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 Coffee, Pie & Smile

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Gavin Mitchells
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MessageSujet: Coffee, Pie & Smile   Jeu 7 Oct - 12:49

Gavin avait toujours été un lève tôt. Quelles que soient les circonstances, même lorsqu’il n’avait eu que quelques courtes heures de sommeil, il était physiquement incapable de rester au lit une fois passé 8h30, et encore, c’était quand il faisait des grasses matinées. En temps normal, il se réveillait autour de 6h, mais à Sywhaîd ça frôlait plus facilement le 5h30, parce qu’il ne se couchait que rarement vraiment tard vu qu’il n’y avait pas grand-chose à faire le soir. Ca n’était pas une question d’insomnies, c’était plutôt une question de rythme naturel. Enfant, il se souvenait avoir pris chaque matin son petit-déjeuner avec son père, qui partait pourtant très tôt au travail. Il passait ensuite plusieurs heures à attendre que sa mère se lève, se prépare, et l’emmène à l’école. Ca avait fait de lui un bosseur avant l’âge, et avait été plutôt un avantage, puisque du coup il n’avait eu aucun mal, à quatorze ans, à s’occuper de livrer le journal au petit matin. Au contraire, ça avait même été une sorte de délivrance d’avoir enfin quelque chose à faire durant ces heures, et visiter sa petite ville au petit matin était une expérience qu’il aimait particulièrement.

Une expérience que, d’une certaine façon, il renouvelait à Sywhaîd. Comme il n’y avait pas d’internet, et pas grand-chose à faire aussi tôt (sauf quand Arieh le bookait pour des corvées spéciales, ce qui arrivait régulièrement vu que peu de gens se proposaient pour ce genre d’horaires), Gavin avait pris l’habitude de faire un grand tour dans Sywhaîd chaque matin. C’était parfait, ce moment seul dans Sywhaîd, avec la nature, le village, la magie, pour l’inspiration. En général, après une balade d’une heure à une heure et demi, il rentrait, s’enfermait dans la pièce qui lui servait à la fois de chambre et de bureau, et composait jusqu’aux alentours de 8h, où il allait faire le petit-déjeuner. A 8h15, il réveillait Dakota, 9h en weekends. Malgré tout, cette habitude de se lever tôt était aussi éducationnel, chez lui on ne faisait pas de grasse matinée, on n’avait pas le temps, même le dimanche, seul jour chaumé de ses parents, parce qu’il fallait aller à l’église, et profiter de cette journée pour s’amuser un peu (ses parents n’avaient pas de vacances, on ne peut pas dire que Gavin venait d’un endroit privilégier). Du coup, Dakota en faisait les frais, et elle avait eu du mal à s’habituer, d’autant plus qu’elle non plus n’avait pas grand-chose à faire à Sywhaîd, et que Gavin la forçait à s’occuper d’une manière ou d’une autre. Il avait demandé à Arieh de ne pas oublier sa fille dans les corvées, et savait qu’elle le détestait pour ça. Mais il voyait aussi qu’elle s’y habituait, petit à petit, et que le grand air lui faisait du bien, physiquement du moins. Petit à petit, elle faisait moins fragile, et même si elle était loin de la musculature impressionnante de son père (dieu merci !) elle commençait à ressembler à une vraie campagnarde… A ce à quoi elle aurait ressemblé si Caroline ne l’avait pas arrachée à son Texas natal.

Il était 8h45, on était dimanche, et ça sentait bon les pancakes et les œufs brouillés, le petit déjeuner que Gavin faisait toujours le dimanche (en semaine, c’était en général moins élaboré, pas par un manque de temps mais parce que les réserves de Sywhaîd étaient limitées, et parce que Gavin croyait sincèrement au fait de ne pas gâter ses enfants au point de les pourrir. Il pensait que c’était une éducation trop riche qui avait fait de Dakota l’enfant malheureuse qu’elle était, et voulait lui apprendre les vraies valeurs). Tout en cuisinant, Gavin chantait, et comme on approchait de l’heure où Dakota devrait bientôt se lever, il s’était mis à chanter un peu plus fort, sans se retenir. L’accoustique de la maison n’était pas terrible, et on entendait tout à travers les vieux murs mal entretenus, mais les Mitchells avaient déjà eu de la chance de pouvoir avoir une maison dès leur arrivée. Gavin servit les assiettes et les déposa sur le comptoir du bar de la cuisine, où ils prenaient tous leurs petits déjeuners, avant de se hisser sur le tabouret. Il venait d’entendre la porte de Dakota, et était heureux de ne pas avoir à batailler avec elle pour la réveiller.

