes, elle n’avait jamais pu le lui enlever.

Qu’est-ce qu’il avait pensé d’elle le premier soir ? Qu’elle était adorable dans son déguisement et que s’il ne dansait pas tout de suite avec elle il en mourrait. C’était ça qui avait fait qu’il l’avait invitée alors qu’il n’avait aucune réelle raison de le faire, l’impression que s’il ne le faisait pas, il passerait à côté de la chose la plus importante de sa vie. Ronnie avait pensé par la suite qu’elle l’épouserait ? Lui il avait pensé qu’il ne pourrait plus respirer s’il ne dansait pas avec elle. C’était stupide et il ne lui avait jamais avoué cette pensée, parce qu’il aurait été beaucoup trop ridicule s’il le lui avait dit. Mais il l’avait vraiment pensé, il l’avait vraiment senti. Il avait eu le coup de foudre en la voyant dans sa robe noire à volants, c’était comme ça.

Quand il l’avait embrassée un peu plus tard, il avait compris que c’était différent. Il avait déjà eu pas mal de flirts, de copines ou même de conquêtes d’un soir, ça n’était pas ce genre de choses qui lui manquaient, mais avec elle c’était différent. Il avait eu l’impression que son cœur allait exploser quand il l’avait embrassée. Comme s’il n’existait plus rien au monde qu’eux deux. Il aurait tout donné ce soir là pour ne jamais la laisser partir, pour que la nuit ne s’arrête jamais. Mais la nuit était passée et pendant plusieurs semaines leur relation avait été parfaite. Ils avaient couché ensemble et même si pour Logan ça n’était pas la première fois, c’était la première fois que c’était aussi important. Ca n’était pas quelque chose qu’il faisait parce qu’il s’ennuyait, pour passer le temps ou pour se donner des sensations. Pour la première fois, c’était quelque chose qui avait vraiment du sens. Et depuis, à chaque fois qu’il avait de nouveau fait l’amour avec elle ça avait été aussi important et aussi fort à la fois. Il avait été amoureux d’autres filles, mais il n’y avait qu’avec elle qu’il ressentait ça.

Il eut du mal à chasser le souvenir de cette soirée. Il ne savait plus très bien comment il avait pu en parler, y faire référence, alors qu’il savait tout ce que ça risquait d’entraîner. Mais maintenant il était submergé de souvenirs et de vieux espoirs. Combien de temps avait-il pensé que leur couple durerait pour toujours ? Longtemps et peu de temps à la fois. Quand ils avaient commencé leur petit manège de ruptures et de réconciliations, une petite voix avait commencé à lui souffler qu’ils n’étaient pas faits pour vivre leur vie ensemble. Une voix qu’il détestait mais qu’il avait fini par considérer comme la voix de la sagesse. Après tout, comment auraient-ils pu vivre toute la vie comme ils avaient vécu leurs trois ans de relations ? Ils auraient fini par s’entre-tuer ou quelque chose comme ça, forcément.

Il finit par réussir à se concentrer sur Ronnie et ses paroles. Il l’observa avoir du mal à se dépêtrer des mots, ce qui était plus ou moins inédit ça aussi. En temps normal, elle gérait très bien ce qu’elle avait à dire et le disait exactement comme il le fallait. Là c’était différent. Elle avait l’air un peu de se noyer dans sa phrase, mais Logan se sentait incapable de lui envoyer une bouée. C’était trop dur, il avait besoin d’entendre ce qu’elle disait, qu’elle finisse sa phrase.

Mais évidemment, elle ne la finit pas, elle se reprit, se cacha derrière une réplique humoristique, qui ne l’était en fait pas tant que ça. De tous les psychotropes que Logan avait pu prendre, Veronica était la seule de laquelle il n’avait jamais pu décrocher. Et elle n’était même pas interdite par la loi ! Il sourit à cette idée, sourire qui pouvait aussi être pris pour la réplique de Veronica sur les addictions, après tout elle n’avait pas tout à fait tort. Le sourire s’agrandit encore quand elle conclut sa réponse. Ce sourire ne voulait pas dire qu’il ne prenait pas ce qu’elle avait dit au sérieux, c’était juste sa façon de réagir. Il n’aimait pas ce genre de conversations, elles étaient trop dangereuses, surtout face à un adversaire comme Veronica. Il savait qu’il n’était pas de taille, et pourtant ce soir elle n’avait pas tellement l’air de vouloir se battre.

