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 Where the wild roses grow

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Jeremy Locksley
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MessageSujet: Where the wild roses grow   Mer 26 Mai - 14:24

On était à quelques jours de la fermeture de la Brèche et, après la frénésie du ravitaillement, l’excitation n’était pas encore retombée et laissait place à la frénésie des départs. Jeremy lui-même avait fini ses préparatifs et s’apprêtait à repartir à Londres, pour son congé trimestriel. Il allait retrouver ses parents, ses frères, ses nièces, la vie citadine, les matches de foot (il ne comptait d’ailleurs pas revenir à Sywhaîd avant la fin de la coupe du monde, il y avait des sacrifices qu’il n’était pas prêt à faire). Retrouver Lettie aussi, et leur succès. Ils avaient pris la décision d’ouvrir un quatrième de leurs cafés et Lettie avait sélectionné quatre locaux potentiels qu’ils allaient visiter avant de signer un bail. Les travaux dureraient tout l’été et ils pourraient inaugurer l’endroit dès la rentrée. Il était excité comme une puce à cette perspective.

Mais, avant de partir, comme tout gentilhomme qui se respecte, il se devait de dire au revoir aux gens qu’il ne reverrait pas avant le début du mois d’août. Il avait déjà fait ses adieux aux gentlemen de la gentleman’s night (qui fonctionnerait au ralenti en son absence) le jeudi précédent, salué les Raines (longuement Ronnie, Ava plus longuement encore) qui s’étaient envolés pour les States juste avant leur départ, la veille, avait passé une soirée à jouer aux cartes avec un Arieh à moitié endormi qui méritait bien ses vacances et, bref, fait le tour de ses connaissances. Ne restait qu’une personne, qu’il avait gardée pour la fin.

Il frappa donc à une porte bien précise, un bouquet de roses sauvages fraîchement cueillies à la main. Il portait un jean bien coupé et un polo bleu qui faisait admirablement ressortir ses yeux. Une barbe de deux jours qu’il n’avait pas pris le temps de raser ombrait ses joues et son menton et ses cheveux blonds attendaient visiblement le coup de ciseaux d’un coiffeur londonien. Quand Juliet lui ouvrit, il tendit les roses avec un sourire renversant :

- Bonjour gente demoiselle.

Juliet et lui avaient passé beaucoup de temps ensemble depuis le soir où il l’avait rencontrée au pub. En tout bien tout honneur. Quasi en tout cas. Ils ne faisaient rien de mal. Ils étaient amis. Proches. Bon, ok, ils flirtaient un peu, mais c’était normal. Et, ok, il y avait bien eu cette fois où, presque sans le faire exprès, il avait cru être sur le point de l’embrasser avant que Ronnie ne débarque. Il ne savait pas trop comment qualifier leur relation en fait. Lettie, si, elle appelait ça « être en phase » et elle conseillait d’en profiter, c’était toujours la meilleure période.

- Je suis venu te dire au revoir, tu crois que tu survivras à la séparation ? ajouta-t-il avec un sourire amusé.


[Sweet Juliet ?^^]
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Juliet Norton
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MessageSujet: Re: Where the wild roses grow   Jeu 10 Juin - 17:55

Juliet s’ennuyait. Elle avait fait le tour de Sywhaîd, en un peu plus d’une saison, et à présent elle s’ennuyait. Même l’idée de torturer bientôt Jeremy n’arrivait pas à la faire sortir de sa léthargie. Et comme on le sait, c’est toujours quand on s’ennuie qu’on finit par faire les pires bêtises. Au moment où le barman frappa à sa porte, Juliet avait décidé de tout laisser tomber, d’aller se trouver un mec qu’elle ne mettrait pas six mois à mettre dans son lit, et d’arrêter de jouer à la douce Juliet, quitte à ne plus être appréciée de personne dans le coin. Après tout, ceux qui l’appréciaient alors qu’elle dissimulaient n’avaient pas son respect, alors à quoi bon ? Malheureusement pour lui, Jeremy choisit ce moment-là pour frapper à la porte, et quand Juliet lui ouvrit, elle se souvint de pourquoi elle avait envie de jouer avec lui et, comme un chat devant une souris, elle oublia toutes ses bonnes résolutions.

