AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partager | 
 

 It's my life...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Will Norton
Sywhaîdien
Sywhaîdien


Nombre de messages: 111
Age: 19
Date d'inscription: 29/03/2009

MessageSujet: It's my life...   Lun 1 Nov - 22:08

Dimanche matin, près de midi. En général, les dimanches midis étaient pour les Norton et Cie de Sywhaîd une occasion de passer du temps en famille. Mathys cuisinait un plat un peu « recherché » (du moins selon les moyens Sywhaîdiens) et tous s’attablaient, mangeaient bien, puis faisaient des jeux de société ou ce genre de choses. En plus de ceux qui habitaient la grande maison (Mathys, Mary, Will, Connor et Fred), se joignaient en général à ces dimanches en famille Josh, Juliet (avec parfois Jeremy) et une ou deux fois depuis le début de la saison, Rachel. Et ce dimanche-là, si Will était dans la Ferme, c’était bien pour aller chercher Rachel, qui avait été invitée directement par Marybeth le vendredi. Depuis que Marybeth pouvait de nouveau se déplacer (depuis qu’elle était arrivée au huitième mois, qu’il n’y avait plus de danger), elle avait beau ressembler à une planète, elle passait son temps à faire tout ce qu’elle n’avait pas pu faire ces derniers mois. Nicholas lui disait de ne pas s’épuiser, que c’était mauvais pour le bébé, alors elle se ménageait autant qu’elle en était capable, mais pas assez visiblement pour éviter d’aller jusqu’à l’école pour inviter la petite amie de son frère à venir au repas dominical familial.

Il s’arrêta devant la porte de Rachel, et soupira. Il portait un jean large, du style baggy, sous lequel il n’arrivait pas à se résoudre à mettre collants en laine ou caleçons longs (du coup il avait relativement froid, surtout après avoir traversé une partie de Sywhaîd sous la neige), et un gros sweat orange sur lequel était écrit « I have candy » dans une écriture épaisse et noire. Il abaissa la capuche (qu’il avait mise au moment où il avait senti le froid lui mordre le visage), et frappa à la porte de Rachel, en se forçant à afficher un sourire. Après tout, sa petite-amie, sa merveilleuse petite-amie venait manger chez lui, il ne se dirigeait pas à l’abattoir !

Rachel ouvrit la porte, et elle était splendide, comme d’habitude, et Will sentit une boule se former dans sa gorge. Elle l’embrassa, et il lui rendit son baiser sans trop y penser, en sentant sa respiration se bloquer. C’était trop. Ils était trop… Il…

« Je peux pas… » souffla-t-il alors que Rachel venait tout juste de fermer sa porte de chambre. Il tourna un regard perdu vers la magnifique canadienne, et ajouta : « Je ne peux plus faire ça. »

_________________


What was a family
Is now a shell
We're raising kids now
Who raise themselves
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Rachel Berenson
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 142
Age: 22
Date d'inscription: 10/07/2008

MessageSujet: Re: It's my life...   Lun 1 Nov - 22:21

Rachel tourna un regard étonné vers Will. Il ne pouvait plus faire quoi exactement ? Elle se repassa mentalement les quelques secondes qui venaient de s’écouler. D’abord, Will avait frappé à sa porte, il venait la chercher pour aller déjeuner chez Mary. Ensuite, elle avait ouvert la porte et fait une moue apitoyée face au sweat-shirt du jeune homme (quel gâchis, quand il savait si bien s’habiller parfois, faisant montre d’initiatives que Jake ne prendrait jamais). Mais, ça, elle le faisait assez régulièrement, pas de raison qu’il n’en puisse plus tout à coup. Elle l’avait rapidement embrassé, jusque là, tout allait bien et elle avait ensuite annoncé qu’elle devait juste enfiler ses chaussures avant de refermer la porte. Rien de bien extraordinaire, donc. Ce fut donc avec une vraie candeur qu’elle demanda, le regard innocemment fixé sur Will :

- Faire quoi ?

