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 Sin City

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Veronica Raines
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MessageSujet: Sin City   Jeu 2 Sep - 18:40

Lundi 6 septembre. La rentrée. Ronnie n’a jamais été de ces élèves qui redoutent la rentrée. Brillante et travailleuse, elle a au contraire toujours adoré l’école. Mais aujourd’hui c’est différent. Aujourd’hui, elle n’est plus l’élève, elle est l’enseignante. Et, aujourd’hui, elle est terrifiée. Malgré les paroles rassurantes du doyen de la MUCLA* lors de la journée d’orientation et l’assurance répétée de sa confiance. Malgré les paroles rassurantes de Logan et sa confiance aimante. Malgré les paroles rassurantes de Thomas, arrivées sous forme de lettre et délivrées en même temps qu’une douzaine de roses rouges à longue tige. Oui, malgré tout ça et malgré la conviction qu’elle-même a de son talent et de sa légitimité, elle est terrifiée. Terrifiée à l’idée de se tenir devant la douzaine d’élèves que compte sa première classe de première année (la Magie Canalisatrice demeure une science très select ; en quatrième année, à l’issue du cursus obligatoire, ils ne sont généralement plus que trois ou quatre), à peine plus âgée qu’eux, plus l’air d’une grande sœur que d’une prof.

Ça a été son gros problème, ça. Comment affirmer sa légitimité devant des jeunes à peine sortis de l’adolescence quand on a moins de dix ans de plus qu’eux ? La tenue était donc un élément primordial. Elle ne pouvait décemment pas débarquer dans ses tenues habituelles, qui disaient bien son âge. Mais il était aussi complètement hors de question d’enfiler un tailleur informe et des talons carrés, fallait pas non plus exagérer. Finalement, après moult concertations avec Rohé et Logan, elle a sélectionné une robe dans les tons gris et noirs, parfaitement coupée, avec un col un peu plissé découvrant tout juste la clavicule, sans manches et s’arrêtant à mi-cuisse. Elle porte des chaussures couleur gris taupe, avec un talon relativement bas. Elle a relevé ses cheveux en chignon banane, s’est maquillée avec soin et a troqué sa besace fourre-tout habituelle contre une sacoche contenant son Mc Book (elle a retrouvé avec plaisir ses réflexes de geekette et doit avouer que prendre ses notes sur un clavier plutôt qu’à la plume a ses avantages) et un sac Longchamps (cadeau de Chris) pour le reste de ses affaires.

Aussi assurée qu’elle peut l’être, elle arpente les couloirs de l’université, en direction de sa salle de cours. Devant la porte close, elle s’arrête un instant et s’oblige aux exercices de respiration que Thomas lui a enseignés tout en lisant le petit panneau apposé sur la vitre : sobrement, sur deux lignes, Théorie des flux 1.01, Dr. V. Raines. Deux lignes qui suffisent à remplacer brièvement la nervosité par une bouffée de fierté. Dr Raines. Un titre qu’elle a si longtemps espéré et pour lequel elle a tellement travaillé ! Elle pose une main qui ne tremble pas sur la poignée de la porte et commence à la baisser. La porte est tout juste entrouverte quand elle est interrompue par une main aux fesses. Choquée, surprise, elle fait volte-face, le temps de voir s’éloigner un homme aux cheveux mi-longs, livres en main et sourire goguenard aux lèvres.

Elle se secoue. Elle n’a pas le temps pour ces bêtises. A la place, elle entre dans la petite salle et se place au pupitre qui lui est réservé. Le temps qu’elle sorte, pose et allume son ordinateur, les conversations se taisent et douze paires d’yeux l’examinent avec intensité. Elle jette un coup d’œil par la fenêtre et repère Rohé, perché sur un arbre voisin. Elle se retourne vers ses étudiants, sourit, s’appuie au pupitre et commence.

- Bonjour à tous, je suis le professeur Raines.

