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Léola Velvethone Etudiante


Nombre de messages: 304 Age: 27 Localisation: Sywhaîd Date d'inscription: 02/11/2007
 | Sujet: Les Soirs de Moscou Ven 25 Mar - 1:58 | |
| Elle avait découvert le mot le matin même. Naturellement, tout cela relevait du passé, il ne s'agissait plus que de souvenirs à moitié effacés... Mais elle n'avait pas pu résister à la tentation d'aller fouiller dans les affaires qu'il avait laissées à Sywhaîd. À quoi bon être guérie de lui et de sa mort ridicule, si ce n'était pour pouvoir donner libre cours à une saine curiosité ? Tout se trouvait dans un carton, remisé dans le sous-sol des Fiadh. Chaussettes, lettres de Rome, des centimes oubliés, un MP3 à flux, et un papier plié en quatre. Elle avait écarquillé les yeux : elle découvrait son écriture pour la première fois. Plus soignée qu'elle ne l'aurait cru.
L'hésitation avait été de courte durée : trop fébrile, désireuse de savoir. Deux essais lui avaient été nécessaires pour déplier la feuille sans la déchirer.
"Ma Léola."
Elle aurait pu s'arrêter là. Cela lui suffisait. "Léola" signifiait toi, femme, le contraire de petite fille, le contraire de l'autre, à moi, puisque "ma". Mais elle avait poursuivi, et il poursuivait de même : il lui disait du regret, de la reconnaissance, de la fierté... Il l'appelait femme et digne et terminait : "David se trompe, tu es quelqu'un de noble, beau... Pas une Impératrice de Rome la Brûlée, tu sais bien, mais une grande tsarine." Une tsarine. Qu'est-ce que c'était que cette nouvelle divagation ? Elle avait beaucoup ri : ri de lire de telles absurdités, mais l'idée avait fait son chemin : Léola la Tsarine. Les steppes. Il y avait des steppes, en Russie, n'est-ce pas ? De la neige. De la vodka. Des bolchéviques et des prolétaires. Des tsars, il n'y en avait plus, elle en était presque convaincue, mais y avait-il seulement des empereurs en Italie ?
Elle avait donc couru pour arriver aux ruines à temps et voir le coucher du soleil. Strictwise errait quelque part du côté des fabriques. Ses souliers avait volé par-dessus un muret et ses pieds se cachaient maintenant dans l'herbe, tandis qu'elle peinait à se souvenir de l'air d'une chanson russe qu'elle avait apprise dans sa version française. Quelque chose avec du muguet.
Alors qu'elle marmonnait des notes sans harmonie particulière, le regard fixé sur ce soleil qui ne se décidait pas à tomber, elle entendit derrière elle le bruit d'un pied se prenant dans la végétation retorse des ruines, et un murmure mécontent. Cela faisait longtemps que Léola ne cherchait plus la compagnie des gens, elle avait fini par comprendre qu'ils la fuyaient comme une peste, de crainte qu'elle leur pleure à la figure. Elle se tut quelques secondes, jeta un coup d'oeil dans son dos et lança avec un sourire brillant :
- Je ne mords personne, ce soir.
Touille et son personnage-mystère.
... Les Soirs de Moscou par les Choeurs de l'ex-Armée Rouge. ... Le Temps du Muguet (Francis Lemarque). _________________  |
|  | | Nath Clayton Sywhaîdien


Nombre de messages: 160 Age: 50 Date d'inscription: 29/03/2009
 | Sujet: Re: Les Soirs de Moscou Ven 25 Mar - 17:37 | |
| [Et voilà pourquoi il est dangereux de me confier le soin de choisir le personnage mystère]
Celui qui avait surpris Léola dans les ruines, qui s'était pris les pieds dans une de ces foutues racines et n'avait pas manquer de pousser un juron, n'était certainement pas la personne que Léola souhaitait le plus rencontrer ce soir-là, bien qu'il s'agît d'une vieille connaissance. Eh oui, à croire qu'il la suivait à la trace pour la traquer au moindre moment de faiblesse, le vilain Nathanael, l'horripilante fourmi rouge, l'ange noir des commérages qui s'était, autrefois, si sympathiquement mêlé des affaires du trio Brise-Claude-Léola.
