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Esteban Juarez Sywhaîdien


Nombre de messages: 44 Age: 37 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Miss Fortune Dim 27 Mar - 22:02 | |
| Malgré le relativement peu d’habitants, et l’espace assez impressionnant enfermé dans la Brume, le manque de place était parfois un gros problème à Sywhaîd. Si on était encore loin de refuser de nouveaux arrivants, il était cependant assez courant d’attendre des semaines, voire des mois, avant de pouvoir récupérer une maison. Arieh avait d’ailleurs un système de priorité, les familles avec enfants étaient bien sûr en haut de la liste… Autant dire qu’Esteban et Charlie n’avaient même pas cherché à avoir une maison. De toute façon, l’excentrique couple s’était plutôt bien adapté à la vie à la bâtisse principale, et aucune des deux n’avait particulièrement évoqué l’idée. L’Argentin y avait pensé, à plusieurs reprises, se disant que le jour où ils voudraient fonder une famille, ils y penseraient, mais l’idée même de fonder une famille lui était totalement étrangère. Malgré ses trente ans plus que bien passés, l’hispanique blond était loin de souffrir de crise d’envies de paternité aigues. Il n’avait jamais particulièrement eu envie d’être père, et les années passants, cette envie ne s’était pas plus manifestée. Avec Charlie, pour le moment, la question ne se posait pas, et quand il y pensait, c’était surtout pour se demander ce qu’il ferait si, un matin, au petit-déjeuner, sa douce lui avouait qu’elle rêvait de barboteuses et de couches à changer. Il repoussait en général très vite cette idée.
Néanmoins, le manque de place avait posé un problème à Esteban, quelques semaines plus tôt, au cœur de l’hiver, quand ses recherches étaient devenues plus précises, et que sa chambre, ou n’importe quelle salle publique, n’avait plus été suffisante pour ses expériences et prises de notes. Il avait besoin d’espace, et de tranquillité, et s’isoler à Sywhaîd n’était pas quelque chose d’évident, d’autres que lui en souffraient. Alors quand il était allé voir Arieh en lui réclamant l’utilisation privée d’une salle, le gérant l’avait un peu regardé comme s’il était tombé sur la tête. Tout était utilisé, lui avait-il répondu, soit pour du stockage, soit pour des fabriques. Il y avait bien encore quelques maisons en cours de rénovation, mais il y avait trop de personnes intéressées par la possibilité d’en faire leur maison pour qu’elles soient données pour faire des recherches. Quant aux salles publiques, les foyers, les salles de classes, bien que relativement peu utilisées, il était plus ou moins hors de question de lui en donner une. Esteban avait bien compris que ça tenait plus du principe qu’autre chose, et qu’il aurait pu réussir à en récupérer une, en défendant bien son cas, mais ça n’aurait pas convenu. Il avait besoin de s’isoler, de ne plus être dans un endroit où n’importe qui pouvait passer sa tête par l’encadrement de la porte pour lui proposer un tarot/une partie de go/une bière.
Il avait passé un moment à réfléchir à la question, réfléchissant même plutôt sérieusement à l’idée de se fabriquer sa cabane, mais il trouvait ça un peu exagéré. Finalement, c’était durant une corvée de boucherie que la réponse lui était venue. Les Sywhaîdiens, bien qu’ayant un élevage de moutons, de la volaille, et pas mal de territoire de chasse, utilisaient finalement relativement rarement la boucherie. Ils avaient tendance à faire de grosses corvées, pour remplir les réservées de viande préservée, mais au jour le jour c’était plutôt tranquille. Et il y avait un étage à la boucherie. Un étage rempli d’un bric à brac qui devait dater de bien avant n’importe quel membre du rad (Rozen incluse), et que tout le monde avait plus ou moins oublié, principalement parce qu’il n’était pas pratique du tout, qu’il n’y avait pas de fenêtres, et qu’il ressemblait en fait plus à un vieux grenier sentant la viande crue et le sang plutôt qu’à autre chose. Esteban avait demandé à Arieh s’il pouvait récupérer l’endroit, le gérant lui avait dit que c’était possible, s’il s’occupait de trier, inventorier et relocaliser tout le bazar, ce qu’Esteban avait fait, ça avait occupé une bonne partie de son hiver.
Finalement, il avait récupéré la « salle ». Il ne pouvait pas se tenir debout dans la bonne moitié, sur les côtés, à cause du toit, et de sa grande taille, mais il avait quand même assez de place pour bouger, et faire ce dont il avait besoin. En plus, le fait que ce soit un endroit très chargée en énergie, un endroit où on s’occupait de la viande, où il y avait du sang, lui parvenait complètement, il avait besoin d’énergie primaire pour ses expériences, c’était parfait.