* Magical University of California Los Angeles

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Veronica Raines
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MessageSujet: Re: Sin City   Jeu 2 Sep - 19:16

Bon, elle s’en est bien sortie. En tout cas, elle n’en est pas morte. Et ils ont applaudi à la fin du cours. Bon, elle se rappelle de ses années de fac et ils applaudissaient généralement par principe mais ça fait quand même plaisir. Une des élèves est même venue lui parler à la fin du cours pour lui demander une lettre de recommandation pour un stage auprès de Zephira Wood ou Jena Solomiya et Ronnie lui a gentiment répondu qu’elle en serait ravie mais qu’il était encore un peu tôt pour cela, que l’étudiante devrait d’abord faire ses preuves et que, de toute façon, les stages n’étaient autorisé et véritablement utiles qu’à partir de la troisième année. En attendant, il y avait abondance de littérature par ces deux sommités. Largement assez pour tenir trois ans.

Enfin seule dans la salle de classe, elle rassemble ses affaires. Rohé entre en coup de vent dans la pièce et se pose sur le pupitre d’où elle s’est adressée à ses étudiants. Elle lui sourit mais ils ne se parlent pas. Pas besoin. Pas pour l’instant. Elle se contente de lever un doigt pour lui demander de lui accorder quelques secondes. Ronnie sort son portable de son sac. C’est un i-phone, Ronnie étant une Apple-addict qui se respecte. Sywhaîd a beau lui manquer parfois presque physiquement, elle n’est tout de même pas fâchée de tous les joujous technologiques du retour à la civilisation. Six messages reçus. Elle fait rapidement défiler les expéditeurs. Logan. Bien sûr. Daddy. Evidemment. Arthur. Tiens, c’est mignon. Thomas. Forcément. Chris. Of course. Dick. Dick ? Inattendu mais touchant. Et Joseph B-H. Elle fronce les sourcils. C’est peut-être aussi un message d’encouragement mais peut-être pas. Du bout du doigt, elle ouvre le message quand le bruit de la porte lui fait tourner la tête.

Ronnie sourit automatiquement avant d’associer l’homme qu’elle a devant elle à la main aux fesses de tout à l’heure. Un homme grand, d’une trentaine d’années, cheveux bruns mi-longs, sourcils et bouc épais. Il a une boucle d’oreille dans son oreille gauche, au moins deux énormes tatouages visibles sur les bras découverts par son tee-shirt rouge : un grand dessin tribal quelconque sur l’épaule et le biceps droit et une longue croix noire surmontée de l’inscription Carpe Diem sur l’avant-bras gauche. Il porte un jean délavé un peu trop large, retenu par une ceinture et des sortes de bottes noires. Il est plutôt sexy, dans le style bad boy que Ronnie, personnellement, n’a jamais vraiment apprécié. Elle a cessé de sourire et croise les bras sur sa poitrine. Il s’avance vers elle avec un sourire d’excuses et les mains jointes en prière.

- Je suis mille fois désolé. Mille fois. C’était totalement inapproprié. Mais, pour ma défense, tes fesses sont parfaites et ressemblent exactement à celles de Vanessa. L’infirmière. Tu dois pas encore la connaître. Et Vanessa et moi… you know… Disons qu’elle ne se serait pas offusquée.

Ronnie s’est remise à sourire, presque malgré elle. Il faut avouer qu’il est charmant. Même avec son accent irlandais à couper au couteau. A couper avec deux couteaux. Il s’approche d’elle, main tendue et, évidemment, elle la serre.

- Reprenons depuis le début. Tommy Gallahan.

- Veronica Raines.

- Ronnie, je peux t’appeler Ronnie, pour me faire pardonner, laisse-moi t’inviter à déjeuner. La cafèt’ n’est pas l’endroit le plus raffiné de la Terre mais leur cheeseburger est extraordinaire. A moins que tu ne sois une de ses filles qui boudent les chesseburgers. Je veux dire, j’adore Nessa mais cette fille compte ses calories comme si c’était des putains de numéros gagnants à la loterie…

Ronnie éclate de rire.

- J’adore les cheeseburgers. Avec des frites, du ketchup et du coca. Rouge. Celui avec du sucre.

C’est vrai qu’elle a toujours aimé la junk-food et son sevrage sywhaidien n’a pas arrangé les choses. Tommy (pourquoi rencontre-t-elle des Thomas dans toutes les facs ?) lui sourit très largement, dans une débauche de dents blanches.

