AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partager | 
 

 We meet at last

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Anton Almeida
Menuisier
Menuisier


Nombre de messages: 111
Age: 36
Date d'inscription: 19/04/2008

MessageSujet: We meet at last   Ven 8 Oct - 14:17

Ça lui était revenu d'un coup. Une semaine ou deux plus tôt, Tony (l'autre, donc), lui avait parlé de cette femme qui était venu le voir à la scierie, un peu plus tôt dans la saison, et qui le cherchait lui, "Tony Almeida". Leur homonymie ne posait en général pas de problème : quand on cherchait un Tony, pour réparer une poutre ou consolider un coffre, peu importait, au fond, celui qui répondait finalement à l'appel. Et si par hasard on en voulait un en particulier... eh bien, en général, c'est qu'on savait à quoi le Tony en question ressemblait. Mais apparemment, il y avait eu un qui pro quo, en l'occurrence. Anthony lui avait décrit la jeune femme : brune, mince, de grands yeux, un petit garçon... Tout ça était bien joli, mais ne mettait pas notre Anton sur la piste de l'identité de la mystérieuse inconnue. Il s'était promis de lui rendre rapidement visite, pour y voir plus clair là-dedans, mais là-dessus s'était greffée une urgence, et finalement elle et son garçon lui étaient sortis peu à peu de la tête.

Et ils venaient de refaire surface. Des urgences, il y en avait toujours, en automne, de loin leur saison leur plus chargée, entre l'entretien de la forêt, les nouveaux arbres à planter ou replanter, les barques pour Samhain, le bois de chauffage... Et encore n'avaient-ils pu prendre autant d'avance qu'ils l'auraient voulu en été, puisqu'ils avaient tous deux été absents une partie de la saison. Anton estima que s'il remettait à nouveau à plus tard sa visite à l'inconnue, il l'oublierait à nouveau (il n'était pas du genre à se torturer les méninges avec des mystères). Aussi laissa-t-il marteau, clous, rabot, et se mit-il en quête de l'endroit où elle résidait. Étant un homme organisé et relativement futé, il alla droit au gérant, à qui il demanda des nouvelles d'une jeune femme brune avec un nom comme "Agnès" et un petit garçon, arrivée récemment. Arieh lui indiqua aussitôt une petite maison donnant sur la cour de la ferme, qui servait jusque là d'entrepôt, et où on les avait installés. Et "ah oui, il me semble qu'elle te cherchait", précisa le gérant avant de retourner chercher où Bulle, réquisitionnée pour une corvée de tourbe, avait encore disparu. Bon, décidément, il était temps de tirer tout ça au clair.

Anton frappa deux coups à la porte de la maison qu'on lui avait indiquée, souriant, légèrement curieux, et avec l'espoir qu'elle n'était pas sortie, et qu'ils ne passeraient pas encore plusieurs semaines à jouer à cache-cache dans une lande après tout pas si gigantesque. Il sourit en entendant des pas derrière la porte, ignorant encore totalement ce qui allait lui dégringoler sur la tête.

[Ines, donc ! Si besoin, n'hésite pas à jouer Anton.]

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ines Dos Santos Ferrera
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 39
Date d'inscription: 12/02/2010

MessageSujet: Re: We meet at last   Lun 11 Oct - 17:01

Ines ne s'attendait pas à ça. A vrai dire, le Tony qu'elle était venue chercher avait été absent suffisamment longtemps pour qu'elle s'intègre à la vie sywhaîdienne et que ses journées soient rythmées par les corvées et par l'éducation de Tonino. Et pour le coup, elle en avait presque perdu de vue le but de son voyage ici. Presque, parce qu'elle y repensait tous les soirs en se couchant, et se promettait d'aller à sa rencontre le lendemain. Sauf que le lendemain était tout aussi chargé que la veille, et qu'elle se couchait sans avoir accompli cette ultime tache. Un acte manqué lui rappelant qu'elle redoutait cette rencontre et ce qui en découlerait concernant son statut de mère pour Tonino ? Peut-être.