Au moins son daemon lézard ne risquait-il plus de leur jouer des sales tours, à Strictwise et elle : plongé qu'il était dans une profonde léthargie depuis des mois, la seule personne qu'il embêtait encore de temps en temps, c'était Nath : c'était la deuxième fois, depuis le début du printemps, qu'un étrange et assez désagréable phénomène se produisait. C'était comme une sorte de brouillage entre humain et lézard. Tout en restant en possession de son corps, Nath se sentait envahi par la fatigue ; mais il lui était impossible de dormir, parce qu'il avait la nausée. Il n'avait pas de migraines aussi fortes qu'autrefois, mais un léger mal de tête assorti de troubles de la vision. Et pour cause : c'était comme si à sa propre vision se superposait celle de Lazareus, dont les yeux encore vitreux s'entrouvraient au moment des crises.
La première fois que le phénomène s'était produit, Nath s'était réfugié au gymnase qui, en tant que lieu de Sywhaîd le moi chargé en flux magiques, avait plutôt réussi à atténuer jusque là ses migraines. Mais cela n'avait pas semblé particulièrement efficace. Il faut dire que le phénomène était très différent à choisir, le New-yorkais préférait d'ailleurs cette nouvelle manifestation, moins douloureuse, de sa maladie. Seulement, évidemment, une nouvelle évolution, ce n'était certainement pas bon signe. Quoi qu'il en soit, lorsqu'une nouvelle crise avait commencé, Nath avait décidé de changer de technique et, plutôt que de courir au gymnase, de faire un tour aux ruines. Au moins, ça n'y puerait pas le purin ni la sueur ; et il verrait bien s'il y avait une différence, puisque les ruines étaient le lieu le plus concentré en énergies magiques, à ce qu'il paraissait.
Il ne vit pas tout de suite Léola plus exactement, il ne vit pas immédiatement qu'il s'agissait d'elle, ne distinguant, dans un flou tout sauf artistique, que la silhouette dédoublée d'une blonde longiligne, assise par terre. Il avait plissé les yeux pour vaguement essayer de faire une mise au point, mais tout ce qu'il avait gagné à cet exercice était qu'il avait manqué de se casser la figure à cause d'une racine. Bon, mais la voix de la demoiselle, ça, Nath la reconnaissait parfaitement. Il l'associait à une dégustation de yaourts en catimini, à une rencontre non moins coupable d'un couple secret. En bref, elles fleuraient bon l'interdit, les trois syllabes de Lé-o-la. Chaque fois qu'il l'avait rencontrée, Nath avait senti qu'il n'était pas le bienvenu. Et jamais deux sans trois, non ? Tant pis s'il n'était pas au mieux de sa forme : Nath se fendit à son tour d'un sourire sincère, qui ne parvenait pas vraiment à adoucir son visage émacié, avant d'approcher d'un pas un peu chancelant.
"Moi non plus, heureuse coïncidence."
L'endroit des ruines choisi par Léola était encore baigné par les derniers flamboiements du soleil couchant. L'effet était peut-être plus saisissant encore lorsque, comme Nath, on n'y voyait pas bien clair. Il quitta des yeux Léola pour les poser sur le petit morceau de cercle orangé qui s'étalait paresseusement sur l'horizon brumeux.
"C'est moi où il met du temps à mourir, ce soir ? Ha, ha". Il avait dit ça comme ça, ne saisissant qu'a posteriori le caractère sombrement ironique d'une telle phrase dans sa bouche de macchabée en sursis. |
|  | | Léola Velvethone Etudiante


Nombre de messages: 304 Age: 27 Localisation: Sywhaîd Date d'inscription: 02/11/2007
 | Sujet: Re: Les Soirs de Moscou Dim 27 Mar - 0:36 | |
| Bien sûr, elle ne s'était pas attendue à ce que son sourire s'adresse à Nath, trouble-fête vaguement titubant, et toujours avec cette tête de bonne nouvelle. Elle ne s'en départit pourtant pas, et tapota l'herbe à côté d'elle comme s'ils étaient amis de longue date. Ce qui ne manquerait pas de l'agacer, Léola n'en doutait pas.
