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 [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)

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Adam Carter
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MessageSujet: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Jeu 10 Juin - 20:24

Adam était allé récupérer Asa à la gare quand elle était arrivée le vendredi. Il sortait du bureau et était sexy comme jamais avec son costume bien taillé, sa chemise déboutonnée, sa cravate défaite et son air mi-épuisé mi-heureux. Après avoir retrouvé sa belle sur le quai de la gare (et l’avoir accueillie comme il se devait), il l’embarqua sur son fier destrier (en l’occurrence le scooter avec lequel il se déplaçait en ville) vers chez lui où ils furent reçus par Wilikins (le majordome) mais aussi, et ce fut une surprise pour Asa, par February et Jesse qu’Adam avait invitées pour la durée du séjour de leur sœur et tante respective d’autant que les parents d’Adam étaient déjà partis à la campagne.

Ils passèrent une semaine assez géniale, à jouer les touristes autour de Londres. Ils passèrent même une journée à la plage, dans le sud de l’Angleterre où Adam conduisit tout le monde en voiture et le jeune homme passa des heures à construire des châteaux de sable et à sauter dans les vagues avec Jesse. De manière générale, il passa des heures avec Jesse, plus qu’avec Asa (durant les heures de jour). Maintenant que February travaillait pour son père, Adam avait pris l’habitude de passer du temps avec elle et, surtout, avec Jesse. Parfois, il passait à leur appartement après le travail avec une pizza, des plats chinois et toujours une babiole pour la petite fille (jamais rien de trop cher, il ne voulait pas se mettre Asa à dos). Et visiblement, l’adoration entre les deux était complètement mutuelle. Jesse avait même boudé quand elle avait pris qu’elle n’irait pas avec Asa et lui à Ashingam le week-end suivant et ne se consola que quand Adam promit de l’emmener la prochaine fois.

Finalement, le week-end arriva et, de bon matin, Adam et Asa se mirent en route pour la campagne anglaise avec deux sacs dans le coffre. Adam avait précisé à Asa qu’il n’avait pas dit combien de temps ils resteraient et que ce serait à elle de décider. Ils étaient partis tôt pour pouvoir arriver à temps pour le déjeuner. La journée était radieuse, Adam portait un polo et un jean, conduisait avec ses Ray-Ban et chantait à tue-tête sur les disques qu’il laissait Asa choisir (en même temps, le choix était limité à un CD de Queen, un des Arctic Monkeys, un de Cat Stevens, un de Regina Spektor et un de Muse). A la fin du trajet, ils les avaient tous écoutés et Asa menaçait de lui ôter les cordes vocales. Mais il savait que c’était dit avec affection.

Adam tourna brusquement le long d’un sentier à peine visible entre les arbres et la voiture s’engagea sur une petite route bordée de verdure qui serpentait dans les collines. Au bout de quelques trois kilomètres, il tourna à nouveau et ils dépassèrent un premier portail déjà ouvert, grand et majestueux, longé d’arbres touffus qui empêchaient de voir au-delà. Au-delà, la route s’élargissait, couverte de graviers et ils dépassèrent un deuxième portail, plus imposant. Adam ralentit sensiblement. Il avait déjà expliqué à Asa ce qu’Ashingam signifiait pour lui, ses souvenirs d’enfance et l’émotion que l’endroit provoquait toujours dans la famille. Il savait qu’elle trouverait sans doute ça un peu bête mais il espérait qu’elle changerait d’avis quand elle verrait la maison. Personne n’y était jamais resté insensible. Adam suivit l’allée qui s’incurvait légèrement vers le bas et vers la droite. Par sa fenêtre, on pouvait voir le début d’une forêt qui s’étendait sur plusieurs hectares.

Peu après midi, Adam prit un brusque virage à gauche et, devant eux, s’étendait la maison, à environ cinq cent mètres d’eux, au bout de l’allée, entourée de prairies parsemées de moutons et de daims. A sa droite, on apercevait un lac, d’un ovale irrégulier, dont le bleu scintillait au soleil, et une petite maison en bois, à laquelle un bateau était attaché. A la droite encore du lac, s’étendait la forêt qu’ils avaient aperçue en arrivant et une rivière en sortait en serpentant, surmontée en un point d’un joli pont en pierre. A la gauche de la maison on voyait des bâtiments en bois, sans doute des étables et une écurie. Deux petits escaliers de forme courbe menaient à la splendide porte d’entrée, encadrée de deux colonnes. La demeure était cossue, grande, magnifique mais ne sombrait pas dans le luxe débauché, le vulgaire ou le tapageur. Une impression de calme et de sérénité se dégageait du paysage, de l’harmonie des couleurs, du silence. Adam se tourna vers sa passagère, l’air interrogateur. C’était important pour lui qu’Asa aime Ashingam mais il ne voulait pas non plus lui mettre de pression.

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Dernière édition par Adam Carter le Dim 20 Juin - 19:38, édité 1 fois
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Asa James
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MessageSujet: Re: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Jeu 10 Juin - 21:37

Si Adam avait eu envie de rire en voyant Asa sortir de la salle de bain, il avait eu le réflexe salutaire de ne pas le faire. Après tout, la semaine avait été parfaite, à part pour le stress d’Asa qui, au fur et à mesure qu’on s’était rapprochés du weekend, avait monté en flèche. La veille, elle avait été obligée de se jeter sous la douche, tellement la température autour d’elle augmentait rapidement, et ça faisait des mois qu’elle n’avait pas eu de mal à gérer sa monodominance, c’est dire à quel point elle était angoissée. Le fait qu’elle ait crié sur Jesse pour une bêtise était une autre preuve : Asa ne criait jamais sur Jesse. Quand elle avait quelque chose à lui dire, elle lui disait, et la petite était habituée à cette façon de faire. Elle s’était complètement figée quand Asa avait élevé le ton, et l’Amazone avait été s’excuser quelques minutes plus tard. Heureusement, la petite fille était intelligente, et fine, et elle était habituée avec sa mère à ce que le stress entraîne ce genre de réactions, même si c’était la première fois avec sa tante, elle avait pardonné la new-yorkaise sans se faire prier.

Asa n’était pas angoissée à l’idée de rencontrer la famille d’Adam. Elle était terrifiée. Elle n’avait jamais rencontré la famille de ses mecs, puisqu’en l’occurrence Adam avait été et serait sûrement la seule histoire sérieuse qu’elle ait jamais eue. Et le fait que la famille en question soit riche à millions (ou peut-être moins, mais pour Asa c’était du pareil au même à partir du moment où on avait plus d’une maison), et noble, et… Enfin, la famille d’Adam quoi. Du mec qui était habitué à ce que les choses se passent comme il le voulait (même s’il n’était pas pourri-gâté, mais il avait de fait plus l’habitude des happy endings que quelqu’un comme Asa. Des gens qui payaient sûrement plus leur bonne que ce que gagnaient le père et la mère d’Asa réunis. Des gens qui n’avaient jamais cru mourir de faim parce qu’ils n’avaient pas assez d’argent pour se payer quoi que ce soit, qui n’étaient jamais allés à la soupe populaire (ou autres) en fin de mois, et qui n’avaient sûrement jamais vécu à quatre dans deux pièces pas loins de l’insalubrité. Des gens cultivés, riches, puissants. Les pires personnes à rencontrer, quand on n’en était pas soi-même une. Surtout quand on leur piquait leur héritier.

