
|
|
| | La Quête mimétique de Celesta | |
| | Auteur | Message |
|---|
Celesta Christobal Ancien Personnage


Nombre de messages: 222 Age: 28 Date d'inscription: 10/07/2007
 | Sujet: La Quête mimétique de Celesta Ven 11 Jan - 13:46 | |
| [Ci-dessous, le récit de la transe mimétique de Celesta ; vous trouverez le topic complet ici]
Celesta avait mis du temps à accepter de se prêter au "jeu", mais elle ne fut certes pas la dernière à entrer en transe ; depuis un certain cours de forces mimétiques où l'Eurasienne avait mal réagi à un sort qui lui était lancé, elle avait fait un certain travail sur elle-même, pour éviter que ce genre d'incidents ne se reproduise. C'était la même lumière verte, irréelle, qui irradiait autour d'elle des cristaux, la même que celle de ce jet qu'elle avait essayé d'éviter. Mais cette fois, elle resterait assise ; sa confiance en Zephira avait plutôt eu tendance à diminuer... mais c'était différent, cette fois : il n'y avait pas de crainte à avoir pour la jeune femme, dans ce lieu reculé... et si Cel craignait pour quelqu'un, c'était pour elle, merci. Mais elle s'autopersuada que cette peur était normale, que c'était l'une des étapes du processus, un peu comme si elle avait déjà dû abattre une barrière spirituelle avant même d'entrer en transe.
Il lui fut donc relativement facile de se "détendre", malgré son angoisse latente ; n'avait-elle pas plus ou moins failli se retrouver transformée en branche d'ébène lors d'un cours mémorable de forces spirituelles ? Certes, elle avait alors un medium mais... non, non, ne pas y penser. Tout allait bien, elle n'était pas aussi désarmée qu'elle le pensait, elle n'était pas toute nue.
Non, elle portait une sorte de grosse robe de chambre en toile épaisse, du même gris-brun terne que le paysage caillouteux et désertique qui l'entourait. Oui, un grand costume de caméléon couleur caillasse. Celesta soupira ; l'épreuve qui l'attendait commençait plutôt tranquillement ; elle allait sans doute devoir errer pas mal dans le désert que semblait être son inconscient, mais pour la patience, elle ne craignait personne. Evidemment, elle aurait bien voulu savoir dans quelle direction aller, mais...
"C'est par là, tu ne vois pas cette tache de lumière là-bas ?" murmura une voix que Cel connaissait bien, et qu'elle aurait trouvé bien agréable à entendre si son ton n'avait été si froid, si plein d'amertume.
"M...maman ?" demanda la jeune reven en se retournant effectivement vers le visage de sa mère, un visage soucieux, aux rides plus marquées qu'à l'ordinaire, aux cheveux plus blancs aussi ; la vieille femme serrait les dents, l'air dur, et ses yeux fichés dans ceux de sa fille étaient pleins de larmes et de reproches. Elle n'eut pas besoin de dire quoi que ce soit pour que Cel, frappée comme on s'en doute de plein fouet par cette vision d'une mère âgée, vulnérable et surtout si amère, ne se sente obligée de se justifier devant la démarche qu'elle allait entreprendre. Elle n'aurait pas pensé devoir de but en blanc affronter une épreuve si pénible, si intime.
"M'man...", balbutia-t-elle à nouveau, sans quitter des yeux ce visage terrible de ce que serait sa mère plus tard... si elle la laissait pour devenir baguetière... Une vieille femme abandonnée. "Je dois le faire... je veux le faire, m'man. Je suis plus une petite f..fille" Les mots de Cel s'étranglèrent dans sa gorge, tandis que des larmes ruisselaient sous l'effet du remords. Sa détermination n'en était pourtant pas ébranlée pour autant. Oui, évidemment, entreprendre une telle démarche la couperait un peu plus de son foyer moldu, mais... c'était sa vie. Sa mère ne pouvait pas l'empêcher de... oh, c'était plus facile à dire sans ce visage aimé et malheureux face à soi. Non, elle ne pouvait pas la retenir, elle...
"M'man... non, lâche moi, s'il te plaît", demanda Celesta en constatant avec étonnement que la petite main tachée de sa mère -ou de son spectre- s'était refermée sur le pan de l'espèce de robe de chambre. Est-ce qu'elle pouvait faire ça ? Non, elle n'en avait pas le droit, le but du jeu était d'avancer, n'est-ce pas ? Pourtant, la vieille femme n'obtempéra pas à la demande de sa fille. Son poing se crispa encore un peu davantage, tandis que son regard se faisait plus sévère, reflétant une obstination que la vraie mère de Cel n'avait à sa connaissance jamais manifestée. Madame Christobal était plutôt du genre à se laisser marcher sur les pieds par faiblesse... mais pour garder sa fille, oui, évidemment, peut-être...
"Maman..." Celesta, comme elle ne parvenait pas à persuader sa mère de la lâcher, osa effleurer les doigts secs de la vieille femme, pour les déserrer en douceur. Mais curieusement, la poigne de la vieille était d'acier ; impossible de décrisper ses doigts si fragiles, Cel avait fini par s'y employer pourtant avec une certaine violence. Cet entêtement de la vieille femme faisait progressivement disparaître son remord et croître sa détermination à s'en aller. Rha, mais allait-elle lâcher ? Le combat entre les deux femmes commençait à réellement tourner à la bagarre. Cel n'osait pas faire de mal à sa mère, qui semblait si vieille, mais ça commençait à bien faire ! Finalement, exaspérée, Cel ôta la robe de chambre et, libérée, se rendit compte qu'elle était cette fois toute nue, évidemment. Elle se mit aussitôt à rougir, mais au même instant sa mère éclata de rire, encore quelque chose de tout à fait inhabituel ; son poing était resté crispé, mais le vêtement avait disparu comme par enchantement.
