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Ia Devuška-Pauk
Ancien Personnage
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Nombre de messages: 82
Date d'inscription: 25/01/2008

MessageSujet: Communion   Ven 8 Oct - 18:08

La musique qui va avec

Ia était mal partie. Elle était tombée sur le mauvais livre à la bibliothèque, sûrement oublié dans les rayonnages, un très vieux livre relié de cuir qui l’avait attirée dès le premier regard. Les caractères imprimés sur les pages jaunâtres étaient presque illisibles, mais ils parlaient de choses auxquelles elle pensait avec crainte et respect.
Le titre était Le Necronomicon, l’auteur semblait être un dénommé Abdul Al Hazred. Il était traduit en anglais, mais aucune indication ne donnait la date de traduction, de parution, ni même le nom des traducteurs. La première page portait ces mots :
“That is not dead which can eternal lie, and with strange aeons even death may die.”

Elle s’était plongée dans la lecture du court ouvrage, illustré de dessins, de pentagrammes, de signes, d’un alphabet étrange et d’incantations effroyables. On y conseillait des dates et des saisons pour invoquer les Grands Anciens, des formules et des encens, des prières à d’innommables forces évoquées avec effroi.

Terrifiant. Parce qu’elle comprenait. Elle connaissait les démons, elle savait qu’ils existaient en un lieu souterrain et caché, et les noms de Cthulhu, Yog-Sothot ou encore la cité sous-marine de R’lyeh… lui étaient connus. Cependant jamais elle n’avait espéré percer les secrets… jamais elle n’avait espéré lire des formules qui les obligeraient à livrer leurs secrets abhorrés… et repartir dans l’ombre ensuite.

C’est ce qui l’avait poussée à partir à la Brèche, juste sortir de la Brume. Elle était restée en Ecosse, cependant, à peine quelques kilomètres à l'ouest de Sywhaîd, et ce pour trois raisons : la première était qu’elle n’avait nulle part où aller de toute façon. La seconde était une question de respect, rapport à ce qu’elle avait l’intention de faire. La dernière raison était que l’Ecosse était un pays étrange, un pays de sorcières. Parfait pour son projet.
Oui, allez savoir à quoi elle pensait, tandis qu’elle marchait d’un pas décidé vers un cercle de pierres sombres dressé au sommet d’une colline herbue, la nuit du 31 octobre. Le lieu était désolé, solitaire et oublié des hommes. Seuls les oiseaux et les bêtes y régnaient et bruissaient dans la faible lumière du crépuscule. Sous son manteau, le livre était caché.
Ia avait décidé qu’en cette nuit pleine de sens, elle évoquerait les treize globes de Yog-Sothot, elle poserait des questions étranges et secrètes à Anaboth, elle parlerait des temps passés avec Durson, elle verrait de ses yeux les 26 légions infernales de Gomory…
Et ces démons lui obéiraient, à elle, descendante du Roi Rouge qui régnait sur le monde souterrain. Peu importait qu’ils soient bien plus anciens, bien plus puissants, bien plus sombres que ceux de son espèce.
Peu importait.

Qui savait ce qui viendrait, si quelque chose venait ?
Oh, Ia n’avait aucun doute sur la présence réelle, peut-être tangible, de ces entités. Malgré son esprit profondément pragmatique, elle savait qu’il existe en ce monde des choses inexplicables, indescriptibles et anciennes. Elle savait qu’il y a des choses que les yeux humains ne sont pas prêts à voir, des êtres que sa propre espèce ne nommait pas.
Ce sur quoi elle avait des doutes, c’était sur la réelle capacité de ces formules informes à invoquer ces dieux anciens. Cet humain dément savait-il vraiment des manières d’appeler et de soumettre… ?
Alors elle allait essayer.

Heureusement qu’elle n’était pas un de ces impressionnables humains, sinon l’ambiance qui régnait aux abords de cette colline l’aurait assurément fait fuir à toutes jambes. Les vieilles pierres semblaient s’être préparées pour cette nuit noire. Il y avait des arbres décharnés oscillant dans le vent, le vent qui hurlait entre les pierres colossales, il y avait la lune qui baignait le paysage d’une lumière implacable. Elle murmura sans y penser les vers d’Al Hazred et fit le signe des Grands Anciens de la main gauche pour se protéger.

Le moment était venu.

