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 Belong

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Kennedy Clayton
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MessageSujet: Belong   Ven 11 Juin - 10:45

« Crap. » soupira Kay.

Elle s’arrêta devant son fauteuil. Ca faisait un moment qu’elle faisait les cents pas, et elle commençait à avoir le tournis. Elle s’appuya contre le fauteuil tout en regardant dans le vide. Elle tapotait ses ongles contre le fauteuil en velours, et se mordillait la lèvre supérieure. Ca aussi elle l’avait un peu trop fait, sa lèvre commençait à être irritée au niveau de la commissure, l’endroit où elle mordillait, et elle s’était cassé un ongle durant la matinée, contre l’encadrement de son lit. Elle soupira une nouvelle fois puis se décida. Elle se rua vers sa porte et l’ouvrit en grand avant de sortir comme une furie. Elle était déjà pratiquement au bout du couloir quand la porte claqua. Au bout de quelques secondes, elle revint sur ses pas avec un air excédé et s’arrêta devant une porte. Une inspiration, puis quatre coups un peu trop forts résonnèrent dans le couloir.

Elle portait un pantalon en toile légère beige, droit, qui tombait sur des boots marron foncé à talons relativement hauts, ainsi qu’un chemisier pourpre à manches trois quarts, très simple mais très joli, dont les trois premiers boutons, ouverts, découvraient un décolleté plutôt pigeonnant. Ses cheveux étaient lâchés, et lui tombaient jusqu’au creux des reins, dans une vague pleine de vie, et elle était légèrement maquillée, et ne portait que son médium magique comme bijou : un bracelet en bois où un fil d’argent était incrusté. Si elle avait un peu plus réfléchi à ce qu’elle faisait, ou plutôt à comment elle allait le faire, elle aurait sûrement choisi une tenue un peu plus affriolante.

La porte s’ouvrit et elle n’attendit pas qu’on l’invite pour s’engouffrer dans la chambre. Sans même jeter un coup d’œil à l’endroit (qu’elle n’avait pourtant jamais vu), elle se tourna vers son interlocuteur, et lui dit :

« Il faut qu’on se marie. »


[Vous vous y attendiez pas, hein !
Réservé !]

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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: Belong   Lun 14 Juin - 9:18

[Fin d'un suspense insoutenable]

Nous soupçonnons notre aimable lecteur, après une pareille bombe larguée par Kennedy (experte en la matière, décidément), de trépigner littéralement d’impatience, se rongeant les ongles et, déjà, le gras des doigts, pour calmer les assauts frénétiques de cette question qui cogne et re-cogne dans sa tête : « et après ? Et après ? ». Nous ne pouvons que recommander au lecteur de se trouver quelque chose de moins douloureux à mâcher (épi de maïs, chewing-gum, morceau de bois, lanière de cuir), le temps de détailler brièvement la pièce sur laquelle Kay, pour sa part, n’avait pas daigné jeter un regard bien attentif.

Pour sa défense, il n’y avait pas grand-chose à voir dans la chambre de Nathanael, le bien surnommé ange noir de l’Annonciation (peut-être un poil exagéré, à peine). Notre homme était arrivé sans un sou en poche, littéralement, ayant brûlé ses derniers billets à l’entrée de la Brume. On lui avait attribué une jolie chambre propre et nue, avec un lit, des draps régulièrement changés mais pour l’heure tassés à l’extrémité du matelas en une masse informe. Il y avait un tabouret en bois dans un coin, et là s’arrêtait le mobilier de la pièce. Les quelques vêtements étaient posés en piles à même le sol. Il y avait pour clore le tableau une guitare, présentement posée sur le lit. Autant dire qu’il n’y avait pas matière à s’extasier pendant des heures devant le bon goût de l’hôte des lieux ; lieux d’autant moins feng shui qu’ils étaient plongés dans la pénombre, un panneau de bois ayant été posé sur le rebord de la fenêtre, et filtrant la lumière normalement vive de cette fin de printemps ensoleillée.

Au moment où Kennedy avait fait irruption dans sa chambre, Nath vivait les délicieux instants qui suivent une migraine carabinée. Apaisé et serein, il goûtait à cette douceur que n’a vraiment l’oisiveté que lorsqu’elle succède à l’impression d’avoir un marteau-piqueur qui vous réduit en bouillie, en rythme et méthodique, la moitié de l’encéphale. Il grattait les cordes de sa guitare (comprendre : la guitare du coin qu’aucun propriétaire n’avait réclamé), avec la douceur seyant à sa convalescence. Lazareus était, comme à son habitude, prostré dans la fameuse posture de loque amorphe qui lui était coutumière. Il reposait à même le torse nu de Nath, qui ne portait ce jour-là qu’un pantalon sombre. Pas la tenue la plus sexy ni la plus élégante, en même temps, hein, il était chez lui. Il ne s’habillait en permanence en costume trois pièces au cas où Kennedy aurait débarqué à l’improviste pour le demander en mariage.

Le visage pâle, mais les traits reposés, il la regarda faire irruption dans la pièce plus qu’il ne la laissa entrer. Peut-être sa migraine lui avait-elle grillé une ou deux dizaines de neurones au passage, mais il mit quelques secondes à réagir à l’intéressante affirmation de Kennedy. La première chose qui lui vint en tête fut de lui indiquer qu’elle devait faire erreur, que le prince charmant, c’était trois portes plus loin ; il aurait même sans doute été capable de prendre sa guitare, et de gratter deux trois accords tout en entonnant une version personnelle de It ain’t me, babe, mais il s’abstint, peut-être parce que l’une de ses mains soutenait Lazareus, et que l’autre était toujours sur la poignée de la porte. Ah, oui, chaque chose en son temps ; refermer la porte en question, d’abord. Le peu de lumière provenant du couloir disparut, intensifiant l’obscurité de la pièce ; les yeux de Nath y étant habitués, il put au passage apprécier le décolleté appétissant de son interlocutrice, ainsi que le pantalon qui lui moulait les fesses de manière tout à fait honnête.

Il n’avait aucune idée de comment Kennedy en était venue à débarquer comme ça dans sa chambre, mais puisqu’elle l’avait reconnu, et qu’elle ne s’était pas encore fendue d’un « oups, je me suis trompée de chambre », c’était qu’il devait y avoir une raison. Une raison forcément absurde, vu que 1) Nath et Kennedy ne sortaient pas ensemble, notre homme ayant même soutenu, lors de leur précédente entrevue, qu’il n’avait même plus besoin d’entretenir leur amitié, maintenant qu’il l’avait sautée. 2) Dans l’absolu, Nath et l’engagement, ça faisait douze. Il était évident que sa réponse à cette charmante proposition ne pouvait être que négative, mais ça n’empêchait pas de s’amuser follement de la situation.

« Très bonne idée, darling », répondit-il en s’approchant d’elle. « Enfin, disons qu’ça aurait été un bon calcul si j’avais pensé à souscrir’ une assurance-vie », précisa-t-il.

Peut-être Kennedy n’était-elle pas encore suffisamment habituée à la pénombre pour voir le sourire du New-Yorkais, mais elle le devinait nécessairement à son ton narquois.

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Kennedy Clayton
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MessageSujet: Re: Belong   Mar 15 Juin - 10:53

Preuve que Kennedy n’était pas dans son état normal (outre le fait qu’elle venait de demander Nath en mariage, ou plutôt d’exiger qu’il l’épouse), elle ne regarda pas plus l’intérieur de la chambre du quadragénaire une fois sa bombe lâchée. Au lieu de ça, elle fixa son interlocuteur, et ne remarqua même pas vraiment qu’il était torse-nu. Encore une preuve des problèmes dont elle souffrait, parce que, de fait, une Kennedy Brooks qui ne remarque pas la tenue de quelqu’un c’est plus ou moins inédit. Elle fixait Nath mais ne le voyait pas vraiment, un peu plus et elle aurait continué à marmonner pour elle-même, comme elle l’avait fait ces dernières heures. Elle sursauta vaguement quand la porte se referma, mais ne sembla pas se formaliser de la pénombre. Le bon côté pour l’avenir de leur mariage était que Kennedy n’était absolument pas inquiète d’être dans une salle close et sombre avec Nath. Il ne lui faisait pas peur. En fait, il ne lui avait jamais fait peur, et ne lui ferait jamais peur. De toute façon, Kay n’avait jamais eu peur de personne. A part… Et bien, à part Tibère évidemment, une fois après toute l’histoire de la cour centrale. Mais Kennedy était Kennedy, et sa victoire sur Tibère avait été de ne pas tellement changer après tous ces évènements terribles.

Elle n’avait tellement pas changé qu’elle ne put s’empêcher de rire à la réplique de Nath. Un rire bref et moqueur, un peu ironique mais pas tellement méchant. Un rire parfaitement dans le personnage : flamboyant et piquant. Mais ce fut bref. Kay savait que cette fois elle ne s’en sortirait pas avec une simple pirouette et une réplique bien sentie. Elle regretta vaguement le fait de ne pas avoir mis sa mini-jupe en jean clair, ce qui prouvait qu’elle redevenait petit à petit elle-même (Kay repensant enfin aux fringues, wouhou !), mais elle avait conscience du fait qu’elle ne pouvait pas pousser Nath à l’épouser avec une réplique bien sentie. Elle soupira. Puis haussa les épaules, ce que Nath put sûrement voir du fait que ses yeux étaient habitués à la pénombre, et que Kay se tenait devant la fenêtre.