« Morning gamine. » marmonna-t-il avec son accent texan, avant d’arroser ses pancakes de miel, ils avaient fini leur réserve de sirop d’érable plus rapidement que prévu (il se demandait vaguement si Dakota n’en avait pas fait une orgie un soir, ou si elle n’avait pas vidé le pot pour l’embêter, mais se promettait d’en acheter plus pour l’hiver).

[Dak?]

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Dakota Mitchells
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MessageSujet: Re: Coffee, Pie & Smile   Jeu 14 Oct - 9:24

Dakota n’avait jamais été une lève-tôt. Mais, par contre, elle avait toujours été une réveille-tôt. Sauf que, à la différence de son père, elle était capable de traîner des heures au fond de ses couvertures et, parfois même, de se rendormir, ou du moins de somnoler un peu. Ce que Gavin avait décidé de ne pas la laisser faire. Il la faisait se lever tous les matins vers 8h, qu’elle ait ou non quelque chose à faire ce jour-là. Et, honnêtement, à Sywhaîd, les jours sans rien à faire étaient fréquents et s’étiraient du coup en longueur de façon parfois quasi insoutenable. Dakota n’en était pas encore à espérer davantage de corvées pour faire passer le temps plus vite mais voyait arriver le moment où elle sombrerait effectivement dans cette folie.

En l’occurrence, on était dimanche et Dakota s’était réveillée à six heures. Après avoir comaté pendant une bonne heure et demie, elle s’était levée, avait récupéré Matilda, s’était enroulé dans son plaid, son bloc et son crayon à portée de main et s’était penchée sur la nouvelle chanson qui la tenait occupée en ce moment. Pour le moment, ça s’appelait Wild Horses sans qu’elle sache très bien pourquoi et la mélodie prenait forme, en tout cas le thème de base était achevé et elle fignolait les refrains. Elle n’avait pour l’instant aucune parole mais ça ne l’embêtait pas. Les paroles lui venaient généralement une fois la musique terminée.

Elle ne releva la tête que quand l’odeur des pancakes vint chatouiller ses narines et que la voix de Gavin vint chatouiller ses oreilles. Après avoir rangé soigneusement sa guitare (son coin musique, rangé à la limite de la maniaquerie, contrastait sérieusement avec le reste de sa chambre et le bazar qui y régnait), elle sortit de la pièce et descendit les escaliers vers la cuisine. Elle était encore en pyjama : un t-shirt emprunté à Gavin et un jogging vert, les cheveux ébouriffés par la nuit, sans maquillage (à part quelques traces de la veille) et faisait plus jeune que jamais.

- Morning Gav, répondit-elle en se hissant sur un tabouret et en étouffant un bâillement.

Elle n’arrivait toujours pas à l’appeler autrement. Malgré ce qu’elle avait pu écrire sur le sujet, le mot « dad » ne parvenait pas à franchir ses lèvres, sans qu’elle sache très bien ce qui l’en empêchait. Elle était consciente que ça blessait Gavin et elle-même n’était pas particulièrement satisfaite de la situation mais, honnêtement, elle n’arrivait pas à faire autrement. Les chansons étaient plus simples que les discours, pas vrai ?

