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 Blame it on the girls

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Juliet Norton
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MessageSujet: Blame it on the girls   Jeu 15 Avr - 10:34

« Pfff…. »

Juliet s’arrêta devant la porte de la petite ruine dans laquelle un couple qui se croyait parfaitement parfait vivait sa petite vie parfaite de petit couple parfait. Elle n’avait aucune envie d’être là. Seulement, elle avait promis à son frère qu’elle le ferait. Et si Juliet ne portait pas une importance primordiale à ses promesses, ça ne changeait rien au fait que son frère était important pour elle, assez pour qu’elle se tape la corvée du siècle. Mais contrairement à sa chère petite sœur, Juliet ne tirait aucune satisfaction de ce genre de bonnes actions. En fait, ça la rendait encore plus acide, et lui donnait des pensées encore moins avouables. Là, tout de suite, maintenant, de quoi avait-elle envie ? D’être au moins à quelques milliers de kilomètres de là. Vivre à Sywhaîd n’avait rien de drôle. Mais en plus devoir aller passer une heure ou deux dans cette parfaite petite ruine, avec le membre féminin du parfait petit couple.

Elle frappa deux coups secs et un peu trop forts à la porte. En cette fin de printemps ensoleillée, elle portait une mini-jupe en faux cuir pourpre et brillant (un peu imitation croco, plus ou moins), aucun collant, des escarpins rouges, un débardeur trop décolleté d’un blanc presque aussi choquant que l’alliage de couleurs du bas du corps. Ses cheveux étaient lâchés, au carré et blonds. Un blond qui lui donnait un air presque plus innocent encore, malgré la tenue franchement provocatrice. L’équilibre était étrange, du genre à permettre aux gens de penser exactement ce qu’ils avaient envie de penser. De la voir comme une jeune femme innocente aux goûts enfantins s’ils le voulaient. Ou de la voir comme la nana provocatrice à la sexualité malsaine, ce qu’elle était. Elle sourit d’un air mauvais en réalisant que son hôte choisirait sûrement la seconde hypothèse. Après tout, elle en savait assez sur elle pour ne pas se laisser berner.

Pendant quelques fractions de seconde, Juliet espéra que ce serait le maître d’école qui lui répondrait. Et qu’il serait seul chez lui. Peut-être qu’ils pourraient s’amuser, alors, quoi qu’elle fût sûre qu’il n’était pas assez intéressant pour ça. Il était parfait, aimait sa parfaite petite femme, et ne la tromperait sûrement pas. Oh bien sûr, Juliet était persuadée qu’on pouvait pousser n’importe qui à la faute. Les hommes étaient tous des salauds après tout, même quand ils aimaient à penser le contraire. Mais Abreu serait un travail de longue haleine, et pour le moment elle était bien assez occupée comme ça. De toute façon, il était trop lisse pour elle. Il ne l’intéressait pas.

Elle soupira une nouvelle fois. Elle n’avait pas envie d’aller voir Celesta, mais Will lui avait demandé d’accepter d’aller parler avec elle, pour son médium. Seulement, Juliet tenait à ses secrets, aux secrets familiaux. Elle avait déjà assez de mal à digérer l’idée que cette putain de chinetoque puisse en connaître autant sur les Norton, et en voulait à son frère pour ça. Mais bon, il lui fallait une baguette, à Will, hein ? Elle leva les yeux au ciel, se disant que la petite souris qu’elle allait visiter ne serait même pas assez intéressante pour jouer avec, même à griffes sorties…

[Celesta, donc ^^]

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Celesta Christobal
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MessageSujet: Re: Blame it on the girls   Lun 19 Avr - 19:54

L'adorable, tendre et délicieuse Juliet s'amuserait une autre fois avec le plus séduisant Lisboète du coin, car ce fut bel et bien cette "putain de chinetoque" qui vint lui ouvrir. Il faut dire qu'elle l'attendait depuis plusieurs angoissées minutes de l'autre côté de la porte. Juliet. Juliet Norton. Si ça pouvait consoler cette dernière, ce n'était pas vraiment le cœur léger et serein que Celesta, rassemblant son courage et s'abritant derrière le devoir professionnel, avait prié l'aînée des Norton pour une petite causerie en tête à tête. Tout ça pour quatre petites lettres : Will.

