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 Quête de Wren Vaughn.

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Wren Vaughn
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MessageSujet: Quête de Wren Vaughn.   Dim 6 Jan - 14:13

[Avant de lire cette Quête, je vous conseille de lire au moins le Prologue, et si vous avez envie aussi Father to Son. Enfin, le prologue je conseille vraiment, ça vous permettra de comprendre quelque chose XD]


« - Ca f’sait longtemps qu’les Marshalls n’avaient pas eu d’visite. En général, c’plutôt en été qu’on voit une déferlante d’anciens élèves à eux qui débarquent…

- Ce sont des amis de mon père, je n’ai pas été leur élève mais je les vois en général une fois l’an… Cette année, c’est moi qui vient.

- Ah oui ? J’vous ai jamais vu par ici, j’suis pourtant l’seul taxi d’la région… C’est bizarre d’ailleurs, je vois jamais deux fois la même personne aller chez les Marshalls, j’suis plutôt physionomist’ pourtant. A croir’ qu’leurs anciens élèves viennent les voir qu’une fois dans leur vie… Et toujours en été…

-C’est devenu une sorte de tradition… Les Marshall préviennent quand ils sont à Londres et leurs anciens élèves les visitent, le voyage en Ecosse ne se fait qu’une fois, quand on a fini nos études….

-Mouais… Et des anciens élèves, ils en ont beaucoup encore ?... »


Il fallut une bonne quinzaine de minutes à Wren pour se dépatouiller de cette embarrassante situation. Une fois le seul taxi du coin reparti pour Glennfinnen, il soupira et se promit d’envoyer une lettre au Conseil pour les prévenir que l’homme devenait suspicieux. Le coup du couple d’anciens enseignants à la retraite ça marcherait pas ad vitam aeternam, surtout que les anciens élèves ne venaient qu’une fois. Le Conseil oubliait souvent que dans les petits villages, on parle. Déjà que les Marshall étaient des gens de Londres qui avaient débarqué à l’extérieur du village, en étant dans la maison la plus proche de cette étrange Brume que les villageois évitaient en général, alors si en plus ils se faisaient remarquer… Wren sortit un petit calepin d’une des poches de son sac en bandoulière, un sac en toile épaisse plein de poches, et ajouta cette chose à faire à toute la liste qu’il y avait déjà dessus. Il prit ensuite sa valise et commença à la faire rouler sur le petit chemin pour contourner la Ferme. Oui les Marshall étaient des amis de son père, mais il n’était pas là pour leur rendre visite, ce qui l’intéressait c’était la Brume, à une petite heure de marche de là.

Celui qu’on appelait Birdie n’avait rien d’un grand sportif, il mit sûrement un peu plus de temps que prévu à marcher jusqu’à la Brume et il était pas mal essoufflé quand il s’arrêta devant elle. Dans un réflexe stupide, il vérifia ses vêtements. Un pantalon à pinces marron, un gros pull en laine avec mailles torsadées, blanc, et une veste parka assez épaisse. Il n’était pas vraiment très bien habillé et avait l’air pas mal dégingandé, mais sa théorie étant qu’il ne fallait pas tricher avec la Brume, il avait renoncé au dernier moment de mettre un de ses costumes. Ils n’étaient pas très beaux, mais ils faisaient office de protection. En costume, il avait toujours l’impression de faire plus sérieux, même si ça ne l’aidait pas beaucoup en général. Il sortit un mouchoir d’une poche de son manteau et essuya ses lunettes qui avaient pris un peu de buée quand il s’était arrêté. Il avait soudain trop chaud et la panique le rendait incapable d’aligner deux pensées intelligentes à la suite.

« Respire espèce de crétin…. Tu sais que tu as raison. La Brume veut des gens qui sont honnêtes avec elle et qui peuvent lui apporter des choses…. Oublie un peu tout le reste, tu vas y arriver. Très bien. On se calme maintenant, et on pense à la tête des Mouches si tu étais le premier Watcher à réussir à entrer à Sywhaîd… »

Ces pensées réconfortantes, énoncées à haute voix, lui permirent d’afficher un air un peu plus détendu, air qui ne dura pas longtemps. Il crispa un peu sa main sur sa valise à roulettes, posa l’autre sur la lanière de son sac en bandoulière, dans lequel se trouvaient des tas d’objets sensés l’aider dans le cas où la Brume lui demanderait de faire de la magie, et prit une grande inspiration. Puis une autre, et une autre… Et une autre… Encore une… Non, encore une… Allez, une dernière… Non, celle-là ça va être la dernière. Cinq minutes plus tard, pratiquement hyper-oxygéné, il entra dans la Brume. En se raccrochant à la fierté que son père ressentirait s’il entrait à Sywhaîd, et à la tête de Charles O’Keefe.

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La Brume
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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Lun 7 Jan - 15:13

La Brume ne se dissipait pas au fil des pas de l'arrivant ; humide et froide comme n'importe quelle Brume... s'il n'avait pas été si bien informé, il aurait pu croire qu'il s'était trompé de destination. Mais c'était bien "la Brume", la seule, l'unique, et la Quête avait commencé : autour de lui, Wren n'entendait plus que le bourdonnement entêtant d'une nuée de mouches...

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Wren Vaughn
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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Lun 7 Jan - 16:19

Quelqu’un qui avait aussi confiance en ses connaissances que voulait le paraître Wren n’aurait sûrement pas douté une seule fois d’être dans la bonne Brume. A vrai dire, après cinq ou dix minutes de marche dans l’épais brouillard qui n’avait rien à envier à celui qui envahissait si souvent les rues londoniennes, l’anglais commença à se poser des questions. Evidemment, il ne pouvait pas vraiment s’être trompé, la Brume était trop étendue pour être un simple brouillard écossais, et il avait suivi le plan qu’il avait récupéré au Siège. Pourtant, une petite voix insupportable, qui ressemblait bel et bien à celle d’un certain Charles O’Keefe, n’arrêtait pas de lui répéter «Tu aurais l’air bien idiot si tu te trouvais dans un simple brouillard ! Imagine un peu, attendre une Quête qui ne viendra pas dans un brouillard tout ce qu’il y a de naturel… Hi-la-rant ! ». Saleté de voix. Et saleté de Charles O’Keefe aussi. Mais, comme il ne pouvait pas ignorer le vrai Charles, Wren était incapable d’ignorer celui qui était dans sa tête. Il finit donc par s’arrêter et sembla perdu quelques instants, cherchant quelque chose du regard, qu’il ne trouva évidemment pas puisqu’il ne voyait rien, comme s’il essayait de voir l’identité de la Brume à œil nu.

« C’est idiot… Je suis sûr que… »

Parler seul à haute voix, sûrement une preuve d’intelligence. Pourtant, quand les paroles étaient tout à fait différentes des pensées, on pouvait presque penser à de la schizophrénie. Se parler pour se dire des choses qu’on ne pense pas, plutôt étrange comme comportement. Le démenti des paroles fut rapide, il souleva son sac et plongea à moitié sa tête dedans. Quelques secondes plus tard, il en sortait une sorte d’objet rond, et plat, de la forme d’une boussole, doré. Il l’ouvrit et une aiguille noire et fine s’agita à l’intérieur de l’objet. Ca n’était pas une boussole, c’était en fait un objet qui permettait de vérifier que les flux magiques étaient présents dans un lieu. Et là, l’aiguille devenait carrément hystérique, Wren ne l’avait jamais vue aller à un niveau aussi élevé, il faut dire qu’il n’avait jamais été dans un lieu où la magie était vraiment pratiquée, il n’avait que peu quitté Londres jusqu’à présent, et n’avait jamais été dans des points de grande convergence magique. Au moins, il était maintenant sûr d’être sur la bonne voie. Avec un air satisfait, il rangea l’objet dans son sac et reprit sa marche, le pas plus léger. Si son avancée continuait à être aussi monotone, nul doute que le doute reviendrait dans une demi-heure environ, mais pour le moment il était rassuré.

