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 Moins blanc que blanc

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Youlika Manthoulis
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MessageSujet: Moins blanc que blanc   Dim 31 Juil - 22:37

Ces derniers temps, Youlika ne dormait pas très bien. On pouvait pour expliquer ce phénomène invoquer bien des raisons. Cela ferait bientôt quatre ans que durait son petit séjour écossais, un exil qui semblait peser d'autant plus lourd à l'Hellène, depuis le voyage qu'elle avait effectué dans sa chère patrie, quelques mois auparavant. Elle en était revenue déçue, humiliée, blessée mentalement et physiquement. Bref, pas super bien dans sa peau, la demoiselle. Pourtant, si ses pas la dirigeaient, ce matin-là, en direction du psy local, ce n'était pas pour une petite séance privée, non, non. Mais tout simplement parce que sommeil agité ou non, elle était toujours la blanchisseuse attitrée de la Lande. Et à ce titre, elle devait entretenir le cycle continu des lessives, récupérer les nappes, torchons et autres draps des uns et des autres. C'était un rôle beaucoup plus agréable à la belle saison, non seulement parce que le lavoir était en plein air, sous le préau, mais parce qu'un certain nombre de personnes préféraient, à cette époque de l'année, s'occuper eux-mêmes de leur petit linge. (Curieusement, lorsqu'il s'agissait de donner des coups de battoir dans une eau presque gelée, et de trimballer des ballots de linge humide sous la neige pour monter les étendre dans des salles du haut de l'école, les volontaires se faisaient beaucoup plus rares).

Il y avait d'ailleurs à parier que ce jour-là, le lavoir serait peu encombré. Le temps était maussade ; la pluie tombait en petites gouttes fines sur la lande. Les lessives avaient plus de succès lorsqu'elles constituaient un bon moyen de se rafraîchir sous un soleil de plomb sans trop culpabiliser. Mais pluie ou pas pluie, il n'y avait pas de répit pour la blanchisseuse. Les nouveaux arrivants de la maison où elle arrivait avaient le droit, comme tout le monde, à des draps régulièrement fraîchement lavés. Elle n'avait d'ailleurs pas bien compris -et le gérant n'avait su l'éclairer clairement- combien de draps elle devait récupérer : les habitants étaient trois, mais apparemment, si l'on en croyait Arieh, seuls deux étaient concernés. Et a priori ils dormaient dans des lits différents, mais ce n'était pas certain. Tout cela était quelque peu mystérieux, et l'idée d'en apprendre davantage sur ces étranges et cachottiers nouveaux venus n'était pas pour déplaire à l'Hellène. De quoi lui mettre un peu de baume au cœur, et lui faire oublier que le climat Écossais n'avait décidément rien à voir avec celui de sa patrie d'origine.

[CJ ?]

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Chase Josquin
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MessageSujet: Re: Moins blanc que blanc   Dim 7 Aoû - 12:21

En rentrant ce jour-là, CJ avait découverte tous leurs draps, taies d’oreiller et housses de couette en tas dans l’entrée de la petite maison qu’il partageait avec Orpheo et Neve. Un charmant petit cottage, gracieusement fourni par la communauté, en plus d’un autre petit cabanon où il avait installé le fabuleux divan de Filuke et où il recevait des patients. Il revenait justement d’une séance avec M. Lipsiwig et avait bien besoin de se changer les idées. Aussi, cette pile de linge tombait-elle à pic. Avisant Rodolphe, le chien empaillé, CJ se rendit compte qu’ils avaient eu exactement la même idée.

- Ah, Rowdy, les grands esprits se rencontrent !

Et, aussitôt, ils s’attelèrent à la confection d’un fort dans leur petite salle de séjour. Utilisant les meubles comme murs, ils se construisirent ce qui ressemblait d’avantage à une tente géante, mais passons. Un drap tendu en formait le plafond, les housses étalées par terre formaient le sol, un pan de drap tombant du buffet servait de porte et ce tisonnier ferait une épée tout à fait convenable. CJ achevait de nouer une taie d’oreiller en bandana sur la tête de Rodolphe quand il entendit la porte s’ouvrir. Chien sous le bras, tisonnier à la main et une seconde taie d’oreiller portée en cape, CJ passa la tête par sa porte improvisée et hurla :

- Qui va là ? Ami ou ennemi ?
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Youlika Manthoulis
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MessageSujet: Re: Moins blanc que blanc   Lun 29 Aoû - 10:33

C’est du pas parfaitement silencieux, acquis par des heures de pratique exigeante, que l’Hellène s’était approchée de la petite maison Jones-Josquin-Bang (n’y avait-il pas moyen de trouver un nom encore plus compliqué ?). Nul raclement de gravillon ne trahissait son approche mais, à peine arrivée sur le seuil, il apparut bien vite à la jeune femme que ces précautions naturelles étaient largement inutiles. Elle n’avait en effet pas même besoin de coller son oreille à la porte pour deviner des bruits tout sauf discrets en provenance de l’intérieur. Efficace, Kika épiait, analysait, transcrivait les sons à peine étouffés, le froissement des draps, les exclamations rieuses, les halètements, et même ce qu’elle interpréta comme le crissement de poils durs. Avec un hochement de tête, elle en conclut un peu vite, notre brave blanchisseuse, qu’elle n’aurait sans doute, au final, qu’une paire de draps à récupérer, et qu’a priori l’heure n’était pas la plus opportune pour les récupérer.

