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 Purple Rain

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Esteban Juarez
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MessageSujet: Purple Rain   Ven 30 Avr - 11:41

Esteban avait vécu beaucoup de choses dans sa vie. Assez pour ne pas être traumatisé par les quelques heures qu’il avait passées dans la Brume. Heures qui, apparemment, avaient été plus longues que ce qu’il lui avait semblé. Le Soleil était beaucoup trop haut dans le ciel par rapport au moment où il était entré dans la Brume. Si ça se trouvait, il y avait passé plusieurs jours, il n’avait aucun moyen de le savoir. A part peut-être un petit truc magique ? Il prit une inspiration et fit fonctionner son tatouage. Quelques lignes, sous ses vêtements classes, brillèrent, et il hocha la tête. On était toujours le même jour, mais quelques heures plus tard. Presque six heures plus tard en fait, c’était bien ce qu’il avait vu par rapport au soleil, même si ce dernier tendant à se cacher derrière des nuages grisâtres. Un peu de pluie écossaise pour son arrivée ? Il ne tarderait sûrement pas à pleuvoir, mais Esteban aimait la pluie, il n’allait pas partir en courant pour autant.

Il regarda tout autour de lui. Il se trouvait derrière une bâtisse, avec une vue plongeante vers un Loch brillant. Le Lochfinn, le loch blanc, comme le leur avait décrit Anton. Un fin sourire s’afficha sur le visage du grand blond (avec deux chaussures noires). Il était à Sywhaîd. Dans quelques minutes (ou du moins le croyait-il) il verrait Anton. Anton qu’il n’avait pas vu depuis assez longtemps pour qu’il lui manque. Ce qui voulait dire trop longtemps. Il fit un petit tour sur lui-même. La bâtisse lui cachait une partie de la vue, mais il devait se trouver près des fabriques, sûrement les plus éloignées, vu qu’il n’en voyait plus d’autre en descendant vers le Loch. Anton leur avait assez bien décrit Sywhaîd dans ses quelques lettres pour qu’il puisse se repérer. Bon, il ne savait pas de quelle bâtisse en particulier il s’agissait mais il pouvait toujours aller frapper pour se renseigner.

Quoi qu’avant de jouer les aventuriers (ce qu’il avait dans le sang), il pourrait tout simplement commencer par essayer de savoir si sa chère et tendre était arrivée. Il fit un mouvement vaste du bras droit, avant de coller sa paume contre le devant de son avant-bras gauche, à l’endroit précis où le tatouage dont il avait besoin se trouvait. De nouveau, certaines lignes de son tatouage brillèrent, sous son beau costume, et une grande gerbe de lumière d’un beau violet illumina le ciel au-dessus de lui. Le signal qu’ils avaient prévu avec Charlie, pour celui qui arriverait le second. Et comme Esteban avait passé plus de six heures dans la Brume, il imaginait probable d’être le second.

[Charlinounette ?]

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Purple Rain   Sam 1 Mai - 22:14

Esteban, comme à sa fâcheuse habitude, avait effectivement raison : il était second ; et bon second, même, puisque Charlie ne venait pas d'arriver. Pour sa part, elle avait débarqué sur la Lande une éternité plus tôt, soit environ 5 heures auparavant, qu'elle avait occupées comme elle avait pu. Pour commencé, elle avait déniché l'autre Charlie-Charlotte du coin ; techniquement, c'était plutôt l'inverse, mais enfin, cela commençait bien. Et dans la boue. En avait donc logiquement suivi l'acquisition d'une chambre, et surtout une bonne et longue douche. Les canalisations étaient bien entretenues, l'eau presque parfaitement tiède, et le savon local, s'il ne valait pas à son goût ses gels douches habituels, pas non plus horriblement corrosif.

Ensuite, miss Fontaine avait été faire un tour aux cuisines, où elle avait croqué un ou deux pruneaux en discutant avec le cuistot du coin, un certain Logan marié à une certaine Veronica, tiens, tiens, le monde est petit, et dont il avait eu dans la foulée une petite créature brune, gazouillante, et assez mignonne, enfin, pour un bébé, quoi. C'est à ce point de sa journée que Charlie avait appris qu'Anton n'était pas sur Sywhaîd ; ce qui lui avait causé un choc relatif. Même s'il servait plus d'alibi qu'autre chose, le Tony, elle était un peu déçue de le louper. Il était supposé revenir, mais Charlie avait fréquenté le trio d'Argentins, et savait qu'ils avaient en permanence des fourmis dans les pattes. Ceci dit, elle connaissait Anton comme étant un homme de parole. Elle verrait bien.