« J’ai eu une vision. » dit-elle, sans réaliser que Nath et elle étaient dans le même état post-migraine. « Pas une vision de toi et moi avec six enfants et soixante dans de vie heureuse, évidemment. » Elle grimaça, ce qui cette fois était sûrement un peu dur à voir dans la pénombre, mais Nath la connaissait assez pour pouvoir imaginer cette grimace. « Mais j’ai vu mon père. Il est en prison. Pour fraudes. Et en gros et ben, j’ai eu une vision y a trois jours, et je me retrouvais jugée à cause de ses magouilles. »

Elle leva les yeux au ciel. Elle détestait l’idée que son père puisse lui faire quelque chose comme ça, mais ça ne la surprenait pas tellement.

« Alors j’ai réfléchi. Mon père va ouvrir plusieurs comptes à mon nom, grâce à des papiers que j’ai laissés là-bas. Seulement, si je me marie, que je change de nationalité ET de nom, les comptes seront frauduleux dès le départ, et seront en plus des comptes auxquels je n’aurais jamais pu avoir accès, donc je serai totalement hors de toute suspicion. »

Elle sourit, ses belles dents blanches furent visibles malgré le manque de lumière. Elle n’avait pas réalisé que ses yeux s’étaient habitués à la pénombre et qu’elle voyait à présent très bien Nath, trop occupée qu’elle était à expliquer son plan machiavélique.

« Alors voilà. Je ne peux pas épouser Jeremy, parce qu’il est amoureux de moi. » Okay, pas très sympa de le dire à Nath, mais Kennedy avait toujours eu beaucoup de mal à garder les secrets ou à avoir un tant soit peu de tact. D’ailleurs ça n’était sûrement pas très gentil non plus de dire ce genre de choses en comptant sur ses doigts. « Je ne peux pas épouser Jake parce que sa famille est trop importante et ils ne comprendraient pas. Je ne peux pas épouser Arieh parce qu’il est juif. Je ne… » Elle s’arrêta, puis ajouta avec rapidité, consciente qu’elle avait gaffé (pour une fois qu’elle s’en rendait compte..) : « Enfin moi je m’en fiche qu’il soit juif, mais bon j’imagine que du coup le mariage est un truc important pour lui, et qu’en plus épouser une non-juive ça doit pas être bien pour sa famille ou ce genre de choses. Enfin bref. Euh... Ah oui ! Voilà. J’ai fait le tour de mes amis mecs. Alors j’ai pensé à séduire un mec et à l’épouser, mais ça serait pas très sympa. Et puis je n’ai pas envie de me marier pour toute l’éternité et ce genre de conneries. »

Elle roula des yeux, encore. Une respiration, puis :

« Alors ça a fait tilt ! Il faut qu’on se marie. On est potes. Je sais que tu le reconnaîtras pas, mais on s’entend bien. Niveau sexe ça fonctionne bien. Et puis, y a pas d’histoire d’à tout jamais, ou du moins un très court à tout jamais quoi vu que tu vas mourir. »

Elle sourit, un sourire plein de dents, colgate, parfait.

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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: Belong   Mar 15 Juin - 10:57

« Ah, oui, c’est vrai, j’allais oublier », répliqua Nath en se mettant au diapason de la candeur avec laquelle Kennedy avait, avec tant de tact, rappelé qu’il avait déjà un pied dans la tombe. « Eh bien je suis, hem, vraiment très honoré d’être… l’heureux élu, donc », ajouta-t-il dans la foulée, avec un petit ricanement, encore un peu trop abasourdi, il faut bien l’avouer, pour trouver dans la seconde quelque chose de drôle, bête et méchant à rétorquer. Mais que notre aimable lecteur (oui, encore lui !) se rassure, le New-Yorkais retrouverait rapidement de sa superbe, une fois le « choc des révélations » passé. Un petit demi-tour, trois pas dans la pièce, songeur, et notre homme revenait vers Kennedy, se penchait vers son oreille.

« Ya juste un truc que tes tripes de poulet t’ont apparemment pas précisé », y murmura-t-il d’un ton légèrement mystérieux.

C’est que mine de rien, il était plutôt content d’apprendre que Kay estimait que le sexe « fonctionnait bien » entre eux. Pas forcément le compliment le plus époustouflant du monde, mais bon, c’était Kennedy, il ne fallait pas lui demander de partir dans de grands élans lyriques (tant pis). Peut-être qu’au fond, il avait tort, lorsqu’il s’imaginait qu’elle n’avait absolument aucune envie de recoucher avec lui. En tout cas, il pouvait bien s’amuser un peu, jouer à effleurer légèrement son visage : elle aurait beau jeu de s’offusquer, elle venait de le demander en mariage, na. Il approcha encore un peu plus ses lèvres de l’oreille de la californienne, comme s’il allait y glisser un secret particulièrement… secret. Mais à peine sa bouche en eut-elle effleuré le lobe qu’il se redressa malicieusement.

« Je suis pas un brave chevalier blanc tout prêt à ta disposition pour te sauver des méchants avant d’crever bien gentiment sans d’mander mon reste. Je suis pas… gentil ».

Non mais ; que croyait Kennedy ? Que Nath avait tellement envie d’elle qu’il sauterait sur… ahem, l’occasion ? Qu’il allait chevaleresquement sauver la pauvre princesse, vu que les trois premiers princes charmants se révélaient indisponibles ? Nath n’était pas fan du concept de l’engagement, loin de là ; il avait quitté du jour au lendemain petite copine, famille et amis sans laisser de traces. Ce n’était pas pour passer le doigt de la première conne venue, qui se payait par-dessus le marché le luxe de bien lui préciser qu’il s’agissait d’un arrangement totalement intéressé et d’un choix par défaut.

Non, ça ne fonctionnait pas comme ça ; si Nath ne voulait pas, dans l’absolu, se marier, c’était paradoxalement aussi parce que, quelque part, il considérait cet engagement comme quelque chose de sérieux. Il n’aimait pas l’idée que Kay décide de lui demander sa main par-dessus la jambe. La bonne nouvelle (mais si), c’était qu’il détestait bien plus encore l’idée qu’elle puisse la demander à quelqu’un d’autre.

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Kennedy Clayton
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MessageSujet: Re: Belong   Mar 15 Juin - 13:18

« Mais je ne t’ai jamais pris pour un putain de chevalier blanc ! » répondit Kennedy d’un air presque… Et bien, presque amusé par l’idée. « Je ne suis pas idiote, merci. »

Et là encore, elle semblait amusée par l’idée. Comme si elle avait réellement du mal à imaginer qu’on puisse prendre Nath pour ce genre de choses. Et de fait, elle était incapable d’imaginer une fille assez bête pour ça. Sincèrement, qui pouvait croire qu’un prince charmant se cachait sous l’épaisse carapace de Nath ? Ce que Kennedy voyait en-dessous de tout ça, le côté marshmallow de Nath, c’était un ami. Un vrai ami. Pas le genre qu’on perdait de vue, pas le genre non plus qui passait son temps à vous dire qu’il vous aimait ou qu’il ferait tout pour vous. Pas forcément le genre à réellement tout faire pour vous non plus, mais ça lui convenait. Kay avait une vision de l’amitié assez particulière. Ce genre de visions que les gens qui ont passé leur enfance et leur adolescence à être des reines abeilles de groupes de filles ont. Pour elle, l’amitié n’était que déceptions. L’amitié conventionnelle en tout cas. Il n’y avait jamais eu qu’avec ses amis les plus étranges, les moins attendus, qu’elle avait été heureuse. Rachel et elle s’étaient détestées la première fois qu’elle s’étaient vues. Arieh et Jake étaient des amours, mais ils n’attendaient rien d’elle et elle n’attendait rien d’eux, ça n’était pas aussi conventionnel qu’on pouvait le croire… Quant à Jeremy… Et bien lui il était l’exemple type de ce que Kay avait vécu toute sa vie. Bref, elle aimait Nath. Profondément. C’était son ami, un ami bizarre, mais il était son ami tout de même. Ce qui ne voulait pas dire pour autant qu’elle arriverait forcément à le convaincre de lui rendre ce service, il était assez buté pour laisser passer une occasion de ce genre. (Quoi ? Pas besoin d’avoir la grosse tête pour considérer qu’épouser Kennedy Brooks était une occasion.)

