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 Going Under

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Kennedy Clayton
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MessageSujet: Going Under   Lun 1 Nov - 21:16

Six décembre. Un mois à peu près après l'anniversaire de Nath, que Kay et lui n’avaient pas fêté d’une façon plutôt digne, puisqu’ils s’étaient engueulés (Nath avait visiblement perdu sa bonne humeur en s’approchant un peu plus de la cinquantaine) puis s’étaient envoyés en l’air, parce que l’engueulade et les lançages de vannes étaient en général plus ou moins les préliminaires de ce couple étrange. Le mois qui avait suivi avait été à peu près idyllique, ou aussi idyllique que possible avec ces deux caractères, et d’une façon à peu près aussi étrange que tout le reste dans leur couple. Ils s’étaient relativement beaucoup vus (sur leur échelle) et Kay n’avait pas eu à ce plaindre de ces moments passés avec son, euh, mari donc. Ils n’avaient cependant pas réitéré l’expérience de la sortie officielle, une fois avait été suffisant, ça n’était visiblement pas leur truc.

Elle repensait vaguement à tout ça tout en rentrant de sa séance de sport quotidienne. Avec le froid et la neige, elle ne pouvait plus vraiment faire son jogging, alors elle s’entrainait plus longtemps dans le gymnase. C’était sa seule utilisation des lieux depuis un moment, vu qu’elle n’avait eu ni vision, ni migraine depuis des semaines, un peu de répit vraiment bien venu. En fait si elle y repensait, ça n’était pas pour une certaine et nouvelle lubie de vouloir analyser tout ce qu’elle vivait (et heureusement parce qu’analyser sa relation à Nath aurait sûrement fait s’arracher les cheveux à Freud lui-même) mais parce qu’elle pensait à aller frapper à la porte du plus new-yorkais des Sywhaîdiens (puisque Miss James était partie) pour voir s’il n’avait pas envie d’une petite dispute.

Elle monta les escaliers qui menaient à l’étage où la chambre de Nath se trouvait, tranquillement, en tenant distraitement la rampe, plus par réflexe qu’autre chose. C’était une habitude qu’elle avait prise quand elle avait perdu la vue et qu’elle n’avait pas encore perdue, il y en avait plusieurs de ce genre, qui étaient devenues des sortes de petites manies, alors qu’à une époque elles étaient obligatoires si elle voulait pouvoir faire n’importe quoi. Elle tourna vers la seconde volée de marche et s’arrêta brusquement, sa main se crispant sur la rampe. Un vertige. Elle prit une inspiration. Ca n’était rien, elle avait dû ne pas avoir un petit-déjeuner assez conséquent et avoir un peu trop forcé sur le sport. Elle resta néanmoins quelques fractions de seconde à attendre de voir si l’espèce de nausée particulière à ses visions venait, mais ce ne fut pas le cas, et, rassurée, elle continua à monter les escaliers.

Elle entra dans le couloir, et croisa un grand blond, qu’elle ressitua comme étant Esteban, le meilleur pote du plus vieux des Tonies, et qu’elle salua d’un simple signe de tête qu’il lui rendit après une petite hésitation. Elle continua à avancer, et se demanda si elle devait passer dans sa chambre avant d’aller voir Nath. Peut-être que prendre une douche avant serait une bonne idée. Elle se dirigea donc vers la porte où son nom était inscrit, l’ouvrit, et attrapa sa serviette de bain et sa trousse de toilette. Elle referma la porte de sa chambre derrière elle et se dirigea vers la salle de bain.

C’est à peu près à mi-chemin entre sa chambre et les douches qu’elle sentit un nouveau vertige. Elle se figea, se disant que ça n’était pas normal, et cette pensée eut à peine le temps de s’imprimer dans son cerveau avant qu’elle ne s’effondre comme une poupée de chiffon en criant. Elle lâcha vite ce qu’elle avait dans les mains, et porta ces dernières à sa tête. Sa tête qui lui faisait mal. Sa tête qui semblait sur le point d’exploser. Elle avait déjà eu mal, très souvent, mais là ça atteignait un point qu’elle n’avait jamais connu. Un niveau qu’elle n’avait même pas atteint le soir où Tibère l’avait violée mentalement, quoi que la douleur était à ce moment là aussi psychologique. Mais ce qui était le plus terrifiant, c’était ce que cette fois elle ne voyait rien. Aucune vision. Juste une tête sur le point d’exploser.

Elle ne resta pas bien longtemps à terre à crier et à pleurer. Avant même que quelqu’un ait eu le temps d’arriver près d’elle, le silence revint dans le couloir, et Kennedy avait perdu connaissance. Il ne faudrait pas tellement de temps pour que quelqu’un la trouve et fasse appeler Nicholas, qui viendrait, et déclarerait que, oui, c’était officiel, elle était dans le coma.

[Nick, puis Nath donc comme on a dit ?]

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Nicholas Butler
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MessageSujet: Re: Going Under   Lun 1 Nov - 23:02

Avant de faire une telle déclaration aux proches de Kennedy, à savoir Nathanel Clayton, Arieh et les cousins Berenson, Nicholas avait laissé passer douze heures pleines. Il lui semblait évident qu’il s’agissait d’un coma mais il n’avait pas voulu se prononcer avant d’avoir pris des avis éclairés. En effet, jamais depuis son arrivée Nicholas n’avait autant ressenti le manque de la technologie. Son premier réflexe, devant un évanouissement de la sorte et une inconscience prolongée, était de faire un scanner, ou une IRM, quelque chose qui pouvait lui montrer ce qui clochait à l’intérieur. Si doué soit-il, Nick ne pouvait pas vraiment travailler sans voir ce qu’il y avait à voir. Or, même si Wren et lui avaient créé pas mal d’objets utiles, ils étaient encore loin d’avoir à disposition quelque chose d’assez élaboré pour être utile. Nicholas, faisant passer la prudence avant tout, avait donc réquisitionné les membres du rad, plus Patrick Winter, qui s’était plus ou moins incrusté et leur verdict avait été unanime. Le coma qu’il avait diagnostiqué avait une origine magique.