Tout de même contente d'être là, Charlie décida de profiter de la relative clémence du ciel pour faire un tour du propriétaire. Portant toujours la tenue dont l'avait revêtue la Brume, elle descendit joyeusement jusqu'au verger, le long des rives de ce fameuuuux Loch Finn dont leur avait parlé Tony. Il avait un truc avec l'eau ; il n'avait pas volé son daemon castor. Mais compte tenu du passif du beau brun, on s'abstiendrait du couplet "ah, toi et l'eau !", même sans être la reine des empathiques.

Cette petite promenade au bord de l'eau avait été plaisante. Charlie avait même trouvé le moyen de se faire draguouiller par un apiculteur plutôt bien conservé et carrément charmant, à qui elle avait bien sûr expliqué qu'elle n'était de toute façon pas tout à fait libre, à moins que la vilaine Brume ne lui bouffe tout cru son joli blondinet, ce qui l'aurait rendue très malheureuse et lui aurait certainement passé le goût de la bagatelle pour au moins quelques semaines. L'invitant donc à se montrer, au mieux, patient, Charlie remonta vers les bâtiments civilisés. Il n'y avait toujours aucune gerbe violette à l'horizon, ce qui commençait à être plus que tracassant, apiculteur ou pas.

Pour passer le temps, la demoiselle décida de se lancer dans une occupation saine et vivifiante pour l'esprit : l'aménagement de sa chambre. Le problème majeur étant qu'elle n'avait pas encore la plupart de ses affaires sous la main. Une fois qu'elle eut rangé le peu de vêtements qu'elle avait avec elle, qu'elle eut posé religieusement son livre des vérités sur la petite table, en compagnie d'une rame de papier et de son nécessaire d'écriture, elle passa bien un quart d'heure à tourner dans tous les sens un problème évidemment crucial : où allait-elle caser toute sa garde-robe sans l'abîmer ? La chambre était très correcte, mais pas immense. Bah, elle en mettrait chez Esteban, si ce dernier avait l'obligeance de pointer le bout de son nez.

Charlie fit le tour de l'école en elle-même. Elle grimpa sur le toit, mais à ce point de sa journée elle était un peu trop impatiente pour s'extasier devant la beauté de la vue. En redescendant, elle rencontra Patrick Winter, alias ce bon vieux Patrick-le-frigorifique, avec qui elle discuta trois minutes, le temps de s'extasier devant le hasard qui les faisait se recroiser ; au-delà de ces trois minutes, Charlie se souvenait à quel point ce surnom seyait au monsieur, et elle s'échappa assez rapidement, en se demandant vaguement quelle incroyable proportion de Norskenniens pouvait bien avoir émigré dans ce petit bout de lande. Beaucoup, visiblement, à en croire les lettres d'Anton. Ce qui faisait autant de personnes en moins susceptibles de tomber des nues en s'écriant "LA Charlie Fontaiiiiine ?", mais après tout, n'était-elle pas supposée être venue jusque là pour avoir la paix ?

Fiou ; c'était ennuyeux, la paix, quand même. Un couple d'heures plus tard, nous retrouvons Charlie sur son lit, balançant ses jambes d'avant en arrière tout en feuilletant d'un air ennuyé un bouquin sur l'art de la teinturerie emprunté à la bibliothèque locale, dont elle avait cru qu'il pourrait être amusant - cruelle désillusion.

C'est alors qu'elle entendit le léger crépitement. Elle ne l'aurait probablement pas remarqué si elle n'avait pas laissé exprès sa fenêtre ouverte, et si elle n'avait pas eu les oreilles à l'affût de ce petit bruit depuis des heures, maintenant. Elle se redressa, courut à la fenêtre, et sourit aux anges en découvrant les éclats violacés retombant gracieusement du ciel. Renonçant à retoucher son maquillage -ce qui disait assez son impatience-, elle se précipita dans la direction d'où provenait l'éclair violet. Son Baban était là-bas, l'attendant paisiblement au milieu de la route. Bien sûr, Charlie aurait pu débarquer d'un pas tranquille, en sifflotant, et lâcher un "j'ai failli attendre" négligeant. Mais outre le fait qu'elle ne savait pas très bien siffler, elle avait trop attendu pour ça ; et comme le lui avait rappelé la Brume quelques longues heures plus tôt, parfois, ça ne servait à rien de faire semblant, bien au contraire.

