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 Belles plantes

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Belles plantes   Ven 25 Mar - 15:38

L'hiver était terminé, et ça n'était pas trop tôt. Il avait été si rigoureux, cette année, que même quelqu'un de relativement casanier comme Charlie en avait souffert. Oh, on aurait pu penser qu'une fille qui, comme elle, avait quitté les plaines gelées du nord du Canada pour... une île septentrionale du Svalbard était carapaçonnée contre les froids les plus extrêmes. Ceci était partiellement vrai, et de fait Charlie avait rapatrié suffisamment d'affaires chaudes du Grand Nord pour pouvoir se promener à peu près à sa guise au plus fort de l'hiver. Mais après un an sur Sywhaîd, elle avait goûté avec bonheur et soulagement au plaisir d'un vrai été bien chaud. Dur dur, après ça, de se faire à l'humidité de l'automne, aux tempêtes de l'hiver.

Il ne faisait pas encore franchement très chaud. Le ciel était plutôt gris que bleu, et l'éclaircie passagère du matin avait fait long feu. On était en avril, mais ça, la météo ne semblait pas s'en être encore complètement aperçu. Enfin, au moins, il ne pleuvait pas. N'empêche que, réquisitionnée pour réaliser une partie des semis de légumes au potager, Charlie trouvait encore la terre bien dure, bien froide, sous ses doigts. Le gérant lui avait évidemment proposé d'utiliser le matériel de jardinage de la communauté, dont des gants épais pour se protéger les mains... mais même avec beaucoup d'imagination, ces derniers étaient absolument im-pos-si-bles à assortir. Et Charlotte préférait de loin avoir un peu froid aux doigts que de souffrir du ridicule. Emmitouflée dans un joli manteau fourré framboise écrasée, elle était chaussée de sa seule paire de chaussures à peu près increvables, des bottes de motarde en cuir noir, et vêtue du seul jean avec lequel elle pouvait accepter de se mettre à genoux dans la terre du potager. Eh oui ; on trouvait des formules magiques très efficaces pour protéger le manuel d'explications des techniques de semis religieusement conservé à la bibliothèque, et utilisé chaque année par les Sywhaîdiens, mais pour les fringues la solution miracle n'existait pas vraiment.

Entourée de ses pots de graines, feuilletant d'un air un peu ennuyé le manuel d'instructions, lorsque son attention fut attirée par... une tête La tête d'une inconnue, qui dépassait du muret. La seconde de surprise passée, elle lui adressa un sourire gracieux.

"Oh. Salut ?"

[Kioky ?]

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Kioky Moriko
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MessageSujet: Re: Belles plantes   Ven 25 Mar - 18:39

Kioky revenait de la forêt, avec le loup. Elle avait couru toute la matinée, sur les sentiers, entre les arbres, le visage levé vers les frondaisons et la joie au cœur. Cette forêt était belle et farouche, encore vierge, emplie de créatures inconnues, et prodigieusement intéressante. Ce matin, la lumière était verte et pâle, ou alors bleue et brumeuse selon les endroits, et on sentait les fleurs et les arbres se réveiller doucement et essayer leurs forces. Des parfums se répandaient. Ils se plaisaient là, les deux petits sauvages, et y venaient souvent pour s’amuser entre eux comme lorsqu’ils étaient louveteaux. Ou enfants.
Conséquence de cette matinée mouvementée, Kioky était passablement échevelée. Sa robe couleur abricot était décousue à l’aisselle à cause d’une ronce tenace, et des fils pendaient de l’ourlet défait au bas. Ses pieds étaient enveloppés d’une sorte de chiffon sommairement noué, devenu boueux et poussiéreux après ces courses effrénées qui avaient aussi laissé leur marque sur ses jambes et ses bras nus. Des branches et des brindilles s’entortillaient dans ses cheveux épais, les redressant sur le crâne. Elle ressemblait à une ermite ou à une miséreuse mais n’en avait cure. Ainsi vêtue, la tête encore toute pleine des images de la forêt, elle avait plus que jamais des grâces de jeune bête sauvage, à la fois nerveuse et fluette.

Elle tourna de grands yeux étonnés vers la voix, sourit et répondit :

« Salut ! Que fais-tu ? »

Elle-même, malgré sa vie à l’état naturel, ou peut-être justement parce qu’elle était à l’état de nature, n’avait jamais rien cultivé ni planté. Dans la forêt, elle laissait pousser et cueillait ce dont elle avait besoin. Au début de son intégration, les champs avec leurs longues étendues pâles et rectilignes l’avaient un peu déprimée. Il lui semblait que c’était une exploitation trop ambitieuse et avare. Mais ici, c’était différent, sûrement plus naturel, en tout cas beaucoup moins égoïste.
Kioky fit le tour du muret et s’avança vers la jeune femme. Avec elle venait le loup à pas feutrés, le museau au ras du sol et les oreilles pointées vers l’inconnue, clairement circonspect. Son dos frémissant arrivait à la hauteur de la hanche de Kioky, qui s’arrêta à côté de la planteuse –Ookami resta un peu en arrière, debout- et posa un regard curieux sur la manœuvre. Elle tendit la main d’un geste gaillard et se présenta :

« Je m’appelle Kioky. Tu peux me montrer ? »

Tous ses mouvements étaient naturels et sans aucune affectation. Elle n’avait pas pensé une seule seconde à son aspect quelque peu surprenant, ni même au loup qui l’accompagnait, juste interpellée par la jeune femme.