Et donc ça faisait quelques petites semaines que notre Baban national s’éclipsait, se planquait dans le grenier de la boucherie. Il avait plus ou moins re-décoré l’endroit, faisant pendre dans toute la salle de très grandes toiles blanches (qui, regardées de plus près, étaient, en fait, des draps en coton… mais pas ceux de Sywhaîd, Esteban en avait acheté un stock assez impressionnant pendant la brèche, passant même par un magasin ne vendant normalement qu’aux professionnels). Le sol était lui aussi recouvert d’une toile blanche, qui était tout aussi immaculée (il faut dire qu’Esteban laissait toujours ses chaussures en bas, près de l’échelle qu’il prenait pour monter). Il y avait dans un coin une sorte de gros classeur rempli de papiers et de photos, ainsi qu’un appareil photo très ancien (totalement mécanique, encore ce qui résistait le mieux à Sywhaîd, qu’il avait récupéré dans un de ses gardes-meubles à la brèche de printemps).
A part ça, il y avait Esteban, vêtu seulement de ses tatouages, visiblement en pleine expérience. Il avait les yeux fermés, inspirait d’une façon particulière, cette respiration trop ample pour être tout à fait naturelle, et soudain quelque chose sembla bouger sur sa hanche, une volute verte sembla scintiller un tout petit peu, et une décharge magique se fit sentir. Et quand Esteban rouvrit les yeux, il vit qu’un motif était apparut sur la toile blanche pendue au mur qui lui faisait face. Il se pencha, récupéra un calepin, un crayon, qui trainaient par terre et s’approcha du motif, qu’il observa avec une attention toute particulière, tout en prenant des notes. Et, comme si cette arabesque était vraiment parlante, il dit tout bas, en espagnol :
« Intéressant. »
[Kika ?] _________________ As sure as night is dark and day is light I keep you on my mind both day and night And happiness I\'ve known proves that it\'s right Because you\'re mine, I walk the line. |
|  | | Youlika Manthoulis Blanchisseuse


Nombre de messages: 126 Date d'inscription: 27/07/2008
 | Sujet: Re: Miss Fortune Jeu 7 Avr - 14:36 | |
| Le problème de place commençait effectivement à se faire sentir, plus ou moins sensible, pour un certain nombre de Sywhaîdiens. Même une personne tout à fait sans histoire, lisse et tranquille comme Kika en souffrait secrètement. Bon, soit, elle n'était pas si "sans histoire" que cela, et ses recherches de lieu à elle, elle les avait quant à elle réalisées en secret, et certainement pas en demandant sa contribution au gérant, qui lui aurait, l'indélicat !, forcément interrogée sur la teneur de ses recherches. Pour étendre, ranger le linge de la communauté, les draps, les serviettes qu'ils utilisaient, les tissus chamarrés qu'ils tissaient et tricotaient, la place ne manquait jamais. Mais une petite pièce tranquille ou se livrer sans être dérangé à des expérimentations douteuses, curieusement, c'était beaucoup plus difficile à dénicher. Kika s'était finalement résignée ; elle travaillait la nuit, dans des fabriques inoccupées qu'elle truffait de sorts de détection. Et elle faisait la sieste l'après-midi.
Le reste du temps, blanchisserie. L'activité était plus agréable, maintenant que les beaux jours étaient revenus. Elle pouvait étendre le linge dehors, mais surtout user ses savons dans l'eau glacée du lavoir était beaucoup plus agréable lorsqu'il ne neigeait pas aux alentours. En contrepartie, Kika s'occupait également d'autres corvées ponctuelles. Ce jour-là, par exemple, elle se dirigeait vers la boucherie, quatre cadavres de poules à la ceinture, pour les y vider et couper en morceaux. La cuisinière était végétarienne, et on lui évitait ce genre de tâches. Elles ne dérangeaient pas l'Hellène. D'un pas léger - l'habitude, sans doute, de s'immiscer dans des lieux où sa présence n'était pas bienvenue, elle pénétra dans la boucherie, posa les volailles sur un plan de travail, jetant un coup d'œil aux alentours, par réflexe. Tout semblait calme et en ordre. Elle tira de la poche de son jean (don de la communauté) une petite clé noire, qui servait à ouvrir le tiroir des couteaux. C'était une serrure joliment mise au point, pour éviter que n'importe qui, même sorcier, puisse l'ouvrir par erreur. Le genre de précautions utiles dans une communauté où chacun, à tout âge, pouvait plus ou moins gambader partout sans surveillance resserrée. La clé tourna silencieusement : vraiment, c'était une très belle serrure.