Et même si Asa n’arrivait pas à imaginer que la famille d’Adam soit mauvaise, après tout Adam en venait, et il les aimait plus que tout, elle avait beaucoup de mal à s’imaginer réussir à les comprendre, et encore plus, à leur plaire. Du coup, elle avait bombardé Adam de questions, et plus le jour fatidique approchait, plus elle était devenue pâle et nerveuse. Au sortir de la salle de bain, ce matin là, il avait suffi d’un regard pour qu’Adam ne dise rien sur sa tenue, même s’il avait voulu réagir. Asa s’était sentie fébrile, quand ils s’étaient dirigés vers la voiture, et elle avait à peine embrassé sa sœur et sa nièce, heureusement qu’elle avait prévu de retourner les voir avant de repartir pour Sywhaîd, ou elle s’en serait voulu.

Tout le chemin avait défilé beaucoup trop vite, et ce malgré la musique d’Adam (non décidément ça valait pas un bon The Offspring ou Nirvana) et le chant d’Adam. Merde, comment on pouvait être aussi beau et chanter… Euh, bon, ça n’était pas qu’il chantait particulièrement mal, mais tout ce trajet avec Adam chantant c’était un peu épuisant pour les nerfs. D’ailleurs l’Amazone avait fini par lui dire, en toute affection, qu’elle lui arracherait ce qui lui servait de cordes vocales s’il continuait à hurler « let me go ! » sur « Bohemian Rhapsody ». Elle eut le silence voulu pendant quelques minutes, mais ne le savoura même pas.

Les portails, le chemin, elle les vit à peine. Elle était totalement bouffée par l’anxiété. Même durant les pires moments de son expédition forêstière de l’hiver (où elle avait quand même risqué sa vie), elle ne s’était pas sentie aussi pétrifiée. L’arrivée ménagée qu’Adam lui avait préparée tomba à plat, Asa ne vit rien. Jusqu’à ce qu’il se tourne vers elle et qu’elle réalise tout à fait qu’ils étaient arrivés. Alors, seulement, elle regarda par la fenêtre. L’endroit était… Bon, okay, elle s’était attendue à un château de dessin animé et se retrouvait devant une baraque énorme mais plutôt classe, elle devait l’admettre. Avoir vécu à Norsken l’avait ouverte à l’architecture moins citadine, sans compter Sywhaîd, puis ses visites à Londres. Alors elle dut admettre que c’était joli. C’était paisible. Oui, sûrement. Mais pour quelqu’un qui vivait depuis trois ans dans un village autarcique d’Ecosse, ce mot avait une toute autre signification. Elle se força à sourire, un sourire carnassier malgré elle, et hocha de la tête. Elle n’avait rien vu encore, elle ne pouvait rien dire. Elle prit une inspiration, puis ouvrit la portière, et se figea.

« On est sensés attendr’ l’majordom’ ou j’sais pas quoi ? »
demanda-t-elle.

Mais Adam lui répondit que non, alors elle s’extirpa de la voiture. Elle n’avait pas l’impression d’être elle-même, avec la tenue qu’elle portait, et avait l’impression que ça se voyait à dix mètres. Elle n’était pas habituée à ce genre de choses, elle avait toujours été elle-même quoi qu’il arrive. Et pourtant, ce jour-là, elle portait une robe qui arrivait juste au-dessus du genou, à manches courtes, rose pâle avec des fleurs jaunes discrètes dessinées dessus. Une robe très sage, boutonnée sur le devant, même pas vraiment décolletée. Elle portait aussi des tennis blanches, très sages elle aussi, avait lissé ses cheveux (elle avait mis des heures à le faire) et les avait attachés avec une barrette en bois en une demi-queue des plus adorables et n’avait mis qu’un petit brin de maquillage clair emprunté à sa soeur. Elle était jolie mais elle était… Bon, elle n’était pas Asa. C’était stupide. Le père d’Adam connaissait sa sœur, ils savaient tous de quel milieu elle venait, et quel genre de fille elle était (suffisait de voir Feb trois secondes pour savoir quel genre de filles elles étaient) mais elle n’avait pas su comment faire autrement. Et était tellement angoissée qu’elle n’avait rien voulu qu’Adam lui dise. Elle hocha la tête une nouvelle fois, comme pour dire qu’elle était prête, mais Morth, qui était descendu en même temps qu’elle couina doucement. Ils n’étaient pas prêts du tout, et comme toujours dans ce genre de situations, le hérisson se faisait aussi discret que possible. S’il l’avait pu, si l’endroit n’était pas aussi grand, il serait resté planqué dans la voiture tout le weekend.

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Adam Carter
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MessageSujet: Re: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Jeu 10 Juin - 22:14

Adam avait dû se retenir d’éclater de rire quand Asa avait hésité en sortant de la voiture. Il avait beau avoir essayé de la préparer à ce qu’elle allait devoir « affronter » il n’avait visiblement pas tout anticipé. Mais il ne rit pas parce qu’il ne voulait pas ajouter à la pression qu’elle ressentait déjà. De même qu’il n’avait pas ri en découvrant sa tenue. Même si c’était… disons que c’était… un peu « too much ». Pas du tout Asa. Très joli tout de même et il trouvait d’ailleurs que ça lui allait bien mais… un peu trop dans l’extrême « jeune fille de bonne famille ». Ses parents, habitué aux tenues de Feb seraient même sans doute surpris par cette sagesse. Mais sa grand-mère allait apprécier. Quoi qu’il en soit, il prit la main d’Asa dans la sienne, la porta brièvement à ses lèvres et l’entraîna, non pas vers l’entrée mais vers le bâtiment en bois à leur gauche.

- Il y a quelqu’un que tu dois absolument rencontrer avant toute chose.

Ensemble, ils pénétrèrent dans une écurie bien entretenue. Quelques boxes étaient vides mais quatre étaient pleins. Après avoir pris une carotte dans un sac près de l’entrée, Adam entraîna Asa vers la salle du fond. Son arrivée fut saluée par un hennissement joyeux du cheval de la dernière stalle, une magnifique bête à la robe noire et lustrée, avec un motif blanc en forme de couronne sur le front. En voyant Adam approcher, le cheval hennit de plus belle et frappa du sabot contre la porte de son box. Le jeune homme sourit à pleines temps, offrit sa carotte et entoura le cou de l’animal de ses bras. A le voir ainsi, il n’était pas difficile de l’imaginer, plus de dix ans plus tôt, avec le même sourire de joie enfantine.

- Nelsie, je te présente Asa. Asa, voici Lord Nelson.

Il sourit de plus belle.

- Je sais que tu n’aimes pas les titres alors tu peux l’appeler Nelsie, précisa-t-il.

Il avait d’ores et déjà précisé que sa mère ne s’attendrait pas à être appelée Lady Caterham, ni son père Sir James mais que, pour Granny, elle n’aurait pas le choix, ce serait Lady Celia ou sa désapprobation éternelle. Il avait commencé par la visite de Nelsie pour détendre un peu Asa et aussi parce que, quand même, c’était quelqu’un d’important. Une fois les présentations terminées, il s’attarda encore un peu auprès de son étalon avant de se diriger de nouveau vers la sortie. Ils grimpèrent les marches et Adam frappa à la lourde porte en bois. Presque aussitôt, comme si on les attendait derrière, elle s’ouvrit sur un majordome en livrée qui s’inclina respectueusement.

- Her Ladyship est avec les chiens, les informa-t-il après les avoir salués, elle vous demande de l’attendre dans le salon. Lord and Lady Caterham sont en promenade, ils ne devraient plus tarder.