Enfin, il le fut jusqu’à ce qu’il commence à l’entendre… Un bourdonnement. Celui de plusieurs insectes, un bon nombre… Des mouches. Il n’était pas spécialiste en insectes mais le bruit d’un nuage de mouches était plutôt reconnaissable, surtout pour quelqu’un qui, comme lui, avait été obligé de suivre son père à la chasse et à la pêche, et donc dans des lieux où les mouches semblaient ne vouloir vivre qu’en troupeaux. Enfin, ça n’était sûrement pas le bon terme mais bon… Wren n’aimait pas vraiment les insectes, comme beaucoup de personnes il était dégoûté par eux. Les mouches n’étaient pas le pire, il y avait les vers… Mais elles étaient quand même assez haut dans la liste, il faut dire qu’elles n’étaient ni belles ni… propres. Elles ne pouvaient qu’inspirer le dégoût. Il n’y avait pas vraiment de phobie pour Wren de ce côté, même si le dégoût pouvait être très fort selon les moments, il n’avait pas de mauvais souvenirs à propos des mouches… Ou du moins pas à propos de celles qui en étaient vraiment.

« Oh, je vois… » il s’arrêta et repositionna ses lunettes, dans un geste qui était sensé lui donner de l’importance, de la présence, mais qui le rendait un peu plus ridicule encore. Si on ajoutait à ça son ton un peu haut perché, celui qu’il avait quand il était en état de stress, il ne faisait pas vraiment bonne figure. « Des mouches… Le symbole ne m’échappe évidemment pas, c’est assez clair. Je ne vois pas vraiment ce que je peux faire cependant. »

A qui s’adressait-il et dans quel but ? Allez savoir. A la Brume elle-même peut-être, ou à personne en particulier. Quand il était angoissé, il parlait, c’était comme ça, même si ça le rendait souvent encore plus angoissé. Le cercle vicieux qui le menait au ridicule était toujours en marche et il tombait très souvent dedans.

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Lun 7 Jan - 16:31

Pour toute réponse, Wren n'eut droit qu'à l'apparition de l'essaim de mouches qu'il n'avait pour l'instant fait qu'entendre. Ce n'était en fait qu'un petit essaim, une douzaine de bestioles tout au plus qui sortirent de La Brume devant l'Anglais avant de se livre à un petit ballet aérien en apparence anarchique.

Mais, évidemment, la danse n'avait rien d'anarchique car, quand les mouches s'immobilisèrent, elles avaient adopté une position qui ne pouvait rien devoir au hasard: une mouche plus grosse que la moyenne voletait paisiblement devant un demi cercle formé par ses consoeurs. L'ensemble donnait bizarrement l'impression d'un cour de justice quelconque ou d'un jury à l'oral d'une grande école.

Aucune autre instruction ne fut donnée à Wren. A lui de voir ce que les mouches allaient juger.

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Jeu 10 Jan - 19:21

Les mouches arrivèrent, moins nombreuses que ce que Wren avait imaginé à la base. Etant claustrophobe, il avait pensé, en entendant le bruit de l’essaim, que la Brume allait l’engloutir sous une nuée de mouches. Wren imaginait toujours le pire, en espérant toujours le meilleur, il n’avait jamais su si ça faisait de lui un optimiste à l’imagination pessimiste ou un pessimiste qui avait encore un peu d’espoir. Mais ça n’avait aucun intérêt pour l’instant, pour l’instant il se retrouvait avec une douzaine de mouches qui faisaient un drôle de ballet. Devait-il comprendre ce qu’elles essayaient de lui dire ? Il parlait beaucoup de langages, mais pas celui des insectes, ou du moins pas encore. Il fronça les sourcils et observa les mouches avec un air concentré… et se sentit vraiment ridicule quand il comprit que les mouches se contentaient de se mettre en place. Etre un peu trop enthousiaste et prêt à réagir était… Euh… Souvent une plaie.

Il avait toujours été très enthousiaste dans tout ce qu’il faisait, il avait toujours voulu réussir et aimer ce qu’il devait faire, quoi que ce soit… Et s’était souvent trouvé très ridicule quand quelqu’un lui faisait remarquer qu’il faisait quelque chose de complètement stupide et qu’il n’avait donc pas à être si heureux de le faire. C’était tout le temps pareil, depuis l’enfance. Il se souvenait même qu’une fois, il avait passé tout un après-midi à faire le ménage dans maison, pour faire une surprise à ses parents qui râlaient souvent parce qu’il ne les aidait pas assez. Il devait avoir… peut-être douze ans à l’époque, et à cet âge là sacrifier une après-midi de jeu et de lectures (enfin ça c’était particulier à Wren peut-être) pour faire un truc aussi nul que du ménage, c’était quelque chose de très fort. Il était super heureux de faire la surprise, et quand ses parents étaient rentrés, ils avaient trouvé un foyer vraiment agréable, sentant bon le propre, parfaitement rangé. Il avait même fait un peu de décoration, ajouté des bougies, et même quelques fleurs sauvages dans un vase. Il était tellement heureux qu’il avait passé une demi-heure à trépigner, creusant presque un fossé dans le couloir à force de faire les cents pas, en attendant ses parents. Quand ils étaient rentrés, sa mère l’avait félicité pour tout le travail accompli, l’avait remercié et dit qu’elle était vraiment très contente. Quand il s’était tourné tout sourire vers son père, ce dernier lui avait dit qu’il y avait des choses bien plus intéressantes à faire que du ménage et que, même si c’était un geste gentil, ça n’était pas non plus quelque chose de si intéressant ou fantastique. Autant dire que son enthousiasme s’était dégonflé comme un soufflé un peu trop bousculé.

Les mouches se stabilisèrent et Wren attendit qu’on lui explique ce qu’il fallait faire, prêt cette fois à ne pas chercher à comprendre trop tôt. Seulement, rien ne se passait donc il finit par se dire qu’il était peut-être temps de réagir et de réfléchir. Il observa les mouches à travers ses lunettes, après les avoir réajustées comme il le faisait toujours avant de réfléchir et d’analyser quelque chose, et resta ainsi quelques secondes avant de se remettre à parler tout seul, drôle d’habitude qu’il avait, avait toujours eue, et aurait sûrement toujours. Même la honte que les moqueries de certaines personnes qui l’avaient pris à le faire n’avait pas réussi à le faire arrêter.

« Well… Je vois des mouches, dont une plus grosse, qui ont l’air de vouloir me juger… Ou du moins, de vouloir juger quelque chose, mais quoi ?... Peut-être que je dois me présenter, je ne l’ai pas fait, c’est impoli et la Brume, et ces mouches, attendent peut-être que je le fasse avant de réagir… »

Wren était quelqu’un d’assez logique. Il avait l’habitude de procéder par élimination, du plus simple, plus évident, au plus compliqué. Là, la première chose qu’il aurait faite face à un jury aurait été de se présenter, alors peut-être que les mouches attendaient ça pour réagir d’une façon ou d’une autre. Plutôt content de sa déduction, il sourit et, fixant les mouches, particulièrement la plus grosse qui devait sûrement être la chef, commença, toujours de cette voix un peu trop aigue et pointue due au stress :

« Wren Willoughby Vaughn, de Londres. Je suis un Watcher, de la branche des Erudits, enfin surtout archiviste pour le moment… »

Pour lui, il était vraiment essentiel d’être honnête avec la Brume, c’était là-dessus que toutes ses théories se basaient. Et il y croyait, vraiment. Il fallait qu’il y croie.

« Je suis ici pour essayer d’entrer à Sywhaîd. »

Voilà. Relativement bref et concis cette fois. Il était un peu trop paniqué pour être en état de rajouter des fioritures.

