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 Buzz Bee

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Charlie Evans
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MessageSujet: Buzz Bee   Jeu 20 Jan - 20:45

Charlie frappa à la porte de l’apiculteur. Il faisait déjà nuit, même s’il n’était pas très tard et elle portait une abeille en peluche sous le bras. La raison en était bien simple. Il était d’usage, dans la classe de Charlie, de remercier d’un petit cadeau artisanal les Sywhaîdiens qui les recevaient et leur parlaient de leur occupation. Pour remercier l’apiculteur de ses explications sur le fonctionnement de la ruche et la fabrication du miel, il avait été décidé de fabriquer une abeille en laine, avec ses rayures jaunes et noires, ses longues pattes en tissu et ses ailes en tulle. Elle avait même une couronne car Connor avait déclaré que, étant donné sa taille (une quinzaine de centimètres au garrot), c’était forcément la reine. Connor, encore lui, avait suggéré que Charlie devrait aller la remettre en personne. En effet, il estimait que Buzz n’était pas de ces personnes qui aimaient bien voir débarquer chez eux une armée de gnomes et qu’il préférait sans doute n’avoir affaire qu’à une grande personne, même si c’était Charlie. Sans relever cette dernière partie de la phrase, l’institutrice avait mis la question aux voix et il avait effectivement été décidé qu’elle irait seule.

Voilà pourquoi elle se trouvait, un soir d’hiver, à frapper chez l’apiculteur, une abeille en peluche sous le bras. Elle portait une robe pull noir à col bénitier, en laine bleue, couleur qui faisait admirablement ressortir ses yeux. Ses cheveux très bruns étaient pour une fois bien démêlés et retombaient en vagues soyeuses dans son dos. Elle était même légèrement maquillée. Et, bien entendu, quand Buzz ouvrit la porte, elle souriait de toutes ses dents. Elle tendit son offrande à Buzz, avec un petit laïus explicatif. Au même moment, il se mit à pleuvoir.
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B. Berkeley
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MessageSujet: Re: Buzz Bee   Lun 24 Jan - 22:19

Buzz n'avait... il n'avait pas tout écouté. Ses oreilles fonctionnaient très bien, merci beaucoup, c'était plutôt un problème de concentration. C'était très mal, de ne pas focaliser son attention sur la conversation, sur les petits élèves de Charlie, mais... mais voilà. Il faisait nuit, heure à laquelle la plupart des Sywhaîdiens n'attendaient plus de visite, et à laquelle Buzz, lui, n'en espérait éventuellement que d'un type particulier. Il voulait bien, à la lumière du jour, accorder toute son attention à la jeune femme, prendre le temps d'expliquer aux élèves comment le miel qu'il tartinaient sur leurs galettes venaient du pollen des fleurs, après avoir transité par la bouche de ces petites bestioles bourdonnantes qu'ils accueillaient généralement avec des cris effrayés. Une leçon de choses ? Bien sûr qu'il avait accepté. Comment ça, ce n'était pas juste pour faire plaisir aux enfants ?

Bon, et alors ? Quand bien même ? Il avait fait ce qu'on lui avait demandé de faire, qu'est-ce que ça pouvait faire qu'il ait voulu se montrer galant plutôt qu'il se soit préoccupé du sourire des gosses ? Peut-être qu'effectivement, il avait été plus séduit par la jolie institutrice que par ses explications, peut-être qu'il avait profité de sa présence davantage que de celle de ses chères têtes blondes... Mais non, trois fois non, il n'était pas intervenu dans le vote qui s'était tenu dans la salle de classe. Avait-il à l'occasion imaginé retrouver l'institutrice seule, bien disposée à son égard ? Oui. Mais il ne s'était pas dit pour autant qu'il pouvait considérer qu'elle était d'ores et déjà dans son lit. Déjà, elle était sur le pas de sa porte, et c'était en soi une surprise suffisamment agréable pour qu'il ne l'écoute pas avec toute l'attention nécessaire.

Charlie était jolie. Elle l'était encore plus lorsqu'elle n'était pas occupée à papillonner de ci, de là, pour répondre à une question ou moucher un nez. L'apiculteur ne pouvait s'empêcher de caresser des yeux la courbe de son dos, la cascade soyeuse de ses cheveux déliés. Il ne l'écoutait donc que distraitement, juste assez pour prendre la peluche qui lui était tendue, esquisser un sourire qu'on pouvait penser attendri, et remercier son (adorable) interlocutrice.

"C'est adorable", déclara-t-il, tout en continuant de la regarder avec, peut-être, un tout petit peu trop d'insistance. "Ceci dit je ne sais pas si je dois accepter. Je n'ai pas vraiment pour habitude de monnayer mes services, voyez-vous", expliqua-t-il en levant soudain le nez ; il venait de se rendre compte qu'il s'était mis à pleuvoir. Il finirait par croire en l'existence d'un destin favorable.