"Maintenant, vas-y donc !" s'exclama la vieille. Celesta eut un sursaut de remords ; sa vraie mère n'était pas si méchante, mais certainement aurait eu autant de peine... Et puis...nue... Elle jeta à nouveau un coup d'œil vers la plaine caillouteuse qui, évidemment, s'était peuplée d'une foule qui n'avait rien d'anonyme. Tous ces visages, Cel les connaissait, tous, elle les avait rencontrés, parfois il y avait longtemps, parfois peu de temps auparavant... A aucun d'eux, elle n'aurait souhaité se montrer nue, évidemment, mais ces fantômes à l'air si réel semblaient au contraire guetter cela avec impatience. Les épreuves allaient-elles s'enchainer si vite, si âprement ? Cel se tourna de nouveau vers sa mère.
Ce n'était plus la vieille femme trop ridée et trop chenue, mauvaise, acariâtre, obstinée. C'était sa mère telle qu'elle l'avait encore vue à l'aéroport, quelques jours auparavant, hochant la tête en essayant de dissimuler sa tristesse. Elle encourageait sa fille à repartir, malgré sa propre douleur. Celesta inspira un grand coup, et s'élança vers le point lumineux qui lui avait été désigné, la horde de ses souvenirs s'était écartée juste assez pour lui laisser un passage. Nue comme un ver, elle courut aussi vite qu'elle le pouvait, malgré la douleur provoquée par les cailloux tranchants qui lui écorchaient les pieds. Elle se rendit compte avec étonnement que, loin de se moquer d'elle, la foule l'applaudissait sur son passage. Mais ça ne l'encourageait pas vraiment, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'ils avaient beau être des produits de son esprit, ils devaient bien rire devant son petit corps blanc et sans grâce.
La foule perdait peu à peu de sa densité, tandis que le point lumineux se révélait être un feu de camp. Lorsque Cel y parvint -un peu essoufflée car il avait fallu grimper un peu pour les derniers mètres-, il n'y avait plus un seul bruit d'applaudissement ; l'endroit était vide... Ou presque. Près du feu, quelqu'un se chauffait tranquillement les mains. Il ne se tourna pas vers elle, mais Cel le reconnut sans peine, et la gêne provoquée par sa nudité redoubla, alors même que le jeune homme ne lui accordait aucune attention, tout absorbé qu'il était par la contemplation de la danse des flammes. Celesta resta quelques secondes immobiles, hésitante. Elle n'avait pas envie qu'il la voie dans cette tenue, oh non, mais avait-elle vraiment le choix ?
Elle s'accroupit près du feu à son tour, après avoir épousseté le sol pour en ôter les gravats les plus grossiers. Elle commença par se masser la plante des pieds, dont la chaleur du feu attisait les douleurs. Le garçon avait près de lui une bassine en cuivre remplie de ce qui devait être de l'eau ; Cel pâlit : elle lui aurait bien demandé de...
Se recroquevillant encore un peu plus sur elle-même pour dissimuler sa poitrine et son sexe, elle osa enfin interpeler son camarade.
"Euh... Abreu ?"
Dernière édition par le Ven 11 Jan - 14:16, édité 2 fois |
|  | | Celesta Christobal Ancien Personnage


Nombre de messages: 222 Age: 28 Date d'inscription: 10/07/2007
 | Sujet: Re: La Quête mimétique de Celesta Ven 11 Jan - 13:50 | |
| "Cel !"
Abreu, ayant tourné vers elle son beau visage, lui avait offert un sourire éclatant, et semblait rayonner d'une telle joie à sa vue que Cel s'en sentit aussitôt submergée de soulagement... C'était si bon de retrouver une personne vraiment heureuse de vous voir, surtout quand cette personne était votre petit ami... votre mec, votre homme. Car il n'y avait aucune ambiguïté dans le baiser qu'offrit Abreu à l'Eurasienne, aucune ambiguïté dans la manière qu'il eut de la prendre dans ses bras, comme s'il avait toujours fait ainsi. Cela semblait tellement naturel que Cel elle-même en oublia que les seuls baisers qu'elle avait échangés avec Abreu étaient probablement dûs à une consommation de chocolat illicite.
Bien sûr, elle n'avait pas oublié que tout cela ne se passait que dans son esprit ; elle avait bien saisi les règles du jeu. Mais au fur et à mesure que les mains tièdes du Lisboète parcouraient voluptueusement son corps rafraîchi par la course nocturne, cette pensée qui lui avait permis au départ de se libérer s'estompa progressivement. Le plaisir qu'elle éprouvait n'avait rien de factice ; près de Zephira, au plus profond des plaines, le corps de Celesta s'abandonnait progressivement, et un sourire d'aise illuminait ses traits. La douleur n'était pas factice non plus ; et lorsqu'Abreu effleura par mégarde le pied de la reven, celle-ci poussa un cri et le retira brusquement.