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Belles plantes   Sam 26 Mar - 11:13

Bien qu'elle fût relativement jeune, la jolie Charlie avait, mine de rien, déjà eu l'occasion de rencontrer les spécimens d'humains les plus divers, étant donné les lieux où elle avait vécu. Des vieilles hystériques, des femmes fatales dangereuses, des hommes-glaçons, des apprenti(e)s terroristes, des squelettes baguetiers... Bref, elle n'était pas facile à effrayer en la matière. Pourtant, lorsqu'elle vit Kioky des pieds à la tête, Kioky la sauvage, échevelée, vêtements en pièces, loup au côté... Oui, Charlie fut pour le moins ébahie par cette apparition, dressant le torse, arrondissant les lèvres en un "oh" de surprise. Elle était probablement particulièrement choquée par l'état des habits de la sauvageonne, mais l'ensemble constituait un spectacle pour le moins inattendu, au moins à Sywhaîd. Ce qui eut pour conséquence plutôt exceptionnelle de clouer le bec, pour quelques secondes, à l'élégante canadienne. D'autre part -mais ceci était plus habituel- une tête de martre avait surgi de la capuche rose fourrée, tel un diable hors de sa boîte, pour observer de ses petits yeux noirs brillants l'étrange duo qui leur faisait face. Elzévir le daemon était aussi curieux que pouvait le laisser présager son apparence de mustélidé.

Humaine et daemon étaient sans doute d'accord pour classer la nouvelle venue dans la catégorie des créatures sylvestres, la forêt étant effectivement assez sauvage pour leur réserver ce genre de surprises. La seconde hypothèse fut qu'il s'agissait peut-être de la fille cachée de Waylon et d'une bestiole quelconque, échappée d'un monstrueux giron maternel. Enfin, l'écrivain qu'était Charlotte Fontaine ne pouvait, dans un troisième temps, manquer de considérer l'apparition comme un personnage de choix, qui ou quoi qu'elle fût. Mystère qui, au final, fut assez rapidement levé par l'intéressée elle-même.

"Ah ! Mais oui ! Kioky ! Bienvenue !"
s'exclama aussitôt Charlie, son visage soudain comme éclairé par cette révélation ; tout juste si elle ne se frappa pas le front de la paume de la main. Bien sûr que c'était Kioky ; la nouvelle, celle au loup. La canadienne n'avait pas encore rencontré cette nouvelle arrivante, mais elle en avait entendu parler, les événements tels que la venue d'un nouveau Sywhaîdien faisant assez rapidement le tour des conversations et elle-même laissant plus que volontiers traîner sa mignonne oreille ici ou là. Bah, c'était le métier qui voulait ça, que voulez-vous. Donc, Charlie savait qu'une petite nouvelle, plutôt jeune, était arrivée quelques jours plus tôt, en compagnie d'un loup, et qu'elle avait ramené Chip Marcus, véritable légende ovine locale. On imagine assez bien l'effet qu'un tel tableau pouvait avoir dans l'esprit fertile et créatif de notre écrivain. Celle-ci avait eu hâte de rencontrer l'intéressée, avant qu'un autre sujet probablement futile ne happe à son tour toute son attention. Mais enfin, elle était là, la fameuse Kioky, et même si son apparence était... ce qu'elle était, disons, le fait qu'elle ait été acceptée par la Brume semblait indiquer qu'elle n'était du moins pas anthropophage, et qu'il n'y avait donc pas de quoi s'inquiéter outre mesure. N'est-ce pas, Elzévir ? Mais qu'est-ce qui lui prenait, à cet animal, de frissonner comme ça ?

"Ce... ce n'est pas un daemon ; c'est un vrai loup, Charl' !" murmura la martre à l'oreille de son humaine, d'un ton légèrement affolé.

Non mais vraiment, quelle chiffe molle ! Charlie leva les yeux au ciel, d'un air de s'excuser vaguement de l'andouille pelucheuse qui lui servait de daemon. Elle leva le bras et fourra la main dans sa capuche pour y saisir autoritairement, mais non sans une certaine tendresse, l'animal.

"Ca c'est Elzévir, mon daemon. Et moi c'est Charlie."

Elle ne jugea pas nécessaire de préciser ce qu'était un daemon, alors même qu'il s'agissait d'un concept assez peu répandu, même chez les sorciers. L'amalgame de départ s'était fait en elle, lorsqu'elle avait vu Kioky accompagnée d'un loup. Avec un peu de chance, Kioky avait déjà rencontré sur Sywhaîd d'autres Sywhaîdiens qui avaient, eu aussi, choisi d'extérioriser sous forme animale une part de leur âme.

"Je m'occupe des semis du printemps", expliqua-t-elle gentiment, tout en redisposant autour d'elle les pots de graines pour faire une place à la Japonaise. Elle ne trouvait pas spécialement bizarre d'avoir à expliquer en quoi ça consistait, vu que nombre de citadins dans son genre n'y étaient eux-mêmes pas très familiers. Et encore, elle avait été élevée dans une école plutôt branchée environnement.

"C'est pas bien compliqué, en gros faut juste faire des sillons et planter des graines. Simplement, j'vérifie dans le manuel, pour savoir la taille des sillons, la distance entre les graines, et s'il faut en mettre une ou plusieurs à chaque fois."


Elle illustra son propos en ouvrant le manuel au hasard.

"Bon genre là, poireau, entre 0,5 et 1 centimètre."

La terre avait déjà été travaillée, il ne restait qu'à tracer le sillon. La canadienne se saisit d'une espèce de griffe en bois qu'elle avait récupérée dans le matériel de jardinage, et traça la ligne où elle déposerait les graines. Puis, elle farfouilla quelques instants parmi les bocaux en terre cuite pour trouver celui qui portait la bonne étiquette. Quelqu'un -probablement une vieille mamie aux relents artistiques- avait même dessiné de jolis poireaux dessus. Charlie ouvrit le bocal, puisa dedans une poignée de graines qu'elle présenta à Kioky.

"Tu veux essayer ?"