« Tu refuserais ? » demanda-t-il avant de préciser cette question sibylline. « Je veux dire, tu refuserais de danser si tu pouvais revenir en arrière maintenant que tu sais tout ce à travers quoi on a dû passer ? »

La question était sérieuse, et le regard de Logan, pourtant planté dans son assiette, le montrait. Il n'aurait jamais tiré un trait sur ce qu'ils avaient vécu, tout comme il ne l'avait jamais renié, même quand il avait détesté Ronnie autant qu'il avait pu l'aimer. Mais il savait qu'il n'était pas un cadeau et que peut-être Veronica ne pensait pas de même.

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Veronica Raines
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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Dim 10 Fév - 11:42

Logan considérait peut-être que, de manière générale, c’était elle qui menait la danse dans leur couple mais, de l’avis de Ronnie, c’était l’inverse. Certes, si elle disait « chante » il répondait « quelle chanson ? » et si elle disait « plus tard » il demandait « quand ? » mais ça ne changeait rien au fait que chaque fois qu’ils s’étaient (re)mis ensemble, c’était lui qui avait fait le premier pas. Et, en ce sens, c’était lui qui contrôlait les choses. Elle avait le choix, d’accepter ou de refuser, bien sûr, mais, étant donné les sentiments qu’ils partageaient, était-ce réellement un choix ? Alors, oui, il faisait ses quatre volontés, mais seulement parce qu’elle était raisonnable et qu’il se plaçait volontairement dans cette position. En acceptant cette position, il se montrait capable d’une force et d’une résolution bien plus forte que les siennes. Ce soir là, c’était lui qui l’avait invitée. Et ça avait tout changé.

Jouant toujours nerveusement avec sa serviette, Veronica se demandait elle aussi où il venait en venir en parlant de ça, précisément maintenant. Maintenant qu’elle ne savait sur quel pied danser et qu’elle se dévoilait plus que jamais auparavant. Qu’est-ce qui lui prenait de soulever le sujet ? De plonger avec délice dans les affres de la nostalgie ? Pourquoi ici, pourquoi maintenant ? Pourquoi ce revival du Loganica’s day ? Pourquoi cette discussion ? Logan n’était pas du genre à initier ce genre de conversation, c’est à peine s’il était du genre à y participer, il choisissait toujours la fuite, sous forme d’une réplique parfaitement spirituelle qui faisait diversion. Alors quoi ?

Elle releva brusquement la tête en entendant sa question. Le regard de Logan était rivé à son plat mais elle ne baissa pas les yeux. Refuser cette danse ? Cette simple danse qui avait initié un processus qui les avait avalé tous les deux… Refuser la main tendue de Logan, rejoindre Chris au bar… Elle aurait pu le faire. Elle aurait pu écouter Rohé qui disait que c’était stupide de s’encanailler avec le rich bad boy du coin. Oui, elle aurait pu. Mais elle avait choisi de poser sa main dans celle de Logan et de se laisser entraîner sur la piste. Et, par ce simple geste, elle avait choisi de lui faire confiance, de s’abandonner. Il la tenait entre ses bras, elle se laissait guider, sans le moindre doute, sans la moindre hésitation. Elle aurait pu refuser tout ça et que se serait-il passé alors ?