- Bonsoir, Nathanael, le salua-t-elle poliment.
Le ton était sarcastique, le rictus amusé, puisque le New Yorkais ne l'aimait pas et qu'elle n'en avait cure. Léo reporta son attention sur ce qu'il restait de soleil, et se prit à rêver de traversées européennes : Londres, Paris, Rome et Saint-Petersbourg... Dix jours. Elle serait de retour en cage avant la fermeture des portes. Elle secoua la tête, siffla une portée du Temps du Muguet et essuya ses mains sur son jean's. Hochement circonspect. C'est vrai qu'elle en mettait du temps, cette étoile, à faire la même chose que tous les soirs : disparaître. C'était ce genre d'impudences qui survenaient trop souvent quand un astre avait le monopole du marché.
Léola ramena ses jambes contre elle, et logea son menton entre ses genoux. Approuva, contemplative :
- T'as raison. Il traîne.
Elle oublia la lente parade pour dévisager Nath, dont le teint hâve prendrait bientôt des nuances cadavériques à la seule lumière de la lune. Pour l'heure, il ressemblait à une dépouille sur un bûcher.
- T'aimes pas, hein ? Attendre.
Léola aurait perdu la tête depuis longtemps. Oh, mourir ne la dérangeait pas. Pas trop. Rester impuissante, en revanche, tellement humiliée par la maladie, salie par la compassion des autres, fatiguée par les espoirs spasmodiques... Et, non, elle ne pensait plus au coucher de soleil.
Elle jeta un coup d'oeil à l'horizon, juste à temps pour voir le dernier rai écarlate s'effacer, soupira et se laissa tomber dans l'herbe. Le ciel lui donna le vertige.
- Pas trop déçu de me surprendre en pleine légalité, cette fois ? se moqua-t-elle.
C'était bien facile de s'attaquer aux jeunes filles sans défense (planquées derrière une étagère pour manger du yaourt). Le brave homme lui devait une corvée de bocaux de fraises et des ampoules à tous les doigts. _________________ 
Dernière édition par Léola Velvethone le Sam 14 Mai - 14:34, édité 1 fois |
|  | | Nath Clayton Sywhaîdien


Nombre de messages: 160 Age: 50 Date d'inscription: 29/03/2009
 | Sujet: Re: Les Soirs de Moscou Lun 4 Avr - 9:40 | |
| [Désolée de t'avoir fait attendre]
Nath était déjà heureux de se trouver là, autant du moins que le lui permettait son caractère, certes peu susceptible de le faire apprécier des choses aussi bêtes et dépourvues d'intérêt qu'un coucher de soleil, d'ordinaire. Non, vraiment... c'était plutôt agréable de s'asseoir à côté de Léola, en pleins spotlights naturels, de s'entendre donner du "Nathanael" (qui pouvait encore avoir l'idée saugrenue de ne pas s'arrêter à la première syllabe ?). Bien sûr, ça l'aurait été encore davantage s'il n'avait pas été malade, s'il n'avait pas vu double, et s'il n'avait pas commencé à les compter, ces couchers de soleil magnifiques depuis les ruines. Quoi qu'il en soit, la question de son interlocutrice ne sembla pas l'énerver. Non. Il tourna simplement la tête vers elle ; il semblait à la fois essayer de la fixer et regarder au loin, comme les grands myopes célèbres offrant à la caméra des regards étrangement intenses simplement parce qu'ils n'y voient rien.
