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Charlie Fontaine Sywhaîdienne


Nombre de messages: 90 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Je compte jusqu'à trois Dim 26 Sep - 0:12 | |
| Une paire de bottines galopait rapidement en direction de la scierie, une, deux, une, deux. Deux très jolies bottines, soit dit en passant, d'un prune foncé, et remontant sur deux chevilles non moins ravissantes, dissimulées, comme les jambes qui les prolongeaient, sous un très joli pantalon de tweed dans les mêmes tons. Lui-même partiellement dissimulé -hey, c'est qu'il commençait à faire frisquet, en novembre- sous un petit manteau rose framboise. Charlie, car c'était elle, portait en outre un pull en cachemire beige et avait coiffé un bonnet en laine, tant pour se protéger les oreilles que parce qu'elle ne s'était pas fait de brushing particulièrement élaboré ce matin-là.
Et où courait-elle donc, ce matin-là, la Charlotte, au fait ? A la scierie où, lui avait-on dit, se cachait son Baban. Enfin, on n'avait pas dit "cacher", ni "Baban", mais l'idée était celle-là. Or l'heure était grave. Et pour que notre aimable lecteur se ronge les ongles jusqu'au sang pour supporter le douloureux suspense des raisons de cette course effrénée, appuyons sur le bouton "avance rapide" de notre télécommande, et suivons la jolie demoiselle jusqu'au moment précis où elle ouvrit, d'un grand geste théâtral, la porte de la scierie. Elle jeta les yeux sur la pièce, y découvrit rapidement celui qu'elle cherchait, qui discutait avec son ami Anton, lui-même occupé à raboter une planche de bois. Ou quelque chose comme ça, Charlie ne s'y connaissait pas suffisamment en ébénisterie pour identifier ni le bois, ni l'opération. Et peu importait. Pour l'heure, elle pointa du doigt son cher et tendre.
"Esteban Juarez, j'ai besoin de toi", déclara-t-elle solennellement, le ton sévère, le front légèrement froncé -c'était un peu forcé, elle ne pouvait pas être à la fois écrivain à succès et comédienne de génie. "Je m'ennuie terriblement", expliqua-t-elle. Depuis deux jours, elle avait épuisé sa réserve de papier, et avait beaucoup de mal à attendre la livraison de sa commande. Elzévir et elle venaient d'enchaîner trois crapettes, c'était leur maximum. Décidément elle n'était pas très douée pour la vie à la campagne-la-plus-paumée-de-l'univers.
"Donc bon, on va faire un tour."
Elle sembla apercevoir Anton, lui adressa un sourire gracieux.
"Ah, Tony, tu viens aussi, évidemment. Pas question qu'on te laisse tout seul, depuis ton retour tu frôles la dépression, mon grand."
Anton, qui n'était pas aussi habitué au fonctionnement de Charlie que l'était son blond ami, esquissa un geste vers le rabot, ouvrit la bouche pour parler. Mais il fut aussitôt interrompu.
"Non non non, ya pas d'excuse qui tienne. tu feras ça plus tard. Je te couperai quelques bûches, ça t'avancera." Et, au cas où son interlocuteur aurait eu des doutes quand à l'efficacité de ses petits bras mignons mais plutôt minces, elle ajouta, sur le ton de l'évidence :
"Je suis canadienne, le boulot de bûcheron, ça me connaît, voyons".
Ce qui était évidemment relativement faux, chose que savaient bien Esteban comme Anton, mais pouvait-on raisonnablement refuser d'obéir à une petite demoiselle aussi charmante ?
"Allez, allez, je compte jusqu'à trois."
[Baban ? Tu peux faire compter Charlie, et tu peux faire agir/parler Tony, si besoin] |
|  | | Esteban Juarez Sywhaîdien


Nombre de messages: 44 Age: 37 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Re: Je compte jusqu'à trois Ven 8 Oct - 13:16 | |
| « Un… »
Esteban se releva de l’établi contre lequel il était appuyé. Il portait un simple jean noir, à la coupe droite, ainsi qu’un pull à col roulé brun qui faisait ressortir la pâleur de sa peau et mettait en valeur tant ses cheveux blonds très clairs, que ses yeux bleus, que sa barbe rousse, une barbe de trois jours assez discrète mais qui allait plutôt bien avec son pull. Il sourit finement, de ce sourire toujours un peu retenu qu’il avait, un sourire « froid », mais sincère, et tourna un regard faussement fataliste vers Anton, l’air de dire « qu’est-ce que j’y peux ? ».