Nicholas ne s’était jamais senti aussi inutile de toute sa carrière. Comment était-il supposé soigner ça ? Certes, depuis son arrivée à Sywhaîd, il avait appris énormément de choses et avait déjà soigné avec succès une fièvre des marais magiques et une brûlure de potion. Il s’était adapté à son nouvel environnement et avait appris à conjuguer science et magie, à ajuster son art à ses patients et son lieu de vie. Mais là… il ne savait absolument pas quoi faire. Après avoir fait son annonce, il s’étai retiré, laissant la malade avec ses proches, se sentant totalement impuissant. Paradoxalement, c’était Rain qui l’avait sorti de cette mauvaise passe. En le voyant rentrer abattu ce soir-là, elle avait demandé ce qui se passait. Sorti de son humeur morose par cette preuve de lucidité, Nicholas lui avait raconté, incertain de ce qu’elle comprenait vraiment. Pas grand-chose avait-il pensé en la voyant quitter la pièce sans un mot. Mais elle était revenue avec la boîte que Nicholas gardait dans son bureau et qui contenait son dossier médical à elle, tous les scanners, toutes les ordonnances, tout ce que Nick avait pu récupérer. Le visage de Nicholas s’était soudain éclairé. Avant qu’il n’ait pu remercier sa sœur et se réjouir de cette surprenante réaction, qui prouvait qu’elle avait bien assimilé ce qui venait de se passer, Rain avait filé dans sa chambre et s’était mise à danser. Il avait abandonné et, à la première heure, était retourné dans la chambre de Kay dont il fit sortir Rachel qui la veillait.

Rachel, d’ailleurs, avait suggéré que le coma était lié à l’hybridité de Kennedy. Comme si la magie n’était pas déjà assez compliquée, il fallait ajouter l’hybridité ! Une hybridité source de migraines apparemment. Nick s’était longuement entretenu avec Nath et les autres à propos de ces migraines, qui étaient forcément liées à ce qui se passait maintenant. Et si Kennedy avait des migraines récurrentes, elle avait forcément consulté un médecin. Et devait forcément garder quelque part des résultats d’analyse. Le problème était que Kennedy n’était encore jamais venu le voir et qu’il n’avait donc pas constitué de dossier médical. Personne n’avait parlé d’elle quand il avait demandé à être informé des cas les plus sérieux et il découvrait tout juste les problèmes qu’elle avait pu avoir. Quelle perte de temps. Il aurait voulu directement demander à Nathanel, apparemment le compagnon de Kennedy, où elle rangeait ces documents mais Nath, dont il connaissait l’état de santé, était lui aussi cloué au lit avec une migraine atroce, ce jour-là, réaction somatique assez évidente, et sous forte sédation. Il en était donc réduit à chercher tout seul. Il ne lui fallut pas longtemps pour dénicher une boîte contenant tout ce dont il avait besoin.

Il lui fallut par contre plusieurs jours pour éplucher la masse de papiers et en tirer les conclusions qui s’imposaient. Heureusement, Kennedy avait été très méticuleuse dans le classement de ces documents et Nicholas n’eut aucun mal à s’y retrouver. Il avançait plus lentement que s’il avait étudié un cas classique, non sorcier, mais un cerveau était un cerveau, même chez une hybride. Et ce qu’il voyait ne laissait guère de place à l’incertitude. Kennedy avait eu la sagesse de passer une IRM à chaque brèche et Nicholas, faisant défiler les clichés sous la lumière de son bureau, sentait un poids s’alourdir sur ses épaules à mesure que les dégâts s’aggravaient. Ce qu’il voyait ressemblait à s’y méprendre aux avancées d’une tumeur cérébrale. Ce qui expliquait les maux de tête, la cécité et l’évanouissement. Mais qui n’expliquait pas le retour de la vue, ou le coma. Le problème était qu’il était confronté à des symptômes correspondant à son expérience et d’autres qui ne faisaient aucun sens. Mais Nicholas était un diagnosticien avant tout et ce n’était pas fait pour le décourager. Il relut chaque note des médecins, surtout des sorciers, afin de bien comprendre en quoi l’hybridité de Kennedy affectait son état, quelle était l’influence de la magie sur sa maladie.

Quand il fut entièrement sûr de lui, il décida que le moment était venu d’avoir une discussion sérieuse avec Nath, qui s’était remis. Il y répugnait mais il n’avait pas le choix, ça faisait partie de son métier. Le cinquième jour, il se rendit donc dans la chambre de sa patiente, à l’heure où il y trouverait Nath. D’habitude, Nicholas venait le matin et faisait sortir quiconque se trouvait là pendant qu’il examinait la jeune femme et enduisait ses muscles d’une pommade magique pour empêcher que le coma ne les affecte (c’était quand même plus pratique que la physiothérapie). Ce soir-là, quand Nath se leva, l’air surpris de le voir à cette heure-ci, Nick lui fit signe de se rassoir et prit lui-même place sur une deuxième chaise, face à l’Américain. Nicholas avait toujours l’air fatigué, souvent l’air de porter le monde sur ses épaules et c’était particulièrement flagrant à cet instant. Il croisa les mains sur ses genoux.

- Nath, je suis désolé, mais étant donné l’évolution de sa maladie, je crois que nous devons envisager la possibilité qu’elle ne se réveille pas.

C’était brutal, peut-être, mais Nicholas avait appris qu’il était toujours inutile de tourner autour du pot. Il travaillait avec des enfants, normalement, avant, et avait très vite compris que les parents avaient besoin d’entendre la vérité au plus vite, pour avoir plus de temps pour l’admettre. C’était sans doute pareil pour les adultes.

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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: Going Under   Mar 2 Nov - 0:27

So who's chasing you? Where did you go?
You disappeared mid-sentence
In a judgement crisis I see my anecdote for it
You weakened shell


5 jours, depuis que Kennedy s'était évanouie. Mais à voir la manière dont il "veillait" la malade, Nath ne semblait pas s'en préoccuper plus que ça. C'est en tout cas ce qu'aurait pu analyser un coup d'œil rapide sur le New-Yorkais qui, affalé dans un rocking-chair près du lit, et ses pieds posés sur le matelas même de la malade, somnolait, un livre ouvert sur les genoux. Ses traits étaient certes tendus ; mais dans l'absolu, il avait rarement l'air paisible, affable et sympathique. En fait, ces dernières semaines, si Kennedy avait bien paru particulièrement en forme et épanouie, son secret époux avait été égal à lui-même, à savoir plus qu'avare en sourires. A croire que quand Kay se prétendait mariée à Nath, elle parlait d'un autre (mais non, dieu merci, il avait été conçu en exemplaire unique).