« Je vois ça comme un contrat. » dit-elle plus sérieusement, prouvant ainsi que, et bien oui, elle y avait vraiment réfléchi, et qu’il ne s’agissait pas d’une élucubration de son esprit malade. « Tu me rends ce service, je ne vais pas en prison. Et en échange, je suis ta femme. On agit comme si on était mariés. Je veux dire, c’est un vrai mariage, même si ça n’est pas un mariage romantique, avec tous ses avantages. »

Ce qui expliquait qu’elle n’ait pensé qu’aux hommes avec qui le sexe pouvait fonctionner. Kay était quelqu’un de bien trop réaliste pour s’imaginer coucher avec un mec qui ne l’attirait pas. Elle savait qu’elle en était possible, elle l’avait fait quand elle était à L.A., mais aussi pendant ses années lycée, puisque la chef des cheerleaders devait coucher avec le quaterback vedette. Ou le capitaine de l’équipe de basket. Ou… Enfin bref, des mecs comme ça, qui régulièrement ne l’intéressaient pas vraiment, mais elle faisait avec. Seulement, elle n’avait pas envie de faire ça maintenant. Nath faisait partie des rares hommes à Sywhaîd qui l’attiraient. Il était aussi le seul dont elle était certaine que l’alchimie fonctionnait aussi une fois dans l’action, vu qu’il était le seul avec qui elle avait sauté le pas. Elle aurait survécu sans recoucher avec lui, mais il continuait à lui faire de l’effet, comme le frisson électrisant qu’elle avait ressenti quand il s’était penché jusqu’à son oreille l’avait prouvé. Donc c’était tout bénef.

« Enfin, » ajouta-t-elle avec un soupir. « si tu ne veux vraiment pas, je trouverai quelqu’un d’autre. Mais j’aurais bien aimé que ça soit toi. »

Elle dit ça tout en s’asseyant sur le rebord du lit de Nath. Ca n’avait rien d’une invitation, c’était juste que tout ça était très compliqué et que ça la fatiguait d’avance. Trouver quelqu’un d’autre. Le convaincre. Le seul qu’elle avait pensé être capable d’accepter, c’était Nath, même si elle ne lui avait pas dit. Elle savait qu’Arieh ou Jake accepteraient de lui rendre ce service, mais elle savait aussi que ce serait trop compliqué pour eux, et qu’ils seraient malheureux, et que donc elle le serait aussi. Jeremy elle n’essaierait même pas, elle risquait de le détruire à ce petit jeu. Et les autres… Et bien, elle pouvait toujours trouver quelqu’un pour l’épouser à Sywhaîd, après tout il y avait assez de tarés dans le coin. Mais elle n’avait pas envie d’épouser le premier venu. Elle avait assez confiance en Nath pour lui proposer ça. Et puis, elle savait qu’ils s’amuseraient. Nath lui tenait tête, et Kay avait besoin de ça. Elle avait besoin de piques, d’ironie, de répliques bien senties. Elle avait besoin qu’on l’énerve, qu’on la titille, et qu’on supporte son caractère à elle, au moins aussi énervant et titillant, même si dans un autre genre. Non, vraiment, Nath était parfait dans le rôle du futur marié.

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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: Belong   Mar 15 Juin - 14:12

« Hum, c’est vraiment trop romantique ; chuis pas sûr d’supporter », ironisa Nath, qui, décidément, se demandait de plus en plus quel drôle d’animal était Kennedy, doté de tous les attributs de la féminité (hum, hum), mais parlant contrats, propositions rationnelles comme si elle avait bel et bien été dotée d’un cerveau toutes options. Ce qui, soit dit en passant, rendait sa compagnie doublement agréable (surtout sur les toits).

« Mais… je n’demande qu’à êtr’ convaincu », hasarda-t-il avec un haussement d’épaules et un sourire encore plus expressif que s’il s’était fait tatouer au milieu du front « le mariage, jamais ! ». De fait, Nath était bien trop surpris par l’incongrue proposition pour la prendre vraiment au sérieux. Même en raisonnant en toute logique, même en laissant tout sentiment de côté, comment pouvait-on décemment voir en lui, même pas un bon parti, mais un parti tout court ? Même Lorraine, en son temps, n’avait pas osé ne serait-ce que suggérer l’idée de l’ombre de fiançailles. Maintenant qu’il était encore plus maigre, mal en point, et à peu près aussi insupportable, raison de plus pour ne pas envisager une union avec lui ; encore moins une « vraie », pas vrai ?

« T’es vraiment dans la merde, hein ? » ajouta Nath, tout sourire, en rejoignant son interlocutrice. Il ne s’assit pas sur le rebord du lit, mais s’y affala confortablement, sa jambe droite pendouillant sur le côté, et la plante de son pied gauche trouvant un appui confortable contre le dos de Kennedy. Encore une fois, si elle n’était pas contente, elle n’avait qu’à pas surgir dans la chambre des gens pour les demander en mariage.

« Tout ça pour n’pas briser l’cœur d’un honnête Sywhaîdien. C’est… admirable, ma jolie ; mais j’ai pas bien compris c’que j’avais à y gagner. »

Le pied de Nath exerçait à présent une légère pression sur Kennedy. Elle pratiquait sans doute suffisamment le New-Yorkais pour deviner qu’il ne cherchait au fond qu’à profiter d’une situation qui l’amusait beaucoup. Sur ce point au moins, ils étaient d’accord : quand Kennedy Brooks vous demande en mariage, c’est une sacrée aubaine.

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Kennedy Clayton
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MessageSujet: Re: Belong   Jeu 17 Juin - 9:40

« C’est que t’es encore plus épais que tu en as l’air. » répondit Kennedy sur un ton qui n’avait rien de vraiment méchant, mais qui fut suivi par un soupir profond.

Qu’est-ce qu’elle pouvait lui dire d’autre, après tout ? Qu’elle ferait tout ce qu’il voudrait ? Fallait pas pousser, non plus. Kay était prête à se marier et à jouer le jeu, mais elle n’était pas prête à se laisser complètement bouffer juste parce que le new-yorkais lui rendait un service. Bien sûr, c’était un service assez important, mais ça n’était pas un très grand sacrifice non plus. Après tout, il allait mourir, donc de toute façon il n’était pas en train d’attendre le vrai Grand Amour. Et en plus il n’avait pas d’argent, donc il ne risquait rien. Et personne ne couchait particulièrement avec lui, donc c’était tout bénef pour lui, il gagnait quelque chose qu’il n’aurait sûrement pas eu (mine de rien, un mec chauve, maigre, maladif et super mal-aimable, ça trouve pas forcément facilement à s’envoyer en l’air, si ?). Enfin bref, tous ces arguments là, elle les avait déjà donnés. Et même si une des raisons qui faisaient qu’elle aimait bien Nath était qu’il était facilement insupportable, là elle n’avait pas envie de le laisser s’amuser de tout ça. Ou du moins, pas autant qu’il le voulait. Il pourrait assez s’amuser s’il acceptait, outre le sexe, vu qu’elle lui serait redevable, et qu’il aurait un secret à exploiter et tout ce genre de choses.

Pour l’instant, elle n’était pas sûre qu’il accepterait. Elle était même plutôt sûre du contraire, parce que même si Nath y gagnait beaucoup, il n’avait pas forcément l’air très motivé. Et Kay n’était pas là pour supplier qu’on l’épouse. Elle avait besoin d’aide, elle était assez intelligente pour être capable de l’avouer, mais elle n’était pas du genre non plus à se mettre à genoux et à pleurer pour qu’on accepte. Elle prit donc une inspiration et se releva, laissant le pied de Nath appuyer dans le vide.

« Bon. Tant pis. Je trouverai autre chose. » dit-elle en levant les yeux au ciel, avant de se diriger vers la porte.

Ca n’était pas une fausse sortie, elle était vraiment sûre et certaine qu’elle n’avait aucune chance que Nath accepte, ou du moins qu’il accepte d’une façon acceptable (sans qu’elle ait à lui promettre de tout faire pour lui ou ce genre de choses). Alors quand elle mit la main sur la poignée, c’était vraiment pour sortir.

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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: Belong   Dim 20 Juin - 21:16

Nath agita vainement les orteils, à la recherche d’un pan de peau tiède contre lequel les poser ; Kennedy se relevait déjà. Il sourit, affichant déjà satisfaction et expectative, car il s’imaginait bel et bien que Kennedy s’accrocherait plus que ça. Elle l’avait habituée à plus d’entêtement que cela, elle était même insupportablement douée à ce petit jeu : toujours la langue bien pendue, des réparties bien envoyées et les mimiques qui vont avec, de celles qu’on ne s’attendrait pas à voir sur le visage d’un canon dans son genre mais qui, curieusement, attirent presque plus le regard que ses fesses ou ses seins.

Sauf que Kay, finalement, ne devait pas tenir plus que ça à son idée ; « autre chose », cette fois, ça voulait dire « quelqu’un d’autre », quelqu’un dont le prénom commençait par un J, par exemple. Comme quoi (mais était-ce étonnant ?), elle n’avait probablement jamais songé sérieusement à se marier avec lui. Il sentit une onde de colère lui crisper l’estomac. Bon dieu de merde, elle pouvait pas se tirer si vite ; ce n’était pas du tout ce qui était prévu, ho ! Il enfonça le poing dans le matelas. Cette fois, c’était probablement la bonne ; Kay ne lui pardonnerait pas un coup pareil. Il étira les lèvres tandis qu’elle posait la main sur la poignée de la porte ; il était supposé être soulagé, n’est-ce pas ? Devant ses yeux flottait le visage ahuri de ce crétin de barman, tâchant de garder son putain de flegme britannique lorsque Kennedy aurait surgi dans son pub pouilleux, pour lui faire une offre qu’il ne pourrait refuser.