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Ven 11 Jan - 23:50

Brève et concise, telle fut également la "réplique" des mouches qui entamèrent un nouveau ballet aérien avant de faire du sur place quand elles eurent formé un point d'interrogation. La question était claire: Pourquoi?

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Ven 18 Jan - 9:25

Même Wren n’eut pas besoin d’analyser à haute voix ce qui se passait pour comprendre. Un point d’interrogation… A moins d’aller chercher trop loin, trop compliqué, ce qu’il arrivait parfois à Wren de faire quand il était vraiment stressé, la question que les mouches posaient était évidente… Ce qui ne rendait pas pour autant la réponse plus simple. La théorie de Wren pour entrer à Sywhaîd était qu’il fallait être honnête, ne pas mentir à la Brume, lui montrer vraiment ce qu’on était. Evidemment, quand il avait construit cette théorie, il avait pensé que ce serait quelqu’un d’autre qui serait à sa place. Une mouche très entraînée, préparée, qui aurait su depuis longtemps qu’elle devrait se découvrir devant la Brume… Lui, ça ne faisait que deux jours qu’il préparait ce voyage, et même s’il avait fait mine de l’ignorer, il savait bien que c’était parti d’une moquerie. Mais combien d’évènements de sa vie prenaient leur source dans la moquerie des autres ? Il ne les comptait plus. Et il ne s’en plaignait pas, il avait toujours vécu comme ça. Bien sûr, dans ses rêves, il était Wren Vaughn, Watcher respecté par ses pairs et son père, le genre de personnes qui impose le respect en entrant dans une pièce. Mais ça n’était qu’un fantasme, il ne pensait pas pouvoir l’être un jour. Et il n’avait pas vraiment un caractère qui poussait à l’apitoiement, il était plutôt du genre à se dire que plus tard ça irait mieux. Optimiste un peu rêveur, un peu pathétique sur les bords, mais pas méchant.

« Le Conseil m’a envoyé… »

Il s’arrêta quelques secondes, l’air embêté. Ca commençait mal, ça n’était pas la vérité vraie. Il déglutit et réfléchit encore un peu. Il ne voulait pas avoir l’air de vouloir berner la Brume, ça n’était pas son but. Et il savait comme il pouvait être maladroit quand il parlait, et même si la Brume était une Entité pluriséculaire qui n’avait pas besoin de l’entendre parler pour le comprendre, il savait que s’il lui posait une question c’était que la réponse serait importante. L’oral ça n’était pas vraiment le domaine de prédilection de Wren, surtout quand il y avait de la pression comme ça. Il avait tendance à faire des lapsus, à dire exactement ce qu’il ne voulait pas, à ne pas bien formuler et à s’enfoncer dans ses propres paroles comme on s’enfonce dans un sable mouvant. C’était un spectacle assez ridicule, pathétique, que certains trouvaient drôle mais qui était une vraie torture pour le premier concerné.

« En fait ça n’est pas tout à fait vrai… Je veux dire, je suis ici avec l’accord du Conseil… Enfin, je crois, même si mon père a fait annuler la mission parce qu’il ne m’en croyait pas capable… Vous voyez, c’est juste que j’ai cette théorie à propos de Sywhaîd. Je pensais, je pense toujours, qu’il suffit d’avoir des intentions pures et de dire la vérité à la Brume, d’être honnête, pour pouvoir entrer. Enfin, ça n’est pas tout à fait ça. »

Maintenant qu’il se trouvait face à la Brume, et qu’il était totalement à sa merci, il commençait à se demander si tout ça était aussi intelligent qu’il l’avait pensé. Peut-être que c’étaient les Mouches qui avaient raison, il disait n’importe quoi… Mais l’idée de repartir et d’aller dire à Charles O’Keefe qu’il avait raison… Non, c’était impossible. Birdie était peut-être synonyme de ridicule depuis sa plus tendre enfance, il n’en avait pas moins sa fierté. Surtout quand ça touchait à Charles O’Keefe et à sa bande, et aussi à ses théories. Il était intelligent, il était cultivé, c’était à peu près tout ce qu’il avait. Aujourd’hui, il faudrait qu’il soit courageux aussi s’il voulait mettre en valeur les deux seules qualités qu’il pensait vraiment avoir.

« Le Conseil m’a demandé de faire un exposé sur Sywhaîd pour les Mouches, qui sont comme vous le savez les Espions du Conseil. J’ai donc fait des recherches et appris qu’aucune Mouche, aucun Watcher n’avait jamais réussi à passer la Brume. Ca m’a donc poussé à me demander pourquoi… » Ca y était, il avait récupéré cette voix un peu haute perchée qu’il avait quand il faisait un exposé ou quoi que ce soit de ce genre. « Alors j’ai lu les rapports sur les Quêtes des Mouches et j’ai compris… » cette fois, la voix était plus agréable, plus chaude et passionnée. Face à des mouches, il oubliait presque qu’il avait un publique encore plus angoissant que ses camarades. Peut-être que le fait d’être face à une Entité qui logiquement ne devait pas juger le calmait un peu aussi… Bref, sa voix n’était plus celle qu’il avait quand il angoissait mais celle qu’il avait parfois quand il parlait à quelqu’un qui lui était vraiment proche d’un truc qui l’intéressait vraiment, qui le passionnait. « J’ai vu qu’ils avaient tous essayé de tricher ! Certains faisaient semblant d’être quelqu’un qu’ils n’étaient pas, d’autres ont juste menti sur certaines choses… Mais aucun n’a été totalement franc ! » il s’agitait, faisant les cents pas tout en expliquant ce qu’il avait découvert. « Ils ont tous joué un jeu… De même, ils n’avaient pas des intentions vraiment pures… Je ne parle pas de bonnes intentions, je parle d’intentions pures. Eux, ils voulaient essayer d’entrer parce que c’était le bizutage, la tradition, ou parce qu’ils voulaient juste battre la Brume et prouver que les sorciers n’étaient que des fantoches… Mais aucun n’avait de réel but une fois à Sywhaîd. Ils n’avaient pas vraiment envie d’y entrer, même pas pour espionner… Ils pensaient tous que s’enfermer dans un village autarcique plein de sorciers qui n’avait pas vraiment de liens avec l’extérieur et pas une place importante dans l’histoire était une mission qui n’avait rien d’important. Ils pensaient tous que c’était une corvée, et que celui qui réussirait serait à plaindre ! »

Il avait dit ces dernières phrases avec une pointe d’indignation à l’intérieur, qui n’avait rien de feinte. Certes, il n’avait pas vraiment entendu parler de Sywhaîd avant de commencer ses recherches pour la réunion, et on ne pouvait donc pas dire que c’était le rêve de toute sa vie que d’aller s’enfermer dans la Noble Lande, mais il avait une sorte de loyauté naturelle vis-à-vis des gens qui lui laissaient une chance, qui avaient confiance en lui, et il ne comprenait pas que les Mouches n’agissent pas pareil. Après tout, le Conseil leur faisait assez confiance pour en faire des piliers du boulot des Watchers. Ils étaient la crème de la crème. Ils auraient dû considérer n’importe quelle mission comme quelque chose de génial, comme un cadeau ! Au lieu de ça, ils jouaient aux divas et se plaignaient sans cesse. De même, s’ils avaient été accepté par la Brume, ils auraient dû lui être fidèle, à leur façon. Wren savait bien que s’il était accepté il ferait des rapports au Conseil, puisque sa loyauté avait toujours reposé en lui, mais ça serait compliqué et il aurait des choix à faire, parce que si la Brume lui accordait le droit d’entrer dans la Noble Lande, il aurait une sorte de double loyauté…