5 jours que Kennedy s'était évanouie. Oui, Nath avait aussi les traits tirés, le teint pâle ; mais il avait lui aussi vu sa santé se dégrader en cette fin d'automne, les migraines se rappelant de nouveau à son souvenir. Et il y avait mieux pour vous donner bonne mine que de longues soirées au gymnase à se tortiller sur un matelas de gymnastique dans l'espoir illusoire de faire passer plus vite la troisième guerre mondiale localisée à l'intérieur de son crâne. Franchement, l'américaine avait mal choisi son moment pour tomber elle aussi malade, Nath avait autre chose à penser - quand ses neurones n'étaient pas anéantis par la douleur. C'était Rachel qui avait insisté pour que le New-Yorkais soit averti de l'état de sa femme, éventant au passage. Elle n'avait pas précisé qu'il était son mari, c'était un secret, après tout, mais même ceux qui n'étaient pas particulièrement proches de l'américaine savait du moins que la belle et le chauve sortaient plus ou moins ensemble. Rien dans l'attitude que Nath avait pu avoir, lorsqu'il avait été averti de l'état de Kay, ne pouvait vraiment laisser supposer que ça allait plus loin que le sexe et, disons, une bonne entente. Il avait plutôt réagi avec une certaine mauvaise humeur, affirmant qu'il n'avait pas d'informations particulières à donner au médecin pour l'aider dans son diagnostic, après tout c'était lui l'homme de l'art.

De fait, il arrivait que Kay et lui aient des conversations posées, entre leurs joutes verbales et leurs parties de jambes en l'air, mais elles ne portaient pas sur leur santé respective. Non, non, ils n'épuisaient pas leurs longues soirées d'automne à comparer l'intensité de leurs migraines. Et Nath doutait que décrire les positions sexuelles préférées de Kay puisse réellement aider le doc à la soigner. De toute façon cet évanouissement, ce coma comme ils avaient décidé de l'appeler, c'était clairement juste une façon de le faire chier, de se mettre aux abonnés absents au moment précis où lui-même renouait, ô joie, avec les migraines à répétition - son poing dans la figure au premier qui trouverait la coïncidence romantique.

5 jours, donc, que Nath jouait les autruches, semblant ne faire ses tours de garde que pour éviter des corvées plus désagréables que de rester dans un fauteuil à bouquiner ou à jouer avec le tarot de Kay. Lorsque le médecin entra dans la chambre de la malade, il se redressa aussitôt ; il ne faisait que somnoler et avait toujours eu le sommeil léger. Et chaque fois que quelqu'un venait le relayer, il s'empressait de lui laisser la place, comme s'il avait été pressé de quitter la pièce. De toute manière, honnêtement, aucun des amis de Kay n'avait spécialement envie de discuter avec lui pendant des heures, et c'était réciproque. Mais le toubib ? A cette heure ? Nath fronça les sourcils, et se rassit comme Nicholas l'invitait à le faire. Tout ça n'annonçait rien de bon : il allait encore s'évertuer à lui poser des questions stupides auxquelles il lui avait déjà dit ne pas pouvoir répondre. Ces "hommes de l'art" lui avaient toujours fait l'effet d'incroyables fouille-merde. Dans ce petit village, où tout le monde venait le voir pour le moindre bobo, celui-là devait s'en donner en cœur joie. Quelque part, Nath éprouvait une joie puérile à l'idée que Nick ignorât probablement encore le lien réel qui l'unissait à Kennedy.

La phrase tomba, brutale. Nath souriait.

"Comment ça ?"

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Nicholas Butler
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MessageSujet: Re: Going Under   Mar 16 Nov - 20:47

Visiblement, Nath ne saisissait pas vraiment les implications de ce qu’il venait d’entendre. Ce n’était pas une réaction inédite, loin de là. Souvent, le choc anesthésiait les facultés de réflexion, comme si le cerveau cherchait à se protéger des implications en refusant de comprendre ce qui venait d’être dit. Malheureusement, le rôle de Nicholas était de percer cette bulle de confort et de faire en sorte que son interlocuteur se confronte à la réalité. C’était le seul moyen d’avancer. Et même si Nath n’avait pas l’air d’une empathie folle vis-à-vis de sa femme (Rachel avait fini par éventer le secret, sous promesse de confidentialité), il était néanmoins son parent le plus proche et celui qui aurait à prendre les décisions, si elles s’imposaient. Il prit donc une profonde inspiration et se pencha un peu en avant.

- D’après mes conclusions et celles des médecins que Kennedy a consultés, l’énergie magique qu’elle possède de par son hybridité n’est pas adaptée au corps humain. Les flux issus de son ascendance « créature » sont beaucoup plus denses, beaucoup plus puissants, que les flux issus de son ascendance simplement magique. Ils sont aussi, et surtout, plus nombreux.

Nicholas s’exprimait clairement et sans aucune hésitation. Il donnait l’impression de maîtriser parfaitement son sujet. Mais, en vérité, ses conclusions, basées sur les diagnostics précédents, n’étaient guère plus que des hypothèses. Ceci étant dit, ses hypothèses avaient tendance à tomber très juste. Et il avait suffisamment étudié le dossier sous tous les angles pour estimer être en droit de partager ses conjectures sans craindre de se tromper.

- J’ai pu étudier leur concentration dans l’organisme de Kennedy. La proportion est de six flux « créature » pour quatre flux « sorciers ». Soixante pour cent de ses flux ne sont pas adaptés à sa nature. Soixante pour cents de ses flux sont trop lourds à supporter.

Le jeune homme fit une légère pause, pour laisser à Nath le temps d’assimiler ce qu’il venait de dire. Ce n’était pas évident. Même si Kennedy lui en avait déjà parlé, elle n’était sans doute pas autant entrée dans les détails. Il n’était même pas sûr que ses médecins aient été aussi clairs et précis avec elle.

- Si la proportion était moindre, je pense que les flux « créature » ne seraient pas assez concentrés pour avoir une quelconque influence sur son organisme. Mais à hauteur de soixante pour cent… Le problème de ces flux est leur tendance à se regrouper, à s’agréger. Ils forment des amas, qu’on peut assimiler à des tumeurs. Et, forcément, plus ils sont nombreux, plus la taille de la tumeur est importante.

Le mot était lâché. Il était plus simple pour lui de penser en ces termes, car ils correspondaient à une réalité plus proche de lui. Cependant, il savait à quel point ce mot pouvait faire peur et il guetta un instant la réaction de Nath avant de poursuivre.

- Dans le cas de Kennedy, ils sont pour la plupart regroupés dans la zone cérébrale où ils exercent une pression constante, qui est à l’origine de ses migraines. Ils ont aussi une action corrosive, quoiqu’elle soit lente. Cela peut expliquer sa cécité et la situation actuelle.

Il se massa doucement le front avant de croiser à nouveau les mains sur ses genoux.

- Dans le cas d’une tumeur classique, je dirais que les chances de réveil sans séquelles sont, à ce stade, quasi nulles. Les chances de réveil elles-mêmes sont très faibles. Cependant, l’organisme de Kennedy a déjà affronté et vaincu l’action de ces flux, d’une façon ou d’une autre, ce qui explique qu’elle ait retrouvé la vue. Je n’ai aucun moyen de constater l’étendue des dégâts actuels ou la façon dont son organisme se défend. Mais à en juger par ses expériences précédentes, il est possible qu’elle émerge du coma et il est même possible qu’elle n’en garde pas de séquelles. Du moins, aucune séquelle lourde.

