AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partager | 
 

 Sense & Sensibility

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Sense & Sensibility   Lun 14 Juin - 11:41

Zephira ne pourrait pas dire qu’elle s’y attendait. Elle ne pourrait jamais dire que toute la journée de cette fin de printemps elle avait senti une appréhension sans savoir d’où ça venait. Elle ne pourrait pas dire que ses pouvoirs lui avaient permis de savoir, avant la lettre, que quelque chose clochait. Pas de mauvais pressentiment. Elle bouquinait dans sa chambre, un livre qui n’avait rien d’important, puisqu’elle relisait pour la énième fois Les Hauts de Hurlevents. Un de ses livres préférés, même si cette Brontë là n’était pas sa favorite, elle avait toujours préféré Charlotte. Mais elle ne résistait pas à ce livre, surtout pas quand elle sortait tout juste d’une lecture éprouvante, et c’était le cas, le gros grimoire planqué dans sa table de nuit en était la raison.

Elle portait une jupe en tweed clair, qui arrivait au-dessus de son genou, plutôt classique. Le bustier sans manche l’était moins. Il était noir, et laissait habituellement ses magnifiques épaules. Sauf qu’il pleuvait plein temps, malgré le début du mois de juin, et qu’il faisait assez frais pour qu’elle ait mis un chauffe-épaule couleur crème, ainsi que des collants invisibles qui galbaient des jambes qui n’en avaient aucun besoin. Allongée sur le ventre, elle faisait pour la millième fois la connaissance de Heathcliff. Un de ses personnages de roman préférés. Elle souriait vaguement en lisant, toute concentrée sur son livre, ses longues mèches blondes tombant en cascade sur ses épaules.

Ce moment était parfait. Tellement parfait qu’on aurait pu imaginer qu’il s’étirerait toute la vie. Sauf que, comme toujours dans la vie de Zephira, un bon moment ne durait jamais. La chouette frappa à la fenêtre. Trois petits coups. Ploc ploc ploc. Et Zephira, encore une fois, n’y vit que du feu. Elle leva la tête vers la fenêtre, soupira, malheureuse de s’extraire de son roman, et se dirigea souplement vers la fenêtre, sans même s’étirer. Elle n’avait pas de courbature, elle n’en avait pratiquement jamais, encore une des rares bonnes choses que ses mauvais choix lui avaient apportées. Elle arriva à la fenêtre et, seulement, un frisson la parcourut. Elle n’y avait pas fait attention, mais c’était une chouette effraie. Une chouette effraie avec trois plumes noires sur l’aile gauche. Elle ne voulait plus ouvrir cette fenêtre. Elle voulait ignorer la chouette, et se replonger dans son roman. Elle prit une inspiration, et en se forçant à ne pas avoir l’air perturbée, ouvrit la fenêtre. La chouette tendit sa patte, sur laquelle était accrochée une lettre, et Zephira la saisit.

« Attends un peu, je vais sûrement répondre tout de suite. » dit-elle sur un ton léger à la chouette.

Elle se forçait à sourire, heureusement elle avait passé des années à devoir masquer ses vrais sentiments, autrement elle aurait sûrement eu du mal. Elle était tellement bonne à ce petit jeu, capable de réguler les battements de son cœur, sa transpiration, qu’elle avait même réussi à mentir à des Loups-Garous, ce qui était réputé impossible. Il n’y avait personne dans sa chambre, mais Zephira se devait d’être prudente, à la limite de la paranoïa, surtout quand cette chouette venait lui donner une lettre.

Elle lut la lettre, et dut maîtriser son cœur et tout le reste plus que jamais. D’une écriture légère et grâcieuse, elle répondit quelques lignes, avant de plier la lettre, de la mettre dans une enveloppe cornée sur le côté droit (mais elle ne sembla pas y faire attention) et l’attacha à la patte de la chouette en souriant.

« Va te reposer aux ruines avant d’y retourner. » dit-elle en caressant du bout des doigts la tête plumée du volatile.

Il y avait urgence, mais Zephira ne pouvait pas se permettre de le laisser comprendre à qui que ce soit, c’était bien trop dangereux. Elle regarda donc la chouette aller à la volière avec un sourire rêveur, puis se força à se plonger dans son bouquin. Même Heathcliff n’arrivait pas à l’empêcher de penser à toute allure, pourtant, elle continuait à faire semblant de lire, à un rythme régulier. Elle arrivait même à ne pas avoir de tension dans les épaules, ce qui était l’une des choses les plus compliquées à éviter quand on était angoissé, au niveau du langage corporel.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Mer 14 Juil - 17:19

Citation:
Londres, le 15/05/10.

Chère Zephira,

Malgré mon travail à la galerie, j’ai réussi à faire accepter trois de mes tableaux dans une exposition de jeunes talents à la Naoko Mitchell’s. Une de ces œuvres est un portrait de toi, je me demandais donc si tu avais prévu de revenir à Londres à la prochaine brèche pour venir au vernissage ? C’est le 27 juin, à 19h, je serai vraiment heureuse de te voir, et de voir Patrick bien sûr.

Bon baisers de Londres (où il semble vouloir enfin s’arrêter de pleuvoir !)
Zelia.



Citation:

Sywhaîd, le 17/05/10.

Chère Zelia,

C’est avec plaisir que je viendrai à ton vernissage, j’avais justement des problèmes administratifs à régler, ça me force donc à revenir à la Capitale. Patrick ne viendra pas quant à lui, il a déjà promis son aide pour l’ouverture de Brèche, et tu sais comme c’est compliqué sur cette brèche estivale d’avoir du monde pour aider. Je te contacterai une fois à Londres pour voir si on peut s’organiser un dinner (avec Abigail ? ) avant le vernissage.

Je t’embrasse.
Z. Wood.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Mer 14 Juil - 18:30

« Uma Caipirinha faz favor. »

Le serveur hocha la tête sobrement et retourna à son bar pour préparer la commande, avec une attitude tout à fait normale… Ce qui, justement, ne l’était pas. Zephira sourit doucement. Visiblement, elle avait bien réussi à faire disparaître son aura, autrement le serveur aurait eu plus de mal à détacher son regard d’elle, et aurait sûrement été un peu trop empressé de lui faire plaisir. Ca n’était pas ce soir qu’elle aurait ses boissons gratuites, mais elle s’en fichait. Après tout, si elle était dans ce petit bar au beau milieu du Brésil, dans une tellement petite ville qu’il fallait être Brésilien pour la connaître, et si elle avait employé tellement d’énergie à faire disparaître son aura, et à faire en sorte que l’énergie en question ne soit pas détectable, et si en plus elle avait utilisé le reste de son énergie à avoir un alibi en béton (en l’occurrence, elle dînait en même temps avec Abigail et Zelia. Projection astrale amplifiée. Mais il fallait être Zephira Wood pour faire en sorte qu’une spécialiste en flux comme Zelia ne s’en rende pas compte. Sûr qu’elle serait épuisée le lendemain, mais ça valait le coup). Bref, si elle avait fait tout ça pour être invisible (avec en plus un petit sort permettant que les gens ne fassent pas vraiment attention à elle), elle pouvait bien s’acheter son coktail.

Elle était sur le qui-vive. Et c’était la seule chose (ça et ses pouvoirs) qui lui permit de voir Enrike entrer. Lui aussi n’avait pas mégoté sur l’anonymat. Bien sûr, il avait moins de possibilités qu’elle, et il avait dû se faire couvrir d’une façon plus classique au niveau de l’alibi, mais même en sachant qu’il allait venir dans le bar, même en étant habituée à le voir sous son déguisement, Zephira douta quelques fractions de secondes que ce fut bien lui. Mais une fois que leurs regards se croisèrent, il redevint le bon vieil Enrike à ses yeux. Elle sourit, et il s’approcha de la table, commandant au passage comme s’il était un habitué (et c’est comme ça que le serveur le verrait, grâce à la gourmette à la pointe de la recherche magique qu’il portait). Il s’assit en face de Zephira.

« Hello Madeleine. »

La bulle qui les protégeait était plus puissante que n’importe quelle bulle de silence homologuée par les chercheurs de l’Organisation, mais Zephira ne put s’empêcher de grimacer.

« Bonsoir Enrike. » répondit-elle simplement, décidée à ne pas entrer dans son petit jeu ce soir.

Le beau brun (vu comme un simple habitué et pas remarqué par les gens autour) portait un simple jean un peu crasseux et une sorte de t-shirt plein de cambouis. Il était cependant parfaitement propre, son sort permettant aux gens de voir ce qu’ils alliaient naturellement à ce genre de tenue. Zephira sourit narquoisement en désignant le t-shirt, sur lequel elle apercevait un petit trou de mite. Elle était sûre et certaine qu’Enrike n’avait jamais eu des vêtements de ce genre dans sa garde-robe. Il était du genre à faire ses travaux en chemise à 140$. Il haussa un sourcil, et donna un coup de menton vers elle, comme pour dire « toi-même », avant de sourire à son tour. Zephira portait un short en jean usé jusqu’à la corde et une sorte de t-shirt avec un gros smiley jaune dessus. Le fait que son sort fasse en sorte que les gens la voient comme commune lui avait sûrement collé par mal de cellulite pour ses observateurs, mais Enrike faisant partie de la bulle, c’étaient deux parfaites jambes qu’il avait sous les yeux. Malgré tout, Zephira ne se serait jamais habillée comme ça par choix, c’est vrai.

« On a un problème. »

Elle se contenta d’hocher la tête. Le serveur vint déposer leurs deux boissons (deux caipirinhas, en même temps aller au Brésil et boire autre chose paraissait complètement stupide à Zephira), ainsi qu’un petit panier en osier dans lequel se trouvaient des cacahuètes encore dans leurs coques. Zephira en prit une, l’éclata doucement entre ses doigts, et en sortit les deux cacahuètes avec une agilité seulement due à l’habitude.

« Ca n’est pas bon pour la ligne. »

Elle tira la langue, où se trouvent encore quelques petits bouts de la noix, puis déglutit.

« Tu as des cheveux blancs. »

Enrike prit une gorgée de sa boissons. Il avait une mèche qui avait commencé à apparaître sur le haut du crâne. Au moins il ne perdait pas ses cheveux, et ne les perdrait sûrement jamais vu son implantation, mais il commençait bel et bien à grisonner à certains endroits. Il soupira en levant les yeux au ciel.

« Ca ajoute à mon charme. »

« C’est ce qu’Annette te dit pour te rassurer. »


Ils s’affrontèrent du regard un instant, des sourires amusés sur leurs beaux visages. Mais l’expression de Zephira changea brutalement. Son nez se fronça, et ses sourcils suivirent le mouvement, tandis qu’elle se redressa. En à peine une seconde, elle passa de la joute verbale amicale à une attitude des plus hostiles.

« Qu’est-ce qu’il fout là ? » demanda-t-elle d’une voix blanche.

Enrike hésita, une fraction de seconde, et la voix qui répondit n’était pas la sienne, elle venait de derrière Zephira.

« Ca n’est pas très poli. »

Enrike sembla recevoir une sorte de petit électrochoc, et son regard se posa enfin sur l’homme. Le Diulcinea se tendit à son tour, mais d’une façon moins hostile et Zephira lui en voulut instantanément. Visiblement, la présence du vampire n’était pas une surprise pour lui. La magnifique blonde perdit toute expression, devenant aussi froide que possible, et Enrike s’en inquiéta, quant à Eric

« Hello Enrike. » dit-il de sa voix grave et de son anglais aussi pur que possible, tout en tirant une chaise et asseyant sa grande silhouette. « Hello Hannah. »

« Ne m’appelle pas comme ça. »
dit froidement Zephira, en plantant un regard provocateur dans celui du vampire, et si tout regard directement plongé dans celui d’un vampire était une provocation, celui de Zephira faisait exploser les statistiques à ce sujet.

« Allons, tu sais comment ça marche. » lui répondit le vampire blond tout en se balançant sur sa chaise. « C’est comme ça que tu m’as été présentée. »

« Et je sais aussi que tu es assez vieux pour passer outre une bonne partie des règles mineures. »


Elle affronta Eric du regard un instant. Il était vieux, mais il avait toujours l’air d’avoir la trentaine, grand, blond, habillé d’un jean noir, d’un débardeur de la même couleur et d’une veste en cuir. Il était particulièrement musclé, et il était peu probable que n’importe qui puisse l’ignorer en temps normal… Sauf qu’il avait son propre pouvoir d’invisibilité. Enfin, il n’était pas invisible, mais savait ne pas se faire remarquer s’il le voulait. C’était sur lui que Zephira avait copié son propre sort, et il fallait être au moins aussi puissant qu’elle pour y arriver. Il sourit, son visage plein de charisme semblant fait pour attirer n’importe qui et, malgré toute son expérience et ses talents, Zephira sentit Enrike se battre contre l’attirance qu’il éprouvait soudain pour Eric. Le fait qu’il soit la plus vieille créature, et la plus puissante, de ce bar jouait pour lui. D’une certaine façon, c’était un peu comme l’aura de Zephira.

« Tu peux enlever ta bulle, Hannah, je m’en occupe. »

Elle sourit brièvement, un sourire aussi froid que le corps mort du vampire, et répondit :

« Hors de question. »

Enrike prit une inspiration. C’était la troisième fois qu’elle défiait Eric en moins d’une minute, ça commençait à faire beaucoup.

« C’est moi qui l’ai invité. » répondit l’Anglais à retardement, en fixant Zephira dans les yeux, comme un appel au calme. « On a besoin de lui. »

« Quel problème peut bien te pousser à croire que je vais travailler avec lui ? »
demanda Zephira en lançant un regard dédaigneux au vampire.