Tout ça pour dire qu'au final, Charlie sauta au coup de son cher Baban qui l'avait si méchamment fait attendre, et que, sans rancune, elle l'embrassa avec un enthousiasme non dissimulé.

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Esteban Juarez
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MessageSujet: Re: Purple Rain   Dim 2 Mai - 20:29

C’est avec autant d’enthousiasme qu’Esteban embrassa Charlie. Sa quête n’avait pas été de tout repos, même s’il était loin d’être traumatisé, et il était plutôt heureux de revoir sa chère et tendre. Heureux aussi de voir qu’elle avait pu passer la Brume, elle aussi. Autrement ils auraient dû revoir leurs projets, et ça n’était pas ce à quoi il avait rêvé. Il voulait vivre à Sywhaîd. Il voulait découvrir cet endroit, revoir Anton. S’ils avaient dû changer d’idée, il aurait été très déçu, même s’ils auraient trouvé quelque chose d’autre. Après tout, le monde était immense, non ? Ils ne risquaient pas de manquer d’endroits où aller.

Après un bon moment à s’embrasser fougueusement en plein milieu du chemin, Esteban et Charlie se séparèrent. Oh, n’allez pas croire qu’ils se transformaient en vieux couple. Ils finiraient de fêter ça dignement un peu plus tard, mais pour l’instant Esteban avait des tas de questions. Comme, par exemple :

« Ca a été ? Ta quête ? Ca fait longtemps que tu es là ? »

Il gardait sa grande main posée sur la nuque de Charlie. Pas en signe de possession mais, simplement, parce que perdre le contact avec Charlie, à ce moment précis, n’était pas quelque chose qu’il avait envie de faire. Il se serait en fait bien jeté sur elle, mais il n’était pas certain que ça aurait été tout à fait un bon moyen de faire ses premiers pas à Sywhaîd. Rencontrer de nouvelles personnes en étant nu, et occupé, même quand on est bien fichu et couvert de magnifiques tatouage, c’est un peu… Et bien, ça n’est pas la meilleure façon de commencer une relation, quelle qu’elle soit. Ou du moins, Esteban en connaissait des mieux.

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Purple Rain   Lun 3 Mai - 21:49

Heureusement que Charlie était tout sauf quelqu'un de romantique, parce qu'à la voir étreindre son Baban, ses jolies jambes serrées autour du bassin de ce dernier, comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des mois, on aurait pu se poser des questions. Euh, ceci dit, dans les comédies romantiques, les gens ne s'embrassaient généralement pas avec cette, euh... cet enthousiasme. Allons, mademoiselle Fontaine, on se calme, maintenant, on redescend. Même quand on n'est pas tatoué, ça ne se fait pas, d'arracher ses vêtements ni ceux de qui que ce soit au milieu de la rue pour faire des galipettes interdites aux moins de 12 ans. Voire davantage selon l'inspiration du moment.

Enfin, les Connor et autres Zoés pouvaient continuer de gambader innocemment dans la Lande, puisque Charlie se décolla pour finir d'Esteban, ou vice-versa. Oh, il fallait bien avouer que le contact de sa main contre sa nuque, la proximité de sa peau, de son odeur, continuaient de lui donner des idées, mais au moins, elle se tenait à peu près tranquille, se laissant délicieusement électriser par la tension qui, assez fréquemment, naissait lorsqu'Esteban et elle étaient à moins d'un mètre l'un de l'autre.

"Cinq... longues... heures", répondit-elle, d'un ton boudeur contredit par son sourire radieux et par l'intensité de son regard brun, fiché dans celui de l'Argentin. "Qu'est-ce que tu fichais là-dedans ? Il va falloir que tu te fasse pardonner ça, mon petit monsieur", ajouta-t-elle, le "petit" étant, cela va de soi, une façon de parler, et la menace d'autant moins terrifiante qu'elle la proférait à l'encontre de quelqu'un qui avait en vérité une bonne tête de plus qu'elle, au bas mot.

"Au fait, on a pensé à un gage pour le dernier ?" demanda-t-elle ensuite, surjouant cette fois la candeur, de façon peu convaincante. Ne nous trompons pas de Charlie, celle-ci n'était pas comédienne de métier, uniquement de caractère. Et elle risquait d'autant moins de faire une crédible naïve qu'elle était en train de se dire que fouiller l'endroit en quête de petits recoins sombres aurait été une façon judicieuse d'occuper les heures en question.