Adam entraîna donc Asa au salon, une vaste pièce bien éclairée, meublée avec goût, qui respirait l’élégance sans puer le luxe. De nombreuses photos ornaient les murs, des portraits pour la plupart. Adam désigna la photo de mariage de ses parents et quand le regard d’Asa se posa sur le visage d’un petit garçon, seul cadre sur la cheminée, il précisa :

- C’était le frère aîné de Dad. Il est mort à treize ans, renversé par une voiture. Je crois que Granny ne s’en est jamais vraiment remise…

Au-dessus d’un magnifique piano à queue (il en avait joué pendant six ans mais avec si peu de talent qu’il avait fini par convaincre sa grand-mère qu’il valait mieux qu’il arrête, raconta-t-il en riant), se trouvait une superbe photo d’Ashingam en hiver. C’était sa mère qui l’avait prise et, contrairement à la maison de Londres où ses travaux étaient beaucoup exposés (en tout cas, ceux qui n’étaient pas dans une galerie) c’était la seule image prise par elle dans cette demeure là. Il parlait évidemment pour éviter à Asa de trop penser à ce qui allait suivre et de trop s’angoisser mais dut s’interrompre quand la porte du salon s’ouvrit et que trois gros labradors entrèrent en courant et en agitant la queue avant de se précipiter sur Adam qui eut bien du mal à ne pas vaciller sous leur assaut. Ils furent suivis par une femme qui portait beau ses soixante-quinze ans, au maintien impeccable, vêtue d’un pantalon en tweed rentré dans des bottes Wellington et d’une chemise en coton, un foulard noué autour du cou. Ses cheveux d’un gris métallique étaient impeccablement coiffés et n’étaient pas sans rappeler ceux de la reine. Tout en elle semblait indiquer la noblesse, jusqu’à sa voix et la façon dont elle rappela les choix à l’ordre d’une voix stricte :

- Goliath ! Ramsès ! Achille ! A votre place !

Les chiens s’exécutèrent immédiatement et, queue frétillante, quittèrent le salon en se bousculant. Lady Celia tourna alors son visage vers Adam et ses traits sévères s’adoucirent quelque peu tandis qu’elle lui présentait sa joue et que son petit-fils l’embrassait avec tendresse.

- Bonjour Adam.

- Hi Granny, répliqua-t-il en souriant.

La dame se tourna alors vers Asa et la détailla de la tête aux pieds avant de hocher brièvement la tête et de sourire poliment.

- Vous devez être l’Américaine. Je dois dire que vous n’êtes pas tout à fait ce à quoi je m’attendais… Plaisante surprise.

Elle tendit une main ornée d’une bague en or sertie d’un diamant, sans ostentation.

- Enchantée de vous rencontrer enfin Asa. Adam nous a beaucoup parlé de vous.

Adam sourit à Asa d’un air encourageant. Il l’avait prévenue à propos de Celia mais… cela ne suffisait généralement pas.

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Asa James
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MessageSujet: Re: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Jeu 10 Juin - 22:39

1) Ne pas rire aux noms des chiens. Check ! Non mais franchement, appeler des chiens par ces noms ridicules de… Euh… Rois ? Hum, bref, des noms ridicules quoi. Heureusement, Asa était prêt du piano quand les chiens étaient entrés, et ils ne s’étaient pas précipités sur elle. Elle avait une vraie malédiction au niveau des animaux : ils l’aimaient. Et même si elle n’était pas phobique, ça n’était pas particulièrement réciproque. Surtout quand on parlait de gros chiens stupides, ou de chevaux tout aussi stupides. Si Waylon lui avait appris à monter, au tout début de sa vie à Sywhaîd, elle n’avait jamais réussi à tomber amoureuse des chevaux comme certaines personnes. Elle trouvait ces animaux utiles (surtout quand on vivait dans un village autarcique presque médiéval) et pas trop moches, mais ça s’arrêtait là. Le fait qu’Adam la présente à son étalon avait au moins eu le bon côté de la détendre un peu. C’était ridicule ! Mignon. Mais ridicule. Elle avait eu le temps de se calmer un peu comme ça. Mine de rien, elle était plus à l’aise dans une écurie que dans une grande maison bourgeoise.

2) Ne pas grogner et/ou répliquer au « l’américaine ». Check ! Et cette fois, Asa dut remercier son angoisse, parce que c’était elle qui avait ralenti ses réflexes primaires. Ca n’était pas le fait qu’elle dise qu’elle était américaine, après tout, c’était vrai, mais c’était la façon dont tout ça était dit. Au lieu de dire simplement « c’est vous Asa » ou « c’est vous la petite-amie de mon petit-fils » ou même « c’est vous l’amour de la vie de mon petit-fils qu’il a mis des mois à reconquérir », elle l’avait désignée par sa nationalité, comme si elle n’avait pas plus d’importance que ça. Merde ! Elle savait que son petit-fils avait passé des mois à essayer de la récupérer ? Qu’il comptait faire sa vie avec elle ? Qu’il était tombé amoureux d’elle dès la première fois, et qu’il avait accepté toutes ses excentricités, ou presque, jusqu’à ce qu’elle lui brise le cœur en disparaissant, puisqu’il était encore celui qui voulait recommencer ensuite ? Ca ne lui donnait pas un peu d’importance ? Pour la première fois de sa vie, Asa eut réellement l’impression d’être rabaissée, mais surtout, elle eut l’impression de l’être sur un domaine qui était trop important pour l’accepter, par une personne qui n’avait pas le droit. La rabaisser sur ses moyens, son intelligence ou son extraction ? Okay, après tout Lady Celia avait tout ça. Mais pas sur Adam. Surtout pas.

« Enchantée. » répondit Asa en serrant la main avec un peu plus de force qu’elle ne l’aurait voulu, stress et colère n’étaient pas un bon mélange.

Elle avait failli ajouter « vous d’vez êtr’ la grand-mèr’ » mais s’était retenue au dernier moment, principalement grâce à Morth qui lui avait envoyé un onde d’interdiction. Non, on n’insultait pas la grand-mère en moins de vingts secondes. On attendait au moins que le premier quart d’heure soit passé, si possible, histoire de montrer qu’on faisait des efforts. Mais du coup, Grand-mère Celia n’eut pas le droit à la petite révérence que, oui, Asa avait répété en cachette. Bon, c’était plutôt tant mieux, vu qu’on ne faisait plus de révérences depuis des siècles mais Asa était tellement terrifiée à l’idée d’entrer dans ce monde inconnu qu’elle en perdait tous ses moyens. La réalité était que poru une fois elle était obligée de faire bonne impression. Elle avait découvert des mondes inconnus à plusieurs reprises : les étudiants à Norsken, où elle avait franchement mis les pieds dans le plat, n’avait pas été vraiment heureuse mais avait survécu tout de même. Et l’élite universitaire, avec BIPTE, où, merde !, elle avait impressionné les grands spécialistes poussiéreux ! Et on lui donnait de « l’américaine ! ». Elle essaya d’oublier ce mot, de se dire que ça n’était qu’une provocation, une façon de poser les choses, de montrer qu’elle n’était pas celle qui dominait, mais elle n’arrivait pas à ne pas être énervée par ça. Après tout elle n’était pas seulement l’américaine, elle était Asa James, future aventurière, futur Lady Cater (ou Caterham, elle n’y comprenait rien à ses titres) si tout allait bien, peut-être même mère des enfants d’Adam ! Euh… Okay, elle était stérile et avait passé de longues minutes au moment de leur réconciliation à dire à Adam qu’elle était loin d’encore penser à tout ça, mais c’était tellement insultant qu’elle en perdait les pédales (le stress aidait un peu).