Sans doute que Vince aurait rassemblé son courage défaillant et l’aurait enfin invitée à danser. Vince lui tournait autour depuis le mois de juin précédant mais n’avait jamais eu l’audace de dépasser le simple flirt. Lors de longues discussions entrecoupée de fous rires avec Chris, Ronnie s’était demandée s’il allait falloir qu’elle lui fasse le coup du « Oups, j’ai trébuché, pardon, c’était ta langue ? » Ce soir là, il se serait sans doute décidé, Chris lui avait raconté son air désespéré en voyant qu’elle ne lâchait pas Logan de la soirée. Elle aurait dansé avec Vince, il l’aurait raccompagnée, ils se seraient embrassés. Ils seraient sortis ensemble quelques mois, auraient fini par se séparer, pour une raison ou pour une autre, elle aurait rencontré quelqu’un d’autre à la fac, serait probablement restée à Neptune. Et, pendant tout ce temps, elle aurait continué de considérer Logan comme le stéréotype même du gosse de riches qui se la joue délinquant.

Elle n’aurait jamais connu la profondeur de sa voix, les murmures au creux de son oreille quand elle dormait dans ses bras, la tendresse de ses gestes, la douceur de ses caresses, la fougue de ses baisers. Elle n’aurait jamais deviné sa fragilité, sa finesse, son humour, son esprit, ses failles. Elle n’aurait jamais affronté son cynisme mordant, ses répliques acides et leurs disputes passionnées. Elle n’aurait jamais succombé au plaisir de leurs retrouvailles. Elle n’aurait jamais eu à pleurer toutes les larmes de son corps.

Veronica fixait toujours Logan, une poignée de secondes seulement avaient passé depuis qu’il avait posé sa question mais elle attendit qu’il finisse par relever la tête et croiser son regard pour répondre. Quand il le fit, son « I wouldn’t » résonna avec la fermeté de la certitude la plus totale. Ses yeux bleus rayonnaient d’une conviction inattaquable. Non, elle n’aurait pas refusé cette danse, même en sachant ce qui les attendait, surtout en sachant tout ce qui les attendait.

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Logan Raines
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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Dim 10 Fév - 12:13

Le cœur de Logan manqua un battement quand Ronnie dit qu’elle ne refuserait jamais de danser avec lui. Il avait senti sa gorge se serrer encore plus, au point où il en avait eu du mal à respirer, quand elle avait répondu par la négative à sa question, mais quand elle avait creusé sa réponse Logan avait carrément perdu tout contrôle de son système vital. Il était en apnée, incapable de respirer et son cœur, après avoir arrêté de battre, battait plus fort que jamais, apparemment prêt à exploser dans sa poitrine. Logan avait déjà senti ça. Il l’avait senti à chaque fois que Ronnie et lui étaient ensemble. Quand ils s’engueulaient il se sentait aussi bouleversé, mais quand ils étaient simplement ensemble, juste tous les deux, c’était pareil. Il suffisait qu’ils soient installés dans un sofa, à écouter de la musique. N'importe quelle musique. Quoi qu’il fasse, tant que c’était avec Veronica, c’était la plus belle chose, ou la plus horrible qu’il ait jamais fait. Quand Logan était avec Ronnie, il n’y avait pas de juste milieu, juste des extrêmes. Et c’était une des choses qu’il aimait. Parce que Logan n’était pas du genre à aimer le tiède, il aimait ce qui était fort. Il aimait les sports extrêmes après tout, ça n’était pas pour rien.

Il se leva, un peu brusquement, pas tout à fait certain de ce qu’il allait faire. C’était tellement nul, combien de fois avait-il trouvé ça ridicule et gnangnan au possible quand il avait vu ce genre de scènes dans les films ? Pourtant, il avait encore cette impression. L’impression que s’il ne dansait pas avec Veronica il allait mourir. Cette impression qu’il avait eue près de six ans plus tôt, et plusieurs fois depuis, mais toujours pour ce petit brin de femme. Cette petite blonde, sexy en diable, adorable, qui lui avait toujours fait tourné la tête d’un simple claquement de doigts. Il se leva et s’approcha d’elle. Il tendit sa main, incapable de parler, plongeant son regard dans le regard clair de l’américaine. Depuis qu’elle voyait de nouveau, son regard était moins froid. Oh, elle avait toujours réussi à faire de son regard d’aveugle un regard beaucoup plus expressif que les regards aveugles habituels, mais il y avait toujours eu quelque chose au fond, quelque chose qui faisait qu’on sentait que ça n’était pas naturel. Logan avait l’habitude de cette absence qu’il y avait au fond des yeux de Veronica. Il avait l’habitude de savoir qu’elle ne le voyait pas, et tout était différent maintenant. Elle pouvait le voir. Elle voyait qu’il rougissait légèrement, comme un idiot, et que sa main tremblait un peu, comme elle avait tremblé un certain soir d’Halloween. Lui qui avait des gestes si assurés, il suffisait que Veronica soit dans le coin pour qu’il perde cette assurance. Enfin, pas toujours, mais surtout dans les moments où ils jouaient au funambule et à l’acrobate. Les moments où ils risquaient tout et pouvaient se retrouver sans rien.

