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 Quête de Kathaleen O'Riordan

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Kathaleen O'Riordan
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MessageSujet: Quête de Kathaleen O'Riordan   Dim 14 Oct - 23:51

Faire une croix sur le passé, oublier les visages qui peuplaient encore ses songes, parvenir au but qu’elle s’était fixé lorsqu’elle était entrée dans l’école supérieure sise sur l'île nordique qui la hantait... C'était ce qu'elle souhaitait, ce pourquoi elle avait entrepris ce périple pour trouver cette étrange brume dont tante Aoife lui avait parlé elle ne savait plus combien de fois ces dernières semaines. Elle avait gagné Stirling sans vraiment se rendre compte de la distance parcourue, et il fallait avouer que de chez sa tante, ça n'était pas un très long voyage. Et puis elle avait pris un taxi pour suivre la route jusqu'à Kildrummy. Le pauvre homme avait tenté deux, trois fois d'engager la conversation, mais les regards noirs et le mutisme de l'irlandaise l'avaient rapidement découragé. Elle regardait défiler le paysage sans vraiment le voir, songeait encore au passé, incapable de s'en défaire, et portait parfois la main à son col, soupirant chaque fois en se souvenant que non, elle n'avait plus sa baguette, elle l'avait laissée chez tante Aoife, comme si c'était la première étape pour oublier tout le reste.

Il lui faudrait marcher ou utiliser Ainir pour atteindre la brume. Tant qu'elle était à proximité de la civilisation et que le ciel restait dégagé, elle se refusait à sortir son balai de la sacoche, enchantée pour contenir bien plus que ce qui ne semblait pouvoir y entrer, qui se balançait à son épaule, et usait les semelles de ses bottes de cuir noir sur la lande écossaise. Ca avait peu d'importance, de toute façon. Tout ce qui comptait, c'était qu'elle arrive à destination. Il lui avait fallu dormir à la belle étoile, et on ne pouvait pas vraiment dire que c'était une chose à laquelle elle était habituée, plus coutumière du confort du Manoir que des épopées en rase campagne. Un feu difficilement allumé après plusieurs tentatives infructueuses sans son medium l'avait tenue au chaud, ou tout au moins, relativement éloignée du froid nocture, et elle avait repris sa route dès que les premiers rayons du soleil avait parsemé d'or ses cheveux flamboyants.

Combien de réveils, cette nuit-là ? Elle ne les avait pas compté. Elle ne les comptait jamais, et sans doute était-ce mieux ainsi. Ses rêves avaient été peuplés des visages de Will, embarrassé et incapable de prononcer un mot, d'Adèle, hautaine et triomphante, qui venait de lui voler son petit ami, le seul qu'elle eût vraiment eu, de Ling, aussi fourbe qu'elle-même pouvait l'être - avait pu l'être toujours - derrière son visage angélique, d'Adam, aux yeux rieurs, comme à chaque fois qu'ils avaient "joué" ensemble à Tryll', de Judith, en plein délire en cours de potions, du Dreogan d'autrefois, arrogant et séducteur à la fois, de celui qu'elle avait laissé dans le grand nord, sur ses gardes et mal dans sa peau, d'Eogan, avide d'entendre sa voix, plein d'intérêt pour le peu qu'elle pouvait lui dire, de Père, inquisiteur comme il n'avait cessé de l'être avant qu'elle ne quitte la demeure familiale une nouvelle fois, de Mère, courroucée comme la dernière fois qu'elle l'avait vue, et de tante Aoife, inquiète qui lui conseillait ce périple bien étrange.

Une barre de chocolat avait trouvé le chemin jusqu'à ses lèvres comme elle avançait sur une plaine désertique, seul petit déjeuner qu'elle avala ce matin-là. Pas un hameau, pas une chaumière isolée à l'horizon. Pas âme qui vive dans les environs... Elle avait sorti Ainir et avait effleuré le ruban qui ornait le manche du balai. L'un comme l'autre faisaient partie des nombreux vestiges de son passé qu'elle n'avait pas pu se résoudre à laisser derrière elle.

- Ca va être à toi de jouer ma belle..., lui murmura-t-elle.

On aurait pu rire s'esclaffer, sans doute, à la voir ainsi parler à sa monture inerte, elle n'en avait cure. De toute façon, il ne se trouvait personne dans les environs pour s'en gausser. Un instant plus tard, elle sillonnait le ciel écossais, toujours tout droit, à la recherche de cette fameuse brume magique.
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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Lun 15 Oct - 21:12

Et la fameuse Brume magique (à laquelle elle mettrait bientôt une majuscule) lui tomba dessus sans prévenir, l'engloutissant d'un coup. Déséquilibrée, aveuglée, Kathaleen dégringola de son balai et atterrit plus ou moins durement sur un tapis de mousse. Aussitôt, une jeune fille blonde d'une quinzaine d'années, suivie par un groupe de filles qui gloussaient bruyamment, s'approcha de l'Irlandaise et lâcha, d'un air de souverain mépris:

- Mais c'est Bouboule! Avec un balai! Tu croyais vraiment qu'il allait s'envoler? Avec ton poids? Tu vas en faire du petit bois de ce pauvre balai!

La petite troupe ponctua chaque réplique d'un rire discipliné tandis que la blonde fronçait le nez.