« J’espèr’ qu’l’a pas tout dit alors. » ajouta-t-elle, dans un vain essai de faire de l’humour qui tomba à plat. Il était hautement improbable qu’il ait tout dit, ou alors Lady Celia était beaucoup plus progressiste qu’elle n’y paraissait. Elle tourna un regard implorant vers Adam, du noyé au sauveteur. Help ! Elle se mettait à dire des trucs débiles qu’elle n’avait jamais dit ! S’il n’intervenait pas, elle allait se mettre à raconter des trucs vraiment gênant à la vieille femme sur son petit fils. Genre, est-ce qu’elle savait qu’Adam, quoi qu’il en dise, n’avait rien contre le fricotage en lieu public, preuve en était une certaine soirée Moulin Rouge à Norsken ? Elle se mordit les lèvres, persuadée que le mot « corset » allait sortir de force de sa bouche. Catastrophe imminente.

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Adam Carter
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MessageSujet: Re: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Ven 11 Juin - 8:58

La seule réaction de Lady Celia fut un léger écarquillement des yeux. Visiblement, elle ne s’était pas attendue à une réplique de ce genre. Ou à la moindre réplique d’ailleurs. On sentait chez elle l’habitude de se faire respecter et parfois même craindre. A part son propre petit-fils, le seul héritier de son hériter, personne ne se permettait d’être effronté en sa présence. En vérité, Asa n’avait pas tellement été effrontée mais c’était tout de même plus que ce à quoi Lady Celia était accoutumée. Le regard implorant d’Asa ne passa cependant pas inaperçu. Adam, à sa dernière réplique, avait éclaté de rire et le rire d’Adam étant ce qu’il était, il apporta même une ébauche de sourire sur les lèvres de sa grand-mère. Le jeune homme s’était rapproché d’Asa et prit doucement sa main dans la sienne. Asa n’étant pas très démonstrative (du moins, en gestes affectueux, elle savait être très démonstrative autrement), ce n’était pas un geste coutumier mais, dans les circonstances, il était très parlant : il montrait toute la tendresse d’Adam pour Asa et marquait une distance avec Lady Celia. Comme si Adam choisissait son camp. Les yeux de Celia se posèrent sur leurs deux mains enlacées, très brièvement avant qu’elle ne relève la tête en souriant, en mode Lady.

- Je l’espère également. Où serait le plaisir de la découverte s’il l’avait fait ?

Avant que quiconque ait pu répliquer, on entendit la porte d’entrée s’ouvrir et un brouhaha de voix et d’aboiements. Lady Celia se tourna de nouveau vers Adam.

- Voilà tes parents Adam. Je vais me changer pour le déjeuner. Nous passerons à la salle à manger dans cinq minutes.

Royale, elle tourna les talons et quitta la pièce. Adam la raccompagna jusqu’au seuil et lui chuchota quelque chose à l’oreille au moment où elle sortait. Asa put peut-être entendre un « Be nice » rieur et affectueux avant que Lady Celia ne disparaisse. Elle fut presque immédiatement remplacée par une femme qui lui ressemblait très peu. Là où Lady Celia était toute de noble froideur et retenue, la nouvelle venue respirait la joie de vivre. Un sourire reconnaissable entre tous illuminait son visage bronzé tandis qu’elle prenait Adam dans ses bras et lui plantait deux bisous sur les joues. Elle s’approcha ensuite d’Asa, toujours avec ce sourire que l’Américaine connaissait si bien. Lady Esther Caterham était beaucoup plus petite que son fils, plus petite qu’Asa aussi. Elle portait une robe en lin blanche et des ballerines de même couleur. Une veste couleur crème à revers noirs et manches trois quart, parfaitement cintrée, complétait sa tenue. Ses cheveux auburn était coupés au carré à hauteur de ses épaules et tout à fait lisses. Sans hésiter, elle fit la bise à Asa, à la française, en souriant toujours.

- Asa darling ! Il me tardait tant de te rencontrer !

Sa joie était visiblement sincère et se manifestait sur ses traits agréables.

- J’espère que le dragon ne t’a pas trop effrayée, poursuivit-elle en baissant la voix pour qu’Adam et l’homme qui la suivait n’entendent pas. Quand elle m’a rencontrée pour la première fois, elle a demandé à James, devant moi, s’il était bien sûr de n’avoir pas récupéré la mauvaise personne à la gare ! Il faut dire aussi que j’étais loin d’être aussi élégante que toi, ajouta-t-elle en souriant de plus belle.

Elle s’écarta finalement pour que Lord James Caterham puisse saluer Asa à son tour. Nul doute que le contraste serait saisissant. James Caterham ressemblait beaucoup à sa mère, dans sa réserve et son maintien. Son sourire, quoique ravi, était beaucoup moins expansif que celui de sa femme. Et n’eût été quelques rides au coin des yeux, ses lunettes et les fils d’argent dans ses cheveux bruns, Asa aurait pu avoir l’impression d’être face à Adam lui-même. En les voyant côte à côte, on ne pouvait manquer de remarquer la ressemblance frappante entre le père et le fils.

- Enchanté de vous rencontrer Miss James, dit-il en serrant sa main dans la sienne et en inclinant légèrement le buste, en vrai gentilhomme.

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Asa James
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MessageSujet: Re: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Ven 11 Juin - 11:31

Le départ de Lady Celia avait été comme un soulagement extrême. Asa n’avait pas peur de la Lady, ça n’était pas ça, seulement la vieille dame l’avait mise de mauvaise humeur, et vu son stress , ça ne l’aidait pas à maîtriser son sale caractère ou même sa monodominance. Et puis, même si elle n’en avait pas peur, il fallait qu’elle présente bien devant elle, on s’attendait à ce que ce soit elle qui se contrôle, du coup un peu d’air lui ferait le plus grand bien. Elle était tellement stressée qu’elle avait trouvé presque naturel qu’Adam vienne lui prendre la main. Il prenait son parti, et elle avait apprécié, ayant craint pendant toute l’attente de ce weekend qu’il ne sache pas quel camp choisir et laisse donc la place à des débordements douloureux. Non, là, il disait clairement qu’Asa était celle qu’il soutenait, et ça avait eu son petit effet sur la grand-mère, dont Asa n’avait pas vraiment eu le temps de se réjouir puisqu’elle était trop angoissée (et énervée maintenant, c’était malin) pour ça.

Les parents débarquèrent ensuite, en commençant par la mère. Elle n’était pas tout à fait le portrait craché de son fils, si on oubliait le sourire. Exactement le même sourire, un peu comme pour ce sourire carnassier qu’Asa et Feb avaient en commun. C’était perturbant, surtout que ce sourire était une des choses qui étaient le plus attirantes pour Asa chez Adam, une des choses auxquelles elle ne résistait qu’avec difficulté. Et ce sourire sur le visage d’une petite femme c’était perturbant. Mais Asa sourit quand même, justement avec ce sourire carnassier auquel elle n’échappait pas. C’était toujours mieux que se faire appeler « l’américaine » par une vieille femme qui la détaillait des pieds à la tête. Même la bise, Asa la fit sans trop d’hésitation, elle qui avait du mal avec cette tradition (elle avait dû faire trois fois la bise dans sa vie, c’était vraiment pas son genre).

Elle laissa échapper un éclat de rire rauque, très asa-ien (elle n’étai t décidément pas douée pour dissimuler, même habillée en Laura Ingalls), à ce que la mère d’Adam lui dit en aparté. Bon, elle l’aimait bien. Asa fonctionnait à l’instinct, elle prenait vite ses décisions sur les gens. Et elle aimait la mère d’Adam, quelqu’un capable de dire un truc comme ça sur Lady Celia, alors que cette dernière avait à peine quitté la pièce, avait du cran. Et de l’humour. Et puis c’était gentil de lui dire quelque chose comme ça, pour la rassurer et tout. Elle n’avait pas vraiment besoin d’être rassurée, elle n’avait pas peur de Lady Celia. Mais c’était gentil. Et moins déstabilisant que de ne pas réussir à avoir une première impression définie, comme pour la grand-mère.