Peut-être qu’avec un peu de chance, elle le surprendrait au lit avec la Norton, celle avec les yeux globuleux. Mais ça n’empêcherait sûrement pas Kennedy de lui faire son offre : elle la lui avait faite à lui, ça prouvait assez à quel point elle était désespérée, non ? Et il l’aimait toujours, bien sûr qu’il dirait oui. Est-ce qu’on refuse la main d’une personne qu’on a dans la peau ? Toujours couché sur son lit, Nath ricana, d’un rire qui ne sonnait pas aussi gai qu’à l’ordinaire, un rire cassant plein de colère latente. Ouaip, cette fois, il s’était surpassé dans l’art de tout foutre en l’air.

Quelque part à des kilomètres de là, du côté de la porte, il devina que Kennedy tournait la tête, mais lui ne riva pas les yeux vers elle. Est-ce qu’un homme qui se noie a conscience de tous ses gestes de bras, des réflexes de son organisme pour se maintenir en vie ? Il était furieux contre la terre entière, à commencer par lui, et n’avait même pas tellement de contrôle sur les mots qui sortaient de sa bouche. Il était en roue libre. Ce qui ne l’empêchait pas, néanmoins, de garder un ton narquois et léger, presque celui auquel il avait habitué la californienne.

« Ca y est, hein ? C’est la bonne, cette fois, hein ? » siffla-t-il, en enfonçant rageusement ses phalanges dans la peau grêle de son abruti de daemon. « J’veux dire, tu vas pas m’faire le coup cinquante fois, hein ? Rev’nir dans six mois m’supplier d’te sauter, d’te marier, ou quoi… tuer un mec pour toi ? T’rendre veuve tel’ment t’en pourras plus d’ton crétin d'barman ? »

Il ricana d’une manière encore moins gaie qu’à l’ordinaire ; ça ressemblait plus à un jappement de roquet qu’à un rire.

« Pauv’gosse tout d’même. C’est con, hein ; y commençait tout juste à… se r’mett’ de toi. C’est c’qui s'raconte, en tout cas. »

Nath ne savait pas trop pourquoi il débitait tout ça ; il n’était pas en train d’essayer de donner des remords à Kennedy, d’essayer de la dissuader ou quoi – c’était une nana, quand elles avaient quelque chose dans la tête il valait mieux se lever de bonne heure pour l’en déloger. Il essayait sans doute plutôt de prolonger l’instant stupide où elle demeurerait dans sa chambre, la main sur la poignée de la porte ; peut-être qu’il essayait de la foutre hors d’elle, de bousiller complètement et proprement les choses entre eux ; il semblait en fait tout faire pour qu’elle perde son sang-froid et finisse par lui écraser rageusement son poing dans la figure.

« Tu t’en fous, c’pas ton problèm’ ; mais il s’en est trouvé une autre ; une plus gentille. Pas aussi sexy que toi, par cont’, j’te l’accorde. T’as sûr’ment une carte à jouer de c’côté-là. Ou essaie l’humour, p’têt. Elle n’a pas l’air aussi drôle que toi non plus. » C’était pour le moment à lui-même que Nath faisait du mal, songeant à tout ce à quoi il venait de répondre par un gros « merde » fumant et malodorant. Erreur stratégique majeure ; le meilleur moyen pour perdre tout à fait le contrôle ; son ton n’était plus du tout ironique, et son timbre beaucoup trop rauque. « En fait t’as toutes tes chances, ma belle. Elle est beaucoup moins intéressante que toi. », souffla-t-il finalement, avant d’estimer, un peu tard, qu’à force de déblatérer ses conneries, il s’était peut-être aventuré en terrain dangereux.

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MessageSujet: Re: Belong   Lun 21 Juin - 18:22

Kay avait envie de partir. Et quand Nath commença à parler, elle ne se décida pas tout de suite à rester. Mais il y avait quelque chose d’inédit dans le ton de Nath. Un observateur étranger ne l’aurait sûrement pas remarqué, mais Kay était quelqu’un d’observateur, et de fin. On n’apprenait pas à reconnaître la vraie soie au premier coup d’œil sans acquérir quelques dons avec les détails. Et c’était justement un détail qui clochait dans ce que disait Nath. Les paroles étaient celles auxquelles on s’attendait (quoi que, Kay connaissait assez l’homme pour savoir qu’il aurait plutôt dû la laisser partir sans rien dire s’il s’en fichait réellement de tout ça), et le ton était presque normal. Presque. C’était ça le mot. Le hic. Il y avait quelque chose d’intrigant dans cette toute petite différence, qui poussa la curieuse Kay à se détourner de la porte et à croiser les bras devant elle, en fixant Nath. Curiosity killed the cat, comme ils l’avaient si souvent répété à Kennedy, mais Nath était quelqu’un de constant, ou du moins elle l’avait vu comme ça. Ce petit changement était… trop étrange pour être ignoré.

Elle serra les dents tout en écoutant ce que disait Nath. Au début, elle eut bel et bien envie de lui coller son poing dans la figure. Elle était sportive, et elle avait été à un cours d’auto-défense pendant des années, à L.A. (principalement pour pouvoir le mettre dans son cv, mais aussi parce qu’elle habitait alors dans un quartier plutôt craignos), sans parler des heures passées au gymnase pour oublier le viol de Tibère et le sentiment d’insécurité qui en avait découlé. Si elle collait un vrai pain à Nath, vu l’état de santé dans lequel il était, il risquait de douiller. Mais petit à petit, sa mâchoire se décrispa, et un sourire vint remplacer l’expression de colère. Pas un sourire tout à fait ravi, mais pas un sourire tout à fait ironique non plus. Nath était sur un terrain glissant, dangereux et inédit. Et il n’y avait rien que Kay aimait mieux que le nouveau, l’inédit, le danger de la découverte. Elle le laissa déblatérer jusqu’au bout, sa finesse sentant inconsciemment où ils se dirigeaient.

Sauf qu’elle ne savait pas quoi faire de tout ça. Elle comprenait sans vraiment comprendre. Elle voyait bien que ça énervait Nath, l’idée qu’elle puisse aller épouser Jeremy, qu’il considérait d’une certaine façon qu’elle se « gâchait ». Et elle était d’accord. Oh, ça n’était pas très gentil pour le barman, mais Kay était quelqu’un de lucide. Elle aimait trop Jeremy pour lui faire du mal, mais pas assez pour pouvoir tomber amoureuse de lui, ou vraiment s’imaginer l’épouser, même dans ce genre de situations. Elle savait qu’elle serait moins heureuse avec lui qu’avec Nath, même si c’était principalement parce qu’elle culpabiliserait avec Jeremy, alors qu’avec Nath il n’y aurait pas ce genre de problème. Et puis aussi parce qu’elle aimait plus être avec le quadra qu’avec le barman. Parce qu’il la faisait rire, il l’énervait, et qu’ils avaient une relation forte. Avec Jeremy, c’était facile, très facile, mais avec Nath c’était fort, plus intense. Et ça lui manquerait. Parce que, de fait, elle ne pardonnerait pas facilement ce refus à Nath, et que ça marquait la fin de leur relation. C’était peut-être mesquin, mais quelqu’un qui n’est même pas capable de vous épouser, alors que ça n’a rien d’un sacrifice pour lui, ne vaut pas la peine de supporter ses côtés insupportables.

Elle s’approcha, souriant toujours, même si ce sourire était en grosse partie une marque d’incompréhension. Elle comprenait une partie de ce qu’avait dit Nath, mais elle ne comprenait pas pourquoi il le disait. Il avait refusé, n’est-ce pas ? Il n’avait même pas juste essayé de tourner autour du pot, pour Kay, il avait simplement et purement refusé. Du coup pourquoi disait-il tout ça ? Qu’est-ce que ça lui apportait ? Ca ne faisait même pas de mal à Kennedy, ni ne l’énervait. Tout ce qu’il faisait c’était…

« Tu comptes trouver quelque chose qui fait mouche pour avoir le dernier mot, ou alors tu préfères te contenter de dire à quel point je suis une fille géniale et comme c’est dommage que je me gâche avec un mec comme Jeremy plutôt qu’avec un mec comme toi ? » lança-t-elle, arrêtée à seulement deux pas de Nath, les bras toujours croisés devant elle, un sourcil relevé, dans une attitude sceptique… et un peu amusée.

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MessageSujet: Re: Belong   Lun 21 Juin - 20:29

Kay lâchait la poignée de la porte, Kay revenait vers le centre de la pièce, vers lui. L’œil rivé sur elle, Nath inspira profondément, avec l’impression qu’il avait passé les vingt dernières secondes en apnée. Il pouvait à nouveau sentir son ventre douloureusement contracté, et, bonus aussi imprévu que malvenu, des relents sourds de migraine au niveau de sa tempe. Ca n’était pas vraiment recommandé, de se mettre dans des états pareils, si peu de temps après que l’accalmie se soit à nouveau faite dans sa tête. Voilà, merci Kennedy, il avait mal maintenant. Il était soulagé et heureux qu’elle ne parte pas, et déçu de ne pas être fichu de la laisser simplement partir.