Kathaleen était pourtant toujours la jeune femme belle et désirable qui était entrée dans La Brume. Cependant, la douleur provoquée par le mépris était vive et les complexes d'autrefois refaisaient surface avec une incroyable netteté.

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Kathaleen O'Riordan
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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Jeu 25 Oct - 1:00

Le monde était pourtant relativement clair l'instant d'avant... Et puis l'instant d'après, elle était engloutie dans un brouillard opaque au coeur duquel il lui était impossible de se repérer. Elle avait volé de nuit, sous la neige, dans le vent et la brume, mais jamais dans des conditions pareilles, et, si elle avait eu une seconde pour y réfléchir, en serait venue à la conclusion qu'il s'agissait de la Brume, celle dont tante Aoife lui avait parlé. Mais elle ne bénéficia pas de cette seconde, car, privée de repère, elle se retrouvait à terre, sur un tapis de mousse providentiel qui lui évitait sans doute quelque fracture, ou pire. Elle s'en sortirait sans doute avec quelques hématomes et écorchures... Et une blessure plus profonde à l'amour-propre.

Pourquoi fallait-il qu'elle fût là pour voir ça. Il y avait déjà bien assez souvent matière à se moquer d'elle, ça n'était pas utile d'en rajouter. Kath avait attrapé en vitesse Ainir lorsque la voix avait prononcé ses premiers mots, et la serrait contre elle, comme un rempart. Ce regard... Elle s'était juré de faire ravaler leur langue à tous ceux qui la dévisageraient ainsi. Il fallait qu'elle trouve quelque chose contre cette pimbêche qui n'avait d'autre passe-temps que de se moquer de ses formes disgracieuses. Ah ! Elle ne perdait rien pour attendre. Et pourtant l'irlandaise restait muette, ses yeux émeraude au bord des larmes foudroyant la blonde.

Il y avait une part d'elle qui voulait répondre par d'autres piques, plus ou moins fines, toutes venimeuses ; qui aurait voulu sortir une baguette magique et enfermer son rire vil dans un cercueil de glace, enfermer tout leur petit groupe de suiveuses aussi, incapable de penser par elles-mêmes, dans un tombeau gelé. Il y avait la femme blessée qui savait avoir laissé derrière elle son medium, mais posséder quelque plante ou elixir qui eût pu venger l'affront, bien qu'elle n'eût pas jugé cela nécessaire. Et puis il y avait surtout la petite fille qui exécrait ses remarques, sans savoir y répondre, et qui ruminait sa rancoeur. Et c'est elle qui prenait le pas sur les autres à cet instant. Plus tard, elle trouverait un moyen de se venger. La vengeance est un plat qui se mange froid, disait-on. Pour l'heure, elle savait qu'il fallait qu'elle réagisse, qu'elles n'abandonneraient pas si facilement leur bouc-émissaire. Mais que pouvait-elle répondre ? C'était facile... tellement facile...

*C'est trop facile... T'as besoin de ça pour exister ? De prouver que t'es mieux que les autres ? Tu sais, se comparer au pire, ça veux pas dire que t'es la meilleure.*

Voilà les mots qui se formaient dans son esprit, bien qu'elle fût incapable de les prononcer à cet instant. Elle baissa les yeux, observant le balai, instrument des mesquineries de la blonde et resta un instant perplexe quant à sa propre silhouette. Il y avait quelque chose qui n'allait pas, dans toute cette histoire. Elle resta un long moment, silencieuse et songeuse, le regard baissé, jusqu'à ce qu'elle parvienne à une conclusion.

*Tout ça, c'est du passé. Révolu. Ca n'est pas celui-là que je veux oublier...*

Vrai ou faux ? S'il revenait, si vivace, n'était-ce pas qu'il la hantait encore parfois ? La scène n'était pas tout à fait identique, mais le ressenti et les protagonistes avaient suffi à réveiller des souvenirs qu'elle croyait oubliés. C'était vrai qu'il y avait eu ce petit groupe de midinettes à se pavaner dans l'école en rabaissant tout ceux qui n'entraient pas dans leurs critères... Et Dieu savait que la rousse était loin de faire partie des canons à l'époque. Pourtant, elle songeait que, de cette période-là de sa vie, elle avait déjà fait son deuil, ou plus exactement, elle avait déjà eu sa revanche. Et ses prunelles se posèrent de nouveau sur la blonde.

- Pardonne-moi, mais je crois que tu as grand besoin de lunettes, commença-t-elle, un rien cinglante. Ou que l'on revoit la définition de certains des termes employés. Comme c'est triste, si jeune et déjà si proche de la cécité...

Elle toisa brièvement le petit groupe et un sourire narquois étira ses lèvres.

- Je comprends... Tes amis sont là pour t'aider à te repérer. Note que je crains qu'elles ne te soient pas d'une grande utilité : j'ai bien peur qu'elles ne soient aussi aveugle que toi.

Elle secoua la tête, l'air faussement désolé, et ajusta son sac sur son épaule après y avoir rangé Ainir, tout en ajoutant :

- Malheureusement, je n'ai guère de temps à te consacrer, j'en suis désolée. Tu fais partie du passé, tu ne devrais pas être là à l'heure qu'il est. Quel dommage que je n'aie pas pu te répondre sur le coup à l'époque. Ca m'aurait épargné bien des tracas par la suite pour inventer une vengeance digne de l'affront. Quoique... A bien y réfléchir, c'était assez drôle...