Ce jour-là avait commencé comme les autres. Elle avait laissé Tonino au professeur Charlie quelques heures, puis l'avait récupéré et le faisait goûter dans la petite bâtisse qui leur servait de maison depuis leur arrivée quand on frappa à la porte.

- J'arrive ! cria-t-elle d'une voix claire avant de laisser son bout de chou à son bol de chocolat et à ses tartines pour se diriger vers la porte.

Un homme dont elle ne connaissait guère les traits se trouvait derrière le battant, tout sourires. Malgré la communauté bienveillante dont elle faisait à présent partie, Inès restait quelque peu méfiante et esquissa un sourire avant de saluer le nouvel arrivant dans sa petite vie bien rangée.

- Bonjour, vous êtes... ?

Elle hésita un instant, mais devant la bonhommie apparente de l'homme, s'effaça pour le laisser entrer dans sa demeure. Elle l'installa dans un fauteuil, élimé mais confortable, et lui offrit un café, se servant elle-même son sempiternel café au lait.

- Je suppose que si vous venez me voir, c'est pour une raison bien précise, n'est-ce pas ? On a besoin de moi quelque part ?

Non, elle n'imaginait pas encore que la personne qui lui faisait face était le Tony Almeida qu'elle était venue chercher...

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://kenthira.free.fr/othericono/warehouse13/teaser.htm
Anton Almeida
Menuisier
Menuisier


Nombre de messages: 111
Age: 36
Date d'inscription: 19/04/2008

MessageSujet: Re: We meet at last   Mer 27 Oct - 16:44

Fidèle à sa nature sociable, Anton ne se fit effectivement pas prier pour entrer chez Ines, bien qu'il crût sentir chez cette dernière une relative timidité. Il envisagea rapidement la petite pièce, son œil s'attarda quelques instants sur le petit garçon en train de goûter. Chocolat, tartines ; et, sur la table des adultes, du véritable café : quand bien même il ne l'aurait déjà su, Tony aurait pu deviner qu'Ines et son fils venaient d'arriver : en général, on fournissait aux nouveaux un peu plus que leur part de ces denrées "exotiques" pour un village autarcique. Bientôt viendrait le temps de la chicorée, celui où Ines regretterait son "sempiternel café au lait".

Mais Tony n'allait certes pas jouer les oiseaux de mauvais augure, et se contenta de savourer le délicieux parfum de la tasse qu'on lui présentait, songeant malicieusement qu'il aurait dû rendre plus souvent visite aux petits nouveaux. D'un autre côté, il évitait généralement de trop frayer avec les enfants, ça avait tendance à le ramener un peu trop souvent sur le chemin du pub. C'est d'ailleurs pourquoi il s'était contenté de regarder rapidement, de loin, le petit garçon de la pièce. Et dans la mesure où ce dernier ne portait pas un gros panneau "je suis ton fils" accroché dans le dos, Anton détourna rapidement le regard pour le reporter sur la bien mystérieuse Ines. Sa supposition le fit rire.

"Non, non, pas du tout ; oh, faut le dire, si vous travaillez trop, Sywhaîd n'est pas un bagne, j'espère !"


Il but une gorgée de café ; il était un peu trop chaud, mais il n'avait pas pu résister davantage à l'envoûtant appel de l'arabica.

"En fait, c'est vous qui me cherchez, je crois. Je m'appelle Tony ; vous avez rencontré mon homonyme, je crois".

La voix était chaleureuse, le ton sympathique, l'œil intrigué. Parce que, non, décidément, il ne se souvenait pas avoir jamais rencontré cette Ines.

"Est-ce que ça va ?" ajouta-t-il presque aussitôt, en voyant l'expression de son interlocutrice changer.

