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 Night Call

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Zephira Wood
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MessageSujet: Night Call   Jeu 7 Oct - 14:17

Ca avait recommencé. Elle s’était encore retrouvée au beau milieu des ruines, à l’endroit précis de convergence de tous les flux. Et elle n’avait encore une fois aucune idée de comment elle était venue là.

Elle ne se souvenait pas bien du rêve qu’elle avait fait tout en traversant de nuit une Noble Lande endormie. Elle se souvenait juste qu’il y avait Eric dedans, et qu’il lui disait de venir à elle. Et qu’elle refusait. Alors il essayait de la forcer, mais elle ne se pliait pas à son pouvoir. Et finalement, il se faisait plus doux, plus caressant, et c’était là qu’elle craquait. Parce qu’elle avait envie de le rejoindre, et qu’une partie d’elle était prête à céder. C’était donc schématiquement le même rêve que les trente-trois autres fois où elle s’était réveillée dans les ruines depuis qu’elle était rentrée à la fin de l’été. A peu près une nuit sur deux en moyenne, même si en fait il y avait même eu des nuits où ça lui était arrivé deux fois. L’endroit où elle se réveillait n’était pas étonnant. Eric l’appelait, elle allait à l’endroit où elle sentait que la puissance était la plus forte.

Non, ce qu’il y avait vraiment d’étrange c’était que, à chaque fois, elle prenait le temps de s’habiller. Ca c’était, quelque part, la preuve que ça n’était pas du simple somnambulisme mais quelque chose de plus inquiétant. Tout en marchant d’un pas rapide pour retourner vers la Ferme, elle essaya de ne pas penser au fait qu’elle avait même fait les lacets de ses bottes fourrées, celles spéciales pour la marche. Au fait qu’elle avait pris ces chaussures dans un placard en hauteur, alors que d’autres chaussures trainaient dans la chambre. Au fait qu’elle était habillée pour la randonnée, comme si elle s’était attendue à faire une longue marche, et que ses cheveux étaient remontés en une queue de cheval. Comme à chaque fois qu’elle était sortie.

Elle soupira et s’arrêta dans la cours centrale. Elle se précipita sous le préau et observa en se mordant la lèvre une fenêtre dont la lumière était allumée. A qui était cette chambre déjà ? Avant, elle savait chaque chambre, elle connaissait de nom, et quelques autres trucs, chaque personne. Avant elle était plus prudente, mais elle avait fini par se relâcher, et depuis son retour, elle le regrettait. Personne n’était jamais en sécurité, nulle part. Elle soupira. C’était la chambre de Skyler. Et la porte était ouverte sur un couloir allumé lui aussi. Elle ne pouvait pas se permettre de croiser le professeur, pas habillée comme ça, pas à cette heure de la nuit, et pas avec ces yeux. Les yeux qu’elle avait toujours quand elle se réveillait de ses crises de somnambulisme (puisqu’il fallait les appeler comme ça) des yeux complètement noirs, opaques, sans pupille, ni blanc. Des yeux qui inquièteraient Skyler.

Elle prit une nouvelle inspiration, puis se mit à escalader, cachée dans l’ombre, le plus furtivement possible. Elle ouvrit la fenêtre de sa chambre d’une simple petite pression sur les flux et se glissa dedans, en essayant de ne pas penser au fait que cette escalade avait été encore moins compliquée qu’elle aurait dû l’être pour quelqu’un comme elle. Elle avança d’un pas et tous ses sens en alerte diffusèrent une alarme. Elle sentit une vague de froid, et demanda :

« Patrick ? »

Elle n’avait aucune idée de ce qu’il faisait là, dans le noir, mais savait que s’il allumait la lumière, il faudrait qu’elle trouve quelque chose à lui dire. Et son cerveau refusait de fonctionner.

[Patounet ?]

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Patrick Winter
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MessageSujet: Re: Night Call   Jeu 7 Oct - 23:53

La raison pour laquelle Patrick était demeuré dans le noir était qu'il ne suffisait pas, sur Sywhaîd, d'appuyer sur un interrupteur pour qu'elle surgisse ; et même si, dans son cas, il lui suffisait de claquer des doigts pour faire jaillir une flammèche, il appréciait ce principe d'économie. Il avait vu Zephira quitter sa chambre ; c'était devenu chez elle une habitude, depuis... son retour. Patrick n'avait rien dit, il n'avait pas commenté. Lorsqu'elle lui avait raconté comment elle avait passé son été, il avait estimé -peut-être à tort, d'ailleurs- qu'elle n'attendait pas de commentaire de sa part, et il n'en avait donc pas formulé. Tout autre que lui se serait sans doute mis à bondir partout en hurlant et en s'arrachant quelques touffes de cheveux, mais être un glaçon insensible avait ses avantages, dans certaines circonstances.