En une fraction de seconde, à une vitesse trop rapide pour l’œil humain, ce dernier arrêta de se balancer, remit sa chaise sur ses quatre pieds, se pencha sur Zephira, lui attrapa la main et la serra dans les siennes. L’ex-professeur frissonna, et pas seulement à cause du froid de la peau de l’homme qui s’est par ailleurs penché au-dessus de la table, et a planté son regard bleu dans le sien. Heureusement, Zephira ne pouvait être hypnotisée, le glamour ne fonctionnait pas avec elle, autrement elle n’aurait pas donné cher de sa peau.

« Le pire des problèmes, bien sûr. » lui souffla le vampire, avant de déposer un baiser léger sur sa main, et de revenir à sa posture nonchalante de balancement sur la chaise aussi rapidement qu’il en était sorti, un sourire amusé étirant ses lèvres fines.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Mer 14 Juil - 19:38

Zephira regarda Eric et, pendant un instant, Enrike crut bien qu’elle allait bondir hors de sa chaise, la casser, récupérer un des pieds et essayer de le planter dans le cœur du vampire. Il y crut tellement, qu’il eut l’impression qu’Eric, quant à lui, se préparait à éviter les coups. La tension déjà présente augmenta, chargeant l’air d’une électricité qui n’avait rien de métaphorique. Zephira et Eric étaient puissants tous les deux, et Enrike n’avait jamais vu aucun des deux atteindre ses limites, il n’avait aucune idée d’où elles se trouvaient.

« Vous allez finir par attirer l’attention sur nous. » souffla-t-il en essayant de conserver l’air le plus détendu possible. On lui avait toujours appris qu’en présence de fauves (magiques ou non) il fallait avoir l’air d’être maitre de la situation si on voulait s’en sortir. Surtout quand ils étaient énervés. « Et on a des choses dont il faut qu’on parle. »

Il crut avoir loupé son effet, mais sa voix chaude avait visiblement réussi à ramener un peu de calme. La tension baissa de nouveau à un niveau acceptable (aka un niveau qui permettait à Enrike de se remettre à respirer) et Zephira et Eric séparèrent leurs regards exactement au même instant. Un peu plus et l’aîné des Diulcinea aurait eu l’impression d’assisté à un combat de dominance lycanthrope. Il n’avait que peu eu l’occasion de l’observer avec les vampires, principalement parce que la plupart de ceux qu’il fréquentait étaient très âgés, et dominaient donc naturellement, sans avoir besoin de recourir à leur magie.

« Est-ce que tu vas te décider à me dire pourquoi je suis au milieu du Brésil à boire une caipirinha avec la créature qui a tué mon daemon ? »

Le regard que Zephira lançait à Enrike le fit frissonner. Il était tellement plein de puissance, et de haine, que l’anglais se retrouva à tourner son regard vers le vampire, comme pour chercher une protection. Erreur qui aurait pu être fatale, mais le vampire en question était trop occupé à se délecter de la colère de Zephira pour avoir vraiment remarqué ce manque de contrôle, et Enrike changea rapidement son attitude, reportant son attention sur Zephira, en se promettant de ne plus faire une erreur aussi stupide. Il avait tout de même près de quinze ans dans le métier, il aurait trouvé stupide de se retrouver esclave de vampire. Surtout esclave d’un vampire tel qu’Eric, Enrike avait toujours préféré ne pas fréquenter trop ce buveur de sang, il était trop ouvertement dangereux, surtout pour un vampire sensé évoluer dans un monde d’humains.

« C’est ton mari. » souffla finalement Enrike, la voix plus rauque qu’habituellement.

Zephira ne bougea pas d’un seul muscle, pas même ceux de son visage, mais ses pupilles se contractèrent brusquement, preuve de son état de nerfs, d’autant plus que Zephira Wood savait contrôler ses pupilles.

« Pas Jason. » lui dit Eric avec un sourire amusé qui n’avait rien de charitable. « L’autre. »

Zephira prit une brusque inspiration, en faisant un bruit de gorge étrange. Enrike crut presque qu’elle allait hurler. On aurait dit qu’on l’avait frappée. Non, Enrike l’avait déjà vue se faire frapper, et même se faire torturer, et il ne l’avait jamais vue comme ça. On aurait dit qu’elle allait s’effondrer. Mais le regard de l’ancien professeur croisa celui, plus amusé que jamais, du vampire, et soudain elle retrouva une expression neutre, même ses pupilles étaient normales.

« Qu’est-ce qui se passe ? »

Sa voix était tout à fait normale.

« Oh, Hannah. Tu croyais vraiment que tu pouvais contrecarrer les plans de l’Organisation sans conséquence ? »

Le regard qu’elle posa sur le vampire était tellement neutre qu’il en était terrifiant.

« Ils ne peuvent plus t’utiliser comme appât. Donc ils l’utilisent lui. »

« C’est… »

« Injuste. Bouh-ouh. »

« Urgent. »


Elle tourna son regard vers Enrike.

« Tu te rappelles ? Neuf mois à un an pour qu’on te retrouve… Ca fait combien de temps qu’on a eu cette conversation ? »

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Jeu 15 Juil - 0:00

« Pour la dernière fois. Pas. Ton. Equipe. »

Enrike et Eric se faisaient face et il fallait bien du courage à Enrike pour ne serait-ce que rester debout face à la puissance du vampire. Ce dernier s’était approché à chacun des quatre derniers mots qu’il avait prononcé, les martelant ainsi d’une façon presque hypnotique. Mais il ne cherchait pas à utiliser son glamour, pas vraiment. Il était de toute façon déjà bien assez menaçant comme ça, malgré toutes les forces d’Enrike, ce dernier serait loin de gagner face à un vampire de plus de mille ans.

« Ils sont tout à fait capables et je leur fais confiance. »

« Alors tu fais erreur. »

« J’ai des raisons objectives de leur faire confiance. »


Eric s’approcha encore, et Enrike rentra sa tête dans ses épaules, sans pour autant plier totalement sous la puissance du suceur de sang.

« Rien n’est objectif avec vous les humains. »

« Tu n’as pas de raison de ne pas leur faire confiance. »

« Tu les as recrutés ? »

« Non, Clayton les a recrutés. Et je lui fais confiance. »

« Tu leur fais donc confiance par association, ce qui affaiblit déjà le poids de tes arguments. »


Le ton condescendant était de trop pour un Enrike déjà poussé à bout, il serra le poing, crispa son épaule.

« Ca suffit. »

Les deux hommes tournèrent leurs regards vers Zephira. Elle était à quelques pas de là, assise sur un des établis qui restaient dans l’usine désaffectée où ils se retrouvaient. Il était quatre heure du matin, et ils étaient dans le noir, mais ils se voyaient tous parfaitement, Zephira grâce à sa magie, Enrike grâce à des lentilles magiques spéciales, et Eric… grâce à son état de vampire. Zephira portait une nuisette en satin vert pâle et était pieds nus, ses longs cheveux blonds ébouriffés par un sommeil qu’elle avait dû feindre. Enrike était en costume, un long costume noir strié de fines rayures rouges, avec le décalage horaire avec l’Argentine il n’avait pas eu à débarquer en petite tenue, lui au moins. Quant à Eric, il portait toujours la même tenue, comme s’il n’en avait pas changé ces deux derniers jours (ou nuits plutôt) mais Zephira avait un odorat assez fin pour savoir que cette tenue avait été lavée récemment.

Pendant quelques secondes, Enrike et Eric la regardèrent avec cet air aussi tendu et hostile qu’ils s’étaient regardés, et il fallait être une femme bien forte pour supporter ces deux regards sans bouger, ce que Zephira fit. Finalement, ce fut Eric qui se reprit le plus vite. Il se détendit légèrement, croisa les bras, et demanda :

« Ton avis sur la question ? »

« Pas des gens d’Avalanches. »
répondit Zephira sans hésiter une seule seconde, et en plantant un regard gris parfaitement franc dans celui de l’anglais.

« Quoi ? »

« Je ne dis pas qu’on ne peut pas leur faire confiance, j’en connais quelques-uns et je leur confirait ma vie. Mais pas cette vie-là, désolée. Et Joshua les a forcément mis sous surveillance. Sans compter qu’il était inclus dans le travail de leur recrutement. »

« Non c’est… »

« Si c’est vrai. »
Elle soupira. « Joshua a parlé à Zelia quand elle a été recrutée, c’est lui qui a fait le premier contact. »

Enrike grogna.

« Mais on peut faire confiance à ma sœur. »

Cette fois-ci, Zephira se leva. De quelques pas gracieux (malgré la saleté de l’endroit et le fait qu’elle était pieds nus), elle glissa jusqu’à Enrike.

« Je ne sais pas depuis quand tu as changé d’avis, mais personnellement je reste sur l’idée que Zelia dans l’Organisation c’est une mauvaise idée. Et je continue à ne pas vouloir l’inclure dans ce genre de situations pourries. C’est ta sœur, mais je la considère comme ma fille, et je ne souhaiterais cette vie pour aucun des gens que j’aime. »

« Too late… »


Elle tourna un regard lourd de sens vers Eric qui, pour une fois, décida d’accepter l’ordre et se tut, un sourire narquois un peu trop appuyé sur le visage, comme s’il avait gagné l’échange entre Zephira et lui, mais le professeur préféra ne pas y penser pour le moment.

« C’est ma sœur, et je veux la protéger, mais elle pourrait nous être très utile. » souffla Enrike, en glissant un regard rapide vers le vampire.

« Oh allez ! Tu peux le dire ! Tu préfères avoir une seconde personne dans l’équipe qui ne peut pas être hypnotisée ? Tu sais, cher Super Grand Frère, si j’avais à combattre ton adorable petite sœur, j’en ferais des allumettes avant même que la scène soit trop horrible pour que le glamour continue à avoir une influence sur toi. »

« Enough. »
gronda Zephira. « Tous les deux. »

Elle s’éloigna, prit une inspiration, puis revint se positionner entre les deux mâles du trio.

« C’est ma mission. C’est moi qui décide. Personne d’Avalanches. »

« Personne de Pégase non plus, alors. »


Eric sourit d’un air moqueur, mais Zephira hocha la tête.

« Elle n’avait jamais eu l’occasion d’embaucher mes hommes, elle n’est pas suicidaire. »

« Je n’aime déjà pas le fait de devoir travailler une nouvelle fois avec toi. »


Elle retourna s’asseoir sur son établi, en faisant bien attention à ne pas dévoiler trop de son anatomie, chose plutôt risquée avec un vampire. Malheureusement, comme sa projection astrale dormait dans sa chambre, et qu’elle devrait déjà utiliser pas mal d’énergie pour la garder pendant tout le temps de leur discussion, pour protéger l’endroit et pour ensuite revenir dans sa chambre à la place de la projection, elle ne pouvait se permettre d’avoir en plus à devenir invisible pour se changer avant de retourner dans son lit (en plus, se changer quand on était invisible était particulièrement compliqué, elle en avait fait l’expérience).

« Qu’est-ce qu’il nous faut ? » soupira Enrike, avant de s’asseoir à son tour sur ce qui avait sûrement été une table de bureau mais se trouvait à présent au beau milieu d’une usine désaffectée à côté d’un énorme fer à soudé industriel.

« Quel délai ? »

« Sept semaines, à raccourcir si possible. »

« Avec le moins de rendez-vous possibles. Et sans la présence d’aucun de nous trois la plupart du temps. »


Eric hocha de la tête, puis le silence s’installa un petit moment. Le vampire avait été le conseiller stratégie de l’Organisation, ce qui n’était pas rien. A présent, il s’occupait surtout de recruter de nouvelles personnes, ou pour embaucher (et vérifier la loyauté) des freelances. S’il était très bon pour échafauder un plan, c’était surtout pour ses capacités à décider de comment composer une équipe qu’on louait ses services.

« Un infiltré, trois doubles o, un élémentaliste, un clown et un médecin. »

Zephira réfléchit en se mordant la lèvre. Sept. Plus eux, dix. Ca faisait beaucoup. Dix raisons de plus de se faire avoir.

« Et si on réduit à deux doubles o, et qu’on choisit un élémentaliste médecin ? »

« On prend plus de risques de se faire doubler, et de perdre notre médecin avant de l’avoir utilisé. Sans compter qu’un élémentaliste médecin n’est pas facile à trouver, pas si on veut qu’il soit le meilleur dans les deux domaines. »


Zephira tourna un regard interrogateur vers Enrike qui prit le temps de réfléchir avant de hocher brièvement de la tête.

« On va faire ça, alors. »

Pour son plus grand soulagement, Eric hocha lui aussi de la tête, preuve qu’il pensait que c’était jouable, et Eric n’avait pas tendance à être quelqu’un de particulièrement optimiste, quoi qu’en l’occurrence peut-être qu’il avait intérêt à ce que ça foire, il était tout à fait capable de jouer un double jeu, et Zephira ne comprenait toujours pas tout à fait pourquoi il était entré dans la partie. Sans compter qu’il n’avait jamais été du genre à avoir du mal avec l’idée de sacrifier ses petits camarades. Elle le fixa un tout petit peu trop longtemps et il lui répondit par un sourire amusé, ce qui la poussa à détourner le regard d’un air dégoûté. Il ne pouvait pas lire dans son esprit, mais il avait suivi son raisonnement sans aucun souci.

« Jude. »

Elle tourna un regard interrogateur vers Enrike.