Abreu, tout étonné, jeta un coup d'oeil au pied effectivement endolori, encore couvert de cailloux, de terre, et d'un peu de sang. Il s'empressa de ramener près de l'eurasienne la bassine d'eau qu'il avait près de lui, et, avec des gestes très tendres, très délicats, pansa les plaies de son amie. C'était presque encore meilleur que les furtives caresses précédentes. Celesta ferma les yeux, laissant le bien-être l'envahir. L'eau était tiède, les gestes d'Abreu simplement parfaits. Que c'était bon... Et il n'y avait aucune question à se poser ; oui, ils étaient ensemble, complètement ensemble. Et les mains d'Abreu ne se contentaient pas de caresser les pieds de Cel. Petit à petit, elles devinrent plus aventureuses, mais ces gestes n'avaient rien d'hésitant. Oui, Cel était à lui. Le crépitement du feu, la voûte étoilée, la solitude... Ce n'était qu'un rêve, autant en profiter, non ?
Celesta laissa Abreu faire ; progressivement, elle lui rendit ses baisers, glissa ses propres mains sous la chemise de lin du jeune homme. Lorsqu'il ôta son pantalon, elle eut cependant une légère hésitation.
"Je... je devrais peut-être pas... je dois chercher ma..."
Abreu sourit, mais se pencha néanmoins vers Cel, qui était trop frustrée pour ne pas céder à ce contact inédit. Elle s'abandonna totalement lorsque le Portugais eut murmuré, en se penchant voluptueusement vers son oreille :
"Peut-être que la prochaine barrière, c'est de vaincre aussi ta peur de passer à l'acte ?"
Oh, Cel était toute prête à acquiescer à cette idée ; oui, après tout, elle ne l'avait jamais fait, c'était une peur qu'elle devait surmonter, se dit-elle tout en sachant que ce n'était pas vrai : car elle en mourrait d'envie, bien évidemment. Elle avait quand même 21 ans, et n'était pas tant de marbre qu'elle voulait bien le laisser croire. Près de Zephira, le corps de Celesta s'agitait doucement ; Abreu ne pouvait être qu'un amant délicat dans l'esprit de la jeune femme. Elle eut tout de même plus mal qu'elle ne l'aurait pensé.
La douleur, inattendue, fit l'effet d'un petit électrochoc à l'eurasienne ; bon sang, mais que faisait-elle ? le corps d'Abreu, râlant de désir, en train de la pénétrer ? Elle était en train de se faire sauter alors qu'elle devait chercher sa force intérieure ?
"Non !"
Celesta repoussa assez brusquement le corps d'Abreu, qui atterrit près d'elle, sur les gravats. Le jeune homme poussa un cri de douleur, et lui jeta un regard plein de reproches et d'incompréhension mêlés. Mais Celesta avait déjà commencé à se lever, époussetant sur ses jambes la poussière sale. Les traces de sang sur le sol achevèrent de la convaincre qu'elle n'aurait jamais dû...
"Je dois...vraiment y aller... je...pardon... je..."
Celesta ne pouvait soutenir le regard de son amant, tellement étonné, tellement triste...
"Mais tu n'existes même pas !" gémit-elle, comme si elle avait espéré que, du coup, il cesserait de la regarder ainsi. Mais elle n'y croyait pas vraiment, et il était toujours là, piteusement assis sur le sol... Celesta s'accroupit finalement vers lui et l'étreignit une dernière fois, des larmes coulant en abondance sur ses joues. Il faut dire qu'elle n'était vraiment pas certaine de pouvoir jamais vivre le même genre de choses avec le véritable Abreu ; elle ne savait toujours pas s'il était vraiment partant... s'ils auraient jamais cette intimité si profonde qu'elle partageait avec l'Abreu de ses rêves...
Ce fut un véritable arrachement que de quitter des bras si délicieux, et qui déjà semblaient proposer de nouvelles caresses. Celesta se releva rapidement, comme on enlève un pansement, et s'éloigna de quelques pas seulement, toujours en pleurant. Elle enfouit son visage dans ses mains, sanglotant tristement. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'elle n'entendait plus le feu crépiter.
Elle releva la tête ; tout avait disparu. Elle se trouvait dans une pièce baignée de lumière blanche. Le sol était blanc, lui aussi, et moelleux comme un tapis de mousse. Par terre, demeuraient la chemise et le pantalon d'Abreu. Celesta ressentit à leur vue une dernière bouffée de tristesse et de regret. Mais elle n'avait pas le choix, il fallait qu'elle continue. Elle aurait dû prévoir que ce ne seraient pas les peurs qui constitueraient les barrières les plus difficiles à franchir. |
|  | | Celesta Christobal Ancien Personnage


Nombre de messages: 222 Age: 28 Date d'inscription: 10/07/2007
 | Sujet: Re: La Quête mimétique de Celesta Ven 11 Jan - 14:04 | |
| Le silence s'installa pesamment, durant quelques longues secondes, comme une illustration sonore de l'endroit, d'une blancheur immaculée. Ce n'était pas un espace clos, c'était la seule chose que Cel, restée immobile, pouvait dire, parce qu'elle sentait un léger courant d'air l'effleurer, qui la poussa à revêtir les vêtements précédemment portés par le Lisboète. Chemise et pantalon blancs : elle était assortie au décor.
Cela lui fit d'abord du bien que les choses restent stables un moment. Mais au bout d'une ou deux minutes, elle commença à se poser des questions, et avança de quelques pas sur le tapis moelleux qui constituait le sol. Ses pieds, ses mains, sa peau semblait particulièrement pâles sous cette lumière diaphane qui tombait du ciel. L'atmosphère devenait au fil de ses pas un peu moite, comme si elle s'était enfoncée peu à peu dans une épaisse brume blanche. Ca n'avait rien de très rassurant, mais Cel était intimement persuadée que changer de direction n'aurait rien changé ; il valait mieux aller quelque part que faire du sur place. Elle avait beau se dire que c'était son esprit, qu'elle aurait dû contrôler tout ça, que les choses auraient pu devenir vert pomme si elle l'avait voulu... Les choses n'évoluaient pas. Pourtant, Cel n'avait pas l'impression d'avoir jamais eu peur du vide... de l'infini ? Elle commençait à en avoir assez.