« Deux… »
Il s’approcha de Charlie et lui prit le bras. Il n’était pas du genre à batailler quand il savait la bataille déjà perdue, pas pour ce genre de petites batailles en tout cas, et Charlie était bien décidée à forcer son meilleur ami et lui à se balader avec elle. Et à s’occuper un peu d’elle, tout simplement. La jeune femme était en demande d’attention, et Esteban la lui donnait sans problème, il l’aimait aussi pour ça, avait été complètement sous son charme dès le début en partie parce qu’elle aimait qu’une pièce tourne tout autour d’elle. Et puis, il demandait de l’attention, lui aussi, dans son genre bien particulier.
« Et trois ! »
Anton les avait rejoints, ils étaient prêts à marcher, et Charlie commença à avancer, en tenant bien le bras de son amoureux, qui ne prit pas la peine d’enfiler son long manteau en cuir. Il avait eu légèrement trop chaud en venant jusqu’à la scierie, et utiliserait ses tatouages s’il avait trop froid, il n’avait pas envie de retarder la balade de Charlie, de peur qu’elle ne prenne ça pour un affront terrible.
« Dis-moi, Charlotte, » dit-il une fois qu’ils furent dehors, avec cette façon si particulière qu’il avait de prononcer ce prénom que si peu de gens utilisaient. « qu’est-ce que tu as fait de ta matinée ? »
Ils ne l’avaient pas passée ensemble. Esteban avait commencé par être de corvée d’inventaire à la bibliothèque, puis avait filé à la scierie avec un casse-croûte pour son meilleur ami, et quand sa chère et tendre avait débarqué, ils venaient de finir de manger. _________________ As sure as night is dark and day is light I keep you on my mind both day and night And happiness I\'ve known proves that it\'s right Because you\'re mine, I walk the line. |
|  | | Anton Almeida Menuisier


Nombre de messages: 111 Age: 36 Date d'inscription: 19/04/2008
 | Sujet: Re: Je compte jusqu'à trois Ven 29 Oct - 2:17 | |
| Bon ; visiblement, il n'y avait pas lieu de protester, de dire quoi que ce soit. Charlie avait décidé qu'ils -un pluriel l'incluant- iraient se balader : ils iraient. Reposant le rabot en étouffant un soupir agacé, il attrapa sa veste, et à peine l'eut-il enfilée que l'autoritaire demoiselle, pourtant déjà au bras d'Esteban, l'attrapait par la manche histoire de marcher solidement harnachée des deux côtés. Pour le coup, Anton sourit. Oui, elle était impossible ; adorable, certainement, futée, joyeuse, pétillante, intelligente et probablement charmante... mais fatigante. Il connaissait suffisamment bien Esteban -il était peut-être une des trois seules personnes au monde à pouvoir s'en targuer- pour comprendre pourquoi il aimait Charlie, pourquoi, en fait, ils étaient accros l'un à l'autre.
Mais il y avait tout de même des moments où le doute flottait vaguement dans son esprit. Il s'efforçait de les en chasser rapidement, non pas par loyauté amicale, mais parce qu'il en venait à se dire que l'amour était une chose de toute manière par essence déraisonnable, et qu'il était un peu trop bien placé pour le dire. Allons, il n'avait pas l'intention de jouer le rôle du vieux ronchon venu gâcher cette petite promenade, lui fût-elle imposée. Il prit quelques bouffées d'air ; le froid était vif, ça faisait du bien. Histoire de faire taire la petite voix qui, du même coup, lui rappelait que les bûches ne se fendraient pas toutes seules, il s'obligea à écouter avec plus d'attention que nécessaire le récit de la matinée de Charlie.