En toute logique, elle aurait dû s’éloigner comme elle était venue, à patte de velours, laissant les occupants à leurs… occupations. Mais si le masque de jeune fille tranquille, timide et un peu gauche était utile à quelque chose, c’était bien à l’irruption inopportune, soi-disant involontaire, dans les petits secrets les moins reluisants de ses petits camarades. Kika comptait bien compenser le temps maussade par un peu d’amusement, et la vue d’un couple embarrassé, s’emberlificotant tant bien que mal dans des draps en désordre, la distrairait au moins quelques secondes. Comme cela se faisait assez naturellement à Sywhaîd, elle ouvrit la porte sans se faire annoncer.

Le spectacle auquel elle se retrouva confrontée avait de quoi lui faire passer cette détestable habitude d’entrer chez les gens sans se faire annoncer. Car non, malgré l’existence aventureuse et imprévisible qui avait été la sienne, la servante d’Hermès n’avait jamais été confrontée à quoi que ce fût de semblable : un hurluberlu portant une taie d’oreiller en guise de cape, tisonnier brandi, et, sous le bras, chien raide et coiffé d’un genre de turban. Par réflexe, afin de se prémunir contre ce fou furieux et dangereux, Youlika fit un pas en arrière et, d’un geste, se saisit de la dague qu’elle portait dans le dos, à même la peau. Presque aussitôt, elle regretta ce mouvement malheureux ; à y regarder à deux fois, malgré son tisonnier, malgré ses hurlement, l’individu n’était certes sans doute pas en possession de toutes ses facultés mentales, mais il n’était probablement pas aussi redoutable qu’elle l’avait craint au premier abord. Dans l’esprit de l’Hellène se superposa à l’image de CJ celle du héros Don Quichotte, dont elle avait lu les exploits au printemps précédent (depuis son arrivée, elle écumait la section « grands-classiques-que-toute-personne-n’ayant-pas-vécu-dans-une-institution-autarcique-douteuse-est-supposée-avoir-lus »).

Maintenant, elle se sentait un peu idiote, à brandir sa dague pour se prémunir des assauts d’un malheureux idiot-du-village. Ceci dit, elle n’abaissa pas encore sa garde : qui pouvait dire les réactions qu’avaient parfois ces infortunés. L’idéal aurait été de prétendre que son réflexe faisait partie du jeu auquel son interlocuteur se livrait. Mais cela aurait demandé un humour, une empathie du moins, dont l’Hellène était bien incapable. A la question de CJ, elle répondit, encore interloquée :

« Euh… c’est pour le linge. »

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Chase Josquin
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MessageSujet: Re: Moins blanc que blanc   Lun 19 Sep - 12:59

Oulà, ennemi, visiblement. En vérité, CJ s’était attendu à entendre la voix d’un Orpheo entrant immédiatement dans son jeu et répondant quelque chose comme « Moult faquins, à mort les faiseurs de pluie ! » ou celle, un peu exaspérée, de Neve, lui demandant à quoi il jouait, encore. À la place, il se retrouvait devant une fille brune, qu’il ne connaissait que de vue (et encore) et qui brandissait un genre de couteau. D’abord interloqué qu’une inconnue soit si vite entrée dans le jeu et ait carrément apporté des accessoires, CJ devint ensuite légèrement inquiet : et si elle c’était une tueuse folle au couteau ? Mais tout s’expliqua quand l’inconnue ouvrit la bouche. La lingère. Voilà qui expliquait tout, de sa présence jusqu’au couteau.

Il semble utile à ce point du récit de préciser que CJ n’a jamais lavé son linge. Quand il a quitté la maison de sa mère (et de ses innombrables beaux-pères), il a immédiatement engagé une femme de ménage/gouvernante, pour s’occuper de ce genre de tâches ingrates. Il ne savait donc absolument pas faire fonctionner une machine à laver, et était encore moins à même d’envisager, ou d’imaginer, comment on pouvait laver des draps dans un coin aussi pittoresque que Sywhaîd. La lingère était la lingère, si elle se baladait avec un couteau pour laver les draps, c’est qu’elle en avait besoin, pardi !