"Alors ?" cria-t-elle finalement, sans que le son de sa voix porte nulle part, comme étouffé par le brouillard.
Presque aussitôt, un bruit de sabots se fit entendre.
*Comment peut-on entendre des sabots sur un sol aussi moell... ?*
Celesta s'était à peine posé la question que de la brume émergeait, en dépit de toute logique, un grand cheval blanc, harnaché de blanc. Celesta n'aimait pas ça ; c'était illogique, et puis ce trip du blanc... Et ce cheval, pourquoi ? Elle n'avait pas peur des chevaux. Bon, elle n'avait jamais monté aucun d'entre eux mais...
Celui-là, en tout cas, s'était arrêté juste devant elle.
*Okay, au moins c'est clair, comme ça...* songea Celesta en s'approchant des étriers. Oh, elle n'aimait pas du tout l'idée de se faire dicter sa conduite ; si elle avait pu choisir une autre solution, elle l'aurait fait, mais... quoi, elle n'allait pas rester dans ce brouillard juste par orgueil ! Péniblement, assez maladroitement, Cel se hissa en haut de la selle. A peine était-elle installée que le cheval partit au triple galop. Elle avait eu tort d'affirmer qu'elle n'avait pas peur à cheval. Mais qui n'aurait pas eu peur, lancé à cette vitesse au milieu de l'infini ? Seul le vent permettait d'imaginer la rapidité de l'étalon, et il semblait à Celesta que des bourrasques lui balayaient le visage, et menaçaient de la faire tomber. Elle s'était ratatinée sur sa selle, et ne voyait plus que le sol, qui perdait peu à peu et de sa blancheur, et de son moelleux, comme si la nuit était brusquement tombée. C'était de pire en pire. Gris perle, gris souris, gris foncé, noir... Noir absolu... Le cheval ralentit. Celesta se redressa lentement. Elle eut un haut-le-cœur qui faillit la faire tomber de sa monture.
~¤~
Le cheval était arrivé sur ce qui était un échiquier géant, avec ses cases en damier, un échiquier dont les pièces étaient à taille humaine, Cel étant en position de cavalier blanc. Au-dessus d'elle, à sa gauche, à sa droite, derrière elle : l'infini de la voûte étoilée. Il aurait suffit d'une ruade de son cheval pour qu'elle bascule dans ce vide angoissant...
"En retard ; vous n'arriverez jamais au bout si vous traînez en chemin comme cela", dit une voix que Celesta connaissait d'ordinaire plus douce, moins sévère.
Elle voulut articuler "miss Wood ?" mais les mots se retrouvèrent coincés dans sa gorge, à la vue de la reine des noirs. Une femme qui ressemblait effectivement beaucoup à Zephira, sculpturale, vêtue d'une robe noire. Mais les cheveux noirs, eux aussi, et les yeux non pas verts, mais étincelants d'un rouge menaçant. Comme le double maléfique de la prof de forces mimétiques, ce double que Cel avait créé dans son esprit depuis une certaine séance à la baguetterie, et qui lui apparaissait maintenant logiquement dans les méandres de son esprit. N'avait-elle pas tout fait pour éviter de se confronter à l'idée que Zephy avait elle aussi une face sombre ?
"Si vous voulez trouver votre force intérieure, il faudra d'abord prouver que vous en êtes capable. Que vous êtes capable de nous vaincre, mes pions et moi."
Les yeux de l'avatar noir de Zephy flamboyèrent plus que jamais, tandis que s'animaient, avec un claquement sourd, les pions devant elle. Ils étaient huit. Huit visages que Celesta aurait bien plutôt imaginés dans son camp que dans celui de la créature maléfique qui lui faisait face.
*Antonia... Lucy-Ann... Will... Marybeth... Zelia... Asa... Zofia... Zephyr*
Celesta les regarda, incrédule. Quoi, allait-il falloir qu'elle joue une partie d'échecs contre eux ? Mais elle ne connaissait même pas les règles !
"Je... je..."
Celesta voulut avouer son impuissance, mais c'était une véritable épreuve pour elle. Avouer à Miss Wood, de but en blanc, qu'elle n'était pas à la hauteur... Qu'elle n'y arriverait pas... Non, elle ne pouvait pas abandonner comme ça, simplement parce qu'elle ne connaissait pas les règles d'un jeu stupide ! Est-ce que ce n'était pas son esprit ? Est-ce que tout ça n'était pas... faux ?
Celesta rencontra le visage de ses amis, de ses soeurs. Terriblement vrais. Comment après une telle cohorte de paires d'yeux expliquer avec sang-froid et calme qu'on préfèrerait jouer au mah-jong ? Elle leva les yeux vers Zephira, et, d'une voix mal assurée, articula finalement :
"Allons-y"
~¤~
Elle considéra ses propres pions, restés inanimés. Comment cela fonctionnait-il, exactement ? Bon... le jeu consistait à déplacer ses pions, n'est-ce pas ? Voyons... disons qu'elle voudrait faire avancer celui tout à gauche de deux cases, comment...
Alors même que cette idée se fixait dans son esprit, le pion en question avança du nombre de cases désiré. Le spectre noir de Zephira eut un rictus épouvantable, avant de siffler, entre ses dents :
"Petits pions, petits pions entre mes doigts, je n'ai pas besoin de mes petits pions...Adieu petits pions..."