- My kind of girl !

- Laisse moi juste passer un ou deux coups de fil.

- Pas de souci, répond-il en se dirigeant vers la porte, je dois filer aux chiottes de toute façon, j’ai suffisamment envie de pisser pour remplir le puits d’un petit village en Afrique et leur donner à boire pour un an.

- Charmant, murmure Ronnie, mais en souriant quand même, quand la porte se referme.

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MessageSujet: Re: Sin City   Dim 5 Sep - 12:50

- Hi chéri*



- Oui, très bien, ils ont applaudi !



- Oui, je sais, je me suis fait la même réflexion mais bon, on prend ses victoires où on les trouve, pas vrai ?



- Justement, je vais déjeuner avec un collègue, ça ne t’embête pas ?



- Je viens de le rencontrer en fait. Un Irlandais.

...

- Oui, je vais sans doute passer au labo après mais je serai là en fin d’après-midi. Pas plus tard que six heures, je pourrai t’aider pour le repas.



- Ha ha ha, ok, je me contenterai de distraire Ava loin des casseroles alors. Comment va-t-elle ?



- Super. Ok chéri*, j’y vais, à tout à l’heure. Je t’aime.

Ronnie raccroche et relis une troisième fois le texto de Joseph. Hi v bon 1er jour passe au labo asap rien de grave x joe. Elle ne connaît pas Joseph depuis très longtemps. En fait, elle l’a rencontré seulement au début du mois d’août mais ils ont échangé quelques textos depuis et Ronnie a chaque fois été frappée par sa réticence à utiliser la moindre ponctuation. Quelque part, ça rappelle sa façon de parler, son débit ultra rapide, ses pauses inattendues en milieu de phrase…

Joseph est un génie. Un fait qu’il reconnaît bien volonté et sans aucune fierté. C’est comme ça et c’est tout. C’est un élémentaliste plus que brillant mais à la renommée inexistante. Pour une raison bien simple. Aucune de ses recherches n’a jamais été publiée, aucun de ses résultats jamais communiqué, aucune de ses avancées jamais répertoriée. Il faut dire aussi que le monde universitaire n’a aucune connaissance de son existence dans la mesure où, à l’âge où d’autres passent leur bac et s’inscrivent à la fac, il a été recruté par un certain Eric Southman et, depuis lors, travaille exclusivement pour l’Organisation.

Ronnie et lui partagent un labo dans les locaux que l’Organisation met à disposition de ses équipes de recherche. Un labo à côté duquel celui que la MUCLA lui a attribué fait figure de labo Fischer Price pour enfant. C’est Joseph qui l’a reçue, le jour de son arrivée. Elle avait été assez déçue de ne pas trouver Eric qui, depuis qu’elle avait donné officiellement son accord et signé son contrat, avait virtuellement disparu. D’après Joseph, ce n’était pas inhabituel, il disparaissait souvent durant de longues périodes, pour des missions inconnues. Joseph l’avait reçue dans le hall de l’immeuble, vêtu d’un costume cravate sous une blouse blanche, ses cheveux bruns plaqués en arrière avec du gel et rasé de près. Il lui avait serré la main et s’était présenté en avalant la moitié des syllabes :

- Joseph Hewitt-Brown.

Elle avait dû lire le nom sur son badge pour pouvoir le comprendre. Même aujourd’hui, un mois après, elle doit encore lui faire répéter en moyenne une phrase sur trois. Elle adore travailler avec Joseph. Ou Joe comme il veut qu’elle l’appelle. Il est drôle, souvent sans le vouloir, sérieux, curieux et extrêmement intelligent. Ils partagent une centrifugeuse à flux, ça crée des liens. Ronnie a parfois l’impression de travailler avec un petit frère quand, côte à côte dans leur blouse blanche, lunettes de protection sur le nez, ils comparent des tubes à essai.