"Vous devriez entrer vous mettre à l'abri", dit-il en s'écartant galamment de l'entrebâillement de la porte. "Je ne suis pas encore prêt à devenir instituteur remplaçant si vous tombez malade."

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Charlie Evans
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MessageSujet: Re: Buzz Bee   Mer 26 Jan - 20:09

Charlie éclata bien évidemment de rire à la réplique (aux deux répliques) de l’apiculteur et entra sans se faire prier. Elle n’avait pas du tout remarqué que Buzz ne l’avait écoutée qu’à moitié et était enchantée de sa réaction, elle pourrait dire aux enfants que leur cadeau avait fait plaisir au monsieur, ce qui était, après tout, le but recherché. Elle observa l’intérieur de la maison avec intérêt avant de s’approcher du feu et d’ôter son manteau, qu’elle posa négligemment sur le dossier d’une chaise. Ce qui était bien, à Sywhaîd, c’est qu’on n’était pas protocolaire. Elle s’étira, sans y penser, et se laissa également tomber sur la chaise en question. Charlie allait bien à Sywhaîd, elle non plus n’était pas protocolaire pour deux sous.

Charlie rejeta en arrière ses cheveux bruns, dont certaines mèches commençaient déjà à frisotter sous l’effet de la pluie (et oui, sa raideur n’était pas plus naturelle que son brun, ou que son roux). Elle regarda pensivement autour d’elle et se leva brusquement pour aller, sans façon, examiner de plus près l’étagère de livres. Elle poussa un petit « oh » d’excitation en découvrant Les piliers de la Terre de Ken Follet, le sortit, toujours sans se gêner et se retourna vers l’apiculteur, les yeux brillant.

- Il faut absolument que je partage cette nouvelle avec quelqu’un, désolée, c’est toi que j’ai sous la main.

Et elle entreprit de raconter qu’elle avait reçu une lettre de son agente, oui, parce qu’elle était comédienne à la base, pas institutrice, l’informant que, devant le succès de la série adaptée de ce roman, la BBC allait tourner la suite, tirée d’un autre roman du même auteur et que son book avait passé la première sélection, que Krista allait du coup envoyer une vidéo pour la seconde phase du casting et que, si elle était retenue, il y aurait les auditions en avril et que, si elle était prise, il y aurait le tournage cet été. Elle avait d’ailleurs, à l’époque, postulé pour la première série mais avait été jugée trop jeune pour le rôle d’Aliéna, qu’elle convoitait, ce qui l'avait d'ailleurs sacrément énervée parce que la fille qu'ils avaient choisie avait l'air au moins aussi jeune qu'elle. Elle reprit enfin sa respiration et reposa le livre à sa place.

- Il va peut-être falloir me remplacer quand même du coup, les premières semaines de la rentrée !
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B. Berkeley
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MessageSujet: Re: Buzz Bee   Ven 4 Fév - 0:14

Les choses se déroulaient effectivement assez naturellement sur Sywhaîd ; on faisait comme chez soi. D'aucuns diraient même que c'était particulièrement le cas dans la cabane de l'apiculteur, mais nous ignorerons superbement ces mauvaises langues, et déclarerons sans ciller que Buzz avait le sens de l'accueil. Tandis que Charlie déposait ses affaires et s'installait près de la table, il s'était dirigé vers l'endroit qui lui servait de cuisine, et n'en était séparé que par une sorte de bar-plan de travail surmonté de deux piles, le tout en bois. Il pouvait donc préparer une boisson chaude pour son hôte tout en l'écoutant parler, avec une grande excitation... de littérature et de projets professionnels.

Déposant dans une carafe en terre un mélange d'herbes et d'épices de sa composition, puis une belle cuillerée de miel, il ponctua de hochements de tête intéressés le laïus de Charlie ; il reconnaissait une passionnée quand il en voyait une et, typiquement, en cette circonstance, il n'y avait pas besoin de vraiment ponctuer de "ah vraiment ?" les explications de la jeune fille pour qu'elle continue sur sa lancée. Une actrice, donc ; Buzz l'ignorait. Il aimait l'idée. Il avait toujours trouvé l'institutrice jolie, mais un peu trop "sage" à son goût. Il se plaisait à l'imaginer sur scène, libérée de toute réserve... La voir si enthousiaste à propos de ses projets professionnels lui en donnait un bel avant-goût. Et oui, autant le dire, il trouvait la demoiselle d'autant plus séduisante lorsqu'elle s'exprimait avec autant de passion.