[J'ôterai cette dernière phrase si ça pose problème]

_________________


Dernière édition par Anton Almeida le Mar 16 Nov - 10:51, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ines Dos Santos Ferrera
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 39
Date d'inscription: 12/02/2010

MessageSujet: Re: We meet at last   Mer 10 Nov - 17:08

Anton entra, sur l'invitation d'Ines, et sans plus de forme de procès. Elle profitait encore un peu des denrées rares à Sywhaîd, notamment de ce café dont elle avait servi une tasse à son invité, et s'excusa un instant pour vérifier que tout allait bien du côté de Tonino avant de revenir auprès de l'hispanique.

Elle était encore loin de se douter de ce qui l'attendait. Elle rit même à la réplique de son hôte.

- Oh non ! Ca n'a rien d'un bagne, et mon travail me plaît en général, mais c'est que je ne connais pas encore grand monde, alors quand on vient me voir, c'est en général pour une tâche quelle qu'elle soit...

Mais la suite figea son rire. Elle dévisagea Tony, LE Tony. Celui qu'elle était venue chercher et qui se trouvait désormais face à elle. Et maintenant qu'il était là, elle ne savait pas quoi dire. Elle avala une gorgée de café, pour se donner une contenance et posa la tasse sur la table d'une main fébrile.

- Euh... oui... je vous cherchais... je...

L'expression de Tony était chaleureuse, sympathique, même. Mais elle, elle était perdue. Comment allait-il réagir à son annonce ? Et comment allait-elle pouvoir le lui avouer ? Elle y avait pourtant tellement réfléchi... et pourtant aucun de ses scenarii ne semblaient convenir. Alors plutôt que de parler, elle alla chercher le mot qu'elle avait gardé précieusement tout ce temps. Le mot laissé par la mère de Tonino. Elle le tendit à Anton et tenta vainement de s'expliquer.

- Il s'appelle Tonino... Tonino Almeida... J'ai aidé sa mère à accoucher et elle me l'a confié avant de disparaître en ne me laissant que ce mot. Je suis... Je suis sage-femme. Depuis je l'élève comme mon fils, mais... j'ai vu votre nom dans le registre à Kildrummy. Et je suis venue. Parce que vous avez le droit de savoir.

Elle était livide, craignant plus que tout sa réaction. Et s'il lui prenait Tonino ? Elle ne le supporterait pas... Mais c'était son fils, après tout, et elle ne pourrait rien faire pour l'en empêcher.

[Aucun souci ^^]

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://kenthira.free.fr/othericono/warehouse13/teaser.htm
Anton Almeida
Menuisier
Menuisier


Nombre de messages: 111
Age: 36
Date d'inscription: 19/04/2008

MessageSujet: Re: We meet at last   Mar 16 Nov - 11:46

Dans les quelques secondes qui précédèrent les fracassantes révélations d'Ines, Tony eut le temps de se dire, sans méchanceté de sa part, que si son interlocutrice réagissait ainsi à chaque fois qu'elle rencontrait une nouvelle personne, il n'était effectivement pas étonnant qu'elle eût du mal à se lier aux gens du coin, lesquels n'avaient, à sa connaissance, pas tous l'air aussi lambda que son serviteur. Mais il oublierait bien vite avoir même pensé cela à propos d'Ines. En fait, beaucoup de détails de cette conversation disparaîtraient de ses souvenirs, après coup, pour que ne subsistent que certains faits, et l'odeur du café.

A vrai dire, Tony ne comprit pas d'emblée de quoi lui parlait Ines ; il n'était pas un crétin fini, mais il était à des kilomètres d'imaginer le récit qu'elle allait lui faire. Il y avait très longtemps de cela, il avait eu une fille, qu'il avait adorée, puis qui était morte, ce dont il ne s'était jamais remis, malgré les voyages, malgré la fuite, malgré le travail. Il avait une femme qui était partie suite au drame, une femme phoque retournée chez les siens parce que la douleur était trop forte auprès de lui. Qu'il n'avait jamais revue. Et dont il n'avait jamais su qu'elle portait, à l'époque, leur second enfant. Il n'y avait pas d'autre réel survivant que lui à cette existence passée. Et il n'y avait aucun petit garçon dans le tableau, il n'avait été que l'homme de deux femmes qu'il avait éperdument aimées.