Mais alors que l'Hellène examinait le contenu du tiroir, pour choisir ses armes, elle entendit du bruit. Un bruit très discret, qu'on aurait pu attribuer à une simple bestiole, à l'étage, et qu'une oreille qui n'était pas habituée à écouter n'aurait peut-être même pas décelé. Mais bien entendu, Youlika, de ce point de vue, avait également reçu une éducation des plus complètes. Elle se redressa, porta la main au creux de ses reins, où elle cachait son arme préférée : rien à voir, sans doute, avec les longs couteaux de la boucherie, mais une lame plus facile à manier, qui avait fait ses preuves. S'assurant du contact familier du manche sous ses doigts, la Grecque se dirigea souplement vers l'échelle oubliée au fond de la boucherie, menant au grenier où elle avait entendu le bruit. Elle grimpa silencieusement les barreaux et, arrivée à hauteur du plancher, leva prudemment la tête. Elle était sûre, à présent, que c'était un humain, ou du moins une créature plus ou moins humaine, qui se trouvait là.
Elle faillit laisser échapper un hoquet de surprise ce qui, de sa part, n'était pas peu dire. Esteban était assis là, nu, le corps intégralement couvert de tatouages magiques. Elle s'était bien sûr demandé, comme sans doute pas mal de Sywhaîdiens, s'il en portait bel et bien partout, comme on le prétendait. Elle avait la réponse sous les yeux. Il était entouré de draps qu'elle savait ne pas appartenir à la communauté. Ce qu'il faisait était... Disons que cela confortait Kika dans l'idée que le bel argentin dissimulait, lui aussi, sa part de mystères, et que ceux-ci n'étaient peut-être pas tous parfaitement avouables. Ce n'était pas en soi une surprise : un homme capable d'assurer un corps sur l'intrusion corporelle ne pouvait pas avoir passé sa vie à étudier sagement derrière des bureaux officiels. Mais cela ne rendait pas la scène qu'elle avait sous les yeux moins étonnante ni troublante. Laissant de côté toute prudence, Kika, dont les yeux s'habituaient lentement à l'obscurité, vit Esteban ouvrir les siens, écrire quelque chose... Bon sang, elle aurait aimé voir ce qu'il notait, comme ce qu'il examinait. Alors quand l'entendit dire qu'il trouvait cela intéressant, elle demanda :
"Quoi donc ?"
Seule sa tête dépassait encore du plancher, qui observait l'Argentin d'un air presque souriant. Sans s'en rendre compte, elle lui avait parlé, elle aussi, en espagnol. |
|  | | Esteban Juarez Sywhaîdien


Nombre de messages: 44 Age: 37 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Re: Miss Fortune Sam 16 Avr - 23:05 | |
| « Le motif est différent. » répondit Esteban, toujours en espagnol.
C’est à ce moment-là qu’il accepta de détourner le regard du motif en question, et découvrit que la personne qui l’avait interrogé n’était autre que Kika, qui avait été son professeur à la saison précédente, et dont il avait été le professeur dans un drôle de retour des choses qui n’existait, en gros, qu’à Sywhaîd. Il ne lui sourit pas, et ne fit pas mine non plus de courir vers un peignoir ou de se draper dans un des tissus étendus dans la salle. La nudité n’était pas quelque chose qui gênait Esteban, ou du moins, ça ne l’était plus. Enfant, il avait été très pudique, presque maladivement, contrairement aux autres membres de sa famille, et personne n’avait jamais vraiment compris d’où cette pudeur excessive pouvait venir. En tout cas, plusieurs mois à vivre dans des tribus où on ne voyait pas vraiment l’intérêt de vêtements qui couvraient réellement quoi que ce soit, du moins pas tant qu’il ne faisait pas froid, avait guéri cette petite névrose. Le fait d’être couvert de tatouages aidait, aussi, sûrement, après tout, il savait que les gens regardaient les tatouages, et pas son corps, qui n’avait pourtant rien à envier aux décorations dont il était orné.