Encore une fois, Ronnie se demande pourquoi il lui demande de passer au labo. Elle a immédiatement craint un problème avec son simulateur de flux mais il n’aurait pas précisé que ce n’était pas grave dans ce cas. Heureusement qu’elle a aussi un labo à la fac, pense-t-elle pour la millième fois peut-être, ça rend sa double vie plus facile. Elle ne ment jamais quand elle dit à Logan qu’elle est au labo, qu’elle y va ou qu’elle y reste plus longtemps que prévu. Elle ne précise simplement pas de quel labo elle parle…

* en français dans le texte

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MessageSujet: Re: Sin City   Mer 8 Sep - 14:49

- Je viens d’emménager à L.A. en fait. J’ai apparemment engrossé une nana et je suis donc venu m’occuper de la petite bâtarde qu’elle a mise au monde… Financièrement surtout, cette grognasse a pas deux neurones qui se battent en duel, elle aurait dû mal à être embauchée chez McDo !

Ronnie commence doucement à s’habituer au langage, disons, coloré, de Tommy. Qui ne correspond absolument pas à ce qu’elle a toujours connu dans le milieu universitaire franchement plutôt coincé qu’elle a fréquenté jusque là.

- Par chance, le mec qui enseignait la biologie moléculaire appliquée aux créatures magiques a clamsé à peu près dans ces eaux-là donc j’ai trouvé un taf rapidement.

Tommy sort son portefeuille de la poche intérieure de sa veste et en retire la photo d’un bébé d’environ six mois, aux grands yeux noirs et à l’expression boudeuse. Ronnie remarque alors un nouveau tatouage, sur l’annulaire gauche de son interlocuteur : le nom « Millie » là où elle-même porte son alliance.

- Elle s’appelle Amelia. Le plus beau truc que j’ai réussi dans ma vie !

- Elle est magnifique.

- Et toi alors ? Des mômes ? Un mari, déjà, je vois, ajoute-t-il avec un signe vers son alliance.

- Oui, une petite fille, Ava, elle vient d’avoir un an.

A son tour, elle sort son portefeuille de son sac et en retire une photo récente d’Ava, prise lors de son anniversaire. Elle est dans les bras de Logan, a le visage barbouillé de gâteau au chocolat et rit aux éclats.

- Jolie petite famille, commente Tommy. T’as l’air à peu près cinq ans trop jeune pour que ce soit la tienne mais bon, la mère de Millie a vingt-deux ans alors je vais fermer ma grande gueule, hein !

Ronnie éclate de rire. Ce type-là lui plaît bien. Elle se demande si Chris, qui étudie justement les sciences vétérinaires magiques, a des profs aussi barrés que celui-là ou si elle est tombée sur un spécimen unique. Ils discutent encore pendant quelques dizaines de minutes jusqu’à ce que Tommy doive filer à un cours.

- Tu comprends, si je viens pas, ils tombent en déprime, ces pauvres gosses.

Ronnie se retrouve en train de l’inviter à dîner un de ces soirs « avec Millie bien sûr » avant qu’ils ne se séparent. Lui vers les salles de cours, elle vers le parking réservé aux enseignants. Elle y retrouve sa petite Vespa blanche, son bijou, son cadeau de rentrée. Après avoir enfilé son casque et posé sacoche et sac à ses pieds, elle démarre et s’engage dans la circulation hystérique de L.A., direction les locaux de l’Organisation. Elle brûle de curiosité.

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MessageSujet: Re: Sin City   Lun 13 Sep - 17:57

Après avoir poussé la porte de l’immeuble, Ronnie salue d’un sourire le portier/concierge/agent de sécurité qui se tient, comme toujours, à sa guérite, près du portique de sécurité. Elle dépose son sac et son ordinateur dans la machine à rayons X prévue à cet effet puis passe son badge devant le lecteur avant de poser son index sur le lecteur d’empreintes digitales. De son côté, Rohé, sous forme d’un singe aux yeux dorés, soumet sa pupille au même traitement. Alors seulement peuvent-ils, ensemble, passer au détecteur de métaux et au détecteur de flux. La première fois qu’elle est venue, Ronnie a été effarée par ce déploiement de sécurité, sans savoir si elle trouvait ça ridicule ou excitant. Maintenant, elle l’accomplit comme une routine et profite du moment pour discuter aimablement avec Ron.

