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 [ME] Cours I : tisseuses de Brume

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Dim 28 Mar - 20:02

Elles étaient cinq ; cinq demoiselles suffisamment dingues pour se promener dans les marais en cette morose et humide aurore. Selon l'expression sywhaîdienne consacrée, la Brume "faisait cloche" ; au-dessus des nappes d'eau mauve et des bandes d'herbes délavées du marais, des pans de brouillard flottaient pesamment ça et là. Rozen huma l'air légèrement acre ; ça ne se lèverait sans doute pas pour de bon dans la journée. Et pourtant elle souriait : ce temps était idéal pour le programme auquel elle avait convié ses participantes.

Elles étaient quatre (mal)heureuses élues, réparties dans deux barques côte à côte. Rozen était assise à l'avant d'une des deux embarcations, portant, sur ses genoux, un sac dont ressortaient cinq longues baguettes de bois.

"Ca va ? Bien réveillées ?" demanda-t-elle d'un ton plutôt joyeux. Contrairement à une certaine collègue, elle n'avait aucun mal à se lever tôt. Et il devait être dans les sept heures du matin, guère plus.

"Bon. On va s'embarquer pour une assez longue prom'nade, on doit aller jusqu'aux limites d'la brume, quasiment. Et la mauvais' nouvelle, c'est qu'au moins au début on f'rait mieux d'éviter la magie, à cause des nains noirs. Donc bon, va falloir pagayer, les filles ; on f'ra une pause à mi-parcours. Et pour vous donner du courage, j'vais vous raconter une histoire en attendant. Sur les loireags, évidemment."

Elle s'empara d'une des longues piques de bois, qu'elle enfonça dans l'eau ; il n'y avait pas une très grande profondeur d'eau, et elle pouvait ainsi aider, pour le moment, à faire avancer l'embarcation en poussant sur la pique, façon gondolier vénitien (en plus rustique). Et voici quel récit elle fit aux demoiselles tandis qu'elles dérivaient sur l'eau (nous ne retranscrivons pas la prononciation hachée du professeur ni les coassements de grenouilles et autres bruits suspects du marais).

Citation:
Histoire de la mère Crook et de la Loireag


"La mère Crook était si avare qu'elle n'aurait pas donné son eau à cuire les œufs. La quenouille en main, elle poussait ses trois moutons, de bon matin, sur le versant bien herbu de Snowhill, quand son œil de chouette alla se poser sur un gros peloton de fil couleur de brume, oublié au pied de la haie. Elle le ramasse furtivement et l'examine. Ce n'est pas du fil ordinaire. La soie est aussi fine qu'un de ces filandres que les araignées laissent traîner dans la rosée des prés et aussi résistante qu'un brin d'acier. Assurément, c'est le travail d'une Loireag qui est venue filer cette nuit-là. La pelote a dû tomber de son tablier. Tant pis pour elle !

Bien sûr, il serait plus honnête de le poser en évidence sur une pierre pour que la fileuse puisse le retrouver. Mais la mère Crook est si avare ! Elle voit déjà les beaux draps fins, les mouchoirs, les bonnets, les dentelles qu'elle va pouvoir en tirer et vendre très cher sur le marché. Elle entend déjà les sous tinter au fond de sa poche...

Cependant qu'elle est tout affairée à le manipuler, le peloton lui échappe des mains et roule à terre devant elle. La mère Crook, pour le saisir, dépose en hâte sa quenouille au bord du chemin. Les deux mains se tendent avidement vers lui pour l'attraper. Mais non, il roule encore, il roule toujours ! Pareil à un feu follet, un Will O'the Wisp, tantôt il la poursuit, tantôt il la précède, mais il lui échappe encore, il lui échappe toujours !

Elle franchit, haletante, les prairies du hameau, elle grimpe sans s'en apercevoir la côte si raide des monts de Lochboisdale, et poursuit sans fin sa course. Enfin, elle réussit à saisir, non pas l'objet de sa convoitise, mais le fil qu'il entraîne. La mère Crook, malgré les rochers qu'elle escalade, malgré les ornières dans lesquelles se tordent ses pieds, ne se contient plus de joie et, tout en ahanant, assure sa prise en enroulant sans cesse le fil autour de ses mains, de ses poignets, de ses bras. Bientôt la voilà aussi emmitouflée qu'une mouche dans une toile d'araignée. Encore deux ou trois tours et ses jambes seront entravées.