Il se recula à nouveau dans sa chaise et s’adossa. Restait à asséner le coup de grâce.

- Mais je tiens à préciser qu’une issue positive ne serait que temporaire. Dans quelques mois, quelques années peut-être, ces flux seront trop puissants pour être combattus et les dommages provoqués atteindront un niveau critique. En l’état actuel des choses, il est inenvisageable que cela aille en s’améliorant. Et, encore une fois, il est possible qu’elle ait déjà atteint le point de non retour.

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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: Going Under   Lun 22 Nov - 0:55

It's only when your poison spins into the life you'd hoped to live
and suddenly you wake up in a shaken panic now


Nath avait reporté ses yeux sur Kennedy, et avait continué de la fixer d'un œil morne tout le temps des explications de Nick, les pieds calés contre le bord du lit, une main posée à plat sur ses genoux. Il s'écoula de longues, lourdes secondes, avant que, cette fois, il ne réagisse à nouveau.

"C'est tout ?" demanda-t-il. Il tourna la tête vers Nick, leva un sourcil interrogateur, et sourit. A vrai dire, ça n'avait rien de très sympathique, agréable ni même rassurant. Il était facile de deviner, même sans fréquenter assidument l'animal, qu'il n'était pas coutumier du genre. Cet étirement des lèvres semblait incongru dans sa physionomie ; ses joues n'en paraissaient que plus creusées, ses yeux plus perdus dans des orbites de squelette en devenir. Et un nouveau silence ; Nick devait suffisamment avoir l'habitude de parler à des familles de patients pour comprendre que ce genre de questions n'attendait pas de réponse. Effectivement, après encore quelques secondes -ne se rendait-il pas compte que cela ne faisait que rendre plus pesante une atmosphère qui n'en avait franchement pas besoin ?- Nath ôta nonchalamment ses pieds du lit de Kay, et reprit la parole.

"Soixante pour cent, c'est précis, dites-donc ; ça m'a l'air sérieux. C'doit vous rassurer, êt' confortable, de pouvoir sortir des jolis chiffres bien ronds, comm' ça. Ca fait scientifique. Vous avez dû drôl'ment l'potasser, l'dossier d'Kennedy, vrai ? Lui faire des tests pointus, et tout."

Il cessa de sourire, tourna la tête vers la jeune femme allongée, qui semblait dormir presque paisiblement sur son lit. Il se pencha vers elle, sembla hésiter, s'approcha de son visage, déplaça une mèche des (incroyables) cheveux de Kay pour dégager un peu plus son visage endormi. Soixante pour cent, t'entends ça, Kay ; ça te fait une belle jambe, pas vrai, ma belle. L'autre main de Nath se crispa l'espace d'une seconde en un poing rageur, seule trace apparente des bouillonnement intérieurs du New-Yorkais. Sa voix était restée plutôt calme, et son visage n'était pas vraiment plus tendu qu'à l'ordinaire. La vérité, c'est qu'il aurait bien envoyé le poing en question dans le minois apitoyé du docteur, et que c'était pour ça qu'il avait été obligé de détourner les yeux.

Tout cela lui paraissait odieusement familier. La voix douce et compatissante, les explications verbeuses, l'atmosphère trop silencieuse et faussement calme ; il lui semblait même respirer à nouveau l'infecte odeur d'hôpital, le détergent supposé faire oublier le sang, la mort, l'infect catalogue des liquides que peut produire un organisme humain. Il se souvenait très bien de son propre docteur, oui. De la doucereuse fermeté de sa voix, "la daemonologie n'est pas une science exacte, monsieur Clayton". Un aveu d'impuissance totale. C'était déjà bien assez dégueulasse comme ça d'avoir à vivre ça une fois. C'était déjà assez injuste qu'un connard dans son genre casse sa pipe à seulement cinquante balais. "Attendez, monsieur Clayton ; laissez-nous faire quelques examens complémentaires." C'est ça, ouais ; offrir à des internes avides de savoir le spectacle si enrichissant d'un homme s'éteignant à petit feu pour une raison inconnue, le bombarder de rayons, le cribler de piqûres de seringues et voir comment il réagit ; désolé, il ne se découvrait pas, à l'aube de la mort, une vocation de philanthrope.

"Monsieur Clayon, revenez !"

S'il était parti, ce n'était pas pour revivre ça. Qu'est-ce qu'il faisait là, d'abord, un petit morceau de métal autour du cou, froid au creux de sa poitrine ? Il regarda encore Kennedy ; tâcha d'imaginer les petites boules de flux insidieuses dans son crâne.

*C'est la Brume qui l'a rendue aveugle, et c'est elle qui lui a rendu la vue.*

C'est ce qu'elle disait, en tout cas. Évidemment, ça pouvait tout aussi bien être une hallucination perverse provoquée par mesdemoiselles 60%. Il aurait voulu lui arracher la tête et les lui épouiller une à une.

"La vérité c'est qu'vous n'avez aucune idée de c'qu'elle a. Vous lui f'rez encore une batt'rie d'tests, vous vous agit'rez autour d'son lit, vous prendrez des not' pour vot' prochain congrès. Et quoi qu'il arrive, vous cherch'rez une histoire à raconter à ses proches. Vous pensez qu'ils auront b'soin d'une explication, quelque chose à quoi s'raccrocher. Devinez quoi, doc, j'en ai pas b'soin, moi, merci bien. On sait tous les deux qu'vous n'savez rien du tout, alors économisez vot' salive pour ceux qui tiennent vraiment à elle."

Il aurait vraiment aimé que Nick s'en aille.

[Mais évidemment je n'y tiens pas, moi ! ^^]

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Nicholas Butler
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MessageSujet: Re: Going Under   Jeu 25 Nov - 19:56

[Tu as bien fait de le préciser :p]

Nick aurait pu s’indigner qu’on lui parle sur ce ton. Il aurait pu rabrouer Nath, se vexer, partir. Il aurait aussi pu offrir ses excuses, se lamenter parce que, non, effectivement, ils étaient à Sywhaîd, il était non sorcier, il y avait sans doute des tas de choses qu’il n’avait pas pu faire. Mais il ne fit rien de tout ça. Il laissa s’écouler le flot de paroles de Nath sans bouger, sans réagir, ses yeux passant alternativement de Kennedy à son mari. Immobile, silencieux, il laissa passer l’orage. Il avait trop de fois vécu cette situation pour réagir, pour expliquer, pour se justifier ou pour tempêter. Ce n’était pas pour ça qu’il était là. Il était là pour guérir, dans la mesure de ses moyens, et pour exposer les faits. Rien de plus. Quand Nath se tut, il laissa encore passer quelques instants, au cas où celui-ci n’ait pas fini de déverser sa peine et sa colère. Mais, voyant qu’il ne poursuivait pas, Nick se pencha de nouveau en avant et, après avoir frotté ses yeux fatigués, il reprit.