Ce rituel achevé, Ronnie pénètre enfin dans le hall de l’immeuble, semblable au hall de n’importe quel immeuble où serait abrité un cabinet d’avocats par exemple. Elle salue Samantha, la réceptionniste qui a l’air de s’ennuyer à mourir et se lime les ongles, avant de se diriger vers l’ascenseur. Elle doit à nouveau présenter son badge pour pouvoir choisir son étage. Elle a déjà, par curiosité, essayé de se rendre au quatrième plutôt qu’au cinquième mais l’accès lui a été refusé. C’est rageant. Mais l’Organisation aime cloisonner, séparer, garder ses petits secrets bien au chaud. Ronnie suppose qu’elle doit s’estimer satisfaite d’avoir au moins quelqu’un d’autre qu’elle à son étage, sinon elle deviendrait folle.

L’ascension ne dure que quelques secondes. En sortant de la cabine, Ronnie se dirige sans hésiter vers la première pièce sur sa droite. Elle y dépose son sac, troque ses hauts talons contre une paire de ballerines qu’elle sort d’un placard où se trouve également une blouse blanche qu’elle enfile. Ses gestes sont précis et témoignent d’une longue habitude lorsqu’elle glisse son I-phone dans la poche de sa blouse et épingle son badge à son revers. L’étape suivante est la pièce d’en face. Après avoir attaché ses cheveux sévèrement, Ronnie se lave les mains, comme le font les chirurgiens avant une opération. Méticuleusement, consciencieusement. A ses côtés, Rohé agit de même, désinfectant ses griffes. Il adopte toujours la forme du singe au labo, pour que Ronnie ait une paire de mains supplémentaire à sa disposition.

Rohé n’a pas vraiment approuvé la décision de sa moitié d’accepter la proposition de l’Organisation. Toute cette aura de mystère et de danger lui déplaît assez profondément. Mais, d’un autre côté, il doit bien avouer que son esprit de chercheur, qu’il partage avec son humaine, aime l’idée de mener de front deux types de recherche complètement distincts. Et, surtout, ce qui le pousse à accompagner Ronnie malgré tout, c’est le fait que cette vie secrète représente une soupape d’air, de sécurité pour la jeune mère. Quand elle est prise d’accès de doute, d’angoisse face à la vie qu’elle mène, c’est l’existence de cette existence parallèle qui lui permet de tenir le coup, de ne pas péter un plomb.

Humaine et daemon change une nouvelle fois de pièce et pénètre au cœur des choses : le labo. Comme chaque fois qu’elle met les pieds dans cette pièce, Ronnie est prise d’un petit frisson d’excitation. L’odeur de désinfectant, les appareils rutilants, les grosses machines, tout lui plaît, tout l’attire. Elle voit Joseph, lunettes sur le nez, penché sur un microscope à flux et s’approche de lui. Sans qu’elle ait même le temps de le saluer, il recule sa chaise et lui fait signe de regarder. Ronnie enfile des gants en plastique, sa propre paire de lunettes et pose son œil sur la lentille de l’appareil. Elle ne sait pas exactement ce qu’elle regarde, elle a depuis longtemps renoncé à comprendre exactement en quoi consistaient les recherches du jeune homme. Mais elle peut voir les flux à l’œil nu et ça c’est une compétence qu’il ne maîtrise pas. Sous ses yeux, elle distingue d’ailleurs quelque chose d’insolite, une danse étrange. Elle se recule.

- On dirait une sorte d’auto cannibalisme à l’échelle des flux. Il y en a deux types distincts et les uns se nourrissent des autres.

Joseph a l’air ravi, comme si elle ne faisait que confirmer ce qu’il pensait déjà. Elle est curieuse mais renonce à demander des explications, sachant d’avance qu’elle ne les comprendrait pas. Même pour les trucs simples, Joseph a le don d’embrouiller son auditoire. Ronnie relève ses lunettes sur le haut de son crâne et ôte ses gants avant de les jeter dans la poubelle la plus proche.

- Joey ? C’est pour ça que tu voulais que je vienne ? Ça pouvait pas attendre demain ?

Joseph se contente de hausser les épaules. Ce n’est pas lui qui répond :

- Non.