Une potion savamment préparée, discrètement substituée elle ne savait plus trop par quel biais lui avait permis de voir la blonde revêtir une jolie robe rousse, moustache et queue de chat y compris. Ca n'avait pas été une mince affaire que de récupérer un poil de la minette de la fille de dernière année du dortoir d'à-côté sans se trouver nez à nez avec ladite féline, mais le résultat en avait valu la chandelle. La blonde avait passé quinze jours à l'infirmerie, le temps de retrouver une apparence humaine.

L'herboriste mima une révérence, maintenant une robe imaginaire avant de se redresser, toisant de nouveau la blonde, une des nombreuses personnes présentes sur sa liste noire.

- Bonne fin de journée mesdemoiselles.

Et elle leur tourna le dos sans plus attendre. Face à ça, elle savait réagir, ou tout au moins le croyait. Non, en définitive, ça n'était pas ces souvenirs-là qui l'avaient menée jusqu'ici, même si, comme tout élément de son histoire, ils apportaient une pierre à l'édifice, à ce château empli de douleurs, de rancunes, de blessures et de craintes qu'elle était à présent.
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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Sam 27 Oct - 17:07

Apparemment, Kathaleen s’était bien dépêtrée de sa première épreuve, elle avança sans encombre et laissa derrière elle ces souvenirs douloureux d’une ancienne complexée. Littéralement. Au bout de quelques pas, elle ne se souvenait déjà plus du nom de la blonde. Quelques pas plus tard, elle ne se souvenait plus non plus de la moitié des souvenirs de moqueries qui étaient liés à son poids. Finalement, elle ne se souvint plus de quoi que ce soit lié à sa période de complexée. Elle se souvenait des choses qu’elle avait apprises durant cette période, elle se souvenait de certaines personnes (celles qui ne s’étaient jamais moquées de son poids), elle se souvenait d’avoir vécu durant cette période, mais il lui manquait la plupart de ses autres souvenirs, tous ceux qui étaient liés à son ancienne silhouette. Elle avait d’ailleurs oublié avoir un jour été grosse. Ou plutôt, elle l’oubliait parce qu’elle ne se souvenait plus de la souffrance qui avait accompagné cette période. Si elle s’était concentrée sur ces années de sa vie, elle se serait bien souvenu qu’elle avait eu du poids en trop, mais elle ne se souvenait pas que ça ait influé un seul instant sur sa vie. Mais si elle se concentrait sur cette période, elle se rendrait aussi compte qu’il lui manquait des souvenirs, ou plus précisément, qu’elle n’avait pas assez de souvenirs, comme si elle n’avait pratiquement rien vécu durant son adolescence.

Sa marche la conduisit dans une clairière où la Brume n’était que peu présente. Au centre de cette clairière se trouvait un petit banc en pierre, très romantique, entouré de fleurs des champs. Au moment où Kath se disait que l’endroit était fait pour les amoureux, deux silhouettes pénétrèrent à leur tour dans la clairière. Il était aisé de les reconnaître tant elles étaient familières. L’une était une jeune femme élancée, portant une longue robe très classique qui lui allait très bien. L’autre était un jeune homme, au pas un peu pataud, à la carrure athlétique. Ils se tenaient par la main et, sans prêter attention à Kath, ils s’assirent sur le banc. Avant que Kath n’ait vraiment pu réagir, les deux fantômes de sa vie passée se mirent à s’embrasser fougueusement.

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Kathaleen O'Riordan
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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Dim 28 Oct - 22:47

C'était étrange, que de laisser derrière soi une partie de sa vie. Elle ne s'en rendait pas bien compte à vrai dire, si ce n'est que son humeur se modifiait. Elle avait tourné le dos à la blonde, triomphante, presque contente de sa vengeance, des mesquineries anciennes aussi. Elle s'était demandé ensuite pourquoi elle avait ce sentiment de victoire, quelle bataille, aussi dérisoire soit-elle, avait pu en être à l'origine. Elle s'arrêta un instant, et se retourna, comme pour vérifier si elle n'avait pas fait tomber, ou oublier quelque chose, mais seule la Brume se présentait à ses yeux, et elle ne se souvenait pas d'avoir lâché quoi que ce soit.

Les sourcils froncés, perplexe, elle avait poursuivi son chemin quelques instants, et était parvenue à une clairière romantique, qui lui rappela instantanément celle de la colline, celle du premier soir... Par réflexe, comme si cela avait pu la protéger de quoi que ce soit, elle croisa les bras et fit quelques pas de plus, au moment où deux silhouettes entraient dans la clairière et s'approchait du banc de pierre qu'elle observait à l'instant. Kath se figea, refusant de reconnaître ces deux personnes, incapable pourtant de ne pas deviner les traits qui restaient encore flous à ses yeux. Ils se tenaient par la main et l'irlandaise réalisa que ce qui brouillait sa vue n'était autre que les larmes qui affluaient de nouveau, comme à chaque fois qu'elle repensait à lui. Elle avait tant pleuré qu'elle croyait toujours ne plus pouvoir verser de larmes à nouveau, et pourtant, chaque souvenir les ramenait à ses yeux.