Merde, tout ce qu’il voulait, c’était avoir la paix, ou du moins, crever en paix ; il n’avait pas demandé à fricoter avec quelque nana que ce soit, avec ou sans cascade de cheveux bruns dégringolant jusqu’au creux des reins. Lui qui était passé tellement maître dans l’art du sabotage de sa misérable existence, ne pouvait-il pas proprement envoyer promener leur relation comme le reste ? Un dernier mot, oui ; vite, un dernier mot pour finir en beauté avec tout ça ; pour qu’au sortir d’une migraine, plus personne ne vienne le faire rire, lui titiller les sens et lui donner mal à la tête. Il se redressa pour la fixer intensément, ses yeux comme deux étincelles dans la pénombre.

Les secondes fatidiques s’égrenaient, ce qui voulait probablement dire que d’ici peu, Kay en aurait définitivement assez, et qu’elle lui tournerait le dos pour de bon. Bon sang de bordel, qu’est-ce qu’elle voulait ? Qu’il s’écroule à ses pieds, lui confesse un amour secret et absolu depuis leur première rencontre ? Trop bête, il avait oublié le bouquet de roses ! Il aurait bien plus facilement décrété, avec une bien plus grande conviction, qu’il la détestait, qu’il haïssait en tout cas le fait qu’elle ait pris peu à peu une si grande place dans une vie vouée à rester vide.

« T'es une grand' fille ; personne te dicte c’que tu dois faire, non ? » répondit-il enfin, en haussant un sourcil. Il n’y avait plus rien de narquois dans le ton de sa voix. Il luttait ; contre quoi, ça c’était une bonne question. Il se redressa complètement, se leva assez brusquement de son lit, s’approcha de Kennedy, la contourna pour se diriger à son tour vers la porte qu’elle venait de quitter, poser sa main sur la poignée ; elle tremblait.

« Tout c’que j’dis, c’est qu’si tu décides d’fout’ vos vies en l’air… j’s’rai pas là pour recoller les morceaux. »

Il tourna à nouveau les yeux vers elle. Il avait toujours sa main fermement posée sur la poignée, mais pour l’heure il n’avait pas l’air du tout décidé à ouvrir la porte, au contraire.

« Quand j’ai passé ma Quête, cette chère Brume m’a d’mandé si j’pensais aux gens que j’rencontrerais sur place. A la pein’ que ça leur f’rait, quand j’mourrai. J’l’ai rassurée ; j’lui ai dit qu’j’f’rai bien gaffe à m’lier à personne. »

Il essaya de sourire, ça aurait été un bon moment pour le faire ; le Grand moment mélodramatique des non moins Grandes révélations. Mais ses lèvres ne répondaient pas. Sa voix ne sonnait pas comme il l’aurait souhaité, légère, cynique, détachée. Elle était rauque, hachée comme s’il avait fumé trois paquets de clopes avant de venir.

« J’suis venu pour disparaître ».

Même serrée avec force contre la poignée, il pouvait sentir que sa main tremblotait comme celle d’un parkinsonien en phase terminale.

« Qu’est-ce que tu fous là, bordel ? » Ce n’était pas une manière de lui dire de dégager en vitesse. Ca ressemblait plutôt à un soupir résigné.

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MessageSujet: Re: Belong   Lun 21 Juin - 21:26

Kennedy leva un sourcil étonné à la première phrase que Nath lui répondit. Quel était le rapport ? Elle n’avait jamais pensé qu’il voulait la faire changer d’avis, mais seulement qu’il était vexé qu’elle ait si facilement lâché le morceau et qu’il essayait de la recaler tout simplement. Sauf qu’il venait de se trahir. Elle le regarda avec une expression un peu différente, un peu plus surprise encore, et eut du mal à comprendre le soudain changement de sujet. Hey ! Minute ! On ne parle pas de Quête, on parle de Nath Clayton essayant de convaincre Kennedy Brooks de ne pas épouser Jeremy Locksley ! (Oui avec les noms de famille, ça fait plus sérieux). Quoi que, Kennedy n’ait pas réellement pensé à demander à Jeremy, elle avait un cœur, quand même, et ne voulait pas lui faire du mal. Elle secoua la tête, pour essayer de se concentrer de nouveau sur ce que le new-yorkais d’adoption lui disait.

Quête. Okay. Brume. Elle entrouvrit les lèvres à cause de la surprise de l’aveu. Ca, c’était définitivement out-of-character ! Jamais Nath ne lui disait des choses importantes sur lui. Les quelques infos qu’il avait lâchées, elle les avait obtenues entre quelques sarcasmes et autres vacheries. Non, jamais Nath ne disait « au fait, je t’ai pas raconté, quand j’étais petit… ». Alors c’était dur de se concentrer sur le propos, et Kennedy eut du mal à entendre cette pourtant terriblement belle réplique Nath finit par lui servir.

Elle ne la loupa pas. Elle sentit sa gorge se serrer et ses yeux se remplir de larmes. C’était tellement… Oui, bon, c’était horrible. Bien sûr, elle était habituée à l’idée que Nath allait mourir, ou du moins elle essayait de faire comme si. Ils en blaguaient, se vannaient à ce sujet, et ça permettait d’oublier que c’était sérieux. Qu’un jour il allait mourir, et qu’il était venu ici pour qu’on ne se souvienne pas de lui. Parce qu’il voulait être seul pour mourir, qu’on le laisse tranquille. Sauf qu’ils étaient deux dans cette chambre. Et qu’il était celui qui bloquait la sortie. Même quelqu’un de parfois aussi évaporé que Kennedy Brooks n’avait pas de mal à voir le symbole de cette attitude. Il disait voulait être seul, mais il ne la laissait pas partir. Elle détacha son regard de la poignée, le seul endroit où elle avait été capable de regarder sans éclater en sanglots, ce qui aurait été une réaction stupide. Elle n’était pas blessée, mais elle réalisait soudain à quel point Nath était seul. Ils avaient fui le sérieux de cette situation, et elle se le prenait en pleine tronche, soudainement. Elle ne pouvait plus le fuir, il allait mourir. MOURIR. Il n’y aurait personne pour le sauver au dernier moment. Personne pour inventer un traitement miracle. Personne pour lui permettre de trainer sa carcasse chauve et insupportable quelques années de plus. Jusqu’à présent, elle le savait. Maintenant, elle l’admettait. Et c’était l’une des choses les plus douloureuses qu’elle ait jamais faites.

« T’es un crétin. » finit-elle par dire, la voix chargée de larmes.

Elle déglutit, inspira profondément, puis sourit.

« Tu devrais remercier le ciel qu’une fille comme moi te sois tombé dessus. »

Elle sourit de nouveau, puis s’avança d’un pas en hésitant. Elle sentait que ça n’était pas le moment de rire, et elle devait à Nath d’être aussi honnête qu’il venait de l’être, surtout parce qu’il était celui des deux qui avait le plus de mal dans ce domaine. Ca n’aurait pas dû être aussi dur. Après tout, elle avait déjà craqué devant lui, elle lui avait dit des choses qu’elle n’avait jamais dites à personne. Elle aurait dû être plus facilement capable de lui répondre. Elle secoua la tête. Ils étaient tous proches, et il y avait quelque chose d’électrisant là-dedans, mais ça avait toujours été le cas entre eux, et Kay avait l’habitude d’oublier cette sensation.

« Tu peux pas disparaître. » ajouta-t-elle sérieusement, même si elle souriait toujours. « Crois-moi, j’ai essayé, ça ne marche pas. » Elle parlait évidemment de la période d’après le viol de Tibère, mais elle ne le précisa pas, pour une fois on ne parlait pas de Kennedy Brooks. « Y aura toujours un connard pour s’accrocher. Ce connard c’est moi, pour toi. Mais si tu m’épouses pas, ce sera fini, parce que ça voudra dire que tu veux tellement disparaître que tu préfères entrainer les autres avec toi, et je ne peux pas aimer quelqu’un comme ça. »

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MessageSujet: Re: Belong   Lun 21 Juin - 22:20

Tout semblait plus cru dans la pénombre de la pièce ; tout apparaissait avec une acuité plus forte. Les yeux de Kennedy qui brillaient beaucoup trop, et sa voix, beaucoup, beaucoup trop chargée de larmes. Nath fronça les sourcils, sa mâchoire se crispa, comme son poing autour de la poignée de la porte. Eh bien, oui, visiblement, il était un crétin, puisque tout ce qu’il parvenait maintenant à faire, c’était faire chialer une fille –une bien glorieuse fin de carrière, pour l’« athlète » qu’il avait été.