Le père ensuite. Feb lui avait dit, brièvement, qu’il était « anglais ». C’était tout ce qu’elle lui avait dit, elle n’était pas très bavarde en général sur les gens, ça n’était pas son genre. Mais en même temps, c’était vrai, une bonne définition. Il était anglais. Et il ressemblait terriblement à Adam. Asa en eut le souffle un peu coupé, et quand il la salua, cette fois, elle ne put pas s’empêcher de lui répondre par une petite révérence en réponse au salut qu’il lui avait fait. C’était terriblement kitsch et vieillot, et sûrement un peu ridicule, mais Asa était une belle femme plutôt gracieuse, ça aurait pu être pire.

« Enchantée. » articula-t-elle du mieux possible malgré son accent new-yorkais. Elle hésita un instant puis ajouta un peu précipitament : « Bell’ baraqu’. Euh. Maison. Manoir ? »

Elle écarquilla les yeux en direction d’Adam. Ca allait être un long weekend.

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Adam Carter
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MessageSujet: Re: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Ven 11 Juin - 12:53

Tandis qu’Adam et sa mère pouffaient et partageaient le même sourire, James se contenta d’un sourire fin qui creusa de multiples rides autour de ses yeux. Quoiqu’il ait l’air de garder une distance avec tous ceux qui l’entouraient, on ne pouvait manquer de remarquer la gentillesse qui émanait de sa personne. Nul doute pourtant que Feb aurait pu donner une toute autre image du gentleman. Quand il s’agissait de négocier un contrat, c’était un vrai requin. En l’occurrence, il se contenta donc de sourire gentiment et de répondre sérieusement, avec sa diction élégante :

- Nous préférons l’appeler la maison même si, vous avez raison, les agents immobiliers qui rêvent de mettre la main dessus la qualifient de "manoir"… Je suis heureux qu’elle vous plaise. Ashingam a une immense valeur affective dans notre famille. Si vous me le permettez, je serais ravi de vous faire visiter la propriété après le déjeuner.

Il sourit de nouveau, avec la même gentillesse. La porte s’ouvrit alors et le majordome annonça que « Her Ladyship » était servie. Aussitôt, James présenta son bras à Asa, d’une manière désuète qui ne manquait pas de charme et se proposa de la conduire à la salle à manger. Adam leur emboîta le pas avec sa mère tandis que James, en hôte parfait, guidait son invitée à travers l’entrée et au-delà d’une double porte, en lui exprimant son souhait de la voir un jour prochain revenir accompagnée de sa sœur et de sa nièce.

La salle à manger, comme le reste de la maison, était splendide, décorée avec goût et élégance mais sans ostentation. La table était mise pour cinq mais pouvait facilement accueillir le double de convives. Le bois sombre était recouvert d’une nappe de damas blanche brodée de fils d’or. Lady Celia, qui avait enfilé un pantalon blanc et un chemisier rouge, présidait. Sir James conduisit Asa jusqu’à la chaise située à gauche d’Adam, lui-même assis à gauche de sa grand-mère, la tira légèrement en arrière pour l’inviter à s’asseoir. Lui-même ne prit place à la droite de sa mère que lorsqu’il eût effectué le même manège pour sa femme qui le remercia d’un sourire et d’un regard aimant.

Lady Celia déplia sa serviette et la posa délicatement sur ses genoux. Adam fit de même et d’un signe discret, invita Asa à l’imiter. Il savait qu’elle craignait le repas, les couverts multiples et les codes qu’elle ignorait et il avait fait de son mieux pour la rassurer. Elle n’était pas là pour passer un concours de bonnes manières mais pour rencontrer sa famille qui ne tiendrait pas un carnet de points à jour. Quoi qu’il en soit, il n’y avait qu’une paire de couverts en argent devant les convives, ce qui devait être un soulagement. Quand ils furent installés, des domestiques vinrent apporter l’entrée et déposèrent devant chacun des assiettes contenant chacune deux toasts aux figues recouverts d’une fine tranche de fromage de chèvre, quelques petites tomates farcies à la mozzarella et des lamelles de courgettes grillées recouvertes d’un filet d’huile d’olive, le tout artistiquement disposé sur la porcelaine.

Le repas commença alors que Lady Caterham demandait à Asa et Adam comment s’était passée leur semaine à Londres. Sentant qu’Asa n’était pas encore tout à fait disposée à discuter normalement à cette table, Adam raconta les grandes lignes de leur semaine de vacances. Quand il se tut, Lady Celia, son verre de Sancerre blanc à la main, se tourna directement vers Asa et lui demanda poliment :

- Dites-moi ma chère, à quand votre prochaine expédition dans des lieux magiques encore inexplorés ?

En face d’Asa, celle-ci put voir Esther lever les yeux au ciel et lui adresser un sourire encourageant.

- Adam nous a brièvement raconté ton voyage sur l’arc-en-ciel. Je t’avoue que, même pour une sorcière, ça semble une aventure assez fantastique !

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Asa James
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MessageSujet: Re: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Ven 11 Juin - 13:38

Un sourire un peu crispé, mais plutôt reconnaissant, accueillit la réponse du père d’Adam. Asa n’était pas à l’aise et pas dans son état le plus ordinaire, mais elle voyait bien qu’elle disait un peu n’importe quoi, ce qui était d’ailleurs dû à l’état en question. Le fait que James (elle avait du mal, même en pensée, à utiliser les Lord et cie) fasse comme si de rien n’était, ou comme si elle avait fait de l’humour, était quelque chose de particulièrement gentil. Elle avait beau sentir le côté particulièrement intelligent de l’homme, l’aspect « reven » de sa personne, et se dire qu’elle n’aurait pas aimé se retrouver dans son chemin, pour le moment elle n’avait rien à lui reprocher, et le trouvait même tout à fait sympathique, même si elle n’avait pas « flashé » sur lui autant que sur sa femme, mais après tout le côté calculateur, rélféchit et « requin » était ce qu’elle aimait le moins chez Adam, pas étonnnant qu’elle se méfie un peu du père qui semblait partager ces caractéristiques. Elle lui prit néanmoins le bras sans hésiter, même si ce geste n’était pas naturel pour elle, et écouta tout ce qu’il avait à dire tout en regardant la maison d’un air admiratif. Petit à petit, les lieux lui semblaient de plus en plus accueillants. Ils étaient luxueux, mais vivants, n’avaient rien d’un musée, et Asa s’y sentait plutôt bien, malgré toute l’angoisse, le stress et tout le reste dus au contexte. Elle comprenait pourquoi Adam aimait cet endroit, il était parfait pour lui. L’Amazone se rendit compte malgré elle qu’elle avait très envie de visiter le reste, surtout si le père d’Adam restait aussi sympathique.

La première chose qu’elle regarda en entrant dans la pièce, furent les couverts, et elle ne put s’empêcher de soupirer de soulagement en voyant qu’ils avaient évité de lui faire le coup des quarante couverts incompréhensibles. Elle se demanda vaguement si c’était une marque de dédain, peut-être que ça voulait dire qu’ils ne la pensaient pas assez intelligente pour s’en sortir avec leurs couverts ? Mais elle chassa cette pensée rapidement, après tout, elle préférait avoir une simple pair de couverts (enfin aussi simple que les couverts d’une famille aussi fortunée) plutôt que de devoir galérer comme dans Pretty Woman (quelle idée avait eu Adam de leur faire voir ce film pendant les vacances ? Avait-il vraiment cru que ça la détendrait ? Pensait-il qu’elle ne comprendrait pas qu’en l’occurrence elle jouait le rôle de la pute ? Hum, il n’avait sûrement pas tellement réfléchi, après tout, même si c’était important pour lui aussi, il ne comprenait pas certains des problèmes qu’avait Asa avec sa famille. Tout comme il n’avait jamais compris la reluctance qu’elle avait par rapport à son extraction et à tout l’argent qu’il avait. Quelque part, il arrivait à Adam d’être naif, et de ne voir en Pretty Woman qu’une comédie romantique.).