« Jude. C’est un élémentaliste naturel, il est descendant d’une longue lignée de chamans amérindiens qui avaient fini par maîtriser parfaitement les quatre éléments grâce à du sang de créature dans leur lignée. Il a leur pouvoir. Et il est neurologue. »

« Fiable ? »

« J’ai été au Yémen avec lui. »


Zephira et Eric hochèrent tous les deux la tête dans un bel ensemble de compréhension.

« Et sous la pression ? »

« C’est un maître zen. »


Zephira sourit. Mais Eric avait d’autres préoccupations plus terre à terre.

« L’argent ? »

« Ses prix sont raisonnables. »

« Le med-élémentaliste est donc trouvé. Tu as un moyen de le contacter ? »
Enrike hocha de la tête et elle continua. « Je connais quelqu’un pour le clown. »

« C’est ? »

« Ma mission. Vous n’avez aucune raison de le rencontrer. »


Les canines d’Eric semblèrent soudain plus proéminentes mais Zephira n’y fit pas attention.

« Fair enough… Les double o je m’en charge. »

Elle leva un sourcil interrogateur que, dans le noir le plus total, le vampire n’eut aucun mal à voir.

« Bob et Bill. »

« Okay. Et pour l’infiltré Jessica me semble bien. »

« Congé maternité. »

« Jessica ? Enceinte ? »
s’étonna Zephira.

« De jumeaux. »

Elle grimaça.

« Alan ? »

« Mort. »

« Sérieux ? »

« A la retraite. »
corrigea Enrike.

« C’est la même chose. » lui répondit Eric en découvrant des dents qui, oui, étaient de plus en plus vampiriques.

Zephira décida qu’il était temps d’accélérer le mouvement, s’ils ne voulaient pas se faire croquer tout cru.

« Ivy. »

Enrike et elle tournèrent un regard surpris vers Eric.

« Je croyais que l’Organisation l’avait mise sur la liste des traitres à descendre ? »

« Et ils ne l’ont toujours pas trouvée, ce qui prouve son talent. »


Zephira sourit, mais Enrike lui lança un regard lourd de sens, ce qui la força à se reprendre.

« Oui mais dans traitre à descendre, il y a surtout traitre… »

« Elle a revendu des informations d’une cellule à l’autre. Le seul problème c’est que la première cellule n’a pas été bonne joueuse et l’a donc chargée de traitrise. »

« Qui nous dit qu’elle ne va pas vendre nos informations ? »
demanda, assez intelligemment, un Enrike qui avait visiblement eu son quota de présence d’Eric Southman ces derniers jours. Il devenait hargneux.

« Elle ne risque pas de le faire si j’utilise mon glamour. »

La bouche de Zephira se referma brusquement. On y était. Mais on y était beaucoup plus tôt que prévu, elle ne s’attendait pas à ce qu’Eric pose problème aussi tôt.

« On n’hypnotise pas. »

« Il faudra bien, parce que je ne connais aucun autre infiltré capable de faire ce qu’on va lui demander. Et si tu ne veux pas avoir à en embaucher trois pour faire ce job, il va falloir prendre Ivy. »


Zephira frissonna.

« Non. »

Elle tourna un regard étonné vers Enrike. Ca n’était pas son genre d’agir comme ça. Sauf qu’il détestait tout ce qui touchait à la manipulation mentale. Et qu’il détestait Eric.

« Je veux bien que Zephira soit présente quand je le fais, comme ça elle pourra vérifier que je n’en profite pas. »

« Non. »

« Qui te dit que je ne vais pas utiliser mon glamour quand Zephira sera absente… »
susurra Eric. « Sur les autres membres de l’équipe. Sur toi… Ou sur ton adorable femme… »

« Ca suffit ! »
coupa Zephira, persuadée que si elle avait été une seconde trop lente à réagir, Enrike se serait mis dans une fichue situation. « Ma mission, mes décisions. »

Eric et Enrike se calmèrent, du moins en apparence, puis Zephira tourna son regard vers le vampire.

« Contacte Ivy. »

Elle se releva, puis ajouta :

« Prochain contact dans quarante-huit heures, Amsterdam, numéro 12. »

Elle attendit qu’Enrike et Eric soient tous les deux partis pour partir à son tour, les laisser seuls tous les deux n’était pas vraiment une bonne idée. Elle se promit d’arriver en avance à la prochaine rencontre.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Mer 1 Sep - 16:39

The Clown.





Zephira avait pas mal d’expérience dans le domaine de la tromperie, des dissimulations et des situations où sa vie ne tenait qu’à un fil. Pourtant, c’était la première fois qu’elle se trouvait dans une telle situation alors qu’elle avait quelqu’un qui l’attendait, quelque part. Ecrire à Patrick, sans pouvoir lui dire quoi que ce soit, avait été un vrai cauchemar. Ils avaient convenu d’un code, un code assez complexe, avec des tas de variantes possibles, et Zephira savait que, si elle avait besoin de lui passer un message, elle avait les moyens de le faire sans avoir à l’écrire. Seulement, pour le moment, elle n’avait rien à dire. A part qu’elle allait bien. Et qu’elle ne savait pas quand elle rentrerait. Choses qu’elle s’était finalement contentée d’écrire sur la lettre, en disant que ses problèmes administratifs s’éternisaient (et encore heureux puisqu’elle avait tout fait pour que ça soit le cas), qu’elle allait bien, et qu’il lui manquait. Tout cela, elle l’avait écrit avec une plume et de l’encre bleue, ce qui en gros signifiait RAS dans leur code à tous les deux.

Tout en flânant dans les rues de Londres, de cette ville qui n’était pas sa ville natale mais qu’elle avait fini par tellement aimer, Zephira essayait d’imaginer ce que ça pouvait faire d’être dans la situation de Patrick. D’être coincé dans la campagne écossaise, sans savoir si la femme qu’il aimait allait revenir. Ou même si elle allait survivre. Sans savoir ce qu’elle vivait. Elle était plutôt heureuse, finalement, que Patrick ne puisse pas ressentir comme la plupart des gens, ça allégeait un peu le sentiment de culpabilité qu’elle ressentait à être obligée de le laisser comme ça dans le flou. Quand elle était partie, elle n’avait aucune idée de ce qu’elle allait devoir affronter, à part que le problème était grave, Patrick ne savait donc même pas qu’il s’agissait de son mari, ou de l’un de ses maris pour être un peu plus juste sémantiquement parlant. Elle soupira doucement, traversa la rue d’un pas rapide, et essaya de ne plus penser à Patrick.

Elle l’aimait de tout son cœur, mais elle avait des responsabilités, et elle devait assumer ses choix. Ce qu’elle essayait de faire à présent, elle ne le faisait pas pour Patrick, elle ne le faisait même pas pour elle-même, s’il n’y avait eu qu’eux deux, elle serait restée bien tranquillement à Sywhaîd. Non, elle le faisait pour d’autres personnes qui avaient joué un rôle dans sa vie, et pour une en particulier, qui en avait payé le prix fort. Elle passa un banc sans jeter un seul coup d’œil à la vieille femme qui s’y trouvait, à nourrir ces stupides pigeons, puis sortit de son sac en cuir une enveloppe qu’elle déposa dans la boite à lettres. C’était une boite à lettre qui récupérait magiquement les lettres des sorciers, bien plus pratique qu’à l’époque où il fallait aller dans le quartier sorcier pour envoyer ses lettres.

Elle tapota la boite d’un air un peu rêveur puis commença à faire demi-tour mais elle se figea dans son mouvement et ouvrit son sac. Après quelques travaux d’exploration, elle en sortit son téléphone portable qui sonnait depuis plusieurs secondes. Elle ouvrit le clapet, et répondit.

« Allô ? »

« Zephira, c’est Zelia. »

« Oh Zelia, comment ça va ? »


Un sourire vint instantanément étirer ses lèvres et, sans vraiment faire attention, elle se dirigea vers le banc où elle s’assit, après avoir évité les pigeons engraissés par la vieille dame.

« Très bien. Ecoute, avec Abi et plusieurs autres amis on a prévu d’aller voir le match amical entre l’Angleterre et les USA, on se demandait si ça te disait de venir avec nous ? »

« Un match de… »


Zelia s’esclaffa.

« Quidditch ! C’est mardi prochain. »

Zephira réfléchit très vite, tout en ayant l’air de ne pas y apporter beaucoup d’importance. Elle avait un rendez-vous avec Enrike et Eric ce jour-là, et aller au match serait une sorte d’alibi en béton…. Sauf que ce serait particulièrement épuisant, de maintenir une projection astrale dans ces conditions. En même temps, elle n’avait pas de raison logique de refuser l’invitation, et ça risquait d’être considéré comme louche si elle le faisait.

« Oui, avec plaisir. » finit-elle par répondre, sans avoir dépassé le temps normal de réflexion pour ce genre de demandes.

« Bon, on se retrouve devant le stade à 20h ? On ira boire un verre avant, on connaît un pub très sympa dans le coin. »

« Okay, on fait comme ça. »

« A mardi ! »

« Bye. »


Elle raccrocha en refermant son portable et prit une inspiration avant de se relever. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle tourna un regard étonné vers la vieille dame, et lui dit sur un ton dégoûté :

« Vous ne devriez pas les nourrir. C’est de la vermine, des rats avec des ailes. »


Elle reprit son chemin sans même laisser le temps à la vieille femme de lui répondre, déjà préoccupée par d’autres choses.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Mar 7 Sep - 19:51

Les doubles O.




« Bob, va ouvrir ! » cria Bill, les yeux rivés à son écran d’ordinateur.

« Bill, je suis occupé ! » lui répondit, sur exactement le même ton, son frère jumeau, sans plus décoller son regard myope de l’écran de son ordi.

Ils étaient dos à dos, dans une pièce exigüe qui devait en fait être d’une taille moyenne, mais qui contenait assez de matériel informatique pour remplir la NASA. Ils n’étaient en ce moment sur aucune mission, et passaient du bon temps, de la seule façon dont ils savaient le faire, en jouant aux jeux les plus récents, tellement récents qu’ils n’étaient même pas encore sortis.

A la sonnette, qui avait déjà retentit deux fois, plusieurs coups rapides sur la porte suivirent. Mais ces coups ne poussèrent aucun des deux jumeaux à se lever pour aller ouvrir la porte, qui se trouvait à seulement quelques mètres de là, puisque le bureau donnait directement sur une sorte de petit salon ridicule (couvert de matériel informatique, lui aussi, et de boites de pizza vides) où se trouvait la porte d’entrée.

« Bill, je suis à deux doigts de finir ce niveau ! » se lamenta Bob, sans même tourner un regard vers son frère.

« Bob, je suis à seulement quelques mouvement de finir le jeu en lui-même. » lui répondit Bill, sur un ton un peu hautain.

Les coups s’arrêtèrent soudain et les deux terribles nerds soupirèrent dans un bel ensemble, pensant que l’opportun était enfin parti.

« Je commence à m’impatienter. Je vais encore devoir défoncer votre porte. »

Bob et Bill pivotèrent en même temps, manquant de se cogner, et s’entre-regardèrent avec un air affolé. Ils détestaient quand ce vampire venait les embaucher. Ils devaient bien avouer que c’était avec lui qu’ils avaient les boulots les plus sympa, qu’ils devaient au mieux montrer de leur talent, et ça avait quelque chose d’agréable, mais rien que d’être dans la même pièce que ce Eric Southman leur glaçait leurs deux dos parfaitement identiques.

« Si on ne répond pas, il ne viendra sûrement pas, Bob. » souffla Bill.

« Tu crois qu’il bluffe ? » murmura Bob, son regard perdu derrière ses verres épais plein d’espoir.

« Je peux vous entendre d’ici, idiots. » répondit Eric, sur un ton froid d’où, pourtant, perçait une certaine impatience. « Alors si l’un de vous ne vient pas m’ouvrir dans les cinq secondes, je promets que vous… »

« Oh ! Eric ! Bob, c’est Eric! » Bill s’était précipité à la porte, et se tournait à présent vers son frère avec un air faussement ravi. « Tu avais entendu qu’Eric avait frappé, Bob ? »

« Non Bill, tu sais bien que quand je joue, je n’entends plus rien ! »

Eric, les bras croisés devant lui, regarda les deux jumeaux comme s’ils étaient complètement abrutis. Il n’y avait aucune trace d’amusement dans ses yeux, mais la plupart des gens qui le connaissaient pensaient qu’il avait trop vécu pour pouvoir encore s’amuser de quoi que ce soit. L’étrange trio qu’il formait avec les deux observateurs omniscients ne pourrait même pas étirer un petit peu ses lèvres fines.

« Je t’inv… » la voix de Bill mourut dans sa gorge quand le vampire fit un pas ample pour entrer dans l’appartement.

« Il n’y a besoin que d’une invitation. » répondit le vampire sur un ton froid.

Il était aussi grand, charismatique et musclé que d’habitude, mais tout cela semblait encore plus fort à côté des jumeaux. Ils étaient tous les deux plutôt petits, avaient une bonne trentaine de kilos en trop, et étaient en caleçon et chemise de bowling. Leurs cheveux, d’une couleur qui semblait ne pas vouloir se décider entre le roux, le châtain et le brun, auraient eu besoin d’un bon schampooing et quelqu’un aurait dû leur dire que le bouc était ringard depuis plusieurs décennies. Mais le vampire ne les regarda même pas.

« J’ai une mission pour vous. »

« Pourquoi tu n’es pas passé par les méthodes de contact habituelles ? » demanda l’un des jumeaux, sans qu’Eric ne prenne le temps de chercher à savoir si c’était Bob ou Bill.