C'est un crève-cœur, mais il faut bien se résoudre à couper le fil d'un coup de dents ! Et voilà le peloton qu'elle a poursuivi si longtemps qui disparaît dans un bond vertigineux, et en même temps tout l'écheveau de fil qu'elle a obtenu avec tant de peine, malgré ses efforts pour le retenir, qui se déroule de sa taille, des ses mains, de ses bras, de ses doigts : il n'en reste plus rien. Pas un brin ! Et la vieille mère Crook de courir de nouveau après le peloton qui la nargue en rebondissant à la façon d'une balle !

Son homme trouva, au soir, les trois moutons broutant tous seuls l'herbe des collines, la quenouille abandonnée au bord du chemin, mais de mère Crook point. Depuis des années, elle poursuit ainsi sa course à travers landes et brumes d'un pays inconnu à la poursuite d'un peloton de fil couleur de brume."


"C't'une histoire qu'on raconte aux gosses pour qu'ils s'endorment. C'pratique parc'qu'on peut broder sur le parcours d'la pelote, tout ça..." expliqua Rozen. De fait, le temps qu'elle la leur raconte, elles avaient déjà bien avancé ; elles étaient maintenant en plein cœur du marais, dans sa partie la plus liquide, la plus profonde. Il n'était plus possible de pousser sur le fond pour avancer ; les berges étaient loin d'elles et, si elles n'avaient été attachées avec un bout de ficelle l'une à l'autre, les barques auraient tout à fait pu s'écarter l'une de l'autre davantage. Rozen fit signe aux pagayeuses qu'elles pouvaient s'arrêter.

"Alors. Les loireags ; c'est les créatures qu'on va essayer d'rencontrer aujourd'hui. Une idée d'à quoi elles peuv' r'ssembler, d'leur caractère, de c'qu'y faut faire pour les trouver, ou pour qu'elles s'laissent approcher ?"

[Inscrites du cours I, vous pouvez venir ! Vous avez trois semaines pour répondre. A vous de décider avec qui vous vous retrouvez dans la barque, mais de toutes façons, comme indiqué, les barques sont plus ou moins juste à côté l'une de l'autre.]

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Marisol Garcia Sanchez
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Mar 30 Mar - 18:43

La première fois qu'Oz avait entendu parler, ou plutôt avait lu quelque chose à propos des tisseuses de Brume, elle n'avait pas pu s'empêcher de penser à l'araignée, si précieuse aux yeux des hopis car à l'origine de toute chose et du monde. Sa baguette contenait même un fil sacré d'une toile de cette divinité et représentait à ses yeux bien plus qu'un medium classique, c'était une relique.

Ce matin-là, elle partait donc à la recherche de tisseuses de Brumes, pagayant dans les marais, ce qui ne rebutait pas la jeune femme qui avait toujours été sportive. Elle écouta attentivement la légende que conta Rozenn, qu'elle avait déjà lue quelque part, songeant aux légendes de son propre peuple. Pour elle, la tisseuse, c'était l'araignée divine, la créatrice du monde qui détient le pouvoir de donner et d'enlever la vie. Elle n'avait pas forme humaine, mais les légendes étaient ce qu'elles étaient, les mots divins rapportés par les hommes.

- Chez moi, les tisseuses sont les araignées, et l'araignée-mère est la tisseuse de la toile du monde. Elle est sacrée.

Elle porta la main à sa baguette, bien à l'abri dans la poche intérieure de sa saharienne. Une relique, oui, un trésor même.

-Mais les loireags ont forme humaines d'après ce que j'en ai lu.

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Rachel Berenson
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Jeu 1 Avr - 11:47

Rachel était assise dans la barque voisine, en compagnie, quelle chance ! de Juliet, la seconde sœur de Will. Pour une première rencontre, il y avait mieux quand même. De toute façon, elle eut tout juste le temps de se présenter avant que Rozen ne donne le signale du départ de leur expédition. A partir de là, il n’y eut plus guère le temps de faire connaissance. Assise à l’avant de l’embarcation, Rachel devait veiller à la maintenir dans le bon sens. Et il fallait aussi écouter le conte de tata Rozen. Pas tout à fait le même style que les contes canadiens avec lesquels elle avait grandi mais tout de même plutôt intéressant.