Il était parti en stage dans une des boutiques qui revendait les produits Sywhaîdiens, et elle lui avait assuré, à son départ, qu'elle continuait de son côté de travailler à la composition de sa baguette magique. C'était une tâche particulièrement complexe, le jeune homme ne se laissant pas facilement cerner.

Ils s'étaient vus de nombreuses fois, avaient discuté, discuté, discuté (etc.). Malgré tout, Celesta continuait d'avoir la fâcheuse impression d'essayer de saisir à mains nues une truite dans le loch Finn. Et après mûre réflexion, il lui avait semblé qu'un autre angle d'approche était nécessaire. Will lui-même n'était pas capable de se définir réellement ; mais d'autres connaissaient sans doute mieux que lui-même certains aspects de sa personnalité. Et le "certains" désignait très précisément une personne en particulier, que Celesta ne tenait pas vraiment, par ailleurs, à fréquenter en tête à tête.

Pour autant, Celesta était effectivement une gentille personne. Une demoiselle douce et culpabilisée. Elle savait ce que Juliet avait fait à Marybeth, notamment. Elle ne pouvait s'empêcher d'avoir son avis sur la question ; mais elle n'aurait pas dû. Ce n'était pas son rôle, après tout ; elle n'avait pas à se mêler aux complexes histoires du clan Norton. N'empêche que. C'était drôlement difficile, sachant cela, de savoir comment se comporter "normalement" face à Juliet.

Mary était quelqu'un de pudique, pas du genre à étaler ses malheurs et ses ressentiments. Elle lui avait dit deux mots concernant sa sœur : "méfie-toi". Par la force des choses, Will lui en avait appris davantage.

"Bonjour, Juliet", fit Celesta, en constatant bien malgré elle que sa nervosité transparaissait dans sa voix. "Entre... tu as soif ?"

Elle avait préparé un plateau, avec deux petits bols en terre cuite, qui servaient tantôt de verre, tantôt de tasse, selon l'inspiration et les disponibilités du moment. Celesta avait même poussé le vice jusqu'à préparer des biscuits aux céréales (un peu trop cuits).

Bon, et maintenant ? Juliet et elle savaient déjà ce pourquoi elles étaient là. Elles savaient également plus ou moins ce que l'une devait penser de l'autre. Comment était-on supposé engager la conversation, dans ce genre de situation ?

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Juliet Norton
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MessageSujet: Re: Blame it on the girls   Dim 2 Mai - 19:08

Si vous ne savez pas comment engager une conversation dans une situation compliquée, comptez sur Juliet. Après s’être installée d’office dans le canapé foireux de Celesta, et d’avoir pris un gâteau sur la table, l’avoir reniflé avec un air un peu méfiant, puis l’avoir reposé sans ménagement dans l’assiette, et sans avoir répondu ni au bonjour, ni à la proposition de boire (de toute façon il était peu probable que Celesta lui propose de l’alcool, et Juliet n’avait rien envie de boire d’autre à ce moment précis), la jeune femme croisa les jambes, déposa sa main sur son genou et dit :

« Bon, pose tes questions, tu veux, j’ai pas la journée à perdre. »

Elle savait que Celesta savait à peu près tout ce qu’il y avait à savoir sur elle. Bessie ne devait pas lui avoir dit grand-chose, ça n’était pas son genre. Non, elle c’était une mère courage, une héroïne. Elle supportait tout sans broncher. Elle lui avait sûrement lancé un truc du genre « fais attention », ou « ma sœur est dangereuse », ou « ne te fie pas à elle », quelque chose comme ça, sur un ton neutre. Après tout, on ne pouvait pas compter sur Bessie pour faire dans les sentiments. Mais Will… Ahhh… Ce cher Will. Un vrai moulin à paroles. Surtout vu qu’il avait besoin d’un médium, et que la chinetoque avait l’air d’en profiter pour lui tirer les vers du nez. Sûrement une voyeuriste qui n’avait aucune vie et qui s’amusait donc à écouter les secrets des autres. Au moins, en voyant le degré d’inhibition de Celesta, il y avait peu de risque qu’elle soit du genre menthe religieuse. Elle devait avoir couché avec un seul mec dans sa vie, et jamais assez bien pour avoir envie de se taper des petits jeunes.