Un mouvement de recul et elle s'était retournée, incapable de soutenir le spectacle du fougueux baiser qu'ils échangeaient. Elle avait déjà vécu ça, et la plaie béante ne s'était pas refermée. Elle doutait qu'elle puisse jamais cicatriser d'ailleurs. Les yeux clos, d'amères larmes perlant sur ses joues, les bras serrés autour de son buste, immobile, elle restait muette, incapable de partir, et tout autant incapable de les affronter. Elle avait cru, un instant, avant de partir, que ça avait pu être un accident, comme la fois où Miss Huang avait posé ses lèvres sur les siennes, et, même si elle avait refusé de croiser de nouveau son regard et avait fui l'île, elle se demandait parfois s'il l'aimait encore un peu, s'il n'avait pas vraiment voulu tenir sa promesse. Mais face à ce spectacle, la question ne se posait plus. Il l'avait remplacée.

Etait-ce réel ? Elle ne savait guère quoi en penser. Mais la douleur était là, elle, et elle n'arrivait pas à y faire face. A chaque instant, elle semblait se recroqueviller davantage sur elle-même, jusqu'à finir à genoux à terre, comme si courber le dos avait pu la protéger. Vaine tentative, ses cheveux épars au milieu des fleurs des champs et son sac négligemment tombé auprès d'elle, les yeux clos, elle revoyait pourtant leurs visages, leurs mains enlacées. Elle le lui avait dit, dès le départ, qu'elle ne voulait pas s'attacher, pour ne pas avoir à en souffrir. Elle avait eu raison en définitive, même si elle n'avait pas pu faire ce qu'elle s'était toujours imposé : le mettre dehors au petit matin. Et ces quelques mois où elle avait fini par y croire, bien qu'elle s'en fût toujours récriée, n'avait fait qu'accentuer la hauteur de la chute.

*Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ça fait aussi mal ? J'aurais dû lui dire adieu dès le départ...*

Elle aurait dû lui dire adieu, tout court. Ses paupières se rouvrirent instantanément, les larmes perlant toujours aux coins de ses yeux, mais elle ne trouva pas la force de se relever. Elle fixait un brin d'herbe sans vraiment le voir, au sol devant son visage. Quelque part, elle savait ce qu'elle devait faire, mais elle ne pouvait pas s'y résoudre.

- Je ne peux pas...

Elle referma les paupières, maudissant les deux jeunes gens qui se démontraient sans doute toujours leur amour dans son dos, maudissant sa propre faiblesse, aujourd'hui comme le premier soir où elle avait cédé à son regard perdu, à son embarras.

- Je n'y arriverai pas...
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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Ven 2 Nov - 20:56

Soudain, les paupières de Kathaleen se rouvrirent, sans que la rouquine ne puisse rien y faire. Sa tête tourna vers l’endroit où Will et Adele s’embrassaient toujours. Le message était visiblement clair : elle ne pouvait pas échapper à cette vision. Elle serait forcée de l’affronter. Si elle essayait de se cacher les yeux de ses mains, elle se rendrait compte qu’elle en était incapable. Quoi qu’elle essaie, elle ne pourrait pas s’empêcher de les regarder….

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Kathaleen O'Riordan
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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Sam 3 Nov - 11:22

Mais elle n'avait pas le choix. Bien qu'elle eût souhaité ne plus jamais poser les yeux pour voir un tel spectacle, ses paupières se rouvrirent soudain, Bien qu'elle eût souhaité rebrousser chemin, tourner la tête et le dos à leur fougue, son visage restait fixé vers le couple assis sur le banc. Bien qu'elle eût voulu lever ses mains pour masquer la scène à ses yeux, celles-ci restèrent étrangement inertes. Elle était dans l'impossibilité totale de s'y soustraire, mais ne supportait pas cette vision, qui réveillait une blessure loin d'être cicatrisée encore. Les larmes roulaient sur ses joues et tombaient au sol, et elle ne cherchait même pas à les arrêter. Elle avait déjà tant pleuré, elle revoyait tout ça chaque nuit, pourquoi fallait-il encore qu'elle en soit ici la spectatrice ? La réponse était pourtant évidente, mais elle n'était pas prête à l'accepter, par encore.

Il fallait qu'elle affronte tout ça, qu'elle cesse de fuir. Comme elle l'avait fait à Tryll', comme elle avait voulu le faire à l'instant. Mais c'était tellement dur, tellement douloureux. Elle ne pouvait détourner ses prunelles, et chaque seconde était un supplice supplémentaire. Pourquoi avait-il fallu qu'elle cède à ses yeux sombres, ce soir-là ? Pourquoi avait-elle fini par croire à sa promesse ? Elle savait qu'elle finirait par être déçue, on l'est toujours lorsqu'on place ses espérances dans les mains de quelqu'un d'autre. La chute est d'autant plus rude qu'on a mis la barre haut... et cette fois, cette unique fois, elle avait monté la barre très haut. Trop haut. Elle n'aurait jamais dû y croire, elle le savait, elle n'en serait pas là à cet instant...