- Si elle ne se réveille pas d’ici à la Brèche, et, je le répète, il y a de fortes chances que ce soit le cas, je pense qu’il serait dans son intérêt de la transporter dans un hôpital.

Où ils auraient du matériel, des guérisseurs sorciers plus aptes que lui à gérer ce cas avec lequel il avait l’impression d’avancer dans le brouillard. Il jeta un coup d’œil à la perfusion de fortune que Wren et lui avaient bricolée. Il détestait travailler de la sorte, avec un matériel bancal, même s’il avait au moins pu se faire livrer des litres de glucose, seul moyen désormais d’alimenter Kennedy. Il tourna de nouveau les yeux vers Nath.

- Mais ce sera ta décision.

Il ne précisa pas « en tant que mari ». Il n’avait pas non plus relevé que Nath s’excluait des gens qui tenaient à Kennedy. Il se fichait de savoir pourquoi Nath agissait de la sorte. Il était bien placé pour savoir que tout le monde réagissait différemment à la douleur et il n’était pas là pour juger, ni pour comprendre. Il attendit patiemment que Nath le regarde avant de poursuivre.

- Nath, si elle ne se réveille pas, ce sera à toi de prendre les décisions qui s’imposeront.

Il ne fallait pas être devin pour comprendre qu’il ne parlait plus de la décision de transporter Kennedy à l’hôpital, que la répétition n’était pas gratuite, qu’ils évoluaient maintenant dans un sujet différent. Nick ne savait pas ce que disait la législation sorcière sur l’euthanasie ou plutôt « le droit à mourir » pour être politiquement correct. Il faudrait qu’il se renseigne. Mais, pour l’instant, Nath devait juste comprendre les implications de la situation actuelle. Et son rôle à lui était de transmettre l’information, rien de plus.

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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: Going Under   Dim 28 Nov - 18:08

Sa décision ? SA putain de décision ? Cette fois, Nath éclata ; d'un ricanement jaune particulièrement sombre. Il dut vraiment rassembler le peu de puissance qu'il avait encore sur lui-même pour ne pas frapper Nick, non seulement lui enfoncer son poing dans la tronche, mais lui sauter à la gorge, le renverser par terre, enfin, lui faire ravaler d'une manière ou d'une autre des paroles aussi aberrantes et insupportables que celles qu'il avait prononcées. Parce que non, vraiment, le doc ne pouvait pas être sérieux. Non, il ne pouvait pas... il... Bon, il savait, donc, que Kennedy et lui étaient mariés. De toute façon Nath ne pouvait guère être plus énervé qu'il ne l'était déjà ; mais il arrêta du moins de ricaner, tout en se rendant compte que ça lui était finalement bien égal, que le doc sache ou pas. En fait il ne savait pas exactement ce qu'il en pensait, pour la simple raison qu'il n'avait à l'esprit qu'une chose, un grand "non" en lettres sombres étalées par-dessus tout le reste. Non, il ne prendrait pas cette décision, non ça n'arriverait pas. Pour l'heure, ça ne servait absolument à rien de le raisonner, de le convaincre qu'il faudrait bien qu'il fasse ce genre de choix. Il était de ces délicieuses personnes à la fois égocentriques et têtues, et ne pouvait à ce titre admettre la simple idée qu'on vienne aller contre un refus aussi catégorique.

Il y avait bien des pensées brouillées qui surgissaient vaguement -outre l'envie de frapper le docteur jusqu'à ce qu'il crie grâce et prétende que tout ça, c'était pour rire. Il repensa à cette phrase que quelqu'un avait dit, en quittant son chevet, il ne savait plus très bien qui. Comme quoi on ne pouvait pas prendre le risque de transporter Kennedy, vu que peut-être son état était lié aux flux de Sywhaîd, que peut-être, l'en éloigner aurait carrément aggravé son cas. Nath ne se souvenait plus que vaguement de la phrase, pas des circonstances dans lesquelles elle avait été prononcée ; mais il pouvait en déduire que s'il avait envisagé cette possibilité, c'est que Nick avait effectivement perdu à peu près tout espoir de pouvoir sauver Kennedy. Quelque part, cela produisit quelque chose en lui ; ça le refroidit autant qu'il avait été bouillant sous l'effet de la rage. Il releva à nouveau les yeux vers le médecin, sans se douter que ce dernier n'attendait que cela pour enfoncer encore un peu plus le clou.

Tout ce que Nath trouva à faire, dès lors, c'est à hocher la tête de droite à gauche.

"Non. Non, pas question", fit-il, en gardant les yeux plantés bien droit dans ceux de Nicholas. Un petit garçon à qui on aurait dit qu'il fallait annuler la sortie au zoo n'aurait pas réagi autrement. "Je prendrai aucun' décision. Les décisions, c'est vot' rayon, pas l'mien. C'est trop facile de m'demander à moi d'faire vot' boulot. Vot' job à vous, c'est d'la sauver, et c'est c'que vous allez faire. Le mien, c'est..."

Il s'interrompit, baissa un instant les yeux, les sourcils froncés. Il évitait de cligner des paupières. Son job à lui, c'était de rester simplement à côté d'elle ? A ne rien faire, à simplement attendre, espérer, masser ses membres pour éviter les escarres, lui laver les cheveux ?

"Faites votre boulot, doc, laissez-moi le mien", souffla le New-Yorkais, la tête toujours baissée.

Penser que ce petit merdeux bardé de ses diplômes avait sans doute déjà laissé tomber, perdu espoir, qu'il considérait déjà Kay comme une cause perdue... Non, ça n'était pas supportable. Après tout, sa sœur, il l'avait bien emmenée avec lui ; il devait bien continuer d'espérer, pour elle.

"Débrouillez-vous pour qu'elle se réveille", ajouta-t-il. Et presque aussitôt : "mais elle ne sortira pas de Sywhaîd."

C'était sorti sans qu'il sache trop comment ni pourquoi. Ca devait correspondre à ce qu'il voulait. En tout cas, au fait qu'effectivement, il refusait d'imaginer Kennedy s'éteindre dans le froid morbide et aseptisé d'une chambre d'hôpital. Il ne croyait en rien, mais s'il avait dû faire confiance à quelqu'un, il aurait mis la vie de Kay entre les mains de la Brume plutôt qu'entre celle des médecins. Enfin, il devait être content, non, comme ça, le Nick : il n'aurait même pas à décider, finalement. Enfoiré.