CJ abaissa donc son tisonnier et laissa son regard quitter le couteau pour se poser sur le visage, lui-même taillé au couteau, de sa visiteuse. Visage qu’il voyait par en-dessous, étant toujours à quatre pattes à l’entrée de son fort, et qui lui semblait monstrueusement haut. Rowdy, quant à lui, observait la scène d’un air débonnaire, et ne souffla mot, signe qu’il tolérait la présence de la lingère.

- Eh bien, maraude, entre donc, Fort Josquin n’a de linge que le nom.

Et, sur cette phrase pour le moins obscure, CJ négocia un demi-tour ardu, sans lâcher Rowdy, et se retrancha dans les contreforts du fort (quoi que ça veuille dire), s’attendant visiblement à ce que la maraude en question lui emboîte le pas, à quatre pattes, évidemment, ce n’était pas un fort pour gens debout. Ou trop grands.
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Youlika Manthoulis
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MessageSujet: Re: Moins blanc que blanc   Lun 26 Sep - 20:54

Kika ? Kika ! Hep, réaction ! On ne reste pas planté comme ça chez les gens, une dague à la main ! Il n'y a pas de mais, peu importe qu'ils aient un oreiller sur la tête et, manifestement, une case en moins. Ce n'était pas parce que ce type était cinglé qu'elle pouvait tranquillement, dans l'ordre, expirer, sourire de soulagement, ranger sa dague, récupérer le linge sale sans autre forme de procès, sortir de cet asile et tapoter sa tempe du bout de l'index. Parce que même venue d'un handicapé mental, l'assertion selon "laquelle la blanchisseuse est venue avec une dague à la main" risquait de faire tiquer ses destinataires aussi bien qu'un message codé de la BBC capté par des nazis un brin suspicieux. Son geste était trop agressif pour ne pas risquer, surtout si elle rangeait aussitôt son arme d'un air coupable, de marquer un esprit fragile.

Non, la présence de cette dague devait paraître naturelle. Aussi Kika renonça-t-elle à son premier mouvement, et garda-t-elle l'arme blanche au poing. Elle se contenta de baisser légèrement sa garde, histoire d'éviter les stupides accidents. Si l'idiot du village était retrouvé une grosse balafre en travers du visage, cela ne passerait pas non plus inaperçu, a priori. Et le gérant, qui était lui parfaitement sain d'esprit, saurait recouper ses petits agendas pour retrouver l'identité du (de la, en l'occurrence) coupable. Qui pouvait avoir fait le coup, qui, sinon la blanchisseuse, présente sur les lieux à l'heure du crime ?

La sentence de CJ laissa quelques instants Kika pantoise ; voilà qu'il lui semblait qu'elle ne comprenait plus l'anglais. La tournure de phrase était trop incohérente pour qu'elle y entende goutte. Et à présent, son interlocuteur s'engouffrait à quatre pattes dans une sorte de... de tipi fait de draps enchevêtrés ? Tout ce qu'elle avait entendu aux propos de son interlocuteur, c'était "entre donc". Et là, vraiment, elle hésita un instant. Etait-elle vraiment prête à jouer le jeu du malheureux handicapé, juste pour ne pas attirer les soupçons ? Ne valait-il pas mieux prendre le risque de s'en aller discrètement, quitte à ce qu'il aille raconter avoir vu "une grande fille avec un couteau", ce que personne, après tout, ne pourrait prendre au sérieux ? On penserait simplement qu'il faudrait cesser de lui lire le petit chaperon rouge avant qu'il ne s'endorme.

D'un autre côté, Kika n'était pas particulièrement attendue quelque part. Elle n'avait jamais suivi quiconque dans un fort en draps. Peu habituée à entendre la voix de l'amusement lui susurrer à l'oreille de faire quelque chose de complètement stupide, elle décida de jouer le jeu de CJ. Priant très fort tous les dieux de la Grèce que personne n'entre à cet instant pour la trouver à quatre pattes, elle s'agenouilla pour suivre son guide dans le plus extravagant abri qu'il lui ait jamais été donné de voir.

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Chase Josquin
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MessageSujet: Re: Moins blanc que blanc   Dim 2 Oct - 18:30

La blanchisseuse le suivit dans son fort, toujours armée de son couteau pour laver le linge. Ils étaient plutôt serrés, à trois, mais en serrant les coudes et les genoux, ça passait. Et puis, c’était tout à fait cosy, ici. Le soleil filtré par les draps nimbait le fort d’une douce lumière dorée, les bruits de l’extérieur, déjà fort peu nombreux, étaient étouffés par l’épaisse couche de coton. Et la proximité de Rowdy faisait systématiquement chaud au cœur. Ils se tapirent donc tant bien que mal dans Fort Josquin et CJ reposa son tisonnier à sa place.