Elles s’arrêtèrent et Rachel écouta la fille de la barque d’à côté parler d’araignée mère et sacrée. Elle se demanda brièvement d’où elle venait et quelle tradition elle représentait donc, avant de répondre à son tour, elle demanda à sa voisine d’où elle était originaire. Ayant obtenu sa réponse, elle détourna son attention vers celle qu’elle devait maintenant donner :

- Je les imagine un peu comme des fées. Ou des elfes, à la Tolkien. Avec des longs doigts. Et, si on en croit l’histoire, un tablier ! Plus trop Tolkien du coup…

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Tommie Moogle
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Lun 5 Avr - 8:53

Si Tommie était arrivée au point de rendez-vous dans le marais d’un pas encore ensommeillé, Steamer baillant très peu discrètement sur son épaule, il n’avait pas fallut longtemps pour la sortir de sa torpeur. Quelques coups de rames, précisément. La jeune femme n’était pas exactement bâtie comme une athlète et chaque mouvement demandait une certaine concentration, surtout qu’il fallait se coordonner avec sa binôme, Oz, la jeune femme qui avait parlé d’araignée.
Cela ne l’empêcha pas d’écouter l’histoire que leur racontait Rozen avec attention. Elle n’avait jamais entendu parler des loireags avant d’arriver à Sywhaîd (ô surprise), mais des créatures tisseuses de brume, ça avait de quoi éveiller sa curiosité, professionnelle ou pas : elle venait justement de commencer à s’intéresser d’un peu plus près au traitement de la maille, notamment en traînant autour de la tricoterie. Et dans un excès de zèle, elle était même allée, la veille, consulter un ouvrage de la bibliothèque qui traitait des créatures fantastiques pour avoir quelque chose à dire lors du cours.

- J’ai lu que leurs tabliers étaient toujours plein de matériel pour tisser. Et il me semble aussi qu’elles se nourrissent de lait et de crème… même si ça parait être une nourriture difficile à trouver dans un marais, ajouta-t-elle en fronçant les sourcils.

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Juliet Norton
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Mar 6 Avr - 12:39

Décidément, Juliet avait joué de malchance. Quand elle avait choisi ses cours, plus ou moins au pif, à cause d’une discussion avec Jeremy, elle n’avait pas compris à quel point les sywhaîdiens étaient tarés. A vrai dire, elle avait pensé que les cours se passeraient dans des salles et, donc, n’y avait pas prêté plus attention que ça, pensant qu’elle pourrait se mettre dans un coin de la salle et s’y tenir tranquille le temps de faire ce qui semblait être une des attentes de Jeremy, qui la décevait de plus en plus de par sa façon de vouloir absolument une nana parfaite, une gentille fille. Pouah !

Enfin bref, du coup elle était dans le marais. Obligée de se lever aux aurores (bon, dans l’absolu elle ne se levait jamais très tard, c’était une habitude chez les Norton et les trois enfants avaient un rythme assez régulier à ce niveau-là). Enfin, se lever tôt pour aller dans les marais, c’était quand même particulièrement gonflant. Habillée d’un pantalon de toile épaisse marron, un des pantalons récupérés à son arrivée dans les vêtements abandonnés, d’un pull bleu clair (confection sywhaîdienne) et d’une veste en jean un peu trop grande qu’elle avait aussi récupérée (elle n’allait pas mettre ses nouveaux vêtements pour une sortie de ce genre), elle avait débarqué en se forçant à sourire. Sourire qu’elle avait d’autant plus eu de mal à conserver quand elle avait vu qui était là. Rachel. Cette salope qui se tapait son petit frère. Il avait fallu beaucoup de maîtrise sur elle, et beaucoup de désespoir (celui de n’avoir aucun autre lieu où aller) à Juliet pour qu’elle conserve un air aimable et qu’elle réponde à la présentation de la grognasse avec politesse. Elle faisait comme si elle ne savait rien du couple qu’ils formaient avec Will, et pourtant elle n’avait pas mis longtemps à le découvrir.

Bon, et puis, en plus il y avait eu cette tarée de prof qui s’était mise à raconter une histoire débile que Juliet eut du mal à vraiment écouter. A sa décharge, pagayer en même temps était douloureux pour elle. Elle ne devait sa minceur (quoi qu’elle fût très pulpeuse) à sa nature, elle n’était absolument pas sportive et ses bras étaient la partie de son corps la moins musclée. Elle eut des crampes au bout de même pas cinq petites minutes, et le reste ne fut plus que douleurs et pensées funestes, et trop malpolies pour qu’on puisse les répéter.

Alors quand tous les regards se tournèrent vers elle, une fois que les autres eurent tenté une réponse, elle se contenta de secouer la tête d’un air désolé. Elle n’avait aucune réponse, et de toute façon n’avait écouté ce qui avait été dit que d’une oreille distraite. Elle avait terriblement mal aux bras et, pour l’instant, profitait surtout de la pause dans l’avancée.