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MessageSujet: Re: Going Under   Mar 7 Déc - 21:59

- Très bien, répliqua très simplement Nicholas.

Encore une fois, il n’avait pas réagi durant le petit numéro de son interlocuteur. Bien loin de se vexer ou de s’énerver, il était même plutôt compatissant. Même s’il se doutait bien qu’étant donné l’état où était Nath, il aurait été malvenu de le préciser. L’important était que Nath avait pris une décision, même s’il avait d’abord refusé de le faire. Kay resterait à Sywhaîd, ce qui signifiait que Nick continuerait de la soigner, dans la faible mesure de ses moyens.

Il pensa à Rain, à la frustration qu’il ressentait chaque jour de ne pouvoir l’aider, la soigner, la réparer. C’était un peu pareil avec Kennedy. Il n’avait pas les moyens de la réparer non plus et pourtant, il était responsable d’elle, de son état. C’était à lui de faire en sorte qu’elle aille mieux, ou du moins, pas plus mal, pas trop. A lui de faire tout ce qui était humainement possible pour qu’elle s’en sorte.

Non, Nath avait tort. Nick n’avait pas abandonné espoir. C’était justement pour ça qu’il était si frustré, qu’il aurait voulu que Nath décide autre chose. Parce qu’il gardait espoir, qu’il pensait encore qu’on pouvait la sauver, même si les chances étaient effectivement faibles. Il avait volontairement dépeint un tableau noir à son interlocuteur, pour ne pas lui donner de faux espoirs, ne pas lui mentir. Mais lui, le médecin, lui continuerait évidemment de se battre, tant qu’il y aurait une chance, même infime.

- Tu as des questions ? demanda-t-il finalement, tout en se doutant très bien de ce que Nath aurait à répondre à cela. Mais c’était son rôle de demander et, quoi qu’il fût d’autre, Nicholas était surtout un bon médecin, qui ne reculait devant aucune tâche, même les moins plaisantes.

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Kennedy Clayton
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MessageSujet: Re: Going Under   Ven 10 Déc - 13:47

« Oh non. Pas encore ! »

Kay soupire. Ca faisait longtemps, tiens ! Elle fronce les sourcils, et le nez, et plaque ses poings sur ses hanches, dans cette attitude qui semble avoir trouvé un parfait équilibre entre la petite princesse qui fait son caprice et la reine altière qui mérite son autorité. Elle lève les yeux au ciel mais les baisse très vite, quand elle réalise que ses poings ne sentent pas les mêmes vêtements que ceux qu’elle portait quelques minutes plus tôt. O-kay. Elle porte une sorte de longue robe blanche à bretelles fines. Très ingénue. Elle soupire et passe une main dans ses cheveux, qui sont lâchés, évidemment. Pff… Franchement. Elle est pieds nus. Non mais n’importe quoi ! Bon, au moins, elle sent pas le froid, et pourtant ses pieds sont dans la neige. Mais après tout, qui dit qu’on doit sentir le froid dans une transe.

Elle lève un sourcil interloqué. Elle ne fait pas de transe. D’accord, elle est devant un feu. Non, pas devant un feu, devant LE feu, en pleine nuit. Ce feu devant lequel elle a accepté qu’on lui retire la vue, plusieurs années plus tôt. Ce feu devant lequel elle a appris qu’elle avait, soi-disant, un destin. Pour l’instant, elle est la seule à être là, mais elle sait qui va la rejoindre. Seulement, elle n’a pas commencé de transe. Et elle ne dormait pas, elle était dans le couloir et elle…

« Coma. »

Elle tourne un regard noir vers la personne à qui appartient cette voix. Mais la créature ne cille même pas. Il faut dire que Kay n’est pas vraiment impressionnante, dans sa robe blanche d’ingénue, face à son double créature. Une femme aussi belle qu’elle, mais dont les ressemblances avec ce qu’elle est réellement sont dures à percevoir sous la peau verte, la robe en fourrure qui laisse apercevoir sa poitrine nue, les grandes écailles irisées espacées, les pupilles dorées, la crinière épaisse verte foncée et les paupières rouges. Elles sont toutes les deux aussi bien fichues, ça ça se voit, mais pour une fois, ça n’est pas Kay qui attirerait le plus l’attention si quelqu’un débarquait à ce moment précis.

« Coma ? » répète Kennedy sur un ton qui exige plus qu’il ne demande des explications.

Mais le double ne répond pas, au lieu de ça, elle fait un signe de la main et désigne une sorte de souche près du feu. Kay hésite un instant puis soupire. De toute façon, elle n’a pas vraiment le choix.

« Je te préviens, si tu me demande de devenir sourde-muette, je refuse. Je sortirai de cette vision avec tous mes sens. » dit-elle tout en s’asseyant sur la souche.

Etre près du feu n’est pas plus agréable que d’en être éloigné. Kay ne sent pas plus la chaleur qu’elle ne sent le froid, mais au moins il y a la lumière agréable des flammes, et l’américaine se sent un peu moins effrayée. Parce que oui, malgré ses grands airs, elle est terrifiée. Elle n’a pas eu ce genre de visions depuis qu’elle a accepté de perdre la vue, et espérait bien avoir laissé ça derrière elle.

« Où est Fil ? »

« Il ne viendra pas ce soir. »


Kay frissonne. Elle n’aime pas son double, et elle a détesté chaque moment qu’elle a passé avec elle, mais au moins jusqu’à présent il y avait Fil. Oh le petit satyre n’a rien de parfait. Il n’a jamais empêché le double de la faire souffrir ou quoi que ce soit de ce genre, mais il est gentil, et il a quelque chose de rassurant. Son absence, elle, ne l’est pas.

« Je suis dans le coma, alors, hein ? » dit la californienne au bout de quelques minutes de silence, sur un ton qui se veut décontracté.

« Pour quelques temps. »

Ses yeux s’écarquillent. Qu’est-ce que ça veut dire « quelques temps ? » ? Quelques heures ? Quelques jours ? Quelques années ? Elle se mord la lèvre et refuse de poser la question, même si elle sait que son double l’attend. Elle ne lui fera pas ce plaisir.