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Esteban Juarez
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MessageSujet: Re: Purple Rain   Lun 10 Mai - 10:44

« Je ne crois pas qu’on ait abordé ce sujet, non. » répondit Esteban, avec une froideur toute feinte, son très léger sourire en coin permettant à Charlie de le savoir (mais une personne ne le connaissant pas aurait pensé qu’il était terriblement fatigué des mimiques de sa chère et tendre, ce qui n’arrivait jamais, bien entendu, ou presque jamais du moins).

Il regarda autour de lui d’un air intéressé. C’était donc ça, Sywhaîd. Ca ressemblait beaucoup à ce que Tony leur avait décrit dans ses lettres. Son gêne d’explorateur se réveilla, lui donnant un bon coup de pied dans l’estomac, réveillant l’enthousiasme du jeune voyageur qu’il avait été, quelques années auparavant. Un nouveau monde à découvrir, de nouvelles personnes à rencontrer, de nouveaux savoirs à acquérir. C’était terriblement enthousiasmant. Un peu angoissant, aussi, mais ce frisson d’angoisse était la cerise sur le gâteau. Le danger était quelque chose de primordial dans ce genre d’expériences, c’était le danger qui avait poussé Esteban à continuer toujours plus loin, à voyager toujours plus longtemps. Et même si toutes les aventures du trio argentin, puis du duo argentin, n’avaient pas mené à des dangers mortels, il y avait toujours eu du danger, d’une façon ou d’une autre. On ne découvre pas autant de choses sans se mettre un peu en danger, physiquement ou psychologiquement.

Il avait des tas de questions à poser. Il avait envie de parler de sa Quête, de poser des questions à Charlie sur la sienne. Il savait que c’était personnel, et que la plupart des gens ne devaient pas s’étaler sur le sujet, mais depuis quand Charlotte Fontaine et Esteban Juarez étaient la plupart des gens ? Ils étaient terriblement fusionnels, en même temps que terriblement indépendants, ils parleraient forcément de leurs Quêtes, même s’ils garderaient sûrement certaines choses sous silence. Esteban ne savait pas, par exemple, s’il parlerait à Charlie du fait qu’il avait vécu sa plus grande peur, à elle. Elle aimait garder du mystère, et peut-être se sentirait-elle fragilisée par un tel aveu. Il lui raconterait sûrement l’épreuve finale, celle de la colère. Après tout, elle savait qu’il avait un tempérament colérique, même si elle ne savait sûrement pas à quel point, parce que lui aussi aimait garder une certaine dose de mystère. Bref, ils trouveraient un moyen d’en parler.

Mais il faudrait qu’ils fassent un peu le tri, chacun de leur côté, avant, alors la question qu’il posa à la place, fut d’un tout autre ordre.

« Tu as trouvé Tonino ? »

Il lui semblait peu probable que Charlie l’ait attendu bien sagement pour aller à la rencontre de leur ami.

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Purple Rain   Mer 19 Mai - 22:35

Oui, Charlie connaissait bien Esteban ; beaucoup de personnes, en les voyant ensemble, avaient un premier réflexe d'incompréhension : comment deux personnes aussi différentes et aussi foncièrement indépendantes pouvaient-elles être ensemble ? Comment lui, le grand flegmatique charismatique, pouvait-il ne pas se fatiguer de la petite brune vive et papillonnante sautillant tout autour de lui ? Ces personnes, en désespoir de cause, supposaient en haussant les épaules que le sexe les réunissait malgré leurs profonds antagonismes.

Bon, on n'ira pas jusqu'à dire que ça n'avait pas d'importance fondamentale dans leur relation, qu'ils passaient leurs soirées à boire du thé en jouant la crapette, mais non, leurs atomes crochus ne se résumaient pas à leur parfaite alchimie au lit. De même qu'Esteban savait déceler une Charlotte profonde et lézardée de doutes sous le personnage pétillant de Charlie Fontaine, de même Charlie savait bien que le flegme de son compagnon n'était pas synonyme de frigorifisme. Elle se contenta d'étirer légèrement les lèvres avec un petit coup d'œil de mystère lancé en coin ; elle faisait confiance à son imagination pour trouver un gage digne de ce nom ; elle savait qu'Esteban lui faisait également confiance pour ça. Et elle savait également qu'elle savait qu'il savait. Etc.