Sauf que.

Patrick n'était pas aussi frigorifique qu'on voulait bien le croire, et Zephira était d'ailleurs mieux placée que quiconque pour le savoir. Elle savait qu'il avait progressé sur ce terrain, depuis un certain exercice de feu vivant qui l'avait laissé épuisé, mais diablement vivant. Et quoi qu'il lui en coutât pour l'heure plus d'angoisses que de plaisir véritable, Patrick poursuivait, lentement mais obstinément, dans cette voie. Et tout en conservant un flegme à faire pâlir le prince Charles en personne, il était inquiet pour la femme qu'il aimait (à défaut d'un meilleur qualificatif pour la relation qui l'unissait à elle). Et il estimait pouvoir l'aider. L'espérait, en tout cas. Alors il était allé jusqu'à sa chambre pour l'attendre, faisant partie de cette heureuse catégorie de personnes que l'on ne pouvait soupçonner, ce faisant, d'avoir pensé à mal, à qui l'on ne pouvait reproché d'avoir enfreint un certain seuil d'intimité. Zephira s'était fait tuer cet été, quand bien même il aurait eu vraiment conscience du caractère particulier d'un tel acte, il pouvait entrer dans sa chambre sans s'attendre à ce qu'elle lui en fasse le reproche.

Lorsqu'elle rentra et prononça son nom, il frotta ses paumes l'une contre l'autre, faisant ainsi surgir un étrange "feu magique", bien mal nommé puisqu'élémentairement parlant, il était essentiellement gorgé d'air plutôt que de feu proprement dite. Visuellement, il produisait une lumière blanche presque transparente, mais suffisante pour éclairer correctement la pièce. Patrick était assis sur une chaise, près du lit de Zephira. Heulwen était couchée à ses pieds, et semblait assoupie (ce dont on ne pouvait la blâmer en cette heure avancée de la nuit). Son maître s'exprima d'une voix calme, mais qui pouvait sembler, à une oreille exercée, un peu moins posée qu'à l'ordinaire.

"Je souhaite qu'on parle, Zephira",
dit-il, en écartant les paumes pour propager le feu. Celui-ci éclairait assez correctement son visage impassible, mais n'était pas suffisant pour qu'il puisse voir réellement son interlocutrice. "Peut-être que maintenant, tu préfères dormir, en quel cas je retournerai chez moi ; mais dis-moi quand tu seras prête."

Il tourna son visage vers une table, que le feu ne permettait pas d'éclairer, et sourit à demi.

"J'ai apporté de quoi faire du thé, si tu veux."

Heulwen entrouvrit une paupière.

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Zephira Wood
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MessageSujet: Re: Night Call   Ven 8 Oct - 12:32

Il y avait quelque chose dans la voix de Patrick qui aurait normalement eu de quoi inquiéter quelqu’un qui le connaissait vraiment bien, comme Zephira par exemple. Il n’était pas aussi calme, aussi détaché que d’habitude, et la jeune femme pouvait le sentir. Sauf que ça n’était que le cadet de ses soucis. Le fait, par exemple, que bientôt il allumerait une lumière qui éclairerait son regard complètement noir, était bien plus inquiétant. Le fait qu’elle soit celle qui devrait peut-être le faire était ironique, mais inquiétant aussi, après tout ils n’allaient pas rester dans cette espèce d’obscurité pendant toute leur discussion. Elle pouvait évidemment refuser de discuter, dire qu’elle préférait dormir, mais Patrick la connaissait aussi bien qu’elle le connaissait, et ça aurait été un mensonge. Elle ne dormait pas après ce genre de crises, rarement, et surtout pas quand elle en revenait aussi perturbée. Elle soupira doucement.

« Du thé. » dit-elle simplement, un peu platement.

Elle n’était pas anglaise, pas réellement, et parfois elle continuait à se sentir typiquement française quand elle se retrouvait devant un anglais qui, dans les pires situations, semblait penser que la première chose à faire était de faire du thé. Elle avait travaillé avec des anglais qui, quand on leur annonçait que la fin du monde était proche, disaient « je vais faire un peu de thé », comme si c’était la solution. Elle aimait le thé, mais parfois elle aurait préféré que Patrick lui propose un bon remontant, ou un café, même si ni l’un, ni l’autre n’était une très bonne idée vue dans quel état elle était cette nuit-là. En fait, elle n’avait pas pu une goûte d’alcool ou de café depuis qu’elle était revenue à la fin de l’été, et se forçait à manger le moins de viande possible, alors qu’elle mourrait d’envie d’une bonne viande bien saignante.