Bien lui en prit, car l'intéressée était indubitablement une excellente raconteuse d'histoires. Avec elle, le moindre micro-événement devenait par enchantement susceptible de vous tenir en haleine. Et de fait, ce fut tout à fait distrayant de l'écouter expliquer qu'en somme, elle n'avait rien fait de constructif, et qu'après avoir choisi sa tenue du jour (apparemment le choix de la couleur prune était à mettre en rapport avec une obscure commémoration celte), elle avait essayé en vain de réfléchir à son roman, ce qui, selon ses dires, s'avérait extrêmement difficile sans papier potable à sa disposition. Anton la croyait sur parole.
"J'ai toujours cette idée qui me titille, celle de partir sur des récits croisés qui décriraient la vie du village... Mais je n'arrive pas à me décider sur les personnages en question... J'en ai beaucoup trop en tête. Du coup... je bloque", expliquait Charlie, plutôt à son Baban qu'à Tony, à vrai dire.
"Vous n'imaginez pas comme c'est compliqué de ne pas écrire sur soi, pour une fois", opina Elzévir, son daemon martre, avec un soupir ironique qui lui valut une pichenette sur l'oreille. La martre lança un regard offusqué à Stiliko ; mais si elle espérait un peu de solidarité de ce côté-là, c'était raté : la femelle castor venait justement de trouver un rameau d'érable qui semblait tout à fait à son goût et l'empêchait clairement de prendre part à la conversation. |
|  | | Esteban Juarez Sywhaîdien


Nombre de messages: 44 Age: 37 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Re: Je compte jusqu'à trois Lun 1 Nov - 0:25 | |
| Esteban avait relativement raccourci ses pas, afin que Charlie n’ait pas à trotter comme une folle, ce qui aurait sûrement un peu entaché la balade qu’elle venait d’exiger. Il marchait donc d’un pas qui, pour lui, était relativement lent, en regardant la campagne Sywhaîdienne, du moins quand il ne regardait pas son interlocutrice lui raconter sa matinée. Une matinée chargée de beaucoup de… rien, donc. Esteban eut un pâle sourire. Il connaissait sa Charlie, et n’était pas surpris. Il l’écouta ensuite parler de ses blocages dans l’écritures. Un des rares domaines où ils n’étaient pas fusionnels était bien celui de leurs carrières. Bon, on pouvait tout à fait imaginer que c’était parce qu’elle en avait une, et qu’Esteban non, mais le terme était à prendre au sens large. Et l’Argentin faisait de la recherche, même s’il ne la faisait que pour lui-même, sa propre soif de connaissance. Et cette recherche était bien un des rares domaines où Charlie n’avait pas voix au chapitre. Comme l’écriture, pour Esteban. Cependant, il arrivait régulièrement que la jeune femme parle de ses problèmes, afin de voir si son cher et tendre ne pouvait pas lui trouver une issue. Ce qu’il faisait relativement rarement, mais parfois il disait exactement ce qu’il fallait pour qu’elle trouve une piste (même si en général la piste en question était à des milliers de kilomètres de ce qu’il avait en tête).
« Si tu nous parlais un peu de ces personnages ? On pourrait t’aider à faire le tri… »
En réalité, pas sûr que ce soit très utile. Esteban et Anton n’étaient pas exactement le public visé par les romans de Charlie. En fait, bien que tout à fait conscient du talent de la femme qu’il aimait, et bien qu’il ait lu tous ses livres publiés, Esteban n’était pas un fan de la donzelle. Ce qu’elle écrivait était chouette, mais loin d’être son type favori de bouquins. C’était pétillant, et en les lisant il avait l’impression d’avoir Charlie sous les yeux, mais à vrai dire il préférait l’avoir réellement sous les yeux, plutôt qu’une sorte de version fictionnelle sur papier glacé.