Elle tartina généreusement ses pancakes de miel. Elle préférait le sirop d’érable mais Bulle et elle avaient vidé la réserve un jeudi soir où Gavin était sorti au pub. Donc, ce serait du miel. Pas mal non plus. Elle se lécha consciencieusement les doigts avant d’attaquer son premier pancake avec un appétit féroce. La bouche presque vide, elle lança :

- Bulle et moi, on va faire une ballade à cheval aujourd’hui. Et ensuite je vais chez elle, elle repeint ses meubles, j’ai dit que je lui donnerai un coup de main.

Annoncer le programme de la journée au petit-déjeuner était une tradition que Gavin avait instaurée. Une des nombreuses traditions qu’il avait instaurées. La vie avec Gavin était bourrée de petits rituels et Dakota devait bien reconnaître que, si certains l’emmerdaient assez profondément, dans l’ensemble, c’était plutôt sympa.
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Gavin Mitchells
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MessageSujet: Re: Coffee, Pie & Smile   Jeu 4 Nov - 13:28

Gavin était du genre vorace, il ne mangeait jamais particulièrement lentement, et engouffrait une quantité de nourriture assez impressionnante. Il avait un métabolisme rapide, et faisait beaucoup d’exercice, ça n’avait donc rien d’étonnant. Quand Dakota commença à annoncer le programme de la journée, il en était déjà à son troisième pancake. Il finit de le mâcher sommairement, déglutit, prit une gorgée de lait (ça aussi un luxe du dimanche, pour lui du moins qui n’était plus en pleine croissance, le lait n’était pas ce qui courrait les rues à Sywhaîd, et le lait de chèvre n’était peut-être pas le meilleur lait à boire au petit-déjeuner mais Gavin s’y était habitué). Le lait fit passer le goût très sucré des pancakes (ou plutôt de la tonne de miel qu’il avait mise dessus) et il s’essuya rapidement la bouche, afin d’effacer la moustache blanche à la Got milk ? que la gorgée avait laissée.

« Désolé mais je crois que ça va pas être possible aujourd’hui. »

Il disait ça sur un ton tranquille, comme à peu près tout ce qu’il disait, et il faudrait sûrement quelques fractions de secondes à Dakota pour comprendre qu’il venait de bousiller aussi tranquillement les plans qu’elle avait faits, ce qui était l’une des pires choses qu’un parent pouvait faire à un adolescent. Si Gavin n’était pas tout à fait habitué à son rôle de père à plein temps, il avait déjà fait preuve d’autorité à plusieurs reprises, même si Dakota et lui n’avaient encore pas eu d’énorme engueulade. Et quand il était autoritaire, au contraire de son ex-femme, il ne criait pas, mais était presque plus calme encore, ce qui était plus compliqué à combattre, d’une certaine façon. Il était conscient d’une chose, cette grosse engueulade ne tarderait pas. Et il l’espérait presque. Il fallait qu’ils s’engueulent, ça faisait partie du jeu, de leurs rôles respectifs, et ils ne pourraient avoir une vraie relation père-fille tant qu’ils ne s’engueuleraient pas comme de vrais pères et filles. Après tout, les adolescents gueulaient à tout bout de champ. Evidemment, il n’en était pas pour autant à être totalement injuste histoire de provoquer les disputes, et il le prouva en ajoutant :

« J’ai reçu une lettre de ta mère. Il paraît que tu n’as pas rendu deux devoirs que tu étais sensée envoyer durant ces trois dernières semaines. T’as pas assuré ta part du deal, aujourd’hui tu fais ces devoirs, et tu les envoies, et ensuite tu bosses sur le reste des choses que tu étais sensée apprendre. »

Tout ça dit avec tellement de calme qu’il en était difficile de trouver les mots pour réagir. Mais bon, rappelons que le texan avait une adolescente rebelle face à lui, ce qui lui assurait forcément une réaction intéressante. Mais il n’était pas inquiet, et le prouva en engouffrant une autre moitié de pancake dans sa bouche, avec un sourire paisible.