« Je ne suis pas ton ennemie, Kennedy. » lui dit finalement son double en s’asseyant sur une souche de l’autre côté du feu. Sa démarche est animale, son maintien l’est aussi, en la voyant on ne peut pas imaginer une seule seconde que même une petite goutte de sang humain coule dans ses veines. C’est une créature, totalement, une créature tellement ancienne que Kay, ni aucune personne à Sywhaîd, ni aucun contact d’aucune personne à Sywhaîd, en trois ans, n’a réussi à déterminer de quelle créature il s’agit. Il n’y a aucune trace nulle part. « Je suis là pour t’aider. »

« En me mettant dans le coma ? »


Cette fois-ci, le regard noir que Kay lance à son double a un effet, puisque ce dernier garder le silence pendant quelques minutes, comme pour essayer de trouver une réponse adéquate. Sans Fil pour temporiser, la femme et la créature sont toutes les deux conscientes du fait qu’il faut qu’elles fassent des efforts si elles veulent réussir à avoir une vraie conversation. Evidemment, Kay n’a pas réellement envie d’en faire.

« Ce n’est pas moi qui ai fait ça. »

« Et je dois te croire sur parole ? Comme quand tu m’as dit que j’allais perdre ma vision pour une saison et qu’en fait ça a duré un an, c’est ça ? »


Kay sent sa haine remonter d’un coup. Une haine qu’elle n’avait même pas vraiment conscience d’avoir en elle. Jusqu’à présent, elle a toujours réussi à ne pas réellement penser à tout ça, à se dire que si ça a duré plus longtemps c’était parce qu’elle en avait besoin. Mais face à son double, à celle qui lui a proposé un marché et qui en fait l’a arnaquée, à celle qui l’a forcée à passer à travers tout ça, à penser pendant des mois qu’elle ne retrouverait jamais plus la vue, à subir tout ce qu’elle a subi… Face à elle, Kay ne sent plus aucun sentiment positif. Elle qui est normalement si solaire, si optimiste et si capable de s’adapter à n’importe quelle situation, même la plus simple, devient une sorte de boule de haine et de rancœur.

« Tu vas mourir. »

Tout s’effondre d’un coup. La haine, la colère. Tout. Soudain, quand son double lui dit cette chose horrible, Kay se vide totalement. Elle devient une sorte de coquille, son cerveau refuse de fonctionner, et son cœur ne s’emballe pas, ni même n’arrête de battre. Elle se fige totalement pendant plusieurs secondes, comme si elle venait de se prendre un coup très violent et que la douleur n’était pas encore arrivée. Puis, elle bat des paupières, chasse une larme qui coule sur sa joue, et reprend vie.

« Plus tôt que tu ne le crois. »

Elle sourit. Ca n’est pas un sourire joyeux, mais ça n’est pas un sourire amer non plus. C’est une sorte de sourire un peu fatigué, mais pas vraiment surpris. Kay est une voyante, l’une des plus puissantes au monde, elle en est convaincue. Ca fait un moment qu’elle le sent venir. Et puis, elle n’est pas stupide. Ca n’est pas parce qu’elle cache ses radios et ses tests sous son lit qu’elle les oublie réellement. Elle a vu sa tumeur. Elle sait où elle se trouve et, parfois, elle a même l’impression de la sentir. Elle sait qu’elle est condamnée. Elle sait qu’elle va mourir. Mais jusqu’à présent, une partie d’elle pensait encore que la Brume la protégeait. Qu’à Sywhaîd, elle ne risquait rien.

« C’est stupide de penser ça. » dit-elle dans un murmure en baissant les yeux vers le feu. « Que la Brume me protège, alors qu’elle n’a pas empêché Tibère de… » Elle frissonne et n’arrive pas à prononcer le mot, pas même à une vision déformée d’elle-même. « Mais je pensais que la magie de la Brume… »

« La mort vient aussi à Sywhaîd. »
lui répond son double sur une voix moins tranchante que d’habitude, presque douce. « Tu le sais. »

Kay hoche la tête. Elle a envie de pleurer mais quelque chose l’en empêche. Elle sent la colère revenir, moins vite qu’elle n’est apparue quelques minutes plus tôt, et pas dans la même direction.

« J’ai fait tout ce que la Brume voulait. Je suis venue ici, à cause des visions. J’ai accepté de devenir aveugle. Merde… Pourquoi elle m’a fait venir ici si c’est pour que je meure ? »

« Dehors, tu serais morte depuis longtemps. »


Le double fait mine de se lever mais Kay l’arrête en secouant la tête.

« Je ne veux pas voir. Je ne veux pas de stupide vision de comment ma vie aurait pu être si je n’étais pas venue. J’ai déjà joué à ça. Et je m’en fiche. C’est fait, je suis ici. Et je vais… »

Elle n’arrive pas à prononcer ce mot-là non plus et cette fois-ci la barrière qui maintenait les larmes lâche. Kay ne sanglote pas, elle sent juste les larmes couler sur ses joues, brouiller sa vue. Elle renifle une fois, puis demande :

« Je ne vais pas me réveiller ? »

Elle sent un gouffre s’ouvrir sous ses pieds à cette pensée. Ne pas pouvoir se réveiller veut dire ne pas pouvvoir dire au revoir à qui que ce soit. Pas à Rachel, Jake, Arieh. Pas à Jena et Rozen qui l’ont tellement aidée. Pas à Nath.

« Tu ne meurs pas tout de suite. Tu as encore des choses à faire. »

Kay n’aime pas cette réponse, mais c’est moins horrible que si elle devait rester dans le coma jusqu’à sa mort. Elle soupire, un peu soulagée, mais pas tout à fait.

« Mais avant de te réveiller, tu vas devoir choisir. »

Kennedy relève la tête. Non. Pas de choix. Pas de proposition. Elle ne veut pas décider de quoi que ce soit. Elle ne veut pas choisir entre la peste et le choléra, parce qu’elle sait que c’est ce qu’on va lui demander.

« Tu peux être sauvée. Tu peux survivre à tout ça. »

Kay retient sa respiration et fixe son double avec une telle intensité, un tel espoir que n’importe qui aurait vacillé sous ce regard, n’importe quel humain.

« Ce soir, la Brume te fait un cadeau, Kennedy. Elle t’offre une vie. Tu peux échapper à tout ça, la Brume en a le pouvoir. »

« Et qu’est-ce que la Brume attend de moi exactement ? »

« Rien. Ou plutôt, un choix, seulement. »


Kay fronce les sourcils d’un air sceptique. Elle n’est pas ingrate, mais elle n’est pas stupide, et ça fait des années qu’elle ne croit plus aux miracles.

« Ton corps a trop de sang de créature pour survivre. Trop d’énergie de créature. C’est ce que tout le monde te dira. Mais ça n’est pas tout à fait la vérité. As-tu déjà pensé que, peut-être, tu étais en fait trop humaine ? Que tu avais trop de sang humain pour survivre ? »

Kay sent sa tête bourdonner. Non, elle n’y a jamais pensé. Et elle ne veut pas y penser, mais avant qu’elle ne puisse répondre quoi que ce soit, la créature formule l’idée, la rendant tangible et plus tentante, surtout quand on sait qu’on risque de mourir.