Toujours est-il qu’il avait découvert en la fréquentant que, parfois, pour régler un blocage d’écriture, il suffisait d’en parler à quelqu’un. Et puis, ça ferait la conversation, et donnerait à Charlie l’attention qu’elle voulait. Esteban savait que ça n’était sûrement pas la conversation dans laquelle son meilleur ami serait le plus à l’aise, mais il savait aussi que Tony était assez robuste pour supporter ça. Après tout ce qu’ils avaient vécu, s’il était incapable de survivre à Charlie quelques minutes, c’était qu’il s’était franchement ramolli. Esteban coula discrètement un regard vers le menuisier. Il était inquiet pour lui, depuis qu’il l’avait retrouvé, et se demandait comment l’aider. Charlie était persuadée qu’il fallait lui trouver une petite-amie, mais très sincèrement, même s’il avait été d’accord avec cette idée, Esteban aurait tout simplement eu du mal à trouver qui. Aucune des femmes qu’il avait rencontrées dans le village jusqu’à présent ne semblait fait pour Tony. _________________ As sure as night is dark and day is light I keep you on my mind both day and night And happiness I\'ve known proves that it\'s right Because you\'re mine, I walk the line. |
|  | | Charlie Fontaine Sywhaîdienne


Nombre de messages: 90 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Re: Je compte jusqu'à trois Lun 1 Nov - 23:36 | |
| A vrai dire, ce genre de conversation n'était pas si malvenue aux oreilles de Tony ; elle était totalement futile, et c'était exactement ce dont il avait besoin. Non pas qu'il se fichât éperdument de la carrière de la petite amie d'Esteban, il l'appréciait en dépit de son caractère particulier et lui souhaitait de continuer de voir la vie lui sourire comme elle l'avait jusqu'ici (presque) toujours fait. Mais la richesse de ses intrigues n'était pas pour autant son principale sujet de préoccupation, bien au contraire, et lui non plus n'était pas un fan absolu des écrits de la pétillante canadienne. Disons que c'était un peu trop acidulé pour son palais. Lorsqu'il avait connu Esteban, à vrai dire, les livres lui servaient plus souvent à cogner qu'à autre chose. Il n'avait jamais été l'intello de la bande. Et aucun des trois n'était du genre à dévorer de la chick-litt, si bien écrite fût-elle.
Plus petite que les deux amis, Charlie surprit un peu au-dessus de leur tête le regard vaguement désolé de son amoureux, et le sourire franc que lui rendit le menuisier. Elle étira à son tour les lèvres, de façon entendue. Ah, ce qu'elle était maligne, et comme elle avait eu raison de secouer les puces de ces deux grands bêtas plutôt que de les laisser noyer la déprime du plus brun des deux dans la parlote inutile (ah, les garçons).
"Eh bien", expliqua-t-elle en tournant plutôt la tête vers Esteban que vers Tony, "l'idée, c'est qu'on les découvre tous vraiment progressivement. Ils sont tous venus parce qu'ils avaient quelque chose à cacher, mais ça on le comprend pas de suite, évidemment. C'est qu'au bout d'un moment qu'on comprend que le village où ils vivent est un genre de planque, en réalité. En même temps qu'on découvre leurs petits secrets respectifs, bien entendu. Et il faut des rebondissements, genre le vilain bad boy qui est en fait un ancien prêtre, ou la jeune fille pure et innocente qui se révèle une vraie salope, ou... hum, c'est peut-être un peu cliché, hein ? En fait j'aimerais partir sur des personnages relativement normaux, mais aux histoires compliquées".
Son regard dériva un peu malgré elle vers le menuisier. Celui-ci, tout en continuant de sourire, fronça les sourcils, et émit un "tt tt" à la fois réprobateur et amusé. Elle éclata de rire.
"Oh, pas d'inquiétude ! C'est de la pure fiction, hein !" s'exclama-t-elle. Mais le daemon martre, qui face à l'inattention de Stiliko avait lestement grimpé sur l'épaule de la demoiselle, fit mine de toussoter. "Oh, ça va, on a quand même le droit de s'inspirer vaguement de la réalité", ronchonna aussitôt Charlie.