Les huit pions tournèrent la tête vers elle, tremblant de tous leurs membres, même Will et Zelia que Cel n'avait jamais vus dans une telle position de faiblesse. Lucy-Ann, qui se trouvait à une colonne du pion mu par Cel, se mit même à supplier : "Non...non !" Mais Zephira tendit la main vers la jeune fille, qui se mit à avancer de deux cases, malgré ses mouvements désespérés pour faire demi-tour. Une fois parvenue à une case du pion bougé par Celesta au tour précédent, la sœur de la reven s'effondra en larmes, tout en continuant de gémir piteusement : "non...non !" Sa nuque offerte semblait particulièrement blanche, entre le noir de sa tunique sommaire et celui de ses cheveux relevés en chignon. Eut-elle été sur l'échafaud que son comportement n'aurait pas été tellement différent.
Et c'était probablement le cas. Cel ne connaissait pas les règles des échecs, mais commençait à comprendre le règles de ce jeu que l'on lui faisait jouer. Le but était moins de faire appel à la stratégie qu'au courage... Son pion allait devoir "manger" sa soeur, c'était lui semblait-il le terme approprié. Mais qu'allait-il exactement se passer ? Evidemment, vue la tête que faisait Lucy-Ann, ça n'allait certainement pas être très agréable... Oui, tout cela était faux, bien sûr, mais dans le stress de la partie, ce n'était pas un détail très simple à assimiler. Celesta aurait préféré bouger un autre pion, mais savait qu'à un moment ou à un autre, de toute façon...
*Bon eh bien... mangeons...* songea-t-elle, tout en étant d'avance terrorisée par ce qu'elle venait de décider.
~¤~
Le pion s'avança vers Lucy-Ann, et, dès qu'il l'eut touchée, elle cessa de trembler. Son corps roula à terre, inerte. Celesta eut le temps de croiser le regard blanc de sa sœur avant que celle-ci ne tombe en poussière. Des grains de poussière noire qui restaient sur le damier si propre. Celesta crut qu'elle allait s'évanouir.
*Ce...ce n'est que... dans mon esprit... que...dans mon esprit...* essaya-t-elle de se convaincre, sans parvenir à maîtriser le tremblement de ses mains. Et dire qu'elle allait devoir... Allait-elle...? Tous ? Le rire de Zephira, perçant, lui vrilla les oreilles, lui offrant la réponse qu'elle connaissait déjà. Tous... Non... Ca, elle n'en serait pas capable. Il lui suffisait de croiser le regard de l'un ou de l'autre, ces regards si terribles de peur et de supplication... Non... Pas Will... pas Marybeth, ...pas...
Evidemment que si. Zephira la maléfique n'allait pas faire dans la dentelle. Nettement plus courageux que celui de Lucy-Ann, le pion de Zelia se laissa avancer de deux cases. Sa meilleure amie fixait Celesta de ses yeux vairons, l'air encourageant.
*Mange-moi*, articula la puffin silencieusement. Ca, Zelia avait toujours eu tellement de courage... Il suffisait probablement d'avancer un pion d'une case, ou quelque chose comme ça, Cel n'en savait rien... mais bon sang, comment pouvait-elle se soucier des règles ? N'avait-elle pas plutôt à se scandaliser à l'idée de faire tomber en poussière sa meilleure amie ?
*C'est pour la bonne cause, trouver ma force*, disait une petite voix dans la tête de l'Eurasienne. *Si c'est ça, trouver sa force, ce n'est pas acceptable*, disait une autre.
Celesta resta quelques secondes sans rien faire, semblant réfléchir à toute vitesse. Finalement, comme son cheval se mit à piaffer d'impatience, Celesta avança le pion qui se trouvait à sa gauche de deux cases. Comme ça, Zelia pourrait le manger. Bon sang, quelle façon idiote de réfléchir, si elle essayait de compenser comme ça ses meurtres successifs... Visiblement un peu déçue, Zephira fit à nouveau avancer Zelia ; le pion blanc disparut à son tour, mais sans laisser le moindre grain de poussière.
Cela ne réglait pas le problème de cette partie. Soit Cel réussissait... c'est-à-dire qu'elle se résignait à massacrer toutes ses connaissances... soit elle échouait, et ne parvenait donc pas à trouver cette fameuse force intérieure... Autant dire qu'elle n'avait pas vraiment le choix... Il fallait qu'elle avance. Qu'elle...
*Viens me manger*, articula silencieusement Zelia lorsque Cel croisa à nouveau son regard. Elle avait toujours été de loin la plus courageuse des deux...
*Viens me manger, avec ton cheval*, répéta, toujours en silence, Zelia. Ca n'était sûrement pas possible, ça, il aurait fallu qu'elle fasse un mouvement bizarre en forme de L, ça ne devait pas être autorisé, ça... Mais Zephira hochait la tête, et siffla d'une voix mielleuse :
"Obéis à ton amie... viens donc la manger..."
Celesta resta à nouveau immobile quelques secondes. Elle descendit lentement de cheval, mais le tenait toujours par la bride ; ainsi, elle avança de deux cases... Il ne lui restait plus qu'à bifurquer sur sa gauche. Vers Zelia. Elle s'arrêta un instant.
"Donne-moi la main", murmura-t-elle à son amie, comme pour lui témoigner un dernier signe d'amitié avant de la faire volontairement disparaître. Visiblement pas rancunière, Zelia lui tendit effectivement la main. Celesta inspira un grand coup. Elle regarda au-dessus d'elle, à sa gauche, à sa droite, l'infini de la voûte étoilée.