Enfin bref. Du coup, Celesta en savait assez sur Juliet pour que cette dernière ne prenne pas le temps de jouer à la douce Juliet. De toute façon, la baguettière devait être trop flippée par elle pour oser se mêler de ce qui ne la regardait pas, et elle n’était pas proche de Jeremy, donc aucun intérêt d’essayer de la convaincre d’autre chose. D’autant plus que Will lui avait expliqué que Celesta lui avait bien dit qu’il fallait qu’il dise la vérité, pour que ça marche, et avait supplié Juliet de faire de même. C’était une demande énorme, pour quelqu’un comme Juliet mais, qui sait ?, ça serait peut-être marrant après tout. Elle était à peu près sûre que la vérité choquerait plus Celesta que n’importe quel mensonge.

La très récente blonde se tortilla et sortit un paquet de cigarettes de sous sa jupe. Elle en sortit une cigarette, qu’elle alluma d’une façon plutôt sexy et aguicheuse avec un briquet tout à fait normal. Elle n’avait pas demandé l’autorisation à Celesta, et utilisa le verre que la jeune femme avait sorti, enfin ce qui devait lui servir de verre, pour mettre sa cendre, avant de lancer un regard qui n’avait rien d’encourageant, mais qui semblait attendre peu patiemment que la jeune femme lui pose une question.

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Celesta Christobal
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MessageSujet: Re: Blame it on the girls   Dim 16 Mai - 22:22

Celesta regarda Juliet se saisir d'un de ses biscuits trop cuits, le renifler, et le reposer dans l'assiette, d'un air dégoûté. Elle se contenta de serrer légèrement les lèvres. Bon, okay, elle n'était pas une cuisinière de génie, c'était pas faux. Ceci dit, ça n'obligeait pas l'aînée des Norton à être aussi ostensiblement désagréable. Enfin... ce n'était pas bien surprenant, après tout. Et Celesta devait avant tout se préoccuper de Will ; son amour-propre, au point où il en était, pouvait bien ignorer les provocations de son interlocutrice. Elle s'assit donc posément, sans faire de remarque.

Et se vit apostrophée d'une façon qui, elle non plus n'était pas franchement agréable... mais avait le mérite d'être directe, après tout. Alors on baisse ce sourcil accusateur, mademoiselle Christobal, et on essaie de sourire. Pas grimacer ! Bon, peu importe. Le temps qu'elle réfléchisse à sa première question, Juliet avait sorti cigarette et briquet. En pratique, fumer dans cette pièce n'était pas interdit ; ça arrivait à Abreu, quand il préférait écrire là plutôt que dans son bureau -ce qui était relativement rare. Ceci dit, elle aurait quand même pu demander avant. Celesta aurait certainement dû calmement lui intimer d'éteindre sa clope. Mais elle n'en était pas capable. Et puis elle pensait à Will ; elle ne pouvait pas se payer le luxe de donner à Juliet un prétexte pour s'en aller sans rien dire.

Elle se contenta donc de se lever une nouvelle fois, pour aller ouvrir la fenêtre en grand. Et si la chère Juliet, avec sa jupe trop courte et son haut trop décolleté, avait froid, eh bien tant pis pour elle. Celesta retourna s'asseoir en canalisant son énervement comme elle le pouvait (c'est-à-dire modérément bien).

"Très bien. Je veux savoir pourquoi tu es ici. Si tu es là juste pour t'amuser où si tu joueras le jeu pour ton frère. J'ai besoin de savoir ; alors qu'est-ce que... comment tu décrirais votre relation ?"