Il fixa de nouveau son regard acier sur la toile, et griffonna quelques nouvelles notes rapidement. On aurait presque pu croire qu’il avait oublié la blanchisseuse, ou qu’il lui signifiait implicitement qu’il voulait qu’elle s’en aille, mais il ne laissa pas longtemps le doute s’installer, reprenant sa réponse, mais en anglais cette fois, principalement parce que c’était la langue qu’il utilisait avec tous les habitants de Sywhaîd que par doute des capacités de la grecque à suivre une conversation en espagnol :
« Le motif est différent, alors que le sort est le même. »
Il se releva brusquement et alla à l’autre bout de la petite salle, d’où il sortit un tissus sur lequel s’étalait ce qui ressemblait à une grande tâche d’encre sombre. Il le déposa à côté du premier tissus. En effet, les deux motifs étaient différents, très différents. L’un était noir, l’autre était bleu très foncé, pour commencer (mais ça n’était pas évident de voir la différence avec le peu de lumière que la salle possédait), mais surtout, les deux tâches étaient différentes, ça se voyait même sans les comparer l’une à côté de l’autre. Esteban s’accroupit de nouveau, inscrivit autre chose sur son calepin, et ajouta :
« C’est le même sort, lancé par deux tatouages faits pour aider aux sorts de guérison, seulement ce sont deux tatouages placés à deux endroits différents. Et les résultats sont très différents. Fascinant. »
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|  | | Youlika Manthoulis Blanchisseuse


Nombre de messages: 126 Date d'inscription: 27/07/2008
 | Sujet: Re: Miss Fortune Jeu 26 Mai - 12:50 | |
| Kika avait profité de ce qu'Esteban était plongé dans ses recherches pour se mordre les joues. Parler en espagnol, mais à quoi jouait-elle ? Il fallait qu'elle fasse attention ; elle avait beau se considérer comme en sécurité sur Sywhaîd, il faudrait tout de même qu'elle veille à maintenir ses défenses, ne serait-ce qu'en évitant de se faire remarquer. Par exemple, en évitant de faire la démonstration de son espagnol parfait. Elle avait l'espace d'une seconde espéré que l'Argentin n'aurait rien remarqué, mais sa réponse dans la langue de Cervantès démontrait le contraire. Les pensées de l'Hellène défilaient à toute allure, tandis que son interlocuteur allait et venait dans la pièce puis griffonnait ses observations.
Assurément, cet Esteban n'était pas un homme ordinaire. N'importe qui ne se promenait pas nu, tatouages à l'air, dans un grenier sombre empli d'accessoires fleurant bon les expériences occultes.Cet homme... cet homme était dangereux, c'était certain ; ou il pouvait l'être, ce qui revenait au même. Kika tut les instincts qui, chez elle, trouvaient ce trait de caractère plutôt attirant. On n'était pas là pour plaisanter ; il fallait réfléchir, analyser la situation, et vite, sans se laisser distraire. Que fallait-il penser de la désinvolture du grand blond ? Quelles informations tirer de son écriture, rapide mais élégante, celle d'un homme instruit ? Enfin, que disaient les volutes énigmatiques qui parcouraient son corps ? Kika aurait donné cher pour savoir déchiffrer le langage secret des tatouages aussi bien qu'elle parlait l'espagnol. Quelque part, Esteban affichait ouvertement qui il était, mais il n'en demeurait que plus secret, dissimulé.
Youlika posa finalement pied sur le plancher du grenier, baissant la tête et resserrant sur elle les pans de sa robe blanche. Elle alla s'accroupir près d'Esteban, examinant à ses côtés les deux taches. Indéniablement, elles étaient différentes, il n'y avait même pas besoin d'être particulièrement observateur pour s'en rendre compte. Il y avait certes de fortes similitudes, les courbes, les sinuosités étaient semblables, mais c'était comme si deux mains invisibles avaient créé à partir d'elles deux dessins différents, en les mêlant à leur convenance. Observatrice et habituée à l'obscurité après de nombreuses pérégrinations nocturnes, Kika avait également noté la différence de couleur. Du coin de l'œil, elle étudiait également les réactions d'Esteban. Elle essayait aussi de le percer lui ; ça paraissait impossible, surtout en quelques secondes, pourtant il fallait prendre une décision. Quelque part, il semblait évident qu'un homme intelligent comme l'Argentin n'avait pas manqué de remarquer les petites extravagances du comportement de son interlocutrice. D'autant qu'ils avaient déjà partagé deux cours en tête à tête. La décision qu'elle s'apprêtait à prendre était risquée, mais au point où elle en était elle ne pouvait de toute façon plus faire profil bas face à Esteban : autant abattre son jeu, et profiter des connaissances de la seule personne qui, sur Sywhaîd, pouvait la tirer de l'impasse où l'avaient laissée les événements de l'hiver.
"Il y a des questions que je me pose depuis un moment à propos des tatouages", déclara-t-elle abruptement. "A propos de mon tatouage, pour être exacte". Elle tendit la main droite. Rien à voir avec les spectaculaires ornements d'Esteban ; un petit "K", discret, sur son annulaire. Qui avait rempli pleinement jusque là son rôle de médium magique. Mais qui suffisait aussi à l'empêcher d'accomplir sa vengeance.
"Je voudrais savoir comment m'en débarrasser." |
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