Evidemment, tout cela les éloignait un peu de l'abeille en peluche, de la reconnaissance de Charlie envers l'apiculteur, de la pluie, du confort de la petite cabane et de l'éventualité, pour l'institutrice, d'y passer la nuit en agréable compagnie, autant de sujet que notre homme se serait fait une joie d'amener subtilement sur le tapis ; mais une des raisons qui le rendaient si sympathique -particulièrement aux yeux d'une certaine catégorie de population- était sa capacité d'adaptation. Tout en laissant son esprit figurer l'image plutôt séduisante d'une Charlie-Aliéna bouillonnant de l'énergie si extraordinaire de ce beau personnage, il l'écouta, donc. Il avait allumé un feu sous la bouilloire ; les infusions et autres tisanes étaient plus ou moins la boisson par défaut sur une Lande où l'on savait trop bien que les caféiers ne poussaient guère sous le climat écossais (sauf facétie de la Brume).

L'apiculteur éclata de rire lorsque Charlie parla, finalement, de l'éventualité d'un remplacement. Il en profita pour la rejoindre brièvement près de la table, pour y apporter deux mugs dépareillés.

"Je commence à comprendre !" s'exclama-t-il. "Cette petite visite serait donc une odieuse manœuvre de séduction..." poursuivit-il, trop souriant et d'un ton trop amusé pour laisser croire qu'il désapprouvait. "Malheureusement, je crains que la cause ne soit perdue d'avance", s'excusa-t-il, toujours souriant, en retournant vers le coin cuisine. Au passage, il posa la main sur l'épaule de son interlocutrice -ça ne mangeait pas de pain.

"Ceci dit, vous pouvez toujours essayer. Je vous dirai si vous êtes convaincante dans des rôles comme celui d'Aliéna ; elle est supposée savoir parvenir à ses fins."

De derrière le bar, les coudes posés sur celui-ci, le menton dans les mains, Buzz souriait toujours. Ses propos n'étaient pas vraiment déplacés ; de là à dire qu'ils étaient dénués de la moindre arrière pensée, évidemment...

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Charlie Evans
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MessageSujet: Re: Buzz Bee   Mar 8 Mar - 19:47

Réaction que, sûrement, Buzz n’attendait pas mais que quiconque connaissant mieux Charlie aurait pu prévoir : celle-ci éclata de rire. L’apiculteur avait sans doute davantage l’habitude que l’on repère ses délicieux sous-entendus et que l’on réagisse en conséquences, par des répliques et des attitudes non moins subtiles. Mais Charlie, à part dans son jeu, manquait désespérément de subtilité. Elle manquait de tact, elle manquait d’arrière-pensées, d’aucuns diraient qu’elle manquait de profondeur mais c’aurait été profondément injuste. Elle ne comprit donc pas du tout où voulait en venir Buzz et aurait été stupéfaite d’apprendre qu’il pouvait y avoir derrière ces mots quelque chose qu’elle n’y trouvait pas. Elle aurait trouvé ça absurde, allons, il avait le double de son âge ! Donc, elle rit et roula des yeux avant de se renfoncer dans sa chaise et d’affirmer qu’elle était trop fatiguée pour un casting et qu’elle préférait garder ses forces pour la vraie audition.

La jeune institutrice récupéra ensuite son mug, le tint un moment entre ses mains pour les réchauffer et but une petite gorgée du liquide amer, adouci par le miel. C’était plutôt bon, elle devait bien le reconnaître, et elle fit d’ailleurs immédiatement part de cette observation à son hôte avant de lui dire de la rejoindre. Quand il se fût exécutée, elle reposa sa tasse sur la table, la tenant toujours entre ses mains serrées et demanda, l’air mortellement sérieux.

- A ton tour, Buzz l’éclair, quelle identité secrète caches-tu en dehors de la Lande ?
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B. Berkeley
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MessageSujet: Re: Buzz Bee   Sam 16 Avr - 21:46

A son tour, Buzz rit en s'entendant comparé au héros en plastique, doté de multiples gadgets inter-galactiques, d'un film d'animation. Aussi surprenant que cela paraisse, c'était la première fois qu'on la lui faisait, celle-là, pourtant ce n'était pas faute de ne pas une réputation à même de se faire traiter d'"éclair" : en général, Buzz savait filer clair et droit pour atteindre une cible potentielle, quitte à s'acquitter des quelques circonvolutions de rigueur. Et quiconque avait vu Toy Story 3 ne pouvait que noter des similitudes évidentes entre les deux homonymes, l'apiculteur et le spationaute (surtout la version espagnole). Cette référence semblait donc ne pas avoir échappé à celui qui nous intéresse présentement ; comment il pouvait connaître la trilogie en question sans avoir quitté, depuis des années, la Lande, n'était qu'un mystère de plus à ajouter à la liste de ceux dont il aimait s'entourer.