« Parce que c’est un travail qui n’a rien à voir avec l’Organisation. » dit-il d’une voix douce, et les deux épuisants jumeaux surent qu’ils avaient touché le jackpot.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Mar 14 Sep - 12:38

Jude.




« Enrike ? Je ne t’attendais pas si tôt ! »

Rachel sourit à son frère avec ce sourire désarmant qu’ils partageaient. De tous les membres féminins de la fratrie Diulcinea, Rachel était sans doute la plus belle, et elle le savait. Elle n’était pas quelqu’un de franchement souriant, et avait appris à servir ses sourires avec parcimonie, ne les offrant qu’aux plus méritants, qui voyaient ainsi leur journée illuminée. Ses frères et sœurs n’avaient le droit à aucun traitement de faveur, parce que Rachel était aussi peut-être la plus froide d’entre eux, ou du moins celle qui assumait le plus cette part de froideur qu’ils avaient tous en eux. Ses talents dans le domaine scientifique lui avaient permis d’être exactement ce qu’elle voulait être, et de ne pas chercher à paraître. Quand elle était de mauvaise humeur, elle ne cherchait pas à se calmer, comme tous ses frères et sœurs l’auraient fait, elle râlait, rembarrait, blessait les gens… Et tout le monde trouvait ça parfaitement normal. Après tout, elle sauvait des vies, et, à seulement 36 ans, elle pouvait se targuer d’avoir littéralement révolutionné la neurochirurgie.

« Zelia a décommandé, je devais aller visiter sa galerie mais un boulot urgent lui est tombé dessus. »

« Les urgences de l’art… »

Le ton était légèrement moqueur, mais Enrike ne releva pas, Rachel et Zelia avaient fini par construire une relation très forte, malgré leurs différences tellement exacerbées. Elles n’avaient pas la même vision du monde, et Rachel n’arrivait pas à imaginer que l’Art puisse demander autant de dévotion que la médecine… Evidemment, elle ignorait tout du fait que le travail artistique de sa sœur n’était plus qu’une couverture. Si elle avait su ce que Zelia faisait vraiment de sa vie, peut-être aurait-elle été moins moqueuse, après tout, d’une certaine façon, l’Organisation sauvait des vies. Ou du moins, c’était la façon dont Enrike essayait de voir l’Organisation, et le travail que sa petite sœur et lui faisaient pour Elle.

« Enfin, je ne peux pas aller déjeuner tout de suite, je dois d’abord recevoir un de mes patients. J’en ai pour… » elle regarda son agenda rapidement, un agenda qui avait dû coûter facilement un salaire mensuel de serveuse, mais qui était la chose la moins coûteuse de ce bureau dont Zelia avait fait la décoration. « disons trois quart d’heures, c’est un rendez-vous de routine. »

Elle leva son regard brun vers Enrike, et ce dernier se dit que n’importe qui d’autre aurait souri à ce moment précis, mais pas sa sœur. Rachel était la seule des Diulcinea qui avait décidé, un jour, d’assumer ce qu’elle était vraiment, au fond d’elle-même, et Enrike l’enviait pour ça. Il sourit, lui, et hocha la tête, tout en se demandant vaguement quelle maladie étrange pouvait demander quarante-cinq minutes pour un rendez-vous de routine.

« Je vais attendre dans la salle d’attente, j’ai un bouquin. »

« Tu pourrais aller te balader, le quartier est sympa, c’est un peu bête de passer une partie de ta seule journée à Londres enfermé dans ma salle d’attente. »

« Je connais Londres par cœur, et de toute façon je vais sûrement revenir pendant les semaines qui suivent, le rendez-vous que j’avais ce matin était pour un contrat à Londres, donc je ne manquerai pas de temps. »


Rachel haussa les épaules. Elle était amoureuse de Londres, c’était une des rares choses qu’elle avait en commun avec Zelia, et n’imaginait même pas qu’on puisse s’expatrier, encore moins en Argentine où il faisait si chaud et où tout le monde parlait espagnol.

« Va au moins au service de soin aux êtres non-humains, la déco a été refaite, sous des conseils de Zelia, tu vas être époustouflé. »

Enrike hocha la tête et sortit du bureau. Il savait que Zelia avait fait cette décoration, ça avait été sujet d’assez de débats à Avalanches, parce qu’elle avait dû manquer plusieurs jours de sa formation, mais personne n’avait trouvé de raison valable pour qu’elle refuse ce travail. Clayton avait convoqué Enrike, lui faisant tout un petit laïus sur l’équilibre qu’un agent devait maintenir sur sa couverture… Et Enrike avait bien compris le message, il fallait faire comprendre à Zelia que si elle voulait être une bonne agente, elle devrait être médiocre dans sa couverture. Le problème était que Zelia n’avait jamais su accepter d’être médiocre en quoi que ce soit.

Il soupira tout en arpentant les couloirs du plus grand hôpital magique européen. Les couloirs étaient magnifiques, et tous les services étaient à visiter. Evidemment, ça n’était pas un endroit qu’on visitait, mais avoir une sœur qui travaillait là vous permettait d’avoir un badge qui vous laissait tout le loisir de vous balader. Il passa devant le service des comas longs et s’émerveilla un instant de la voute, un décor évolutif magique qui laissait voir l’espace, Hubble en aurait pâli de jalousie. Il bougea quand une infirmière lui demanda de la laisser passer, avec son chariot et reprit son chemin.

Le service du soin aux êtres « non-humains » (la façon politiquement correcte de parler de créatures conscientes, comme les gobelins par exemple) était au cinquième étage et Enrike y fut en une dizaine de minutes, flânant comme un touriste dans les couloirs de l’hôpital. Il sourit en voyant la décoration que Zelia avait faite. C’était une décoration qui était à la fois jolie et utile, sa sœur avait réfléchi à tout, pour que chaque créature puisse être à l’aise dans l’endroit. Il y avait même une sorte de jardin intérieur, avec un faux ciel découvert, pour les centaures, par exemple. Enrike croisa d’ailleurs un centaure qui, assis dans l’herbe, lisait un journal people avec un air un peu ahuri.

Il s’assit sur un des fauteuils de la salle d’attente, un de ceux faits pour les créatures humanoïdes et observa un peu mieux le travail de Zelia. Il était regrettable que l’Organisation ait mis la main sur elle, parce que ce travail valait vraiment quelque chose, et qu’elle aurait eu tous les contacts nécessaires pour vraiment percer dans le milieu. Ca aurait été une carrière qu’Enrike aurait voulue pour elle, contrairement à celle d’agent de l’Organisation, quand bien même il arriverait à la garder dans Avalanches à la fin de sa formation.

« Enrike ? »

Enrike sursauta légèrement et releva la tête.

« Oui ? »

L’homme qui se tenait devant lui était un grand métis, de près de deux mètres, longiligne, qui portait une blouse blanche. Il avait un visage osseux, mais pas dénué d’intérêt, et ses cheveux crépus étaient nattés sur les côtés, à l’indienne, ils étaient même attachés par des cordons de cuirs avec quelques gris-gris dessus.

« Tu ne te souviens pas de moi ? »

Enrike regarda son interlocuteur de plus près en fronçant les sourcils.

« Euh… »

« Jude ! Jude Nestman ! On s’est rencontrés au Yemen, au colloque sur médecine et territorialité… »

« Je… »

« La soirée avec les Townsend ! Le Black Appache ! »

« Ahhh ! »


Enrike se releva en souriant, il se souvenait.

« Qu’est-ce que tu fais là ? »

« Et bien, je viens déjeuner avec ma sœur, en fait. Elle travaille ici, Rachel Dulcinea ? »

« Rachel ? On est dans le même service ! Enfin, c’est ma boss quoi. Elle est géniale ! »

« Je lui répèterai. »

« J’espère bien ! Ecoute, j’aimerais bien qu’on discute un peu, mais là je suis attendu en salle d’opération dans une dizaine de minutes… Est-ce que tu as un numéro où je peux te joindre ? »


Enrike sortit une carte de sa poche, qu’il tendit à l’afro-indien avant de lui préciser :

[b]« Mon vol pour l’Argentine est à une heure du matin, mais j’ai ma soirée de libre. »

« Okay, je t’appelle. Ouah ! Je suis bien content d’être tombé sur toi ! »

Et sur ce, la tornade Jude quitta la salle. Enrike, afficha un sourire rêveur, qu’il prit bien garde à ce qu’on le voie, puis se dirigea vers le service de neurologie. Jude ne l’appellerait pas, évidemment. Après tout, ils avaient travaillé ensemble pour l’Organisation, et s’il l’appelait ce serait suspect, vu qu’ils devaient juste jouer cette petite scène au cas où quelqu’un les aurait surveillés, quelqu’un qui n’était pas de l’Organisation et qui les suspectait d’en être… mais si quelqu’un de l’Organisation les surveillait, disons Joshua Smith par exemple, ou un de ses hommes, ils devaient se contenter de cette petite scène alibi, et ne pas s’appeler, et encore moins aller boire un verre… Sauf que Jude saurait parfaitement déchiffrer le code de la carte qu’Enrike lui avait donnée, et ils savaient comment se contacter. En étant discrets. Diablement discrets, toute l’opération en dépendait.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Mar 14 Sep - 14:12

Ivy.





« Ca va faire deux heures…. »

« Elle va venir. »


Zephira leva les yeux au ciel. Elle était adossée à un mur de l’entrepôt qu’ils avaient choisi comme point de rendez-vous et sa tenue faisait un peu tâche dans le décor. Elle portait une robe de soirée noire très chic, qui laissait voir ses épaules, en soie, avec un ruban en guise de ceinture plus décorative qu’autre chose. Elle avait mis sa paire d’escarpins noirs brillants et ses longs cheveux magnifiquement blonds étaient remontés dans une sorte de chignon compliqué. Elle était maquillée (merveilleusement) et portait quelques bijoux. A plusieurs centaines de kilomètres de là, son double assistait à une soirée mondaine donnée par son ancienne université londonienne d’attache. Parmi tous ces spécialistes, il était particulièrement épuisant de maintenir l’illusion, et ça faisait deux heures qu’Ivy aurait dû être là.

« Si dans un quart d’heure… »

« Tu peux partir si tu veux. »


Eric lui sourit, de cette façon qui ne permettait aucun doute sur sa nature vampirique, et Zephira soupira.

« Hors de question. »

Elle commençait à se demander si le suceur de sang n’avait pas fixé le rendez-vous à une heure plus tardive, histoire de l’emmerder. Ou peut-être même pour des raisons encore pires. Mais quand le plancher craqua sur sa droite, sa paranoïa se calma.

« Eric ? Zephira ? »

La jeune femme qui apparut était une petite blonde d’une cinquantaine d’années. Elle avait des lunettes épaisses et ce genre de visages qu’on oubliait facilement. Elle avait l’air passablement étonnée.

« Bonjour Ivy. » lui répondit Eric, avec ce même sourire.

« Tu retravailles avec lui ? » demanda la femme à Zephira.

« C’est un cas de force majeure… Il paraît même que je vais retravailler avec toi. »

La femme éclata d’un rire rauque qui se transforma soudain en un petit rire aigu, alors qu’elle apparaissait enfin sous son vrai visage, celui d’une jeune asiatique d’une vingtaine d’années, plutôt mignonne mais sans plus.

« Merci d’avoir répondu à mon appel. » souffla Eric d’une voix profonde.

« Ca n’était pas ce genre d’appel. » répondit Ivy, qui était visiblement sur ses gardes, et avait plus d’expérience avec les vampires que Zephira ne l’aurait cru.

« Bon. On a besoin de toi pour un contrat. »

Ivy tourna son regard vers Zephira, l’air intéressé.

« Ca n’est pas avec l’Organisation. »

« Ca je m’en doute, ils ne vous auraient jamais laissés retravailler ensemble après le désastre de la dernière fois. »


Zephira eut sacrément envie de faire ravaler son sourire narquois à la jeune femme à coups de poings dans sa petite tête mais elle savait assez se maîtriser pour que ça ne se voie pas, elle n’était même pas sûre qu’Eric ait senti son changement d’humeur. Elle détestait les gens qui croyaient tout savoir et qui s’en vantaient, surtout quand ils n’avaient aucun moyen de savoir le quart du tiers de ce dont ils parlaient.

« Quoi qu’il en soit, je ne pense pas que vous ayez les moyens de m’embaucher. »

« Combien tu demandes ? »

« Je suis en cavale, et ça peut très bien être un piège que vous me tendez… Je demande cinq fois le prix habituel. »

« Gourmande. »
souffla Eric d’un air amusé.

Mais Zephira n’était pas amusée du tout. Si elle n’avait pas dû se focaliser sur autre chose, elle aurait sûrement eu du mal à réprimer une grimace de dégoût. Cette gamine était insupportable, elle l’avait toujours été, le fait qu’elle soit en cavale pour traîtrise ne l’avait pas arrangée.

« La moitié avant, la moitié après le contrat ? » demanda Eric.

Un sourire apparut sur le visage de l’asiatique.

« Okay. »

Elle ne se préoccupait que de l’argent, et Zephira était à peu près sûre qu’elle pensait pouvoir prendre sa première moitié, ne pas remplir le contrat, et disparaître comme elle savait si bien le faire. Sauf qu’elle ne savait pas la moitié de ce dont Eric et Zephira étaient capables… Ou même à quel point le vampire pouvait être brutal quand on l’entubait.

« Je ne crois pas non. »

Zephira sourit, l’air soudain méfiant de l’asiatique, et déçu aussi, était drôle à voir.