Elle portait une jupe qui lui arrivait au genou, en crêpe pourpre, et un chemisier sans manches blanc tout simple, ouvert assez bas pour laisser apparaître un décolleté assez sexy. Mais quand on voyait son air innocent, on pouvait facilement imaginer que le bouton le plus bas s’était ouvert alors qu’elle était seule dans sa chambre et qu’elle ne s’en était pas rendue compte. Ses cheveux, blonds, aux racines parfaites puisqu’elle venait de dépenser le peu d’argent qui lui restait de ce qu’elle avait extorqué à Bessie à la saison précédente en un rafraîchissement de coupe, étaient attaché en arrière par des pinces à chignon, ne laissant qu’une sorte de mèche sur le côté faisant office de frange. Elle était pieds nus, n’ayant pas encore eu le temps de mettre ses chaussures pour mettre un terme à toute cette comédie, et un sourire franchement ravi éclaira son visage de poupée quand elle vit qui se trouvait devant elle, puis il tomba sur le bouquet et elle rougit légèrement en le prenant et en remerciant Jeremy avec enthousiasme et douceur.

La seconde réaction était feinte, évidemment. Juliet ne raffolait pas des fleurs, elle les associait trop à sa sœur pour s’y intéresser. Mais la première réaction, elle, était tout à fait réelle, mais pas pour les bonnes raisons. Elle s’ennuyait, et elle pensait à tout laisser tombr et Jeremy venait, son cœur sur un plateau d’argent. Non franchement, ce mec était parfait, il tendait même le bâton pour qu’on le frappe. Elle sentit les fleurs d’un air ravi et fit signe à Jeremy d’entrer dans la chambre pendant qu’elle cherchait un vase. Elle avait fait mine d’hésiter à l’embrasser sur la joue pour le remercier, mais ne l’avait pas fait. Oh elle avait déjà embrassé Jeremy sur la joue à plusieurs reprises (quatre exactement, elle les avait comptées, de peur que ça ne devienne quelque chose de naturel et de basculer dans la case « bonnes copines ») mais là ils étaient à un stade où si elle n’avait pas l’air de ne plus trop savoir quoi faire de leur relation, ils resteraient bloqués à cette période jusqu’à ce qu’une nana plus rapide ne récupère le barman. Donc elle avait fait mine d’hésiter, en voulant penser qu’elle n’avait pas osé l’embrasser parce qu’à présent il y avait quelque chose entre eux qui faisait qu’un simple baiser sur la joue n’était plus tout à fait aussi simple.

Elle déposait le bouquet sur sa commode, et s’apprêtait à attraper un vase (où elle avait mis des fleurs que ce crétin de Fred lui avait offert deux semaines plus tôt, et comme ça avait été un cadeau public, elle avait été forcée de mettre le bouquet dans sa chambre au cas où quelqu’un avait fait attention à ce genre de détails). Le vase était vide et propre et elle avait oublié d’aller le ranger. Elle finit son mouvement, et se retourna vers Jeremy. Pendant quelques fractions de secondes, elle eut l’air destabilisée par cette question, comme inquiète, mais elle fit mine de chasser du mieux qu’elle pouvait cette expression et sourit :

« Seulement si tu promets de revenir. »

Elle avait dit ça sur un ton qui se voulait léger mais qui ne l’était pas tout à fait. C’était fait exprès, bien sûr. Tout comme le rougissement qui suivit, le baissage du regard, qui tomba sur le vase qu’elle tenait toujours et qu’elle tendit :

« Tu peux mettre de l’eau s’il te plaît ? »

Jeremy savait que Juliet ne faisait pratiquement pas de magie, il comprendrait donc que, même si c’était une diversion, elle avait vraiment besoin qu’il le fasse. Besoin. C’était ce qu’elle avait le plus visé, toutes ces semaines, l’idée de besoin. Que ce white knight en puissance se croit complètement indispensable à Juliet, et qu’il croit, petit à petit, qu’elle l’était aussi pour lui, de par sa gentillesse, sa douceur, sa fraîcheur et sa façon d’écouter tout ce qu’il disait comme si c’était intéressant.