La jeune femme était assise au bord de son lit, une de ses chaussures à la main. Il s’agissait de la gauche, de ses low-boots fétiches, celles que Will appréciait particulièrement d’ailleurs. Elle les enfilait pour compléter sa tenue composée d’une chemise over-size dans les tons bleus, ornée d’une large ceinture taille haute, et de leggins noirs. Une tenue qui mêlait avec art la rock attitude et l’élégance. Ses longs cheveux dorés formaient une masse un peu brouillonne autour de son visage aux traits fins et elle ne s’était pas maquillée, ses fringues étaient déjà un peu « too much » pour l’occasion, elle ne voulait pas en rajouter.

_________________


Her flesh is smooth and supple
And velvet as the night
Her eyes are shot with diamonds
A mouth full of delight


Mick Jagger
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Will Norton
Sywhaîdien
Sywhaîdien


Nombre de messages: 111
Age: 19
Date d'inscription: 29/03/2009

MessageSujet: Re: It's my life...   Jeu 4 Nov - 11:25

Will soupira. Un gros soupir, profond, et pleins de tas de choses qu’on avait du mal à ignorer. Un soupir de quelqu’un qui n’était pas heureux, sans pour autant être tout à fait malheureux. Un soupir qu’il aurait peut-être dû pousser quelques mois plus tôt, au lieu de le retenir et d’en arriver à un tel gâchis. Il passa une main dans ses cheveux, ou plutôt dans son reste de cheveux, puisqu’il les avait coupés à la brèche et entretenait cette coupe depuis. Une coupe que Rachel n’aimait pas, que Mary trouvait « dommage », et que Juliet ne se lassait pas de ramener dans leurs conversations, en général pour en dire du mal. Toutes ses femmes s’étaient liguées contre cette coupe. Et peut-être que c’était pour ça qu’il la gardait, après tout. Ca ne lui allait pas mal, c’était juste différent, différent du Will qu’elles connaissaient, et qu’elles appréciaient. Et peut-être qu’il avait envie, justement, d’être différent. De sortir du rôle qu’elles lui avaient toutes donné, d’un commun accord. Les hommes de la famille, eux, aimaient plutôt sa coupe. Josh lui avait dit que ça permettait de mieux voir son visage, Mathys que c’était une coupe qui allait bien avec l’automne, Fred aimait passer ses mains dans ses cheveux courts, Jeremy trouvait ça plus moderne, et Connor voulait, même s’il n’avait aucune chance de jamais voir son vœu exaucé, qu’on lui coupe les cheveux pareil. On était évidemment loin de la guerre des sexes, une coupe de cheveux, ça n’avait rien d’important, et personne n’en parlait particulièrement, sauf parfois une ou deux des filles pour lui dire que, vraiment, c’était pas du tout lui ! Sauf que c’était important dans ce cas présent, puisque symptomatique de beaucoup de choses.

Il releva son regard brun sur Rachel. Elle était magnifique, évidemment. Et elle avait choisi les chaussures qu’il aimait tant, et ne s’était pas maquillée, comme si elle avait fait des efforts rien que pour lui. Alors que lui, il avait décidé de n’en faire aucun, au niveau vestimentaire. Ca aussi c’était plutôt mauvais signe, et tout à fait décryptable, si on savait quoi regarder. Il ne sourit pas, comment l’aurait-il pu ? La vision de Rachel aussi belle, et aussi perplexe, lui brisait le cœur. Comment avait-il pu en arriver là ? Comment avait-il pu laisser les choses dégénérer autant ? Et surtout, surtout, comment pouvait-il ne plus pouvoir continuer quelque chose d’aussi merveilleux ? Après tout, Rachel était une des plus belles femmes du village, et du monde, aussi. Elle était intelligente, drôle, cultivée. Elle venait d’un endroit tout à fait différent, savait des choses que Will n’aurait jamais imaginées, avait un pouvoir génial. Et elle était tombée amoureuse de lui. Elle avait commencé par le choisir, pour s’amuser, parce qu’elle voyait quelque chose en lui que la plupart des gens ne voyaient pas. Et petit à petit, elle était tombée amoureuse. De lui. Will Norton. Un garçon tout à fait ordinaire, qui trainait tellement de casseroles derrière lui qu’il aurait pu faire un festin dedans. Lui qui n’avait jamais été le plus beau, le plus intelligent, le plus drôle. Lui qui était juste gentil, et encore. Lui qui n’avait aucun talent, à part peut-être un vague talent musical qu’il n’exerçait pas. Lui qui n’avait, surtout, aucune ambition, pas même celle d’avoir son diplôme de fin de lycée. Lui qui avait une famille encombrante, et parfois dérangeante, et qui n’avait aucune expérience avec les nanas, du moins pas des expériences amoureuses.