Était-ce pour ça qu’il devait remercier le ciel ? Pour la voir en larmes ? Parce qu’objectivement, qu’est-ce qu’un connard dans son genre savait faire d’autre ? Les nanas qui le côtoyaient en sortaient rarement heureuses et épanouies. Kennedy avait beau jouer les filles fortes, qui n’ont besoin de personne ; elle avait beau sembler lumineuse, solaire, par bien des aspects ; elle n’était pas faite pour l’univers d’un Nath, ça non. Pas faite pour les chambres noires, quoi qu’elle pût s’imaginer à force de trop fréquenter les boules de cristal et les cartes de tarot.

Remercier le ciel, oui, bien sûr. D’avoir réussi à se faire regretter d’une fille hors normes, suffisamment amochée par-dessus le marché, avant de rejoindre le monsieur en rouge à la queue fourchue. Était-ce trop demander que de ne faire de mal à personne, et surtout pas à elle ? Voilà pourquoi il fallait qu’ils arrêtent ; tout de suite, avant que… bon, c’était déjà trop tard pour lui, et probablement un peu pour elle. Bon, tant pis s’ils arrachaient déjà un peu de peau en enlevant le pansement, ça vaudrait toujours mieux que d’attendre que ce soit la faucheuse qui tranche net, à son heure. Dans la tête de Nath, la dernière partie de la phrase de Kennedy tambourinait au rythme des à-coups de la fin de migraine, boum, boum. Mais il s’efforçait de l’ignorer, de ne pas songer à un verbe qu’elle n’avait sûrement pas fait exprès d’employer ; Kennedy était quelqu’un qui se laissait facilement emporter par ses propres paroles, sans avoir conscience de la puissance de certains termes, aimer, aimer, merde, il n’était pas un crétin-romantique-œillet-à-la-boutonnière, bordel.

Mais il évitait lui aussi son regard, respirant avec plus de difficultés. Un étau semblait se serrer autour de sa gorge, au fur et à mesure que les secondes, boum, boum, s’écoulaient suite à cette révélation qui n’en était évidemment pas une, arrêtez vos conneries là-dedans.

Nath toussota pour tâcher de faire disparaître l’étau en question, mais ce fut malgré tout un filet de voix encore plus rauque qu’auparavant qui s’échappa de sa gorge. Tout ce qu’il avait réussià faire, c’était garder un timbre de voix presque calme, juste un peu voilé, juste un peu tremblant.

« Well, exactement. J’ai… mon mot à dire. J’ai l’droit d’décider. Et j’ai aucune envie que quand j’crève, quelqu’un… qu' tu chiales sur ma mort. C’est ça qui s’rait crétin. Ca n’avanc’rait à rien. A rien du tout », articula-t-il d’une voix tremblante, en lâchant la poignée de la porte pour se rapprocher malgré lui de Kay, lui saisir les avant-bras.

« J’essaie d' raisonner de façon rationnelle, tu piges ? »
Hum. Peut-être qu’être si proche n’était d’ailleurs pas bien rationnel, comme décision. Pas plus que celle d’avoir ses mains sur ses bras. Il la relâcha brusquement, comme s’il s’était brûlé.

« J’ai pas demandé ça. J'veux pas que tu m’aimes, 's'rait-c' qu’un peu, c’est déjà trop. Il faut que tu m' détestes. »

Et à cet instant, Nath se pencha vers Kennedy pour l’enserrer avec force, et l’embrasser avec passion. Preuve que ce pauvre garçon n’avait pas beaucoup de suite dans les idées.

[Sortez-moi ce quatuor à cordes d’ici !]

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MessageSujet: Re: Belong   Mar 22 Juin - 10:24

[Mouarf]

Autant dire que, pour une fois, Kay n’eut pas le loisir d’en placer une. Elle avait à peine eu le temps de comprendre les paroles pas franchement encourageantes, et assez énervantes (non mais ho ! elle n’avait pas dix ans, pas besoin qu’on la protège !) qu’elle se retrouvait soudain enserrée puis embrassée. Tout ça avec une passion qui n’avait rien à voir avec tout ce qu’il venait de dire. Elle ne réfléchit pas beaucoup à ce moment-là, il y avait un temps pour tout. Au lieu de ça, elle embrassa à pleine bouche celui qui l’embrassait avec autant de passion. Elle se plaqua complètement contre lui, complétant ainsi le mouvement qu’il avait mis en route en l’attirant vers lui et enroula ses bras autour de son cou, avant de se hisser et d’enrouler ses jambes autour de la taille de Nath.

Ils titubèrent assez rapidement jusqu’au lit, que Nath trouva à moitié à tâtons, à moitié par habitude de l’endroit où il se connaissait. Ils s’affalèrent sur le lit, ce qui n’était pas très étonnant, Kay était une grande femme sportive et musclée, alors que Nath était un maigrichon maladif. Mais tout ça, évidemment, Kennedy n’y pensa pas tellement. Elle ne réalisa qu’à peine qu’ils étaient sur le lit, et continua à embrasser Nath. Tout cela n’était pas dû qu’à une trop grande frustration sur le point sexuel, mais nous éviterons les nouvelles effusions guimauvesques à notre lecteur éprouvé. Nous nous contenterons donc de dire que Kay oublia complètement ce qu’elle était venue faire dans le coin, et qu’elle se laissa complètement aller à ce long, très long, trop long pour être honnête baiser.

Sauf que Kennedy restait Kennedy. Quand elle avait une idée en tête, elle ne l’avait pas autre part. Alors même si tout ça était très agréable, très très agréable, trop agréable et tout le reste, elle se détacha de Nath. Ce fut presque douloureux. Il faut dire que quand on a ce genre d’alchimie, on passe vite le point de non-retour. Elle se détacha de lui, avec un peu trop de brusquerie, parce qu’autrement elle n’en aurait jamais eu le courage, et s’assit de nouveau sur le lit, à l’endroit le plus éloigné de Nath possible. Elle prit une inspiration, elle passa une main dans ses cheveux, tant pour retrouver une contenance que pour se calmer un peu, puis sourit, un sourire un peu gêné, et un peu ironique aussi, pas bien méchant, comme toujours.

« Je peux partir, puisque tu le veux tellement. » lança-t-elle, en désignant la porte d’un index accusateur.

Mais elle n’ajouta rien. Tout ça devenait… Bon. Elle était venue en se persuadant qu’elle allait faire un contrat avec Nath, une fois qu’elle aurait réussi à le convaincre, et que tout ça était loin d’être compliqué. Ils s’entendaient bien, ils avaient une bonne alchimie, et « pour toujours » ne voulait rien dire pour eux. Voilà, c’était parfait, non ? Alors pourquoi tout compliqué ? Pourquoi fallait-il que Nath se découvre une conscience à ce moment précis ? Et pourquoi, merde, pourquoi fallait-il que les hommes soient autant des mauviettes ?

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MessageSujet: Re: Belong   Mar 22 Juin - 10:54

Que vouliez-vous ? Elle avait la bouche de Kennedy, la chevelure de Kennedy, la plastique de Kennedy… Voilà, c’était Kennedy dans ses bras, et dans pareille situation, on franchissait allègrement les frontières de cette fameuse « rationalité » à laquelle Nath prétendait tant se tenir, quelques instants auparavant. Eux deux ; sur le lit. Ses mains, sa langue, ses jambes ; leurs souffles qui s’accéléraient, et… Hey !

« What the f… ??»

Acculé au bout du lit, Nath, encore haletant, regarda incrédule Kennedy, assise au bord du même lit, se recoiffer vivement, d’un geste qui lui semblait diaboliquement naturel. Les yeux de notre homme s’écarquillèrent légèrement. Non mais pourquoi, merde, pourquoi fallait-il que les femmes soient autant des salopes ? Elle souriait, tout à coup. Et pourquoi, hein ? Est-ce qu’elle s’était fichue de lui, tout ce temps ? Il suivit machinalement du regard la direction qu’indiquait le joli doigt manucuré de la californienne –comme s’il avait ignoré où se trouvait la porte de sa chambre, tiens. Il fronça les sourcils, reposa les yeux sur celle qui, à peine quelques secondes auparavant, lui avait semblé aussi, hum, perdue dans le feu de l’action que lui-même. Il haletait toujours, sa poitrine nue et maigre se soulevant et s’abaissant à une cadence soutenue.

Elle se fichait de lui. Gentiment. Parce que c’était à ça qu’ils marchaient, pas à l’espèce de soupe aux marshmallows qu’il lui avait servie quelques temps auparavant. Retrouvant ses esprits en même temps que sa respiration, Nath se prit à sourire à son tour. Ses lèvres lui obéissaient à nouveau. Il se redressa à moitié, en appui sur ses coudes.

« T’sais quoi ? Vu qu’t’as l’air d’jà bien prête à obéir à mes décisions… »

Il laissa s’écouler une ou deux secondes, se redressa encore un peu davantage et se traîna sur le matelas jusqu’à rejoindre Kennedy ; il allongea les jambes, tortilla un peu des pieds pour achever de se positionner derrière elle. Il passa son bras droit autour de sa taille, pour la rapprocher de lui, sans pour autant, cette fois, coller son visage contre elle, contre sa nuque ou son dos.