"Non, j'aime pas", confirma-t-il simplement, d'un ton d'une platitude absolue. Que pouvait-il dire d'autre ? C'était l'absolue vérité, et il n'avait pas l'intention de la nier. Son caractère à lui faisait qu'il n'avait rien contre la compassion, la pitié, toutes ces manières variées de centrer l'attention sur lui. Mais il ne voulait pas mourir, tout simplement. Pas si vite, en tout cas. Il avait beau tourner l'idée dans tous les sens, la regarder sous tous les angles, en petit garçon buté, il dirait toujours non. Pas de résignation, de colère, aucun des cinq stades supposés l'amener à accepter sa mort. Aucune évolution ; l'attente, l'insupportable attente, simplement. Le printemps était revenu, comme l'année précédente ; celle qui s'était écoulée n'avait pas atténué ses sentiments, au contraire. Des liens s'étaient resserrés. Quand on n'a rien, on n'a rien à perdre. Il n'avait pas eu la force de quitter Sywhaîd, et maintenant, tout ce qu'il lui restait à faire, c'était guetter le Grand coup de faux, sans même savoir où il frapperait en premier. Bien sûr qu'il détestait attendre.
Il trouva quand même les ressources suffisantes pour sourire à la remarque suivante de Léola, preuve que, peut-être, la perspective de la mort commençait à le rendre un semblant philosophe.
"En toute légalité, c'est toi qui l'dis", répliqua-t-il. "En cherchant bien... Moi j'suis là parce qu'j'suis malade ; c'est quoi, ton excuse à toi ?" |
|  | | Léola Velvethone Etudiante


Nombre de messages: 304 Age: 27 Localisation: Sywhaîd Date d'inscription: 02/11/2007
 | Sujet: Re: Les Soirs de Moscou Sam 16 Avr - 1:13 | |
| [À mon tour de baiser le sol à tes pieds. Et du retard, je risque d'en avoir encore.]
Elle sourit à la remarque de Nath, et décida qu'elle l'aimait bien, ce cinquantenaire cynique et désagréable, qui pensait sans doute jouir des droits du futur macchabée et méprisait sans discrimination de race, de sexe ou d'appartenance religieuse.
Bien sûr, au début, elle avait eu peur de lui. Et l'avait fermement haï lorsqu'elle était tombée à court d'intervenants à accabler. Mais plus tard elle l'avait pris en pitié, parce qu'il allait mourir, avant de se raviser puisque la pitié n'avait jamais été d'une quelconque utilité à qui que ce soit.
Et les voilà qui devisaient, philosophes, sur la fin proche de monsieur Clayton en personne et jouaient les copains d'avant la guerre. Eh bien, cela allait très bien. Tout, ce soir, allait très bien.
- Mon excuse ? Mais rien ne vaut un petit coucher de soleil, un rapide tour des grandes questions de la vie et une nuit à la belle étoile de temps en temps, soutint-elle avec malice, les yeux toujours fixés sur le vide qui les surplombait.
Pas de Petit Suisse dans une main, pas de photo de Claude inondée de larmes dans l'autre : oui, que pouvait-on bien lui reprocher sinon un léger et pardonnable élan de poésie ?
La jeune femme resta silencieuse un moment. Curieusement, et malgré toutes les remarques que la condition de cadavre en sursis de Nath interdisait, elle trouvait sa compagnie facile. Les torts, les mauvais souvenirs, tout s'enfouissait dans la banalité la plus profonde face à la mort et à l'un de ses fidèles souscrits.
Elle tourna la tête vers lui. Un brin d'herbe en profita pour venir lui chatouiller le nez.
- Est-ce que ça soulage, d'emmerder les gens ? s'enquit-elle, avant de préciser : c'est pour une orientation de parcours.
Elle, elle n'était pas belliqueuse ; les disputes la fatiguaient trop vite, et puis elle perdait souvent. Mais si le New Yorkais mettait une telle ardeur à briser les couples et à se faire détester par... eh bien, par à peu près la moitié de Sywhaîd, c'est que ça en valait le coup. Comme un sport. Pour garder la forme.