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Kioky Moriko
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MessageSujet: Re: Belles plantes   Sam 26 Mar - 13:27

Kioky resta poliment silencieuse et fonça à peine les sourcils en voyant Charlie pousser une exclamation sous-entendant qu’elle la reconnaissait. Il semblait qu’on aie parlé d’elle dès son arrivée. C’était normal après tout, la communauté était petite, et elle était accompagnée d’un loup géant. C’était habituel pour elle, mais Kioky avait bien vu la réaction de Charlie en la voyant débouler, elle se dit qu’elle devait étonner les humains autour d’elle. C’était dommage ! Elle aurait préféré, comme avant, être parfaitement intégrée dans son environnement et n’étonner personne, faire partie du décor. Mais ça allait finir par venir, au bout d’un peu de temps dans cet endroit calme.
Pour l’heure elle ne put s’empêcher de remarquer la frayeur de cette martre, et put clairement l’entendre parler de Ookami. Une expression peinée se peignit sur son visage expressif, mais elle ne dit rien, et sourit fort gentiment au daemon une fois qu’il fut extrait de sa cachette. Elle connaissait le principe des daemons et trouvait ça extraordinaire. Souvent même, elle s’extasiait sur le sujet en compagnie de son loup, lequel ne portait pas le moindre intérêt au phénomène. Ookami disait que ce n’était rien de bien étonnant, de scinder un tout conscient en deux parties aussi conscientes. Il n’avait pas tort, au regard de la forêt.
Bref, Kioky salua donc avec enthousiasme, en s’inclinant profondément.

« Je suis enchantée de vous connaître ! Je n’ai pas de daemon, mais je vous présente Ookami. »


Elle se tourna en tendant la main vers le loup, lequel s’approcha d’une démarche paresseuse. Il s’arrêta à trois mètres des jeunes filles, les scruta un instant. Sa mâchoire haletante laissait passer une langue très rouge entre de grandes dents luisantes et son regard était impénétrable. Puis, une fois qu’il les eut observés tout son saoul, il se coucha lourdement sur la terre et posa la tête sur ses pattes. Pas une seule fois ses yeux ne quittèrent les moindres mouvements de Charlie. Kioky ne prêtait pas attention à ce ménage, toute occupée à feuilleter le manuel. Elle s’était agenouillée juste à côté de Charlie et paraissait très sage. Elle l’aida à bouger les pots –puisqu’elle s’était installée sans rien déranger, sans toucher un seul bocal mais les frôlant tous. Puis elle tendit le livre à Charlie et écouta religieusement.
Quand la jeune femme lui proposa les graines, les yeux de Kioky s’agrandirent démesurément et elle eut un mouvement de recul. Ce n’était pas de la frayeur, mais elle ne voulait pas gâcher les récoltes ! Et si elle le faisait mal ? Mais elle mourait d’envie d’essayer tout de même, et son visage cachait mal une expression de convoitise.

« Oh ! Oui ! »

Elle se saisit des graines et les déposa très soigneusement, très lentement. Il fallait faire ça bien ! Elle en remplit un sillon, le mieux possible, et leva un visage rayonnant de joie sur Charlie.

« C’est facile ! Est-ce que je pourrais les manger ? »

Ainsi, avec son sourire épanoui et fier, et sa petite voix ravie, elle semblait vraiment une enfant, plus jeune encore que ce qu’elle était. Elle plongeait les doigts dans la terre et les ressortait sans se soucier de ses ongles devenus noirs, et riait de plaisir.

« Est-ce qu’on peut planter des fraises ? Et des framboises ? »

C’étaient ses fruits favoris et pour l’heure rien ne lui ferait plus plaisir que de les planter. Une seule saison dans l’année pour les manger ! C’était terriblement frustrant. Soudain, une idée l’illumina :

« Oh ! Est-ce que votre magie peut permettre de faire de plus grosses fraises ? »

Ookami releva brutalement la tête et la regarda. Kioky rougit, baissa la tête. Elle n’aurait pas dû demander ça. D’une voix penaude elle expliqua :

« Non, je n’aurais pas dû te demander ça. C’est à la nature de faire ses fraises, pas nous. »

On ne peut pas toujours être sage ! Ookami, rassuré, reposa sa large tête sur ses pattes de devant et ferma les yeux. La jeune fille reprit son insouciance, éclata d’un rire cristallin, et se rejeta en arrière pour se retrouver couchée sur le dos sur le chemin –elle avait bien pris garde à ne pas écraser les semis. Là, couchée, elle écarta les bras pour exprimer la quantité et s’exclama :

« De toute façon, dans la forêt, il y en a des énooooormes, de fraises ! Et même des cerisiers dans la lande. »


Ça lui paraissait mieux et meilleur. Les fruits sauvages !

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Belles plantes   Lun 28 Mar - 12:22

il avait suffi de quelques minutes à Kioky pour que, d'assez curieuse, elle devienne éminemment sympathique aux yeux de Charlie. Ayant elle-même tendance à facilement s'enthousiasmer pour un rien, elle était heureuse de rencontrer une personne capable de lui rappeler à quel point une banale corvée de semis pouvait en fait s'avérer plutôt... agréable. Bon, la canadienne n'en était pas encore à danser sur place, et Elzévir continuait à observer le loup d'un œil prudent, chose plutôt rare chez ce daemon expansif ; mais enfin, la situation se détendait rapidement. Charlie regarda avec une sorte d'attendrissement Kioky répandre les graines dans le sillon, et éclata carrément de rire à sa question. C'était juste adorable.

"Bien sûr que tu les mangeras ! On ne fait pas ce potager pour décorer, tu sais !"

C'était dit sans méchanceté, un sourire épanoui sur les lèvres de Charlie faisant écho à celui de Kioky. Quelques années seulement devaient les séparer, et la benjamine avait encore l'air d'une grande enfant ; mais la plus âgée des deux commençait elle aussi à se prendre au jeu ; non, en fin de compte, cette corvée n'était peut-être pas si mortellement ennuyeuse. C'était même plutôt amusant, pour une fois, de jouer un peu au professeur ; elle eut une petite pensée pour son cher et tendre, son Baban adoré, dont elle avait moqué gentiment la tendance grandissante à jouer les remplaçants de Jena. De son côté, avait-elle assuré, elle manquait absolument de la patience et de la pédagogie nécessaires. Et pourtant, elle trouvait bel et bien un certain plaisir à expliquer à la petite nouvelle que les fraises se plantaient plutôt en septembre, mais qu'en cette saison on pouvait déjà voir les premières formées, sur les longs tapis paillés qu'on leur réservait en raison de leurs tendances invasives. Les deux demoiselles se levèrent pour regarder le spectacle plutôt adorable des premières fraises, encore petites et vertes, apparues sur la paille.

