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 Prologue.

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Wren Vaughn
Sywhaîdien
Sywhaîdien


Nombre de messages: 134
Age: 31
Date d'inscription: 29/12/2007

MessageSujet: Prologue.   Dim 6 Jan - 12:16

[Ceci serait, dans le meilleur des cas, à lire avant toute chose, avant la Quête.]


« - Oh non c’est pas vrai, c’est pas vrai, ils nous ont quand même pas collé Birdie en expert ?

- On dirait bien, il a même amené son cartable… »



Un raclement de gorge sec interrompt les médisances des deux Mouches. Ils gardent ce sourire moqueur qui ne quitte pratiquement jamais leur visage quand celui qu’ils appellent Birdie est dans la même pièce qu’eux mais se taisent. Quand un Watcher de haut rang comme Colin Gyllepsie vous donne un ordre, même implicite, on s’exécute, c’est une des premières choses que les Mouches apprennent, et sûrement la seule règle qu’ils respectent vraiment. Les ordres sont les ordres.

« Vaughn, si vous commenciez ? »

Le Vaughn en question sursaute. On ne l’appelle pratiquement jamais comme ça, Vaughn, Mister Vaughn, c’est son père. Et son père n’est pas partageur, même pas avec son patronyme. Il a toujours fait appeler son fils « Wren », son prénom. Et la plupart l’appellent Birdie, dans son dos, mais aussi tout à fait ouvertement. Les Mouches surtout, ils aiment l’asticoter, il a toujours été leur bouc émissaire. Déjà tout petit. Il faut dire que face à eux il est incapable de faire quoi que ce soit de bien, ils l’impressionnent trop. A chaque fois qu’il se trouve en leur présence, la pression est trop forte. Tenez, là, ça fait cinq minutes qu’il s’acharne sur la serrure de sa mallette en cuir, il n’a jamais de problème pour l’ouvrir, sauf au moment précis où il voudrait éviter d’être ridicule. Trop tard. La mallette s’ouvre brutalement et une partie des documents qu’elle contient lui saute au visage.

Il plonge sous la grande table en chêne et fait comme s’il n’entendait pas les ricanements. Le rouge qui lui monte aux joues n’a pourtant rien à voir avec la chaleur de la pièce, il fait froid au Siège et surtout dans la salle de réunion. Les murs en pierre rendent l’atmosphère glacée et la cheminée qui se trouve au fond de la salle n’a pas été utilisée depuis des années. A croire qu’être un bon Watcher protège du froid et de l’humidité. Wren chasse bien vite ces pensées stupides de son esprit, ça n’est pas le moment d’être distrait alors qu’il a une vingtaine de Mouches qui le regardent, ainsi que deux membres du Conseil. Entre les espions et les gradés, Wren fait vraiment office de bouffon, il le sait et en perd encore plus ses moyens.

« Alors… Hum… Euh… » Il essaie de préserver une certaine contenance tout en triant rapidement les papiers, peine perdue, il a perdu toute classe au moment où il a dérapé en entrant dans la salle. « Je… Je suis ici pour vous parler de Sywhaîd. La Noble Lande comme ils disent… » Il voit une Mouche lever les yeux au ciel. Il a toujours été incapable de faire une présentation chouette, il faut toujours qu’il joue au monsieur-je-sais-tout. Il en est conscient mais est incapable de faire autrement, plus il est sous pression, plus il doute de ses capacités et plus il devient hautain, grandiloquent et… ridicule. Ca aurait sûrement dû être son deuxième prénom, à la place de Willoughby c’est pas lui qui le dit, c’est son père. « Tout d’abord, un petit rappel historique… » il n’arrive pas à empêcher sa voix de prendre ce ton légèrement haut perché, parodie d’anglais. Parodie d’homosexuel anglais, la rumeur depuis toujours dit d’ailleurs que Birdie préfère les damoiseaux aux demoiselles. Birdie est surtout très gaffeur et malchanceux en amour. « Les premières traces de Sywhaîd dans nos archives datent de l’antiquité, quand les chrétiens ont persécuté les celtes et voulu les convertir. C’est à ce moment là que quelques irréductibles ont fui vers l’Ecosse et ont fondé Sywhaîd. Nous ne savons pas…. »