« I’ll always want to dance with you. Always. »

Sa voix était serrée, il avait presque murmuré ce qu’il avait dit, mais il n’avait pas fui le regard de Veronica. Pour la première fois depuis qu’ils s’étaient retrouvés, depuis la première fois depuis qu’elle avait recouvert la vue, Logan ne fuyait pas son regard en disant quelque chose d’important, quelque chose de vrai. Il ne savait pas ce qu’il faisait. Il ne savait pas tout ce qui était caché derrière ces paroles et cette invitation. Mais il savait que c’était vrai. Toute sa vie il aurait envie d’être avec Veronica. Ca ne voulait pas dire qu’il le ferait, ça ne voulait pas dire qu’il aurait envie de céder à cette envie, mais ça voulait dire que ça ne le quitterait jamais. Ca ne l’avait jamais quitté jusqu’à présent. Même quand d’autres filles avaient vraiment compté pour lui, même quand il avait été amoureux d’une autre, il n’avait jamais cessé d’avoir envie que Ronnie fasse partie de sa vie, d’une façon ou d’une autre. Il n’avait jamais regretté d’avoir été avec elle, même quand leur histoire avait blessé d’autres personnes, même quand leur histoire lui avait donné envie de mourir plutôt que de continuer, il n’avait jamais regretté leur première danse. La vie aurait sûrement été plus simple, moins tragique, s’il ne l’avait pas invitée à danser en premier lieu, mais elle n’aurait pas été plus belle ou plus intéressante. Et il savait qu’inviter encore une fois Ronnie à danser était stupide. Qu’encore une fois, la vie ne serait plus simple, mais l’avait-elle jamais été ? Est-ce qu’il n’avait pas toujours été destiné à avoir une vie compliquée, à avoir une relation aussi tordue et intense avec une fille aussi géniale, et belle, et sexy, et intelligente, et drôle, que Veronica Raines ?

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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Mar 19 Fév - 20:18

Quand Logan se leva, la main de Veronica se crispa sur la serviette avec laquelle ses doigts jouaient nerveusement. S’ils avaient été des personnages d’une série, une musique émouvante et romantique aurait retenti à ce moment là et ils auraient dansé au son des violons avant de s’embrasser passionnément et que la scène suivante ne les découvre enlacés dans un lit, sourire aux lèvres. Mais on n’était pas dans une série, on était dans la réalité et, malgré l’envie qu’elle en avait, elle ne l’embrasserait pas furieusement dans les cinq minutes à venir. A moins que…

Un sourire plissa ses lèvres fines, tandis que ses yeux se mirent à briller d’un éclat indéfinissable. Il l’invitait à danser, vraiment ? Ici, maintenant ? Sans violons ? Sans même un bon vieux tube de rock des années 80, comme six ans auparavant ? Elle n’esquiva pas le regard de Logan. Au contraire, elle le soutint avec fermeté, refusant de dissimuler, refusant de jouer, refusant de fuir. Elle savait l’effort que c’était pour lui de conserver son sérieux, de ne pas se cacher derrière un sarcasme quelconque ou une parade à la finesse imparable. Son propre regard était à nu, on y lisait clairement l’amour et le doute qui s’y côtoyaient à part égale.