« Ce que j’appelle des intentions pures c’est tout simplement un vrai but, une vraie raison d’entrer à Sywhaîd. Une raison qui fait qu’on pourrait tout sacrifier pour la Noble Lande. Nous avons peu d’informations sur les gens qui entrent à Sywhaîd, mais je pense que c’est ce qu’on pourrait retrouver de commun chez eux. Ils veulent entrer à Sywhaîd, ils le veulent vraiment. Ils en ont besoin même. C’est ce qui les différencie des refusés… »

Il s’arrêta de parler et reprit sa respiration. La passion l’avait essoufflé, elle avait aussi allumé quelque chose dans son regard qui n’avait rien à voir avec la panique qu’on y trouvait si souvent. Wren ne paraissait sûr de lui que lorsqu’il avait une vraie théorie, quand il connaissait son sujet… Et quand il n’était pas face aux Mouches et à Charles O’Keefe en particulier bien sûr. Il réalisa soudain qu’il n’avait pas vraiment répondu à la question. Il n’hésita pas une seconde avant d’ajouter :

« Mes intentions sont pures. Je suis ici parce que je pense qu’entrer à Sywhaîd pourrait changer ma vie. Les Watchers m’ont envoyé, et si je rentre je leur enverrais des rapports, c’est certain. Mais je ne leur dirais pas tout. Je ne suis pas en train de dire que je serais un agent double… Je dis seulement que je ne suis pas là en premier lieu pour jouer à l’espion, ça n’est pas mon premier but, ça n’est qu’un… Comment dire ? Un moyen pour arriver jusque ici et pour pouvoir y rester. C’est aussi une sorte d’obligation, un devoir. Mais ça n’est pas mon but. » Il fit une toute petite pause. C’était la première fois qu’il avouait son vrai but en venant ici, son vrai rêve depuis toujours, et même s’il y était préparé depuis qu’il avait quitté la réunion sur Sywhaîd, ça n’était pas simple d’avouer un secret si chèrement gardé. Surtout qu’il ne pouvait s’empêcher de penser à ce que son père dirait en l’entendant dire quelque chose comme ça… La honte de la famille ! « Je veux entrer à Sywhaîd pour faire de la magie. Je sais déjà en faire, je m’y connais pas mal en théorie, mais je veux pouvoir pratiquer, je veux pouvoir m’y connaître encore mieux, devenir un spécialiste. Je ne sais pas quelle sera l’utilité d’un tel apprentissage, mais c’est ce que je veux. J’en rêve depuis que je peux rêver à quoi que ce soit… Et pour la première fois, j’ai une possibilité de réaliser ce rêve. »

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Mar 22 Jan - 18:16

Cette fois les mouches firent entendre un nouveau vrombrissement, pas vraiment naturel. En réalité on aurait presque dit qu'elles... riaient. Un petit grinçement moqueur. Aucun doute, elle se payait la tête de Wren. Sa crédibilité semblait remise en cause. Où étaient les preuves? Il faudrait faire mieux pour convaincre ce micro-tribunal...

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Jeu 24 Jan - 17:08

Wren était habitué aux moqueries, mais venant d’un groupe d’insectes c’était quand même inédit. Il en resta bouche bée quelques secondes, se demandant visiblement s’il comprenait bien ce qui se passait. Est-ce que les mouches se moquaient de lui ? C’était quand même un peu fort ! Des insectes ! Bon, des insectes représentant une Brume pluriséculaire mais quand même. S’il y avait quelque chose de plus humiliant que de se faire moquer par des insectes qui mangeaient des choses putrides, pour l’instant il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus. Il se sentit rougir, puis blanchir légèrement. Okay, il fallait qu’elles arrêtent de rire ces mouches ou il n’allait pas réussir à s’en sortir. Il prit une bonne inspiration et réfléchit. Il dû se mordre les joues pour ne pas réfléchir à haute voix, il aurait eu l’air encore plus ridicule s’il l’avait fait et ça n’était pas vraiment le moment d’en rajouter encore une couche. Il avait plus de mal à aligner des pensées cohérentes quand il ne pouvait pas les énoncer à haute voix, ou les écrire, mais il fallait faire l’effort, histoire de garder une image un peu… Enfin, une image pas trop ridicule quoi.

Il fallait qu’il les empêche de continuer à rire. Mais pour ça, il fallait qu’il sache ce qui les faisait rire… Etait-ce l’idée même qu’il essaie d’entrer à Sywhaîd ? Peut-être, mais dans ce cas il ne voyait pas vraiment comment faire en sorte que les mouches arrêtent de rire. S’il se souvenait bien, elles ne s’étaient mises à rire qu’au moment où il avait parlé de faire de la magie, de son but. C’était ça qui les faisait rire ? Son but pour entrer à Sywhaîd ? Si c’était le cas, il était mal parti puisqu’il était persuadé que le but était un des ingrédients principaux pour qu’on le laisse entrer… Est-ce que son but était si ridicule ? Est-ce que le fait de vouloir faire de la magie, que lui, Wren Willoughby Vaughn, veuille faire de la magie était aussi risible ? En fait, il ne s’était jamais posé la question. Il trouvait ça honteux, parce qu’il avait vécu dans un monde où on lui avait toujours présenté la magie comme quelque chose de mauvais, une sorte de vice.


Mais ça n’était pas si ridicule. Ca n’était pas forcément bien mais ça n’avait rien de drôle ! Il faisait de la magie, il en faisait déjà ! Et il se débrouillait bien, plus que bien, surtout quand on prenait en compte qu’il faisait ça en cachette, ce qui ne facilitait pas les choses ! Il se débrouillait très bien, et avait un bon niveau de magie, même s’il était un non-sorcier et qu’il n’avait donc pas les mêmes moyens que les sorciers. Il faisait déjà une bonne magie, une magie assez étrange en fait, une sorte de magie qui mélangeait la magie assez ancienne à une magie très moderne, qui utilisait des accessoires qui auraient pu être appelés de la technologie si on avait pu donner ce terme à quelque chose qui utilisait de la magie. Il était fier de la magie qu’il faisait… Enfin non, il avait honte, mais il en était fier aussi, parce qu’il faisait de la bonne magie, il se débrouillait bien. Et c’était ce qu’il fallait qu’il montre. Il fallait qu’il prouve qu’il n’était pas qu’un rigolo qui ne savait pas de quoi il parlait, qu’il pouvait apporter quelque chose à Sywhaîd. Il était intelligent et tout à fait capable, il fallait juste qu’il le montre.

Se connaissant assez pour savoir que cette montée d’estime de soi ne durerait pas longtemps, il se dépêcha de surfer sur cette vague et plongea son bras dans son sac. Il en sortit une sorte de globe en verre, qui en fait était fait dans un cristal très spécial et avait été trempé dans une potion au moment où on refroidissait le verre en fusion quand on en avait fait un globe, afin de lui donner des propriétés magiques. Ce globe était une sorte de médium, mais au lieu de canaliser les flux internes, il canalisait les flux externes. Enfin, c’était un peu plus compliqué que ça, parce qu’il ne fonctionnait que pour une certaine gamme de sorts, les sorts élémentaux, il canalisait donc les flux élémentaux externes. Parfait pour faire de la magie élémentale quand on était un non-sorcier. Parfait mais très compliqué, tant au niveau de la fabrication de l’objet que de l’apprentissage pour l’utiliser par la suite. Wren avait acheté l’objet à un recéleur, et étrangement il ne s’était pas fait arnaquer. S’il y avait une chose que Birdie savait faire, c’était bien de juger les objets magiques. Il coulerait de l’eau sous les ponts avant qu’on ne l’arnaque dans ce domaine.

Ca faisait quelque chose comme deux ans qu’il avait acheté ce globe, un Globe Elementalis, de son vrai nom, et il savait qu’il était encore loin d’avoir fait le tour de ses capacités. Même avec un tel objet, il restait très compliqué pour un non-sorcier d’apprendre à faire de la magie, surtout une fois passé les potions de base. Wren travaillait comme un acharné, et il n’avait encore exploré que les bases de ce globe, ne faisant grâce à lui que des sorts très basiques de magie élémentale, le genre de sorts que la plupart des sorciers savaient faire.