~¤~
Tout d'un coup, comme prise d'une impulsion subite, elle attrapa brusquement la main de Zelia et, lâchant la bride du cheval, courut vers le bord de l'échiquier. Elle eut le temps d'entendre le hurlement rageur de Zephira, le bruit des pions s'élançant vers elle pour la rattraper, avant de plonger dans le vide, sans lâcher le bras de son amie ; elle s'y agrippait comme si sa vie en avait dépendu. Surtout, ne pas perdre le contact. Sous elles, le vide...
*Ca, c'est fait. On passe à la suite. C'est moi qui décide... pas quelque chose de dur, surtout ne pas tomber sur un sol dur*, pensa aussi fort que possible Celesta, avant de fermer les yeux. |
|  | | Celesta Christobal Ancien Personnage


Nombre de messages: 222 Age: 28 Date d'inscription: 10/07/2007
 | Sujet: Re: La Quête mimétique de Celesta Ven 11 Jan - 14:13 | |
| Que se serait-il passé si Celesta n'avait pas, de toute ses forces, cherché à influencer sur la nature du sol que son esprit lui offrirait comme piste d'atterrissage ? Son corps se serait-il disloqué près du feu où il reposait, encore tendu, certes, mais enfin entier ? La question ne se posa heureusement pas. Signe, sans doute, que Cel commençait à maîtriser les règles du jeu, et qu'elle était sur le chemin de sa force intérieure maintenant qu'elle s'efforçait de les fixer elle-même...
Plouf !
Elle tomba dans la mer ; à pic. Ayant gardé les yeux clos jusqu'au bout, elle fut surprise par ce choc inattendu, et, ayant lâché la main de Zelia, remontait en suffoquant à la surface, comme un chien affolé. Elle n'avait jamais été une grande nageuse ; mais grandir au milieu des Rocheuses, forcément, ce n'était pas le meilleur moyen de devenir une petite sirène. Quant à la température de l'eau autour de l'île de Norsken... Cel n'était pas non plus un phoque bien enveloppé de graisse. Et sa petite expérience des piscines du Colorado, ou des sources chaudes de Tryll, n'avaient pas grand-chose à voir avec la mer où elle était tombée.
Toussant, crachant, pataugeant, Cel était au beau milieu de la mer ; une mer relativement calme, sous un ciel bleu à peine zébré de légers cyrus. Mais enfin, c'était bel et bien la pleine mer, et la surface était tout de même agitée de vagues pas trop menaçantes, certes, mais qui empêchaient de faire tranquillement la planche. Cel n'avait jamais fait de voile ; elle se retrouvait dans une situation inédite, dangereuse, seule...
"Zelia !"
Quel soulagement ! A quelques mètres de là, sans tousser ni cracher, mais avec l'aisance qu'elle manifestait en toute chose, la meilleure amie de Cel, qu'elle avait entraînée avec elle dans cette chute, avait réapparu à la surface de la mer. Il y avait une certaine logique, dans tout ça, sans doute, mais l'Eurasienne était surprise, et très heureusement surprise. Elle n'aurait pas pensé que pour son "épreuve", elle pourrait avoir sa meilleure amie à ses côtés, non, comme elle lui avait malencontreusement lâché la main, elle pensait devoir à nouveau faire face seule. Mais Cel n'avait pas trop la tête à se demander le pourquoi du comment, elle était bien trop soulagée de pouvoir compter sur son soutien habituel. Ce qu'elle ne manqua pas d'exprimer oralement.
"Oh Zel' ! Je...j'suis tellement contente que tu sois encore là !"
Pataudement, la reven effectua une série de brasses pour rejoindre son amie, en ingurgitant et recrachant à l'occasion un peu d'eau salée. Mais celle-ci continuait de faire du sur place, en agitant légèrement les bras, en fronçant les sourcils.
"T'aurais pas dû m'emmener... t'as pas suivi les règles, j'devrais pas être là..."
Celesta était un peu surprise de cette réaction assez peu enthousiaste, mais ça lui était égal. Zelia pouvait bien l'aider, quand même !
"Qu'est-ce que ça peut faire ? Si tu es là c'est... que j'ai le droit de...de, enfin, que...j'peux compter sur toi ! Tu vas pas... me laisser tomber, hein ? ..."
Celesta arrêta un instant de nager vers son amie, soudain inquiète.
"Dis tu...tu vas pas me noyer, hein ?"
Mais Zelia sembla sincèrement étonnée par cette dernière réplique.
"...m'enfin, non, voyons, évidemment ! Je... non, j'veux bien t'aider mais...n'empêche que ça me plaît pas. Pas du tout."
A Celesta non plus, ça ne plaisait pas de voir son amie si sceptique. Eh, oh, qui était la meneuse, d'elles d'eux ? Les rôles semblaient plutôt inversés... Et c'était effectivement bizarre. L'eurasienne s'obstinait néanmoins à conserver ses bonnes vieilles habitudes : se laisser guider.
"Zel... j'commence à...à fatiguer... t'as une idée de ce qu'il faut faire ?
- Ben... euh..."
Zelia désigna du menton un point situé derrière Celesta ; cettte dernière se retourna, et aperçut effectivement un îlot rocheux, à quelques centaines de mètres, peut-être, de là ; elle avait du mal à apprécier les distances, dans l'eau.
"Bon... c'est parti..."