Rire, donc, de sa part, mais non pas à gorge déployée. Parce que, mine de rien, Buzz-l'humain commençait à avoir quelques doutes concernant Charlie et le fond de sa pensée. Elle semblait ignorer ses appels du pied pourtant de moins en moins discrets ; était-ce pure candeur de la part de l'institutrice, comme son attitude le laissait vraiment penser ? Ou alors - et alors, chapeau l'artiste -, était-ce une façon éminemment subtile et polie de décliner les avances de l'apiculteur ? Il n'aurait su le déterminer avec certitude. Elle semblait sincère. Se pouvait-il qu'elle ignore le genre d'animal chez qui elle était entrée, seule, la nuit, toute gratitude et grâce ? Après tout, l'apiculteur était enclin à croire à ce petit miracle, qui non seulement flattait son orgueil mis en péril mais ne faisait qu'accroître le charme de leur rencontre nocturne ; et de Charlie, bien sûr. Il la regardait sourire, joyeuse, sans parvenir à déterminer si son joli visage d'actrice dissimulait quelque arrière-pensée. Et d'ordinaire si prolixe en réparties astucieuses et subtilement enjôleuses, notre bel apiculteur resta quelques secondes silencieux, avant de décider qu'en fin de compte... il faudrait passer la seconde, quitte à foncer dans le mur.

"Pourquoi en-dehors de la lande ? Si vous saviez déjà tout ce qu'il y a à savoir de moi ici, je ne sais si vous seriez venue me rendre visite ainsi, seule, au milieu de la nuit".


Il ne la quittait pas des yeux, tâchant néanmoins d'atténuer l'ardeur de son regard pour ne pas que son interlocutrice aille s'imaginer qu'elle avait atterri chez quelque dangereux psychopathe. Il ne prit que le temps de boire une gorgée d'infusion. Sa question n'était qu'oratoire, et il éclaircit de lui-même les choses.

"Est-ce qu'on ne vous a pas prévenue que je pourrais vouloir vous faire des avances ?"

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Charlie Evans
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MessageSujet: Re: Buzz Bee   Lun 6 Juin - 18:41

Charlie ouvrit de grands yeux et une vive rougeur vint colorer ses joues d’ordinaire si pâles. Elle se mit à rire mais le rire était beaucoup moins naturel que précédemment, beaucoup plus gêné. Des avances ? Allons bon… Ha, ha, ha, que c’était cocasse ! Buzz n’avait pas l’air de rire cependant et Charlie se rappela tout à coup quelques remarques pleines de sous-entendus qu’elle n’avait pas entendus et quelques regards qui en disaient long mais qui ne lui avaient pas di grand-chose, quand le nom de l’apiculteur était venu dans la conversation, pour une raison ou pour une autre. Elle s’éclaircit bruyamment la gorge et but une gorgée de tisane pour se donner une contenance. Ce qui résulta évidemment, vu qu’elle but trop vite, en une quinte de toux irrépressible qui la laissa pantelante et encore plus rouge.

Si Buzz croyait encore à un numéro d’actrice, il devait penser que Charlie aurait déjà dû percer à Hollywood car son numéro de la vierge innocente et embarrassée était parfaitement au point. Mais, en vérité, Charlie n’affectait ici ni la virginité, ni l’innocence, ni l’embarras. Elle tenta un nouveau sourire, déjà plus convaincant, et haussa les épaules, faisant danser ses longues mèches brunes. S’agrippant à sa tasse comme à une bouée, elle examina rapidement la situation : soit il plaisantait et, honnêtement, n’était pas très drôle, soit il lui avait effectivement fait des avances qu’elle n’avait pas comprises, ce qui était plus embêtant. Comment était-elle supposée réagir ? C’était la première fois qu’un adulte lui faisait des avances ! Enfin, un vrai adulte, quoi, pas un mec de son âge, à deux ans près. Qu’est-ce qu’il pouvait bien trouver à une gamine dans son genre ? Et qu’est-ce qu’elle devait trouver à un adulte comme lui ? Ok, il était sans doute plutôt sexy, dans le genre vieux, mais c’était pas non plus Marlon Brando ou Clark Gable ! Et elle n’était certainement pas Vivien Leigh… Hélas !

- Euh, non, répliqua-t-elle finalement, avec une absence de répartie qui la fit frémir intérieurement.
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B. Berkeley
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MessageSujet: Re: Buzz Bee   Sam 16 Juil - 17:43