Elle avança dans le noir de sa chambre, Patrick était toujours le seul éclairé, et elle se demandait vaguement comment elle allait pouvoir remédier à ça. Elle voyait parfaitement dans le noir, sans même avoir besoin d’utiliser consciemment sa magie, une autre des nouveautés post-mortem (ahah !) qu’elle avait recensées depuis son retour. Mais Patrick lui ne le pouvait pas, ni Heulwen. Elle s’approcha de la table où tout ce qu’il fallait pour faire du thé se trouvait, puis utilisa sa magie pour que les lampes de sa chambre s’allument finalement. Elle tournait le dos à Patrick, tout en se rendant bien compte que ça n’était qu’une barrière dérisoire, il verrait bientôt ses yeux, et de toute façon avait forcément senti que quelque chose n’allait pas, au niveau élémentaire. Il était un des plus grands sorciers de sa génération, et Zephira n’avait aucune envie de lui cacher quoi que ce soit, même si parfois la tentation était grande.

En attendant le moment fatidique où elle devrait se retourner vers Patrick, elle s’affaira à faire du thé, accélérant un peu le processus avec de la magie, que les puristes l’excusent, principalement parce qu’elle avait quelque part hâte d’en arriver au fait, et peu de patience pour une cérémonie du thé à l’anglaise à ce moment précis (sa patience semblait avoir atteint ses limites quelque part dans les sous-sols de l’Organisation). Elle finit par se retourner, et par tendre une tasse remplie d’un thé qui serait délicieux à Patrick. L’odeur de thé avait quelque chose d’apaisant, mais Zephira ne put s’empêcher de sentir son cœur s’emballer quand son regard croisa celui de Patrick, et ça n’avait rien d’un emballement romantique.

« Parlons, alors. » dit-elle simplement avant de se faufiler gracieusement jusqu’à son second fauteuil, et d’attendre que Patrick dise ce qu’il avait à dire.

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Patrick Winter
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MessageSujet: Re: Night Call   Sam 9 Oct - 17:18

Heulwen avait eu le temps d'ouvrir la seconde paupière lorsque Zephira commença les préparatifs du thé ; et toute endormie qu'elle était encore, elle trouva le moyen de produire un reniflement désapprobateur lorsqu'elle accéléra le processus. Bon, okay, Zephira savait faire du thé -le contraire eût sûrement été un prétexte de rupture-, mais elle ignorait encore visiblement que le processus d'élaboration et l'attente faisaient partie du plaisir tout autant que la dégustation en elle-même. Mais Patrick ne bronchait pas, et ce n'était pas juste parce qu'il était un grand insensible frigorifique, mais parce que lui-même n'était pas vraiment d'humeur à apprécier l'attente en question, ce qui n'était pas peu dire. A fortiori, Zephira, qui n'était pas maladivement britannique, pouvait bien avoir envie d'accélérer le processus.

Il regardait la tasse de thé qu'elle lui tendait ; la saisit ; releva les yeux vers son visage. Il y eut un léger tintement, lorsque la porcelaine de la tasse cogna celle de la soucoupe (vous n'auriez jamais fait boire à Patrick du thé dans un mug ou quelque autre aberrant récipient ; à son âge il avait bien le droit d'être un type bizarre et maniaque). Il dut détourner son regard de celui de Zephira, ferma les yeux pour humer le parfum de bergamote. Il ne remercierait jamais assez le comte Grey. En toute circonstance, c'était un réconfort certain. Lorsque Zephira se déplaça jusqu'au second fauteuil, il put à nouveau la regarder. Et après quelques secondes, il fut même en mesure d'articuler quelques mots.

"Il serait sans doute illusoire de prétendre que les événements de cet été n'ont rien altéré. Je me considère comme une personne relativement posée, voire maladivement flegmatique. Néanmoins, je suis inquiet."


Tout ceci était prononcé d'une voix effectivement extrêmement calme, à tel point que cela en était presque comique. Sauf que Zephira connaissait suffisamment Patrick pour n'avoir sûrement pas envie de rire : ce qui était de nature à l'"inquiéter" aurait dévasté n'importe qui.

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Zephira Wood
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MessageSujet: Re: Night Call   Sam 30 Oct - 1:09