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Jeremy Locksley
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MessageSujet: Re: Where the wild roses grow   Jeu 10 Juin - 21:40

En souriant, Jeremy prit le vase des mains de Juliet et le remplit d’eau avec son médium. Depuis le temps qu’ils traînaient ensemble, il avait pris l’habitude d’effectuer pour elle des petits actes magiques sans importance après qu’elle lui ait expliqué ses problèmes de magie. Il lui avait d’ailleurs suggéré d’en parler à Jena mais il n’avait pas l’impression qu’elle l’ait écouté sur ce coup. Il n’avait pas insisté, c’était ses affaires après tout et il aimait bien se rendre utile. Il posa les fleurs sur la commode et se tourna de nouveau vers Juliet qui s’était assise sur son lit.

Il ne s’attendait pas à ce que Juliet ait l’air aussi… affecté par son départ mais, malgré la blague, il voyait bien qu’elle était vraiment triste à l’idée qu’il s’en aille. Quelque part, ça lui faisait bien plaisir d’ailleurs. Parce que, à lui aussi elle allait lui manquer et il se serait senti bête si ça n’avait pas été réciproque. Non, vraiment, de quoi aurait-il eu l’air, à soupirer après une fille dans la campagne écossaise qui ne se serait pas souciée de lui ?

Souriant toujours avec douceur, il s’assit à son tour sur le lit, à quelques centimètres de Juliet, une jambe croisée sous lui. Après lui avoir demandé ce qu’elle voulait qu’il lui rapporte de Londres, ils se mirent à discuter de choses et d’autres et, comme toujours quand ils étaient ensemble, la conversation était fluide et parsemée de rires. Au bout d’une dizaine de minutes, Jeremy remarqua que la mèche/frange de Juliet retombait sur ses yeux et, d’un geste instinctif se pencha vers elle pour la remettre en place.

Ses doigts effleurèrent la tempe de la jeune femme, caressèrent presque sa peau douce et parfumée. Leurs deux regards, si proches à cet instant, se croisèrent et les sourires s’évanouirent de leur visage respectif. Pas de Ronnie pour débarquer cette fois, c’était le moment de vérité. Ils étaient juste en phase pour l’instant, ça pouvait basculer d’un côté comme de l’autre et, à cet instant, la balle était dans son camp. Sans réfléchir, Jeremy ferma les yeux et approcha ses lèvres de celles de Juliet. Douce Juliet.
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Juliet Norton
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MessageSujet: Re: Where the wild roses grow   Jeu 10 Juin - 22:14

Il n’y avait décidément rien de surprenant en Jeremy ! Même les premiers baisers, avec lui, étaient un cliché du mec protecteur et gentil, gentil étant évidemment la pire des critiques qu’on puisse faire en ce cas précis (ou même dans pratiquement tous les cas, selon Juliet, mais c’était autre chose). Elle avait cru, pendant cette conversation où elle s’était efforcée, de temps à autres, de montrer qu’elle était un peu triste, tout en faisant attention de ne pas en faire trop, que ce moment n’arriverait jamais. Si Jeremy n’avait pas fait le premier pas cette fois-là, elle aurait sûrement laissé tomber, et aurait fait sa vie d’une façon plus saine, avec moins de dissimulations et de vengeances qui se mangeaient glacées. Mais Jeremy était prévisible. C’était le moment, alors il le fit. Une mèche déplacée et, hop !, il se pencha doucement vers elle. Le plus dur avait été d’arrêter de sourire quand il l’avait effleurée, d’avoir l’air de ressentir la tension. Tout ce qu’elle ressentait c’était un sentiment de victoire, qui lui donnait envie de sourire d’une façon qui n’avait rien de très sympathique.