"C'est pour éviter qu'elles ne pourrissent en étant au contact de la terre", expliqua Charlie. elle n'en était pas tout à fait certaine, à vrai dire, mais ça lui semblait être un souvenir -un peu brumeux- de ses vieilles leçons de botanique.

Avec Kioky, elles se dirigèrent ensuite vers les framboisiers, et la canadienne dut avouer qu'elle ne connaissait pas la saison à laquelle on était supposé planter les pieds. Pas de nouvelle plantation prévue, pour l'heure ; cela nécessiterait probablement, le cas échéant, qu'on aménage un nouvel espace pour se faire, car les pieds étaient déjà disposés en rangs serrés.

"Ceci dit, on pourra d'mander à Arieh ; moi aussi c'est un d'mes fruits préférés", avoua Charlie d'un ton complice, tout en caressant du bout du doigt son manteau d'un rose hommage aux baies en question.

Les interrogations que lança ensuite Kioky étaient tout aussi adorables que les premières ; évidemment, qui n'aurait pas rêvé de faire grossir à loisir ses gourmandises préférées ? A nouveau, Charlie éclata de rire, cette fois devant les excuses précipitées de Kioky.

"Oh, j'comprends que tu l'aies demandé, c'est tentant", s'exclama-t-elle à son tour. "Mais en fait, on est obligés d'éviter au maximum d'utiliser la magie pour les cultures ; la terre d'ici est déjà très très chargée en énergies, donc il vaut mieux éviter d'en rajouter."

Elle se dispensa de préciser que c'était bien dommage, cela aurait été bien malvenu au moment où la présence de Kioky avait apporté à la corvée de semis une tonalité si rafraîchissante. D'ailleurs, en parlant de ça, il était peut-être temps qu'elles s'y remettent.

"On y retourne ?"


Tout en se dirigeant à nouveau vers leurs bocaux et leurs sillons, les demoiselles continuaient de papoter. Les affirmations de Kioky concernant les trésors de la forêt n'étaient pas tombées dans l'oreille d'une sourde, ni d'une indifférente : une petite lueur très intéressée s'était allumée dans les prunelles de la brunette. Elle n'hésita qu'une courte seconde avant de demander :

"Tu me montreras ?"

Elle sourit à nouveau ; sûr que jusqu'ici, elle ne s'était pas souvent aventurée bien profond dans la forêt. Ca restait un endroit dangereux ; il y avait bien un garde-chasse, mais il suffisait de rencontrer Waylon une fois pour se demander s'il ne représentait pas lui-même un des plus grands dangers du lieu. A choisir, Charlie préférait nettement avoir pour compagnie une jeune fille qui aimait les fraises, les framboises et les gros loups. Même Elzévir commençait à se faire à la compagnie d'Ookami. Sa curiosité prenant le dessus sur ses craintes, la martre avait quitté capuche de Charlie pour, d'une patte prudente, s'approcher du loup.

"Hep ; tu comprends ce que je dis ?" murmura le daemon.

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Kioky Moriko
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MessageSujet: Re: Belles plantes   Lun 28 Mar - 19:08

Kioky se détendait à vue d’œil, ravie du sourire de Charlie. Que cette femme était gentille ! Au lieu de s’énerver qu’on la dérange dans son travail, elle lui expliquait et même l’emmenait voir les autres plantations. C’était très intéressant, cette histoire de magie qui chargeait la terre. C’était donc ça, cette sensation d’extraordinaire vitalité que Ookami et elle avaient déjà remarqué ! Au début c’était vague, mais maintenant qu’elle savait, Kioky avait la sensation de ressentir l’énergie magique sous elle. Elle ferma les yeux et écarta les bras comme pour se faire porter par une brise, mais c’était à ce qui montait du sol qu’elle pensait. Charlie l’interrompit dans son hallucination en proposant qu’ils retournent aux semis, la jeune fille rouvrit les yeux et suivit docilement le mouvement. Comme elle serait fière de manger ces légumes plantés par elle, et que les autres le mangent aussi et en soient bien nourris !

Apparemment, Charlie partageait son enthousiasme à propos des cadeaux que pouvait faire la forêt. Mais lui montrer… Etait-ce bien raisonnable ? Le petit visage de la jeune femme prit une expression soucieuse. Elle ne répondit pas avant qu’elles ne soient de nouveau installées au sol, prêtes à continuer les plantations.
Elle hésitait entre son naturel insouciant et amène qui lui donnait envie d’accepter immédiatement et d’y aller même tout de suite, et son côté sérieux et guerrier qui lui disait qu’on n’emmène pas des humains dans la forêt, point final. Que répondre alors ? Mentir était totalement étranger à sa personne, même par omission.

« Je ne sais pas… Je pense que nous pourrions aller aux abords de la forêt, mais j’hésite… T’emmener loin, là-bas… C’est le territoire des animaux et des arbres. »

Dont l’avantage était de regorger de fraises grosses comme son poing, et autres fleurs délirantes. Elle avait découvert le lieu dès leur première expédition dans la forêt mais n’y était pas retournée. Y repenser lui donna encore plus envie de le faire découvrir à cette gentille personne. Allez ! Qu’importait si elles allaient juste faire un petit tour ? Les bêtes étaient ses amies, elles comprendraient. Mais… Kioky regarda Charlie bien en face, et son visage était absolument sérieux :

« Jure moi que tu ne cueillera rien en vain, et que tu ne dérangera rien ni ne reviendra sans moi. Et je t’y emmènerai. »

C’était important ! Il fallait du respect face à la vieille mère de tous. Mais Kioky était sûre que Charlie serait sage. Elle reprit son visage insouciant et affable et frappa dans ses mains, de joie.

« Ce sera bien ! »

Au même moment, Elzévir le daemon approchait de Ookami l’animal. Echange de regards, un léger grondement sans agressivité, et le loup tendit doucement le cou pour renifler la martre. Ça sentait juste l’humain.