Observant son imperturbable (et diablement sexy) façade, elle tâcha de deviner ce qu'il pouvait avoir en tête - à part "qu'est-ce que cette diablesse de Charlotte adorée va bien pouvoir encore nous inventer. Il sortait de sa Quête ; une personne normale n'aurait sans doute pas très envie de parler de ce qu'elle avait vécu, mais ni elle ni lui n'entraient vraiment dans cette catégorie, non ? La preuve, elle, elle voulait lui parler de ce qu'elle avait vécu dans la Brume. Quitte à flatter son égo et à lui avouer la part visiblement très envahissante qu'il avait dans son inconscient, vu le nombre de fois où il lui était apparu, jeune, moins jeune, voire beaucoup plus vieux. Elle avait envie de lui signaler qu'elle pouvait lui confirmer qu'il avait un physique qui vieillissait très bien, et que donc, ô joie, elle ne prévoyait pas de l'abandonner lâchement après une certaine date. Et peut-être même bien qu'elle préciserait qu'en fait, c'était plutôt elle qui courait le risque de dépasser la première la date de péremption.

Mais Esteban possédait un pouvoir proprement magique. N'ayons pas peur des mots : tout le monde ne pouvait pas se targuer de réussir, par sa simple présence, à faire taire Charlie ; à lui faire sentir qu'il y avait un temps pour tout et que, parfois, il était plutôt temps de laisser les autres prendre la parole. Esteban la sentit probablement se raidir légèrement, pour aussitôt se détendre, lorsqu'il lui demanda où était Tonino.

"Non. Il n'est pas là", répondit-elle d'un ton... plat. Elle l'aurait bien dit sur le ton de la plaisanterie, ou au moins avec une certaine légèreté : après tout, l'absence du prétexte à leur venue, c'était plutôt cocasse, non ? A tout le moins ironique ; mais dire "Tonino n'est pas là", c'était aussi rappeler, tacitement, qu'il ne s'agissait justement que d'un prétexte, puisque Tony ou pas Tony, maintenant qu'ils étaient là, ils resteraient, au moins quelques temps : si la Brume les avait laissés passer, c'était bien parce qu'ils n'étaient pas vraiment venus pour Tonino, en tout cas pas uniquement. Et Charlie n'avait pas du tout envie de remettre la vraie raison de leur venue sur la table.

Et puis Tonino, c'était sacré. Hugo, Esteban, Tonino ; un trio à la vie, à la mort, un sujet sur lequel on ne plaisantait pas. Des amis, quoi, des vrais. Un grand jardin secret que Charlie respectait, évidemment.

"Enfin, il va revenir" précisa-t-elle simplement, avant de laisser Esteban décider ce qu'il devait penser de cette absence. Elle espérait simplement qu'il ne se mettrait pas en colère. Oh, il n'en avait pas l'air, comme ça, le Baban ; mais de fait elle le connaissait bien, jusque dans ses faces sombres.

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Esteban Juarez
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MessageSujet: Re: Purple Rain   Ven 4 Juin - 8:51

Le « Baban » ne se mit pas en colère. Ou du moins, il n’entra pas dans une rage noire et ne se mit pas à taper dans tout ce qu’il trouvait en hurlant. Il ne finit pas cette scène de violence (inexistante donc) en s’agenouillant et en hurlant « Toninooooo » tout en arrachant son t-shirt blanc. De toute façon, il n’avait pas de t-shirt, il était en costume. Et il n’était pas dans un vieux film en noir et blanc, aussi. Il se contenta de se raidir un peu, et les muscles de sa mâchoire apparurent, preuve qu’il était bien plus crispé que son attitude constamment froide semblait le montrer. Oui, il était en colère. En fait, il était surtout déçu de ce petit tour que le destin leur faisait. Ca faisait longtemps qu’il n’avait pas vu son ami, et il lui manquait. Il lui manquait même terriblement, et cette tête de bois d’Hugo aussi. Il s’était fait une fête à l’idée de revoir l’une des personnes les plus importantes dans sa vie, et ne pouvait s’empêcher de prendre son absence comme une sorte d’affront. Un peu plus et il aurait oublié que Charlie et lui avaient débarqué à l’improviste, et que le menuisier n’avait donc aucune raison de les attendre avec une banderole de bienvenue et quelques gâteaux.