La tension entre eux était palpable, l’air semblait plein d’électricité, le monde sembla retenir son souffle pendant la fraction de seconde qui s’écoula avant que Ronnie ne dépose sa main fine dans celle de Logan, qu’elle sentit trembler sous la sienne. Mais ça n’avait pas la moindre importance vu que sa propre paume était agitée de frissons. Elle se leva, les yeux toujours plantés au fond de ceux de Logan. Perché sur sa cheminée, Rohé poussa un profond soupir.

Veronica passa les bras autour du cou de Logan et posa la tête sur sa poitrine. Elle pouvait sentir les battements affolés de son cœur tout comme il pouvait sentir la fébrilité de son propre rythme cardiaque. Pourtant, elle se sentait apaisée. C'était le mot. Elle était exactement là où elle était supposée être, contre Logan, à l’abri dans ses bras, en silence, à tournoyer lentement sur un toit. Tout faisait sens, elle avait retrouvé l’équilibre, elle était avec lui. Un léger soupir lui échappa. C’était exactement là qu’elle était supposée être, ainsi qu’elle devait passer le reste de sa vie.

Ou du moins, c’était ainsi qu’elle se sentait le mieux, comme si elle avait trouvé sa place dans l’univers. Même si, au fond, elle savait pertinemment que ça ne pouvait durer. Que ça ne devait pas durer. Oui, elle en avait envie, elle en mourait d’envie même, et ce, depuis qu’elle avait entendu sa voix, dans l’écurie, au début de l’automne. Oui, elle était intimement convaincue que ça pouvait marcher, parce qu’ils avaient mûri, grandi, changé mais qu’ils s’aimaient toujours, encore. Mais était-ce vraiment pertinent ? Agir sur un coup de tête ? Sous le coup de l’émotion ? Impulsivement, spontanément ? Oui, ça avait marché six ans plus tôt mais leurs retrouvailles, toujours sous le coup de la passion et sans préméditation aucune, s’étaient toutes soldées par un échec. Ne valait-il pas mieux se laisser le temps de réfléchir, de parvenir à une décision mûre et sensée, et non pas uniquement fondée sur les sentiments ? Elle savait que telle était la ligne de conduite raisonnable mais elle savait aussi qu’elle était rarement raisonnable quand il s’agissait de l’homme qu’elle aimait.

Toutes ses pensées tourbillonnaient dans l’esprit de Ronnie, se mélangeant, se bousculant, se fondant les unes dans les autres jusqu’à former un brouillard indistinct d’émotions confuses. Rohé la forçait à les entendre mais elle tentait de s’abandonner à l’instant, de ne pas voir que son daemon avait raison. Elle se contentait de danser doucement, d’apprécier le moment, de savourer le souffle de Logan dans ses cheveux, la douceur de ses bras musclés, la fermeté de son torse, la présence entêtante de son parfum. Et advienne que pourra.

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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Dim 24 Fév - 11:47

Combien de temps dansèrent-ils sur une musique qu’eux seuls pouvaient entendre ?

Logan était incapable de le dire. Il avait l’impression que ça durait depuis des heures mais que ça pouvait aussi durer depuis seulement quelques minutes. Avec Ronnie dans ses bras, pratiquement comme dans la bonne époque, il oubliait toute notion de temps ou de quoi que ce soit d’autre. Son esprit était vide, il ne pensait à rien et toutes les raisons qui faisaient que cette simple danse était une folie qui les mènerait sûrement à leur perte (bon, peut-être moins mélodramatiquement que ça mais tout de même) s’étaient évanouies, ne laissant qu’une tête vide et un esprit incapable de se focaliser sur quoi que ce soit plus de deux minutes. Il sentait Veronica dans ses bras, contre lui et il avait l’impression d’être entier pour la première fois depuis des mois.