Ca n'était pas habile habile ; c'était même assez abrupt. Mais n'était-ce pas, après tout, ce que Juliet avait demandé ?

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Juliet Norton
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MessageSujet: Re: Blame it on the girls   Dim 6 Juin - 12:09

Juliet ricana. Un ricanement un peu trop rauque, surtout venant de quelqu’un qui avait un air de poupée comme ça. Elle tira une nouvelle fois sur sa clope, puis expira la fumée par le nez et la bouche en même temps, d’une façon assez sensuelle, mais pour une fois ça n’était pas fait exprès. Elle avait pris ces quelques secondes pour réfléchir, parce que mine de rien elle avait promis à Will qu’elle ferait les choses sérieusement. Et, surtout, elle n’avait aucune envie que ça dure des heures ou, pire, que Celesta la reconvoque un autre jour. Autant faire les choses sérieusement, histoire de s’en sortir plus vite, et de pas avoir à supporter le regard niaiseux de l’asiate.

« On est frère et sœur. » finit-elle par dire, tout en déposant sa cendre un peu nerveusement dans le cendrier.

Ca pouvait paraître être une réponse tout à fait stupide, et comme Juliet laissa un peu de silence passer par la suite, Celesta eut sûrement le temps de se dire que la blonde se foutait de sa gueule. Mais l’aînée Norton reprit la parole juste assez vite pour que la baguettière n’ait pas eu le temps de dire quoi que ce soit.

« Tu dois pas avoir de frères et sœurs, hein ? Ou alors des demi-frères-sœurs que tu vois jamais. Ou alors des frères et sœurs beaucoup plus jeunes ou beaucoup plus âgés, hein ? »

Elle avait dit ça d’un ton abrupt, presque… accusateur. Comme si c’était une tare de ne pas avoir une fratrie « régulière », sur le modèle Norton. Comme si ça prouvait quelque chose, aussi. Quelque chose sur Celesta, une faille de la jeune femme. Et ça n’était pas qu’une impression, puisque Juliet pensait que ça expliquait quelque chose. L’aînée Norton était sûrement la plus fine psychologue des trois. Ou plutôt, elle était celle qui utilisait le plus souvent ses talents d’observation. Mais contrairement à Will, qui le faisait sans s’en rendre compte, et qui en général n’utilisait son « empathie » (tout à fait naturelle, rien de magique là-dedans) seulement quand il pouvait aider les autres, et contrairement à Mary qui ne l’utilisait pratiquement jamais, considérant que la vie privée des gens les regardait, Juliet elle utilisait cette capacité pour survivre. Du coup, elle l’utilisait d’une façon agressive, comme tout ce qu’elle faisait.

« Parce que si t’avais des frères et sœurs dont tu avais vraiment été proche quand t’étais gamine, si vous aviez vraiment été un tout, comme les parents en sont un, tu poserais pas cette question. Ou pas comme ça. Will et moi on est frère et sœur. Comme des frères et sœurs le sont, quand le « bloc » enfants se retrouve en opposition contre le « bloc » parents la plupart du temps. » Elle mimait les guillemets à chaque fois qu’elle disait bloc, et tout ça était dit sur un ton cassant, mais ça ne l’empêchait pas d’expliquer quelque chose de primordial à Celesta. « Nos parents sont pas des salauds. Pas comme on imagine des salauds. Ils ne nous ont jamais tapés, papa a jamais joué à touche-pipi avec ses gamins, ou son gamin. Ils nous ont nourris, logés, blanchis. Nous ont donné une éducation, même s’ils n’ont réussi qu’avec Bessie à ce niveau-là. » Elle leva les yeux au ciel, visiblement « l’éducation » n’était pas ce qu’elle considérait comme étant le plus important. Evidemment, si elle n’avait pas été persuadée toute jeune qu’elle était stupide et qu’elle ne réussirait jamais dans ce domaine, elle aurait sûrement pensé autrement. « On dit qu’on est le reflet de nos parents. Ben quand tu vois ce que Bessie, Will et moi on est devenus, tu peux te dire que nos parents sont quand même assez perturbés. En gros, pour eux, y a pas de mauvaises choses. Ils sont incapables d’y faire face. Alors ils les ignorent. Will se met à se shooter ? Ils font comme s’ils voyaient rien, jusqu’à ce qu’un mec de la protection des enfants les force à le mettre en cure de désintox. Evidemment, ils disent alors que Will est « malade », qu’il se fait « soigner » et ne parlent jamais de drogue. Marybeth disparaît de la circulation ? Ils disent qu’elle est dans une école super élitiste, ce qui est vrai, et évitent de penser au fait qu’elle ne rentre jamais à la maison et qu’elle est partie d’une façon bien précipitée, jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’elle a eu un môme et qu’ils essaient de le récupérer parce que Bessie a « un problème » et qu’il faut « l’aider ». Et quand leur fille aînée se fait taper sur la gueule par son mec au milieu de leur cuisine, ils font comme s’ils n’avaient rien vu, ils aiment tellement Ike, il est tellement « gentil » et avec Juliet ils sont tellement « heureux ». »