Mais tout ça était faux. Elle voulait tout effacer ? Toutes ces semaines auprès de lui ? Ses baisers, sa présence réconfortante, ses hésitations touchantes, son regard aussi, lorsqu'il posait les yeux sur elle ? Cette soirée commencée au Chocolate Folies, poursuivie dans ce petit jardin sur la colline, et terminée dans sa chambre ? Les battements de son coeur lorsqu'elle avait traversé les couloirs jusqu'à la bibliothèque pour le rejoindre ? Ses bras solides, qui la soutenaient lorsqu'elle en avait le plus besoin ? Non... Tout ça, elle ne voulait pas l'oublier. C'étaient peut-être même les souvenirs les plus précieux qu'elle avait, parmi ceux qui réchauffent le coeur lorsqu'on y songe avec nostalgie. C'étaient des instants magiques, pendant lesquels elle avait été heureuse. Etait-ce une illusion, que ce bonheur ? Peut-être... Mais ça n'était pas ça, elle en prenait conscience comme elle ne pouvait retirer ses prunelles du sordide spectacle qui se déroulait devant elle, ça n'était pas ça qu'elle voulait effacer de sa mémoire.

C'était la trahison, ou ce qu'elle avait pris comme tel, c'était cette image-là, justement, qu'elle voulait oublier. C'étaient ces questions qui en découlaient, et la frustration de ne pas obtenir de réponse, qu'elle devait effacer de sa mémoire, qui devaient cesser de la hanter, de peupler ses songes et de l'éveiller en larmes chaque jour et chaque nuit. Et il n'y avait qu'un moyen de le faire, même s'il c'était le chemin le plus difficile à emprunter.

Sa main chercha son sac, et elle en tira de nouveau Ainir. Le ruban noir aux reflets bleutés qui en enserrait le manche en fut détaché, et elle caressa un instant le bois du balai, avant de le remettre dans son sac. Chancelante, elle se leva pourtant, les yeux toujours rivés vers le couple, ou plus exactement vers lui. Elle, elle ne méritait pas qu'elle s'attarde sur son cas, et de toute façon, elle voyait très clairement la motivation de la jeune femme. Elle avait vu son regard en cours de forces mimétiques, par exemple, et celui qu'elle avait arboré, lorsqu'elle les avait surpris. Ce regard qui disait clairement "The winner takes it all... The loser has to fall..." Et c'était ce qu'elle avait fait : elle était tombée. A présent il fallait qu'elle se relève, mais la chute avait été bien rude, c'était encore une épreuve que de mettre un pied devant l'autre et de s'approcher d'eux. De lui. Les larmes brouillaient sa vue, rendant plus pénible encore les quelques mètres à parcourir.

Et quand elle fut parvenu à un mètre du banc, ou tout au moins, lorsqu'elle jugea y être parvenue, elle s'arrêta. Nul doute qu'ils finiraient par sentir sa présence, à un moment ou à un autre. Les émeraudes de ses yeux restaient posées sur Will, et elle tendit la main devant elle, paume ouverte, dévoilant le ruban de soie qui avait - il y avait une éternité - complété sa tenue d'un soir. Et quand il daigna finalement tourner la tête vers elle, elle esquissa un pâle sourire, ses joues encore et toujours inondées de larmes. Sa voix tremblait, et peut-être qu'Adèle y verrait là encore une victoire. Mais ça n'avait pas d'importance. Il n'y avait que lui qui comptait. Il n'y avait toujours eu que lui, d'ailleurs.

- Je crois que je n'ai plus vraiment de raison de le garder... Ca fait bien longtemps que ce qu'il symbolisait n'existe plus.

Elle laissa le silence planer, tentant en vain d'assurer sa voix, ses mains tremblantes, espérant tout aussi vainement que ses larmes s'arrêteraient de couler.

- Il y a beaucoup de choses que j'aurais dû dire ce jour-là. Il y en a une que j'aurais dû dire même bien avant : Je t'aime Will. Depuis ce premier soir, même si j'ai toujours refusé de l'avouer. Je ne peux pas revenir en arrière, et je ne sais pas si ça aurait changé quelque chose... Peut-être bien que non en fait. Merci d'avoir tenté de me faire mentir, au moins un temps... Même si au final, j'avais raison : on finit toujours par tomber, ça finit toujours par faire mal. Pour une fois, j'aurais préféré avoir tort, tu sais...

Des sanglots l'empêchèrent de poursuivre. Elle cligna des yeux plusieurs fois, pour en chasser les larmes qui affluaient de plus belle, incapable d'ajouter encore un mot. Et pourtant il en restait un, qu'elle devrait prononcer. Un simple mot qu'elle n'avait pas dit, pas même lorsqu'elle avait tourné les talons pour les laisser seuls ce jour-là, avant de plier bagages. Un simple mot, qui mettait un terme définitif à toute cette partie de sa vie : "Adieu".
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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Lun 5 Nov - 9:40

Pendant toute la tirade de Kath, le couple l’avait observée avec des regards calmes, froids, sans même une trace de surprise. Quand elle prononça son dernier mot, Will et Adele se levèrent s’en allèrent, sans rien ajouter. A peine avaient-ils disparu dans la Brume que Kath commença à oublier. Ce fut exactement le même processus que quelques minutes plus tôt. Elle commença par oublier le nom d’Adele, puis par carrément ne plus se souvenir de quoi que ce soit qui se rapporte à elle… Puis, ce fut le tour de Will. Elle oublia d’abord certains détails de leur passé, puis certains évènements, puis finalement elle ne se souvint plus d’avoir un jour été en couple avec un certain Will Shadows, bibliothécaire à Tryllestarven.