« Ca. » répondit-il finalement, en regardant Rachel bien droit dans les yeux, parce qu’il lui semblait ne pas avoir le droit de faire autrement. « Nous. Je suis désolé, je t’aime. Mais ça ne marche pas. Pas pour moi. »

Il parlait avec une voix douce, mais sentait son cœur se briser tandis qu’il parlait. Il n’avait jamais voulu faire de mal à qui que ce soit, et c’était certainement ce qui, en partie, l’avait mené dans cette chambre à ce moment précis. Mais il aurait voulu ne jamais blesser Rachel. Ne jamais avoir à lui dire quoi que ce soit approchant ce qu’il venait de lui dire. Il aurait aimé pouvoir continuer, mais il en était incapable. Pas sans se perdre tout à fait.

_________________


What was a family
Is now a shell
We're raising kids now
Who raise themselves
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Rachel Berenson
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 142
Age: 22
Date d'inscription: 10/07/2008

MessageSujet: Re: It's my life...   Jeu 25 Nov - 19:38

Rachel n’aima pas ce soupir. Elle ne l’aima pas du tout. Elle n’avait aucun don de prémonition, les Romjins ne leur avaient pas transmis ça, ils ne pouvaient pas non plus tout avoir, mais, en entendant ce soupir, elle sentit une brève vague de panique l’envahir. Non, elle n’aimait pas du tout ce soupir. Si profond. Si… désespéré. Et puis la sentence tomba, confirmant son pressentiment. Elle accusa le coup. Rachel avait déjà reçu un coup de poing dans l’estomac (mais il fallait voir l’état de la fille quand Rachel lui avait ensuite réglé son compte) et ce qu’elle ressentait maintenant ressemblait tout à fait à ça. Elle était sonnée. Elle avait l’impression d’avoir le souffle coupé. Elle n’arrivait pas vraiment à croire que c’était vrai, vraiment en train de se produire. Elle remarqua tout juste qu’il avait dit qu’il l’aimait. Ce n’était pas la première fois, non, mais ce n’était pas si fréquent. Ni l’un ni l’autre ne passait leur temps à se faire des déclarations, ils étaient tous les deux plutôt pudiques à ce niveau-là. Et là, il le disait, au moment où il… rompait avec elle. Elle accusa le coup une seconde fois. Will rompait avec elle. Will rompait avec elle. Will rompait avec elle. Ça n’avait absolument aucun sens. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux mais elle les refoula immédiatement d’un rapide battement de paupières. Hors de question. Elle avait sa dignité. Quoique cette dernière fût sérieusement ébranlée par le fait que Will rompait avec elle. Alors que la vision qu’on avait de leur couple était qu’elle était trop bien, trop belle, trop âgée, trop ambitieuse pour lui. C’était ridicule. Tout allait bien. Ils s’aimaient, il l’avait dit lui-même. Ils rigolaient beaucoup, s’entendaient toujours aussi bien au lit. Non, ça n’avait absolument aucun sens.

Rachel termina d’enfiler sa chaussure. Tout ceci n’avait en fait duré qu’une petite poignée de secondes. Quand elle émergea du choc, elle se rendit compte qu’elle tenait toujours sa bottine à la main et, posément, elle l’enfila, remontant la fermeture éclair d’un geste sec. Ce n’était pas la réaction la plus normale à ce genre de nouvelles mais Rachel n’aurait pas été Rachel si elle ne s’était pas souciée d’être à son avantage, même à ce moment. Surtout à ce moment. Puis elle se leva, marcha jusqu’à la fenêtre et l’ouvrit en grand. Mains posées sur le rebord, tournant le dos à Will, elle laissa l’air froid fouetter son visage. Elle avait toujours préféré le froid à la chaleur, toujours adoré la neige. Elle se retourna, croisa les bras sur sa poitrine et s’adossa au rebord de la fenêtre. Le vent faisait danser ses longs cheveux dorés et elle était plus belle que jamais. Après s’être mordu la lèvre, elle haussa les épaules, bras toujours croisés.