Ce n’était pas tant les propos de Patrick, ou même le ton qu’il utilisait, que le tintement de la tasse dans sa soucoupe qui avait achevé de convaincre Zephira que quand l’Anglais disait qu’il était inquiet, il fallait prendre ses paroles au sérieux. Elle qui avait connu l’homme à une époque où il ne savait même plus tellement, ce que, théoriquement, le mot inquiétude voulait dire, avait à présent du mal à s’adapter au nouveau Patrick. En fait, elle se disait parfois qu’elle était celle des deux qui avait le plus de mal à s’habituer à le voir réagir, ressentir, perdre son flegme, d’une façon aussi flegmatique que possible (ça restait Patrick Winter, tout de même !). Il lui arrivait même de se demander ce qui se passerait, le jour où il serait allé au bout de son évolution. Est-ce qu’elle l’aimerait toujours quand il serait aussi différent ? Bien sûr, l’évolution était lente, mais Zephira avait tout son temps, et assez d’intelligence pour ne pas se laisser bercer par de fausses illusions, quand elle voyait comme il avait évolué en cinq ans, elle ne pouvait que frissonner en se demandant à quel point il serait dans cinq autres années. Est-ce que lui l’aimerait toujours une fois qu’il serait capable de vraiment ressentir les choses ? Est-ce qu’il continuerait à vouloir d’elle ? A l’accepter, malgré tout ce qu’elle avait fait, et tout ce dont elle était capable ?

Elle chassa ces pensées, et enfouit sa tête dans ses mains avec un soupir qui n’avait rien de vraiment agréable. Sa tête pratiquement posée sur ses genoux, elle frotta ses cheveux, comme pour essayer de se réveiller, de se sortir de ce cauchemar. En réalité, elle cachait du mieux qu’elle le pouvait les larmes qu’elle n’arrivait pas à empêcher de couler. Elle avait fait beaucoup de choses devant Patrick, mais pleurer sans se cacher, non. Elle avait trop de fierté pour ça, et trop honte de ce qu’elle était, aussi. Elle n’avait pas considéré depuis des années qu’elle avait le droit de pleurer, encore moins de s’apitoyer sur son propre sort, qu’elle avait bel et bien choisi. Ou du moins, qu’elle avait provoqué par ses choix. Elle n’avait qu’à s’en prendre à elle-même, et aucun droit de se positionner en victime.

Elle renifla, avant de relever la tête, et de laisser glisser ses mains jusqu’à ses genoux. Elle avait l’air de ne pas savoir quoi faire de ses mains, comme si elle avait eu trop d’énergie à dépenser et que ses membres en avaient du mal à résister à la tentation de bouger. C’était une définition assez percutante de ce qu’elle vivait. Quant aux larmes… Bien sûr, Patrick pouvait voir qu’elle avait pleuré (de toute façon il pouvait voir qu’elle pleurait même quand elle se cachait) mais il n’aurait peut-être pas envie de voir son regard parfaitement noir humide.

« Je ne sais pas quoi te dire. » dit-elle, en ayant visiblement du mal à articuler ses mots, comme si l’émotion était trop forte, ce qui était le cas, mais il y avait aussi la magie qu’Eric lui avait transmise, qui la possédait à moitié et la forçait à devoir se contrôler avec tellement de force qu’elle en avait du mal à parler. En plus de sa tristesse, une sorte de colère fulgurante, de la rage presque, l’avait submergée quand Patrick avait parlé. La partie la plus sombre d’elle-même, une partie qui ne lui appartenait pas vraiment, détestait l’idée que Patrick puisse vouloir lui faire parler de tout ça, ou puisse s’inquiéter, ou pire, lui reprocher quoi que ce soit. « Je ne sais vraiment pas. » ajouta-t-elle en tournant son regard totalement noir vers Patrick.

Le regard en question était perdu, totalement perdu, et reflétait bien ce que Zephira ressentait. Et ça n’avait rien de vraiment habituel. Zephira Wood était en général maitresse de la situation, même quand la situation était chaotique, ou apocalyptique. La voir, comme ça, perdue, impuissante, n’avait rien de rassurant. Ca avait même quelque chose de terrifiant, surtout quand on connaissait son histoire aussi bien que Patrick, et qu’on savait que ça ne lui était pas arrivé depuis… des années.

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Patrick Winter
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MessageSujet: Re: Night Call   Lun 1 Nov - 20:30

Ces deux grands yeux noirs, opaques et brillantes, où se lisait, nue, la détresse de Zephira, était bel et bien un spectacle dont Patrick n'était pas coutumier, et auquel, sans doute, il n'espérait pas s'habituer, alors même qu'un élan bien étrange le poussait à laisser enfler l'inquiétude qui amplifiait à leur vue. C'était sans doute cruel, en un sens, il en était conscient ; mais il se plaisait, en un sens, à ressentir cette envie diffuse et contradictoire de fuir un regard inhumain, qui lui rappelait celui des êtres de l'eau eux-mêmes, tout en se levant de son siège pour prendre cette femme dans ses bras et tâcher par là de l'abriter du reste du monde.