Buzz avait reposé sa tasse sur la table lorsque Charlie avait manqué de s'étouffer. Il avait esquissé un geste pour la secourir, lui donner quelques claques vigoureuses dans le dos, mais s'était retenu de peur que le moindre contact, fût-il strictement médical, n'ajoute à l'embarras manifeste de la jeune femme. Morbleu, voilà qui lui apprendrait à jouer cartes sur tables avec ce qui s'avérait être une jeune première authentique, encore toute emmitouflée dans la fraîcheur de l'innocence. Mieux valait, à ce stade, demeurer prudemment de son côté de la table, s'il voulait éviter que la pièce ne prenne un ton dramatique. Rassuré de voir que son interlocutrice retrouvait son souffle, il se contenta de pousser du bout des doigts la carafe de tisane encore fumante, pour le cas où elle aurait voulu s'en resservir un mug, histoire de reprendre tout à fait contenance. Elle semblait véritablement embarrassé et, même si dans son cas c'était moins visible, notre apiculteur n'en menait, sous ses airs tranquilles et souriants, pas beaucoup plus large. Le cas de figure dans lequel il se trouvait était pour le moins inédit. Il lui était certes déjà arrivé de se retrouver face à des demoiselles relativement peu au fait des choses de la vie, mais elles le laissaient généralement vite savoir, consciemment ou non. Dans le cas de Charlie, Buzz n'aurait su dire si l'aveu qu'elle venait de formuler était ou non synonyme de refus catégorique des avances qu'il lui avait confessées. Il avait détourné les yeux, semblant soudain fasciné par le papillon de nuit qui, attiré par la lumière tamisée de l'intérieur de la cabane, s'obstinait à taper désespérément contre la fenêtre. Il supposait en effet que continuer de fixer Charlie risquait à nouveau de la mettre mal à l'aise, d'autant qu'il aurait commencé à avoir quelques difficultés à conserver le regard tout à fait impassible d'un parfait gentleman. Estimant qu'un peu d'humour léger était nécessaire, histoire de faire retomber un peu la tension, il se saisit finalement de sa mug et déclarant d'un ton déçu :

"Décidément, on ne peut plus compter sur personne."

Il leva brièvement les yeux vers Charlie, assortissant ce bref coup d'œil d'un sourire qu'il ne pouvait s'empêcher de teinter de séduction. Il n'était pas fixé sur ce qui se passait exactement dans la très charmante petite tête de l'institutrice et, à ce titre, n'avait pas complètement abandonné la partie au point de se départir d'une conversation à la fois tout à fait audible par les chers élèves de la demoiselle et bel et bien charmeuse autant que charmante. Au point où il en était, notre amateur de parades amoureuses aurait aimé savoir, tout de même, à quoi il devait s'en tenir, et si ses roues de tétra-lyre avaient ou non une petite chance d'intéresser la jeune et jolie Charlie.

"Je ne puis cependant tout à fait les blâmer ; s'ils avaient parlé, vous ne seriez sans doute pas venue me rendre visite ce soir", déclara-t-il donc en avalant une avant-dernière gorgée d'infusion.

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Charlie Evans
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MessageSujet: Re: Buzz Bee   Dim 24 Juil - 19:00

Charlie fut fort reconnaissante à son interlocuteur de répondre à sa lamentable répartie par un trait d’humour qui lui permit de retrouver un peu de contenance, sinon de dignité. Il faut dire que Charlie n’en menait pas large. Ce genre de séduction franchement frontale, elle n’avait jamais expérimenté et elle devait bien avouer qu’elle n’avait absolument aucune idée de la façon dont elle devait réagir. Oh, sans doute qu’une fille bien plus sophistiquée qu’elle, genre la cousine de Jake, saurait exactement quoi faire, répondrait avec grâce et esprit et s’ensuivrait une scène qu’elle ne pourrait décrire à ses élèves. Nul doute non plus que Buzz excellait dans l’activité susnommée (non nommée d’ailleurs). S’il n’était pas doué, il aurait bien tort d’être aussi franchement frontal. Mais Charlie avait eu l’occasion de goûter aux talents de masseur de l’apiculteur et, si elle devait se fier à cette séance et aux sensations provoquées en elle par ces mains puissantes et délicates (sur lesquelles elle ne put d’ailleurs s’empêcher de poser les yeux), il était effectivement plutôt au fait de ces choses. Ce qu’elle, donc, n’était pas.

D’ailleurs, ceci étant établi, serait-elle, effectivement, venue, ce soir ? Sachant qu’elle aurait à subir les assauts d’un homme mûr et séduisant en diable ? Oui, elle ne l’avait jusque là jamais envisagé comme quelqu’un de séduisant mais il fallait bien avouer que la donne avait changé dans les dix dernières minutes. Serait-elle venue, elle, vierge innocente, qui était sortie quatre mois avec un garçon sans jamais l’embrasser avec la langue ? Qui avait reçu son premier baiser à l’âge canonique de presque dix-huit ans ? Et qui n’avait, depuis, pas expérimenté grand-chose. Comme dirait l’autre, rendez-vous compte, vierge à vingt ans, un anachronisme vivant, une vraie conne ! Devait-elle se sentir conne, d’ailleurs ? Charlie n’avait jamais eu beaucoup d’amis, ni d’amies. Être deux ans plus jeunes que les gens de sa classe, ça n’aidait pas à créer des liens. Si bien qu’elle n’avait jamais eu personne avec qui discuter de ces choses-là, avec qui comparer. Devait-elle profiter de l’occasion qui lui était ainsi servie, sur un plateau d’argent ? Après tout, quitte à se faire déflorer, il y avait sans doute pire qu’un homme expérimenté et fort séduisant, par une soirée d’orage. Mais il y avait sans doute mieux également. Sans rêver au prince charmant, Charlie gardait une âme romantique et voulait que la première fois compte vraiment. D’un autre côté, où était-il, ce prince, même pas forcément charmant. Bref, serait-elle venue ?