Lady Celia avait changé de tenue, et Asa sourit intérieurement en voyant la chemise rouge. Ca c’était sa couleur. N’était-ce pas une couleur vulgaire pour une noble comme elle ? Elle essaya d’arrêter d’avoir ce genre de pensées, ça n’était pas son genre d’être rancunière, mais le « l’américaine » lui était vraiment resté en travers de la gorge, elle n’y pouvait rien. Est-ce qu’Adam ramenait régulièrement ses conquêtes, au point qu’on ne les désigne plus que par leurs nationalités ? Cette idée lui donna envie de rire, mais l’envie se transforma en panique. Elle n’avait jamais demandé à Adam s’il avait déjà ramené des filles à sa famille. Et du coup elle n’avait aucune idée de comment ça avait pu se passer, ou des pièges que Lady Celia pourrait lui tendre ! Elle se força à se calmer grâce à Morth qui suivait toujours silencieusement, et qui s’était mis dans un coin de la pièce, ignoré de tous, et s’installa quand James lui tira la chaise. Mon dieu, c’était classe. Et un peu ridicule. Elle était capable de tirer une chaise quand même. Enfin, c’était gentil, non ? Elle suivit le mouvement et déposa un peu brusquement sa serviette sur ses genoux.

Elle vit les domestiques et se retint de leur dire bonjour, se contentant de chercher leur regard (pas évident, ils n’étaient visiblement pas sensés se faire trop remarquer) et de leur sourire. Mon dieu, elle ne put s’empêcher de penser que sa place était avec eux. Cette rencontre allait la mettre en dépression nerveuse, elle n’aurait jamais accepté de devenir domestique, et pourtant des sales boulots elle en avait faits. Elle se retint aussi de dire que ça avait l’air délicieux, personne ne faisait de commentaire, ça ne devait sûrement pas être très poli. Elle se contenta de se mettre à manger une fois que tout le monde eut commencé et, de fait, c’était délicieux. Elle retint un gémissement de plaisir, se disant que pour le coup ça risquait de ne pas plaire, et planta son regard brun dans celui de Lady Celia quand cette dernière s’adressa à elle. Elle porta sans y penser sa main à son pendentif, le rubis qui lui servait de medium et qui se trouvait sous la robe, dont on ne voyait que la longue chaine en argent autour de son cou. Elle avait eu des problèmes avec sa monodominance après l’arc-en-ciel, mais elle doutait qu’Adam ait raconté son fait héroïque qui avait failli lui faire subir une auto-combustion. Lady Celia aurait sûrement trouvé ça beaucoup trop téméraire.

Elle sourit à Esther, avant de répondre, en regardant Lady Celia franchement dans les yeux :

« En fait j’r’viens d’un’ excursion. J’ai passé l’hiver dans la forêt d’Sywhaîd, j’sais qu’ça paraît moins exotiqu’ qu’l’arc-en-ciel, mais ça fait just’ment partie des lieux magiqu’ encor’ inexplorés. » Elle avait mimé les guillemets en citant les mots de Lady Celia, pas méchamment, mais avec un peu d’effronterie, Asa n’était pas du genre à s’écraser facilement, surtout pas quand elle parlait de son domaine. « J’ai passé l’printemps à rédiger un rapport qui s’ra sûr’ment publié, mais j’sais pas encor’ où, j’ai pas mal d’possibilités, faut qu’j’y réfléchiss’. »

Elle disait ça avec un naturel désarmant, tout en continuant (tant pis pour les bonnes manières) à manger son entrée (sans parler pour autant la bouche pleine, hein !). On aurait presque pu croire que c’était tout à fait normal de publier aussi facilement un rapport d’expédition, mais Asa était bonne, et même si elle n’avait pas fait de grandes découvertes qui changeraient la magie à tout jamais, elle avait quand même des choses intéressantes à raconter, et pas mal de contacts grâce à Patrick, la BIPTE ou même Zephira.

« Mais j’ai été contactée par un pot’, l’mec qui a monté l’expédition sur l’arc-en-ciel, pour un job de six mois, quart mois d’préparation, deux d’excursion. J’peux pas encor’ en parler, c’plus ou moins top secret y paraît, mais ça s’rait au niveau du triangl’ des bermud’. C’pas encor’ un’ excursion en solitair’, mais l’équip’ m’branch’ bien et z’ont besoin d’un’ élémentalist’ alors… »


Elle sourit, découvrant ses dents d’une façon carnassière et se tourna de nouveau vers Lady Celia (pendant qu’elle parlait elle s’était petit à petit adressée à tout le monde) et lui lança un regard qui semblait demander si elle avait répondu à sa question ou non.

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Adam Carter
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MessageSujet: Re: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Ven 11 Juin - 20:53

Lady Celia n’avait pas particulièrement réagi durant le discours d’Asa mais quelqu’un d’observateur aurait sans doute remarqué le regard perçant qu’elle avait posé sur la main de la jeune femme quand celle-ci s’était posée sur le léger renflement sous sa robe où se cachait le rubis. En fait, autour de la table, les différents convives l’avaient écoutée parler avec intérêt et des réactions différentes selon les personnalités. Un sourire complice d’Esther au moment des guillemets, un haussement de sourcil intéressé et appréciateur de James à l’évocation de la publication de ses recherches et une très légèrement moue d’Adam à l’évocation d’une mission de six mois.

- Follement excitant, conclut Lady Celia avec un bref sourire qui n’avait pas grand-chose d’excité.

Elle regarda furtivement sa bru et celle-ci soutint son regard sans ciller. Beaucoup de non-dits passèrent dans ce très rapide échange de regard mais personne d’autre que les intéressées ne sembla y faire attention. Esther s’essuya délicatement les lèvres du bout de sa serviette avant de se pencher légèrement en avant vers Asa :

- Adam m’a également parlé de tes études. J’ai lu un des articles que tu as publié dans le bulletin de la BIPTE, c’était fascinant ! Tu as un style très agréable à lire, très direct, loin des circonvolutions habituelles des universitaires…

Elle sourit, de ce magnifique sourire qu’elle avait transmis à son fils. A la tête de la table, Lady Celia avait les lèvres pincées. Il était évident que le tour que prenait la conversation ne lui plaisait pas et il n’était pas difficile de comprendre pourquoi : elle venait d’une longue lignée de purs non-sorciers et n’avait découvert l’existence de la magie qu’avec l’entrée d’Esther dans sa famille, le choc avait été rude. Encore aujourd’hui, elle n’appréciait guère les références trop marquées à ce monde dont elle était entièrement étrangère. Adam se tourna vers Asa et précisa :

- Mum a une licence en magie élémentale.

Affirmation que Lady Caterham balaya d’un geste de la main en se reculant dans sa chaise pendant que le ballet des domestiques recommençait, pour débarrasser les assiettes à entrée et les remplacer par des assiettes portant le plat principal : des lasagnes aux légumes au lait de coco, servies avec une salade de mâche parsemée de vinaigrette et de copeaux de parmesan. Encore une fois, la présentation était exquise et les mets avaient cette simplicité délicieuse que n’obtenaient que les meilleurs.