"C'est moi qui parlerai, alors", répondit Patrick en se penchant pour poser sa tasse de thé sur le sol. En temps normal, Heulwen se serait jeté sur ce genre d'occasion pour siroter l'exquis breuvage, au risque de s'ébouillanter la truffe, mais elle demeura postée aux pieds de son maître, son attention forcément entièrement portée sur la manière dont allait évoluer la situation. Encore un détail qui aurait pu, franchement, inquiéter les deux protagonistes de la scène, mais ceux-ci avaient déjà suffisamment à penser sans se préoccuper en prime des atermoiements d'une petite chienne. Patrick s'était déjà redressé, et bien que les yeux de Zephira ne lui inspirassent, pour cette fois, que les sentiments les plus doux, il soutint leur étrange et dangereux regard.

"Je t'aime. C'est quelque chose qui ne s'explique pas et que je n'explique pas. J'imagine qu'on pourrait dire que nos âmes se sont rencontrées, qu'il y a eu une connexion quelque part malgré toutes les serrures, tous les verrous, tous les blindages qui les séparaient. Et je ne crois pas que ça changera. Je ne sais pas vers quoi je me dirige, ce que je vais devenir dans les prochains mois, dans les prochaines années. Peut-être qu'un jour je serai à même de savoir ce que c'est que de m'ennuyer avec toi, de trouver ta présence agaçante, peut-être que je m'énerverai de certaines choses, je n'en sais rien. Mais je prends le risque, et je crois sincèrement pouvoir affirmer que je t'aimerai quoi qu'il arrive et quoi que je me révèle être. Ce dont je suis certain, en revanche, c'est que j'aurai du mal avec l'idée de t'imaginer subir le genre de choses que tu as connues cet été."

Comment aurait-il pu en être autrement, alors même qu'à ce stade, déjà, il s'en préoccupait ?

"Je ne peux pas m'arrêter. J'ai besoin de guérir, en tout cas d'essayer. Et cela risque sans doute de déséquilibrer notre relation."

Le chemin de la guérison était d'autant plus ardu que les principaux sentiments que recouvrait Patrick étaient généralement d'ordre négatif. Quelle sorte de personne serait-il, non seulement une fois guéri, mais lorsqu'il serait confronté, de son propre chef, à la rancœur, à la solitude, à la frustration, et qu'il perdrait, peut-être, son trop grand flegme ?

"Il m'est arrivé de penser qu'en réunissant nos deux êtres, on réussirait peut-être à peine à reconstituer un être complètement vivant. Je suppose maintenant qu'en réalité, c'est tout le contraire. Je ne peux qu'espérer que tu continueras à aimer la personne que je vais devenir. Que je ferai tout pour devenir, du moins. Mais j'ignore encore qui il est. Or lui seul peut espérer un jour te connaître vraiment."

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Zephira Wood
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MessageSujet: Re: Night Call   Jeu 4 Nov - 14:54

Une autre que Zephira aurait sûrement pu s’étonner du fait que, alors qu’elle venait de passer l’été à vivre quelques-unes des pires épreuves de sa vie, et que l’homme de sa vie disait être inquiet, une fois la conversation entamée, on ne parlait plus que de l’homme en question et de ses propres transformations. Mais Zephira, elle, suivait sans problème la façon de réfléchir de Patrick, et comprenait sans problème qu’on parle de lui. Après tout, elle n’était pas la seule à avoir changé. Bien sûr, son changement à elle était tout frais, spectaculaire, et tout à fait soudain, mais Patrick était celui qui avait le plus changé, et qui s’apprêtait à le faire encore plus. Et leur couple, puisque c’était ça le vrai sujet de cette discussion, risquait plus de pâtir de ses changements à lui, que de ceux qu’elle affrontait à présent. D’autant plus qu’elle surmonterait sûrement ces changements, avec le temps, comme elle avait surmonté tout le reste, elle était assez forte pour ça. Patrick, lui, n’avait pas à surmonter quoi que ce soit, puisque les changements qu’il se préparait à vivre étaient une guérison, étaient le fait de surmonter.

Elle croisa les bras, sentant un certain réconfort à cette position, comme si ça la protégeait du monde extérieur. Pourtant, Zephira Wood n’avait pas besoin d’être protégée. Elle était assez forte pour affronter une armée, assez intelligente pour arnaquer l’Organisation. Et elle avait des alliés, même si certains d’entre eux profitaient de l’occasion pour lui faire boire son sang. Elle frissonna à cette idée, et toute sensation de sécurité disparut. Eric ne pouvait pas passer la Brume, pas si cette dernière décidait de l’en empêcher, et pourtant Zephira sentait constamment sa présence malfaisante au-dessus d’elle, comme une épée de Damoclès. Il était trop fin pour venir à Sywhaîd, pour tenter quelque attaque frontale. Et trop sadique pour ça, aussi. Il avait tout le temps de la terre, et était un terrible joueur d’échecs. En ressuscitant Zephira, il avait continué la mise en place d’une stratégie qu’il était le seul à connaître. Le but était de faire tomber le roi, comme toujours aux échecs, mais personne à part le vampire ne savait qui était le roi en question, c’était bien ce qui rendait ses actions aussi dures à prévoir, et même à comprendre.