"Hum, j'aimerais autant que tu évites les histoires tragiques de menuisier éploré, dans ton futur roman", répliqua Tony avec un regard entendu et amusé à Esteban. Il était le premier à faire mine de plaisanter du caractère outrancier, romanesque aurait-on pu dire, de son histoire. Mieux valait en rire qu'en pleurer. |
|  | | Esteban Juarez Sywhaîdien


Nombre de messages: 44 Age: 37 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Re: Je compte jusqu'à trois Ven 26 Nov - 16:45 | |
| « Sauf si tu décides de décrire les aventures de son trio de jeunesse, en soulignant parfaitement l’aspect terriblement sexy des trois personnages. J’avoue que recevoir quelques lettres de fans, pour une fois, ne me déplairait pas. » enchaîna Esteban avec un regard complice, bien qu’un air relativement froid, vers son ami.
Ca n’était pas la première fois qu’Esteban parlait d’écrire sur le trio, même si en général quand il le faisait, il ne les imaginait pas personnages de Charlie Fontaine mais faisant plus ou moins partie d’une sorte d’autobiographie sur laquelle il pensait vaguement travailler un jour. Après tout, l’Argentin avait eu une vie palpitante, et pleine de rebondissements et d’aventures plutôt hors-normes, c’était le cas d’Hugo et de Tony aussi, un livre consacré à leur amitié, et à leur périple, aurait certainement de quoi intéresser pas mal de monde. Bien sûr, Esteban enrichirait le livre plutôt d’histoires scientifiques et ethnologiques, toutes ces choses qu’ils avaient apprises sur leur chemin, plutôt que d’histoire d’amour et autres choses acidulées à la Charlie Fontaine. Ce projet, qui lui trottait dans la tête depuis des années, depuis même bien avant qu’il ne rencontre Charlie, il finirait un jour par y céder. Mais ça n’était pas encore le moment.
Ils arrivèrent près du Loch et Esteban salua Aaron qui était en pleine réparation d’une barque d’un signe de la main. L’ancien prêtre lui répondit avec un petit clin d’œil adressé à Charlie (que l’Argentin n’eut aucun mal à ne pas prendre mal, il avait un tempérament relativement possessif avec la belle, mais ne voyait pas Aaron comme un concurrent possible, d’autant plus que le canadien n’avait pas l’air particulièrement intéressé par la gente féminine, ou du moins pas assez pour sauter sur tout ce qui bougeait). Le plus blond du trio (le seul blond du trio en fait) amorça ensuite tranquillement un tour du Loch, c’était une façon de continuer la balade plutôt agréable, et comme il faisait relativement beau, ils n’étaient visiblement pas les seuls à avoir eu l’idée, plusieurs autres groupes de marcheurs s’occupaient en tournant autour du Loch.
« Et ils auraient tous des secrets, tes personnages ? » demanda Esteban alors qu’ils passaient à côté de Will et Rachel qui se baladaient en amoureux. « Ce serait peut-être plus intéressant s’il y avait quelques personnages vraiment ordinaires dans le tas, ça apporterait un peu de nuances. »
Mais après tout, est-ce qu’il existait vraiment des gens sans secrets ? Lui-même en avait. Peut-être pas des tragiques, peut-être pas des dangereux, peut-être pas des secrets sombres pouvant détruire des vies, mais il avait des secrets, des secrets qui étaient importants, l’étaient pour lui en tout cas, et pouvaient l’être pour d’autres. Est-ce qu’il existait vraiment une seule personne sans secret à Sywhaîd ? _________________ As sure as night is dark and day is light I keep you on my mind both day and night And happiness I\'ve known proves that it\'s right Because you\'re mine, I walk the line. |
|  | | Anton Almeida Menuisier


Nombre de messages: 111 Age: 36 Date d'inscription: 19/04/2008
 | Sujet: Re: Je compte jusqu'à trois Mer 12 Jan - 13:13 | |
| La petite balade, et surtout la conversation qui l'accompagnait, commençaient visiblement à réellement porter leurs fruits ; l'humeur du menuisier s'améliorait sensiblement. Le regard adorablement outré de Charlie à son amoureux, lorsque ce dernier parla de recevoir des lettres de fans, valait son pesant de cacahuètes, et provoqua un éclat de rire sincère de la part de Tony. Elle daigna sourire, ayant dieu merci encore suffisamment de recul sur elle-même et ses petits défauts pour que ceux-ci deviennent presque adorables. Oui, bon, certes, elle admettait qu'elle n'aurait pas franchement adoré l'idée de partager son Baban avec des centaines de demoiselles pré-pubères au fanatisme strident.