Il crut qu'elle lui parlait simplement d'une étrange coïncidence, "ah, tiens, nous portons le même nom". Etonné, ça oui, mais comme on l'est d'un hasard amusant de la vie, il haussa les sourcils en souriant, ne se saisissant que par réflexe de l'enveloppe que lui remettait Ines, enveloppe vierge qui dissimulait innocemment son douloureux contenu. Oui, Tony souriait simplement à son interlocutrice, sans comprendre.

"Euh... d'accord", répondit-il simplement, trouvant tout de même un peu étrange qu'on fît tout ce chemin jusqu'à lui pour une simple question d'homonymie. Ses doigts glissèrent sur l'enveloppe, l'ouvrirent machinalement, et se saisirent du morceau de papier plié qui se trouvait à l'intérieur, sans qu'il cesse de continuer de regarder Ines et de lui sourire aimablement. C'est alors qu'il ressentit une douleur aiguë... un peu en-dessous du pouce droit. Il releva vivement la main, et vit la marque rouge, comme une entaille à la limite du sang.

"Qu'est-ce que... Stil' ????"

Il baissa les yeux vers son daemon castor, et ne put que noter l'état d'extrême tension nerveuse dans lequel elle se trouvait. Son museau d'ordinaire si débonnaire était crispé, ses oreilles dressées, et elle le fixait en tremblant, ayant même délaissé le rameau de palissandre qu'elle rongeait à leur entrée chez Ines. Tony leva les bras, incrédule ; il n'était pas extraverti au point de se disputer avec son propre daemon en public, mais commençait (enfin !) à sentir que quelque chose, dans cette conversation, lui échappait. Il laissa le castor se serrer affectueusement contre sa jambe, pestant intérieurement contre le caractère apparemment lunatique de cette dernière et, d'un mouvement léger de l'index, ouvrit la feuille de papier pliée en deux.

Il reconnut aussitôt l'écriture. Anwen avait une écriture très particulière, un peu tordue, l'écriture maladroite de quelqu'un à qui il avait appris à écrire sur le tard. Ce fut un choc tel qu'Anton fut incapable, sur le coup, de lire ce qui était inscrit. Il fut à son tour pris de tremblements, laissa s'échapper le morceau de papier de sa main.

"Que..."

Il n'avait écouté que trop distraitement ce qu'avait dit Ines. Pas assez attentivement, en tout cas, pour que les éléments de son récit retrouvent leur place après qu'il ait, tant d'années après, retrouvé la marque tangible de l'existence de celle qu'il parvenait si mal à oublier. L'amour d'un humain pour une selkie était digne d'une légende, puissant, irrésistible, féroce. Un vrai conte de fée, le happy end en moins.

"Comment... quand avez-vous..."

Il voulut se ressaisir de la lettre, la lire. Mais sa vue était complètement brouillée, son cerveau se refusant à tout exercice intellectuel, fût-ce la simple lecture de quelques mots sur une feuille de papier.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ines Dos Santos Ferrera
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 39
Date d'inscription: 12/02/2010

MessageSujet: Re: We meet at last   Sam 27 Nov - 18:42

Oui mais voilà, Ines ne réagissait pas ainsi en présence de tout le monde. En règle générale, elle était plutôt à l'aise et de nature à mettre les autres à l'aise, de par son métier sans doute. Sauf que là, à l'aise, elle ne l'était pas du tout. Et pour cause, ce n'était pas un sywhaîdien lambda qu'elle avait face à elle, mais le père de celui qu'elle considérait comme son enfant. Et il ne fallait pas chercher loin pour savoir que s'il avait un tant soit peu la fibre paternelle, il tenterait de récupérer son fils. Et elle pourrait dire adieu au seul enfant qu'elle eût et aurait jamais l'occasion d'élever.