« J’aurais préféré mourir… » souffla Zephira en frissonnant.

De nouveau, on aurait pu croire que cette conversation n’avait rien de cohérent. Et pourtant, si, il y avait une logique à ces paroles, autre que de l’auto-apitoiement (et ça n’en était pas, d’ailleurs). Elle releva son regard toujours aussi opaque sur l’homme qu’elle aimait, et oublia complètement sa tasse de thé qu’elle avait posée sur la petite table qui se trouvait à côté de son fauteuil, quand Patrick avait fait son petit discours. Pourtant, l’odeur lui emplissait les narines, mais elle sentait tellement d’autres choses, ses sens étaient décuplés depuis cet été, et elle n’arrivait pas à les contrôler, pas comme elle les contrôlait malgré leurs bizarreries avant que la magie du vampire vienne s’ajouter à celle déjà puissante qu’elle possédait.

« Je t’aime. Et j’ai conscience de tout ce que tu as dit, je le crois, s’il y a jamais eu une question croyance dans tout ce dont tu viens de parler. Mais j’aurais préféré mourir. Pas pour moi. J’ai vécu trop de choses pour avoir envie de mourir pour moi, j’ai trop l’habitude de continuer quoi qu’il arrive. Les Dragons Noirs, la mort de mon enfant, le coma de Fréderic, la mort de Sting… Ce qui s’est passé cet été n’est que la suite logique des évènements. »

Il n’y avait jamais qu’avec Patrick qu’elle parlait d’une façon aussi ouverte. Son enfant mort durant les premiers mois de sa vie n’était jamais abordé avec personne d’autre, pas même avec Jena, ou Enrike. Juste Patrick. Il était le seul, d’ailleurs, qui en savait le prénom. Il était aussi le seul des trois à savoir ce qui s’était vraiment passé pour Sting. Et le seul à sentir instantanément quand Zephira utilisait sa magie pour protéger sa chambre des oreilles indélicates, les deux autres, bien que de puissants sorciers, pouvaient facilement passer à côté. Et Zephira était peut-être parano, mais elle avait vécu assez longtemps, survécu assez longtemps, pour savoir qu’elle devait être prudente. Ce qui expliquait qu’elle ait utilisé sa magie juste avant de se mettre à parler, ce qui n’était peut-être pas ce qui lui permettrait de contrôler le mieux sa magie pour la suite de la nuit, mais pour le moment elle s’en fichait, de toute façon après une discussion de ce genre, elle n’aurait jamais pu s’endormir.

« Mais je ne peux que te faire du mal. A toi et à tous les autres. Enrike a risqué sa carrière, et sa vie, si jamais il prend l’envie à Eric d’aller dire à Joshua qu’il a participé… Jena va de nouveau être sous surveillance, rien que parce qu’on habite au même endroit. Sywhaîd peut se protéger, mais l’Organisation va plus que jamais tourner son attention vers ce village… Et toi… Ils ne te laisseront jamais tranquille. On sera surveillés toute notre vie, dans le meilleur des cas… Sans compter tout le mal que je te fais, directement, avec tout ce que j’ai vécu. Avec ce que j’ai… provoqué, encore. Si j’étais morte, tout ça serait fini. Pour tout le monde. »

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Patrick Winter
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MessageSujet: Re: Night Call   Sam 6 Nov - 19:03

Patrick resta quelques instants silencieux, avant de finir par hocher lentement la tête.

"Je suis extrêmement bien placé pour affirmer qu'effectivement, être mort est plus facile", déclara-t-il. Il ne cherchait pas à faire de l'emphase, n'étant à l'évidence pas le genre de personne susceptible de sombrer dans le mélodrame sous prétexte d'user d'un joli raccourci stylistique. Ce n'était pas la première fois que Patrick assimilait l'état qui avait été le sien à la mort. Après plusieurs années de coma, se réveiller sans rien sentir qu'un parfum, qu'une texture, sans pouvoir faire autre chose qu'analyser rationnellement son environnement, c'était ce qui s'approchait le plus de l'état de cadavre ambulant. Or il ne pouvait nier qu'à l'époque, les choses étaient en un sens plus simple, qu'il était reposant et paisible de n'avoir jamais peur, de n'être jamais frustré ou même vaguement peiné par quoi que ce soit. Comme il l'avait déjà dit, et comme il ne le répèterait donc pas, la plupart des sentiments qu'il avait recouvrés depuis n'étaient pas positifs. Oui, il était plus facile, entre autres, d'aimer Zephira lorsqu'on était incapable de réellement s'inquiéter pour elle, sinon parce que le cerveau seul dictait de l'inciter à la prudence.