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Dakota Mitchells
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MessageSujet: Re: Coffee, Pie & Smile   Dim 7 Nov - 21:16

Dakota faillit s’étrangler avec sa gorgée de lait. Comment ça, ça n’allait pas être possible aujourd’hui ? Elle ne réalisa pas immédiatement ce qui se passait. Elle avait raté quelque chose ? Il lui faisait une blague ? Alors qu’il avait été au septième ciel qu’elle se fasse une amie (ce qu’elle avait trouvé particulièrement naze comme attitude) il allait maintenant l’empêcher de sortir ? Non, mais, vraiment, on était au bagne ou quoi ? Oui, ok, Sywhaîd était un peu le bagne, c’était indéniable mais la vie avec Gavin avait tout de même tendance à être résolument plus cool que la vie à Sydney. Malgré ses quelques crises de paternalisme aigues mais temporaires.

Dakota reposa brusquement son verre. Une lettre de sa mère ? Quel coup bas ! C’était bien elle ça, de lui écrire qu’elle lui manquait et, dans son dos, de se plaindre de son comportement ! Et Gavin qui marchait. A fond. Il courait même. Non seulement son ex femme l’avait envoyé s’enfermer dans le trou du c** du monde mais elle faisait de lui son messenger boy, celui qui se tapait le sale boulot. Et lui, tranquille, il acceptait. Ah, mais ça n’allait pas se passer comme ça ! Hors de question qu’elle gâche un après-midi aussi fun que celui qui s’annonçait pour rédiger un essay sur les conséquences économiques de l’immigration gobeline en Europe aux XIXè siècle (comme si ça intéressait qui que ce soit !)

Son regard se fit noir, annonçant la tempête. Elle ignorait totalement que Gavin estimait leur relation incomplète car n’ayant pas connu de véritable orage. Sinon, elle se serait lâchée et lui aurait donné exactement ce qu’il voulait. Sauf qu’elle faisait avec Gavin des efforts dont elle ne gratifiait pas sa mère. Elle serra donc les dents et répliqua :

- Je les ferai demain. Bulle compte sur moi, j’ai promis de l’aider.

Gavin aimait les promesses tenues. Avec un peu de chance, il s’adoucirait et renoncerait à cette punition ridicule. Ils mettraient tout ça derrière eux et peut-être même qu’elle finirait par les faire, ces devoirs.
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Gavin Mitchells
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MessageSujet: Re: Coffee, Pie & Smile   Lun 15 Nov - 22:52

Oui, Gavin aimait les promesses tenues. C’était un de ses traits de caractères les plus forts, et parfois les plus handicapants. Il était incapable de supporter une trahison, et avait mis des années à apprendre à pardonner les petits mensonges que les gens vous servaient parfois, souvent avec de bonnes intentions. Il était quelqu’un de droit, tellement que parfois les gens le prenaient pour un imbécile, pensaient pouvoir en profiter. Evidemment, il avait ses limites, et il était loin d’être stupide. Mais oui, il aimait les promesses tenues. Tellement qu’il sourit, et que Dakota eut tout le temps de croire qu’elle avait remporté la micro-bataille qu’ils venaient de se livrer. Sauf qu’on parlait ici de Gavin, celui dont Caroline disait toujours que leur fille tirait son sale caractère, et particulièrement son talent pour l’obstination. Il prit une nouvelle gorgée de lait, puis reposa le verre dans un petit « clac » qui résonna dans le silence qui précédait cette tempête, puis dit tout aussi calmement :

« Et tu as promis de faire tes devoirs. Tu l’as promis quand on est arrivés à Sywhaîd, c’était ta part du marché. »