« Oui. Je parle aussi. »

Sa voix était grave et profonde, ce qui faisait que chaque phrase qu’il prononçait sonnait comme une sentence. On ne peut se départir d’un certain sérieux lorsqu’on est une sorte de divinité magique. Il y eut un silence. Puis :

« En fait, tu n’as rien d’un animal. Tu es humain. »


Ça ne sonnait pas comme un reproche, mais comme une constatation un peu amère. Ookami avait l’absolu des combattants. Il n’aurait su expliquer ce qui le dérangeait –loin de lui ces états d’âme sophistiqués ! mais il y avait comme un malaise à voir ces faux animaux.
Le grand loup se leva lentement sans rien dire et se rapprocha de Kioky, et donc indirectement de Charlie. Elles étaient agenouillées, dans cette position il était plus haut qu’elles. Kioky sans peur entoura le cou épais de ses bras frêles et gazouilla :

« Hein, Ookami ? On va aller tous dans la forêt pour cueillir des fraises géantes ! »


Ookami, n’y tenant plus, entrouvrit les mâchoires et grogna violemment. C’était un bruit de basse sourd et qui tenait autant de la vibration que du bruit, mais était parfaitement expressif. Ses babines retroussées laissèrent voir des dents terribles, son souffle chaud passa sur le visage de Charlie, il fit le geste de mordre –clac ! à quelques centimètres de son visage, se dégagea de l’étreinte de Kioky et fila hors du potager.
La jeune fille avait été prise de court. Tout cela avait à peine duré une seconde. Elle n’eut que le temps de tendre les mains vers Charlie et de lui dire :

« Je suis désolée ! Je suis désolée ! Il ne t’aurait pas mordue, il est juste… il a du mal à pardonner aux humains. Je te jure qu’il ne te fera jamais de mal. »

Ce loup ! Mais Kioky comprenait ce qu’il ressentait.

« Est-ce que tu peux lui pardonner ? Cela n'arrivera plus jamais. »

Elle avait l’air si désolée, si soucieuse ! Elle venait de se rendre compte que l’intégration prendrait peut-être un peu de temps pour Ookami. Mais pas question de lâcher l’affaire, Kioky avait la ferme intention d’emmener son loup et Charlie ensemble dans la forêt. De toute façon, elles auraient besoin de lui.

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Belles plantes   Lun 4 Avr - 13:43

[Mille excuses pour l'attente !]

Charlotte n'était pas une personne que l'on pouvait qualifier de conventionnelle. Elle possédait réellement, en écrivain, un tempérament artiste. A ce titre, elle était tout à fait capable de laisser de côté les convenances, de commettre des actions parfaitement déraisonnables et ainsi, par exemple, de s'enthousiasmer à l'idée de s'enfoncer au cœur d'une forêt connue pour être dangereuse en compagnie d'une petite sauvage échevelée et de son étrange loup géant. Mais elle n'était pas sotte pour autant, ni complètement à l'ouest. Elle avait évidemment perçu la réserve de Kioky à l'idée de l'emmener : cette dernière ne cherchait pas à la dissimuler. Cela avait suffi à tempérer légèrement son enthousiasme, juste assez pour qu'elle se demande si, effectivement, elle serait capable, sur place, de ne toucher à rien. Se conformer aux règles... bon, théoriquement, elle en était capable, tout de même. Évidemment, cela risquait d'être horriblement frustrant, mais au moins, voir ces lieux, les coucher sur papier... A coups de plume, elle pourrait retrouver le goût que pouvaient avoir de telles fraises, l'effet de telles fleurs dans les cheveux de son héroïne... N'est-ce pas, que ce serait déjà géant ?

Quelque chose en elle restait méfiant, et ce quelque chose consistait, pour l'essentiel, en une martre sur le qui-vive, qui écoutait parler le loup-qui-n'était-pourtant-pas-un-daemon, mais n'osait répliquer quoi que ce soit, alors même qu'il était certainement rassurant de ne pas avoir affaire à un vrai loup et que, d'autre part, il estimait presque insultant de se faire traiter d'humain, lui qui revendiquait un corps et une personnalité à part entière. Lui savait ce qu'il était ; il n'était pas un animal, non, mais n'était pas non plus Charlie : il était lui. Son daemon. Et la preuve qu'ils étaient deux entités distinctes autant qu'une même personne, c'est que lui, il n'était pas prêt à jurer quoi que ce soit. Il avait beau être doté d'une insatiable curiosité, et se délecter à l'avance des mystères des tréfonds des bois, ce loup l'intriguait bien trop en lui-même pour qu'il veuille l'accompagner où que ce soit.

Et la suite lui prouva qu'il avait raison. Parce que le loup venait bel et bien de faire mine de mordre Charlie, provoquant un couinement terrorisé de la martre, et une certaine frousse également chez son humaine. La canadienne frissonnait, ne quittant pas des yeux Ookami y compris après qu'il se fut à nouveau éloigné, et alors que Kioky se confondait en excuses. Elle aurait voulu assumer parfaitement le rôle de la fille insouciante, qui n'a peur de rien et se rit de tels incidents ; mais la vérité est que le loup lui faisait réellement peur. Sans cesser de le regarder, elle croyait encore sentir le souffle chaud, entendre le claquement menaçant de mâchoires... Elle n'était pas capable de dire à Kioky que l'incident était oublié, que tout cela n'avait aucune importance. Et ce fut Elzévir qui, après avoir bondi sur l'épaule de Charlie pour y enfoncer ses petites griffes, recroquevillé, demanda dans un souffle :

"Mais qu'est-ce qu'il a, ce loup ?"

Charlie eut un soupir un peu désolé. Mais elle n'était bel et bien pas rassurée, elle non plus. Ce loup... Kioky pouvait-elle réellement certifier qu'il ne ferait de mal à personne ? Elle-même savait d'expérience qu'elle n'avait pas toute l'autorité qu'elle aurait voulu sur Elzévir, et encore, dans le cas d'un daemon, ne courait-on pas au moins le risque qu'il vous saute à la gorge.