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Mar 20 Avr - 21:16

"Mmh, en gros, vous avez plus ou moins raison... Elles ont forme humaine, elles ont des doigts très fins et très longs, elles ont un tablier bien rempli, oui, et un côté assez... diaphane ? très féérique, ouip. Enfin, vous les verrez vous-mêmes. Du moins j'espère."

Elle sourit aux participantes ; des filles, visiblement plutôt enthousiastes (Rozen n'avait pas remarqué que Juliet était si peu heureuse d'être là) ; ça et le temps, ça s'annonçait bien. Mais il y avait encore quelques chances à mettre de son côté.

"Les loireags trouvent pas leur nourriture que dans les marais ; et elles vivent pas que là, mais c'est ici qu'elles sont l'plus facile à voir, parc'qu'elles restent qu'au crépuscule ou à l'aube, ailleurs, quand il fait vraiment humide. Alors qu'ici, elles prolongent un peu, avant d'aller s'planquer. Elles s'raient nocturnes, si elles pouvaient filer la nuit ; mais elles y voient pas plus que nous, donc bon. Bref.

Les loireags sont... pas farouches, mais disons qu'elles se laissent pas approcher par n'importe qui. Elles aiment les filles, plutôt ; et elles aiment les gens qui savent filer. Si on leur passe une pelote de fil de laine, avec un peu d'chance, elles peuvent vous l'échanger contre une de leur fil à eux ; un fil extraord'naire, super fin, nacré, solide... La roll's du fil, encore mieux qu'celui d'araignée. Et ya que si une loireag vous donne son fil qu'on peut en récupérer. Z'avez vu qu'en chiper, ça portait pas bonheur.

Donc, on va filer. J'espère qu'vous avez déjà fait l'expérience. Sinon, d'toute façon, faut essayer. C'est pas non plus super sorcier, et du point d'vue d'une Loireag, l'essentiel c'est d'participer."


Sur ce, Rozen lança à chacune une quenouille, et un petit paquet de laine à filer. Elle leur montra elle-même la marche à suivre. Elle avait la technique, sans être non plus particulièrement douée. Tout ce qui était manuel, ça n'était pas vraiment son truc. Enfin comme ça, les autres demoiselles, quelle que fût leur expérience, ne se sentiraient pas totalement ridicules.

[Vous avez trois petites semaines pour filer votre laine. A vous de voir comment vous vous en sortez.
L'exercice n'est pas anodin : vous devez vous sentir un peu relaxée par l'exercice, ce qui fait partie de l'était d'esprit qui vous donnera plus de chance de rencontrer une loireag. a vous de voir si vous jouez le jeu !
Vous pouvez digresser... Ce n'est pas un message très complexe, normalement.
MP en cas de question !]

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Juliet Norton
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Sam 1 Mai - 11:01

Pendant de longues secondes, Juliet observa sa quenouille et la laine qu’elle devait filer avec un air plus que méfiant. Elle n’avait jamais filé de sa vie. Elle savait tricoter, plutôt bien même, mais elle l’avait toujours fait dans un monde civilisé où la laine arrivait déjà en pelote, c’était quand même la moindre des choses. Elle hésita un instant à envoyer les objets à la tronche de Rozen et à repartir, prendre un bon bain et se reposer. Sauf qu’elle n’avait aucune idée de comment retourner à la terre ferme… et qu’elle devait être patiente si elle voulait éviter de se retrouver dans la merde dans cette communauté. Elle soupira donc, et se mit à imiter le mouvement que la prof leur avait montré.

Juliet était, pour sa part, quelqu’un de plutôt doué de ses mains. Si elle avait été du genre à adorer les travaux manuels, elle aurait sûrement pu se dire douée, et faire des tas de trucs pour ses amis, pour elle, des trucs mignons comme tout et décoratifs. Sauf qu’elle ne trouvait aucun intérêt à tout ça. Même tricoter, elle savait le faire parce que sa grand-mère lui avait appris pas mal de temps auparavant, mais elle ne le faisait jamais, sauf quand elle y était obligée. Ca n’était pas vraiment le genre de Juliet Norton de faire des cadres en tissus, des peintures sur objets en porcelaine ou des éventails décorés à l’encre de chine. Bref, elle n’était pas assez patiente pour ça, ou plutôt, ça ne l’intéressait pas assez pour qu’elle soit patiente. Mais elle n’avait aucun mal à saisir le truc, en général.