Quand ils étaient arrivés, Gavin et Dakota avaient eu une sorte de discussion durant le moment où ils s’étaient installés. Une discussion durant laquelle ils avaient instauré quelques règles. Gavin avait dit à son adolescente de fille que, comme ils n’avaient jamais vécu ensemble, il fallait qu’ils décident ensemble des règles, globalement, afin d’éviter de trop se taper sur les nerfs. Il y avait eu quelques règles imposées et non-négociables, du côté de Gavin : faire ses devoirs en temps et en heure, ranger après s’être fait un en-cas (Gavin était quelqu’un de relativement ordonné, mais il avait du mal à supporter une cuisine mal tenue), rangement de chambre aussi régulier que possible, partage des tâches ménagères, respect du couvre-feu (qui varierait selon les saisons et les jours de la semaine). Dakota en avait aussi imposé quelques-unes, et pour le reste ils avaient négocié dur, puis avait ajouté quelques règles après avoir commencé à vivre ensemble. Ils en étaient encore aux tâtonnements, évidemment, mais ils avaient plus ou moins trouvé leur équilibre et leurs habitudes. A les voir, on pouvait commencer à croire qu’ils avaient vécu ensemble toute leur vie… Sauf qu’ils continuaient souvent à marcher sur des œufs, et à éviter certains sujets, comme le fait qu’ils n’avaient pas vécu ensemble toute leur vie, par exemple.

« Tu ne peux pas tout avoir, gamine. » expliqua-t-il tout en continuant à manger ses pancakes comme s’il discutait de la pluie et du beau temps. « Tu ne peux pas vouloir que je te laisse parfaitement tranquille et t’attendre à ce que je trouve normal que tu ne fasses pas ta part de boulot. Si tu ne remplis pas ta part du marché, je suis obligé de devenir autoritaire. Et tes devoirs, tu sais que tu ne les feras pas si je ne te force pas à rester pour le faire. Aujourd’hui il y a Bulle à aider, demain il y aura une corvée, après-demain un livre, le jour d’après Bulle à aller voir… Et ça n’en finira jamais, et tes devoirs, jamais personne n’en verra l’ombre. »

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Dakota Mitchells
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MessageSujet: Re: Coffee, Pie & Smile   Mer 1 Déc - 10:32

Dakota reposa brusquement ses couverts. Non, mais c’était une blague, ou quoi ? Il ne pouvait pas être sérieux, là. Qu’est-ce que c’était que cette lubie soudaine de vouloir jouer le père responsable et sérieux et plein de bonne volonté ? Alors qu’il avait toujours donné le meilleur de lui-même en papa cool et funky. Non, vraiment, ça n’allait pas du tout ; ça ne lui allait pas du tout. Et ces histoires de promesses, de responsabilités… Franchement ! Quelle idée ! Comme si ça voulait dire quelque, des promesses qu’on faisait, comme ça, sans vraiment y penser, pour faire avancer les choses. Décidément, ce qu’il pouvait être imbuvable parfois, tellement… tellement adulte ! Elle haussa le ton, sans même s’en rendre compte :

- Mais quelle importance, toute façon ? Qu’est-ce que ça change que je fasse ce foutu essay de merde ? Ou les autres, for that matter. Comme si ça allait changer ma vie ou me servir à quelque chose dans l’avenir, de savoir qu’il y a eu une immigration gobeline à la con au XIXè siècle en Europe. Comme si c’était utile de connaître les quatorze lois de base de la transfiguration animale !

De plus en plus animée, elle avait presque craché les derniers mots. Parce que, au fond, c’est exactement ce qu’elle avait toujours reproché à l’école, d’enseigner des trucs complètement inutiles, de la forcer à rester assise, immobile, concentrée, à mémoriser des pages et des pages d’informations inutiles. Alors qu’ici, à Sywhaîd, au moins, elle avait l’impression de faire des choses utiles. Elle passait du temps à la menuiserie, avec l’un ou l’autre des Anthony et elle aimait la sensation de créer quelque chose, de A à Z. Même les cours étaient plus fun, elle avait beaucoup aimé celui sur les totems, même si elle y était allée à reculons. Elle avait enfin l’impression de servir à quelque chose et elle ne supportait pas de perdre son temps sur ces cours par correspondance à la noix qu’on la forçait à suivre. Elle croisa les bras sur sa poitrine et regarda Gavin d’un air de défi :

- J’le f’rai pas.
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Gavin Mitchells
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MessageSujet: Re: Coffee, Pie & Smile   Ven 14 Jan - 17:44