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MessageSujet: Re: Sin City   Mar 14 Sep - 14:28

Ronnie a senti sa présence avant d’entendre sa voix. Pas à cause des rideaux tirés, ça leur arrive souvent pour certaines expériences (porte systématiquement ouverte dans ce cas-là). Pas non plus parce que Joseph a regardé par-dessus son épaule, ça lui arrive aussi souvent, à croire qu’il n’arrive pas toujours à faire le point sur ses interlocuteurs. Non, ce sont ses flux qui l’ont prévenue, dès son entrée dans le labo. Ses flux qui soudain se sont agités, soulevés, comme une mer en folie, une sensation qu’elle connaît bien et qui ne manque pas de survenir quand il est à proximité.

Elle se retourne aussi lentement qu’elle le peut, surtout ne pas montrer d’excitation ou de plaisir. Elle regrette que sa queue de cheval soit si haute, ça lui fait une mine sévère, regrette de porter des ballerines mais, en même temps, des talons hauts au labo c’est vraiment ridicule, et regrette même de ne pas être mieux maquillée. Comme s’il lisait dans ses pensées, il affiche évidemment un sourire goguenard, cette expression ironique qui ne le quitte quasiment jamais. Il est vêtu tout de noir : un jean, un tee-shirt et l’inévitable veste en cuir, malgré la chaleur. Son visage a sa traditionnelle pâleur de cadavre mais il semble à Ronnie que ses cernes sont plus prononcés, que son sourire est plus dur, plus pincé.

- Bonjour Veronica.

Elle frissonne quand elle prononce son nom. Elle frissonne toujours quand il prononce son nom, avec son accent indéfinissable, en détachant chaque syllabe, en caressant chaque son. Et, comme toujours, elle s’en veut de frissonner.

- Bonjour Eric, répond-elle en souriant, elle l’espère, suffisamment froidement. Que me vaut l’honneur ?

Le vampire est appuyé nonchalamment à une des hautes paillasses sur lesquelles ils effectuent leurs expériences. Alors qu’il est immobile, on sent chez lui une espèce d’énergie tout juste contrôlée, comme un félin tapi dans les hautes herbes prêt à bondir à chaque instant. Il ne la quitte pas des yeux.

- Joseph, il est temps que tu fasses une pause, non ?

Joseph, malgré sa brillance, ne comprend pas l’ironie, le sarcasme et le second degré. Il secoue donc la tête sans s’écarter de son microscope et marmonne quelque chose qui ressemble à un non. En une fraction de seconde, Eric l’a rejoint et remis sur ses pieds en le tenant par le col. Suffisamment premier degré pour que Joseph comprenne et quitte le labo en traînant des pieds et en oubliant d’ôter ses lunettes de protection. Ronnie lui adresse un sourire quand il la dépasse mais il ne paraît pas la voir, plongé dans des pensées sans doute trop profondes pour l’y inclure.

- Je n’aime pas partager ta compagnie, souffle le vampire d’un ton séduisant.

Malgré elle, Ronnie se sent frissonner à nouveau. Mon Dieu, dès qu’il est dans les parages, on dirait une gamine de quatorze ans en présence d’une pop star. Elle ne sait pas à quel point c’est dû à la nature du vampire et à quel point à sa propre fascination pour lui mais ça l’énerve.

- Je suis surprise que tu aies trouvé cinq minutes à m’accorder.

Elle se mord immédiatement la langue. Elle a l’air d’une gamine de quatorze ans. Encore. Boudeuse parce qu’on ne lui a pas donné toute l’attention et tout le temps qu’elle réclame. Eric lui sourit toujours et elle se maudit intérieurement de toujours avoir l’air d’une cruche face à lui. En même temps, difficile d’avoir l’air d’autre chose quand il a une vingtaine de fois son âge et des pouvoirs à peine envisageables. Il s’avance vers elle de sa démarche féline, à vitesse normale et s’arrête à quelques centimètres seulement d’elle. Ronnie doit s’empêcher de reculer. Ou de se rapprocher un peu trop. Du bout des doigts, il écarte une mèche blonde échappée de l’élastique et la passe derrière l’oreille de la jeune femme. Elle retient son souffle. Puis se morigène.