« Je crois que tu vas travailler pour nous gratuitement. »

« Que… Quoi ? »


Oups, visiblement elle commençait à se dire qu’elle n’aurait peut-être pas dû rester toute seule, si peu préparée, en présence d’un vampire aussi âgé et d’une… et bien d’une Zephira Wood. Elle essaya de reculer d’un pas, mais n’y arriva pas. Il n’y avait pas meilleurs liens que ceux que Zephira savait tisser sans que personne ne s’en apperçoive.

« Hey je… »

« Tais-toi. »


La voix d’Eric était douce, profonde, envoûtante, et Ivy avait fait une erreur… Croiser le regard du vampire… Quelques minutes plus tard, l’équipe était complète.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Mar 14 Sep - 14:53

« Dis-lui, Bob ! »

« Non, toi, Bill ! »


Zephira soupira. Les jumeaux étaient en général plutôt excités en sa présence, et ils n’arrêtaient pas de se relancer le ballon. Elle détestait les quelques minutes chaque jour qu’elle venait passer dans cette petite salle noire recouverte d’écrans. Mais elle détestait encore plus quand Bob et Bill étaient tous les deux éveillés, ce qui était rare. Après tout, quand on surveille un endroit 24h/24, il faut faire des roulements.

« Non toi… »

« Que l’un de vous se décide. »
coupa-t-elle sèchement, et elle les sentit se raidir, aussi rapidement qu’ils l’avaient fait la fois où Eric les avait réprimandés devant elle. Elle prenait de mauvaises habitudes.

« On a une fenêtre. »

« Quand ? »
demanda-t-elle simplement, ce qui parut décevoir les jumeaux qui devaient s’attendre à une explosion de joie de sa part.

« Demain, 10h30. »

Elle ne leur demanda pas s’ils étaient sûrs. Ils étaient les meilleurs observateurs omniscients sur le marché, et Eric et elle les avaient briefés parfaitement. Elle soupira, et dit :

« Je préviens Eric. Merci. S’il y a un changement, vous savez comment me joindre. »

Les jumeaux hochèrent la tête et Zephira disparut, ou plutôt sa projection astrale. Elle se trouvait en réalité dans son salon, à regarder un débat politique quelconque qu’elle suivait juste assez pour pouvoir en reparler si quelqu’un lui demandait. Elle prit une inspiration, sans rien changer de notable à son attitude, puis se propulsa autre part, laissant son corps dans le salon de son ancien appartement.

« C’est un peu risqué de venir ici, chère Hannah. »

Elle soupira. Eric était d’humeur taquine visiblement, et elle n’avait ni le temps, ni l’énergie pour ça. Et encore moins envie, elle grimaça cependant, et s’assit sur la chaise qui se trouvait face au bureau qu’il occupait. Elle croisa ses longues jambes nues (elle portait un short assez court) et sourit.

« Tu sais comme je suis, je ris face au danger, et tout le reste. »

Eric sourit. Il avait des cernes, et ça plut à Zephira. Parce qu’il ne marquait pas franchement facilement, et que s’il avait ces cernes c’était en partie à cause d’elle. Ils avaient tous eu beaucoup de boulot, et même un vampire a du mal à gérer le fait de diriger une cellule de l’Organisation, et le fait d’organiser un plan de ce genre.

« Que me vaut le plaisir ? »

« On a une fenêtre. »


Le sourire qui étira, très lentement les lèvres du vampire était fin, ironique, un peu narquois même.

« Je me doute que si tu viens me voir directement dans mon bureau de L.A., à quelques pas seulement de mes nouvelles recrues, c’est que la fenêtre tant attendue est arrivée… »

Zephira hésite un instant, scrutant le vampire avec un air suspicieux. Ces phrases étaient totalement… gratuites. Et Eric parle rarement pour rien, le badinage très peu pour lui. Enrike aurait pu dire quelque chose comme ça, mais Eric, quand il s’amuse, c’est d’une façon différente. Et pourquoi cette intonation bizarre, ce ralentissement sur les nouvelles recrues ? Pendant quelques instants, l’estomac de Zephira se noue d’angoisse, elle a un mauvais pressentiment, ou du moins connais assez Eric pour sentir qu’il s’amuse de quelque chose qu’elle ne comprend pas. Mais elle ne peut pas lui demander, le faire serait mettre en danger l’opération et, pour l’instant, c’est la chose la plus importante. C’est la seule chose qui importe.

« Demain, 10h30. »

« Tu as prévenu Enrike ? »

« Je vais le faire. »

« Chacun s’occupe des siens. »


Elle hoche la tête. Puis, finalement, elle ajoute :

« Tu t’occuperas des jumeaux. »

Eric penche un peu la tête de côté, la regarde comme s’il voulait la voir sous un nouvel angle, comme s’il la redécouvrait.

« Oh Hannah, j’aime quand tu es cruelle. »

Elle ne réponds rien et se contente de réintégrer son corps.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Mer 15 Sep - 16:41

« Tu es sûre ? »

Zephira soupira et se perdit quelques instants dans l’observation de la vue. Une vue magnifique, prise du haut d’un building parfaitement disposé, on pouvait voir tout Buenos-Aires de là, ou presque. Et de nuit, c’était particulièrement beau. Elle frissonna et resserra son long châle crème autour des épaules. Elle était encore une fois en tenue de soirée, et encore une fois elle était en même temps à un gala, cette fois de charité, donné par son ancienne Université. Elle était magnifique, ses longs cheveux blonds légèrement ondulés s’agitant dans la brise, ses diamants aux oreilles, et autour du cou, une parure prêtée par un bijoutier pour l’occasion. Elle sourit doucement, avant de hocher la tête.

« Je dois le faire. »

Enrike ne dit rien. Il était en jogging et sweat à capuche, sa tenue pour courir, ce qu’il était sensé faire à présent. Il s’approcha d’un pas, se mettant ainsi à la même hauteur que Zephira. Doucement, il déposa ses mains sur la barrière de sécurité, et sembla à son tour admirer la vue. Sauf qu’il n’en voyait rien, aux prises avec des pensées trop éprouvantes.

« Tout repose sur lui. »

Zephira hocha la tête doucement.

« Et tu dis toi-même qu’on ne peut pas lui faire confiance. »

« Jamais de la vie. »

« Alors, comment tu peux lui laisser ce que tu as de plus cher entre les mains ? Une seconde fois ? Après ce qui s’est passé ? »


Zephira tourna la tête vers Enrique. Elle n’avait plus l’air rêveur mais contrarié. Elle n’aimait pas quand les gens évoquaient son histoire avec Eric, parce qu’ils n’en savaient rien, ou plutôt qu’ils n’en savaient que ce qu’Eric et elle avaient bien voulu dire… Pas grand-chose en l’occurrence. Enrike ne faisait pas ce genre d’erreurs normalement, il était trop fin pour ça, mais il était attaché à elle, et il faisait tout pour la forcer à changer son plan. Il avait peur, mais il n’avait pas peur pour lui.

« Comment va Annette ? »

Enrike grogna, détourna le regard et Zephira n’eut pas besoin de baisser les yeux pour savoir que ses poings s’étaient violemment resserrées autour de la barrière en métal.

« Je déteste quand tu fais ça. »

« Quand je fais quoi ? »
demanda-t-elle en tourna de nouveau son regard vers l’horizon.

« Quand tu crois me rappeler subtilement que je suis marié. »

Elle sourit, et sentit que, malgré sa mauvaise humeur, Enrike souriait aussi, mais pâlement.

« Mais tu l’es. »

« Toi aussi. Deux fois. »


Elle haussa les épaules.

« Tu joues sur les mots. Annette n’est pas ce que mes deux maris sont pour moi. Annette c’est… C’est comme Patrick. »

Enrike soupira.

« Mister Freeze va bien ? »

« Aux dernières nouvelles, oui. Mais il sait où je suis, il ne me le dirait si ça n’allait pas. »

« Quel héros ! »

« Ca suffit. »


Le ton était sans appel, et Enrike s’arrêta, observant de nouveau la vue sans la voir. Ils restèrent silencieux pendant plusieurs minutes. C’était stupide, et risqué. Zephira lui avait délivré l’heure de la fenêtre, elle aurait dû être partie depuis longtemps. Mais elle avait besoin de cette discussion, au moins autant que son interlocuteur.

« Il va nous doubler. »

« Patrick ? »

« Eric. »


Zephira soupira doucement, toute tentative d’humour était vaine.

« Est-ce qu’il a vraiment intérêt à nous doubler ? »

« Il t’en veut toujours. »

« Mais il a une dette envers moi. »

« Mais il veut aussi se venger de toi. »


Elle hocha doucement la tête, faisant briller ses diamants au passage.

« Le plan est bon. »

« Il est plein de failles. »


Elle sourit.

« Alors il faudra avoir la foi. » Enrike s’apprêta à répondre quelque chose, mais elle l’interrompit d’un signe de main, en se tournant face à lui. « Je n’ai pas le choix, Enrike. Il n’y a qu’Eric qui peut nous aider. Je dois essayer. Tu ne peux pas comprendre. Tu aimes Annette, mais tu passes ton temps à la tromper. Je ne te juge pas, j’accepte ce que tu es, je comprends ce que tu es. Avoir une double vie c’est toujours tromper quelqu’un. Et demain, je vais peut-être pouvoir mettre un terme à ma double vie. J’en ai assez de tromper tout le monde. Je suis repartie à Sywhaîd pour ça, pour ne plus être que Zephira Wood. »

« L’agente ? »

« Le professeur un peu bizarre sur les bords. Je veux que Madeleine Duprès disparaisse. Et demain, je vais pouvoir la tuer. »


Enrike avança sa main, jusqu’à atteindre celle de Zephira, toujours sur la barrière.

« Mais moi, j’aime Madeleine. »

« Tu ne l’as pas connue. »

« J’ai connu sa version améliorée. »

« Tu devras t’y faire. Demain, quoi qu’il arrive, j’en aurai fini avec Madeleine, avec l’Organisation, et avec Joshua Smith. »


Il hocha doucement la tête, mais ce hochement semblait douloureux. Zephira se dégagea de son contact, et s’éloigna de trois pas mais, avant qu’elle n’ait disparu, Enrike lui murmura :

« Fais attention, Zephira. Parce qu’Eric a toujours eu un faible pour Madeleine lui aussi. »

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Jeu 16 Sep - 10:51

« Oh, désolée, je repasserai plus tard ! »

L’air angoissé de la jeune infirmière fit sourire Zephira, qui lui répondit doucement :

« Vous pouvez vous occuper de lui maintenant si ça vous arrange. Ca ne sera pas la première fois… »

L’infirmière, sûrement toute fraîche sortie de l’école, hésita un instant, mais le sourire un peu triste mais bienveillant de la jolie blonde qui lui faisait face la poussa à hocher la tête et à finir de pousser son charriot dans la chambre. Elle arrêta le charriot devant le lit et commença à sortir ce dont elle avait besoin. Serviette… Eponge… Bassine…

« Vous êtes de sa famille ? » demanda-t-elle, sûrement trop jeune pour savoir qu’on évitait en général d’entrer dans la vie personnelle des patients.

« Sa femme. » lui répondit Zephira, dans un soupir.

« Oh. »

Le silence revint, et on n’entendit bientôt plus que le bruit de l’eau quand la jeune infirmière alla remplir la bassine dans la petite salle de bain attachée à la chambre. Des tas de pensées traversèrent son esprit, mais elle avait tout de même assez de tact pour ne pas les partager. Mais l’intonation du dernier mot qu’elle avait prononcé avait suffi à Zephira. Il y avait de la pitié là-dedans, le genre de pitié que même quelqu’un comme Zephira Wood pouvait accepter. Parce que, oui, être marié à un homme qui était dans le comas depuis plus de dix-sept ans était quelque chose de pitoyable, et de terriblement triste.

Quand l’infirmière revint, elle déposa la bassine sur son charriot et dit quelque chose qu’elle considéra instantanément comme stupide, mais la présence de cette magnifique femme l’intimidait.

« Il est très beau. »

Elle tourna un regard angoissé vers l’étrangère, persuadée que cette dernière allait la rembarrer, mais ce qu’elle vit lui fit détourner le regard. La magnifique blonde tenait la main de son mari comateux, et caressait du bout de l’index le tatouage en forme de dragon qu’il avait sur l’intérieur de l’avant-bras. C’était une scène intime, et le regard pleins de larmes de l’épouse fut ce qui poussa l’infirmière à regretter de ne pas avoir décidé de laver l’homme plus tard.

« Il l’a toujours été… » murmura Zephira.

Et c’était vrai. Bien sûr, avant il n’avait pas ce teint parfait, ces yeux terriblement bleus, ou ces cheveux qui semblaient sortir de chez le coiffeur à l’instant même. Il avait beau être dans le coma, il était aussi saisissant que Zephira Wood ne l’était. Coma magique… et autres raisons plus sombres. Zephira prit une grande inspiration, puis se pencha sur le premier homme qu’elle avait aimé et déposa un baiser sur les lèvres. Elle le regarda un instant, versa une larme, tapota deux coups rapides sur la marque qu’il avait sur le bras, et souffla :

« Au revoir. »

Elle se releva, et sans un regard pour la jeune infirmière, elle se dirigea vers le couloir. Elle pleurait, incapable de se retenir, et se disant de toute façon qu’il était sûrement assez cohérent que quelqu’un qui va voir son mari dans le coma pleure. Elle respirait difficilement, et cet au revoir lui avait plus coûté que n’importe quelle autre phrase jamais prononcé. Elle sentit l’adrénaline monter, rapidement, tandis qu’elle avançait dans les couloirs, se rapprochant de son but, l’ascenseur qui lui permettrait de sortir. Elle l’avait presque atteint lorsqu’elle entendit une voix derrière elle.