Cette fois, elle sentit le vide d’une façon plus forte encore. Entre sa période en tant qu’obèse et son histoire d’amour norvégienne, il lui manquait une dose importante de souvenirs. C’était une sensation étrange. Elle se sentait plus légère, mais en même temps il y avait quelque chose qui clochait et elle ne pouvait que s’en rendre compte.

Le ruban était toujours là, Will avait refusé de le prendre, ou peut-être avait-il oublié. Kath sentait que ce ruban avait une signification, forte, mais elle ne pouvait pas mettre le doigt dessus. Et cette fois, la Brume ne lui imposa pas d’autre souvenir à affronter. N’était-elle pas venue pour faire une croix sur le passé ? Apparemment, la Brume avait pris son souhait à la lettre.

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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Lun 5 Nov - 16:37

Les deux jeunes gens se levèrent, sans un mot, sans une réponse et Kath les regarda s'éloigner, les yeux encore embués de larmes, sans vraiment comprendre. Qu'avait-elle espéré ? Qu'il lui réponde ? Elle savait qu'il n'était pas là. Elle se trouvait dans la Brume écossaise entourant Sywhaïd, Will ne se trouvait pas vraiment devant elle, pas plus qu'Adèle, c'était juste une épreuve. Une terrible épreuve, qu'elle tentait de traverser, malgré la douleur qu'elle ravivait.

Et puis comme la silhouette de la jeune femme disparaissait, elle se demanda qui elle était, et plus encore, qui était ce jeune homme à côté d'elle. Et pourquoi tenait-elle ce ruban sombre dans sa main ? Elle cligna des yeux, et resta un moment songeuse, ses prunelles posées sur sa main ouverte tenant encore le noeud papillon. Plus elle l'observait, et plus elle songeait qu'il y avait quelque chose d'important le concernant, mais quoi ? Elle était incapable de s'en souvenir, et ç'en était particulièrement frustrant.

Il y avait quelque chose qui n'allait pas, elle le savait, elle le sentait. D'ailleurs, pourquoi pleurait-elle si tout allait bien ? Sa main libre sécha ses larmes, à présent taries puisqu'elle ne se souvenait plus de leur origine, et elle resta un moment, le regard fixé sur ses doigts humides. Pourquoi pleurait-elle ? Et pourquoi avait-elle l'impression d'être aussi... vide ? Les souvenirs de son enfance restaient confus, et elle se souvenait du lycée, de Dreogan et des nombreux flirts qu'elle avait eus, jusqu'à ce qu'elle arrive sur l'île norvégienne où elle avait passé deux années. Elle n'avait pas continué à flirter là-bas, elle n'en avait pas souvenir. Pourquoi ? Et ensuite... pourquoi était-elle partie ? L'Université avait eu des problèmes, mais ça n'était pas sa motivation principale pour quitter le grand nord. C'était quoi alors ? Et pourquoi était-elle restée cloîtrée pendant un an ? Pourquoi était-elle ici, exactement ? Elle se souvenait qu'elle était là pour entrer à Sywhaïd sur les conseils de tanta Aoife, pour oublier... pour oublier quoi ? Elle était incapable de le dire. L'amnésie dont elle se trouvait victime n'avait rien d'agréable, elle se sentait comme amputée d'une partie d'elle-même, incapable de rien faire pour retrouver ce qui lui manquait. Elle était venue pour oublier, et manifestement, son voeu avait été exaucé.

- Non, murmura-t-elle, ses yeux scrutant la Brume autour d'elle. Ca n'est pas ce que je voulais...

Elle se trouva particulièrement ridicule à l'instant, debout au coeur d'un paysage factice, à parler au vide, et ferma les yeux, baissant légèrement la tête. Les sensations restaient, qui l'avaient décidé à partir, à traverser l'Ecosse pour venir ici, bien qu'elle en ignorât l'origine.

- Je suis venue pour oublier... enfin... pour ne plus souffrir du passé.

La reformulation était lourde de sens, et Kath rouvrit ses paupières, ses yeux un peu trop écarquillés par l'éclair de compréhension qui la traversait. Elle fixait un point vide devant elle, et hésita à parler un instant. Ca semblait tellement ridicule de parler au vide. Et pourtant...

- Je ne sais pas ce que vous m'avez fait oublier, mais... ce devaient être des choses plutôt douloureuses si j'ai souhaité m'en débarrasser. Sauf que ça fait aussi partie de ce que je suis, j'aurais dû le comprendre plus tôt...

Ses doigts jouèrent un instant avec le ruban, puis elle serra le poing contre sa poitrine.

- Je ne peux pas faire le tri dans mes souvenirs sans perdre une partie de moi-même, n'est-ce pas ?... C'est affreux comme sensation, d'être aussi... vide...

D'un autre côté, voir ce qui lui manquait refaire surface serait certainement très douloureux, elle venait de le déduire. Et elle ne voulait pas souffrir, c'était quelque chose qui restait profondément ancré dans sa personnalité.