Léo le dévisagea plus attentivement.
- Parce qu'au fond... réalisa-t-elle, pensive, les types qui vont mourir, dans les films, ils deviennent tout braves et compassés. Ou alors ils organisent un casse à Las Vegas. _________________  |
|  | | Nath Clayton Sywhaîdien


Nombre de messages: 160 Age: 50 Date d'inscription: 29/03/2009
 | Sujet: Re: Les Soirs de Moscou Mer 4 Mai - 16:31 | |
| Poésie ? De la putain de poésie, c'était ça son excuse ? Okay ; maintenant, Nath avait franchement envie d'éclater de rire. Un bon point pour Léola, cette fille savait le surprendre. Pour une blondinette décérébrée, disons qu'elle avait de la répartie. Le New Yorkais aurait ricané s'il avait voulu témoigner un tant soit peu d'amabilité à son interlocutrice, lui signifier qu'il appréciait à leur juste valeur ses traits d'esprit. Mais n'étant pas ce genre de personne, il se contenta de continuer de fixer à nouveau l'horizon (c'était tout de même moins étrange de voir en double des nuages multicolores qu'une tête de Léola). Il ne tenait pas plus que ça à faire la conversation, mais par chance la fille à ses côtés s'en chargeait avec brio. Et même un individu asocial, cynique et malade comme Nath ne pouvait ignorer les questions posées.
Donc, il emmerdait les gens ; il passait son temps à ça. Oh, il n'allait pas chercher à la contredire, là dessus. Surtout elle ; il fallait bien reconnaître que les dernières fois qu'il l'avait croisée il ne s'était peut-être pas comporté en parfait gentleman ; avec cette excuse que les ladies ne se faisaient pas piquer leur petit copain par leur voisine, et ne répliquaient pas en s'empiffrant en douce de pots de yaourt.
Pourquoi agissait-il comme ça ? Hum, bonne question, probablement. Il ne se l'était jamais particulièrement posée. Ce n'était pas comme s'il s'était réveillé un jour en décidant de jouer les poils à gratter. Ceci dit, la façon qu'avait Léola de présenter les choses avait le mérite d'être amusante.
"J'ai bien pensé au casse", approuva-t-il donc finalement, en opinant lentement du chef. "Mais ça manque singulièr'ment de casinos, par ici."
Il étira les bras en soupirant. Il n'était sans doute pas hyper doué pour un genre d'humour que la moquerie aux dépens de ses petits camarades.
"Disons qu'c'est plutôt une question d'survie", estima-t-il finalement. Il tourna les yeux vers ce qu'il pensait être le visage de Léola et s'avérait être en réalité un point un peu au-dessous de l'oreille droite de celle-ci.
"See... Les gentils partent les premiers ; et chuis pas pressé", expliqua-t-il, en esquissant à nouveau un vague sourire. |
|  | | Léola Velvethone Etudiante


Nombre de messages: 304 Age: 27 Localisation: Sywhaîd Date d'inscription: 02/11/2007
 | Sujet: Re: Les Soirs de Moscou Sam 14 Mai - 14:54 | |
| Léola, elle, n'était pas avare en ricanements approbateurs. Non qu'elle se fût forcée à rire à une réplique plate pour le simple confort de son interlocuteur, mais le New Yorkais était drôle. Bon, condamné à mort. Mais drôle. C'est pourquoi elle ricana effectivement lorsqu'il déplora le manque d'établissements de jeu susceptibles d'être cambriolés. Et cependant fut satisfaite de le voir donner une réponse sérieuse à sa question.
Une question de survie, hein ? Ça aussi, c'était amusant. À quelle magnifique épitaphe aurait donc droit Nathanael Clayton : "c'était un salaud, et ça ne l'a pas guéri" ou "enfin fréquentable" ?
Il se tourna vers elle et sembla quelques instants chercher le rayon papèterie. Mh. Migraine floue, quand tu nous tiens.
- Bien vu, l'aveugle, commenta-t-elle avec rictus moqueur qui échapperait sans doute à l'aveugle en question.