- Très bien, répliqua-t-elle, satisfaite de constater que sa voix ne tremblait pas. Puis, avec un geste du menton vers la porte, elle ajouta. Je ne te retiens pas.

Elle voulait hurler, demander pourquoi, exiger des explications. Elle aurait voulu tomber dans le cliché et demander s’il y avait quelqu’un d’autre, se mettre à pleurer. Mais elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait tout simplement pas se laisser aller, lui montrer à quel point elle souffrait, à quel point elle ne comprenait pas, à quel point c’était dur. Elle ne pouvait pas le laisser voir qu’il gagnait.

_________________


Her flesh is smooth and supple
And velvet as the night
Her eyes are shot with diamonds
A mouth full of delight


Mick Jagger
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Will Norton
Sywhaîdien
Sywhaîdien


Nombre de messages: 111
Age: 19
Date d'inscription: 29/03/2009

MessageSujet: Re: It's my life...   Mer 12 Jan - 23:10

Ca aurait été bien plus simple d’accéder à la demande, à l’ordre de Rachel. Beaucoup moins douloureux de prendre sagement la porte et de rentrer chez Marybeth et Mathys, leur expliquer que, finalement, Rachel ne viendrait pas déjeuner parce qu’ils venaient de rompre. Peut-être même qu’il se ferait plaindre un peu, sans avoir à mentir ou à cacher le fait qu’il était celui qui avait mis un terme à leur relation. Et cette journée n’aurait eu aucun grand drame, aucune scène terrible, et il pourrait se dire que, en fait, il n’avait pas tant blessé Rachel que ça, qu’elle s’en remettrait, que ça avait été fait « proprement ».

Mais Will ne cherchait pas la simplicité, à ce moment précis. S’il l’avait fait, il serait resté avec Rachel. Après tout, il l’aimait, elle était belle, intelligente, drôle, ils passaient du bon temps ensemble, sa famille l’acceptait (même si évidemment il savait que Juliet n’en pensait pas moins). Il cherchait la vérité. Il cherchait sa place, il se cherchait lui-même, tout simplement, aussi cliché que ça puisse paraître. Et pour se trouver, il avait besoin d’être honnête, ça il le savait. Et puis, il le devait à Rachel. Il lui devait de ne pas accepter cette simagrée, cette fausse bonne rupture.

Alors il ne partit pas. Ca ne veut pas dire qu’il sut quoi faire. En face de Rachel, qui s’était réfugiée devant sa fenêtre, ouverte, et semblait plus fragile et plus dangereuse que jamais, plus belle aussi, il se sentait plus réduit que jamais. Même dans la douleur, elle avait une grâce, une force qu’il n’aurait sûrement jamais. C’était bien ça, son problème, toutes les femmes de sa vie étaient meilleures que lui en tout. Même dans leur souffrance. Si Rachel était venue et l’avait largué du jour au lendemain, il se serait effondré, et sûrement ridiculisé en disant des tas de conneries, des choses qu’il aurait regrettées ensuite. Il aurait sûrement joué à la serpillère, puis été en colère, puis accusé Rachel d’avoir joué avec lui, d’avoir profité de lui. Il n’aurait jamais eu la même force, la même capacité à résister à tous ces instincts que n’importe qui avait au moment où on le trahissait d’une façon aussi inattendue.

« Je… »

Il ne savait absolument pas quoi dire. Il avait failli partir sur le délire « j’espère qu’on pourra être ami », mais en fait il n’en avait aucune envie. Il aimait Rachel, comme il n’avait jamais aimé aucune autre femme, mais il était incapable d’être ami avec elle. Et puis, ça ne serait pas sain, parce qu’une partie de lui aurait toujours envie de coucher avec elle, sans pour autant réussir à avoir une relation qui fonctionne avec elle. Ca ne serait pas lui faire un cadeau que de lui offrir cette amitié… Et de toute façon, ça aurait été bien présomptueux. Il était évident que Rachel n’aurait rien à faire avec lui, une fois finie leur histoire amoureuse. Il n’y avait que l’amour, un amour totalement inattendu et incompréhensible, qui pouvait relier deux personnes aussi différentes qu’eux deux.