Il se pencha, et leurs lèvres se touchèrent, enfin ! C’était… Romantique. Et sage. Et doux. Et mignon. Tout le contraire de ce que Juliet aimait. Elle qui aimait plutôt rough, elle qui avait même toujours été plutôt du genre à craquer sur les mecs violents, principalemnt parce qu’au lit ils étaient de vraies bombes à retardement, du moins ceux de qui elle s’était entichée, elle se retrouvait avec le plus guimauve des barmen de la terre. Elle dut se retenir pour ne pas soupirer, et eut encore plus de mal à ne pas prendre ses vieilles habitudes au niveau sexuel qui n’avaient rien à voir avec le personnage de la douce jeune femme en détresse qu’elle incarnait. Elle aurait sûrement effrayé Jeremy si elle l’avait embrassé comme elle avait embrassé tous les hommes dont elle avait eu envie, les dévorant à moitié. En temps normal, il aurait fallu moins de temps que ça pour qu’ils roulent sur le lit, et qu’elle enlève la moitié de ses fringues. Mais ça, elle devrait attendre encore un moment, parce qu’il était un gentleman.

Ca faisait des semaines qu’ils se tournaient doucement autour. Ca n’avait pas été gagné, malgré le mal que cette chère Kay avait fait à Jeremy. Mais Juliet avait réussi à force d’acharnement et de patience à entrer dans la vie du barman, à le forcer à, petit à petit, être attiré par elle, à bien l’aimer, puis à avoir envie d’elle tout simplement. Mais tout ça était fragile, encore, et si elle jouait mal la suite, il risquait de faire marche arrière. Elle l’avait appâté, mais elle était loin d’avoir la prise, pas encore.

Alors elle laissa ce baiser être terriblement ennuyeux. Oh elle ne pouvait pas dire que Jeremy embrassait mal. Mais il était tellement prévenant, tellement doux. Il ne prenait que ce que vous lui donniez, et du coup il n’y avait aucun piment à ce baiser. Et si Juliet était elle aussi quelqu’un qui embrassait bien, et si elle faisait tout ce qui était en son pouvoir pour répondre au baiser de Jeremy exactement comme il s’y attendait (avec douceur, délicatesse, et romantisme), elle, elle s’ennuyait. Il fallait être deux pour réussir un baiser parfaitement, mais il ne fallait pas être deux pour apprécier un baiser. Juliet était sûre que Jeremy l’appréciait, c’était le principal.

Finalement, quand ils arrêtèrent ce terriblement gnangnan et formel premier baiser, Juliet s’écarta un tout petit peu, doucement, et sourit doucement. Elle avait l’air à la fois heureuse et un peu gênée, un peu timide et surprise, mais d’une bonne façon. En général, avec elle, un premier baiser était tout de suite suivi d’un second, troisième, etc. Mais là, c’était différent.

« Tu penseras à moi, alors ? »
demanda-t-elle doucement, avec un sourire gentil. Oui, son personnage avait de l’humour, un humour doux et gentil, mais de l’humour quand même, même si bien éloigné de son humour habituel beaucoup plus tranchant.

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Jeremy Locksley
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MessageSujet: Re: Where the wild roses grow   Ven 11 Juin - 15:57

C’était le parfait premier baiser. Spontané, romantique, tendre. Les lèvres de Juliet étaient douces, comme sa peau, comme sa voix, comme son caractère. Par de nombreux aspects, elle lui rappelait Carla, son ancienne petite amie qui, elle aussi témoignait d’une grande douceur dans chacun de ses mouvements et dans chacune de ses phrases. Sans pour autant être ennuyeuse ou manquer de caractère. C’était les mêmes qualités qu’il retrouvait chez Juliet et qui, il ne pouvait plus le nier maintenant, faisaient qu’elle lui plaisait autant.