"Mais tu sais que ce n'est pas la solution. Ça ne les arrêterait probablement même pas. En tout cas tu ne peux pas le certifier, et..." Il fit une pause, sembla s'efforcer de lire plus profondément dans le regard vide de sa compagne. "Telle que je crois te connaître, tu ne prendrais pas le risque de nous laisser seuls."

Il se leva de son fauteuil, s'approcha de Zephira, et s'agenouilla juste devant elle. Il lui prit les bras pour les décroiser avec douceur, et garda ses mains dans les siennes.

"Ne te ferme pas à moi, s'il te plaît. Ne te dérobe pas ; ne fuis pas. Mourir ne simplifie jamais les choses."

Ses mains lâchèrent celles de Zephira, et descendirent jusqu'aux lacets de ses botes fourrées, qu'il commença à délacer. Il n'était probablement pas d'un grand secours pour l'ancienne espionne ; peut-être même, sans doute, avec l'évolution des choses, était-il davantage une source d'inquiétude pour elle qu'un soutien véritable. Peut-être un jour pourrait-il espérer faire davantage que lui offrir du thé ou délacer ses chaussures.

"Une idée des raisons pour lesquelles tu es sortie cette nuit ?" demanda-t-il ce faisant, preuve, peut-être, que sa connaissance de la nature humaine et des palpitations émotionnelles étant encore loin d'être parfaite. Fort heureusement, il ne fréquentait pas une femme ordinaire.

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Zephira Wood
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MessageSujet: Re: Night Call   Lun 15 Nov - 12:39

« Eric. » souffla Zephira dans un soupir.

Elle ferma les yeux, quelques instants, le temps de profiter de l’agréable sensation de ses bottes enlevées par Patrick, doucement, avec délicatesse. Elle sentit une larme couler sur sa joue, et c’était bien une larme de tristesse. Rien que prononcer le nom du vampire était ne épreuve pour elle. Une épreuve terrible, durant laquelle elle sentait la puissance de la créature, l’ascendance qu’il avait à présent sur elle, l’envie qu’elle avait de le rejoindre, l’envie qu’elle avait de s’abandonner à son autorité. Elle savait qu’à présent, elle ressentirait ça toute sa vie, dès qu’elle rencontrerait Eric, dès qu’elle penserait à lui. Et elle savait que, même si elle ne le reverrait pas avant un moment (puisqu’elle devrait de toute façon rester enfermée à Sywhaîd le temps de trouver un moyen de contrer l’Organisation une nouvelle fois et de se libérer de sa menace), ça n’y changerait rien. Eric serait toujours là, en elle, dormant, attendant son heure.

« Il m’appelle. La Brume me protège, d’une certaine façon, je sais que je ne peux pas sortir, alors au lieu d’essayer, je vais aux ruines. A l’endroit le plus… le plus proche de la puissance d’Eric. »

Elle soupira et rouvrit les yeux. Ils étaient toujours aussi noirs, aussi opaques, preuve de l’emprise que le vampire avait sur elle, malgré les milliers de kilomètres qui les séparaient (elle doutait sérieusement qu’Eric fût de l’autre côté de la Brume, à se les peler, rien que pour la torturer, il était beaucoup trop subtil pour ça… Et trop puissant pour avoir à faire le déplacement). Elle voyait Patrick. Son calme, son pouvoir, à lui, qui était puissant, lui aussi. Plus puissant que la plupart des gens. Mais pas assez pour qu’il puisse surpasser le pouvoir d’Eric. Sauf qu’elle était amoureuse de Patrick, et que ça, c’était plus fort. Ou ça aurait dû l’être, dans un monde parfait où les gentils gagnaient toujours. Mais dans ce monde, Zephira n’aurait pas existé, parce qu’elle n’avait jamais été une gentille. Pas totalement une gentille en tout cas, et que son monde n’existait que dans la large portion de gris qui se trouvait entre le noir et le blanc des gens normaux. Elle soupira, puis s’affala un peu dans son fauteuil, se détendant presque malgré elle grâce aux soins de Patrick.

« Il va falloir m’entraver. A l’approche de la Brèche, et durant la Brèche. Parce que je ne serai pas assez forte pour avoir le contrôle constamment… Et que s’il prend le contrôle quelques secondes seulement, je vais sortir. Et je vais le rejoindre. Et je ne reviendrai jamais. »

Elle prit une nouvelle inspiration. Elle avait dit tout cela sur un ton parfaitement posé, comme un constat. Elle n’était pas particulièrement émotive, pas après la discussion que Patrick et elle venaient d’avoir. Ils avaient communiqué, mis les choses à plat, et Patrick l’avait apaisée. A présent, elle était dans son mode « affrontons les problèmes, réglons les ». Il fallait trouver une solution.