Le trio arriva donc de bonne humeur jusqu'au loch. Tony avait jeté quelques regards à son ami, et le connaissait suffisamment bien, après toutes ces années, pour deviner sons sous impassibilité relative qu'il était songeur. Et le menuisier pouvait assez aisément deviner vers où dérivaient les pensées en question, vu qu'Esteban avait déjà évoqué, en aparté, son projet concernant leurs péripéties communes. Anton n'y aurait pas vu d'inconvénients, même si, comme il l'avait alors dit, il estimait qu'il faudrait le cas échéant un sacré travail préparatoire pour faire accepter l'idée à Charlie. Elle aurait pu mal le prendre. Et puis il y avait Hugo ; encore aujourd'hui, il demeurait pour Tony une énigme et, si Esteban devait un jour écrire leur histoire, il faudrait sans doute pour ce faire qu'il résolve le mystère.
En attendant, leur promenade se poursuivait par un tour du loch - assurément pas la balade la plus originale du coin, mais il était honnêtement difficile de se lasser de pareil paysage. D'ailleurs, même Charlie, qui aimait faire preuve d'excentricité, ne boudait pas son plaisir, et aurait certainement balancé des ricochets à la surface de l'eau, si celle-ci n'avait été, en cette saison, figée en glace. Aussi la canadienne dut-elle se contenter, à la place, de s'amuser à gambader sur la glace aussi gracieusement que possible. Elle était plutôt douée en la matière, prouvant s'il en était besoin que non, elle n'avait pas grandi au Sénégal. Cependant, elle était tout de même obligée de se concentrer un minimum, de faire attention à l'endroit où elle posait le pied, pour ne pas tomber à la renverse : ses bottines étaient charmantes, mais ce n'était pas l'équipement idéal pour ce genre de sport. Et alors qu'elle s'apprêtait à répondre aux questions d'Esteban, et à affirmer que, bien sûr, elle comptait essentiellement peupler son roman d'individus apparemment "normaux", Tony lui coupa l'herbe sous le pied.
"Est-ce que ça existe vraiment, des gens sans secrets ?" répondit-t-il presque aussitôt, exprimant ainsi à voix haute, sans le savoir, ce que se demandait justement Esteban. Encore une fois, étant donné l'intimité forte qui existait entre les deux hommes, qui avaient partagé les expériences les plus radicales, ça n'était pas très étonnant. D'ailleurs, Charlie elle-même semblait de cet avis, et hocha vigoureusement la tête en guise d'approbation.
"Précisément !" s'exclama-t-elle.
Les pensées de Tony s'étaient de nouveau mises à dériver. Oui, tout le monde avait ses secrets, du menuisier tranquille à la jeune et discrète mère de famille. Ines lui avait fait la plus fracassante des révélations quelques semaines plus tôt, mais il n'en avait pas révélé la teneur à Esteban, et encore moins à Charlie. Il n'en avait pas parlé non plus à son homonyme. Il ne savait toujours pas ce qu'il était supposé faire de cette information, qui continuait de le plonger dans des abîmes de joie autant que de désespoir. Preuve définitive que tout le monde avait bel et bien ses petits secrets, y compris vis-à-vis de ses plus proches amis. Sauf qu'il n'était pas difficile pour Charlie de constater que le regard du menuisier s'était soudain de nouveau assombri. Ni une, ni deux, elle estima qu'il fallait passer aux grands moyens et, quittant sa promenade de glace, elle rejoignit la terre ferme pour attraper une motte de neige fraîche et la balancer en direction du menuisier. Elle rata son tir, mais la stratégie s'avéra néanmoins payante, puisque la bataille de boules de neige qui en résultat interrompit aussitôt la conversation comme les pensées moroses.
[Désolée pour le retard, du coup j'ai conclu...] |
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