Pourtant, ça n’était pas comme si l’américaine lui avait manqué pendant des mois et des mois qu’avaient duré la période où ils ne s’étaient pas vus. Bien sûr, il lui arrivait souvent de penser à elle, et elle lui manquait. Il lui arrivait souvent de se dire « tiens, Ronnie aurait trouvé ça hilarant ! » ou « je suis sûr qu’elle aurait détesté me voir comme ça... Ca l’aurait rendue folle ! » mais ça n’était pas comme si l’absente de Veronica était quelque chose d’insoutenable. Il s’y était habitué, et puis à l’époque il lui en voulait pour ce qui s’était passé avec Lily et la rancune avait adouci la douleur de la séparation. Mais il lui arrivait quand même assez souvent de penser à elle… Toujours est-il qu’à présent qu’il l’avait tout contre lui, il se sentait vraiment entier. Comme si tout était enfin rentré dans l’ordre, comme si tout était merveilleux, comme s’il n’y avait plus aucun problème.

Sauf que des problèmes, il y en avait. Et qu’il faudrait les affronter dès que la danse serait finie. Il y avait Zelia, qui n’était pas encore remise de sa séparation avec Ronnie même si elle refusait de l’admettre. Zelia serait vraiment blessée si elle savait ce qui était en train de passer entre Logan et Ronnie, quoi que soit cette chose qui était en train de se passer. Et il y avait surtout tous ces problèmes qui n’avaient jamais été réglés entre eux. Leurs façons différentes de voir les choses. Bien sûr, ils avaient grandi, sûrement qu’ils avaient tous les deux mis de l’eau dans leur vin. Logan ne pouvait pas être aussi teuffeur ici qu’il ne l’était à Neptune, après tout les fêtes de folies alcoolisées et pleines de substances illicites ça ne courait pas les rues dans la Noble Lande. Mais une fois sorti de Sywhaîd, il redeviendrait sûrement ce qu’il avait été. Tout comme Ronnie serait toujours la fille du shérif. Le shérif qui n’aimait pas Logan, encore moins quand il sortait avec sa fille adorée, ce qui était un gros problème. Les parents, ça pouvait pourrir une relation. Comme le père de Logan par exemple, dont Logan ne voulait pas qu’il côtoie trop Ronnie. Et même si Ronnie était la seule personne, avec Dick, à plus ou moins savoir ce qui se passait sous le toit des McAlistair, ça mettait toujours une sorte de tension quand Logan refusait d’inviter la jeune femme aux fêtes familiales de peur que son père agisse comme un con…

Et puis, même au-delà de ces problèmes-là, qui pouvaient sûrement être réglés, il y avait leurs problèmes de caractères. Sûrement les pires, ceux qui n’étaient pas près d’être résolus. Comme une fille sérieuse, ambitieuse, orgueilleuse qui aimait paraître pour quelqu’un de parfait pouvait réussir une relation avec un j’m’en-foutiste qui passait son temps à ne faire que ce qu’il avait envie de faire et qui refusait de parler des vrais problèmes. Enfin, ça n’était qu’un résumé très succinct. Parce que, souvent, c’était Ronnie qui refusait d’avoir une vraie discussion, quand elle savait qu’elle ne la « gagnerait » pas. Tout comme Logan fuyait souvent les sujets trop sérieux de peur d’encore faire une gaffe ou encore la décevoir. L’un de leurs problèmes était qu’à chaque fois qu’ils se remettaient ensemble, ça devenait un peu plus dur pour eux de réussir à avoir une vraie relation, parce qu’ils se mettaient tellement de pression qu’ils finissaient par littéralement exploser. A croire que chaque rupture était une chance de moins de réussir la fois suivante.

Les problèmes de Logan et Veronica auraient sûrement pu prendre un livre entier, analysé par les plus grands psychiatres. Toujours est-il qu’ils revinrent brutalement à Logan. Et une question s’imposa à lui. Avait-il vraiment envie de revivre ça ? Toute cette douleur, ces horreurs qu’ils se disaient, ces horreurs qu’ils se faisaient… Est-ce qu’il était prêt à revivre tout ça ?

Non.