- Une licence en « magie naturelle ». C’est comme ça qu’ils l’appelaient à l’époque. Il ya trente ans, beaucoup pensaient que c’était une matière de hippies qui donnait prétexte à jouer avec des plantes aux effets variés…

Elle rit, un rire joyeux et sans apprêt. Près d’elle, Sir James la regarda en souriant, de façon évidemment amoureuse.

- J’étudiais aussi la philo et l’histoire de l’art à l’époque donc je n’étais de toute façon pas très assidue. Je suis très loin d’avoir ton niveau Asa… Mais depuis qu’Adam m’a parlé de ta formation, je m’y suis doucement remise. Disons que je me tiens au courant. J’ai hâte de lire ce que tu publieras sur Sywhaîd et sur le triangle des Bermudes !

A ce moment, le majordome fit une entrée discrète et se pencha à l’oreille de Sir James pour lui murmurer quelque chose. Il fronça les sourcils et posa sa serviette sur la table avant de se lever et de prier l’assemblée de l’excuser un moment avant de quitter précipitamment la pièce. Esther eut une moue contrariée mais le sourire de Lady Celia était presque appréciateur.

- Le monde des affaires ne s’arrête pas de tourner parce que Lord Caterham prend des vacances, affirma-t-elle.

Adam, qui avait, bien tranquillement, sous la nappe, posé sa main sur le genou d’Asa lui souffla :

- Je sens que Feb ne va pas beaucoup profiter de son vendredi après-midi…

- Ton père a effectivement l’air très satisfait des services de Miss James, ajouta Lady Celia, sans faire d’autre commentaire.

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Asa James
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MessageSujet: Re: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Sam 12 Juin - 12:01

Avant l’interruption, Asa avait eu le temps de dire à Esther, en termes simples et hâchés par l’accent new-yorkais, qu’elle avait un exemplaire de l’article en question dans ses affaires, et que si elle le voulait elle pourrait le lui passer durant le weekend, au lieu d’attendre la publication. Elle précisa que le texte était fini, même si encore sujet à quelques corrections orthographiques, en levant les yeux au ciel, d’un air de dire que l’orthographe n’était pas son point fort. Et de fait, si elle n’avait aucun mal à rédiger (ou du moins si elle avait dépassé les difficultés qu’elle avait eues à une époque à ce sujet), elle continuait à avoir une orthographe assez déplorable. Qu’elle améliorait petit à petit, mais avec pas mal de souffrance. Son texte avait déjà été lu par Rozen, Patrick et Adam, dans cet ordre. Chacun y avait apporté des corrections, mais comme Asa l’avait plusieurs fois légèrement remanié, quelques fautes y étaient encore présentes (de toute façon, on en laissait toujours passer !). Enfin, tout ça elle ne le précisa pas, puisque le domestique fit irruption, annonçant la sortie de James. Asa grimaça d’un air compatissant. Elle était passionnée par ce qu’elle voulait faire, et était prête à sacrifier beaucoup pour ses ambitions professionnelles et intellectuelles, mais elle s’était toujours promis qu’il y aurait une limite qu’elle ne franchirait pas. Les moments en famille resteraient des moments en famille. C’était une des raisons qui faisaient qu’elle n’avait pas dit à Sergei qu’elle était à Londres ces derniers jours, et ne lui avait pas permis de la contacter pendant ce séjour, il n’était pas question d’excursions pour le moment.

Elle sourit quand Adam lui parla de Feb. Cette dernière avait beaucoup évolué ces six derniers mois. Elle avait grandi, et, surtout, profité de la main qu’on lui tendait. Petit à petit, elle devenait moins vulgaire, et se polissait, tout comme Asa s’était polie pendant ses années à Norsken. Petit à petit, elle avait moins l’air white trash, même s’il y avait quelque chose chez les sœurs James qui ferait toujours penser à des choses peu catholiques, et qui les vendrait toujours sur leurs origines sociales. Un zèbre ne change pas ses rayures. Ou un tigre, Asa ne se souvenait plus très bien de l’expression, tout ce qu’elle savait c’était que c’était vrai. Elle ne serait jamais Lady Celia, noble et cultivée. Elle ne pouvait qu’être Asa, enfant du Bronx qui avait fini par faire mieux que l'on pouvait l'imaginer d’une telle engeance. Et ça lui allait très bien, Asa n’avait pas honte du milieu dont elle venait, elle n’avait jamais particulièrement cherché à s’en extraire. Si elle l’avait fait, ça n’avait été qu’une conséquence, un dommage collatéral de son rêve d’exploration. Rien de plus.

« Ma sœur est un’ bosseus’. » répondit-elle à Lady Celia, mais en s’adressant à tout le monde, avec un sourire de fierté qu’elle n’avait que peu eu en parlant de February jusque là, mais aussi sur un ton qui refusait toute argumentation contraire, on ne touchait pas à February. « Ell’ a toujours été courageus’, croyez-moi, avec c’qu’ell’ a vécu ell’ aurait pu tomber très bas. »

Elle fronça les sourcils. Elle n’aimait pas trop la direction que prenait la conversation. Même si elle ne pouvait qu’être reconnaissante envers Adam pour tout ce qu’il avait fait pour February et Jesse, elle n’aimait pas l’idée de lui devoir quoi que ce soit. Ou pire, devoir quoi que ce soit à sa famille. Le côté le plus parano de son esprit lui donna l’impression que Lady Celia venait de gagner la manche, d’induire qu’Asa devait quelque chose à cette famille, et qu’elle profitait d’Adam. Elle ne chassa pas tout à fait cette pensée, se contentant de rester sur ses gardes, afin d’éviter que cette manche permette à la grand-mère d’avoir un quelconque avantage. L’Amazone n’avait jamais été du genre stratège ou manipulatrice, mais elle s’était préparée. Adam était un reven après tout, et sa famille ne pouvait que l’être aussi, ça allait avec son caractère, avec son milieu. Si Esther semblait être quelqu’un de franc et de peu calculateur, et si elle avait instantanément acquis la sympathie d’Asa pour ça, et pour la sympathie et l’intérêt qu’elle lui témoignait, il valait mieux que notre oursonne de Bjorn se méfie pour le reste.

« Ell’ aim’ beaucoup travailler avec ton pèr’. » conclut-elle en direction d’Adam, avec un sourire, imitant la façon qu’avait Lady Celia de ne pas s’adresser à elle, qui était pourtant la première concernée pour sa sœur.

Elle tourna ensuite son regard brun vers Esther, et lui dit avec un sourire :

« C’repas est vraiment d’licieux. J’crois pas avoir jamais mangé aussi bien. »

Elle sourit, l’air presque innocent, presque inconsciente du fait qu’elle aurait dû plutôt complimenter Lady Celia. Mais là, très franchement, ça n’était pas de l’insolence, simplement qu’elle avait beaucoup de mal à être tout à fait franche dans sa sympathie à la vieille femme, mais aussi parce que la partie la plus rebelle de sa personnalité n’acceptait pas que la Lady contrôle cette entrevue à son bon vouloir. Après tout, si la famille d’Adam rencontrait Asa pour la première fois, et devait l’apprécier ou non, l’accepter ou non, l’inverse était vrai lui aussi. Asa n’était pas avec Adam pour sa famille, elle était même plutôt avec lui malgré elle pour commencer, alors elle commençait à en avoir assez d’être celle qui était jugée. Elle n’avait jamais été quelqu’un de très patient, et la petite heure qui venait de s’écouler avait été assez éprouvante pour achever de ne plus lui donner envie de se plier à ce petit jeu ridicule.

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Adam Carter
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MessageSujet: Re: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Mar 15 Juin - 10:35

- Je transmettrai tes compliments à la cuisinière. Nul doute que Mary sera ravie.