Le globe était d’une taille assez impressionnante, Wren avait de grandes mains mais le globe n’était à l’intérieur de celle-ci que de moitié. Elle était transparente mais elle se mit rapidement à scintiller, à devenir blanche très pâle, irradiant d’une lumière de la même couleur. Wren la tenait droit devant lui et elle l’éblouissait un peu mais il y était habitué. Haut et fort, il récita une formule, en sumérien et la boule prit devint encore plus brillante, jaune très pâle, avec quelques reflets d’orange et même de rouge, une vraie couleur de feu. Maintenant qu’il avait un flux magique de feu dont il pouvait disposer, il réalisait qu’il ne savait pas quoi en faire. Il ne fallait pas qu’il se déconcentre trop, ou l’effort serait vain, mais qu’est-ce qu’il pouvait bien faire avec du feu dans un endroit aussi désert ? Il pensa bien quelques fractions de secondes à griller une ou deux mouches mais il se disait que ça n’était pas vraiment quelque chose qui prouverait qu’il n’était pas hostile à la Brume, et puis, ça n’était pas très poli. Il plongea donc sa main libre dans son sac et en sortit une sorte de bâton en bois. C’était un simple bâton de bois, pour se défendre sur le chemin, mais quelque chose lui disait maintenant que ce bâton ne servirait à rien. Il prit une ancienne chemise et l’enroula du mieux qu’il pouvait autour du bâton, ce qui était plutôt compliqué, surtout qu’il gardait le plus de concentration possible et qu’il n’avait donc qu’une main libre. Il réussit à faire un nœud qui tenait vaguement et un sourire s’afficha sur son visage. Bon, okay, il aurait mieux fait d’y réfléchir avant ça aurait été plus simple mais quand même.

Il ne lui restait plus maintenant qu’à avoir assez de concentration pour réussir à diriger la flamme. C’était la chose la plus compliquée, parce qu’il n’avait pas de flux magiques internes et qu’il fallait donc qu’il ne le fasse que grâce aux flux externes, ce qui était bien plus complexe, moins naturel qu’à la manière sorcière. Il recommença à se concentrer, le plus possible, même si ça commençait à être un peu fatiguant du fait qu’il maintenant la concentration depuis un bon moment. Il décida donc d’abréger et donna une petite impulsion. Une flamme apparut sur le haut du bout de bois, enflammant la chemise. Il avait à présent une torche qui éclairait les environs d’une façon très réconfortante. Wren n’avait jamais aimé le noir. En plus, la torche brûlerait mieux et plus longtemps que si elle avait été normale, sans magie, le globe permettait de faire une flamme qui se nourrissait plus ou moins toute seule pendant plusieurs heures. Wren était plutôt fier de lui, il savait que c’était une preuve de ses compétences. Il espérait vraiment que les mouches arrêteraient de rire, c’était le but de base après tout.

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Mar 29 Jan - 11:20

Un bel exercice, indubitablement, mais dont le résultat ne fut pas longtemps efficace ; à peine le postulant avait-il eu le temps de se réjouir de sa belle torche : une pluie torrentielle s'abatit précisément sur lui, pluie magique bien sûr, qui éteignit torche et globe instantanément, avec un grésillement pitoyable dans le premier cas. Cet énorme seau d'eau laissa le pauvre Wren tout étourdi, le globe s'échappa de ses doigts humides et, roulant sur la terre boueuse, se perdit dans la Brume.

Lorsque la pluie cessa, aussi vite qu'elle était survenue, un chemin se fraya là où, quelques instants plutôt, une nuée de mouches barraient le passage au non sorcier. Mais ce chemin ne menait clairement pas dans la direction qu'avait empruntée le globe élémentaire. Wren était-il heureux d'avoir payé ce prix pour se débarrasser des mouches, ou courrait-il à la poursuite de sa précieuse bouboule ?

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Dim 3 Fév - 14:01

L’arroseur arrosé, c’est un peu l’impression que Wren eut quand une quantité non négligeable d’eau l’aspergea et éteignit sa torche, son globe et le peu de fierté qui lui restait par la même occasion. Trempé, les cheveux collés au crâne, les lunettes pleines de gouttes d’eau, ce qui ne rendait pas sa vision très facile, et les vêtements collés au corps, ce qui ne le rendait pas vraiment moins ridicule, il resta quelques secondes hébété, tenant fermement la torche mais lâchant on ne sait comment ou pourquoi le globe. Sûrement un effet de la pluie, parce que Wren se serait raccroché à cette boule plus encore qu’à sa vie s’il avait été en possession de tous ses moyens. Sans bouger, frissonnant seulement, il vit le globe rouler dans la terre et s’éloigner dans la Brume.

Quand la pluie cessa, le premier réflexe de Wren fut celui de n’importe qui ayant des lunettes. Il rouvrit son sac, qui n’avait pas trop souffert de la pluie heureusement, et en sortit un chiffon à lunettes. Il passa quelques longues secondes à bien les essuyer, les remit sur son nez, se rendit compte qu’il n’avait pas bien nettoyé, recommença puis finit par les remettre sur son nez. Et c’est là qu’il se rendit compte que les mouches avaient disparu, laissant place à un chemin. Est-ce qu’il devait le suivre ? Laisser sa boule se perdre dans la Brume, sorte d’offrande faite pour pouvoir passer ? Seulement, il avait mis beaucoup trop de temps et d’énergie à fabriquer puis apprendre à maîtriser cette boule. Ca serait autant de temps de perdu s’il la laissait dans la Brume, puisqu’il n’était pas sûr d’avoir les ustensiles et ingrédients à Sywhaîd. Et puis, c’était une opération très délicate, il n’était pas sûr même en ayant tout ce qui fallait de réussir à refaire une telle boule. Et même s’il y arrivait, il faudrait qu’il réapprenne à la contrôler, parce que chaque accessoire pour non-sorcier était particulier, personnel et différent.

Il n’hésita pas plus de dix secondes et tourna vers l’endroit où avait roulé la boule. Le terrain était légèrement incliné, juste assez pour que la boule puisse rouler aussi loin qu’elle le voulait. Evidemment, l’anglais savait bien que ça n’était pas obligatoire pour la faire rouler dans un endroit tel que celui-ci mais il ne pouvait s’empêcher de se raccrocher à certaines réalités logiques et scientifiques. Après tout, il n’était pas né à Sywhaîd, le fait qu’une entité toute puissante puisse faire à peu près n’importe quoi n’était pas quelque chose qui était ancré dans son savoir et dans ses croyances, il lui fallait du temps pour s’y habituer.

Il marchait et son pantalon collait à ses jambes d’une façon très désagréable. Il passa la main dans ses cheveux courts pour les ébouriffer un peu, non pas pour une question de look mais plutôt pour qu’ils sèchent plus vite. Ca faisait longtemps que Birdie avait oublié l’idée de s’arranger un peu. S’il avait eu un peu plus d’assurance, sûrement qu’il aurait eu beaucoup de charme. Mais toutes ses tentatives étaient toujours massacrées par son côté gaffeur et par les réflexions des autres. Il n’avait pas un physique désagréable, mais il pouvait paraître presque ordinaire, passe partout, s’il ne s’assumait pas un peu plus. Surtout habillé comme il s’habillait, en général de costumes mal taillés ou de vêtements au moins aussi insignifiants. Pourtant, quand il souriait, quand il souriait vraiment, on voyait qu’il y avait quelque chose chez lui, quelque chose d’attirant. Seulement Birdie ne souriait pas souvent, il n’en avait pas souvent l’occasion et quand il le faisait c’était la plupart du temps d’une façon crispée, pour rire à une vanne qu’on lui avait lancée, pour faire comme si ça ne le touchait pas. Ce qui était en général loupé, un sourire crispé était presque pire qu’une crise de larmes. Ca montrait qu’on avait été touché mais que, surtout, on n’arrivait pas à le gérer. Il y avait des tas de choses que Vaughn Jr. ne savait pas gérer, la méchanceté était une de ces choses.