Car il est important de noter que le mur du fond du fort était en fait la cheminée. Et il est tout aussi important de noter que ladite cheminée avait été reconvertie en cuisine du fort. En se contorsionnant avec précautions, afin de ne pas éborgner Kika au passage, CJ entreprit donc de prendre l’assiette recouverte d’un torchon qui était dans le foyer et de la tendre à son invitée.

- C’est de la tarte aux pommes, précisa-t-il. Ton couteau à laver le linge va être utile, elle n’est pas prédécoupée.

Il sortit ensuite de la cheminée une bouteille remplie d’un jus indéfinissable, probablement à base de fruits rouges, probablement récupéré au pub, où Jeremy inventait régulièrement de nouvelles boissons et cocktails de saison.

- Voilà, affirma-t-il, on est parés pour le siège. Bon, je n’ai pas de verres par contre mais à la guerre comme à la guerre, n’est-ce pas ?

Et il adressa à Kika son sourire le plus candide, le plus joyeux, comme si jouer à être assiégé dans un fort fait de draps, en compagnie d’un chien empaillé et d’une blanchisseuse armée d’une dague était ce qui pouvait arriver de mieux dans une après-midi.
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MessageSujet: Re: Moins blanc que blanc   Lun 14 Nov - 23:05

Une chose était certaine : ce n'était pas parce que l'on était un peu simple d'esprit que l'on ne savait pas vivre. Voilà ce que songea en substance Kika en pénétrant dans l'antre aménagée par CJ. Là où elle s'était imaginé quelques coussins miteux sous deux draps noués à la va-vite par une paire de nœuds à faire pâlir de mépris le plus malhabile boy-scout, elle découvrait un lieu... ma foi, certes exigu, mais qui devait très exactement répondre à la définition de ce que les gens du coin appelaient "cosy". L'atmosphère était confortable, oui, moelleuse, tiède, et embaumée par le parfum suave des pommes tièdes. Notre Hellène faillit en lâcher sa dague son couteau à laver le linge, et jeta alentour des regards dont la surprise n'avait rien de feint tandis que son compagnon se contorsionnait jusqu'à la source de la délicieuse odeur. L'endroit était charmant, mais Kika n'avait que la place de s'asseoir, et c'est ce que, donc, elle fit, tout en accordant désormais ses regards ahuris au dessert.

Elle était trop stupéfaite pour protester quoi que ce soit. Lorsque CJ parla de son couteau à laver le linge, elle renonça à analyser les paroles du garçon pour déterminer si, oui ou non, il plaisantait. Elle jeta un coup d'œil à son arme, parut ne pas comprendre l'espace d'une seconde ou deux... Puis s'exécuta. La lame, entretenue avec soin, trancha les fruits et la pâte sans bruit, comme elle aurait fendu une motte de beurre frais. Le seul bruit qui vint perturber les crépitements tranquilles du feu furent ceux du feuilletage croustillant à peine, au moment d'être brisé.

Tout cela était absolument surréaliste. Elle était venue en quête d'informations, elle en prenait plein la figure. Enfin, elle était bien incapable de savoir quoi penser de tout cela, mais enfin, elle découpait une tarte aux pommes sous un abri fait de draps, en compagnie d'un jeune écervelé et d'un chien empaillé ! L'odeur continuait de lui ravir les narines, évoquant avec elle les saveurs que devait avoir une enfance paisible, dorée, tranquille. Kika servit la première part à CJ, et une pensée douce-amère lui vint, qu'il avait peut-être l'âge qu'avait son petit frère. La Grecque n'étant pas bien au fait de ce à quoi pouvaient ressembler des relations familiales, elle se demanda, l'espace d'un instant, si ce frère, perdu de vue depuis si longtemps qu'elle avait oublié son nom, aurait ainsi pu, dans d'autres circonstances, partager avec elle une part de tarte aux pommes sous une tente improvisée. Elle sourit à son interlocuteur en lui tendant la part, maintenant plus fermement la dague pour contenir le léger tremblement de ses mains. En échange du manger, il lui tendit le boire, qu'elle accepta d'autant plus volontiers qu'elle n'était pas à l'aise avec l'idée que de simples pensées fussent en mesure de la perturber au point qu'elle ne sache plus se maîtriser.

Elle approcha donc le goulot de ses lèvres, et but deux gorgées de ce qui semblait être un genre d'hydromel. L'alcool laissait dans sa gorge et son estomac une agréable sensation de tiédeur. Ecartant la bouteille de sa bouche, elle allait sourire à nouveau, lorsqu'elle fut prise d'étranges spasmes, qui lui faisant émettre des petits bruits bizarres. Pour la première fois depuis un bon paquet de temps, Kika, saoulée de surprise, de bien-être et d'un peu d'hydromel de la réserve personnelle du gérant, riait.

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