« Si cette saleté de Brume était là avant ou si ce sont ces tarés de Druides qui l’ont créée. Ouais on sait merci Birdie. » la voix éraillée est reconnaissable entre toutes, celle de Charles O’Keefe. Wren et lui ont grandi ensemble, dans une sorte d’animosité qui n’avait rien de réciproque jusqu’à ce que Charles enferme Wren dans un placard pendant tout un weekend. C’est de là que vient la claustrophobie de l’apprenti Watcher. Charles est un des rares membres de la caste des Mouches que Wren n’admire pas. C’est aussi un des rares espions Watchers qui montre son hostilité au fils Vaughn aussi ouvertement. Les autres évitent de trop le montrer devant les hauts gradés, après tout le père de Vaughn pourrait gâcher leur vie en un claquement de doigts, alors ils ravalent parfois leur rancœur contre Wren et font comme s’il n’était pas si insupportable et si ridicule. Ca n’est pas le cas de Charles. « On se tape une réunion par an sur ce foutu village de cinglés. Alors si t’as pas rien à nous apprendre, rien de neuf qui pourrait nous permettre d’entrer enfin dans cet asile, c’est pas la peine de nous asséner tes cours magistraux à deux balles. »

Wren est certain d’avoir dégluti tellement fort que tout le monde doit l’avoir entendu. Quelques secondes, il reste la bouche entrouverte, un peu plus et on pourrait croire qu’il va se mettre à pleurer. C’est qu’il y a passé du temps sur son « cours magistral à deux balles ». Ca fait deux semaines qu’il ne fait que ça, il bouffe des archives sur Sywhaîd matin, midi, soir et même une partie de la nuit. Il a bossé dur pour faire quelque chose d’intelligent, bien présenté. Il a fait le boulot qu’on lui a demandé, et bien, avec zèle. Seulement, les Mouches s’en contrefichent. Ce que veulent ces mecs sortis tout droit de l’univers de James Bond c’est un moyen de faire enfin plier la Brume. Depuis pratiquement toujours ils essaient d’y entrer, et ils n’ont jamais réussi. Certains sont sortis très amochés de leur Quête inachevée, du coup maintenant il n’y a que les Mouches qui sont autorisées à essayer. C’est même le bizutage d’entrée dans la vie active après les études. Ils vont à Sywhaîd, se font refuser, et sont acclamés quand ils reviennent. Faut dire que peu auraient le courage d’aller affronter une entité de ce genre en sachant les risques encourus.

« Moi j’suis sûr que Birdie a une super théorie. Il a miraculeusement trouvé la solution à un problème pluriséculaire. Comme la dernière fois quand il avait trouvé la solution pour combattre la Fièvre Magique… Vous vous souvenez ? »

Cette fois, ils s’esclaffent carrément. L’anecdote de la Fièvre Magique c’est sûrement la blague que les Mouches préfèrent. C’est une fièvre qui peut prendre un non-sorcier dans un endroit très fortement polarisé en magie et Wren avait une théorie sur la façon de combattre cette fièvre. Evidemment, tout le monde a considéré que cette théorie était fumeuse et on en rigole encore aujourd’hui. Mais Wren est persuadé qu’il a raison, suffirait juste qu’ils le laissent tenter l’expérience et… Mais non, pour l’instant, il est complètement paniqué. On se moque de lui, encore. On le ridiculise. Et on lui enlève même la seule chose qu’il sait faire : réfléchir. Ils le traitent comme s’il était un parfait demeuré, il est sûrement plus intelligent que les trois quarts d’entre eux réunis, il le sait et ils le savent. Mais ils s’en fichent et lui aussi. Ils sont sur le terrain et lui il passe ses journées dans des livres poussiéreux.

« Et bien, justement… J’ai une théorie très intéressante… »

Redoublement des rires. Il a pourtant essayé d’en imposer, il a tiré sur sa veste de costume, a regardé les Mouches par-dessus ses lunettes, c’est l’attitude la plus impressionnante qui soit selon lui, parce que c’est un tic que son père a et qui l’a toujours terrifié. Quand William Vaughn vous regarde par-dessus ses lunettes, c’est en général qu’il y a quelque chose que vous avez fait de travers. Wren se souvient d’avoir eu le droit à ce regard au moins une fois par jour depuis toujours. Peut-être même que son père lui a lancé ce regard-là à la naissance quand il est sorti par le siège et pas par la tête. Dès le début il avait décidé de tout faire de travers, ça encore c’est une réplique qu’il a entendu tellement de fois qu’il ne les compte plus.

« Je pense que… »

« Attendez, messieurs, silence ! Birdie va éclairer notre chemin ! »

C’est pire que tout. Même les membres du Conseil ne cachent pas leur moquerie. Même Wren a conscience d’être ridicule mais il ne peut pas s’en empêcher, il en rajoute encore une couche. La plupart des gens se tairaient, ou répondraient. Ca n’est pas qu’il n’a pas de répartie, c’est juste qu’il est tellement loin d’être quelqu’un de méchant, ou même d’hostile, qu’il n’arrive pas à jouer à ce genre de petits jeux. Il n’a jamais compris la violence, verbale ou parfois physique, de certaines personnes à son encontre et n’a jamais répondu, il en est incapable, ça n’est pas dans sa nature. Oh il a du caractère, et il peut être teigneux, mais en général plus quand il s’agit des autres que de lui. Il défendra toujours mieux un inconnu que lui-même. Il déglutit de nouveau et cette fois il pense franchement à partir en courant. Ils le regardent tous, riant silencieusement, et lui il n’a rien à leur dire à part cette théorie stupide. Mais il ne peut pas se laisser écraser comme ça, réfléchir c’est la seule chose qu’il sait faire, alors il va dire sa théorie, il sait qu’il a raison.