Il ne voyait rien dans la Brume, il fut obligé de s’arrêter au bout d’un petit moment. Il ouvrit pour la troisième fois son sac et chercha de quoi faire un peu de lumière. Bien sûr, il ne pensa pas une seconde à utiliser une lampe torche, il savait que les ondes magiques que dégageait la Brume étaient bien trop fortes pour pouvoir utiliser un objet électrique. Il finit par sortir une sorte de néon, qui ressemblait à ces néons, longs, que les explorateurs utilisent dans les grottes. Mais ça n’était pas du tout la même chose, c’était plutôt une sorte de copie non électrique que Wren avait bricolée. Il avait en fait chargé les circuits d’énergie magique grâce à une potion qu’il avait trouvée dans un grimoire. Il agita le néon deux ou trois fois et ce dernier diffusa soudain une lumière pâle, blanche. Le genre de lumières un peu entêtantes mais qui aujourd’hui étaient vraiment rassurantes. Wren aurait souri s’il n’avait pas été aussi occupé à scruter le sol pour essayer de retrouver sa boule.

Il fallait qu’il la récupère, et il ne pensa même pas au fait que, peut-être, le chemin qu’il avait refusé de prendre l’aurait emmené à Sywhaîd. Ou plutôt, il y pensa mais chassa cette pensée. Il était assez intelligent pour savoir que courir après la boule n’était sûrement pas ce que la Brume attendait de lui, mais il ne pouvait pas s’en empêcher. Il pouvait être très obstiné, très entêté, et même quand il savait qu’il courait à sa perte, il faisait tout de même ce qu’il avait décidé. C’était une sorte de rigidité presque morale. Quand il avait fait un choix, il s’y tenait. C’était d’ailleurs pour ça qu’il affrontait la Brume en premier lieu, parce qu’il avait accepté et qu’il était hors de question qu’il revienne sur ce qu’il avait décidé. Quant à cette boule, il ne pouvait vraiment pas laisser un tel trésor se perdre dans la Brume. La Brume n’avait pas besoin d’une telle boule, pour elle ça n’était rien, pour lui c’était tout.

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Mer 6 Fév - 0:06

La frontière était souvent ténue entre une qualité et un défaut. Pouvait-on encore estimer que c'était de l'obstination que d'errer au milieu de ce brouillard impénétrable, à la recherche d'une boule qui pouvait tout aussi bien se trouver à quelques mètres de là, en effet, qu'à l'autre bout de la Brume, à moins qu'elle n'ait été purement et simplement détruite ?


Assurément, Wren était fou d'espérer retrouver simplement sa précieuse boule magique au milieu de cette purée de pois ; peut-être même cela s'apparentait-il à de l'arrogance, de même que l'idée que tenir ce globe du bout des mains le mettait en sécurité, lui garantissait que la Brume ne pourrait pas l'en priver. La pluie avait rendu la paroi lisse de l'objet plus glissate que du savon ; mais la Brume aurait tout aussi bien pu faire sauter l'objet de lui-même des mains de son propriétaire.

Wren errait, donc ; cette quête dans la Quête dura aussi longtemps qu'il en fallut au jeune homme pour commencer à accepter l'idée que, peut-être, il ne reverrait pas son précieux artéfact*. Sitôt que cette idée s'insinua dans son esprit, une voix retentit autour de lui. Une voix d'homme, gave, et où grondait une pointe de colère.

"Tu fais l'idiot, tu prétends être gonflé d'une humble curiosité à l'égard de la Lande, mais tu n'es pas différent des autres ; gonflé de prétention et d'orgueil, tu crois peut-être que ce sont tes petits tours de passe passe qui t'ouvriront les portes ? Et que tu pourras les franchir avec tout ton barda ? Simplicité et dénuement t'auraient ouvert tout droit les portes de la Lande ; en lieu et place de quoi, tu bifurques, occupé simplement par ton petit savoir bâtard.

Pourtant tes incantations sont pitoyables en comparaisons des capacités du plus piètre des sorciers. Si tu connaissais la magie, et si tu connaissais la Brume, aussi bien que tu le prétends, alors tu n'aurais pas cherché à convaincre de cette manière. Tu aurais la sagesse de ne pas chercher à être ce que tu n'es pas. A quoi bon s'obstiner dans cette voie ? Il n'est pas nécessaire d'être sorcier pour entrer. Encore moins de prétendre y tendre."


* A toi donc d'évaluer cette durée

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Sam 9 Fév - 14:29

« Ca n’est pas… je n’ai jamais… »

Comment réagit un enfant battu quand quelqu’un lève la main sur lui, même des années après avoir quitté le parent qui le quittait ? Il recule et essaie de se protéger. C’était un peu la réaction de Wren à ce moment précis. Certes, Mr Vaughn Senior n’avait jamais posé sa main sur lui, mais les humiliations et les critiques infondées il n’hésitait jamais à les faire, et ce depuis que Wren était tout petit. Ce dernier avait donc des réflexes très précis face à ce genre de paroles. Il avait rabaissé son bras, qu’il tenait levé pour éclairer son chemin depuis plus d’une heure, temps approximatif qu’il lui avait fallu pour que l’idée qu’il ne récupèrerait jamais cette fichue boule s’infiltre réellement dans sa tête de bois d’Anglais. Ensuite, il déglutit bruyamment et tenta une vaine réponse. Avec son père, il n’avait jamais été capable que de murmurer quelques paroles incompréhensibles avant de se taire et de se manger encore toutes les critiques qu’il pouvait avoir envie de lui faire.

Sauf que la Brume n’était pas son père. Et que même si, objectivement, elle était beaucoup plus puissante que Mr. Vaughn, ça ne changeait rien, elle n’avait pas cette sorte d’ascendance sur Wren qui l’empêchait de répondre à son père. Et puis, il lui avait répondu après tout. Juste avant de partir. Bon, il ne lui avait pas dit tout ce qu’il aurait aimé lui dire, mais il lui avait tenu tête, d’une certaine façon. Et après avoir réussi à faire ça, il pouvait quand même au moins répondre à cette Brume. Surtout qu’elle se trompait. Enfin, évidemment, elle était omnisciente donc elle devait faire exprès de se tromper, mais Wren n’y pensait pas pour le moment, trop touché par ce qu’elle avait dit. Il n’arrivait pas à prendre du recul.

« Vous avez tort. »

Sa voix était plus posée et plus décidée qu’il ne l’aurait cru. Il avait pensé qu’il aurait cette voix larmoyante qu’il détestait, celle qui l’obligeait à se racler la gorge et à finir par se taire. Mais non. Sa voix était douce et profonde. Sûrement le genre de voix qu’il aurait eu tout le temps si son père n’avait pas passé sa vie à le rabaisser. Pourquoi cette assurance soudaine ? Peut-être parce que la Brume avait dit des choses profondément injustes et que l’injustice était quelque chose que Wren ne supportait pas. Peut-être aussi qu’il était déjà assez fatigué pour agir plus ou moins au radar. Disons qu’au bout du moment, quand vous êtes dans une situation dangereuse et inconnue depuis un moment, vous oubliez vos petites manies, vos petites névroses pour vous concentrer sur ce qui demande vraiment votre attention. Il allait répondre, c’était la seule chose à faire, pour une des rares fois dans sa vie il ne se demandait pas quelles seraient les répercussions, ou même s’il n’avait pas l’air d’un bouffon, s’il arriverait à faire passer le message. Non, il se contentait de répondre.