« Je me suis enfui d’un hôpital où mes parents m’avaient enfermé pendant des mois, j’ai changé de continent, ai passé une quête plus qu’éprouvante, tu m’as accueilli. J’ai subi un sevrage sauvage, à peine remis, on s’est mis à coucher ensemble. J’ai repris mes cours, appris à vivre avec Marybeth, à être un petit frère raisonnable, et un oncle qui puisse être un exemple pour Connor, mais aussi pour Fred. J’ai fait des corvées, Juliet a débarqué, j’ai aidé Marybeth à gérer cette nouvelle donnée dans l’équation familiale, j’ai joué au temporisateur… »

Il avait dit ça assez rapidement, sans vraiment regarder vers Rachel, tout en faisant les cents pas dans la chambre, avec une agitation qu’il n’avait pas montrée à qui que ce soit depuis des mois. On retrouvait là le Will adolescent, celui qui avait des problèmes d’attention, une sensibilité à fleur de peau, et pas celui qui gérait les problèmes et jouait à l’adulte.

« J’ai passé toute ma vie en revue avec une inconnue pour qu’elle me fabrique une baguette, et crois-moi ça a été éprouvant. Et… » Il soupira, et se tourna finalement vers Rachel, craignant ce qu’il verrait sur son visage, mais conscient du fait qu’il lui devait bien de ne pas fuir son regard. « C’est allé trop vite. » Il prit une inspiration, et eut une sorte de sourire grimaçant. « C’est la seule excuse que je me trouve. Pour le reste… Well… I fucked up. »

_________________


What was a family
Is now a shell
We're raising kids now
Who raise themselves
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Rachel Berenson
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 142
Age: 22
Date d'inscription: 10/07/2008

MessageSujet: Re: It's my life...   Ven 14 Jan - 16:43

- You fucked up ?

Rachel sentit progressivement la colère remplacer la douleur. Tant mieux, la colère, c’était exactement ce qu’il lui fallait. La douleur, c’était trop dur à gérer, elle n’avait qu’une envie, se rouler en boule et éclater en sanglots. Mais, la colère, la rage même, elle connaissait bien, c’était quelque chose qu’elle savait maîtriser, qui la rendait plus forte, plus sûre. Il ne méritait pas qu’elle pleure pour lui mais il méritait qu’elle s’énerve. Ses yeux étincelaient de colère et passèrent du bleu au presque noir.

- Oh mais, alors, tout va bien, poursuivit-elle avec une ironie grinçante. Pauvre petit Will, que j’ai quasiment violé, que j’en engagé de force dans une relation dont il ne voulait pas.

Elle avait toujours les bras croisés et les poings serrés, les ongles enfoncés dans les paumes de ses mains. Ses yeux lançaient des éclairs.

- Pauvre petit Will et sa famille dysfonctionnelle. Pauvre petit Will et son passé douloureux. Pauvre petit Will qu’on force à grandir trop vite…

Elle restait complètement immobile, ne prenant pas la peine de remettre en place les mèches que le vent faisait voler devant son visage.

- Je devrais… quoi ? Compatir ? Me sentir coupable, peut-être ?

Elle se retourna finalement et ferma la fenêtre avec brusquerie, faisant trembler le carreau.

- Bullshits, cracha-t-elle en lui faisant face à nouveau. C’est juste une crise d’adolescence à retardement.

Elle s’avança et s’arrêta à quelques pas seulement de lui.

- Je suis probablement la seule relation saine et stable dans ta vie en ce moment. Je suis probablement la relation la plus saine et la plus stable que tu aies jamais eue et c’est ça que tu supportes pas. Parce que, dans cette relation, tu es obligé d’agir en adulte et que tu te rends compte que t’en es pas capable. Tu te plains d’être le pauvre petit Will, materné par ses sœurs, et tu rejettes la seule femme qui ne te traite pas comme si elle était ta mère. Parce que tu n’arrives pas à gérer une relation sérieuse, entre adultes, d’égal à égale. C’est aussi simple que ça.