Quand elle s’écarta de lui, il souriait. Il était vraiment heureux de la façon dont les choses s’étaient passées entre eux, de façon très naturelle. Rien n’avait été calculé, leur amitié était née presque par hasard et s’était, d’elle-même, transformée en quelque chose de différent, de plus intense. Quelque chose qui venait de culminer dans ce premier baiser qui, mine de rien, laissait un goût d’inachevé. Oui parce que, tout de même, il aimait bien quand un premier baiser était suivi d’un deuxième, puis d’un troisième. Et ainsi de suite. Mais Juliet s’était détachée de lui. Il sourit de plus belle.

- Tu en doutais ? demanda-t-il avant de se pencher vers elle et de l’embrasser à nouveau.

Peut-être Juliet en serait-elle surprise mais ce second baiser ne ressemblait pas vraiment au premier. L’entrée en matière était terminée, Jeremy passait aux choses plus sérieuses. Il y mit cette fois plus de fougue, plus de passion, plus de force. Et il se rapprocha d’elle, passa un bras derrière ses épaules, un autre sous ses genoux et, sans difficulté, souleva sa silhouette de poupée pour la déposer, de profil, sur ses genoux à lui. Sans cesser un instant de l’embrasser.
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Juliet Norton
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MessageSujet: Re: Where the wild roses grow   Mer 14 Juil - 17:05

Oui, Juliet fut surprise. Elle n’en montra rien, évidemment, parce que ça aurait tout bousillé, mais elle fut surprise, et une partie d’elle aima ça. Si elle avait eu moins de griefs contre Jeremy, si elle s’était moins attachée au fait de se venger d’une faute qu’il n’avait même pas commise (tant pis pour lui !) et si elle n’avait pas mis toute son énergie et son désespoir dans cette manipulation, dans cette haine qu’elle ressentait pour lui, et pour tout le monde, il serait sûrement remonté dans son estime. Si elle n’avait pas été aussi malheureuse, aussi désespérée, elle aurait sûrement vacillé sur ses positions, se serait demandé si, finalement, Jeremy ne pouvait pas être quelqu’un d’un tout petit peu intéressant, juste assez pour que le détruire soit dommage. Peut-être que si elle l’avait connu avant, avant Ike, avant Rob, et surtout avant que ses parents ne la rejettent et ne la forcent à fuir sa vie et tout ce qui faisait d’elle Juliet Norton, peut-être qu’elle aurait même fini par être conquise, petit à petit, malgré elle par cette gentillesse qu’il y avait chez le barman. Petit à petit, elle serait devenu quelqu’un de meilleur, très certainement, et elle aurait fini par vraiment l’aimer, et par être « guérie » de tous ces traumatismes qui jonchaient sa vie. Grâce à lui, elle aurait pu se débarrasser des squelettes de son placard, aller mieux. Mais il était trop tard pour ça. Sa vie avait été détruite, violemment, elle n’était plus rien, et même si elle n’avait jamais été grand-chose ça l’avait profondément éprouvée. Elle n’allait pas bien, elle n’était pas heureuse, elle était terrifiée, et comme un fauve, elle se défendait à coups de griffes, même contre une personne voulant l’aider.