Il prit une grande inspiration, pour se calmer. Quelques lignes de son tatouage, sous son beau costume, s’illuminèrent légèrement. Un simple sort de rafraichissement. Il ne faisait pas tellement chaud, mais la colère avait toujours été presque littérale chez Esteban : il bouillonnait. Le sort lui fit du bien, un peu, et si sa mâchoire était toujours plus crispée que d’habitude, il avait moins chaud, et réussit même à ne plus serrer les poings. Il haussa les épaules, un peu trop brusquement, puis prit une nouvelle inspiration. Tout cela n’avait duré qu’une petite poignée de secondes, ce qui pouvait paraître particulièrement long quand on s’attendait à une explosion de colère, mais qui était très court quand il s’agissait d’assimiler ce genre d’information. Il finit par étirer les lèvres, un peu. Ca n’était pas un vrai sourire, plutôt un rictus ironique. Oh l’ironie de la situation ne lui échappait pas, mais pour le moment il était trop déçu et trop en colère pour pouvoir vraiment s’amuser de ce mauvais timing.

« Bien. » finit-il par dire.

Et évidemment ce « bien » ne voulait pas dire que c’était bien. Ni même qu’il acceptait l’information sans problème. Ou même qu’il était content d’apprendre que Tony reviendrait (il n’aurait plus manqué qu’il ne revienne pas !). Non, c’était juste une façon de reprendre le cours de la conversation. Un moyen de revenir à la communication, et de ne pas s’embourber dans ses sentiments les plus sombres.

« Il faut croire qu’on est toujours sur la même longueur d’ondes. » ajouta-t-il, étirant cette fois ses lèvres d’une façon un peu plus franche. « Tu as eu le temps de visiter ? Tu as décidé d’où on s’installerait ? »

Le message était clair. Il était prêt à discuter d’autre chose, à le faire sur un ton normal, exempt de toute colère, mais pour le moment il ne voulait pas parler de Tony, de son absence, ou de quoi que ce soit étant en rapport avec lui. Il était encore trop énervé pour ça.

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Purple Rain   Lun 21 Juin - 22:16

Esteban n'avait pas besoin de se rouler par terre, de proférer d'infâmes jurons ni d'attraper tout ce qui pouvait lui passer à portée de main pour le jeter violemment à quelques dizaines de mètres de là. Il était évident qu'il était en colère ou, du moins, ça l'était pour quelqu'un comme Charlie. La demoiselle était du genre expansive, et quand elle était fâchée, pour le coup, ça se voyait, et ça n'était même pas forcément très joli à voir. Esteban et elle fonctionnaient de manière différente. Elle n'était pas colérique, simplement soupe au lait, en de rares occasions. Mais elle avait appris à reconnaître et deviner la rage de son homme, même s'il l'exprimait de manière relativement discrète.

Outre le fait qu'elle le connaissait plutôt bien, maintenant, elle avait de fait toujours été sur la même longueur d'ondes que lui. C'était comme ça, elle comprenait comment il fonctionnait, même si c'était de manière diamétralement opposée à ses propres réactions. Elle était capable de discerner à peu près ce qui se passait dans la tête du bel Argentin ; de voir qu'il était surtout déçu d'être ainsi privé de la fête qu'il s'était promise. Un vague relent de culpabilité lui traversa l'esprit ; cette idée de rejoindre Tony sur Sywhaîd, à la base, c'était la sienne.

Oh, ça n'avait été qu'un prétexte, en vérité. Mais évidemment, pour Esteban, c'était une vraie raison de venir. Ça n'était pas juste une manière de sauver certaines apparences. Et quand elle avait appris que ce quasi-frère n'était pas là, bien sûr, elle avait deviné qu'il serait déçu, mais elle n'avait pas pensé que ce serait à ce point. Elle aurait dû s'en douter, mais avait été aveuglée par ses propres émotions, sa Quête, son arrivée... Bref. Ça lui faisait mal de voir l'homme qu'elle aimait souffrir en partie par sa faute. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était respecter ça.

Si ça n'avait tenu qu'à elle, elle aurait bien suggéré deux ou trois idées pour oublier la déception liée à l'absence de comité d'accueil. Cette histoire de gage méritait en particulier d'être explorée avec intérêt. Mais de fait, ça n'était pas à elle de décider.

"Allons te trouver une chambre", décréta-t-elle donc laconiquement, seulement une fois qu'il lui eut posé la question de ce qu'il l'eût interrogé. Il lui avait semblé qu'Esteban n'attendait pas vraiment, pour l'heure, qu'elle lui détaille à quoi ressemblait la chambre qu'elle s'était octroyée, même si, de fait, ç'aurait été une bonne façon de le distraire un peu. Parfois, il ne fallait pas chercher à consoler les gens à tout prix.

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