Gavin ne sembla pas se laisser particulièrement impressionner, que ce soit par le petit discours de sa fille, son air de défi, ou même sa dernière réplique. Il finit ses pancakes en deux bouchée puis se dirigea vers l’évier où il déposa son assiette. C’est en tournant le dos à Dakota, dans une attitude toujours aussi détendue, tandis qu’il faisait couler un peu d’eau chaude pour tout de suite enlever le plus possible du collant de l’assiette, qu’il ne laverait pas tout de suite vu qu’il avait encore la discussion à finir et son lait à boire, qu’il répondit :

« Et tu n’iras pas chez Bulle. »

Il coupa le robinet, prit le torchon, et se tourna vers Dakota, tout en s’essuyant sa grosse paluche (il était toujours surprenant de le voir jouer de la guitare quand on voyait la taille de ses mains, de vrais battoirs), il continua tranquillement :

« Et si ça ne suffit pas à te faire faire ton essai, tu ne sortiras plus du tout. Tu n’auras plus ton mp3 magique. Je te confisquerai tes bouquins. Et ta guitare. »

C’était une sorte de graduation assez violente, et même si Gavin l’avait dit calmement, de cette voix aux accents lents qui semblait pouvoir appaiser n’importe quelle situation, et qu’il avait, tout en parlant, fini de s’essuyer les mains, puis rangé le torchon, et était revenu à la table, tout ça n’en était pas moins sérieux. De toute façon, Dakota connaissait son père, il avait beau avoir un humour assez particulier, quand il disait quelque chose, il le disait sérieusement. Gavin prit une gorgée de lait, puis reposa son verre, sans le lâcher.

« Parce que ce que tu as l’air de ne pas vouloir comprendre, de ne pas vouloir admettre, c’est qu’ici c’est pas toi qui commande. Et, mon égo en prend un coup, mais ce n’est pas moi non plus. » La crispation de sa main sur son verre blanchit ses jointures, seule réelle marque de la colère qui montait chez lui aussi. « Tu as quinze ans, tu dois être scolarisée. Je te dirais bien, à seize ans tu feras ce que tu voudras, mais ça n’est pas vrai. Tant que tu seras mineure, et sous la responsabilité de ta mère, tu devras continuer tes études. »

Gavin voulait que Dakota finisse son lycée, c’était la seule chose qu’il « exigeait » niveau études. Lui-même avait arrêté beaucoup trop tôt, et savait comme il était dur de trouver du travail quand on n’avait aucun background universitaire (ou autre) derrière soi. Mais il pouvait admettre qu’on ne soit pas fait pour les études, après tout, même si Caroline n’était pas tombée enceinte, il n’aurait sûrement pas continué après le lycée. Mais justement, Caroline, elle, était une universitaire. Une femme instruite, qui gagnait beaucoup d’argent, et évoluait dans des cercles privilégiés et cultivés. Elle, elle voulait, elle exigeait que Dakota fasse de longues études. Heureusement, on n’en était pas encore à ce choix, donc les choses étaient relativement simples, en l’état. Parce que Dakota ne savait même pas encore à quel point sa mère pouvait batailler pour avoir ce qu’elle voulait, quitte à détruire les gens qui l’aimaient le plus sur son passage.

« Sans compter que ça faisait partie du deal avec ta mère, aussi. Si je n’arrive pas à te faire continuer tes devoirs par correspondances, hell, à te faire progresser, je vais devoir te ramener en Australie. »

Il réalisa soudain que sa main tenait le verre beaucoup plus fortement, et le lâcha un peu brusquement. Sa main lui faisait mal, mais il n’y prêta aucune attention, et la déposa bien sagement sur sa cuisse, avant de planter son regard clair dans celui de sa fille :

« Si c’est ce que tu veux, dis-le moi tout de suite, parce que mettre ma vie et ma carrière en hiatus pour finalement devoir te ramener en Australie pour une histoire débile d’essay, je crois que je pourrais pas digérer. »

Toujours pas de haussement de voix du côté du texan, et même un petit sourire amusé. Il n’y pouvait rien, il ne pouvait pas crier devant Dakota, parce que Gavin avait cette violence en lui, et que jamais il n’aurait risqué de la laisser éclater devant sa fille. Mais le fait qu'il évoque pour la première fois tous les sacrifices qu'il faisait pour elle prouvait qu'il était dans un état relativement avancé, et qu'ils étaient dans une situation plus que glissante.