Elle s’arrêta un instant, le temps de reprendre sa respiration. Elle savait qu’elle était dure, méchante même, sans doute injuste, mais elle s’en fichait complètement. C’était plus facile de cogner que de d’encaisser.

- Mon erreur a été de croire que tu n’étais pas un gosse. Je suppose que c’est ma faute.

Elle haussa les épaules et fit brusquement volte-face. Elle retourna près de la fenêtre et s’y appuya, lui tournant le dos. Ses épaules tremblaient légèrement et elle dut refouler les larmes qui lui montaient aux yeux. Après avoir pris une grande inspiration, elle se retourna encore.

- Qu’est-ce que tu fais encore là ? demanda-t-elle sèchement.

_________________


Her flesh is smooth and supple
And velvet as the night
Her eyes are shot with diamonds
A mouth full of delight


Mick Jagger
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Will Norton
Sywhaîdien
Sywhaîdien


Nombre de messages: 111
Age: 19
Date d'inscription: 29/03/2009

MessageSujet: Re: It's my life...   Mer 26 Jan - 11:42

Wooooshhh !

Will s’était pris la soufflante dans la tronche, sans même bouger un seul muscle de son visage. Raide, les bras le long du corps, on aurait presque pu croire qu’il était au garde à vous. Son expression était restée neutre, il avait à peine cligné des yeux, et la seule trace de ce qu’il pouvait ressentir se trouvait planquée dans les manches trop longues de son sweat, où ses poings étaient tellement serrés que les jointures de ses doigts lui feraient mal pendant plusieurs heures. Il serrait les dents, aussi, et dut se forcer à desserrer un peu la mâchoire, de peur de se péter une dent au passage (ce qui lui était déjà arrivé, quelques années plus tôt, pendant une de ses cures, à cause du manque). L’os de sa mâchoire saillait plus que jamais, et son visage avait perdu toutes ses couleurs.

Une partie de Will n’écoutait pas ce que Rachel disait. C’était la partie la plus « adulte », justement. Celle qui avait bien compris que la Darkholmes crachait son venin, comme un animal blessé, et qu’elle en avait besoin. La partie qui comprenait que Rachel ne croyait pas en la moitié de ce qu’elle disait, qu’elle était injuste, et qu’elle le savait (ou qu’elle le saurait une fois calmée). La partie qui savait que ça ne servait à rien de répondre, ou même de vraiment enregistrer ce que la canadienne disait, parce qu’il n’y avait rien à en tirer, et parce que c’était loin de refléter la vérité.

Mais une autre partie enregistrait chaque parole de Rachel. C’était la partie la moins joyeuse de Will, celle qu’il tenait d’années de famille « dysfonctionnelle », celle qui le forçait à se souvenir de tous les mauvais choix qu’il avait faits. Celle qui le faisait culpabiliser dès qu’il n’était pas la personne parfaite que ses proches voulaient qu’il soit (ce qui arrivait souvent, Will était loin d’être parfait). Celle qui lui mettait la pression, et celle qui l’avait amené à se retrouver dans cette situation… Celle qui ne lui permettrait jamais plus de croiser Rachel, de penser à Rachel, sans avoir l’impression d’être le pire connard du monde.

Le problème était que cette partie-là enregistrait chacune des paroles de celle qui avait été, jusqu’à quelques minutes plus tôt, la première petite-amie de l’adolescent. Et le problème était que, s’il avait de gros problèmes de concentration et d’assimilation, Will pouvait avoir une bonne mémoire. Il avait même une mémoire terriblement précise quand il s’agissait de ce genre de moments, quand il s’agissait de la souffrance, que ce soit la sienne, ou celle d’autrui. Cette mémoire qui faisait qu’il se souvenait de chacune de ses cures de désintox, de chacun de ses potes qui avait « mal fini » (comme disaient ses parents), du nom de chaque docteur qui avait cru l’aider (ou du moins il préférait croire qu’ils l’avaient cru) en le faisant se sentir coupable d’être un junkie, de chaque conversation avec Mary où cette dernière lui avait fait sentir qu’il l’avait déçue, de chaque moment où il avait été incapable de faire plaisir à ses proches, de chaque parole que ses parents lui avaient craché, lui disant à quel point il était une déception, qu’il était faible, qu’il ne méritait pas de porter le nom de Norton, qu’il les humiliait, qu’il leur faisait du mal… Il se souvenait de tout ça avec tellement de précisions, qu’il aurait été capable de citer chaque dialogue. Il le savait, parce que c’était une des choses qu’il avait faites, dans le journal que Celesta lui avait fait tenir, pour que la baguettière le comprenne mieux. Mais ça ne l’avait pas beaucoup aidé, il n’avait pas réussi à passer outre tout ça pour autant. Et les paroles de Rachel le tortureraient autant que tout le reste, même si une partie de lui savait qu’elles n’étaient pas tout à fait sérieuses, pas tout à fait pensées.