Elle n’avait aucun mal à parler de ce qu’Ike lui avait fait vivre. Maintenant, elle avait pris sa décision, l’avait quitté, et s’était bien vengé de lui. Alors maintenant il faisait partie du passé, et Juliet n’avait pas de mal à parler du passé, surtout pas quand ça pouvait choquer les gens. Choquer une midinette aux yeux bridés était quelque chose de particulièrement savoureux, même quand elle savait déjà une partie de l’histoire, ou même toute l’histoire. La façon dont on disait les choses était souvent plus choquant que les horreurs qu’on pouvait dire. Elle écrasa son mégot dans le verre.

« Alors on a dû se protéger les uns les autres. Vivre les uns avec les autres. Se définir les uns par rapport aux autres, vu qu’on ne pouvait pas faire tout ça avec nos parents. Donc y a pas de Will et moi, pas sans un Will et Bessie, et un Bessie et moi. On est trois. Nos relations se définissent comme ça. Tu crois sûrement déjà tout savoir de Will et Bessie, mais tu ne peux pas tout savoir tant que tu n’as pas ma vision du truc. Comme tu ne peux pas tout savoir sur Will et moi sans avoir eu la vision de Bessie, sauf que ça je sais que tu l’as déjà eue. »

Elle sourit d’un air mauvais. Puis ajouta :

« Alors tes questions, va falloir qu’elles soient plus précises que ça. Parce que si tu me demandes juste de définir ma relation à Will, on va y passer des heures. »

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Celesta Christobal
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MessageSujet: Re: Blame it on the girls   Mar 6 Juil - 20:25

Décidément, même avec la meilleure volonté du monde et d'excellentes résolutions, Celesta ne pouvait pas apprécier Juliet. Même un tout petit peu. Elle devait serrer les lèvres, et répéter très fort, dans sa petite caboche bouillonnante, "Fais ça pour Will".

Elle déployait des prodiges de force morale pour ne pas répliquer tout haut, rouge de colère, ce qu'elle pensait des paroles de Juliet, de sa façon de sous-entendre que le fonctionnement de la fratrie Norton était un modèle, peut-être imparfait certes, mais sur lequel chacun se devait de fonctionner, sous peine de ne pouvoir réellement prétendre être frère, ou soeur, de quelqu'un. Elle aurait voulu lui dire qu'elle aimait énormément ses soeurs, et que même si elles n'avaient pas besoin, irrésistiblement, de se rejoindre dans le plus perdu des villages magiqus, leur relation valait bien celle d'un Will, d'une Marybeth et d'une Juliet. Elle trouvait la façon de voir les choses de Juliet profondément stupide et égoïste ; comme si elle et les siens avaient constitué le référent évident à toute forme de relation fraternelle.