De nouveau, Esther leva les yeux au ciel après avoir regardé Asa d’un air complice. Son attitude semblait conseiller la patience, après tout, cela faisait trente ans qu’elle vivait avec la désapprobation de Lady Celia et, semblait-elle dire, elle ne s’en portait pas plus mal. D’ailleurs, elle enchaîna :

- Garde de la place et des compliments pour le dessert, c’est moi qui l’ai fait.

Une nouvelle ombre de désapprobation passa sur le visage de Lady Celia mais elle ne fit aucun commentaire, préférant se tourner vers Adam et lui demander s’il comptait rendre visite aux Jenkins pendant qu’il était là, sachant que Kate et son mari passaient deux semaines de vacances à Heartest. Le jeune homme répliqua qu’il n’aurait sans doute pas le temps mais qu’il leur passerait un coup de fil. Son ton était léger mais sa main était revenue se poser sur le genou d’Asa, sous la nappe, comme pour s’empêcher de répliquer trop vertement ou pour signaler à Asa qu’il valait mieux laisser couler. Lady Celia sembla comprendre le message et enchaîna sur des sujets plus neutres, se montrant d’une politesse délicieuse. Son fils revint à table en s’excusant pour son absence au moment où les domestiques apportaient le dessert : une tarte au citron meringuée recouverte d’un coulis de fruits rouges.

- Miss James, commença-t-il après une première bouchée, j’espère que vous être toujours partante pour une visite d’Ashingam. Vous montez ?

Pressentant le quiproquo qui pouvait naître de cette formulation et voulant éviter à Asa l’auto combustion, Adam enchaîna immédiatement :

- Tu verras Az’, le meilleur moyen de découvrir Ashingam, c’est à cheval…

- Tu as une tenue moins élégante, pour monter ? Sinon, on peut tout à fait te dégoter quelque chose ici…

- Et prends ton maillot de bain, il fait suffisamment bon pour profiter du lac.

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Asa James
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MessageSujet: Re: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Jeu 17 Juin - 10:12

« Euh… Ouais. Oui, j’ai c’qu’i’ faut. » répondit Asa avec un sourire.

Adam avait bien fait de traduire, parce que pendant quelques fractions de secondes l’Amazone n’avait pas compris de quoi son beau-père lui parlait. Heureusement, son petit-ami était quelqu’un de prévenant, et le reste de sa famille était assez bavarde pour lui laisser le temps de se remettre de ses petites émotions. Et de réfléchir. Oui, elle avait ce qu’il fallait, un jogging, son maillot de bain, des baskets. Hors de question qu’on lui prête un pantalon d’équitation. Elle était prête à faire des efforts, mais elle avait ses limites, et avait toujours trouvé ces pantalons particulièrement ridicules. Elle s’imagina soudain avec un casque d’équitation (comment on appelait ça déjà ? elle n’en avait aucune idée) sur la tête et une cravache à la main. Merde, ils allaient sûrement vouloir qu’elle porte tout ça ! A Sywhaîd, elle avait toujours monté sans, et ça c’était parfaitement passé. Bon, okay, on lui avait bien dit que c’était dangereux, mais elle faisait assez confiance à ses réflexes, et puis elle trouvait ça particulièrement moche et ridicule, surtout sur elle, personne n’allait imaginer que c’était naturel de la voir accoutrée ainsi.

Mais bon, si on lui donnait un casque elle le porterait. Mais pas de cravache, de toute façon elle ne savait pas s’en servir. Elle décida de ne pas parler de ça (histoire d’éviter les conflits) et plongea sa petite cuiller dans la tarte. Elle savoura la bouchée avec un sourire de plaisir simple et franc, avant de dire à Esther :

« On a un cuisinier à Sywhaîd, Logan. C’t’un bon pot’, et c’t’un super cuisinier. Il fait un’ tart’ comm’ ça. J’croyais pas qu’j’en gout’rai un’meilleur’ un jour. »

C’était un compliment un peu tiré par les cheveux, surtout pour quelqu’un qui ne connaissait pas Logan et sa cuisine (les lasagnes végétariennes, qu’il avait inventées pour Asa, ne trouveraient quant à elle sûrement jamais leurs égales) mais c’était un vrai compliment. Et même si Esther avait encore un doute, le fait de voir Asa dévorer littéralement sa part, jusqu’à la dernière miette, avec un air de bienheureuse, était suffisant. Cette tarte était un vrai petit morceau de paradis. Au point où, une fois qu’elle eut fini sa part, Asa demanda si elle pouvait avoir une autre part. Ce qu’on lui accorda sans problème. Asa était une bonne mangeuse, elle avait besoin de carburant pour toute cette énergie qu’elle dépensait constamment. Alors qu’elle entamait sa seconde part (pleine de coulis elle aussi, miam !), elle demanda à Esther :

« Magie élémental’, tart’ à mourir, vous avez encor’ d’autr’ talents qu’votr’ fils m’a cachés ? »


Bon, Adam lui avait dit que sa mère était une cuisinière hors pair, mais Asa avait pensé que ça n’était qu’une admiration du fils à sa mère, rien de plus. Elle semblait avoir totalement oublié Lady Celia, et de fait, quelque chose lui soufflait que c’était le meilleur moyen d’énerver la grand-mère. L’ignorer sans pour autant le faire d’une façon qui puisse la mettre dans une mauvaise position, sans avoir l’air malpolie. Bon, Asa était Asa, elle ne réussirait sûrement pas longtemps à être autant en équilibre, mais pour le moment ça l’amusait bien d’énerver la Noble en la laissant de côté. Quelque chose lui disait qu’elle ne devait pas y être habituée, surtout dans ce genre de situations. Mais après tout, les parents d’Adam étaient sa priorité, à Asa, non ? En général, on n’avait pas à essayer de se faire accepter des grands-parents, ils n’étaient pas aussi importants.

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Adam Carter
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MessageSujet: Re: [Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)   Dim 20 Juin - 19:38

Esther éclata de rire avec une gaieté non dissimulée quand Asa lui demanda quels étaient ses autres talents. Visiblement, le compliment avait touché juste. Pourtant, ce ne fut pas elle mais bien Lady Celia qui répondit à la question :

- Esther est également une photographe de talent.

L’air surpris de la mère d’Adam était presque comique. Son mari et son fils, beaucoup plus britanniques, continuèrent d’arborer le même flegme impassible. Pourtant, visiblement, le compliment n’était pas habituel. Après avoir adressé un sourire à sa bru, la vieille dame se tourna de nouveau vers Asa.

- Avez-vous déjà vu certains de ses travaux ? Elle a un style assez proche de celui de Doisneau, vous devez connaître…

Son sourire était d’une politesse toujours aussi impeccable mais Adam, qui avait également liquidé deux parts de tarte, reposa brusquement sa serviette sur la table et repoussa sa chaise. Il prit la main d’Asa dans la sienne et la fit se relever à son tour. Il ne lâcha pas sa main une fois qu’ils furent tous deux debout.

- Je vais te montrer ta chambre, dit-il à Asa, pour que tu puisses te changer.

Esther imita le mouvement et se leva à son tour.

- Parfait. Je vais profiter de ton installation pour faire une sieste. On peut se retrouver dans le vestibule à quinze heures. Qu’en penses-tu James ?

Sir James releva un regard légèrement absent sur sa femme, sembla faire le point, se repasser sa dernière phrase et répondit que cela lui semblait parfait et qu’il avait justement quelques petites choses à régler d’ici là. Lady Celia, qui était restée assise, précisa alors qu’elle ne les accompagnerait, l’air pincé.

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[Episode 1] Les douze jambons (ou Meet the Caterhams)

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