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Razelle St Roussel

Nombre de messages: 15 Age: 26 Date d'inscription: 06/07/2011
 | Sujet: C'est la vie. Ven 19 Aoû - 13:16 | |
| Lorsque Razelle avait reçu la lettre du Cours Sandor, elle était en compagnie des jumeaux, roulée sur la moquette dans un vieux plaid tandis qu'ils se partageaient son lit. Dina était encore en pyjama, bien qu'il fut plus de 13h, et Merlin picorait distraitement dans un bol de céréales, posé entre eux sur les draps fripés. C'était les vacances, et chacun vivait à son propre rythme, en pareille occasion. Aussi Merlin avait-il déjà engloutit trois petit-déjeuners, que Dina s'éveillait à peine, lui fournissant ainsi l'occasion d'en enfourner un quatrième (celui de sa jumelle). Razelle, de son côté, avait passé la matinée à installer une barre de traction dans l'embrasure de sa porte, sous l'oeil consterné de sa mère (tu abimes les peintures Raz'!). Merlin et elle s'étaient ensuite tour à tour défiés à la barre, jusqu'à ce que son frère menace de dégueuler sur le parquet, tant ses multiples petits déj' s'en trouvaient remués.
Tout ce beau monde vivait encore chez papa-maman, la famille n'ayant pas les moyens de fournir des appartements aux uns et aux autres. Aussi chacun bénéficiait-il de sa chambre dans l'appartement familial, bien que la notion de propriété soit des plus floue au sein de la fratrie, et plus particulièrement entre les jumeaux. Raison pour laquelle Dina se trouvait vautrée dans le lit de Razelle, qui elle-même portait manifestement ce qui semblait être le bermuda de son frère, quand ce dernier mangeait le bol de céréales de la première. Bref, lorsque la lettre arriva, estampillée au nom de Razelle, rien de plus normal en définitive que l'honneur de l'ouvrir échu à Dina.
- Bon, dépêche Di', lis, s'impatienta Merlin en s'envoyant dans le gosier les dernières miettes de choco pops.
Razelle affectait de son côté un air nonchalant, quand son coeur battait à cent à l'heure et le sang lui montait au visage. Elle attendait la lettre depuis deux semaines déjà, et bien qu'elle fut plutôt confiante, elle avait légèrement commencé à paniquer en ne la voyant pas arriver au bout des dix jours annoncés par l'Académie. Sous le front bas et les sourcils arqués, ses yeux noirs brûlaient d'impatience.
- Ah ! C'est lourd, commenta distraitement Dina (elle était d'un naturel assez distrait), c'est bon signe non ? C'est si c'était tout mince que... - Dépêche ! La coupa Merlin en tentant de lui arracher la missive des mains. - Dina, lis, ordonna Razelle d'un ton qui ne souffrait guère de réplique.
Le regard vague de Dina parcouru rapidement la lettre, pendant que son frère tentait discrètement de lire par dessus son épaule.
- Ah, tiens, tu l'as, s'exclama la jeune fille en souriant béatement, tandis que son frère poussait un hululement de joie en bondissant du lit, envoyant par là-même valdinguer le bol vide qui atterrit sans dommage sur la moquette (tous les objets fragiles de la maison avaient subit un sort de renforcement).
Razelle, pour sa part, s'étira comme un chat sur la moquette, un large sourire aux lèvres. Je le savais, songea-t-elle in petto, dans ta gueule Sinclair. Madame Sinclair se trouvait être la directrice de l'Académie, laquelle avait émit de sérieux doutes quant à la candidature de Razelle aux Cours Sandor. Allant même jusqu'à la qualifier de "dangereux élément perturbateur". Un heureux choix de vocabulaire, quand on songeait que la principale vocation des aurors étaient de l'être, dangereux, justement. Alors que Merlin entamait avec Dina ce qui pouvait passer pour une sauvage danse de la joie, Razelle s'empara de l'enveloppe abandonnée par sa soeur. Elle contenait son futur emploi du temps, la liste du matériel nécessaire à sa formation et le nom de ses futurs professeurs. C'est non sans sourire qu'elle déchiffra "barre de traction" dans la liste des accessoires à se procurer.