"D'où venez-vous, Ookami et toi ?" demanda-t-elle d'une petite voix qui se voulait encore sympathique. Encore un peu choquée, elle ne pouvait dire mieux pour le moment. Elle qui aimait l'aventure avait pour l'heure besoin de comprendre davantage pour être rassurée.

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Kioky Moriko
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MessageSujet: Re: Belles plantes   Lun 4 Avr - 18:50

Kioky était réellement penaude et désolée. Comment donc s’en sortiraient-ils, tous les deux, si Ookami s’avérait incapable de vivre en harmonie avec des humains ? Elle réitéra ses excuses, s’adressant cette fois au daemon, et s’inclina profondément pour ajouter encore à sa contrition.
Elle était certaine que le loup ne ferait jamais de mal à quiconque. Sauf si on l’attaquait, bien entendu. Mais il avait son petit caractère, et surtout cette profonde amertume face aux hommes, ça prendrait sûrement longtemps avant qu’il soie parfaitement calme et tranquille dans toutes les situations. Kioky se promit d’avoir une longue discussion avec celui qu’elle considérait comme son petit frère. Même sans mordre, grogner aussi est une attaque, et c’était mal.
Tête basse, elle ne répondit pas au daemon, parce qu’elle perçut sa question comme un reproche ne demandant pas de réponse. Elle entortillait des herbes dans ses doigts, dans l’attitude de l’enfant puni. Ce n’est que quand Charlie reprit la parole, toujours assez sympa, que Kioky osa relever les yeux et parler.

« Nous venons de l’île Shiratani, au Japon. C’était une île sauvage, couverte de forêt, et le domaine des loups. Là-bas, Ookami et moi, et notre frère, nous étions les princes, et Moro notre mère la reine. »

Elle tourna la tête pour regarder Ookami, qui était assis dans l’herbe et venait de pousser un hurlement déchirant.

« Les humains sont venus. Ils m’ont enlevée, ont tué ma mère et mon frère et ont détruit la forêt. »

Elle soupira.

« Ookami est en colère. Moi, j’ai raisonné mon cœur. »

Le loup poussa un second hurlement et fila vers la forêt. Kioky regarda longuement Charlie et son daemon. Elle se demandait s’il faudrait qu’elle choisisse entre son frère ou les humains.

« Est-ce que vous comprenez ? Il est triste et en colère. Et comme c’est un loup, un guerrier, et que pour lui quand c’est blanc ce n’est pas noir ni gris… »

Kioky soupira encore, de lassitude. Ne pourrait-elle jamais être simplement insouciante et agir sans conséquences ? Devrait-elle à jamais faire attention au sens de ses actes ?

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Belles plantes   Mer 6 Avr - 11:52

Charlie attrapa son daemon pour le prendre sur ses genoux ; d'une part parce qu'il était en train de lui lacérer l'épaule de ses griffes, d'autre part parce qu'elle devinait bien ce que ce dernier allait dire si elle n'intervenait pas : que si émouvante que soit l'histoire de Kioky, ça ne donnait pas le droit à son loup de mordre une martre ou une jeune fille innocentes qui, jusqu'à preuve du contraire, n'étaient pour rien dans la destruction de son environnement, de sa famille de sa vie. Le fait est que la canadienne n'était pas en total désaccord avec son daemon ; mais visiblement, elle était finalement un peu plus diplomate que sa bestiole. Ou capable d'empathie ; ou maligne. Enfin, toujours est-il qu'elle n'estimait pas que couvrir de reproches une Kioky déjà répandue en excuses ne mènerait pas à grand-chose. Un loup était un loup, de fait ; c'était peut-être bien flippant, mais il n'y avait de fait pas grand-chose à y faire. A part, peut-être, renoncer à une certaine partie en forêt. Elle en aurait presque pleuré de dépit, parce qu'elle s'en faisait une fête ; mais une certaine martre tremblante sur ses genoux était là pour la ramener à la raison, et lui rappeler qu'une partie d'elle-même devait bien reconnaître être... passablement flippée. Elle ne pouvait pas prétendre comprendre et passer simplement outre. Elle en était désolée, triste et déçue. Mais elle ne pouvait pas.

"J'ai été une fois, au Japon", dit-elle finalement, en passant sa main dans le pelage de la martre pour la rassurer. "J'ai bien aimé."

Elle ne précisa pas qu'elle n'avait évidemment jamais entendu parler de la forêt de Kioky. Une forêt magique envahie de loups... malheureusement, ça ne faisait pas encore partie du circuit touristique proposé aux jeunes auteurs en vogue en tournée de dédicaces. On se demandait bien pourquoi.

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MessageSujet: Re: Belles plantes   Jeu 7 Avr - 15:38

Kioky n'était pas très douée en relations humaines et en discussions, et elle ne se rendit pas compte de ce qu'était la réponse de Charlie : une sorte de périphrase pour ne pas dire, non je ne peux pas comprendre. Pourtant, elle resta très embarrassée, sentant la gêne du duo. Le daemon était clairement tremblant, et Charlie elle-même avait l'air assez marquée par l'incartade du loup. Kioky, réellement désolée, eut l'idée de se faire pardonner.

Elle se redressa sur ses genoux et s'essaya à un sourire radieux pour détendre l'atmosphère.

"Tu sais, on peut quand même aller dans la forêt ! Ookami sera juste aux alentours pour nous protéger des autres créatures. On ne risque rien."

Bien sûr, il fallait espérer que Charlie ne prenne pas Ookami lui-même pour un des risques majeurs de la forêt. Ce n'était pas sûr. Kioky se sentit envahie d'une lourde lassitude et son sourire diminua. N'avait-elle pas présumé de ses forces en voulant vivre en même temps avec les hommes et les bêtes ? Ne devrait-elle pas retourner pour toujours à la forêt, vivre tranquille et cachée ? Pensive elle murmura :

"Mais c'est de Ookami que tu as peur, maintenant, n'est-ce pas ? Je le vois bien."