- Pourquoi est-ce qu'il faut toujours qu'on ait mal ?
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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Mar 6 Nov - 16:07

Une sorte d’écran de cinéma apparut en réponse devant Kathaleen. Elle put y observer des scènes qu’elle avait oubliées depuis son entrée dans la Brume. Elles devenaient de plus en plus cruelles, de plus en plus douloureuses. Evidemment, Kath ne les observait pas avec la même intensité que si elle s’en était souvenue. Elle n’avait aucun moyen de savoir que c’étaient vraiment les scènes qu’elle avait voulu oublier. Mais elles étaient tellement dures que ça ne changeait pas grand-chose. La Brume laissa le temps à Kath de digérer ce qu'elle voyait puis, des mots finirent par s'afficher sur l'écran.

Crois-tu que ça en vaille vraiment la peine?

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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Sam 10 Nov - 13:58

Sa question resta sans réponse. Le décor se modifia en un écran de cinéma qui lui dévoila ce qu’elle avait oublié, en tout cas semblait-il que ce fût le cas, elle n’avait aucun moyen de savoir si c’était vrai ou faux. Ca n’en n’était pas moins douloureux, et, même si elle ne se souvenait pas de les avoir vécues, les scènes qui s’affichaient la firent trembler. Des enfants, ça n’était que des enfants, et pourtant les mots, les railleries étaient si cruelles ! Pas étonnant qu’elle ait voulu les oublier, si c’était bien ce qu’elle avait vécu, et dont elle ne gardait aucun souvenir. Etait-ce donc elle cette petite fille boulotte ? Elle ne s’en souvenait absolument pas, mais serra les poings. De telles injustices méritaient d’être punies, avait-ce été le cas ?

Elle n’eut guère le temps de se poser la question qu’on passait à autre chose, à une autre époque. A ce jeune homme qu’elle jugea agréable à regarder, un peu pataud, cependant. Ils avaient été ensemble ? Pourquoi aurait-elle alors voulu l’oublier ? La réponse ne tarda pas. Il s’en était allé avec une autre, et, même si les sentiments qu’elle avait eus pour lui n’existaient plus, elle ferma les yeux. Oui, c’était sans doute quelque chose qu’elle pouvait vouloir oublier. Tout ça, toutes ces images, elle n’aurait pas voulu les vivre. Mais avoir le sentiment de n’avoir rien vécu, était-ce mieux ? Lorsqu’elle rouvrit les yeux, l’écran lui posait visiblement la question.

Est-ce que ça en valait la peine ? Elle resta un moment à fixer l’écran et les quelques mots qui y étaient affichés. Elle n’en était pas certaine, mais c’était tout aussi affreux que de se sentir aussi vide.

- Est-ce que c’est mieux d’avoir l’impression de ne pas avoir existé ? Je ne sais pas si j’arriverai à vivre avec tout ça… Mais je ne crois pas que je veuille vivre comme ça, sans aucun souvenir.

Elle songea au visage du garçon aux yeux rêveurs, et un sourire amer étira ses lèvres. Elle observa de nouveau le ruban sombre toujours serré dans sa main.

- Si ça m’a fait si mal que j’aie voulu tout oublier, quand il est parti, c’est qu’il y a du y avoir du bon dans notre relation. Il doit y avoir de bons souvenirs de cette période, non ? Est-ce que je veux vraiment les oublier, ceux-là aussi ?

Comment pourrait-elle répondre à cette question ? Elle n’en avait justement aucun souvenir. Elle songeait juste que si ça devait impliquer d'oublier aussi tout ce qui lui était arrivé de bien, ça n'était peut-être pas une bonne solution. Et qu'il avait dû y en avoir, des choses bien, liées à ce ruban, sinon elle n'en aurait pas tant souffert.
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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Lun 12 Nov - 9:17

L’écran disparut et Kath se retrouva de nouveau seule, perdue dans le paysage brumeux. Soudain, ses souvenirs remontèrent à la surface, presque violemment. Elle se souvint de tout et fut submergée par tous ces mauvais souvenirs, mais aussi par les bons, parfois. La Brume n’intervint pas, lui laissant le temps de se réhabituer à sa mémoire pleine. Elle lui laissa plusieurs minutes pour se remettre. Finalement, une voix s’éleva, une voix qu’elle avait bien connue, grave et agréable, celle de Will. Il n’était pas là, ou du moins il n’était pas visible, mais c’était bien sa voix que la Brume avait choisi d’utiliser pour s’adresser à la rouquine.

« Alors ? Tu es venue pour laisser tes souvenirs derrière toi. Tu en as eu l’occasion… Pourquoi ne pas avoir été jusqu’au bout ? »

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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Jeu 6 Déc - 0:04

Elle avait à peine terminé sa phrase que l’écran disparut. Il n'y avait plus que la brume, opaque, presque oppressante, et le silence. Et brusquement, tout lui revint en mémoire, les bons comme les mauvais souvenirs, les moments heureux, et ceux tristes ou douloureux qu'elle avait voulu oublier, les joies et les peines qui avaient peuplé son enfance, son adolescence et ces quelques dernières années, et elle resta immobile, les yeux fermés, comme si ça lui permettait d'appréhender plus encore ce qu'elle avait perdu, l'espace de ces quelques instants, de cet quête, dont tante Aoife lui avait vaguement parlé. De nouvelles larmes roulaient sur ses joues, mais parfois un sourire effleurait ses lèvres. Un baiser sur un quai de gare, une réveillon du jour de l'an, quelques réussites dans le domaine des potions, l'épreuve des Esprits qui l'avaient terrorisée, elle revivait tous ces instants, presque comme on se rappelle soudain d'un rêve qu'on pensait avoir oublié.