« Je n’ai jamais parlé d’humble curiosité. J’ai dit que mes intentions étaient pures, mais j’ai aussi bien expliqué que « pures » ne voulait pas dire parfaites. Je veux réellement entrer à Sywhaîd, c’est ça qui est pur. Mais pour le reste… Evidemment que j’ai de l’orgueil et de la prétention ! Je ne pense pas qu’une seule personne venant passer cette Quête en manque ! Il faut être particulièrement orgueilleux pour décider d’aller à un endroit où une Brume décide de si vous pouvez entrer ou non. Il faut être prétentieux pour penser avoir ses chances ! Bien sûr ! Je n’ai jamais dit que je n’avais pas de défauts, et si vous m’aviez questionné à ce sujet l’orgueil et la prétention auraient sûrement été deux des premiers défauts que j’aurais cités. Mon orgueil ne se place peut-être pas aux mêmes endroits que l’orgueil se place sur la plupart des gens. Ce ne sont pas mes connaissances qui font de moi un orgueilleux, pourtant elles sont ce que j’ai de plus cher, ce qui fait ce que je suis. C’est mon travail qui fait de moi un orgueilleux. Je travaille plus que n’importe qui et je fais du bon travail. C’est ça mon orgueil et c’est là que se porte votre erreur. Je ne suis pas gonflé d’orgueil quant à mes tours de passe passe, ou du moins pas comme vous avez l’air de le décrire. Je suis fier de ce que j’ai fait parce que je sais tout le travail que ça m’a demandé. Je sais que ça n’est pas parfait, que c’est même loin de l’être, mais les heures que j’ai passé à étudier et à m’entraîner me rendent fier oui. Parce que je n’abandonne pas et que je mérite le peu de réussite que j’ai dans ce que je fais. Je crois avoir le droit d’avoir un peu d’orgueil et je ne crois pas que ce soit vraiment mon défaut principal, même s’il est vrai qu’il est présent. Si j’étais tellement orgueilleux je crois que je ne serais plus Watcher depuis longtemps, personne ne me prend au sérieux là-bas. Un sacré coup pour l’orgueil. »

Il afficha un drôle de sourire, un peu amer mais aussi assez ironique. Quand il arrivait à prendre un peu de distance par rapport à tout ça il se rendait bien compte que les gens avec qui il passait le plus clair de son temps étaient des idiots. Il savait bien qu’il n’avait aucune raison de rester là où il était, qu’il devrait essayer de faire autre chose. Mais il avait peur. Les Watchers c’était tout ce qu’il avait connu depuis sa naissance. Et que ferait-il une fois qu’il se serait coupé de tous les gens qu’il connaissait ? Où irait-il ? Comment continuer à étancher cette soif d’apprendre qui l’habitait aussi loin des archives des Watchers ? Et puis, surtout il ne voulait pas décevoir son père. Ce père qu’il décevait déjà tant, et dont il savait très bien qu’il le décevrait quoi qu’il fasse, puisqu’il n’était pas prêt à être la personne que son père voulait qu’il soit, et que même s’il faisait tous les efforts du monde, il n’y arriverait pas. Son père était très exigeant et intransigeant, il n’accepterait pas que Wren n’accède pas à ses espoirs. Il ne l’acceptait pas en fait, depuis toujours.

« Je ne pouvais pas ne pas bifurquer, vous devez le savoir. » Il parlait d’une façon un peu trop proprète, il avait toujours eu tendance à parler comme un livre, sûrement une réaction au fait que son père ait toujours douté de ses capacités mentales. « Si j’avais choisi d’emprunter le chemin que vous me proposiez ça aurait été comme mentir. Et je sais que ça n’est pas la façon de réussir une Quête. Peut-être que ça aurait été plus humble, mais je ne le crois pas. Si j’avais pris le chemin, j’aurais menti, j’aurais caché une partie de moi. J’aurais abandonné la boule pour que vous me laissiez passer, comme si j’avais voulu vous acheter. Et ça n’est pas en moi. Je ne suis pas comme ça. Cette boule je l’ai faite, ça m’a demandé un travail considérable, et j’ai appris à l’utiliser, ce qui m’a demandé plus de travail et de temps que tout ce que j’avais fait d’autre dans ma vie. Je ne veux pas vous l’offrir. Ce serait un mauvais cadeau, vous n’en avez aucune utilité, vos pouvoirs sont des millions de fois plus puissants que les siens. Et moi j’en ai besoin, je la veux. Je vous demande de me la rendre. »

Avait-il pris tellement de confiance en lui qu’il en donnait des ordres à la Brume ? Non. D’ailleurs la dernière phrase n’avait rien d’un ordre. Il n’y avait pas de mot magique à la fin mais ça n’était pas parce qu’il exigeait, c’était juste que dire « s’il vous plaît » à une entité aussi puissante lui semblait redondant. La Brume ne faisait jamais que ce qu’elle voulait après tout, que ce qui lui plaisait. Il n’attendit pas la réponse de l’Entité Protectrice, il finit de répondre, aussi calmement que sa fatigue l’y obligeait bizarrement :

« Et je n’ai jamais prétendu vouloir devenir un sorcier. Je suis un non-sorcier, je le sais et je sais que je ne ferais jamais la même magie que celle des sorciers. Ca n’est pas mon but. Mon but est de continuer à apprendre, à apprendre sur le monde sorcier, sur le monde non-sorcier, mais aussi à faire de la magie. Parce que ce que je fais est de la magie, même si elle est différente et moins facile que celle des sorciers. Je n’ai jamais prétendu quoi que ce soit qui ne soit pas la vérité, peut-être que je me suis mal fait comprendre, je ne suis pas un grand orateur, mais je dis la vérité. Je veux apprendre la magie, celle que je suis capable de faire pour la pratique, la magie au sens général pour la théorie. Et je veux en apprendre plus sur Sywhaîd, comprendre le mystère qu’il y a autour. Ce sont mes buts ici. »

Il s’arrêta, peut-être enfin conscient qu’il ne s’adressait pas exactement comme il fallait à la Brume. Pourtant, il n’était pas du genre à revenir sur ce qu’il avait fait ou décidé, il ne s’excusa donc pas, considérant qu’il aurait perdu tout le bénéfice qu’avait pu lui apporter sa réponse s’il était revenu dessus. Et puis, d’une manière général, Wren Vaughn s’interdisait les regrets, il en aurait trop eu s’il n’avait pas appris à ne pas les laisser s’infiltrer.

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Sam 16 Fév - 9:19

"Et continuer d'informer ta secte, oui, oui", poursuivit la Brume, de son ton calme, implacable.

"Tu parles trop et pour dire des idioties. On pourrait longuement disserter sur les nuances entre estime de soi et orgueil, mais tu ne démordrais pas de ton point de vue ; tu persisterais sans doute à proclamer se remettre en question, c'est mentir.

Tu sembles croire que je connais tes desseins, que je les guette, les programme pour te mettre à l'épreuve. Cette conception est ridicule, il est temps que tu prennes conscience que tu es libre, et que tu l'étais avant même de dire leurs quatre vérités aux tiens.

Je ne suis ni cruelle, ni injuste ; jusqu'ici tu as toujours manqué de confiance en toi, mais tu n'avais jamais réellement saisi ta chance. Révélé ta véritable nature. Evidemment que tu pues l'orgueil, c'est souvent ce que cache le manque de confiance en soi : c'est soi-même qu'on déçoit avant les autres. Tu vois, je peux discuter longtemps, là encore, sur le sujet. Mais tes bavardages me pèsent, parce qu'ils te confortent dans des idées qui n'ont aucun sens.