Elle était néanmoins humaine. Et cette fois, le baiser penchait plus vers son style (même si on était encore loin de ce qui la faisait vraiment vibrer, et qu’elle allait de toute façon trop mal pour vraiment pouvoir profiter sainement de ce genre de choses), du coup elle prit un peu plus de plaisir. Assez pour oublier quelques instants le fait qu’elle trouvait Jeremy insipide, inintéressant, et qu’elle le haïssait assez pour vouloir le détruire à petit feu. Assez pour répondre à ce baiser, peut-être pas de tout son cœur (ce dernier était bien trop abîmé pour ça) mais assez en tout cas pour se laisser un peu aller. Elle laissa ce baiser se poursuivre. Oh elle s’était laissée un peu aller, mais elle contrôlait toujours ce qui se passait, sans en avoir l’air. Elle voulait que ces baisers soient réussis pour Jeremy (le fait qu’il la surprenne juste assez pour qu’elle prenne un peu de plaisir aussi n’était qu’un bonus) mais elle ne voulait pas que ça aille trop vite. Elle avait bien prévu que l’été serait une saison de bonheur complet pour le couple qu’ils allaient former, plus dure en serait la chute, et plus forte en serait son emprise sur Jeremy, mais si ça allait trop vite ça risquait de se terminer en un simple one shot. Et puis, ça n’aurait pas été très stratégique de coucher avec Jeremy avant son départ. Il aurait alors un mois pour y réfléchir, pour voir ses potes, parler avec eux, voir d’autres filles… Non, il valait mieux ne pas passer à l’acte, parce que ça frustrerait juste assez l’anglais pour qu’il pense à elle pratiquement sans cesse à Londres, et qu’il ne pense pas aux autres filles. Oui, finalement, le timing était parfait, parce que s’ils s’étaient embrassés plus tôt avant la Brèche, la frustration aurait été risquée, parce que trop de frustration aurait pu mener Jeremy à la même chose que pas de frustration du tout.

Juliet laissa le baiser devenir un petit peu plus qu’un baiser. Rien de trop intense, mais juste assez pour que ça laisse présager quelque chose de vraiment bien, que ça donne envie d’y revenir. Quand elle considéra qu’ils risquaient le point de non-retour (enfin que Jeremy le risquait) si elle laissait encore trop trainer, elle calma le jeu, doucement mais sûrement, jusqu’à s’arrêter. A ce moment là, Jeremy était allongé sur le dos, et elle était à califourchon sur lui, leurs vêtements pas mal fripés et mal mis à cause de ce qu’ils avaient faits, mais rien de trop important ne s’était passé. Elle embrassa doucement Jeremy sur les lèvres, en souriant, puis prit une inspiration et se redressa.

« Bon… »
dit-elle avec un air hésitant et un peu gêné, tout en semblant vouloir reprendre son souffle, comme si sa raison reprenait soudain le dessus sur d’autres parties plus sanguines de son anatomie.

Elle passa une mèche de ses cheveux derrière son oreille dans un geste assez typique (enfin, dans son personnage à Sywhaîd, parce qu’elle avait tendance à avoir peu de tics en général) et sourit une seconde fois avant de faire passer sa jambe par-dessus Jeremy et de s’agenouiller doucement à côté de lui. Elle lui laissa quelques secondes pour se calmer un peu tout seul, puis lui dit sur un ton désolé :

« Je ne voudrais pas précipiter les choses… »

Elle eut un petit sourire peu sûr d’elle. Elle trouvait toujours très ironique de dire la vérité quand elle mentait. C’était ce qui faisait d’elle une bonne menteuse, une bonne manipulatrice, le fait de toujours préférer dire la vérité, plutôt que d’inventer, mais de façon à ce que l’autre comprenne autre chose. C’était tout un art, de dire quelque chose de façon à ce que quelqu’un comprenne ce qu’il veule, et en soit sûr et certain. Bon, cette fois, c’était facile, elle ne donnait aucune raison. Et Jeremy ne pouvait évidemment pas imaginer qu’elle ne voulait pas précipiter les choses histoire d’être sûre qu’il reviendrait la voir à son retour, pour qu’elle puisse continuer son plan tordu pour le détruire, mais quand même, c’était toujours drôle de dire la vérité quand on mentait.

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