Will aurait aimé pouvoir répondre quelque chose. Il aurait aimé pouvoir trouver les mots pour faire en sorte que tout aille mieux. Il aurait aimé être un personnage de série, ou de film, particulièrement loquace, capable d’apaiser n’importe quelle situation. Il aurait aimé pouvoir aider Rachel, lui permettre de se sentir moins triste, moins en colère, il aurait aimé, aussi, égoïstement, pouvoir lui expliquer, et faire en sorte de ne pas être le salaud. Il aurait aimé qu’elle comprenne qu’il ne voulait pas la blesser, qu’il n’avait jamais voulu ça, qu’il avait juste besoin d’autre chose, et qu’il pensait sincèrement qu’il faisait pour le mieux. Il aurait aimé qu’elle comprenne que, justement, il essayait d’agir en adulte, de ne pas se laisser porter vers la catastrophe par cette histoire, en y mettant un terme au moment où les choses n’étaient pas encore trop tragiques.

Mais tout ça, il aurait été incapable de le formuler en mots. Il avait essayé, et il avait déchainé la fureur de la magnifique blonde. Il ne pouvait que s’enfoncer, il le savait. Il n’avait pas envie de partir, parce que ça ne ferait que conforter Rachel sur le fait qu’il n’était qu’un gamin… Sauf que c’était la solution la plus adulte. Mettre un terme à cette conversation, ne pas s’enfoncer pour essayer d’être autre chose que le salaud, laisser Rachel « gagner » cette dispute, pour qu’elle s’en remette plus facilement. Ne pas entrer dans son jeu, ne pas dire n’importe quoi juste pour gagner la bataille… Tout ça était la façon la plus adulte de réagir… Et en même temps la meilleure façon de faire en sorte que Rachel considère ça comme un aveu, une façon de lui montrer que, oui, il n’était qu’un gamin même pas capable de l’affronter. C’était sans solution parfaite, et Will s’en rendait compte. A dix-huit ans, l’adolescent savait depuis longtemps, trop longtemps, que la vie n’était pas parfaite, et qu’il y avait des situations où personne ne réussissait à tirer son épingle du jeu, où tout le monde était blessé, quoi qu’on fasse. Mais il aurait préféré que cette rupture soit différente, il aurait aimé réussir à mieux gérer tout ça, à faire en sorte que Rachel ne souffre pas autant… et qu’il n’ait pas à se sentir aussi coupable.

Il soupira, baissa les yeux, puis, d’un pas raide, sortit de la chambre. Il ne rentra pas directement chez les Norton, qui l’attendaient pourtant (lui, et Rachel) pour déjeuner. Au lieu de ça, il alla sur le toit où, seul, dans le froid mordant, il observa la campagne Sywhaîdienne pour essayer de se calmer, de digérer… mais aussi pour prendre des forces, parce qu’annoncer à sa famille que Rachel et lui venait de rompre serait une nouvelle épreuve. De nouvelles déceptions, une nouvelle occasion de montrer à quel point il était gamin, et incapable de faire quoi que ce soit de bien.

_________________


What was a family
Is now a shell
We're raising kids now
Who raise themselves
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 

It's my life...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» RPG | it's my life
» 3615 my life ?
» WHILE THERE'S LIFE, THERE'S HOPE
» 3615 TA LIFE.
» A Hybride Life

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Sywhaîd :: L'école :: Les étages intermédiaires-