Je sais, tu t'es longtemps senti brimé, et je m'en veux de te brimer à mon tour, mais pose toi une minute, réfléchis. Essaie de considérer les choses sans te considérer comme si ta seule vision était valable, et essaie de ne pas verser dans la paranoïa qui viserait à voir de l'injustice partout. Tu n'es pas logé à pire enseigne que les autres ; tu prétends en savoir beaucoup sur moi, mais vu les résultats de tes prédécesseurs peut-être ignorais-tu l'essentiel :

On ne sort pas indemne d'une Quête ; en tout cas pas quand on en sort du bon côté. On laisse forcément quelque chose ; ce n'est pas pour la Brume qu'on le fait, comme s'il fallait Me payer, mais pour soi. Si toi tu veux entrer, c'est presque tout ton passé qu'il te faudra abandonner. J'aurais pu te le laisser deviner en te donnant une tapette à mouches, mais ça n'aurait sans doute pas été très subtil...

Et il n'y a pas que ta secte à laquelle tu renonces. Si tu es si ouvert d'esprit et curieux que tu le dis, tu apprendras effectivement très vite ; si je te laisse ta boule, tu ne t'occuperas réellement que d'elle. Tu resteras tourné vers le passé. Si vraiment tu es trop orgueilleux pour l'accepter, si tu considères cela comme une injustice, alors, malgré toute la sympathie que j'ai pour toi, Wren Vaughn, tu n'es pas prêt à entrer."


A nouveau, deux chemins s'ouvrirent dans le brouillard ; la boule de Vaughn luisait au bout de l'un d'eux.

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Ven 29 Fév - 16:01

A vrai dire, digérer le speech de la Brume ne fut pas chose facile. Quoi qu’en dise l’Entité, ça n’avait pas de rapport avec l’orgueil. Ou plutôt pas vraiment. Ca avait plutôt un rapport avec un manque de capacité de protection. Tout ce qu’elle avait dit, Wren se l’était pris en plein dans la tronche. En gros, au mot de la fin du petit discours, celui qu’on surnommait Birdie était prêt à aller se pendre. Enfin, peut-être pas à une telle extrémité, mais au moins à tourner les talons, à rentrer chez lui et à aller se cacher sous sa couette jusqu’à la fin des temps. La Brume avait été implacable. En quelques mots, elle avait dit à Wren tout ce qu’il avait entendu durant toute sa vie, tout ce qui avait travaillé à faire de lui le jeune homme névrosé et mal dans sa peau qu’il était à présent. Peut-être pas tout, mais les choses les plus importantes. Elle n’avait pas insisté sur son physique, il est vrai, ça aurait sûrement été ce qui l’aurait fait passer de « je veux aller me cacher sous ma couverture et ne plus jamais en sortir » à « trouvez moi une corde et une branche que je me pende illico presto ».

Comment expliquer les paroles de la Brume aient eu autant d’effet sur notre petit anglais pourtant si… Euh, finalement si peu sûr de lui ? Tout simplement parce qu’elle avait touché là où ça faisait mal. Dire à quelqu’un qui considère que sa seule qualité, sa seule arme dans ce monde dur et cruel, est son intelligence, qu’il est stupide à manger du foin c’est comme aller présenter le beau gosse de Poughkeepsie à Brad Pitt. Son monde s’écroule. Evidemment, la Brume n’avait pas tout à fait dit « tu es stupide, rentre jouer avec tes petits jouets et arrête de vouloir jouer à celui qui a quelques neurones encore utilisables » mais elle avait tout de même explicitement douté de sa capacité d’analyse, de son étude de la question Sywhaîdienne et, surtout, de sa façon de penser. Or, que restait-il à Wren Vaughn, rejeton peu aimé d’un père froid, ridiculisé toute sa vie, trempé, sans sa bouboule ? Ses idées. Ce en quoi il croyait. Et il croyait fermement ce qu’il avait précédemment dit à la Brume, du moins ce qui concernait le fait que s’il avait bifurqué, il aurait menti à la Brume. Parce que son cœur lui avait dit de suivre la boule. Et que Vaughn, bien que pourvu d’un cerveau qui en aurait fait baver plus d’un, faisait partie de ces rares quelques personnes qui suivaient encore leur cœur.

Il resta au croisement des deux chemins sans parler, sans bouger, respirant à peine, la gorge serrée et le cœur lourd. Ca allait contre tout ce en quoi il croyait. Il croyait vraiment que la Brume voulait de la sincérité, et la sincérité était qu’il voulait récupérer cette boule. Il en avait besoin. Sans elle, il se sentirait pataud et stupide. Il avait évidemment d’autres accessoires, mais la boule était celle qui avait le plus de valeur, celle qui lui avait le plus coûté au niveau personnel, c’était ce qui comptait vraiment pour lui. Et il la voyait, à quelques mètres de là, luisant joliment sur le chemin qui ne le mènerait pas à Sywhaîd.

Mais Wren n’était pas non plus un abruti. Il avait été malmené par cette Quête et son cerveau fonctionnait sûrement moins vite que d’habitude, toujours est-il qu’au bout d’un moment les paroles de la Brume lui revinrent. Pas toutes les paroles, seulement celles sur le fait d’accéder à Sywhaîd, la notion de sacrifice. Sur le moment, quand Elle l’avait dit, il était trop perturbé pour vraiment comprendre. Mais maintenant il allait un peu mieux et ses neurones semblaient prêts à se mettre en marche. Il laissa donc les paroles lui revenir en tête et, tranquillement, comme il le faisait toujours, logiquement et d’une façon très organisée, il analysa ces paroles. Oui, la notion de sacrifice ne lui était pas apparue quand il avait lu les dossiers des Mouches. Aucun d’eux n’était arrivé au moment où la Brume en demandait un. Il ne pouvait donc pas le savoir. Mais ça faisait sens, bien sûr qu’une Entité telle que la Brume ne pouvait que demander un sacrifice, quelque chose qui permettrait à la personne qui passe la Quête de se détacher de son ancienne vie…

Mais soudain, autre chose lui apparut évident. Les Mouches n’étaient jamais arrivées à ce stade de la Quête ! Il les avait dépassées ! Enfin, il était allé plus loin qu’elles ! Il les avait battues ! Il était meilleur qu’elles ! La Brume lui avait accordé plus d’importance ! Elle voyait en lui quelque chose qu’elle n’avait pas vu en ces soi-disant spécialistes ! Son cœur s’allégea et il faillit en sauter de joie. Il ne le fit pas, mais seulement parce qu’il était habitué à passer son temps à se ridiculiser et qu’il avait à présent l’habitude de réfréner certaines de ses envies. Toujours est-il qu’il se sentait soudain plus léger. Un poids avait été enlevé de ses épaules. Ca n’était pas une question de compétition, plutôt une preuve qu’il valait quelque chose… C’était la première fois depuis le début de sa Quête qu’il n’avait pas l’impression d’être un ver de terre ridicule. Pour la première fois depuis le début de sa Quête, il avait un peu d’espoir.

Cette soudaine montée d’optimisme lui permit de ne plus avoir cette sorte d’obsession pratiquement morbide pour la boule. Il tourna un dernier regard douloureux vers elle, et vers tout ce qu’elle représentait, et tourna d’un air décidé vers le chemin opposé. Il fit quelques pas et son angoisse monta. Que lui restait-il maintenant qu’il avait laissé tout ça derrière lui ?

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MessageSujet: Re: Quête de Wren Vaughn.   Lun 3 Mar - 16:35

Après l'affrontement, l'échange houleux, vinrent le calme et le silence. Autour du chemin choisi par Wren, la Brume semblait moins dense ; elle laissait passer une lumière pâle mais vivifiante après ces minutes éprouvantes. Après les dernières nappes de brouillard, Birdie déboucha à l'orée d'une forêt ; à ses pieds, le loch Finn scintillait sous les derniers rayons du jour ; autour de lui, des buissons de myrtilles étaient sur le point d'éclore leurs premiers bourgeons. Pour lui aussi la vie commençait.

[Félicitations ; tu es arrivé dans les ruines de Sywhaîd !]

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Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.


-Blaise Pascal.
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Quête de Wren Vaughn.

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