« Bonjour Madeleine. »

Elle sentit le monde vaciller, ses sens perdirent leur efficacité pendant quelques secondes, avant qu’elle ne se reprenne, fasse face à l’homme qui l’avait interpellée, et soupire un froid, et épuisé :

« Bonjour Joshua. »

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Jeu 16 Sep - 14:23

« Tu pensais sincèrement que je ne verrai rien ? »

Zephira avait suivi Joshua dans un bureau de l’hôpital, que l’homme avait réquisitionné grâce à un faux badge dont elle n’avait pas retenu le contenu. Elle s’assit sur la chaise qui tournait le dos à la baie vitrée, tandis que Joshua savourait sa victoire tout en s’installant de l’autre côté. Elle pouvait sentir le sort qui empêchait quiconque de ne voir dans cette discussion autre chose qu’une discussion concernant des problèmes médicaux, et sentait qu’elle aurait pu le briser aussi simplement qu’une allumette, mais le regard perçant de Joshua, à travers ses lunettes à montures épaisses, l’empêchait de tenter quoi que ce soit. Et de toute façon, qu’est-ce que ça aurait changé ?

« Je t’ai formée, Madeleine, je connais tous tes trucs. »

Elle déglutit. Joshua avait ce visage bonhomme qui le rendait sympathique presque instantanément. Il avait commencé à perdre ses cheveux déjà à l’époque où Zephira l’avait connu, alors qu’il n’était encore qu’un jeune agent plein de succès, et à mesure qu’il avait gravi les échelons hermétiques de l’Organisation, ses cheveux s’étaient faits plus rares, et son sourire plus sympathique. Mais Zephira savait mieux que quiconque qu’il fallait ce méfier. Elle avait après tout en face d’elle celui qui l’avait sauvée, en qui elle avait eu parfaitement confiance, en qui elle avait cru… mais qui avait un jour décidé de l’utiliser contre son gré comme appât, qui l’avait envoyée dans des missions kamikazes, et qui à présent était prêt à fondre sur elle comme si elle n’avait jamais mérité son respect. Il était aussi, et surtout, celui qui avait décidé de recruter Zelia, une sorte de représailles pour le refus de Zephira de rempiler. Et ça, c’était la chose pour laquelle elle ne le pardonnerait jamais.

« J’avoue que j’ai été surpris quand Eric est venu me voir… »

Elle serra les dents, prête à écouter l’histoire peu surprenante d’un Eric menant double-jeu. Mais alors que Joshua articulait lentement son prochain mot, il se figea. Zephira sourit doucement en voyant un éclair de surprise passer dans son regard. Ca ne lui arrivait pas souvent, il était intelligent, et se targuait de toujours tout prévoir. Il détestait les imprévus. Elle tourna doucement la tête, et vit un médecin métisse, suivi d’une jeune infirmière, courir dans la direction d’un service où il y avait en général peu d’urgences. Celui des comas magiques de longue durée.

« Qu’est-ce que tu as fait ? »

Il avait pratiquement crié, et Zephira savoura cette réaction, une des plus violentes qu’elle lui ait jamais vues. Il se leva brusquement, attrapa sans ménagement le poignet de la jeune femme et se précipita dans la même direction que le médecin et l’infirmière, Zephira sur ses talons. Ils s’arrêtèrent devant la chambre où régnait une agitation palpable. La petite infirmière avec qui Zephira avait parlé était en larmes et, quand elle s’arrêta devant Zephira et Joshua, elle sourit, et dit :

« Votre mari ! Mon dieu… C’est un miracle ! »

Zephira prit une inspiration et tourna la tête vers l’intérieur de la chambre. Frédéric avait les yeux ouvert, était assis sur le rebord de son lit. Il avait l’air un peu perdu, mais en bonne santé. Elle sourit, et Joshua la gifla.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Ven 17 Sep - 13:10

Zephira prit quelques secondes avant d’ouvrir les yeux, de montrer qu’elle était réveillée, consciente. Tout son corps semblait encore endormi, ses flux aussi, et même un spécialiste aurait eu du mal à dire qu’elle s’était éveillée. Elle était sur le qui-vive. Elle ne savait pas ce qui s’était passé, et encore moins où elle était. Elle ne l’avait pas vue venir, la gifle de Joshua. Mais elle avait encore moins vu venir la puissance magique qui l’avait terrassée, et neutralisée pendant… Elle prit une inspiration. Son horloge biologique disait bien deux heures. C’était énorme, elle ne se rappelait même pas de la dernière fois qu’un sort avait réussi ce genre d’exploits sur elle.

Elle se reconnecta à son corps, progressivement. Elle était pleine de courbatures, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps, ça aussi, et elle sentait qu’elle avait été entravée pendant un moment. Ils avaient dû la déplacer. Pour qu’elle ne se réveille pas dans ce genre de conditions… le sort avait dû être… Elle retint un soupir. Eric. Joshua et lui avaient tout préparé, il n’y avait qu’Eric pour réussir à l’assommer comme ça, à la mettre dans cet état. Il était une des rares créatures assez fortes pour le faire, et pour maintenir l’effet pendant deux longues heures.

« Tu peux peut-être ouvrir les yeux maintenant, Hannah. »

Elle soupira, laissant son corps exprimer sa conscience. Puis elle fit comme le vampire le lui avait dit, et se retrouva, sans grande surprise, face à un plafond en béton gris. Elle était sur une petite couchette en bois, et ça son corps le lui avait déjà dit, et elle portait toujours les mêmes vêtements, ses hôtes n’avaient visiblement pas pris la peine de la changer pour une tenue plus adéquate au lieu. Elle glissa sur le bord de la couchette, peut-être un peu moins gracieusement que d’habitude, les effets secondaires de la magie d’Eric continuaient à se faire sentir, et s’assit.

« Sais-tu où tu te trouves ? »

La voix de velours d’Eric, cette voix qui était une arme, et cette intonation qui était une sorte de coup de grâce : articulant chaque syllabe, avec une lenteur exactement parfaite, qui vous poussaient à vouloir vous damner pour qu’il parle encore, avait quelques élans amusés. Et son visage reproduisait exactement cette émotion, tandis que Joshua, à côté, était sombre et toujours en colère. C’est Joshua que Zephira regarda quand elle répondit, parce qu’elle prenait plaisir à le voir dans ce genre d’état. Il avait cru être plus malin qu’elle, il s’était trompé.

« Pégase. » répondit-elle. « Les bureaux de Londres. »

Joshua tourna un regard qui se voulait neutre sur Eric. Mais Zephira le connaissait bien, et puis, avec la surprise, la colère, et l’échec contre son élève, qu’il n’avait pourtant jamais sous-estimée, faisait craquer un peu le vernis.

« Rien de magique, elle utilise son cerveau, quelque chose de visiblement passé de mode ces temps-ci. »

Eric se moquait ouvertement de Joshua, et ce dernier ne pouvait pas y faire grand-chose. Ils étaient tous les deux à peu près au même niveau, dans la hiérarchie compliquée et opaque de l’Organisation. Ils ne faisaient pas le même travail, mais ils étaient aussi importants. Et puis, Joshua était quelqu’un d’intelligent, et d’expérimenté… un sorcier puissant. Mais il n’était pas un vampire de plus de mille ans.

Une table apparut soudain au milieu de la pièce, avec deux chaises, l’une en face de l’autre. Le tout était en métal, et fit penser à Zephira à des meubles de décors de films, dans la terriblement scène où le coupable se fait interroger par les flics. Elle se leva, les courbatures étaient toujours présentes, lui infligeant une douleur qu’elle n’avait pas ressentie depuis des années, et s’assit tranquillement à une des chaises, sans même attendre qu’on lui demande de le faire. Elle s’assit bien droite, malgré les douleurs, et croisa les bras devant elle. Elle sourit, ironiquement, puis leva un regard insolent qu’elle planta dans celui de Joshua Smith.

« Bon ou mauvais flic ? »

Joshua grimaça. Il était hors de lui, et le fait que Zephira ait l’intention de dominer la scène n’était visiblement pas à son goût.

« Oh non, on a dépassé ça depuis très longtemps dans ton cas. »

Il se tourna vers Eric et ce dernier sortit de la salle par une porte dérobée. Zephira leva un sourcil interrogatif, et le sourire que Joshua lui servit en réponse lui glaça le sang. Quelques secondes passèrent, puis l’agent sembla réagir à un signal que même Zephira ne put percevoir, et il alla toucher le mur qui faisait face à Zephira. Ce dernier disparut, laissant place à une vitre sans teint, donnant sur une salle en tout point pareille à celle dans laquelle était Zephira… Sauf qu’à l’intérieur se trouvait Eric. Et Frederic. Les yeux de Zephira s’agrandirent et ses mains se crispèrent autour de son buste, mais ce furent sa seule réaction.

« Ah ! Enfin ! » put-elle entendre son mari s’exclamer. « Ca fait des heures que j’attends ! Je croyais qu’on devait me faire des tests pour vérifier que tout allait bien, mais ça n’a pas l’air d’un hôpital ! »

Eric sourit. Il avait revêtu sa forme la moins terrifiante, celle qui pouvait facilement le faire passer pour un humain, du moins à quelqu’un qui n’était pas connaisseur, qui ne faisait pas vraiment attention, comme quelqu’un qui sortait d’un coma de dix-sept ans par exemple.

« Je m’excuse pour cette attente, nous n’avons pas vraiment l’habitude de ce genre d’évènements. » Il s’assit face à Frederic, et demanda : « Que vous a-t-on dit ? »

« Rien ! » explosa Eric, et Zephira réalisa que cette conversation se faisait en français, ce qui était logique, mais elle était bien trop émue pour l’avoir remarqué plus tôt. « On ne m’a absolument rien dit, à part que j’étais dans le coma ! Où est Madeleine ? Et notre enfant ? Elle a réussi à s’échapper, n’est-ce pas ? »

Zephira sentit un frisson lui parcourir l’échine. Frederic avait manqué tellement de choses. Il était toujours un adolescent, coincé dans un corps de trentenaire. De magnifique trentenaire, admettons, mais de trentenaire tout de même. Elle sentit sa gorge se serrer à l’évocation de leur enfant.

« Frederic, écoute-moi. » souffla Eric.

« Non. » murmura Zephira en fermant les yeux.

« Regarde-moi… C’est ça, c’est bien… »

« Je t’en prie… Joshua… » souffla la jeune femme, et sa voix n’était plus qu’un mince filet presque inaudible.

Mais Joshua souriait, d’un sourire à vous glacer le sang.

« Tu devrais regarder Madeleine. Regarde Eric tuer ton mari, regarde ce que tu as fait. »

Elle ouvrit les yeux. Frederic était déjà hypnotisé. Il n’avait jamais rencontré de vampire, et il n’avait pas la puissance que Zephira avait. Il était puissant, lui aussi, pour les mêmes raisons, mais dix-sept ans de coma l’avaient affaibli. Et puis, Zephira avait eu un traitement de faveur grâce à sa grossesse… Elle était un peu en avance sur lui…

« Tu ne t’appelles pas Frederic. » dit Eric de cette voix à laquelle-même Zephira failli se faire prendre.

« Je ne m’appelle pas Frederic… » répéta ce dernier d’une voix sans timbre.

Zephira s’approcha de la vitre. Elle sentit une vague de détresse sans fin la submerger, et son énergie magique lui revint soudain, violemment.

« Je ne ferais pas ça si j’étais toi… Tu sais où tu te trouves. »

Elle avait déjà commencé à former la boule d’énergie, mais elle s’arrêta d’un coup, et s’effondra au sol, contre la vitre, comme un pantin désarticulé. Les bureaux de Pegase à Londres… se trouvaient dans les sous-sols de la Faculté de Magie appliquée aux Sciences Dures de Londres. Une Faculté où près de dix-mille étudiants et personnel se trouvaient chaque jour. On était mardi, au beau milieu de la journée. Si elle faisait ça, elle tuerait assez d’innocents pour qu’on parle d’une catastrophe nationale.

« S’il te plaît… Joshua. » murmura-t-elle une dernière fois, les larmes inondant ses joues, incapable de bouger, de faire autre chose que de regarder l’homme qu’elle avait aimer se faire laver le cerveau.

« Un peu de tenue Madeleine. Tu sais que c’est un traitement miséricordieux. »

Elle sentit sa haine pour Joshua devenir irrévocable. Il appréciait ce qu’il faisait… Et il savait que, pour elle, c’était pire que s’il avait tué Frederic. Il frôla de nouveau le mur, et ce dernier redevint opaque. Elle n’entendit plus la voix d’Eric, et ne put savoir quelle vie il inventait à son mari.

« Si on parlait de ton cas, maintenant ? » susurra Joshua, et Zephira eut des envies de meurtres.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Dim 26 Sep - 11:55

Elle voltigea sur près de deux mètres et s’éclata contre le mur, littéralement. Elle sentit ses articulations craquer quand, du mur, elle retomba à terre, et roula sur le côté. Elle avait le goût du sang dans la bouche, et un œil qu’elle ne pouvait déjà plus ouvrir, quant à l’autre il voyait flou. Elle n’était pas inquiète, pas vraiment. Elle avait passé ce stade. La salle dans laquelle ils l’avaient amenée était la salle réservée à certaines créatures ultra puissantes. Les vampires par exemple. Une salle qu’ils avaient mis des années à élaborer, et qui retournait votre puissance contre vous. Dans cette salle, le moins puissant était le plus fort, et Joshua en profitait.