- Peut-être pas, non, répondit-elle finalement, mais sans faire mine de quitter sa chaise.
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B. Berkeley
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MessageSujet: Re: Buzz Bee   Dim 7 Aoû - 12:45

Une ombre obscurcit, brièvement, le regard de l'apiculteur, heureusement encore posé partout sauf sur son interlocutrice. Voilà ; il ne devait pas s'étonner, ni être déçu du fait que, lorsqu'il avait la délicatesse de lui proposer une porte de sortie, elle choisisse de l'emprunter. Et en dépit de son, disons, expérience avec la gente féminine, Buzz était toujours déçu de ne pas pouvoir pousser plus avant la "conversation" avec une demoiselle aussi charmante que l'était Charlie. Il ne demeurerait parfaitement impassible et courtois qu'au prix de quelques secondes toujours concentré sur, par exemple, l'anse de son mug, dans lequel il faisait jouer son index en attendant d'entendre le raclement discret de la chaise qui lui indiquerait le départ de l'institutrice.

Mais trois secondes s'étaient écoulées, une, deux, trois ; et de raclement, point du tout. Lentement, Buzz tourna à nouveau les yeux vers Charlie, pour constater que, de fait et heureuse surprise, elle n'avait pas bougé de sa chaise. Il se retint de sourire, appréciant à sa juste valeur la valeur du silence bien particulier qui s'instaurait dans la pièce. Le proverbe qui le disait d'or avait rarement été mieux vérifié qu'en la circonstance.

Buzz repoussa son mug vers le centre de la table, le frottement de la porcelaine contre le bois rompant finalement discrètement ce silence avant qu'il ne devienne pesant. Puis, le raclement de la chaise de l'apiculteur, comme il se levait. Le bruit lent de ses pas, étouffés, sur le tapis. Debout, il vint se placer derrière Charlie, qui semblait quant à elle décidée à rester assise. Si près d'elle, il pouvait percevoir le son de sa respiration, et inversement. Les expirations lentes et paisibles de notre homme traduisaient bien mal l'état d'esprit de ce dernier, plus ému qu'il ne voulait bien le montrer par le parfum subtil de la rouquine et le teint délicat, un peu rose de sa peau. Si maître de soit qu'il fût, Buzz posa finalement la main sur l'épaule de son hôte, se retenant tout juste de se pencher vers elle, pour respirer d'un peu plus près l'odeur de son cou, dont peut-être il lui faudrait se satisfaire.

"Je m'en voudrais, à présent, de vous laisser repartir sous la pluie", dit-il d'une voix légèrement troublée. Parole, c'est qu'il aurait été sentimental ? La vérité était qu'il guettait, de l'oreille, le bruit des gouttes cognant contre la vitre, qu'il n'entendait plus ; et il n'osait tourner les yeux vers la fenêtre pour vérifier si, oui ou non, l'orage avait effectivement cessé. Comme le poète, il eut aimé,

comme au déluge
voir sans arrêt tomber la pluie
pour la garder sous son refuge
quarante jours, quarante nuits.


Ou, du moins, quelques heures.

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Charlie Evans
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MessageSujet: Re: Buzz Bee   Mar 9 Aoû - 20:47

Charlie était plongée dans l’observation de sa tasse, comme si sa vie dépendait de sa capacité à apprendre par cœur les moindres détails du motif un peu démodé qui l’ornait. En vérité, mémoire photographique oblige, un seul coup d’œil lui aurait suffi mais, en cet instant précis, tout était préférable à l’option B : lever les yeux et croiser le regard de Buzz. Et, éventuellement, se carboniser de honte sur place. Ce fut donc à l’oreille qu’elle suivit les déplacements de son hôte et elle gardé les yeux résolument baissés quand celui-ci vint se tenir juste derrière elle. Charlie sentit son souffle s’accélérer et manqua à nouveau s’étrangler. Ce fut discret cette fois, heureusement et ce bref moment d’angoisse jugulaire ne se manifesta que par un léger raclement de gorge et une rougeur encore plus prononcée sur ses joues et sur sa gorge.