« Pt’êt’ qu’on pourrait remett’ cette histoire de contrat sur la table », suggéra-t-il, avec, dans le ton de sa voix, une légèreté retrouvée. Lorsqu’elle tourna la tête vers lui, et croisa directement son regard, il ajouta, avec plus de sérieux cette fois, mais sans se départir d’un sourire qui ne semblait plus, pour l’heure, le quitter : « On pourra tout aussi bien s’détester en tant qu’mari et femme, ‘près tout. Mmh ? »

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MessageSujet: Re: Belong   Mar 22 Juin - 11:13

Quand Nath se rapprocha d’elle, Kay ne dit rien et se contenta de le laisser faire. Elle connaissait l’animal, elle savait qu’il avait besoin de dominer, autant qu’elle en avait besoin, ce qui expliquait que leur relation fut aussi intéressante, ou du moins c’était un de ses intérêts. Elle le laissa se glisser derrière elle, puis entourer sa taille de son bras. Le contact était toujours aussi électrisant, mais Kay n’était pas prête à se laisser de nouveau aller tant que cette histoire de mariage n’était pas réglée. Elle ne manipulait pas Nath, elle ne jouait pas avec lui, mais comme elle l’avait dit quelques minutes plus tôt, elle ne pouvait plus aimer (quelque soit l’amour en question) le new-yorkais s’il ne lui rendait pas ce service. Parce que, tout ça n’était pas du simple amusement, elle avait besoin qu’il l’épouse. S’il ne le faisait pas, elle serait dans une sacrée merde, et quelqu’un qui vous laisse dans ce genre de situations alors qu’il pourrait la régler d’un claquement de doigts ne vaut pas le coup qu’on s’y attache. Elle le laissa donc se glisser contre elle, l’attirer à lui, mais n’attendait qu’un signal pour s’en aller et ne plus jamais le toucher, ni même lui parler, sans savoir ce qui lui manquerait le plus.

Mais quand il ouvrit la bouche c’était pour dire quelque chose qui lui plaisait. Elle tourna la tête, plantant son regard brun si expressif dans celui du futur Mr Brooks. Elle attendit qu’il ajoute quelque chose, qu’il prouve qu’il était sérieux, et sourit quand ce fut le cas. Un sourire amusé, accompagné d’un air vaguement conspirateur. Elle prit une inspiration, par le nez, et retint la réplique qui lui était venue naturellement, parce qu’elle savait très bien où ça les mènerait, un échange de piques, et que pour le moment ils avaient quelque chose de sérieux à discuter.

« On se marie à la prochaine brèche, à Glasgow. Je ne veux pas de grande cérémonie. » Mais elle avait déjà commandé des magasines pour s’acheter une robe, fallait pas pousser non plus. « Pour les conditions du contrat une fois revenus à Sywhaîd : on évite d’en parler à tout le monde, » Oui, elle pensait bien surtout à Jeremy. Le fait qu’elle ait épousé Nath ne serait qu’une bizarrerie de plus chez un personnage que la plupart des Sywhaîdiens avaient déjà bien du mal à cerner, et qu’ils acceptaient comme tel. Mais elle ne voulait pas blesser le barman. « et on ne couche pas à droite à gauche, hors de question que tu me ramènes une saloperie. »

Son visage expressif avait illustré cette condition avec une sorte de dédain, ou de dégoût. Kay était capable de faire confiance à Nath, de croire qu’il ne coucherait pas à droite à gauche s’il le disait, mais elle n’accepterait pas qu’il refuse cette condition. Après tout, s’ils se mariaient, autant le faire sérieusement, et Kay avait toujours été quelqu’un de fidèle. Sans compter que le fait d’imaginer Nath s’envoyant d’autres nanas (forcément vulgaires et sans cerveau, c’était le genre qui devait l’attirer) la mettait en rogne.

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MessageSujet: Re: Belong   Mar 22 Juin - 11:15

Nath soutint le regard de ce qui s’annonçait de plus en plus comme sa future épouse ; quelle étrange idée ; plus étrange encore, que cette idée ne lui fût pas totalement désagréable. De fait, Kennedy n’était pas vilaine à regarder. Plus il pensait à cette stupide idée, plus il avait envie de faire sienne la jeune femme. Kay Clayton, oh quel pied : il pourrait même se foutre de son nom. L’œil ironique, il hocha diligemment la tête à la première condition : Glasgow, parfait. Il n’avait jamais imaginé que ce que considérait Kennedy comme un « vrai mariage », ce fussent ces simagrées auxquelles se livraient les fiancées de la Lande, gambadant gaiement qui déguisée en fleur d’oranger, qui en pyjama orange des moins seyants, en faisant des petits ronds de magie ici et là. En tout cas, il ne pouvait décemment imaginer qu’elle lui propose ce genre de plan en imaginant qu’il puisse, par extraordinaire, accepter. Est-ce qu’il avait une tête à se déguiser en prisonnier de Guantanamo ? Bon, on était d’accord.

Et pas de grande cérémonie, ça tombait sous le sens : pour quoi faire ? inviter qui ? Les nombreux amis, ex-camarades de classe ou anciens collègues de bureau de Nath ? Il préférait mille fois aller fêter cette merveilleuse connerie en tête à tête avec Kennedy, quoi qu’on en dise c’était avec ce nombre de joueurs que les opportunités de s’amuser étaient les meilleures. Il haussa malgré tout un sourcil sceptique ; Kay restait une nana ; elle avait beau être terre à terre, elle devait avoir rêvé, comme toutes les petites filles, de marcher avec son papa sur un tapis de pétales de roses, vêtue d’une somptueuse robe blanche de créateur, jusqu’à la voûte de fleurs fraîches sous laquelle l’aurait attendu un quaterback énamouré. Bon, en tout cas, la connaissant, elle avait dû au moins rêver de la robe blanche, non ? Il faillit le lui demander, mais lui aussi se retint. Le moment n’était évidemment pas venu de se lancer des piques, mais de parler business (pourvu que ça ne dure pas trop longtemps).

Malgré ses bonnes résolutions, Nath éclata de rire lorsque Kennedy passa à la suite du contrat : ne parler de ça à personne une fois revenus à Sywhaîd. Il devinait ce qu’elle pensait : qu’il aurait volontiers pris un malin plaisir à aller annoncer la merveilleuse nouvelle à tous ses si gentils amis, barman en tête. Mais à la vérité, pour l’heure, le new-yorkais ne s’était pas encore projeté jusque là. Maintenant qu’elle le précisait, quelque chose en lui répliquait, par pur esprit de contradiction, qu’il comptait bien que ça se sache, non mais.

Sauf que ça n’était pas vrai ; au fond, si Kay n’avait rien dit, il ne se serait pas amusé de lui-même à claironner, placarder et chantonner la nouvelle aux quatre coins de Sywhaîd. Bon, okay, peut-être qu’il aurait laissé échapper l’info à l’occasion… Il fit la moue, haussa les épaules d’un air qui se voulait résigné, après tout renoncer à voir la tête ahurie de Jeremy, c’était quand même un gros sacrifice, non ? Pour la peine, sa main pressa un peu plus fermement la taille de la jeune femme. Leur proximité rendait l’air électrique, du moins c’est l’impression qu’il en avait. Et à sentir le léger frisson sur sa peau, lorsqu’il promena le revers de l’autre main sur le côté de son cou, elle n’était pas tout à fait insensible non plus. Ce qui était une sacrément bonne chose : Nath n’aurait certainement pas accepté le marché avec quelqu’un qui n’aurait pas eu du tout envie de lui ; sexe à volonté ou pas. Et à ce sujet, il espérait que Kay en avait bientôt fini avec l’énumération de ses conditions, histoire qu’on puisse passer aux choses pas sérieuses.

Il n’y avait de fait plus qu’une seule condition, mais non des moindres. In cauda venenum, comme on dit quand on est savant, last but not least, comme on dit quand on n’est que Nath Clayton. Lui qui allait promener ses doigts dans la merveilleuse chevelure de la californienne interrompit son geste. Son étreinte autour de sa taille se desserra. Son visage se ferma légèrement, et il resta quelques instants silencieux.

No sex. Ca voulait dire, plus de petite bimbo sans intérêt ; plus de joli minet écervelé. Hum ; tout d’un coup, il se souvenait assez bien d’une des principales raisons pour lesquelles il n’avait pas voulu se marier. Bien sûr, c’était un peu idiot, dans la mesure où, niveau sexe, sur Sywhaîd, on ne pouvait pas dire que les occasions avaient été innombrables. Mais enfin, elles avaient été (ah, ce cher Jack !). Et c’était avant tout une question de principe ; Kennedy pinçait la corde sensible, celle de l’engagement. Nath était une indécrottable tête de mule, foncièrement indépendant et libre de ses mouvements.

Finalement, toujours derrière la californienne, il ôta complètement ses bras de sa taille et de son cou, pour les tendre vers l’arrière et s’appuyer sur eux. A son tour, il inspira assez profondément.