Mais enfin, si les humains ne s'acharnaient pas à retourner contre eux le monde entier ! Kioky poussa un gros soupir, déjà plus d'agacement que de lassitude. Elle était fatiguée, avait été secouée par cet incident, elle se heurtait à son loup qui ne voulait pas s'adoucir et à une humaine qui ne pouvait pas comprendre, et tout cela finissait par l'ennuyer, à la fin ! Il lui était facile d'aimer l'univers et toute créature, mais parfois il lui semblait que... quoi, que les choses étaient trop difficiles alors que tout aurait dû être simple. A cause de tout le monde et de personne à la fois.
C'étaient des idées qui lui étaient entrées dans la tête au moment de sa véritable entrée dans le monde des hommes. Ce moment avait été marqué par la rage et le ressentiment, et elle avait un mal fou à se défaire de certaines colères. Kioky fronça le nez, se passa les mains dans les cheveux pour dégager ses yeux et les fixa sur la martre d'un air inexpressif.

"Il ne fait pourtant que grogner. J'ai confiance en lui, il ne mordra jamais personne même s'il est en colère. Il est sage même s'il n'est pas humain, sachez-le."

Voilà tout. C'était simple, il suffisait de mettre les choses à plat, de dire avec confiance ce qu'on pense honnêtement, et d'expliquer et de comprendre.
Sur ces derniers mots, elle leva un visage candide et confiant sur Charlie, sourit et battit des mains comme une enfant.

"Alors on peut aller dans la forêt et cueillir ces énormes fraises !"

Tout était réglé, n'est-ce pas ?

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MessageSujet: Re: Belles plantes   Lun 11 Avr - 11:07

Charlie ne répondit pas à la première question de son interlocutrice, estimant qu'elle n'en appelait pas réellement. Kioky avait grandi dans une espèce de forêt magique, au milieu de la nature sauvage ; du coup, elle pouvait avoir quelques carences sociales, et se comportait parfois de façon un peu étrange. Mais une chose était sûre : elle savait lire la peur dans les yeux des animaux, et probablement des gens. Et là, elle avait affaire à la Charlie écrivain, pas à la comédienne. La canadienne se tut, donc, détournant le regard et posant les yeux sur Ookami, comme pour essayer de s'habituer à sa présence. C'était vraiment... un très gros loup. Lorsqu'il avait claqué ses mâchoires contre ses joues, on aurait dit le souffle puissant d'un sèche-cheveux.

Pourtant Charlie voulait croire Kioky. Elle avait vraiment, vraiment envie de la croire lorsqu'elle affirmait que le loup ne leur ferait aucun mal, à Zev et elle. Pas juste à cause de la perspective de cueillir des fraises grosses comme le poing, mais parce que, dans l'absolu, Charlie n'aimait pas l'échec. Elle était assez mauvaise joueuse, avait plus que "son petit caractère", mais elle aimait être appréciée de tous. Et elle aimait aussi se lier avec les gens. Elle n'aurait jamais pu survivre seule dans une forêt (enchantée ou non) pendant bien longtemps ; et il était heureux qu'elle eût un daemon prêt à l'écouter raconter sa vie au beau milieu de la nuit. Oui, Charlie aurait été mortellement déçue et navrée de rester en froid avec un personnage aussi étrange et intéressant que la petite Kioky. Ce n'était pas qu'un mouvement purement altruiste, mais en pratique, c'était tout de même un trait relativement sympathique de sa personnalité. Elle tourna à nouveau les yeux vers la Japonaise, qui souriait et battait des mains avec enthousiasme.

Charlie sourit à son tour. Cette fois elle savait quoi répondre.

"Tu sais ce que je pense ? Peut-être qu'on devrait... essayer de passer un peu de temps ensemble, avant. Comme ça, Ookami pourrait s'habituer à nous, avant. Et puis je pourrai te montrer un peu comment on vit ici. Qu'est-ce que tu en dis ?"

La canadienne tendit à son interlocutrice un des pots de graines, en guise de calumet de la paix. De son côté, le daemon martre braquait à nouveau ses petits yeux noirs vers le loup. Prudemment, il se rapprocha du monstre. L'idée de Charlie n'était peut-être pas si sotte : Elzévir, lui aussi, aurait besoin de temps pour... s'habituer.

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MessageSujet: Re: Belles plantes   Jeu 14 Avr - 14:15

Ookami était revenu de sa course dans la Lande et se rapprochait lentement, en faisant de nombreuses pauses. Il observait de loin sa sœur et cette fille qui voulait venir dans la forêt. Kioky ne lâchait pas son idée, et le loup savait bien qu'il devrait céder. L'idée lui était désagréable mais il lui faudrait faire un effort, comme ils l'avait décidé tous les deux avant même de venir passer la Brume.
Au moment où Charlie faisait sa proposition, Ookami était arrivé à une vingtaine de mètres d'elles et se tenait immobile, assis. Kioky lui jeta un coup d'œil rapide et tendit la main pour prendre le pot. Elle se mit à semer distraitement des graines autour d'elle. L'idée de Charlie n'était pas mauvaise. Assurément Ookami avait besoin d'être mis en confiance, et pour cela quoi de mieux que de devenir ami avec une humaine ? Il saurait alors que les humains ne sont pas tous les même. Kioky espérait de tout coeur que tout irait bien et qu'il saurait d'adapter et comprendre les nuances qui existent dans les affaires des hommes.
Elle releva les yeux, souriante et un peu pâle.

"Oui ! Ce sera bien. Ce sera très bien."

Elle avait parlé avec moins d'énergie qu'à son habitude, l'air songeur comme si elle avait un projet derrière la tête et qui la distrayait de la conversation. Et c'était le cas.
Ookami s'était laissé emporté et avait mal agi. Et Kioky qui lui avait pourtant bien répété de se tenir calme ! Elle se leva, le visage dur, soudain plus ferme. Ce genre d'expression la changeait radicalement, elle qui ressemblait à une enfant prenait soudain l'allure d'une guerrière impitoyable. Se dressant, tête haute, le geste vif, elle claqua des doigt et pointa l'index vers ses pieds.