Les mots murmurés achevèrent de la plonger dans un état de confusion intense, et elle s’agenouilla sans vraiment s’en rendre compte pour graver dans la terre un signe énigmatique, composé de quatre branches, de flèches et de fourches. Autour d’elle elle sentit confusément les petits animaux de la nuit se taire, les oiseaux fuir à tire d’aile, le silence s’installer lourd et noir.
Alors Ia se releva et prit son souffle. Elle cria dans le vent :

« EZPHARES, OLYARAM, IRION-ESYTION , ERYONA, OREA, ORASYM, MOZIM !
Par ces mots et au nom de Yog-Sothoth qui est votre maître, je vous appelle de toutes mes forces, pour que vous m'assistiez à l'heure où j'ai besoin de vous. »


Elle sentit brûler la décharge d’énergie qui précédait ses transformations et résista de toute sa volonté. L’air tournoyait furieusement, empli de cris qui n’étaient pas ceux des animaux locaux. C’était des cris dans une autre langue, blasphématoire et secrète, et la terre vibrait.
Elle était plongée dans une terreur respectueuse, figée dans la révélation que oui, ces formules fonctionnaient.
Ce qui vint ensuite, elle est incapable de le décrire dans le langage des humains, qui est pauvre pour parler des merveilles nées avant lui. Le hurlement du vent s’amplifia et un nuage sembla passer devant la lune, bien que Ia continue à la voir briller altière et glacée.

Alors, ils vinrent. Un bruit effroyable fit trembler la terre, qui se fendit devant elle tout le long du signe qu’elle y avait gravé. Et ce qui sortit de la faille béante aurait plongé dans la plus noire folie le plus valeureux des hommes. C’était des abominations indicibles, informes, pâles comme des créatures qui n'ont jamais vu la lumière du jour. Elles étendaient leurs tentacules griffus, jetaient autour d’elles un regard aveugle, chaos rampant émergeant à la surface. Il est impossible de les décrire, car leur aspect effroyable dépassait en abjection tout ce que peut imaginer l’homme. La puanteur était insoutenable, ainsi que les cris affreux et suraigus que lançaient ceux qu’elle avait appelés.
C’est alors que survint l’abomination ultime, la terreur sans nom qui la fit se jeter face contre terre en hurlant.
Car derrière les treize globes venait Celui qu’elle n’avait pas appelé, et qui s’étirait vers elle. Elle ferma les yeux devant cette horreur révoltante, rampante, qui croissait dans l’ombre en dévoilant un infâme amalgame de pieds fourchus, de cornes et de mâchoires ouvertes pour dévorer. De cette anomalie contre-nature coulaient d’énormes gouttes noires et gluantes, comme si elle se délitait, mais elle continuait pourtant de grandir et de s’avancer vers Ia couchée sur le sol. Et elle s’étendit sur elle.
Ia eut un haut-le-cœur. Elle crut étouffer et se débattit de toutes ses forces, incapable de fuir ou d’entamer un combat perdu d’avance. C’est au moment ultime, se voyant mourir, qu’elle finit par ouvrir la bouche en un appel dément et désespéré, et subit une dernière et monstrueuse épreuve. Car dans son cri, elle avait avalé et faillit se noyer dans une des gouttes atroces qui coulaient du démon !

La révolte alors s’empara d’elle. Elle ne pouvait se transformer, parce qu’elle avait besoin de ses cordes vocales. Rampante, en proie à une peur panique, elle se dégagea de sous l’immense créature et se releva d’un bond. Elle fit volte-face et réunit toute sa voix pour déclamer la formule qui renverrait les monstres sous la terre.

« Caldulech ! Dalmaley ! Cadat ! »

Les treize créatures disparurent instantanément, tandis que l’énormité noire refluait à contrecœur dans la faille de la terre, exactement au centre du cercle de pierres.

Le silence se fit. Tous les animaux avaient fui. Le vent s’était calmé. Restait Ia, tremblante face au trou sans fond qui béait menaçant. Il était la seule preuve de ce qui s’était passé, avec les flaques noires et gluantes et les traces de pattes déformées dans la terre.

Elle passa le reste de la nuit à boucher le trou avec une pelle, sanglotante de terreur et rêvant de fuir le plus loin possible. Qu’avait-elle fait ? Qu’avait-elle donc appelé, inconsciente ?
Une fois la faille bouchée, elle se transforma et fuit de toute la vitesse de ses longues pattes, monstrueuse araignée qui fila à travers les collines sinistres et la Brume ensuite, pour retourner jusqu’à la chambre de Ia. C’est seulement alors qu’elle reprit sa forme humaine vacillante de dégoût et de fatigue, et ne se coucha pas avant d’avoir consulté tout ce qu’elle pouvait pour savoir quelle était cette chose qui était venue sans y avoir été invitée.
Le nom qu’elle finit par mettre sur cette horreur acheva de la plonger dans le désarroi et le désespoir. Car cette apparition informe aux empreintes de chèvre, aux cornes recourbées, cette chose qu’elle avait touchée et dont elle avait bu la sécrétion, se nommait Shub-Nigghurat et était nommé comme le dieu pervers de la fécondité !

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