Elle n'imagina pas une seule seconde qu'il pût croire à une coïncidence. Pas un instant elle n'imagina tout ce à quoi il put penser, tout ce qu'il avait vécu, et qui ramenait à ce petit garçon qui goûtait tranquillement à quelques pas d'eux. Et puis elle vit son daemon trembler, ces êtres dont elle ignorait l'existence avant de venir à Sywhaîd et qu'elle avait appris à ne plus regarder avec méfiance mais que son instinct lui disait de ne pas trop approcher. La bestiole mordit le pouce de sa moitié et vint se coller contre sa jambe. Et puis son regard, à lui, si aimable jusqu'alors, changea, alors que ses doigts glissèrent sur l'enveloppe et qu'il reconnut l'écriture sur le morceau de papier qu'elle contenait.

Comme si ça avait pu changer quoi que ce soit, Inès détourna le regard, comme si une sorte de pudeur étrange la poussait à le laisser lire ces quelques mots seul. La missive se retourna à terre, et Ines se baissa pour la ramasser, laissant à l'hispanique quelques instants pour assimiler la douloureuse vérité. Pas assez pour que son regard ne se brouille pas, à elle aussi. Elle esquissa un sourire, les yeux embués et reprit son explication après une grande inspiration.

- Je suis sage-femme. On m'a amenée sa mère alors qu'elle était presque à terme, et je l'ai aidée à accoucher. Le lendemain, elle avait disparu en me laissant l'enfant et ce mot. Pendant tout ce temps, j'ai cru qu'il n'avait plus de famille, et que je pourrais l'élever comme mon propre fils. Jusqu'à ce que son nom me mène ici, face à vous...

Elle ne pouvait pas dire plus, ni mieux, des sanglots se formant dans sa gorge. Il lui prendrait Tonino, il en avait tous les droits. C'était son père après-tout, elle n'était que la sage-femme. Et le bonheur qu'elle avait connu quelques années, bien qu'elle eût dû l'élever seule, venait à l'instant de se flétrir.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://kenthira.free.fr/othericono/warehouse13/teaser.htm
Anton Almeida
Menuisier
Menuisier


Nombre de messages: 111
Age: 36
Date d'inscription: 19/04/2008

MessageSujet: Re: We meet at last   Mar 30 Nov - 18:29

S'il avait été en pleine possession de ses moyens, bien sûr, il aurait remarqué le trouble d'Ines ; il aurait compris qu'elle était au bord des larmes, et aurait sûrement tâché de l'apaiser, de dire quelque chose de constructif ; il aurait sans doute posé sa main sur la sienne et l'aurait rassurée, lui aurait dit qu'elle était indubitablement la mère de cet enfant dont lui-même ignorait jusqu'à l'existence jusqu'à présent, qu'ils trouveraient bien un moyen de résoudre cette situation complexe... Mais bien évidemment, la rationalité avait depuis belle lurette déserté la petite maison occupée par Ines et le petit Tonino, et le menuisier lui-même avait déjà dépassé le stade des larmes aux yeux. Il pleurait, silencieusement mais en abondance, le regard vissé sur les mains d'Ines, non sur son visage tendu par la détresse, parce qu'elles tenaient ce morceau de papier recouvert d'une écriture adorée. Il avait mobilisé le peu de puissance qu'il avait encore sur lui-même pour écouter le récit de l'espagnole, qui le laissait aussi hagard qu'auparavant. Il aurait voulu redemander la lettre, tendre la main vers elle pour la reprendre, mais ni sa langue ni ses membres ne lui répondaient plus et, de toute façon, il aurait été toujours aussi incapable d'en lire le moindre mot. Défait, anéanti, l'Argentin resta donc immobile et prostré, à pleurer en silence, pendant plusieurs secondes.

Finalement, il tendit la main jusque vers sa tasse de café, et la porta à ses lèvres au prix de ce qui semblait être un douloureux effort. Il en but deux gorgées, et essuya d'un revers de la main ses joues mouillées. Il releva les yeux vers ceux de son interlocutrice, esquissa un pénible sourire.