Et le silence. Il n'y avait pas un bruit, pas un murmure autour d'elle, sauf le son de ses doigts sur l'étoffe qu'elle tenait toujours en main, si symbolique. Ca faisait mal de rouvrir toutes ces blessures encore une fois, mais en même temps, c'était bon de sentir de nouveau entière, et de resonger aux moments heureux. Car il y en avait, elle le réalisait peut-être enfin. Et ceux qu'elle chérissait particulièrement mettaient principalement en scène un visage qu'elle n'oublierait sans doute jamais.

Enfin une voix s’éleva, qui brisa le silence qui l'entourait. Une voix qu’elle n'oublierait sans doute jamais, grave et posée, douce à son oreille comme la plus fluide des mélodies. Celle de Will. Il n’était pas là, elle avait beau avoir rouvert les yeux et le chercher autour d'elle, il n'était pas là. Et elle aurait dû le savoir. Même si elle l'avait vu, il n'aurait jamais vraiment été là. Ca faisait partie de sa quête, de ce que lui imposait la Brume. Mais Will Shadows, quoi qu'il eût entrepris depuis Norsken, il ne pouvait pas être présent, ici et maintenant. Et pourtant elle aurait donné beaucoup pour pouvoir l'avoir auprès d'elle, comme avant, pour sentir encore ses bras forts autour de ses épaules quand elle en avait le plus besoin. Et il lui posait la question à laquelle elle venait finalement de répondre par la pensée, par ce que tous ses souvenirs enfin retrouvés lui avaient fait comprendre.

- Pourquoi ? souffla-t-elle, comme si parler était devenu la plus difficile des actions. Parce que tout oublier, c'est aussi m'oublier moi. Parce qu'il y a de bons souvenirs autant que des mauvais, et que je ne peux pas juste effacer les uns sans faire perdre leur consistance aux autres. Et qu'au fond je ne veux pas oublier ces moments heureux. Je voudrais juste... ne plus avoir mal à chaque fois que j'y pense.

Son regard émeraude resta un moment fixé sur le ruban de soie au creux de sa paume, puis elle le plaqua sur son coeur, et finit par relever la tête, bien qu'il n'y eût rien de particulier à fixer.

- J'aurais vraiment aimé qu'il soit là, mais ce n'est que la Brume qui parle par sa voix, n'est-ce pas ? Il ne me reviendra pas... Je le sais... Mais je n'arrive pas à l'accepter.

Elle secoua doucement la tête. Elle n'avait pas le pouvoir de revenir en arrière, sinon elle aurait déjà regagné l'île nordique et cette grotte où elle les avait trouvés, et sans doute aurait-elle tenté de lui dire, pour de vrai, ce qu'elle avait avoué à cette illusion les représentant, Adèle et lui, que la Brume lui avait faite affronter.

C'est étrange parfois, comme certaines choses vous reviennent en mémoire à un moment inattendu. Elle avait appris le français pour lire Dumas et Verlaine, parce qu'il aimait les écrits de ces deux français. Et les mots du romancier qu'elle avait lus, elle ne savait plus vraiment où, lui revenait en tête à cet instant : "Quand tu souffres, regarde la douleur en face : elle te consolera elle-même et t'apprendra quelque chose." Est-ce qu'elle avait appris quelque chose, vraiment, à cause de toute ces douleurs qu'elle avait endurées ? Lui eût-on posé la question, elle eût sans doute fini par répondre que oui, bien que son idée initiale eût plutôt été négative : elle avait appris à aimer, et même, à tout bien y réfléchir, elle avait fini par apprendre à le dire. Et c'était d'autant plus regrettable que l'intéressé n'eût pas réellement été là pour l'entendre...
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MessageSujet: Re: Quête de Kathaleen O'Riordan   Sam 8 Déc - 16:18

« Une rupture c’est comme le deuil. Il faut passer par plusieurs stades jusqu’à l’accepter. Tu finiras par réussir à ne plus penser à tout ça, mais ça prendra encore du temps. »

La voix était toujours celle de Will, mais encore une fois la Brume ne matérialisa pas l’ex de Kath. Apparemment, le fait d’utiliser la voix était déjà considéré comme quelque chose d’assez fort en soi, pas besoin d’en rajouter. La voix garda le silence quelques secondes puis ajouta :

« Peut-être pourras-tu trouver un moyen d’apaiser ta douleur dans la Noble Lande. » un chemin apparut soudain à travers la Brume. Il était bordé de buissons dans lesquels on avait noué des tas de rubans de toutes les couleurs. « Mais ne t’enterre pas à Sywhaîd. La douleur peut parfois nous empêcher de vivre, la laisser te dévorer dans un endroit fermé serait suicidaire. N’oublie pas qu’il y a un monde à l’extérieur. »

La voix se tut sur ce dernier conseil. Et Kathaleen put suivre le chemin. Au bout, elle trouverait la forêt, une clairière proche de la sortie, un endroit où l’on croisait parfois des sywhaîdiens, et où les créatures ne régnaient pas encore trop brutalement.

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