- Parfait, murmura-t-elle sans cesser de sourire, juste parfait. |
|  | | Razelle St Roussel

Nombre de messages: 15 Age: 26 Date d'inscription: 06/07/2011
 | Sujet: Re: C'est la vie. Lun 22 Aoû - 23:45 | |
| De tous les professeurs de l'Académie, Monsieur Sandor (surnommé Sang d'encre par ses élèves, eut égard à ses yeux d'un noir profond et à la vague d'appréhension qu'il déclenchait invariablement sur son passage) était sans aucun doute celui que Razelle admirait le plus. Celui qu'elle craignait le plus également, bien qu'elle préféra nettement s'arracher la langue à la pince monseigneur plutôt que de l'avouer publiquement. Avant d'être admise dans sa classe, Razelle avait eu l'occasion de le rencontrer, deux fois : une fois lors du week-end de spécialisation organisé chaque année pour les étudiants en dernière année désireux d'affiner leur cursus, et une autre fois lors de son propre entretien d'entrée au Cours. La première fois, il était seul sur l'estrade, ils étaient trois cent dans la salle. La seconde fois, ils étaient trois sur l'estrade, elle était seule face à eux. L'intense pression de son regard d'obsidienne l'avait déstabilisé si fort qu'elle en avait bégayé.
À présent, elle s'était accoutumée aux deux billes noires et fixes de Sandor, mais elle avait encore du mal à réprimer un frisson lorsqu'il la suivait des yeux, au cours d'un exercice. Elle cherchait si farouchement à l'impressionner qu'elle en faisait des tonnes, multipliant les actions d'éclats. Elle n'était du reste pas la seule. Des 25 candidats sélectionnés au sein de l'Académie, 10 seulement pourraient un jour prétendre au statut officiel d'Auror. Et Razelle comptait bien en faire partie... Tous comme les 24 autres.
Si elle n'accordait qu'un intérêt limité aux cours théoriques de madame Tarlet (pourtant historienne reconnue), Razelle se consacrait corps et âme à la pratique. Sortilèges, parades, gymnastique, escalade, potions et antidotes, maléfices... Et par dessus tout duels et combats rapprochés. À la voir comme ça, grande, longiligne, la mine revêche, beaucoup de ses camarades avaient ricané sous cape. Avec ses coudes osseux et son front bas, on la prenait pour quelque égarée mangeuse de bouquins, destinée aux archives, ou à l'espionnage, en tout dernier recours. Seul ses anciens camarades, Hélène et Jorah, diplômés comme elle en MASD (magie appliquée à la défense et à la sécurité), avaient une idée précise du phénomène. Brutale, agile, violente, rapide, la jeune femme sans élégance que chacun côtoyait en cours d'histoire se transformait en vrai furie une fois closes les portes de la salle d'exercice. Si elle était loin d'être la meilleure (stratège médiocre, la patience lui faisait défaut, quand l'excès de confiance la bouffissait d'orgueil), elle avait réussit à attirer l'attention de Sandor, à son plus grand plaisir, même si, comme elle l'avait si gracieusement fait remarquer à Jorah :
- Je me chie dessus chaque fois qu'il me mate, à l'entrainement.
Comme aujourd'hui par exemple, alors qu'elle filait une série de mouvements, sa baguette à la main (Sandor appelait filage les enchaînements de postures de combat comme de défense). Elle alternait, dent serrées, les positions d'esquives, d'attaques et de feinte, consciente comme toujours des flaques d'ombres qui miroitaient dans les yeux du professeur. Il était jeune, pas plus de 35 ans, et plutôt moins que ça. Il était devenu prof après avoir passé huit ans à traquer le mage noir partout où le gouvernement se plaisait à l'envoyer. Razelle n'ayant aucune idée des raisons qui l'avaient poussé à tout arrêter pour se reconvertir dans l'enseignement, elle se réjouissait qu'il simplement l'eut fait, et dans son école qui plus est, tout en le maudissant cependant d'avoir des yeux si...
- Roussel !
...Noirs...
- Hé, toi là, ROUSSEL !
...Froids et...
- Oh, ROUS-SEL, c'est à toi que je parle !
... Indubitablement fixés sur elle, puisque c'était lui qui s'égosillait à l'appeler ainsi. Tout en connaissant parfaitement leurs noms et prénoms, voire même le reste de leur état-civil, Sandor s'obstinait à les écorcher, pour le plaisir, semblait-il. Aussi était-elle devenue Roussel, privée de son auréole, quand Hélène Jardinier écopait du surnom peut enviable de Râteau, et que Jorah Alluve devenait Alluvion. Elle essuya rapidement son visage dans la serviette éponge qui trainait près d'elle, avant de trottiner (pas trop vite non plus) vers Sandor.
* Jeremiah, songea-t-elle brusquement, et de manière tout à fait incongrue, c'est Jeremiah Sandor qu'il s'appelle.*
Et bon sang, ce qu'il était canon... |
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