« Il faut qu’on travaille sur un moyen de m’entraver durant toute cette période. On dira que je suis malade, ce qui est plus ou moins vrai. Mais il faut trouver un moyen de m’entraver, et de le faire même aux pires moments, quand il aura assez le contrôle, quand l’appel sera assez fort, pour que j’utilise ma magie pour essayer de me libérer. »

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Patrick Winter
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MessageSujet: Re: Night Call   Dim 21 Nov - 18:24

Contre ses pieds, ses chevilles et ses mollets, Zephira pouvait sentir que la pression douce des mains de Patrick, une fois qu'elle l'eurent débarrassée de ses bottes, n'avait pas varié. L'homme massait les membres de la jeune femme avec une application tranquille, un soin paisible qui dura tout le temps qu'elle évoqua, dans l'ordre, Eric, le pouvoir qu'il avait sur elle, et les actions qu'il leur faudrait mener pour tâcher de l'entraver. A croire qu'elle venait simplement de lui raconter l'histoire de trois petits lapins gambadant dans la forêt, ou que Patrick ne se souciait pas vraiment du vampire et de son emprise puissante sur la femme qu'il aimait. Ce qui n'était absolument pas le cas. Bien sûr, il n'aurait pas été Patrick s'il s'était mis à pâlir, si son visage avait au contraire pris soudain une teinte cramoisie en même temps que ses poings se seraient rageusement crispé sur les jolis mollets de Zephira, tandis qu'il se serait plaisamment imaginé tordant le cou de cette créature de malheur, qui avait osé commettre l'irréparable, l'innommable, en s'en prenant à la femme aimée.

Mais Patrick haïssait réellement Eric, du moins il savait qu'il le haïssait. Il s'était, peu après que Zephira soit revenue sur Sywhaîd, et qu'elle lui ait raconté son été pour le moins mouvementé, réveillé une nuit, à la fois ruisselant de sueur et glacé de rage, l'image d'Eric imprimée dans son esprit aussi nettement que s'il l'avait vu de ses yeux, et pas simplement reconstitué d'après la description qui lui en avait été faite. Le phénomène s'était reproduit un mois plus tard ; peut-être un effet de la nouvelle lune, en tout cas la preuve qu'il ne s'agissait pas d'un de ces chocs émotionnels accidentels et fortuits qui, parfois, le saisissaient, et le faisaient, sans raison aucune, éprouver tout à coup une angoisse, une frayeur, une colère ou (plus rarement) une jouissance extrêmes. Alors oui, bien sûr, Patrick aurait voulu que le vampire disparaisse, il aurait voulu qu'il n'existât jamais, que du moins il n'approche jamais la sphère de ses quelques proches. Sauf qu'apparemment, en dépit de leur petit nombre, c'était encore trop demander. Alors oui, Patrick vivait avec le visage d'Eric imprimé sur sa rétine, avec son reflet opaque dans les yeux vides de Zephira. Et il se souvenait de l'époque de Norsken où, défaite, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même, où ils n'avaient plus encore leur éclat trop vert. Non, Patrick ne sous-estimait pas la puissance d'Eric. Il hocha la tête sentencieusement lorsque Zephira déclara qu'il fallait trouver une solution. Mais lorsqu'elle eut terminé, tout en continuant de lui masser les jambes et les pieds, il répondit :

"C'est peut-être la solution la plus sûre, mais ce n'est pas la plus sensée. Eric est en toi, désormais. Nous ignorons exactement comment, mais il parvient à prendre le contrôle. Si tu réfléchis à un moyen de le contrecarrer, il peut très bien fouiller en toi à la recherche de ce moyen et te forcer à le révéler. C'est moi qui chercherai le moyen de t'entraver."

Il ne releva pas la tête, toujours occupé à la masser, et le regard concentré sur le travail de ses mains. Un des avantages de sa situation était qu'il serait effectivement difficile, pour Zephira, de deviner ce qu'il aurait derrière la tête. Bien sûr, elle pouvait deviner qu'il utiliserait la magie élémentaire, parce qu'il en était spécialiste et parce que les vampires étaient relativement démunis face à ce genre de pratiques ; que, sans doute, il ferait appel à d'autres sorciers, parce qu'il était conscient de ses propres limites et ne voudrait prendre aucun risque. Non, Zephira ne pourrait pas vraiment savoir ; elle ne pouvait pas deviner s'il se contentait de la masser, s'il profitait d'un dernier contact avant d'éviter, dans les prochaines semaines, de la toucher, ou si, autre possibilité, il tâchait lui-même de sonder ce qui coulait désormais dans les veines de la jeune femme, qui ne s'y trouvait pas autrefois.

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