- Ma chère Veronica, je suis venu dès que j’ai pu. Je suis navré d’avoir raté ton arrivée chez nous mais j’ai eu un été disons… chargé…

Ronnie a l’impression que l’ironie de son sourire est plus présente encore que d’habitude mais ne peut deviner pourquoi. N’essaye même pas. Elle sait que ce serait perdre son temps.

- Que me vaut l’honneur ? demande-t-elle pour la seconde fois.

Eric sourit de plus belle. Il ne la touche pas, ne la frôle même pas mais Ronnie ressent sa proximité dans toutes les cellules de son corps et dans chacun de ses flux. Une sensation qui noie tout le reste, sa rationalité par exemple et jusqu’au mécontentement de Rohé. Une sensation qui lui fait penser que, si jamais Eric essayait un jour son glamour sur elle, elle n’aurait aucune chance. Elle a beau être doué et sans doute avoir les capacités de résister, au moins un peu, elle se doute qu’elle n’essaierait même pas.

- L’envie de te voir n’est-elle pas une raison suffisante ?

Ronnie hausse un sourcil. Malgré elle, elle est flattée. Même si elle sait que ce n’est pas vrai. Evidemment. Bien sûr.

- Cut the crap Eric, réplique-t-elle donc avec son plus charmant sourire.

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MessageSujet: Re: Sin City   Jeu 7 Oct - 17:51

Le vampire lève les mains au ciel, en geste de feinte reddition. Puis il glisse la main dans la poche intérieure de sa veste en cuir et en retire une enveloppe, toute simple, toute blanche. Rien d’écrit dessus. Evidemment, la curiosité de Ronnie est éveillée. Elle hausse un sourcil mais Eric se contente de sourire, de ce sourire lascif et ironique qui lui fait perdre toutes ses capacités de réflexion. Sauf qu’il faut qu’elle réfléchisse. Chacune de ses rencontres avec Eric sont une forme de test et, bien qu’elle sache que c’est ridicule et exactement ce qu’il attend d’elle, elle n’a jamais envie de le décevoir, espère au contraire à chaque fois l’éblouir. Le vampire a déposé l’enveloppe sur la paume de sa main gauche et la tapote du bout des doigts de sa main droite.

- L’Organisation propose, tous les ans ou tous les deux ans, des petits concours en son sein, pour motiver la masse, créer l’émulation et encourager les jeunes talents.

Il a un vague geste de la main, comme si tout ça n’était que du vent et n’avait finalement que guère d’importance. Ronnie sourit d’un air amusé et, d’un regard insistant, le pousse à ne pas s’éterniser sur les préliminaires.

- Chaque directeur de cellule doit recruter son champion, dans n’importe quelle branche de l’Organisation.

Ronnie se retient de demander quelle cellule il dirige. Elle s’est déjà cassé les dents de nombreuses fois sur cette question à laquelle il refuse catégoriquement de répondre. Elle n’est jamais très sûre si elle trouve ce culte du secret propre à l’Organisation fabuleusement excitant ou mortellement agaçant. Un peu des deux sans doute.

- Défendras-tu mes couleurs ma douce Veronica ?

- Quelle est la consigne ?

Ronnie a répondu du tac au tac et croit voir passer une lueur appréciative dans le regard froid du vampire. Il aime qu’elle lui cède, oui, mais pas trop facilement, car où alors serait le plaisir de la chasse ?

- Un job d’architecte, pourrait-on dire. Il s’agit de concevoir un piège, un labyrinthe impénétrable.

- Pour y cacher quoi ?

Le vampire sourit très largement, dévoilant des canines qui, si elles ne sont pas complètement sorties, sont tout de même plus longues que la moyenne, et ajoute encore à la dangerosité de son expression. La jeune femme ne lui laisse pas le temps de répondre.

- Laisse-moi deviner ? C’est top secret, n’est-ce pas ?

- Tu savais dans quoi tu t’engageais ma douce.