"Viens ici, Ookami."

Le loup hésita, mais il baissa la tête et prit l'air penaud.

"Viens donc !"

Se décidant, l'énorme loup se leva et marcha pesamment vers les deux filles. Arrivé juste devant Kioky, il se coucha à ses pieds et ferma les yeux. Kioky grondait, un bruit de gorge presque imperceptible et qui traduisait sa colère. Oh, en vérité elle comprenait parfaitement son frère et ne pouvait lui en vouloir, mais il fallait que Ookami comprît.

"Je t'ai dit que nous devions bien nous tenir, et ne pas faire l'erreur de penser que tous les humains sont nos ennemis. Tu as fait cette erreur. Je ne veux pas que cela se reproduise. Je veux que nous soyons amis avec Charlie. Elle n'est ni une menace ni une méchante personne."

Le loup gémit plaintivement. Kioky était inflexible. Il y eut un instant de flottement, durant lequel une personne peu observatrice aurait cru qu'il ne se passait rien. En vérité, ces deux-là conversaient en silence. Enfin, Ookami se leva de nouveau et marcha vers Charlie. Il s'arrêta une seconde face à elle, debout, et se laissa glisser au sol de manière à ce que sa grande tête blanche soit juste tout près des mains de la femme. Kioky dit :

"Voilà. Tout est bien."

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MessageSujet: Re: Belles plantes   Mer 20 Avr - 22:00

Elzévir continuait d'observer, circonspect, l'humaine qui sentait le loup, son loup qui lui avait reproché de sentir l'humain. Comme d'habitude, Charlie n'en faisait qu'à sa tête. Il n'aurait pu dire qu'il était fondamentalement contre ce projet de rapprochement avec l'étrange duo canin - il était lui-même suffisamment curieux pour comprendre les motivations de la canadienne - mais disons qu'il aurait apprécié qu'elle le consulte avant de lancer l'idée de petites après-midis en compagnie d'un monstre potentiellement capable de leur arracher la tête d'un coup de mâchoire. Ceci dit, comme il se faisait cette réflexion, il lui sembla que la relation qui unissait Kioky et Ookami était plus ou moins similaire. Ce n'était peut-être pas un daemon que ce loup, n'empêche que lui aussi était quelque part bien obligé d'obéir aux commandements de son humaine.

Le voir approcher ainsi, la tête basse, penaude, sur un simple claquement de doigts de cette si petite fille, c'était véritablement un spectacle impressionnant, tant pour Zev que pour Charlie. Et il faut bien dire que c'était rassurant pour le duo canadien. La martre, en particulier, commençait à penser que Kioky n'avait effectivement pas menti en disant qu'Ookami ne leur ferait jamais de mal, même s'il avait pu faire mine de le faire. Lui-même n'avait-il pas plus d'une fois, pour taquiner Charlie, fait semblant de commettre des actes qu'au fond, il n'avait aucune intention réelle d'accomplir ? Y compris des choses tout à fait inimaginables, comme de tripoter cet inconnu juste pour voir s'il dormait vraiment (les daemons ne touchaient que des gens très intimes, et encore était-ce rare), ou de tenter un grand plongeon dans le loch, depuis le haut des ruines, histoire de se débarrasser une fois pour toute, brutalement mais définitivement, de leur Corde d'Argent ? Bien sûr, il n'aurait jamais vraiment sauté. Il se demanda si Ookami avait claqué des mâchoires dans le même état d'esprit. Au moins, c'était une possibilité.

Charlie quant à elle était sciée. Elle avait déjà vu des personnes accompagnées de daemons impressionnants, mais... Kioky et Ookami, c'était autre chose. Leur relation était absolument fascinante et, plus les secondes passaient, plus l'écrivain savait qu'elle voulait effectivement passer des temps avec eux, essayer de comprendre leur fonctionnement... Elle aurait sûrement beaucoup à faire pour que cela semble crédible, que ça n'ait pas juste l'air d'une mauvaise ressaucée d'enfant sauvage... Il y avait quelque chose de fort, à l'évidence, entre ces deux-là, mais aussi un faisceau de liens subtils qu'elle voulait découvrir. Et décrire par écrit. Peut-être Kioky ne serait-elle pas d'accord, mais avouons qu'à cet instant, Charlie ne se posait pas la question de savoir si elle devrait demander son autorisation à l'intéressée. A sa décharge, un loup énorme s'approchait alors à nouveau d'elle, laissant glisser sa tête blanche à portée de ses mains.

La Canadienne retint son souffle ; elle craignait d'offenser Ookami en posant ses doigts dans l'épaisse fourrure de celui-ci. Les seules relations comparables qu'elle connaissait impliquait des daemons intouchables. Elle chercha le regard de Kioky, pour y trouver son approbation. Elle avait encore du mal avec l'idée, néanmoins. Peut-être que cela ferait précisément partie des choses qui, au fur et à mesure de leurs rencontres, deviendrait naturelle. Pour l'heure, elle se contenta de joindre les mains, ce qui lui semblait, d'après le peu de connaissances qu'elle avait des traditions asiatiques, être vaguement un signe d'assentiment et de respect.

Cependant, de son côté, le daemon martre s'était de nouveau échappé de l'étreinte de Charlie et, lentement mais sans trembler, il se dirigea vers Kioky, et inclina légèrement la tête comme l'avait fait Ookami. Bon, évidemment, dans son cas à lui, c'était sans doute moins impressionnant, presque comique même. Et c'est d'ailleurs sans doute déjà un peu sur le ton de la plaisanterie qu'il souffla à la petite fille :

"Ton loup, il n'a jamais été en bisbille avec des martres, rassure-moi ?"


[Je propose qu'on conclue là ? Tu peux continuer si tu préfères ^^ Sinon on peut aussi se faire un autre topic, avec Charlie ou un autre perso !]

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