Elle ne mit pas longtemps à comprendre comment filer la laine fonctionnait. Et sans s’en rendre compte, petit à petit, ce travail manuel la mis dans un état moins… subversif. Elle prenait plaisir à sentir ses mains s’agiter, à regarder la laine bouger sous ses mains, la quenouille danser. Elle ne l’aurait jamais avoué, bien sûr, et c’était plus ou moins inconscient. Elle ne se rendait pas compte du calme qui, petit à petit, l’envahissait. Et même quand elle eut fini, elle ne réalisa pas la différence. Sa pelote était bien régulière, très jolie, et elle se prit même à espérer que les Loireags l’accepteraient. Avec une jolie pelote comme ça, elle devrait avoir un beau fil ! Et même si quelques minutes plus tôt elle se demandait en quoi ça pouvait lui être utile, ce fil en question, elle avait à présent presque hâte de rencontrer ces créatures, une question de fierté, cette pelote était réussie.

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Tommie Moogle
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Dim 2 Mai - 21:57

Les premiers tours de Tommie furent plutôt maladroits : l’inexpérience, ajoutée au fait que la barque ne permettait pas une stabilité à toute épreuve, lui arrachèrent une grimace en voyant le résultat. Cependant, au bout de quelques minutes ça allait tout de suite beaucoup mieux. Tommie était habile de ses mains et avait l’habitude de manipuler du fil, ce qui jouait en sa faveur. Steamer, installé sur sa cuisse, se rendait utile en dévidant peu à peu la laine à filet du paquet que Rozen leur avait passé. C’était un travail assez agréable, en fait. Après un moment, Tommie se surprit même à oublier qu’elle se trouver dans une barque au fin fond des marais de Sywhaîd. Elle n’avait même plus à se concentrer, ses doigts bougeaient d’eux-mêmes, ayant déjà acquis les automatismes de l’exercice. Elle laissa ses pensées vagabonder : Rozen leur avait donné à filer une petite quantité de fille, juste de quoi remplir la quenouille, mais pour avoir assez de laine pour réaliser un pull ou même une écharpe, le filage devait prendre un temps considérable, sans parler après du tricotage lui-même. L’un des inconvénients de la vie dans un endroit comme celui-ci…
Lorsqu’elle eut fini, Tommie regarda sa quenouille avec une pointe de fierté. Elle n’était pas parfaite, mais sans fausse modestie, n’était pas mal du tout. La jeune femme trouvait qu’elle ne s’était pas trop mal débrouillée pour une première fois. Restait à espérer que les Loireags seraient du même avis.

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Marisol Garcia Sanchez
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Lun 3 Mai - 16:12

Donc il fallait filer. C'était comme avec maman et les grands-mères à la maison. Oz avait souvent dû mettre la main à la pâte, de gré ou de force, alors l'exercice ne lui sembla pas bien difficile. Elle écouta attentivement ce que disait Rozen, l'air ébahi. Comment pouvait-on faire un fil encore meilleur que celui de l'araignée-mère ? Ca lui semblait tellement impossible qu'elle y songea encore un moment, avant de passer à l'attaque.

Et elle se débrouillait bien, on voyait qu'elle avait l'habitude de manier le fil toute seule, et travaillait en silence parce que personne n'avait pris la parole, sinon elle aurait été ravie de discuter avec une de ses camarades. Apparemment, elles étaient toutes trop concentrées sur leurs pelotes. Elle-même était concentrée sur la sienne, mais elle avait tellement l'habitude d'aider Maman que ses doigts dévidaient le fil sans même qu'elle y prête vraiment attention. De temps à autre, elle regardait les autres fileuses, ou Rozen, puis reportait son attention sur sa propre pelote.

Curieuse, elle se demandait vraiment comment un fil de Loireag pouvait être supérieur à un fil de l'araignée-mère. Jusque-là, elle n'avait pas pu y croire, même en lisant les ouvrages sur ces tisseuses de Brume. Et elle espérait fort s'être débrouillée suffisamment bien pour avoir droit à un de leur fil.

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Rachel Berenson
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Mar 4 Mai - 10:35

Rachel savait coudre. Quand on aimait la mode et qu’on ne roulait pas sur l’or, c’était un savoir indispensable pour transformer des vêtements jolis mais banals en quelque chose approchant la haute couture, du moins en apparence. Rachel savait tricoter aussi. Pas par passion des aiguilles mais suite à une corvée hivernale où elle avait fabriqué des écharpes. D’accord, ça restait sommaire mais elle connaissait la technique.