Mais donc, elle s'abstint de tout commentaire sur ce point. Ca n'allait déjà pas être évident de faire parler Juliet, son instinct très sûr lui assurait que ce le serait encore moins si l'entrevue débutait par des insultes. Non, non, allons. Il était bien plus sage et sensé de se verser un peu d'eau, et de prendre le temps de boire pour se calmer. Tout en écoutant Juliet faire le résumé en version accéléré des cadavres du placard Norton - placard assez bondé, pour tout dire -, Celesta enrageait en silence, en croyant discerner le plaisir vicieux que la petite blonde semblait prendre à les évoquer.Comme si elle avait été fière des problèmes de drogue de Will, ou du fait que Marybeth s'était enfuie de chez elle parce qu'elle s'était fait mettre en cloque par son prof.

Ou qu'elle-même avait été battue par un certain "Ike", et que leurs charmants parents avaient fermé les yeux là-dessus. Une partie de Celesta voulait compatir, mais c'était un sentiment difficilement conciliable avec l'irrépressible agacement qu'elle ressentait vis-à-vis de Juliet. Juliet qui essayait visiblement de la choquer en lui débitant ces horreurs. Juliet qui, si prompte à laver le linge sale familial en public, se gardait pourtant bien de rappeler certains détails, comme la part qu'elle avait prise dans le procès qui avait opposé sa soeur à ses parents. Cette fois encore, Celesta se mordit les lèvres. "Heureusement", elle était déjà au courant de la plupart des faits que Juliet évoquait.

Et il lui sembla enfin, que ces efforts sur elle-même pour ne pas envoyer son petit poing maigrelet dans la figure de la guère moins chétive Juliet avaient payé : parce que ce que disait en fin de compte cette dernière n'était, pour le coup, pas dénue d'intérêt. C'était même une manière d'envisager la fratrie pour le moins éclairante. Celesta avait été voir Juliet parce qu'elle avait vécu avec Will quand "Bessie" était partie. Parce qu'elle avait pensé pouvoir ainsi accéder à certains aspects de la personnalité du jeune homme qui lui étaient encore obscurs. Mais il lui apparaissait à présent évident qu'effectivement, les trois frère et soeurs ne se comprenaient qu'en trio ; ça ne voulait pas dire qu'ils étaient unis comme les doigts d'une main, mais que, même malgré eux, ils étaient complémentaires.

Malgré son profond énervement, Celesta ne put s'empêcher de sourire bêtement à cette révélation, alors même que Juliet la sommait de préciser ses questions. Il ne lui venait évidemment nullement à l'idée que ça pouvait agacer bien plus encore Juliet que si elle l'avait même insultée.

"Oh, mais c'est vraiment intéressant", rétorqua-t-elle, avec la plus grande sincérité. Elle reposa son verre sur la table, tout en continuant de regarder Juliet d'un air presque... joyeux. En tout cas très intéressé. Visiblement, en fin de compte, ça ne l'aurait pas forcément dérangée de "passer des heures" à explorer le sujet. Mais bon, visiblement, ce n'était pas le cas de tout le monde.

"Euh... très bien. Dis-moi ce que je dois absolument savoir de Will, qu'il ne me dira jamais."

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Juliet Norton
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MessageSujet: Re: Blame it on the girls   Jeu 16 Sep - 11:22

Oui, Juliet aurait préféré que Celesta l’insulte. Elle aurait même préféré que Celesta s’enfuie, la vire de chez elle, ou fasse quoi que ce soit de ce genre, quitte à ce que Will lui reproche ensuite de ne pas avoir fait assez d’effort. Parce que, très franchement, voir le regard de l’asiatique s’illuminer, son sourire dévorer son visage idiot, c’était trop pour Juliet. Oui, elle avait joué le jeu, elle avait vraiment expliqué des choses importantes à Celesta, mais cet air ravi et curieux ne lui plaisait pas. Juliet partageait avec Marybeth cette préférence pour les secrets. Elle n’aimait pas parler de sa famille, malgré ce que pouvait penser Celesta à ce sujet, elle n’avait jamais été une partisane du lavage de linge sale en public. Elle avait été celle qui avait suivi la veine parentale le plus longtemps, et même si maintenant elle en était plus ou moins revenue, ça ne changeait rien au fait qu’elle n’aimait pas le fait qu’un étranger étudie sa vie comme ça. Si elle l’avait pu, elle aurait essayé de convaincre Will de changer de projet. Après tout, il avait vécu tout ce temps sans médium magique, en quoi c’était devenu soudain urgent ? Et pourquoi n’avait-il pas voulu en acheter un à Glasgow pendant son stage ?