Ronnie hausse les épaules, en essayant d’ignorer le sentiment de plaisir provoqué par le mot doux. Le savait-elle vraiment, dans quoi elle s’était engagée ? Non, évidemment. Tout leur protocole, toute leur administration consistait à faire en sorte que personne ne sache vraiment dans quoi ils étaient engagés. A part les hauts gradés bien sûr. Elle s’était engagée pour éviter la folie qui, elle le savait, l’aurait guetté si elle s’était contentée de jouer la prof, l’épouse et la mère. Alors elle avait sauté, à pieds joints dans l’inconnu. Et tant pis pour les conséquences. Elle ne regrette pas son choix. Le matériel mis à sa disposition, la dimension de ses recherches… elle n’aurait pas pu le faire sans l’Organisation. D’ailleurs, déjà, son cerveau commence à carburer, à envisager des possibilités, à échafauder des plans. Eric le voit, le sent, le devine et lui sourit :

- Je compte donc sur toi ma championne.

Sans attendre de réponse, certain de celle qu’elle va donner, Eric lui tend l’enveloppe qu’elle attrape par réflexe, lui dépose un baiser brûlant au coin de la lèvre et disparaît. Ronnie reste plantée là, ses instructions à la main, tâchant de se remettre de ces quelques minutes. Elle croise le regard désapprobateur de Rohé et hausse les épaules avec le sourire contrit d’une petite fille surprise la main dans le pot de confiture.

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MessageSujet: Re: Sin City   Mar 16 Nov - 21:57

Ronnie gare sa Vespa près de la voiture de Logan. Enfin, leur voiture techniquement. Mais, en vérité, Logan l’utilise largement plus qu’elle. Même quand ils la prennent ensemble, c’est systématiquement lui qui conduit. Ronnie ne prend le volant que quand elle doit se déplacer avec Ava et ne peut donc pas prendre son scooter. Après avoir ôté son casque et remis un peu d’ordre dans ses cheveux, elle sort du garage et s'engage dans la petite allée qui traverse le jardin et mène à la porte d'entrée. Elle adore leur petite maison à un étage, située à Santa Monica, près de la plage et loin de l'agitation de Los Angeles.

Elle est accueillie par l’arrivée d’un petit gnome vêtu d’une salopette verte, la bouche barbouillée d’une substance indéfinissable et un chat en peluche dans la main. Un chat en peluche sans tête. Ava trottine à sa manière instable vers sa mère, souriant très largement et tendant son trophée devant elle. Ronnie lâche son sac et, plus délicatement, sa sacoche, avant de se pencher et de prendre sa fille dans ses bras.

- Bonjour gnomette. C’est toi qui as décapité le chat toute seule ? Bien joué !

Ava baragouinant joyeusement dans ses bras, Ronnie traverse l’appartement en direction de la cuisine dont s’échappent déjà de délicieuses odeurs. Ce soir, pour fêter la rentrée, ils reçoivent toute la famille, c’est-à-dire Paul, Dick et Chris et Logan leur mitonne un de ces dîners renversants dont il a le secret. Ronnie dépose un baiser sur les lèvres de son mari avant de lâcher Ava qui gigotait et qui entreprend immédiatement d’arracher une patte à son chat.

- C’est Dick qui va être content, commente la jolie blonde en voyant l’état de la peluche offerte à Ava par son parrain pour son anniversaire (parmi une centaine d’autres cadeaux à peu près).

Logan acquiesce en riant avant de lui demander comment s’était passée sa journée. Tout en gardant un œil sur sa fille, Ronnie entreprend de narrer à son mari la version officielle du parti. Ils discutent quelques minutes avant que Logan ne la vire, poliment mais fermement, de sa cuisine. Ava sous le bras, Ronnie passe à la salle de bains, histoire de rendre le gnome présentable pour l’arrivée de son grand-père, de son parrain et de sa marraine. Rohé les rejoint quand le bain fut prêt et se change en caneton, pour le plus grand bonheur d’Ava. Assise sur le tapis de bain, une main dans l’eau tiède, Ronnie écoute les éclats de rire de sa fille.

Elle pousse un long soupir satisfait. La vie est belle.

_________________


Have you seen a lady fairer?
She comes in colors everywhere,
She combs her hair,
She's like a rainbow

The Rolling Stones


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Sin City

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