Elle n’avait donc pas d’appréhension particulière concernant le filage. Elle était, après tout, plutôt douée avec ses dix doigts et, effectivement, après un ou deux faux départs, elle chopa le truc et se mit à filer avec application. C’était un travail délicat et agréable. La répétition des mouvements, comme pour le tricot, avait quelque chose d’apaisant. Elle n’était pas particulièrement excitée à la base mais se sentait petit à petit envahie par un calme certain et se surprit même à fredonner tout bas. Ses doigts fonctionnaient presque automatiquement maintenant et ses pensées se mirent vagabonder à mille lieues du marais.

Quand elle n’eut plus de fil à filer, elle s’arrêta brusquement, comme si elle s’éveillait d’un songe. Un songe très agréable qui plus est. Elle regarda sa pelote avec une fierté non dissimulée. Elle était vraiment réussie et elle espérait que les Loireags apprécieraient.

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Sam 8 Mai - 10:40

Le résultat était plus que probant, songeait Rozen en examinant ses élèves au travail. En même temps, rien n'était gagné pour autant : elle n'était pas une loireag, et ces créatures, si elles étaient sensibles au travail bien fait, avaient leurs propres critères de "sélection". La prof avait plus d'une fois réalisé des expéditions qui ne l'avaient menée, en fin de compte, à rien : ça faisait partie du plaisir, en même temps, de son humble point de vue. Maintenant, ses élèves du jour ne seraient peut-être pas ravies d'être venues jusque là, aux aurores, pour rien. Et Rozen ne pouvait rien leur garantir. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était mettre toutes les chances de leur côté.

Et voilà pourquoi, une fois qu'elles eurent achevé leurs quenouilles, elle offrit à chacune des participantes, soigneusement emballé dans une large feuille de châtaigner, un petit fromage frais de brebis, à offrir aux loireags en plus du fil.

"Bon, maintenant, il va falloir y aller", fit-elle en extirpant à présent deux grosses pelotes de fil. Des solutions de rechange au cas où ses apprenties n'auraient pas réussi à filer leur laine ? Que nenni ! Rozen fixa l'extrémité de chacune des pelotes aux barques d'Oz et Tommie, et de Rachel et Juliet.

"Vous allez faire la dernière partie du chemin sans moi. Mais pas besoin de beaucoup ramer, cette fois. Il suffira de vous laisser dériver en donnant un p'tit coup d'pagaie d'temps en temps, voilà tout. Faites gaffe à c'que l'fil soit pas trop tendu, qu'il s'déroule doucement, parc'qu'ça s'ra vot' moyen d'rev'nir, après. Quand y en aura plus, ben vous vous arrêterez. Et vous attendrez.

Alors, euh, pour qu'les loireags viennent, le mieux c'est d'sortir vos fromages et vos quenouilles, pis d'discuter entre vous pour qu'elles entend' qu'ya du monde. Les conversations qui les intéressent le plus c'est... la vie en général ; enfin la votre, votre parcours, votre enfance. Z'êtes pas obligées de parler d'trucs très très intimes ; mais faudra êt' franches, quoi",
précisa le professeur, sans imaginer que, pour une des participantes, la tâche serait peut-être plus difficile que ça n'en avait l'air.

Si tout va bien, la loireag viendra à son tour ; elles sont suffisamment légères pour flotter dans la brume, surtout quand elle est bien dense comme ici. Elle y ira sûrement de son petit commentaire, mais elle est assez timide, donc mieux vaut pas lui parler en retour, la laisser faire, tout simplement. Vous verrez bien si elle fait l'échange des fils. Croisons les doigts !"

Sur ce, Rozen s'installa de façon à pouvoir dérouler facilement chacune des pelotes, et fit signe aux jeunes filles qu'elles pouvaient... se laisser dériver.

[Vous avez jusqu'à la fin du mois pour jouer la partie essentielle de l'exercice : la barque qui dérive lentement jusqu'à ce que la pelote s'arrête. Vous devez essentiellement jouer la conversation entre vos personnages : Tommie et Oz d'un côté, Juliet et Rachel de l'autre. Vous pouvez poster en plusieurs fois si vous préférez.

Ensuite, on passera à la loireag. Si vous avez envie qu'elle dise quelque chose en particulier à votre personnage, faites m'en part ! Sinon, bah, vous aurez la surprise.]