Elle soupira, bruyamment, et ressortit une clope de son paquet. Elle allait avoir besoin de courage pour continuer cette entrevue, et comme Celesta n’avait visiblement pas prévu de lui sortir une boisson alcoolisée, elle ferait avec la nicotine. Elle alluma la cigarette, tout en réfléchissant à la question que la baguettière venait de lui poser. Ca n’était pas une question stupide, même Juliet devait l’admettre… Seulement, c’était une question compliquée. Parce que Will avait rejeté totalement la façon d’agir de leurs parents, et qu’il avait tendance du coup à s’ouvrir à n’importe qui. Il avait forcément dit pratiquement tout à Celesta, vu qu’il voulait une baguette, et qu’il n’était pas du genre à aimer faire perdre leur temps aux gens… En plus, il s’était attaché à la marraine de son neveu, et avait sûrement suivi ses conseils très sérieusement.

Non, si Will n’avait pas dit quelque chose à Celesta, c’était parce que cette chose, soit il ne la savait pas, soit il ne voulait pas l’admettre. Quelque chose qu’il niait. Quelque chose qu’il s’empêchait de voir. Juliet réfléchit un instant. En fait, elle réfléchit assez longtemps, en tirant régulièrement sur sa clope, pour que Celesta puisse se dire qu’elle ne répondrait jamais. Mais ses sourcils étaient froncés, et elle se mordait l’intérieur de la joue, preuve qu’elle était au moins concentrée sur quelque chose. Elle connaissait son frère, elle le connaissait aussi bien que Bessie le connaissait. Et Celesta avait sûrement déjà posé cette question à Marybeth, qui lui avait sûrement donné une réponse très éclairante. Il s’agissait de ne pas parler de quelque chose qui avait déjà été évoqué, Juliet n’avait aucune envie de perdre son temps.

« Will est le plus gentil de nous trois. » dit-elle en relevant finalement son regard de poupée sur Celesta. Et cette réponse pouvait paraître stupide, elle fit d’ailleurs un signe de main à l’eurasienne, l’empêchant d’enchaîner, afin de lui faire comprendre que ça n’était qu’une introduction. « Il donnerait sa chemise pour n’importe quel clodo. Il a toujours eu un côté saint Bernard. C’est ce qui l’a fait tomber dans la drogue en premier lieu, parce qu’il essayait d’aider les gens et que, petit à petit, il s’est fait noyer. Bessie et moi… On est des égoïstes. Pas le même genre d’égoïstes, mais c’est ce qu’on est. Si Bessie pouvait vivre juste pour elle-même, elle le ferait. Moi je le fais, parce que je l’ai décidé, c’est la seule différence entre nous. Enfin bref. »

Elle fit un signe de la main qui tenait sa seconde cigarette déjà bien entamée, comme pour signifier que ça n’était pas le sujet. Puis, elle prit une nouvelle taffe, avant de continuer.

« Will a peur. Il a peur d’être égoïste. Peur de ne plus se soucier des autres, de ne plus réussir à se connecter à eux. En gros, il a peur de devenir comme Bessie, ou pire, comme moi. Alors il a tendance à aller trop loin dans l’autre veine, à s’oublier pour s’occuper des autres… Mais cette peur… Ca le bouffe. Il est terrifié, et il ne s’en rend même pas compte. »

Elle soupira, puis elle ajouta, comme pour elle-même :

« Un jour cette peur va le dévorer. Et c’est ce jour-là qu’on verra jusqu’où peut aller son instabilité. »

Et pour la première fois, devant Celesta du moins, Juliet se retrouva soudain à avoir l’air presque sympathique. Parce que, elle avait l’air sincèrement inquiète pour son frère, et elle l’était. Elle aimait Will plus qu’elle n’aimait personne d’autre. Will était peut-être même la seule personne qu’elle arrivait à réellement aimer, et même si elle faisait des erreurs, même si elle n’était pas parfaite, tout ce qu’elle voulait c’était son bonheur.