Oh, et, au passage, elle admettait la platitude lamentable de cette expression, mais il s'agissait d'une navrante familiarité dont elle n'avait jamais pu se défaire. Parmi tant d'autres.
Léo se redressa d'un coup de reins et considéra son visiteur - qui la fixait quant à lui d'un regard approximatif. Elle le trouvait fatigué. Oh, et plutôt touchant. Elle prit ses pieds nus entre ses mains et jeta un dernier coup d'oeil à l'horizon, objet initial de sa présence au milieu de la végétation des ruines. Plus le moindre reflet même vaguement orangé ne s'en échappait.
Elle émit un claquement de langue, la mine pensive.
- Brillant. Et tu m'apprends ?
Après tout, on n'avait jamais vu de tsarine débonnaire, incapable d'infliger quelques punitions méritées ou non au gré de ses caprices. Et puis ce jeu-là semblait amusant et mon dieu, s'il faisait durer les gens, elle voulait aussi y jouer !
Elle ne put retenir un sourire. Une idée lui avait traversé l'esprit : comment savoir si, après avoir été Léola l'ingénue, elle ne deviendrait pas Léola la trouble-fête ? Peut-être était-ce plus drôle, et elle s'était lassée de rester ce personnage fade, banal et auquel le public ne croyait pas. La jeune femme songea à ce que penserait Strictwise de cette idée, et ne réfléchit pas longtemps. Il adorerait.
Elle soupira, amusée, tout en prêtant attention à la réponse de Nath. Qu'est-ce que Claude était allé lui mettre dans la tête... _________________  |
|  | | Nath Clayton Sywhaîdien


Nombre de messages: 160 Age: 50 Date d'inscription: 29/03/2009
 | Sujet: Re: Les Soirs de Moscou Ven 20 Mai - 12:09 | |
| L'aveugle ? Non mais d'où elle se permettait de le traiter d'aveugle ? Crétin, enfoiré, petit con, macchabée, tout ça, oui, éventuellement, ça aurait tenu la route. Mais aveugle, non ; il ne l'était pas. Il avait simplement la vue un peu brouillée, bon, mais c'était simplement qu'on était en fin de journée. Ça ne faisait pas pour autant de lui un vieux bigleux. Oh, et épargnez-nous les commentaires de psychologues de bas étage selon lesquels il préférait se voiler la face quant à l'évolution de sa maladie plutôt que de se la voir jetée en pleine face. Il n'était pas aveugle, point barre. Et il ouvrit donc la bouche pour répliquer quelque chose à l'interpellation de Léola, avant de la refermer. Quand on ne trouvait rien de mieux à dire que "hey ! non mais ho ! même pas vrai ! C'est çui qui dit qui y est !", mieux valait s'abstenir. C'est donc en silence qu'il la regarda finalement se relever, pardon, qu'il dirigea plus ou moins ses regards vers la silhouette pâle et floue qui se redressait face à lui. Il n'arrivait pas à déterminer si, de son côté, elle regardait l'horizon, le fixait lui, ou s'intéressait plutôt aux fleurettes des ruines. Il n'était pas forcément très doué pour deviner ce que les gens avaient en tête ; et y voir double n'aidait pas. Rien ne pouvait donc lui faire anticiper la réponse de Léola ; elle provoqua un éclat de rire.
"Sérieusement ?" demanda-t-il finalement, une expression narquoise bien familière désormais vissée sur ses traits.
"Nope, désolé. Si tout l'monde se met à jouer les méchants, mon plan march' plus. Et si j'commence à faire une exception pour toi, faudra qu'j'en fasse pour tout l'monde."
Le soleil s'était finalement couché. Même Nath pouvait s'en rendre compte, plus aucun barbouillage orange ne se mêlant désormais au brouillard abstrait s'offrant à sa vue. Et le vent frais du soir commençait à se lever. Il tendit la main vers Léola.
"Bon, tu m'aides à rentrer ?" |
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