Elio, assis sur les genoux de sa mère, qui l’aidait à remettre son t-shirt retiré pour l’auscultation, saisit la première opportunité de se joindre à la conversation, d’une petite voix angoissée.
- Je vais mourir, maman ?
- Bien sûr que non mon ange, les médecins vont te soigner, tout va bien se passer.
Il y avait beaucoup de fermeté dans la voix de la jeune femme, et le petit garçon, qui faisait entièrement confiance à sa mère, sembla se calmer un peu. Les adultes, d’un commun accord, le confièrent à une infirmière qui s’occupait de distribuer un goûter aux enfants qui se trouvaient dans l’hôpital. Une fois son fils parti, Zofia se relâcha, et, l’air inquiet, invita son interlocuteur à lui expliquer la situation.
- Je suis désolée, Melle Delindel, vraiment.
Bon. Elle aussi, était désolée. Vraiment. Devant l’air consterné du médecin, elle prit une longue inspiration, avant de se décider à articuler l’horrible phrase :
- Combien de temps ?
Une fois encore, le spécialiste hésita, avant de répondre, avec un haussement d’épaule des plus incertains :
- Je ne peux pas être très précis. Entre trois et cinq ans, peut-être sept ou huit si la maladie ne se développe pas trop vite. Nous l’avons diagnostiquée tôt, et il existe désormais des traitements pour la stabiliser et éventuellement la ralentir.
- Mais cela reste incurable, n’est ce pas ? Ma mère en est morte à peine un an après le diagnostic.
Zofia avait le teint pâle, les mains crispées sur ses genoux, et son daemon, à ses pieds, tremblait, ce que le médecin n’aurait pu voir qu’en se penchant par-dessus son bureau. Le daemon s’était placé hors de vue de l’homme, car elle avait remarqué que sa présence le destabilisait, et ne voulait pas en rajouter.
- Elio souffre, comme sa grand-mère, d’une maladie qui empêche la magie, contenue dans le corps de tout sorcier, et absolument vitale pour lui, de se renouveler. Cela l’affaiblit, détruit ses défenses immunitaires, empêche son corps de combattre les autres maladies, comme le ferait une leucémie ordinaire. En le gardant à l’hôpital, dans une chambre à flux magiques renforcés, nous pourront le mettre à l’abri des pathologies qui pourraient l’atteindre dans un environnement normal, et ralentir la progression de la maladie.
La jeune femme resta muette quelques secondes, totalement immobile, très droite sur sa chaise. Elle refusait de cloîtrer son fils dans une chambre d’hôpital, surtout si cela ne s’accompagnait pas d’une guérison. Il lui fallait réfléchir, vite, et prendre une décision. A un moment donné, elle sembla se détendre un peu, et se pencha vers son interlocuteur, pour lui demander, les yeux brillants :
« Et si j’emmenais Elio dans un endroit où les flux magiques sont naturellement puissants, est-ce que ça donnerait les mêmes effets que vos traitements ? »
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