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Dakota Mitchells
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MessageSujet: Re: Coffee, Pie & Smile   Ven 21 Jan - 12:44

Dakota avait croisé les bras, prête à la guerre. Elle avait l’habitude, avec sa mère, ça se finissait toujours comme. Les menaces, les punitions, les privations, elle avait l’habitude aussi. S’il croyait que c’était comme ça qu’il allait la faire céder, il se fourrait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Elle était prête au siège et, il allait l’apprendre à ses dépens, elle était très douée à ce petit jeu-là et elle ne cédait jamais la première. Sauf que, une fois encore, Gavin la prit complètement par surprise. Il prit implicitement son parti, comme s’il reconnaissait que, effectivement, les études n’étaient pas tout dans la vie, ce que sa mère considérait comme une hérésie.

Elle faillit en oublier de faire la gueule. C’était bien la première fois qu’un adulte évoquait devant elle la possibilité de ne pas faire d’études, d’arrêter à dix-sept ans (Gavin disait seize mais c’est parce qu’il était non sorcier, il devait avoir oublié que la majorité sorcière et la fin du lycée étaient toutes deux à dix-sept ans) sans la teinter de honte ou d’opprobre. C’était absolument inédit. Jusqu’ici, les études avaient toujours été non négociables. Il fallait en faire. Abandonner après le lycée, c’était l’échec le plus total, c’était pour les ratés comme… comme son père. Si c’était ça être un raté, elle voulait bien tenter le coup. Mais Gavin avait raison. Elle avait encore deux ans à tirer sans pouvoir prendre ses propres décisions.

Et, là, il asséna le coup de grâce. Elle n’avait pas pensé à ça. Elle n’avait pas pensé que si sa mère recevait des mauvais résultats, elle accuserait Gavin et elle la sortirait de Sywhaîd. Ça, en soi, elle n’était pas contre. Mais ça voulait aussi dire qu’elle l’enlèverait à nouveau à Gavin et, ça, elle ne voulait absolument pas que ça arrive. Ils avaient leurs problèmes, il était aussi loin d’être le père parfait qu’elle d’être la fille idéale. Mais ils avaient réussi à créer une relation qui fonctionnait, tant bien que mal. S’il fallait abandonner ça à nouveau, repartir sur les bases d’avant, elle ne le supporterait pas. Elle aimait son père et vivre avec lui faisait réaliser à quel point sa présence lui avait toujours manqué. Sa présence à lui, la présence d’une référence autre que sa mère, quelqu’un de moins parfait, à qui elle pouvait plus s’identifier.

Et, oui, c’était vrai, il avait fait d’énormes sacrifices pour elle. Il vivait sur ses tournées et acceptait de n’en faire qu’une par an, en été, pour pouvoir s’occuper d’elle, pouvoir lui offrir un environnement où elle n’était pas jugée sur ses résultats scolaires et où elle n’avait pas toujours l’impression d’être un désastre. Elle se sentait coupable à cause de ça, assez régulièrement. Et voilà qu’elle agissait en gamine pourrie gâtée, incapable de comprendre ce sacrifice et le piétinant sans réfléchir. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux et repoussa violemment son tabouret avant de monter en courant dans sa chambre et d’éclater en sanglots sur son lit.

Plus tard, elle ferait ses devoirs et Gavin et elle auraient une discussion sérieuse où ils mettraient en place un système de devoirs moins contraignants, couplés à des cours sywhaidiens. Plus tard. Pour l’heure, Gavin la laissa pleure tout son soûl, ne vint pas gloser sa victoire, considérant sans doute que personne n’avait perdu et ne reparla même pas de l’incident avant qu’elle ne revienne elle-même sur le sujet. Elle ne s’excusa pas mais cette crise marqua un tournant dans leur relation qui devint plus saine, plus adulte.
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