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Rachel Berenson
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Mer 12 Mai - 10:31

Rachel, assise à l’avant et donc en charge de l’orientation de la barque, ponctuait leur dérive de coups de pagaie bien ajustés pour leur éviter de trop se rapprocher des rives et contourner certaines obstacles qu’elles pouvaient croiser. A l’arrière, Juliet devait veiller au bon déroulement du fil. Elles ne s’étaient pas explicitement réparti les rôles mais les avaient naturellement endossés, tant ils tombaient sous le sens. Au bout de quelques minutes de navigation silencieuse, Juliet signala que le fil était pleinement déroulé et Rachel plongea donc sa pagaie dans le fond boueux des marais pour arrêter leur progression. Ensuite, elle étira ses bras endoloris avant de sortir sa pelote et son fromage qu’elle posa entre elles deux, sur le troisième petit banc de bois où s’asseoir. Juliet fit de même. Rachel soupira et ôta la pince qui retenait ses longs cheveux blonds avant de les secouer et de les rattacher plus convenablement. Ensuite, elle sourit à son équipière.

- Bon ben… je m’appelle Rachel, j’ai vingt ans. Je suis née au Canada, dans une communauté sorcière. On nous appelle les Darkholmes. Mes parents sont divorcés, j’ai deux petites sœurs, Kate et Sara. J’ai aussi des cousins, ce sont des jumeaux, on est nés tous les trois à quelques heures d’intervalle et tout le monde nous appelle « les triplés » parce qu’on est très proches. Tom est fiancé, il est toujours au Canada mais Jake est à Sywhaîd avec moi…

Elle éclata soudain de rire avant de rouler des yeux.

- Ça fait très speed-dating, non ?

Puis elle haussa les épaules, de façon à dire que, puisque c’était l’exercice, elle allait poursuivre.

- Je fais de la danse classique depuis que je suis toute petite et j’adore ça. Je sors avec Will depuis presque un an maintenant et… ça se passe très bien.

Elle avait hésité avant de dire cette dernière phrase mais Rozen avait bien dit que les Loireags aimaient les potins, où plutôt, les détails de la vie privée. Or, Will faisait partie intégrante de sa vie privée et, puisque Marybeth était au courant, elle ne voyait pas pourquoi Juliet ne le serait pas non plus.

- Bon… et toi ?

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Tommie Moogle
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Jeu 13 Mai - 11:03

Dans l’autre barque, Tommie était elle aussi assise à l’avant et s’occupait d’orienter la barque avec des coups de pagaie qui auraient pu, il faut le dire, être plus vifs. Elle commençait à fatiguer. Ça lui apprendrait à se coucher tard la veille d’un cours matinal et de ne rien avaler avant de venir. Oz, qui semblait définitivement avoir une affinité avec les fils, veillait au bon déroulement de leur guide pour le retour. Lorsque la pelote fut entièrement dévidée, elle stoppa la dérive de la barque en se servant de la pagaie comme d’une ancre et s’essuya le front avec son bras. Ça ne serait peut-être pas une mauvaise idée de se remettre au sport…
Ensuite venait la partie délicate : parler de soi. Typiquement le genre de choses que Tommie détestait faire, et ça aurait sans doute été difficile si l’exercice de filage ne l’avait pas détendue. Elle posa la quenouille filée et le morceau de fromage entre elle et Oz, puis se rajusta sur son banc et eut un sourire un peu gêné, Steamer sur ses genoux.

- Je m’appelle Tommie, commença-t-elle, et mon daemon c’est Steamer. J’aurais vingt-et-un ans le mois prochain. Je n’ai jamais quitté l'Écosse, je suis née à Aberdeen et j’y ai vécu pendant longtemps, jusqu’à ce que je déménage à Édimbourg. Ma mère est morte en couches quand j’étais toute petite, je ne me souviens pas vraiment d’elle. Mon père est tailleur, il possède un atelier à Aberdeen. J’ai un frère un peu plus âgé que moi, il s’appelle Mason. Nous étions très proches, vraiment très proches, mais c’est fini maintenant. Il vit à Édimbourg, il étudie la photo et il est vraiment doué. Moi je ne sais pas trop quoi faire. Je suis venue ici parce que l’homme que j’aimais est parti et que je ne voulais pas aller vivre chez mon frère.

Elle eut un nouveau sourire à l’intention d’Oz. Finalement, les mots coulaient facilement.

- Mais en fait c’est beaucoup moins mélodramatique que ça en a l’air. Et toi, alors ?

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Marisol Garcia Sanchez
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Dim 23 Mai - 22:26

Oz avait laissé Tommie les guider, surveillant le fil. Elle voyait bien que sa camarade commençait à fatiguer, mais n'osait pas lui proposer son aide, de peur de la vexer.

Parler de soi était l'étape suivante, et elle écouta d'abord Tommie, qui, à son grand soulagement, entama les hostilités.
Oz posa sa propre pelote de fil et l'écouta religieusement.