« Relève-toi. »

Elle avait appris à détester Joshua, petit à petit. Au début, il avait été son sauveur, son mentor, comme un père, ou un grand frère. Il lui avait montré un monde dont elle ne connaissait rien, l’avait traitée avec gentillesse. Mais tout cela n’était pas le vrai Joshua Smith. Le vrai Joshua Smith se trouvait devant elle, les manches de sa chemise relevées, mais tout de même tachées de sang, en train de triturer des objets pointus, se demandant sûrement par quoi il allait commencer. Parce que ces longues heures d’attentes entrecoupées de passage à tabac n’étaient, évidemment, que la mise en bouche.

Elle grogna, ou geignit elle ne savait pas exactement, et se força à se relever. Ses côtes lui faisaient mal, mais elles tenaient encore le coup. Ca n’était pas le cas de sa cheville droite, et son épaule droite était prête à lâcher. Elle avait une faiblesse à cet endroit depuis qu’elle se l’était démise des années plus tôt, et cette sensation proche de l’explosion était comme une vieille amie, que Zephira salua mentalement. Elle se retrouva en position verticale, et se tenait encore bien plus droite que la plupart des gens, malgré toutes les douleurs dont elle était percluse. Elle essaya de respirer, mais son nez était plein de sang. Elle renifla et cracha du sang par terre.

[color=olive]« Et tes manières alors ? »[/color pouffa Joshua.

« Va te faire foutre. »

Il sourit, mais elle sentit son cœur se réchauffer. Il n’était pas aussi à l’aise qu’il voulait le montrer. Il avait toujours eu un eu peur d’elle. Avec elle, il avait jouer à Frankenstein, et plus les années avaient passé, plus il avait eu peur que sa créature se retourne contre lui. Et aujourd’hui, alors même qu’il avait gagné, et qu’il la tenait sous son contrôle, il la craignait toujours. Elle sourit et il sentit la rage monter en lui. Il était intelligent, il savait pourquoi elle souriait.

« Assise. »

Elle s’assit. La salle donnait le pouvoir à Joshua, mais Zephira gardait l’esprit clair. Elle savait qu’elle ne voulait pas s’asseoir, mais qu’elle le faisait tout de même, parce que c’était lui qui commandait. C’était une impression étrange, parce que Zephira ne se soumettait pas vraiment. Parce qu’elle était toujours elle-même. Elle passa une main dans ses cheveux et les repoussa vers l’arrière. Ils étaient toujours magnifiques, même emmêlés et plein de sueur. La plupart des gens qu’elle connaissait ne l’auraient pas reconnue à ce moment précis, le visage boursoufflé, les vêtements tâchés, les cheveux complètement défaits. Mais elle avait toujours son aura, et elle savait que c’était ce qui inquiétait Joshua. Quelque chose lui disait que dans cette salle, les vampires n’avaient plus la leur.

« Tu vas continuer longtemps ? » demanda-t-elle sur le ton de la conversation.

Il se tourna vers elle, et il avait une espèce de grosse pince à la main. Il fit mine de réfléchir, puis répondit :

« Aussi longtemps qu’il le faudra. »

« Aussi longtemps que tu le voudras, tu veux dire. »

« Je ne fais que suivre les ordres. »
Et son air contrit n’était pas très réussit.

« Me punir puis me tuer ? Si tu étais la personne que tu veux faire croire que tu es, tu passerais directement au second. »

« Qui te dit qu’il s’agit de te tuer ? »

« Ils savent que tu ne me reprogrammera pas. Et même s’ils ne le savent pas, tu le sais. »


Il haussa les épaules et, sans rien ajouter, s’approcha avec la pince. Les cris que Zephira poussa n’eurent bientôt plus rien d’humain.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Dim 26 Sep - 15:58

Cette fois-ci, elle allait mourir. Elle sentait bien que Josh s’amusait un peu trop, et qu’il irait un peu trop loin. Ca faisait une quinzaine de jours qu’elle était retenue prisonnière. Une trentaine de jours qu’il s’amusait. Il la laissait se reposer bien sûr. Enfin, si le fait d’être allongée à même le béton dans une salle où on mettait constamment de la musique à fond pouvait être considéré comme reposant. On ne la nourrissait que par à coups. Parfois rien pendant plus de quarante-huit heures, puis un repas de folie. Ou alors juste un truc bien dégoûtant. On essayait de la briser, elle le savait. Elle avait déjà vécu tout ça, ça n’était pas la première fois. Bien sûr, c’était la première fois que c’était une personne en qui elle avait eu confiance, qu’elle avait aimée, qui lui infligeait ça. Mais elle avait appris à haïr Joshua, ça n’était pas d’hier, et il n’y avait aucune réelle surprise dans ce qui se passait. Sauf qu’elle n’avait pas pensé qu’il y prendrait autant de plaisir.

Il faut dire, à la décharge de Mr Smith, qu’elle l’avait longtemps mis dans une position inconfortable. Comme beaucoup de personnes qui avaient travaillé pour l’Organisation, elle avait été une arme à double tranchant. Une très bonne agente, mais sans limite apparente. Ils n’avaient jamais su où s’arrêtaient ses pouvoirs. Elle était une erreur, pas une erreur de la nature, il n’y avait rien de naturel dans ce qu’elle était. Ils auraient dû la tuer depuis longtemps, mais ils ne l’avaient pas fait, par appât du gain. Et ils s’en étaient mordu les doigts. Parce qu’elle avait fini par refuser de répondre aux appels. Et qu’ils n’avaient rien pu faire. Elle n’avait pas eu de point faible. Du moins pas jusqu’à présent.

Il y avait des moments où elle détestait la recherche magique, alors même qu’elle en était en temps normal une fervente défenseuse, et qu’elle y participait. Mais cette cage. Mon dieu, c’était comme être Einstein et se retrouver à Nagasaki. Elle souffrait, et pour le coup elle ne se souvenait pas d’avoir un jour autant souffert. Même perdre Sting avait été moins douloureux… Quoi qu’elle en fût sortie avec des séquelles très dures à surmonter. Mais cette fois, il ne serait pas question de séquelles.

La porte s’ouvrit, et Zephira refusa d’ouvrir les yeux. On la saisit sous les aisselles, et on la traina jusqu’à la salle où Joshua l’attendait. Elle ne tenait plus debout depuis à peu près une semaine, et s’effondra contre le béton. Sa cheville avait été cassée à plusieurs reprises, et ils ne la soignaient plus depuis un moment. Elle avait gonflé, et Zephira était à peu près sûre qu’elle allait faire un œdème irrécupérable s’ils continuaient à ne pas la réduire. Elle avait essayé de le faire elle-même, mais elle n’avait rien dans sa cellule, rien même pour s’appuyer ou pour remettre sa cheville en place, et à mains nues, quand une de vos mains avait un tendon déchiré, c’était impossible.

« Oh, ils t’on lavée. Bien. Je commençais à en avoir assez de ta puanteur. »

Elle ne leva pas le regard vers Joshua. Elle se fichait de savoir s’il pensait qu’elle se soumettait ou pas. A présent, elle avait trop mal, partout, pour penser à autre chose qu’à essayer de continuer à respirer. C’était son seul objectif. Et tant pis si ce salopard pensait qu’il avait gagné.

« Je commence à me lasser. » annonça-t-il sur ce ton bonhomme qui n’allait définitivement pas avec la situation. « Ils m’ont demandé si je pensais pouvoir te faire craquer. Pour la première fois j’ai dit non. »

Zephira ne put s’empêcher de sourire. C’était un sourire malade. Un sourire auquel il manquait des dents, et dont les lèvres étaient bleues, et écorchées. Mais un sourire quand même. C’était peut-être être encore plus taré que Joshua que de sourire à une telle annonce, mais elle s’en fichait. Ca s’arrêterait bientôt. C’était le principal.

« Alors ils m’ont dit d’abréger. »

Elle prit une inspiration, accompagnée comme depuis ce qui lui paraissait être toujours de ce gargouillis désagréable. Jusqu’où pouvait aller un corps dans la souffrance jusqu’à s’arrêter ? Elle imaginait qu’il pouvait aller très loin, tant que le cerveau voulait continuer à vivre. Mais même Zephira Wood ne pouvait survivre à une mise à mort. Pas quand elle était faite dans une salle de ce genre. Encore moins quand elle était déjà aussi affaiblie. Et quand c’était fait au flingue.

Flingue que Joshua tournait vers elle, ce dont elle se rendit compte quand elle finit par relever ses yeux gris sur lui. Elle sentit une vague de peur l’envahir. Elle n’avait pas envie de mourir. Elle n’en avait jamais eu envie, malgré tout ce qu’elle avait vécu, malgré toute la culpabilité. Elle avait survécu à la mort de son daemon, ce qui prouvait qu’elle avait toujours été une battante, et plus que ça encore. Mais une balle dans la tête, on n’en guérit pas. Elle prit une inspiration, ferma les yeux et sentit les larmes couler. Elle ne voulait pas mourir. Mais elle avait choisi de risquer sa vie. Elle l’avait fait en connaissance de cause. Elle l’avait fait pour Frederic. Mais pas seulement. Elle l’avait fait pour elle aussi. Parce qu’il fallait qu’elle le fasse. Parce qu’il fallait qu’elle soit ce genre de personnes, si elle ne voulait pas devenir comme Joshua.

Le pistolet fit un bruit assourdissant bien loin des bruits des films quand Joshua appuya sur la détente, et le cœur de Zephira s’arrêta de battre.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Dim 26 Sep - 16:25

« Hannah… »

Zephira ouvrit les yeux. Elle ne sentait plus aucune douleur. En fait, elle ne sentait plus rien. Elle n’avait même pas senti qu’Eric l’avait légèrement soulevée. Assis à même le sol, il l’avait allongée sur le dos, sur ses genoux. La tête de Zephira se trouvait à quelques centimètres de celle du vampire, penché sur elle. Les yeux du suceur de sang étaient animés d’une lueur inquiétante, il faut dire qu’ils baignaient tous les deux dans du sang. A qui ? Zephira sentit une sorte de fourmillement dans ses paupières quand elle se rappela que c’était le sien. Oui, évidemment. Joshua n’avait pas fait les choses proprement. Il l’avait touchée dans le poumon, et la balle avait touché sa colonne vertébrale, ce qui expliquait qu’elle ne sentait plus rien. Et il l’avait ensuite laissée se vider de son sang.

Il n’avait pas touché d’artère, elle ne pensait pas en tout cas, autrement elle aurait déjà été complètement vide, parce qu’elle avait dû être évanouie un petit moment. Joshua n’était plus là. Il avait dû aller remplir un rapport, ou quelque chose du genre, en attendant de venir constater la mort. Elle sourit à cette idée, et se rendit compte que sa bouche était pleine de sang.

« Non, ça n’est pas vraiment le look le plus sexy que je t’aie connu. » lui dit Eric avec cet air narquois qui semblait ne jamais le quitter. « Même si le sang a toujours eu quelque chose d’excitant pour les gens de mon espèce. »

Elle voulut répondre quelque chose mais ne sortirent de sa gorge que des gargouillis spongieux assez peu gracieux.

« Comment tu fais pour te mettre toujours dans des situations pareilles ? »

Elle sourit et tenta de hausser les épaules, ce qui la secoua et réveilla une douleur dans le peu de son corps qu’elle sentait encore.

« Je suis là pour te faire une proposition. »

Elle écarquilla les yeux.

« Certainement pas ! »

Eric releva le regard vers un Joshua qui venait de se ruer dans la salle. Il transpirait, et respirait rapidement. Zephira ne put s’empêcher de se dire que ça n’était pas vraiment la meilleure façon de se présenter devant un vampire. Sans compter qu’il venait de crier à Eric de ne pas faire quelque chose. Elle sentit soudain qu’elle était de nouveau contre le béton, le vampire l’y avait déposée avec délicatesse, mais avec une telle vitesse qu’elle avait à peine eu le temps de s’en rendre compte. Elle ne le vit pas s’approcher de Joshua, elle ne pouvait voir que le plafond, mais elle connaissait assez le vampire pour pouvoir l’imaginer. En une fraction de secondes, il n’était plus qu’à quelques centimètres de l’Agent, le surplombant de sa hauteur.

« J’ai eu des ordres. » lui dit Joshua, tout imprégné d’une sorte de moralité que Zephira trouva comique.

« Ca ne te donne pas le droit de m’en donner. » souffla Eric, de cette voix profonde et menaçante qui aurait terrorisé plus d’une personne. Malheureusement, Joshua était fait d’un autre bois.

« Mes ordres sont de tuer Madeleine Duprès. »

Zephira sourit malgré elle. Tuer Madeleine Duprès. Si seulement ils avaient pu le faire plus tôt.

« Je me fiche de tes ordres. L’Organisation a reconnu mon droit de vengeance sur Hannah. » La voix d’Eric était pleine d’une puissance que seuls les vampires les plus anciens pouvaient conquérir et Zephira en sentit un frisson de plaisir. Elle avait toujours été attirée par la puissance, elle n’y pouvait rien, même mourante, cette voix l’envoyait au septième ciel. « Et j’ai décidé de me venger aujourd’hui. »

« Quoi ? »


Joshua était habitué à traiter avec les vampires, et il l’était particulièrement à traiter avec Eric. Seulement il avait tendance à sous-estimer les gens, à croire facilement qu’il les connaissait par cœur. Le fait qu’Eric traite avec les humains, suive leurs règles la plupart du temps, avait fini par lui faire oublier à quel point les vampires pouvaient être différents. Mais il se reprit bien vite.