« Tu pourrais devenir une créature. »

« Devenir toi. »

« Devenir moi. »


La californienne soupire. Elle ne veut pas. C’est presque aussi haut que mourir dans son top dix des choses qu’elle ne veut pas faire.

« Il y a une autre possibilité. » ajoute la créature. « Mais tu ne vas pas l’aimer. »

« Parce que tu crois que j’aime ce que tu me dis jusqu’à présent ? »

« Tu peux devenir totalement humaine. Ne plus avoir de sang de créature. »

« Et perdre mes visions ? »

« Perdre plus que ça. Si tu choisis cette voie, la Brume ne voudra plus de toi à Sywhaîd. »

« Elle… Elle me renverra ? »

« Tu ne seras jamais venue. Tu seras à L.A., là où ta vie t’aurait menée si tu n’avais pas eu ces visions. Personne ici ne se souviendra de toi et tu ne te souviendras pas d’eux. »


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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: Going Under   Lun 10 Jan - 22:16

Nath se releva de son siège. Il se sentait... sonné, à vrai dire. Ecœuré, furieux, agacé, fatigué... Et ça faisait beaucoup trop de sentiments, y compris contradictoires, pour son petit crâne. Il avait pris l'habitude de mener une existence bien tranquille, merde, à la fin. Il posa une nouvelle fois les yeux sur le visage endormi de Kennedy. La paix de ses traits lui fit crisper le poing. Il se tourna vers le docteur, haussa les épaules et se dirigea vers lui, comme s'il allait le frapper. Mais il se contenta de légèrement le bousculer, pour atteindre la porte.

"Faites pas semblant d'avoir les réponses", lança-t-il sèchement avant de quitter la pièce.

Il ne retourna plus au chevet de Kennedy.

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MessageSujet: Re: Going Under   Mar 11 Jan - 13:23

Recroquevillée sur sa souche, Kennedy perd totalement la notion du temps. Son cerveau semble pédaler dans la semoule. Une partie d’elle aime l’idée de recommencer à zéro, d’être humaine, et seulement humaine. De vivre à L.A., d’être ce qu’elle a rêvé d’être pendant si longtemps, pas une star, non, juste normale. De ne pas avoir vécu le viol publique. De ne jamais avoir eu de migraines. De ne rien savoir sur ses contemporains de plus que ce qu’ils lui disent. De ne pas être mariée à un chauve qui pourrait être son père et qui mourra dans relativement peu de temps. Ne pas avoir eu le cœur brisé tellement de fois. Ne jamais avoir été aveugle. Ne pas avoir vécu à Sywhaîd, ne pas connaître les douches froides, l’humidité qui rentre dans la chambre malgré le feu de cheminée, les restrictions. Ne jamais avoir rencontré son double, ne s’être jamais frotté à une Brume toute puissante et totalement injuste. Ne pas avoir de destin, tout simplement. Etre une femme normale.

« I’m no heroin… » murmure-t-elle en sentant les larmes lui couler le long des joues.

Qui choisirait cette vie ? Qui déciderait de mourir, bientôt après avoir autant souffert quand il y a une possibilité d’avoir une vie normale et, sûrement, heureuse ? Plus heureuse que celle-ci, en tout cas.

« Personne ne te demande de l’être. » lui répond son double.

Et bizarrement, c’est ce qui fait réagir Kennedy. Ce qui la réveille, même si pas littéralement. Elle lance un regard à son double, un de ces regards à la Kay, qui pétrifieraient sur place n’importe qui. Un regard déterminé, insolent. Elle se mord la joue. Est-ce qu’elle est heureuse, à Sywhaîd ? Est-ce qu’elle le sera plus, à L.A. ? Est-ce qu’elle peut accepter de détruire ce qu’elle est devenue ? De devenir totalement étrangère à elle-même. Elle a souffert, mais elle s’est construite autour de cette souffrance. Elle a fait des rencontres qui ont changé sa vie. Trois ans et demi à Sywhaîd, et elle n’est plus du tout la même. Certaines choses sont restées, heureusement, elle n’a pas été détruite par Sywhaîd, elle s’est construite grâce à la Noble Lande, c’est très différent. Toutes ces épreuves, elle les a dépassées. Elle est devenue une femme forte. Elle a des capacités, des connaissances. Elle sait aimer les gens, elle sait mettre son orgueil de côté. Elle connaît la vie, elle a grandi. Elle est différente.

« Ce serait comme mourir. » dit-elle à son double. « Je ne serais plus moi. Je ne me souviendrait plus de ce qui fait que je suis ce que je suis. »

« Le viol. La cécité. Les migraines. C’est ce dont tu veux te souvenir ? »

« Les amis. Le soutien. La force que j’ai tirée de tout ça. L’apprentissage. La connaissance d’un sujet. »

« L’amour ? »


Elle hésite.

« De mes amis. »

« Pas seulement. »


Elle grimace. Est-ce qu’elle est amoureuse de Nath ? Est-ce que c’est important ?

« Ce n’est pas la raison principale. »

Le double hoche la tête, n’a pas l’air sceptique, et Kay s’en sent soulagée. Oui, elle n’échangerait pas sa vie pour ce chauve moribond et insupportable. Pas seulement pour lui. Malgré ce qu’elle ressent.

« Ce sera donc le premier choix ? »

Elle grimace.

« Non. »

La créature se fige, visiblement surprise.

« Je ne veux pas changer. Je veux être moi. C’est ce que je choisis. Moi. »

« Tu vas mourir. »

« Mais je serai moi. »

« Pas pour longtemps. »


Le double semble prêt à sortir de ses gonds et ça fait plaisir à Kay. Elle ne l’a jamais beaucoup aimé.

« Je m’en fiche. »

« Tu vas souffrir. »

« Ce ne sera pas la première fois. »

« Tu n’attendras jamais les trente ans. »

« Tant mieux. Vivre à Sywhaîd à trente ans, veuve de Nath, m’aurait complètement déprimée. »


Elle sourit, ce sourire éclatant à la Kay.

« Maintenant, si tu veux bien me faire revenir à moi, j’ai peu de temps, et je compte bien en profiter à fond. »

Toute cette conversation n’aura duré qu’une petite heure dans sa tête, mais quand Kay se réveillera, après que son double ait claqué des doigts d’un air mécontent, plusieurs semaines seront passées.

[Jo, tu peux conclure !
Non, j'aime bien cette conclu^^]

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Going Under

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