« Il suffit de vouloir vraiment entrer. » annonce-t-il d’un ton pompeux.

« Ah ouais ? Et tu crois pas qu’on a eu vraiment envie d’entrer ? C’était le but de ma vie, je peux te le dire, et la Brume m’a recalé comme un malpropre. »

Si Wren avait son mot à dire, il dirait que Charles est bien un malpropre et qu’il n’en voudrait même pas dans son petit studio ridicule qui se trouve à quelques pas du Siège. Mais il ne le dit pas, parce qu’il est déjà bien assez ridicule comme ça. Et sa théorie est juste, il le sait.

« Non. Tu voulais entrer mais pas parce que tu en avais besoin ou parce que tu voulais vivre à Sywhaîd. Il faut des intentions pures pour entrer à Sywhaîd, même si les intentions sont mauvaises, il faut qu’elles soient pures, qu’il n’y ait pas de faux semblants. J’ai lu les rapports sur vos Quêtes, vous avez tous menti à la Brume, vous avez joué un rôle, vous avez essayé de la berner. C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. Il faut être franc, il faut avoir un but pur et être capable de tout risquer pour ça. »

Il perd soudain toutes ses couleurs. Ils ne se moquent plus, ils le regardent comme un renard regarderait un poulet rôti. Les rapports de leurs Quêtes, il les a lus, et c’est ce qui ne leur plaît pas. Parce qu’ils ont été obligés de faire des rapports très détaillés, et qu’il a donc eu accès à quelques-uns de leurs pires souvenirs, ainsi qu’à pas mal de leurs faiblesses, de leurs failles. Wren est incapable d’utiliser ce genre d’information dans un mauvais but, et c’est peut-être ce qui les met encore plus hors d’eux. Il n’est pas normal ce mec, il ne voit pas ce qui pose problème dans le fait de lire l’intimité des gens, il l’a sûrement lu avec une rigueur toute scientifique, ou documentaliste, et il ne penserait jamais à réutiliser tout ça. C’est bien ça le problème, eux s’ils avaient lu ces rapports, ils utiliseraient sûrement ce qu’ils auraient lu. Il n’est pas normal.

« Qu’est-ce que vous proposez Vaughn alors ? »

Le Watcher se raccroche à cette question comme à une bouée de sauvetage. Le membre du Conseil a repris la main, afin d’éviter tout débordement. Mais Vaughn sent bien qu’il y a quelque chose qui cloche, c’est pire que d’habitude. Cette fois, ils le détestent, c’est plus seulement qu’il leur fait pitié ou qu’il les énerve. C’est plus profond que ça.

« Il faut envoyer quelqu’un qui ait des intentions pures. Quelqu’un qui puisse réussir sa Quête, qui n’ait pas besoin de mentir. Quelqu’un qui, d’une certaine façon, soit pur. »

Il se sent ridicule, encore une fois. Mais c’est encore pire quand Mike Esteter lance :

« Ben t’as qu’à y aller toi Birdie, j’suis sûr que t’es encore pur. »

Rires généraux. L’allusion n’a échappée à personne. C’est tellement facile, tout le monde sait que c’est typiquement le genre de piques qui mettent Wren mal à l’aise. A vrai dire, il aimerait disparaître dans un trou de petite souris pour l’instant. Il essaie de faire comme s’il n’avait pas compris l’allusion et répond, après avoir rougi pour le plus grand plaisir de ses bourreaux :

« Ce serait un grand honneur de faire ça pour le Conseil. »

Est-ce qu’il prend toujours les choses autant au premier degré ? Un peu oui. Parce que, même s’il y avait une blague salace qu’il a très bien comprise, il est persuadé qu’on lui propose vraiment de tenter sa chance.

« C’est ça ouais. Va faire tes valises Birdie, tu prends le train demain. »

C’est une bonne plaisanterie. Ils en rigolent encore une bonne demi-heure après que Wren ait détalé pour faire sa valise. Il est dans les préparatifs quand tout le monde continue à pratiquement se rouler par terre à l’idée de voir ce crétin de Birdie penser qu’il peut aller tenter sa chance à Sywhaîd.

« Et s’il y va vraiment ? »

« On s’en fout, il reviendra la queue entre les jambes après avoir eu le cul botté par la Brume. Ca nous fera des vacances au moins. »

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And I really don't want to hear
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