Ca allait faire une sacrée longueur, mais Cel avait-elle le choix ? Elle ne pouvait pas attendre de se noyer. Elle entama une nouvelle série de brasses, avant de tourner la tête en arrière, et de constater que Zel...
"Tu...tu viens ? J't'en prie... tu peux pas me laisser !"
Visiblement à contre cœur, et toujours inquiète, Zelia obtempéra, sans un mot. Elle eut tôt fait de rattraper l'avance de Cel ; une fois à sa hauteur, elle murmura :
"C'est pas une bonne idée, c'est pas une bonne idée, j'te dis...
-Peut-être mais...de toute façon, sans...sans toi, j'y arriverai...jamais..."
Effectivement, Cel commençait déjà à faiblir. Les revens n'étaient pas franchement réputés pour leur force physique ; elle n'avait aucune habitude de la nage, encore moins contre le courant, avec des vagues lui battant régulièrement le visage. Et, effectivement, l'aide de Zelia s'avéra précieuse. A elles deux, les deux amies parvinrent, non sans mal, à proximité de l'îlot, lui aussi battu par les flots. Mais leurs problèmes étaient loin d'être terminés, car les hautes falaises qui leur faisaient face promettaient une sacrée escalade.
*Au moins, je finirai pas noyée*, songeait Cel pour se donner du courage, au moment d'amorcer la difficile manœuvre d'approche. Il valait mieux éviter également de se faire jeter sur les rochers par les puissantes vagues... Courageusement, la reven profita d'un reflux pas trop fort pour se précipiter vers un pan de rocher relativement accessible. Elle s'écorcha sérieusement le genou et le bras au passage, mais enfin, elle avait réussi. Son corps porterait pendant plusieurs semaines les ecchymoses et les plaies actuellement avivées par l'eau de mer, mais Cel n'en avait pas conscience. Pour l'instant, elle suivait d'un œil inquiet la manœuvre de Zelia... qui eut nettement moins de chance qu'elle. Elle parvint elle aussi à atteindre un pan de rocher, mais la vague qui l'y jetait fut plus forte qu'elle ne l'avait prévue, et lui arracha un cri de douleur.
"Aaaah ! J'crois que... que j'me suis foulée...aïe, mon genou..."
Celesta regardait son amie d'un air passablement inquiet.
"Je...tu...tu crois qu'ça va aller ?
-Ben...faudra bien... j'ai pas tell'ment l'choix..."
Zelia haussa les épaules, avant de se plaquer rapidement sur le pan de falaise qu'elle avait atteint ; effectivement, elles ne pouvaient pas rester là indéfiniment, la menace des vagues était toujours présente, comme le risque d'être assommée par l'une d'elle et de finir au fond de l'eau.
"Bon, je... j'sais pas quoi faire pour t'aid...
- Laisse tomber, c'est fait, maintenant ! J'suis là, j'suis là... Grimpe !"
Celesta soupira, mais ne se le fit pas dire deux fois. Elle avait les bras et les mains en compote, mais elle se lança dans l'ascension, en tâchant d'ignorer la douleur qui lui transperçait les mains à chaque fois qu'elle agrippait un morceau de falaise ; cette maudite roche était diablement tranchante, à croire que le but du jeu était de les saigner à blanc. Mais Cel s'interdisait de gémir, tant qu'elle entendait, derrière elle, Zelia grimper et souffrir en silence.
Toutes deux étouffaient leurs soupirs, leurs cris de douleur ; leur courage mutuel créait une certaine émulation, et Cel se surprit, petit à petit, à avoir le sentiment qu'une sorte de course s'était engagée entre elles deux. L'ascension devenait une lutte silencieuse ; mains, pieds, coudes, poignets, genoux... la technique de Cel n'avait rien d'académique, et mettait son corps dans un vraiment sale état. Mais au moins, elle grimpait, elle montait, elle en aurait bientôt fini... Un dernier effort, une dernière éraflure... Cel s'autorisa enfin à pousser un cri, mais un cri de soulagement et de satisfaction. Elle était arrivée en haut. Couverte de sel et de sang, et par voie de conséquence souffrant atrocement, certes, mais enfin, elle y était. Un merveilleux sentiment de fierté l'envahit, lui faisant oublier la souffrance. Elle ferma les yeux peut-être trois, peut-être cinq secondes, délicieusement soulagée.
C'est alors qu'elle l'entendit... le bruit des doigts affolés qui éraflent la roche, qui tentent désespérément de se glisser dans une fissure... Zelia ! Mon dieu ! Celesta se pencha aussitôt au-dessus du vide. Elle vit le visage de son amie. Ses doigts qui n'étaient plus que chair à vif ; ses yeux vairons exorbités par la douleur.
"J't'avais dit de pas..."
Celesta se pencha autant que possible vers le vide, tendant ses bras en avant, désespérément, pour aider son amie qui n'était qu'à quelques centimètres de ses mains... Elle pouvait l'atteindre ! Zelia se jeta, désespérée, vers la main qui lui était tendue. Ses doigts agrippèrent les poignets de Cel, avant de glisser rapidement le long de ses doigts. On aurait dit un ralenti. Celesta la vit très distinctement déraper, et tomber. au bas de la falaise, sur les brisants, elle vit très clairement le corps de son amie se fracasser, ses membres éclater, sa cervelle se répandre en traînées rouges et blanches.