« Elle va mourir. C’est la pire des vengeances possibles. »

Eric secoua la tête.

« Je connais bien pire. »

« Pire qu’être torturée puis tuée ? »

« Ca a toujours été ton problème Joshua Smith. Tu as été un bon élève, mais tu n’as jamais eu d’imagination. »


Zephira frissonna. Elle ignorait que Joshua avait été formé par Eric, mais il y avait quelque chose de logique là-dedans. Joshua avait toujours été particulièrement obsédé par l’idée de l’élève qui dépassait le maître, d’où la peur que Zephira lui avait toujours inspiré, elle qui avait été l’une de ses rares élèves à en être capable. Il pensait sûrement avoir dépassé Eric depuis longtemps, puisqu’il était à un niveau hiérarchique qui semblait plus élevé dans l’Organisation. Sauf qu’Eric était exactement là où il le voulait. Joshua avait toujours été limité dans sa compréhension des gens, ce qui expliquait qu’il n’ait jamais eu de cellule à lui. Eric en avait une.

« Vivre est un bien pire châtiment. »

Et Zephira se retrouva de nouveau appuyée sur les genoux du vampire habillé de noir. Elle le vit sortir ses crocs puis mordre dans son poignet, assez fort pour en arracher un gros morceau de chair.

« Bois. »

Elle secoua vaguement la tête, en s’efforçant de garder la bouche fermée. Alors, Eric se pencha sur elle, et lui murmura de cette voix envoûtante :

« Tu as déjà refusé une fois, et ça t’a coûté ton daemon. Cette fois cela te coûtera la vie. Es-tu sûre de ne plus rien avoir à vivre ? »

« En tout cas, elle n’a rien à vivre en dehors de cette prison. »
intervint Joshua, mais Eric le fit taire d’un simple regard.

« Bois, Hannah. Avant que la plaie ne soit rebouchée. »

Elle prit une inspiration et posa ses lèvres sur le bras qu’on lui tendait. Elle se mit à boire, sous le regard avide d’Eric, et petit à petit elle sentit ses forces lui revenir. Elle guérissait à vue d’œil, avec la puissance qu’elle avait, il suffisait de peu pour que l’effet du sang des vampires se fasse sentir. Mais Eric la laissa boire jusqu’au maximum. Et alors, il dégagea son bras de force, et lui souffla à l’oreille :

« Dors. »

Elle ne lutta pas et ferma les yeux, toujours couchée dans son sang. Eric se releva doucement et tourna un regard impérieux vers Joshua.

« Il faut qu’on parle. »

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Zephira Wood
Sywhaîdienne
Sywhaîdienne


Nombre de messages: 139
Age: 36
Date d'inscription: 27/06/2007

MessageSujet: Re: Sense & Sensibility   Dim 26 Sep - 17:09

« L.A. ? »

En plus d’avoir une horloge interne en parfait fonctionnement, Zephira avait toujours eu une boussole interne plutôt fonctionnelle. Mais à vrai dire, la vue du balcon sur lequel elle venait de poser le pied ne laissait pas beaucoup de doute. En plus d’une vue magnifique sur les buildings en pleine nuit, elle pouvait voir les immenses lettre blanches d’Hollywood juste en face d’elle. Elle n’attendit d’ailleurs aucune réaction de la part du vampire pour lui demander :

« Cinq jours entiers ? »

« Tu avais besoin de te reposer. »


Elle haussa les épaules, et son regard s’abaissa pour la première fois sur ce qu’elle portait. En l’occurrence, une robe blanche à la marilyn. Elle porta une main à ses cheveux, ils étaient remontés dans un chignon qui lui donnait l’air de les avoir courts.

« Tu te fiches de moi ? »

« Jen s’est amusée pendant que tu dormais. Je te donnerai le double des photos si tu veux. »


Elle soupira et se contenta d’avancer jusqu’à la barrière du balcon. C’était un balcon immense, sur lequel on avait installé un barbecue énorme, rien de moins. Elle sourit en imaginant Eric habillé en parfait petit cuistot.

« Gosh, it was close… » soupira-t-elle en s’étirant.

« Ils ont été plus durs à convaincre que prévu. » répondit tranquillement Eric.

« Je n’étais plus sûre que tu viendrais. » avoua Zephira, sur le même ton.

Elle tourna son regard gris vers le vampire, et ce dernier souriait de ce sourire mi-figue, mi-raisin qui le rendait si attirant et si menaçant à la fois.

« Je ne vois pas ce qui a bien pu te faire douter de moi Hannah. »

Il se rapprocha à une vitesse trop élevée pour l’œil humain, et même pour celui de Zephira, et déposa une couverture qui sentait son odeur sur les épaules de la sorcière. Il murmura alors à son oreille :

« Nous avions un marché. J’ai rempli ma part du contrat. »

Elle hocha la tête.

« Tout ça pour de l'argent ? »

« Tu oublies que tu as bu mon sang. »


Elle haussa les épaules.

« De toute façon, tout le monde saura où je suis. L’Organisation me surveillera constamment. »

« Tu vas retourner à Sywhaîd. »


Il s’éloigna, reprenant la place qu’il avait, à côté de Zephira, et plus contre elle.

« C’est le seul endroit où ils ne pourront pas me surveiller 24/7. » soupira-t-elle. « Et puis, j’aime cet endroit. »

« Quelqu’un comme toi dans un village aussi ridicule. »


Elle ne répondit rien, se contentant de regarder la ville.

« Enrike ? »

« Ils n’ont aucune idée qu’il a participé. »

« Les jumeaux ? »

« Ils pensent avoir joué à un nouveau jeu vidéo pendant tout ce temps. Même la pire torture n’arriverait pas à leur faire dire quoi que ce soit d’autre. »


Elle frissonna, espérant qu’on n’en arriverait pas jusque là.

« Ivy ? »

« Dans les cellules de l’Organisation. »


Elle hocha la tête. Elle ne se sentait pas coupable, les dés avaient été truqués dès le début, et Ivy était quelqu’un de particulièrement insupportable, sans compter qu’elle n’était pas quelqu’un de bien.

« Jude ? »

« Il ne sera jamais inquiété. Quant à ton clown, personne ne sait même à quoi il a servi. »

« Moi je sais. »
sourit Zephira.

Le vampire se contenta de hocher la tête. Il portait son éternel jean noir avec un débardeur de la même couleur et Zephira pouvait voir à quel point il était attirant. Elle savait qu’une partie de cette attirance qu’elle éprouvait venait du sang qu’elle avait bu, mais elle savait aussi qu’il y en avait une partie qui ne trouvait sa source que dans ses névroses. Elle avait toujours été attirée par Eric. Elle avait couché avec lui en pensant guérir le feu par le feu, mais ça n’en avait été que pire. Elle savait qu’elle avait sauvé sa vie en refusant de coucher une fois de plus avec lui. Elle savait aussi que c’était ce qui faisait qu’il s’intéressait toujours à elle après toutes ces années. Peu de gens lui résistaient, encore moins y survivaient, et il était intrigué.

« Ca ne marchera pas une seconde fois. »

Elle tourna un regard interrogatif vers lui.

« Tu n’arriveras pas à les avoir deux fois. Tu es intelligente Hannah, mais il faut que tu saches que tu ne détruiras pas l’Organisation à toi seule. C’est plus gros que ce que tu ne le penses. »

« Je n’ai jamais dit que je voulais détruire l’Organisation. »

« Je te connais. Et je connais cette lueur dans ton regard. Tu veux te venger, et tu veux te préserver. Mais pour le moment, le mieux reste d’aller t’enfermer à Sywhaîd. A moins que… »


Elle tourna un regard peut-être un peu trop intéressé vers le vampire, qui sembla s’en réjouir.

« A moins que tu veuilles travailler pour moi. »

Elle sourit.

« Jamais de la vie. J’en ai fini avec tout ça. »

« Je ne te crois pas. »


Elle tourna de nouveau son regard vers la vue. La présence d’Eric à côté d’elle avait quelque chose de rassurant, et ça n’était pas dû qu’au nouveau lien que le sang qu’elle avait bu avait créé entre eux. Elle n’était pas son enfant, elle n’était pas un vampire, mais ce lien resterait fort. Il y aurait toujours quelque chose de magique entre eux, quelque chose dont elle devrait se méfier. Mais elle avait calculé le pour et le contre, et c’était la seule solution. De toute façon, il y avait toujours eu quelque chose entre eux, ce lien ne faisait que rendre tout ça plus tangible.

« Frederic ? » demanda-t-elle, et sa voix se brisa.

« Nous avons un accord, Hannah. Tu as accepté de ne rien savoir de ce que tu lui avait mis en tête, et j’ai promis de le rendre aussi heureux que possible. »

Elle hocha la tête, sentant des larmes couler sur ses joues.

« Je ne comprends toujours pas pourquoi tu veux à ce point le sauver. Il a passé près de vingt ans dans le coma. »

« Il ne le méritait pas. »


Eric tourna un regard vers elle, il semblait essayer de voir quelque chose d’invisible, puis il sourit.

« Petite maligne ! »

Elle leva un regard presque innocent vers lui.

« Ca fait longtemps que tu préparais ça, n’est-ce pas ? Tu savais qu’Enrike surveillait tout ce qui pouvait se dire sur toi ou sur ton mari, tu savais qu’il serait le premier à te prévenir si quoi que ce soit se passait. Tu savais que je serais celui qui le préviendrait parce que tu savais que je voulais quelque chose de toi. Et tu attendais depuis toutes ces années que tout se mette en place… Je comprends pourquoi ton daemon était un serpent. »

Elle n’aimait pas qu’il parle de Sting, mais elle ne fit aucune remarque, se contentant de répondre tranquillement :

« Ce sont des animaux patients jusqu’à l’extrême. »

Elle s’étira, puis resserra la couverture autour d’elle. Elle sentait l’odeur d’Eric, et c’était agréable, trop agréable. Elle se dirigea vers la porte, et déposa la couverture sur un transat tout en demandant, comme si elle venait tout juste de s’en souvenir.

« Je ne sais plus où nous en sommes de nos comptes. »

« J’ai remboursé le service que tu m’as rendu il y a cinq ans. »


Elle hocha la tête simplement.

« Nous sommes quittes, alors ? »

Il sourit.

« Tout à fait. »

Elle frissonna, quelque chose dans son ton… Elle pénétra dans l’appartement, prête à s’en aller de cet environnement dangereux, et soudain quelque chose émergea dans son esprit.

« Et cette vengeance ? »

Le sourire d’Eric s’élargit.

« Je t’ai dit que nous étions quittes. »

Elle sentit une boule dans sa gorge se former. Elle revint sur le balcon, et se posta face au vampire, plongeant son regard gris dans le sien, pas vraiment la meilleure chose à faire avec un vampire, surtout quand vous aviez bu une grosse quantité de son sang et que vous étiez particulièrement attirée par lui, mais elle s’en fichait.

« Qu’est-ce que tu as fait Eric ? »

Le sourire du vampire découvrit ses dents, des dents qui n’avaient plus rien d’humaines, et Zephira aurait sûrement mieux fait de reculer mais elle en était incapable.

« Qu’est-ce que tu as fait ? » hurla-t-elle soudain.

« Disons que j’ai obéi à certains ordres avec… un peu de zèle. »

« Quels ordres ? »

« Voyons, tu sais ce que je fais principalement pour l’Organisation. Pourquoi j’utilise mes charmes… »


Elle sentit les larmes couler sur ses joues.

« Veronica ? »

Il hocha la tête. Elle ne réussit pas à se maîtriser et la gifle résonna dans le silence qui la suivit. Elle avait frappé tellement fort qu’il saignait de la lèvre. Il resta un instant sans bouger et Zephira crut bien que, cette fois, sa dernière heure était arrivée. Mais au lieu de la déchiqueter en petits morceaux, il sourit, et avec une rapidité dont seuls les vampires étaient capables, il attrapa son épaule et l’attira vers elle.

« Nous sommes quittes. Si tu approches encore un de mes proches… »

« Tu sais que je ne supportes pas bien les menaces. »


Elle planta son regard dans le sien.

« Ne t’approche pas de Celesta. »

Il sourit.

« Ta petite chouchoute ne s’intéresse qu’aux baguettes et aux bébés qu’elle pourra un jour adopter avec son portugais adoré. Elle n’intéresse pas l’Organisation. »

« Si tu l’approches, je te tue. »


Il resserra son étreinte sur l’épaule de Zephira et elle sentit tous ses tendons se tendre au maximum, mais elle ne grimaça pas.

« Nous sommes quittes. Je n’ai plus aucune raison de m’intéresser à aucun de tes proches. Mais si tu continues à m’exciter comme ça, je pourrais bien changer d’avis. »

Il la relâcha et Zephira se dépêcha de quitter l’appartement, sans même prendre le temps de trouver des vêtements plus portables que cette stupides robe blanche. On était en septembre, elle voulait rentrer à Sywhaîd, et ne se sentait pas la force de passer une minute de plus dans les engrenages les plus tordus de sa vie. Sywhaîd, l’Ecosse, Patrick et les moutons. Voilà ce à quoi elle aspirait.

_________________


Don't put your life in someone's hands
They're bound to steal it away
Don't hide your mistakes
'Cause they'll find you, burn you...
If you want to get out alive
oh, run for your life...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 

Sense & Sensibility

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Ewen ? « I'm just a stupid kid. I got no sense. »
» Hatsune Miku - High sense nonsense
» Things from Pokémon that don't make sense
» Seventh Sense
» Internat Different Sense

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Sywhaîd :: Extra-jeu :: Petites histoires-