"Désolé", s'excusa-t-il. Il reposa sa tasse, vide, sur la table ; il aurait nettement préféré quelque chose de plus fort, mais doutait qu'une femme comme Ines, vivant seule avec son... avec un enfant, planquât des réserves de whisky sous son lit.

"Je crois que je vais ravoir besoin de café"
, ajouta-t-il. Encore une fois, ce n'était pas son genre de réclamer quoi que ce soit de cette manière mais, pour le coup, on pouvait lui reconnaître quelques circonstances atténuantes.

"Je ne pensais pas entendre à nouveau parler de ma femme", expliqua-t-il gravement. Sous l'effet de l'émotion, son accent était plus prononcé et il articulait davantage. "Elle est partie, il y a des années. Après la... la mort de notre fille."

Anton dut à nouveau rester quelques instants silencieux, et il serra le poing. Sur son pouce, la marque laissée par les dents de son daemon se colora de rouge. Le castor grimpa un peu maladroitement sur les genoux de l'Argentin, qui s'empressa de plonger la main dans sa fourrure douce, en guise de léger réconfort.

"Et maintenant vous voici. Vous voici avec..."

Anton aurait voulu regarder en direction du petit garçon, installé à seulement quelques mètres, mais qui, pourtant, semblait si lointain. Ce petit inconnu, fils d'Anwen ; et son fils. S'il avait été une fille, elle aurait pu le garder auprès d'elle, parmi les selkies. S'il avait été une fille, il n'aurait peut-être même pas connu son existence. Mais s'il avait été une fille, il n'aurait sans doute pas pu un seul instant poser les yeux sur elle sans revoir Isobel, puisque, en cet instant même, il redoutait de croiser les yeux noirs -comment avait-il pu ne pas noter comme ses yeux étaient grands et sombres !- du petit Tonino, heureusement bien indifférent au cortège d'émotions que sa présence occasionnait. Anton parlait à voix basse, sans que ce soit réellement intentionnel. C'était simplement plus facile, ainsi.

"J'ignorais qu'elle était enceinte."

L'Argentin se tut à nouveau, sentant les larmes refluer et sa gorge se nouer derechef.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ines Dos Santos Ferrera
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 39
Date d'inscription: 12/02/2010

MessageSujet: Re: We meet at last   Ven 10 Déc - 17:07

Ines non plus, n'était pas en pleine possession de ses moyens. A cet instant, elle était seulement consciente d'une chose. Tonino avait un père, un vrai, plus qu'elle n'était réellement sa mère, et il pouvait très bien décider de l'emmener avec lui. Pourtant elle avait fait le choix de lui dire la vérité. Parce que ça lui avait semblé être ce qu'il fallait faire, parce qu'elle n'aurait pas pu continuer à se regarder dans le miroir le matin si elle n'avait pas avoué la vérité à cet homme qui était donc père sans le savoir. Elle l'imaginait déjà prenant Tonino dans ses bras et l'emportant où qu'il vécût dans la Lande. Elle l'imaginait déjà la privant du seul objet de tout l'amour maternel qu'elle pouvait avoir. Mais elle se contenait, tant bien que mal, devant les larmes de Tony. Un homme qui pleure, ça avait le don de la faire craquer et pourtant, malgré ses yeux brillants, elle s'efforçait de ne pas pleurer. Tonino ne comprendrait pas, s'il voyait sa maman pleurer, et elle se retenait pour lui.

Il ne la regardait pas, ou plutôt il ne la regardait plus, les yeux rivés sur ses mains plutôt que sur son visage. Elle ne bougea pas, pendant les longues secondes ou le silence et l'immobilité régnèrent dans la pièce. Et puis finalement, il attrapa d'une main peu assurée sa tasse de café. Il était désolé ? Il n'avait pas à l'être. C'était elle qui eût dû être désolée, de devoir ainsi lui annoncer la nouvelle, de venir ainsi chambouler toute sa vie. Il redemanda du café, et elle hocha la tête en silence, le resservit, et lui tendit une nouvelle tasse fumante. Elle se raccrocha à ça, à sa tasse de café, et avala à son tour quelques gorgées avant de baisser les bras, sa propre tasse au creux de ses mains.