Elle détourna la tête, prise d'une terrible envie de vomir... ou de se jeter elle-même du haut de la falaise. Maintenant, elle savait ce que c'était que de souffrir. Elle voulut hurler, mais aucun son ne pouvait plus sortir de sa bouche. Elle voulut pleurer, mes ses yeux ne lui répondaient plus ; un voile noir s'était posé sur eux. Le bruit des flots devint un bourdonnement assourdissant... puis se tut. Lorsqu'elle retrouva l'usage de la vue, les vagues avaient disparu ; la mer, la roche, le ciel, tout était fixe, immobile. silencieux. Le seul bruit qu'entendait Cel était celui de son propre cœur, battant une cadence infernale. Mais il se tut à son tour. Elle était vidée. Elle avait oublié qu'elle avait mal, oublié qu'elle était trempée d'eau de mer et de sang. La douleur de l'épreuve ultime avait comme anesthésié son système nerveux ; elle se sentait vide et inconsistante, comme un fantôme, physiquement comme mentalement.
Et, petit à petit, elle se rendit compte qu'elle pouvait penser. Marcher. Elle fit quelques pas sur l'îlot ; l'herbe rase n'était plus agitée par le moindre souffle de vent. Celesta soupira, vidée, étrangement apaisée.
*Je suis prête.* |
|  | | Celesta Christobal Ancien Personnage


Nombre de messages: 222 Age: 28 Date d'inscription: 10/07/2007
 | Sujet: Re: La Quête mimétique de Celesta Ven 11 Jan - 14:14 | |
| [La conclusion par Zephira]
Les filles ne s'en rendaient sûrement pas compte, mais plusieurs heures étaient passées déjà depuis le début de la transe. En fait, s'il y avait eu du soleil en cette saison, il aurait commencé à apparaître au lointain à cette heure de la matinée. La nuit avait été rude, pour les étudiantes, mais aussi pour le professeur qui avait l'air plus fatigué que jamais, ou plutôt, plus fatigué que la plupart des étudiantes l'avaient jamais vue. Elle n'en était pas au point d'être aussi faible qu'à son retour à Tryll, mais elle était quand même loin d'être aussi fraîche qu'au début de la soirée. Il faut dire qu'elle avait eu beaucoup de choses à faire. Il avait fallu qu'elle utilise son énergie magique pour faire durer cette transe, et pour aider les étudiantes à avoir la force de l'affronter, elle avait dû surveiller les quatre jeunes femmes, les soigner quand elle le pouvait (sans utiliser de magie pour ne pas interférer) et décider de les sortir de la transe ou non, pour certains cas "graves", comme Zelia qui avait perdu beaucoup de sang.
La première à atteindre son énergie magique fut Celesta. La reven serait sûrement étonnée d'apprendre qu'elle avait été celle qui avait le mieux réussi, tant au niveau du temps qu'au niveau de la compréhension générale de la transe, mais Zephira quant à elle n'en avait pas attendu moins de la part de son élève. Elle connaissait Cel depuis longtemps et pensait que la jeune femme pourrait aller très loin, plus loin peut-être que la plupart des étudiants de cette école, qui était déjà vouée à pousser ses élèves à aller au bout de leurs exigences. Quand elle entendit, ou plutôt sentit, que Celesta avait trouvé, elle se concentra et apparut à côté de Celesta. Elle n'était pas étonnée de voir cet îlot. En fait, ça n'était qu'une matéralisation, son esprit lui montrait son énergie d'une façon qui lui convenait. En réalité, l'énergie magique était quelque chose d'abstrait, d'intangible. Zephira sourit à Celesta, l'air fière de son élève. Elle n'avait rien de la Dark Zephy que l'étudiante avait affrontée aux échecs. Elle semblait même en être son parfait opposé. Elle portait une longue robe blanche, à fines bretelles, qui ressemblait un peu aux robes de la fin du XIXème siècle, un peu stylisée. Elle portait des bijoux en bois, principalement un gros bracelet en bois foncé près de son épaule, et un pendentif en bois, qui symbolisait un serpent. Ses longs cheveux blonds semblaient moins étranges dans leur couleur que d'habitude et ses yeux verts étaient.. verts. Pas verts pâles, pas fluorescents. Ils étaient en fait d'un vert tout à fait naturel. Sa peau était claire mais son teint n'avait pas l'air aussi parfait ou irréel que d'habitude. En bref, Cel avait devant elle une Zephira tout à fait normale, une Zephira qui n'existait pas, mais qui aurait pu exister si les évènements de sa vie avaient été différents.
"Bravo Celesta! Je savais que tu y arriverais!" lui dit-elle, d'une façon qui appuyait tout à fait les paroles.
Elle prit alors la main de l'eurasienne dans la sienne et lui dit de se concentrer sur cette énergie magique. Elles mirent à peu près cinq minutes à réussir à "extraire" cette énergie de l'endroit où elle se trouvait depuis toujours. Soudain, Celesta se sentit envahie par une vague de puissance qui ne pouvait que la terrasser. Elle n'eut plus la force de sortir seule de la transe, et ce fut Zephira qui dut s'en charger. A peine sortie de la transe, Celesta s'évanouit, de fatigue, mais aussi parce qu'elle sentait une puissance en elle qu'elle n'avait jamais sentie. Zephira la recouvrit d'une couverture épaisse et enleva tous les petits cristaux qui l'entouraient. Elle vérifia ensuite que l'étudiante allait bien, qu'elle n'était pas tombée dans une sorte de coma magique, mais tout ça n'était que de la fatigue, de l'épuisement, rien de plus grave. Le professeur sourit d'un air attendri. Des portes s'ouvraient à l'étudiante et elle n'en avait même pas encore conscience. Sa vie ne serait plus jamais la même... |
|  | | | | La Quête mimétique de Celesta | |
|
Sujets similaires |  |
|
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |
|