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MessageSujet: Re: Blame it on the girls   Mar 5 Oct - 12:24

Activées par les effluves de thé et par ce que racontait Juliet, les petites cellules grises de Celesta travaillaient sévère. Pour ce qui était de la gentillesse de Will, ça, Celesta ne pouvait qu'approuver. Elle s'en était déjà fait la réflexion plusieurs fois, à force de le fréquenter pour discuter de sa baguette. La partie la moins sympathique d'elle-même s'était même soufflé à elle-même qu'il avait plus ou moins commencé à fréquenter Rachel par gentillesse ou, du moins, par politesse, simplement parce qu'il n'avait pas voulu la contredire ou lui refuser quoi que ce soit. Même si Marybeth était une de ses meilleures amies, Celesta ne l'aurait jamais qualifiée de "gentille". Elle respectait ses choix, elle comprenait la plupart d'entre eux, et lui connaissait de nombreuses qualités ; mais ce que disait Juliet était probablement vrai, même si l'Eurasienne ne pouvait que déplorer le manque de tact avec lequel son interlocutrice décrivait les choses. Ca lui faisait visiblement bien plaisir d'en ajouter une couche sur l'égoïsme de Marybeth. Pour le coup, c'était tout de même un peu fort de café : la botaniste avait tout de suite trouvé sa place dans la communauté, elle s'occupait d'un des postes les plus importants, poste très prenant pour lequel elle avait mis en péril sa relation amoureuse, et consacrait le peu de temps qui lui restait à son fils et Fred, qu'elle traitait pour ainsi dire comme tel. Juliet pourrait bien dire que sa sœur, par ailleurs, vivait de manière très égocentrée, mais après tout, beaucoup de gens fonctionnaient comme ça.

Mais on n'était pas là pour discuter de Marybeth : c'était de Will dont il était question ; et c'était probablement justement à cause de cette gentillesse que Will était si difficile à cerner : il semblait envisager lui-même sa propre existence comme s'il n'en était pas vraiment le héros principal. Le fait que Juliet associe ça à de la peur, c'était... quelque chose à laquelle Celesta n'avait pas songé. Elle-même passait une bonne partie de son existence flippée pour un rien, raison pour laquelle, sans doute, elle se rendait difficilement compte que d'autres personnes pouvaient avoir peur ; y compris d'elle-même, ce qui restait la chose la plus invraisemblable, à ses yeux. Elle pouvait difficilement concevoir, donc, que Juliet ait raison sur ce point, pourtant cela faisait sens, quelque part. L'image de Will et celle d'un genre de lézard prenant la fuite se superposaient dans l'esprit de la baguetière ; il y avait de cela, mais elle devait creuser la question. Elle sentait que ces quelques mots de Juliet l'avaient mise sur la bonne piste. Sa tasse de thé en tremblait entre ses doigts ; elle la reposa sur la table, l'air pensive. Il lui fallut quelques secondes pour se souvenir que Juliet était toujours en face d'elle, en attente, sans doute, d'une remarque, d'une réaction, d'une nouvelle question. Elle redressa un peu vivement la tête.

"Euh..."

Et elle sourit à nouveau, la pauvre ignorait bien sûr à quel point elle aggravait son cas.

"Merci... merci beaucoup, c'est... c'est vraiment très éclairant, euh... Je... je voudrais réfléchir là-dessus, alors, je te prends pas plus ton temps, peut-être que si besoin, je... mais déjà, tu m'as beaucoup aidée. Vraiment, merci !" fit-elle finalement, tout en se levant et en accompagnant son hôte jusqu'à la porte. Et elle la mit ainsi dehors, ou à peu près. Le travail avant tout.

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Blame it on the girls

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