Il aurait aimé l’être mais il ne l’était pas. Ca faisait trop longtemps maintenant. Il était habitué aux relations plus saines, qu’elles durent ou qu’elles ne soient que pour une nuit. Et il ne voulait pas retomber dans cette spirale infernale. Surtout, il ne voulait pas encore espérer. Cette espérance qui le prenait à chaque fois qu’il recommençait quelque chose avec Ronnie était la pire chose qui ait jamais existé. A chaque fois il avait le fol espoir que ça pourrait fonctionner, que cette fois ils ne s’entre-déchireraient pas comme deux abrutis pour des broutilles. Mais à chaque fois il avait faux, et même si Logan était ce genre de personnes assez tarées pour refaire les mêmes erreurs autant de fois qu’il le fallait juste pour pouvoir entretenir un espoir de rien du tout, il n’était pas non plus suicidaire.

Doucement, il se détacha de Ronnie. Il plongea son regard dans ces yeux qui avaient été si longtemps aveugles et soupira légèrement. Il embrassa doucement la jeune femme sur le front, remit ensuite sa frange en place puis se détacha totalement. Il sourit d’un air faussement joyeux mais Ronnie le connaissait assez bien pour voir tout le trouble qui accompagnait cette expression que d’autres auraient pris pour un franc sourire. Il haussa les épaules, silencieux, sachant très bien qu’il n’avait pas besoin de parler pour que Ronnie comprenne puis ajouta, comme si de rien n’était, mais avec une voix un peu trop chargée en émotion pour que ça fasse réellement illusion :

« Il est tard… J’ai promis que le toit serait libre pour une expérience que Marybeth veut faire… »

Il ne connaissait que peu Marybeth, seulement elle avait à la base réservé le toit et quand il avait eu cette idée pour le loganica’s day il avait été la voir pour savoir s’ils ne pouvaient pas partager. Seulement, le toit devait être libre avant minuit. Bien sûr, il était sûrement beaucoup plus tôt que minuit mais ça ne changeait rien. Il sortit sa baguette et d’un simple sort il fit disparaître la table et les jonquilles qui avaient été éparpillées au sol. Dans ses mains apparurent le bouquet qui avait été mis sur la table, dans son vase. Il le donna à Ronnie. En fait, ce sort était plutôt simple, quand il avait installé les choses sur le toit il les avait enchantées pour qu’elles se rangent au moment où il utiliserait ce dernier sort. C’était plus long à préparer mais du coup ça rendait le rangement beaucoup plus facile.

« Bonne nuit… »

Et sans demander son reste, il partit. Il alla dans sa chambre et passa une bonne partie de la nuit à essayer de dormir mais le souvenir de cette soirée l’en empêcha. Ronnie quant à elle trouverait toutes les jonquilles qui avaient servi de chemin posées dans sa chambre, ce sort là Logan avait eu un peu plus de mal à l’installer parce qu’il n’avait pas eu accès à la chambre de Ronnie et donc il avait dû le faire de tête. Et maintenant, il se demandait si c’était vraiment une bonne idée… Sa vie était assez compliquée comme ça.

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MessageSujet: Re: Daffodil Lament   Dim 24 Fév - 13:07

Tout à coup, l’équilibre fut rompu. Logan se détacha d’elle et elle se sentit brusquement privée d’une part importante d’elle-même. Il n’était pas difficile de voir que Logan se sentait plus ou moins dans le même état mais ça ne lui apporta aucun réconfort : depuis quand la douleur des autres rendait-elle la sienne plus supportable ? Un petit sourire erra sur ses lèvres quand Logan la congédia. Bon, ce n’était pas tout à fait le mot approprié mais le résultat était le même. Il se défilait, une fois de plus. Et, même si elle savait pertinemment qu’il avait raison, qu’il faisait ce qu’il fallait faire, ce qu’elle n’aurait peut-être pas eu le courage de faire, elle en souffrit et lui en voulut, forcément.

Elle prit le bouquet qu’il lui tendait, toujours ce même petit sourire triste accroché à ses lèvres fines. Il n’était nul besoin de parler effectivement, Logan savait parfaitement à quoi s’en tenir. Ils se connaissaient trop bien pour avoir encore besoin de grands discours. Ronnie serra les dents pour empêcher ses lèvres de trembler, ne s’autorisant cette marque de faiblesse que quand le jeune homme eût disparu dans les escaliers.