Quand la main de l’apiculteur vint se poser sur son épaule, Charlie sentit tout son corps se raidir et elle dut presque se forcer à détendre ses muscles un par un. Sans compter qu’elle dut réprimer un sursaut quand un des doigts de Buzz vint effleurer sa nuque, zone qu’elle avait particulièrement sensible aux chatouilles. Elle refusait toujours aussi obstinément de tourner la tête vers lui mais, bizarrement, elle refusait également, et tout aussi obstinément, de se lever et de partir, ce qui aurait été, après tout, la chose la plus raisonnable à faire, pluie ou pas pluie. Pourtant, elle ne bougeait toujours pas.

Mais enfin, qu’est-ce qu’elle fabriquait ? Qu’est-ce qu’elle attendait ? Qu’il la remette sur ses pieds, la porte jusqu’au lit et lui fasse l’amour doucement d’abord, passionnément ensuite ? Elle devait bien avouer que, maintenant qu’elle y pensait, il était sacrément séduisant. Très bien foutu également, si ses souvenirs datant de la dernière fois qu’elle l’avait vu torse nu dans la Lande étaient bons. Sans compter qu’il avait de l’expérience. Et sans compter que… Que… Eh bien, qu’une douce chaleur se répandait en elle et que la sensation de sa main sur son épaule était loin d’être désagréable et qu’elle n’aurait pas non plus trouvé désagréable que cette main se pose, éventuellement, ailleurs sur son anatomie.

Certes, Charlie était innocente, mais elle n’était pas non plus complètement innocente. Bon, okay, avec Chad, elle n’était jamais allée beaucoup plus loin que quelques séances de « frotti-frotta » tout habillés. Mais avec Damian, ils avaient fait, euh, des trucs. Rien d’innommable mais suffisamment pour qu’elle sache reconnaître le désir quand elle le ressentait. Comme c’était le cas à présent, pour ceux qui n’auraient pas suivi. Pourtant, la question demeurait : était-elle prête ? Elle n’imaginait pas une seule seconde que l’homme qui se tenait derrière elle n’attendrait pas d’elle le maximum. Damian avait tenu neuf mois mais il avait souffert, le pauvre. Et il n’avait jamais eu une réputation de coureur. Et, sauf erreur, là, présentement, il ne s’agissait que d’un coup d’un soir. Dieu, que c’était laid, dit ainsi. Non, ce n’était pas une bonne idée, pour une première fois. Elle n’était sans doute pas prête. En même temps…

- C’est vrai que je n’ai pas de parapluie, répliqua-t-elle.

Elle ferma les yeux de dépit. C’était quand même affolant, d’être aussi niaise. Sentant le fou rire approcher, elle se mordit l’intérieur des joues pour le refouler. Aucune décision n’avait été prise, de sa part en tout cas, mais elle sentait bien que se mettre à rigoler comme une baleine n’apporterait sans doute rien de bénéfique à l’atmosphère.
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B. Berkeley
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MessageSujet: Re: Buzz Bee   Dim 4 Sep - 16:28

En 1972, le météorologue Edward Lorenz développait pour la première fois le concept de l'effet papillon, dans le cadre d'une conférence à l'American Association for the Advancement of Science intitulée : « Predictability: Does the Flap of a Butterfly's Wings in Brazil Set off a Tornado in Texas? ». Qu'un si infime mouvement puisse être à l'origine d'ouragans à l'autre bout du monde, la question reste en suspens, et notre propos n'est assurément pas d'en développer ici quelque tentative de réponse que ce soit. Ce qui est certain en revanche, c'est que le battement de paupière de Charlie eut, quant à lui, des effets relativement dévastateurs sur un apiculteur déjà en lutte avec ses hormones. Un réalisateur de blockbusters américains eût filmé l' œil au ralenti, en très gros plan, et ajouté là-dessus en post-production un bon gros bruitage de pierre qui tombe, histoire de traduire les émotions qui se produisirent dans le petit cœur sensible de Buzz (ainsi qu'en certaines autres parties non moins ciblées de son organisme). C'était probablement curieux, d'ailleurs ; le charme de Charlie ne reposait-il pas pour une part importante dans son regard si particulier ? Son interlocuteur n'avait que trop perçu le pouvoir de ses jolies prunelles, sous la paisible influence desquelles il avait senti ses défenses (jeunesse de la demoiselle, sens de l'honneur, malentendu probable, etc.) fléchir une à une.