« Well… voilà donc c’que tu voulais dire par « un vrai mariage ». Reconnais qu’c’t’assez facile pour toi d’prôner l’abstinence, darling. » Il lui sourit de son air narquois habituel ; oui, oui, c’était petit et facile, nathanaelien, en somme. Il fit une nouvelle pause. Ce n’était pas pour entretenir un suspense sadique, mais parce que lui-même avait besoin de prendre une décision, et que, pour une fois depuis le début de cette étrange entrevue, elle n’allait pas de soi. « La variété, ça n’a pas d’prix. J’ai droit à quoi, en compensation ? »

Ca pouvait paraître extrêmement petit, mesquin et dégoûtant, comme réponse. Mais pour quelqu’un comme Nath, répondre autre chose qu’un non franc, net et brutal était déjà un énorme sacrifice. Connaissant l’animal comme elle le connaissait, Kennedy n’avait qu’à examiner son expression pour comprendre qu’au fond, elle avait gagné.

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MessageSujet: Re: Belong   Mar 22 Juin - 11:54

« Ah parce que tu vas essayer de me faire croire que y a beaucoup d’imbéciles pour vouloir s’envoyer un squelette malaimable peut-être ? » répondit Kennedy, sur ce ton qu’ils utilisaient en général l’un contre l’autre et qui faisait remonter la peste qu’elle avait pu être, non, soyons francs, la salope, même si elle n’avait jamais eu mauvais fond.

Elle accompagna bien sûr cette réponse d’une moue sceptique. Mais tout ça n’était que du blabla, et ça lui avait échappé trop vite pour qu’elle se retienne. Si elle l’avait pu, elle n’aurait pas répondu ça, malgré l’aspect percutant de cette réponse. Parce qu’à ce moment précis il ne s’agissait pas de marquer les points, mais de se mettre d’accord pour un mariage (dieu, elle n’avait jamais imaginé être dans une telle situation un jour !). Et puis, ça n’était pas évident de ne pas retomber dans la partie charnelle de leur entretien quand la tension montait entre eux. Kay avait toujours aimé échanger des répliques avec les gens, et ça l’avait toujours excitée, même si avec Nath ça atteignait un point un peu gênant, vu qu’elle eut beaucoup de mal à ne pas les faire basculer et à reprendre là où ils s’étaient arrêtés. Mais heureusement, elle savait garder la tête froide. Euh, tiède. Enfin, bref. Elle respira par le nez, ce qui n’était pas une très bonne idée, elle passa d’ailleurs à la respiration par la bouche, elle sentait moins l’odeur de Nath comme ça, qui à ce point là la perturbait autant que tout le reste, et se força à prendre les choses d’une façon censée.

Bon, elle avait bien compris que ce refus n’était qu’un refus de principe, et que si elle se débrouillait bien elle avait son mariage en poche. Il ne s’agissait plus pour Nath que de râler et de rechigner, histoire de négocier et de récupérer le plus possible. Une partie d’elle avait envie de tenir tête au new-yorkais, de ne pas entrer dans son petit jeu. Mais la partie la plus réaliste lui soufflait qu’elle lui devait bien ce petit amusement. Après tout, il venait d’accepter de l’épouser, et de ne plus coucher qu’avec elle. Elle connaissait assez le quadra pour savoir que, mine de rien, ça n’était pas si simple que ça pour lui, même si, de fait, il ne devait pas y avoir foule pour vouloir coucher avec lui (et elle préférait ne pas trop penser au fait qu’elle, si, parce que ça aurait eu plutôt tendance à lui faire se poser des questions sur sa santé mentale).

Doucement, d’une façon languissante, elle s’écarta un peu de Nath, et se laissa en fait glisser langoureusement, avec des mouvements qui ne pouvaient être faits que pour la mettre en valeur (rappelons qu’elle était très souple, ancienne cheerleader qui continuait de s’entraîner régulièrement). Elle fit passer sa jambe à quelques millimètres de la tête de Nath, dans un mouvement qui prouvait une certaine souplesse, puisque même si elle s’était tournée face à lui, elle ne s’était pratiquement pas éloignée, puis elle se laissa de nouveau glisser plus proche de lui, enroulant ses longues jambes autour de lui, se hissant sur ses genoux, lui laissant d’ailleurs le plaisir d’avoir son décolleté pigeonnant (et encore plus du fait que Nath avait déboutonné un bouton de plus durant leur première séance de bisouillage, ce qui laissait du coup entrevoir un soutien-gorge en dentelle fine clair). Elle se lova contre lui, et posa une de ses mains contre son crâne chauve (et pourtant très agréable à toucher, elle avait découvert ça sur le toit et avait été très surprise, elle qui avait tellement adoré le contact des cheveux) tout en laissant l’autre traîner sur un espace libre de la cuisse de Nath, répétant un mouvement circulaire à s’en faire frire les neurones, simplement du bout du doigt, effleurant à peine.

Finalement, ce fut à son tour de se pencher sur l’oreille du new-yorkais, à laquelle elle susurra doucement :

« J’ai été cheerleader, ce qui fait que je peux te promettre souplesse de corps et d’esprit. La réputation des cheerleader n’a rien… d’injuste. »

Elle mordilla le lobe de l’oreille de Nath, puis se redressa, de nouveau face à lui, toujours collée à lui, sa main faisant toujours le mouvement circulaire sur sa cuisse, comme si elle l’avait oubliée. Comme si.

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MessageSujet: Re: Belong   Mar 22 Juin - 12:52

Hum, c’était fou comme la cuisse pouvait s’avérer, en certaines circonstances, une zone extrêmement sensible au toucher. Parce que, oui, mine de rien, ce simple effleurement circulaire, c’était à vous le rendre fou, le petit Nathanael. Que voulez-vous, les hommes sont sensibles, chauves cyniques et sournois compris.

Bon, il faut reconnaître que le coup de la jambe avait également fait son « petit » effet. En somme, ils avaient réduit les quelques neurones restants au new-yorkais à l’état de petite friture, et le coup de la cuisse les avait là-dessus fait mariner dans un grand bol d’eau bouillante (autant dire que le résultat n’était pas joli, joli). Le crâne de Nath était secoué d’à-coups sourds et frénétiques, dont l’intéressé n’aurait su dire en quelle proportion ils étaient dus aux relents de migraine. Il ferma les yeux et expira par petites bribes d’air surchauffé lorsqu’elle lui mordilla le lobe de l’oreille. Ce n’était pas du jeu. Une certaine entrevue sur le toit avait de fait déjà indiqué à notre Mike Tyson local (en nettement plus engageant, quand même), qu’il s’agissait là d’une des zones érogènes du New-Yorkais. Mais à sa décharge, Nath n’était pas du tout fâché qu’elle exploite ce genre de connaissances. Ouh, la, la, non, pas du tout. Il se mordilla la lèvre pour éviter de pousser un gémissement d’aise, ce qui aurait un peu fait tache dans le déjà peu convaincant genre « vieux garçon intéressé et insensible » qu’il était supposé se donner. Rouvrant à demi les yeux, et rassemblant à grand-peine ce qui lui restait de neurones, il parvint à articuler, dans un souffle :

« J’ai toujours eu un faible pour les femmes d’esprit. »

Il eut un large sourire, comme toujours lourd d’ironie, mais portée, cette fois, contre lui-même. Ils savaient bien tous deux que Nath, avant Kennedy, ne faisait pas son marché sur les bancs de la fac de sciences. Et ils savaient également tous deux que leur alchimie se nourrissait bel et bien, en grande partie, de leur sens aigu de la répartie cinglante. Eh oui, une bonne partie du charme de la californienne reposait non dans ses jambes sublimes (enfin, si, aussi, mais c’est pas le sujet), mais dans son horripilante grande bouche. Que Nath, après s’être penché légèrement en avant, embrassa avec moins de fureur que précédemment, mais non moins de passion. Un baiser d’autant plus agréable que, cette fois, la petite voix qui lui tambourinait dans un coin du crâne que c’était la plus stupide des conneries serinait ça non d’un ton de reproche, mais avec le plus grand des enthousiasmes. Bah, oui, il était le champion des trucs à ne pas faire. Et cette grosse bêtise-là remportait clairement la palme. Tout en gardant la paume des mains toujours sagement à plat sur le lit, Nath abandonna la bouche de Kay pour laisser ses lèvres, sa langue, se promener de haut en bas le long de la gorge de la californienne. Et comme il approchait de son généreux décolleté, il susurra, d’une voix un peu étouffée, et entrecoupée de baisers :

« ‘espère que… t’as toujours… ton costume… que’qu’ part ».

Question pertinente et dont notre toujours aussi aimable lecteur brûle sans doute de connaître la réponse, mais à laquelle Kennedy commença par rire, ce qui n’était pas très explicite. Sur quoi, les lèvres de Nath descendirent jusqu’à un certain point de non-retour, à partir duquel il lui était strictement impossible de continuer à n’utiliser ses mains que pour prendre stupidement appui sur elles. Et de fil en aiguille, la future Mrs. Clayton ne fut plus tout à fait d’humeur à répondre de manière raisonnable et sensée aux questions mêmes les plus simples.

Belong - REM

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