Sitôt que le bruit de ses pas se fût éteint, elle se laissa tomber sur le sol, en tailleur, plongea le nez dans les fleurs odorantes et éclata en sanglots. Rohé s’envola de son perchoir dans un grand froissement d’ailes et vint se poser maladroitement près d’elle. Sans le regarder, elle tendit la main pour qu’il y glisse son bec et ils restèrent ainsi quelques minutes, immobiles, le silence n’étant troublé que par les pleurs de l’Américaine.

Il ne lui fallut guère que quelques minutes pour reprendre le contrôle d’elle-même et de ses émotions. Ses sanglots s’apaisèrent, sa respiration s’apaisa et elle se releva, après avoir essuyé ses yeux rougis d’un revers de la main. Son daemon vint se poser sur son épaule et frotta son bec contre sa joue. Il lui arrivait rarement d’être si démonstratif mais il arrivait que Ronnie en ait réellement besoin, et c’était le cas à ce moment.

La jeune femme poussa un profond soupir et s’engagea à son tour dans les escaliers. Elle ralentit à peine en passant devant la chambre de Logan avant de s’enfermer dans la sienne. Evitant soigneusement les jonquilles qui jonchaient la sienne, elle alla déposer le bouquet dans un vas posé sur sa table de nuit et qui ne contenait pour l’instant qu’une sorte de gigantesque marguerite orange, cadeau d’un certain macareux. Puis, à l’aide de sa baguette magique, elle fit disparaître le reste des fleurs qui retrouvèrent leur place initiale, dans la serre.

Ensuite, elle se démaquilla, se déshabilla, renfila son pyjama, sa robe de chambre en pilou et se réfugia sous sa couette. Rohé vint se percher sur la tête du lit et attendit en silence qu’elle commence à parler. Voyant qu’elle ne s’y décidait pas, il choisit de prendre les choses en main.

- Tu sais qu’il a eu raison ma caille, chuchota-t-il, une phrase que Logan n’aurait sans doute jamais cru entendre de la part du daemon.

Veronica acquiesça. Oui, il avait eu raison, ça ne rendait pas les choses plus faciles. Elle avait fini par se faire à sa présence ici, par apprécier leur complicité retrouvée, cette amitié presque saine qu’ils avaient réussi à renouer. Et voilà qu’il venait tout chambouler pour le Loganica’s day.

- Et puis, c’est pas perdu, ajouta le daemon, au prix d’un effort surhumain (surfaucon en l’occurrence). Tu sais qu’il t’aime.

Elle haussa les épaules. Quelle importance ? Si l’amour suffisait, Roméo et Juliette auraient vécu happily ever after. Et, pour avoir joué Juliette à quatorze ans, elle pouvait affirmer que ça n’avait pas été le cas.

- Allez, ça va aller…

Oui, ça allait aller. Comme toujours, elle allait s’en remettre. Et puis, ça finissait toujours par aller. Si on pouvait bien être sûr de quelque chose dans la vie, c’est que ça se remettait toujours à aller, à un moment ou un autre. Mais, pour l’heure, elle n’avait qu’une envie : se rouler en boule et ramener la couverture sur sa tête. Ce qu’elle fit.

Rohé poussa un soupir et s’envola par la fenêtre ouverte. Il ne lui fallut pas longtemps pour repérer la chambre de Logan et, après s’être posé sur un arbre proche, il resta un long moment à fixer les formes sombres qu’on distinguait derrière la vitre. La lumière n’était pas suffisamment bonne pour que sa vue ait toute son acuité habituelle mais il se rendit tout de même compte que le garçon ne dormait pas paisiblement, si l’on en jugeait par ses mouvements brusques et irréguliers. Au bout d’une bonne douzaine de minutes, Rohé revint se poser sur sa branche et observa Ronnie qui, elle, s’était endormie, des traces de larmes sur ses joues.

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