Pourtant, c'était bien de n'être plus sous ce feu bleu qui venait de leur porter le coup fatal. Peu importait en cet instant que le mouvement qu'il allait effectuer ne fût peut-être pas parfaitement digne d'un parfait gentleman, qu'elle risquât de se dégager brusquement, portant gravement atteinte à l'égo du plus-si-jeune-bien-que-fort-bien-conservé apiculteur. sans que sa main ne quitte l'épaule où elle se trouvait si bien, retenant son souffle, Buzz se pencha vers la demoiselle et, vers son visage adorable, si vulnérable maintenant qu'elle avait fermé les yeux et, sans tergiverser davantage, embrassa la paupière gauche. Céder de la sorte à une tentation qui le titillait depuis un moment ne sembla pourtant pas calmer les ardeurs de notre homme. A ce stade, il ne pouvait s'empêcher de baisser ses lèvres jusqu'à la joue de Charlie, d'un rose poudré, duveteux, à faire pâlir d'envie des pêches de Méditerranée, de l'embrasser à nouveau. Et de là, ma foi, il devenait pour le moins difficile de s'arrêter en si bon chemin.

Sa main quitta l'épaule de Charlie pour remonter sur sa nuque, et lui permettre de continuer d'embrasser l'aimable visage, en divers endroits pas forcément attendus pour ce genre de traitement. Quelque part, l'exercice avait pris un tour presque ludique ; l'apiculteur souriait, semblant chercher les points qui n'avaient pas encore été en contact avec ses lèvres. Ce faisant, il frôlait à l'occasion celles de l'institutrice, sans pour autant s'y arrêter, comme si un frein invisible, un dernier bastion d'honneur chevaleresque (ah, tout de même !) l'en empêchait. Car enfin, on n'embrasse pas une jeune fille sur la bouche sans sa permission. Ceci dit, il est également conseillé dans le manuel du parfait gentleman, lorsqu'on invite ce genre de personne à rester dormir, de ne pas lui murmurer la proposition à l'oreille.

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Charlie Evans
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MessageSujet: Re: Buzz Bee   Ven 9 Sep - 11:27

Ok, ok, très bien, pas d’affolement. Il avait embrassé sa paupière close. Elle en fut si surprise qu’elle faillit ouvrir les yeux par réflexe, ce qui aurait immanquablement tout gâché. Car, embrasser une paupière, c’était indéniablement doux, romantique et délicat, mais embrasser un globe oculaire, là, tout de suite, c’était moins charmant, et même carrément gore. Retenant un nouveau fou rire, Charlie garda donc les yeux fermés et guetta le prochain assaut de Buzz. Assaut qui ne se fit pas attendre : ses lèvres fermes vinrent se poser sur sa joue, puis sur sa tempe, puis au coin de ses lèvres. C’était délicieux. Délicieux et insoutenable à la fois. Les lèvres de Charlie s’entrouvrirent légèrement, tandis que sa respiration s’accélérait. Avoir les yeux fermés de la sorte exacerbait chacune de ses sensations et la torture à laquelle la soumettait l’apiculteur en évitant soigneusement sa bouche qui ne réclamait que ça, était tout simplement exquise.

Par contre, sa proposition de rester dormir fut comme un choc électrique. Charlie ouvrit les yeux brusquement et sembla faire le point sur la situation. Rester dormir, c’était tout à fait explicite comme invitation, il n’y avait aucun doute là-dessus. Et il allait falloir se décider et donner cette fois une réponse définitive. Avait-elle envie de rester dormir et tout ce qui s’ensuivait ? Hum... Oui, sans aucune doute, oui. Mais était-elle prête à rester dormir ? Là, elle était moins catégorique. Et une partie d’elle posait la question très pertinente de savoir si se demander si elle était prête n’était pas déjà en soi une réponse. Ce qui, elle était bien forcée de le reconnaître, était un conseil sensé. Si elle avait été prête, elle n’aurait pas eu besoin de se demander si elle l’était. Et si une partie d’elle était relativement terrifiée à l’idée de ce qui se passerait si elle disait « oui, où est ma brosse à dents ? » c’était pour une bonne raison. Elle savait ce qu’il fallait qu’elle fasse, elle en était convaincue, ce qui ne rendait pas la chose plus facile pour autant.

- Euh, non, je ne peux pas, euh... j’ai des copies à corriger.

Ce qui était l’excuse la plus lamentable du monde. Certes, elle était institutrice, mais il n’y avait pas de devoirs écrits à Sywhaîd, ou en tout cas très peu. L’excuse était stupide et l’apiculteur la prendrait certainement comme telle, ce qui, probablement, le conduirait à conclure qu’elle était simple d’esprit et qu’il n’avait donc finalement rien perdu avec cette fuite. Car, une fois ses balbutiements terminés, c’est bien ce que fit Charlie : elle prit la fuite, renversant sa chaise dans la manœuvre et se répandant en excuses alors même qu’elle franchissait la porte et la claquait derrière elle. Une fois sous la pluie battante, elle éclata d’un rire passablement nerveux avant de regagner ses pénates, bien déterminée à soigneusement éviter les abeilles et leur pote pendant quelques décennies.
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Buzz Bee

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