Sa femme. Cette inconnue qu'elle avait aidé à accoucher était sa femme. Et elle était partie après la mort de leur fille. Cette fois c'était certain, il reprendrait son fils.

- C'est moi qui suis désolée... de devoir vous annoncer ça comme ça... Je pensais... C'est juste... Enfin... Vous aviez le droit de savoir...

Il était tout aussi hésitant qu'elle. Elle ne rajouta rien, l'écoutant annoncer qu'il ignorait sa grossesse sans le quitter du regard. Le silence plana de nouveau dans la petite maisonnée, jusqu'à ce que Tonino se lève et vienne rejoindre sa mère adoptive, tirant sur sa jupe pour attirer son attention. Elle posa une main maternelle sur la tête du petit enfant et reporta de nouveau son attention sur l'argentin.

- Que comptez-vous faire ?...

Elle se doutait qu'il n'aurait pas de réponse toute faite. Elle non plus ne savait pas quoi faire. Elle savait juste qu'elle aimait Tonino, et qu'elle ne voulait pas le perdre.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://kenthira.free.fr/othericono/warehouse13/teaser.htm
Anton Almeida
Menuisier
Menuisier


Nombre de messages: 111
Age: 36
Date d'inscription: 19/04/2008

MessageSujet: Re: We meet at last   Mer 12 Jan - 12:07

Anton n'écoutait plus vraiment. Il avait demandé du café, mais maintenant que la tasse devant lui était à nouveau remplie du breuvage fumant, il semblait l'avoir oubliée. Il se contentait de jeter des coups d'œil furtifs au petit garçon, chaque fois que ce dernier regardait ailleurs, qu'il tournait les yeux vers sa mère. Ce grand gaillard de menuisier semblait complètement timide, pétrifié, devant le petit bonhomme. Il entendit la voix d'Ines affirmer qu'il avait le droit de savoir, puis l'interroger sur ce qu'il allait faire. Il lui fallut un moment pour ce rendre compte que la dernière phrase était une question, et qu'elle appelait à ce titre une réponse. Il baissa à nouveau les yeux, vers ses propres mains cette fois. Il les avait serrées contre sa tasse, sans sentir la brûlure de la céramique chaude, pour les empêcher de trembler. Il aurait voulu être capable de croiser le regard de son fils, pour commencer. Mais il n'en était pas capable, pas pour le moment en tout cas. Son regard était aussi celui des disparues et Tony ignorait ce qu'il y aurait lu.

"Je ne sais pas", articula-t-il finalement, la gorge sèche, en réponse à la question posée par Ines. Il ne pensait même pas à la remercier d'être venu jusqu'à lui, d'avoir estimé que c'était ce qu'il était juste de faire, même lorsque cela impliquait une Quête à travers la Brume sywhaîdienne. Tout ce que Tony avait en tête, c'était un bouillon d'incertitude.

"Je ne sais pas", répéta-t-il. Il se leva lentement de sa chaise, l'écartant d'un geste absent. "J'ai besoin de..."

Est-ce qu'avec du temps supplémentaire, il parviendrait à prendre une décision ? En tout cas, en l'état des lieux, il en était absolument incapable. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il avait besoin de sortir, d'être seul, le temps que sa tête cesse de tambouriner et qu'il retrouve à peu près ses esprits. Sans un mot, pas même un remerciement, Tony se dirigea vers la porte et sortit.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 

We meet at last

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Meet The Power [PV - Examen]
» Jack Harkness - "Nice to meet you !"
» I'm Lyna Lindley ! Nice to meet you ~?
» Katya Fitzgerald ▬ Nice to meet you
» mini meet de ghostbusters sherbrooke lol

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Sywhaîd :: La ferme et les fabriques :: Les fabriques proches de l'école-