- Moi c'est Oz. Enfin mon vrai prénom c'est Marisol, mais je préfère qu'on m'appelle Oz. J'ai pas encore de daemon, mais je suis venue ici pour réussir à l'extérioriser, à terme. En fait, j'aime tout ce qui touche aux créatures, magiques ou non, daemons y compris. Enchantée Tommie et Steamer. Je sais qu'on le croirais pas, mais je suis plus vieille que toi, et je viens du Mexique, d'un petit village du côté de Tijuana. Ca me change drastiquement d'être ici, surtout le froid, chez moi, il fait bien plus chaud. Ma mère n'est pas sorcière, ses pouvoirs ne se sont jamais développés, peut-être que c'est aussi pour ça qu'elle a accouché d'une enfant morte née. Ma jumelle, Maria Bena Kay. Quant à mon père, toute sa famille est non sorcière. Ma grand-mère maternelle, il la prend pour une folle, tout comme ses parents. Mais moi je sais, maintenant, que c'est parce qu'elle est sorcière. Je n'ai pas d'autre frère ou soeur, Maman ne peut plus avoir d'enfant depuis nous. Moi je ne sais pas trop quoi faire pour réussir à extérioriser mon daemon, à chaque fois, je pense à ma soeur défunte. Mais peut-être qu'avoir retrouvé celle que j'aime m'aidera à avancer.

Les mots coulaient facilement, oui. Mais pour Oz, ça n'était pas si étrange. Elle savait ce qu'elle était, et ce qui la construisait. Et elle espérait bien qu'avoir retrouvé sa Doli lui donnerait la stabilité nécessaire pour extérioriser son daemon.

- Pareil, on a l'impression que je vais finir dépressive, mais pas du tout. Déjà avant, mais encore plus maintenant que Doli est avec moi.

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Juliet Norton
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Mar 1 Juin - 21:46

Etre franche. Il fallait être franche. Merde. Juliet ne put s’empêcher de se sentir prise au piège quand Rozen révéla cette facette de ce cours. Elle n’avait pas signé pour ça. On ne lui avait jamais dit qu’il faudrait qu’elle raconte sa vie à la blondasse qui se tapait son frère. Elle déglutit, mais n’eut aucun moyen de se sortir de ce bourbier (littéralement parlant, aussi), du coup elle se contenta de ruminer silencieusement tout en surveillant la pelote. Quand elles arrivèrent au bout, elle prévint Rachel, et sortit sa pelote et le casse-dalle pour loireag. Et c’est là que tout dérapa. Soudain, la canadienne et son accent insupportable (bon okay c’était totalement de la mauvaise foi pour le coup vu que les berenson avaient un peu trop voyagé pour avoir un quelconque accent) se mirent à babiller sur sa vie, sourire colgate en prime. Juliet dut se retenir de lever les yeux au ciel, ou bien de bailler, et eut beaucoup de mal à adopter la bonne expression. L’air intéressé, mais pas trop, et sourire aux bons moments.

Le problème était double. D’abord, ce que Rachel lui racontait ne l’intéressait pas du tout. Elle n’avait aucune envie de copiner avec celle qui se tapait son petit frère. Mais surtout, elle ne voyait pas comment elle pourrait répondre. Les Loireags ne viendraient pas si elle n’était pas franche. Bon d’accord, dans l’absolu, elle se fichait comme de son premier string (acquis à quatorze ans) de rencontrer ces fichues tisseuses. Mais en même temps elle n’avait aucune envie d’avoir fait toutes ces conneries pour rien. Elle sentirait le marais pendant des jours, même après plusieurs douches. Elle avait assez pagayé pour avoir des courbatures pendant plusieurs jours, et avait filé en public, ce qui voulait dire qu’on lui demanderait sûrement de réitérer l’expérience pour une corvée. Bref, tout ça c’était un peu trop pour qu’elle abandonne maintenant. Alors, comme elle était du genre obstinée, elle n’écouta ce que Rachel racontait que d’une oreille (mais son cerveau enregistrait pour se resservir des informations par la suite, un zèbre ne change pas ses rayures), et réfléchit à ce qu’elle allait dire. Elle était tout de même assez attentive pour sourire là où il le fallait.

« Moi c’est Juliet, et j’ai vingt-quatre ans. J’ai un frère, Will, et une sœur, Marybeth, qui vivent tous les deux à Sywhaîd. Mes parents sont à Washington, je suis… » Elle hésita une seconde, n’ayant jamais réellement parlé de ça jusqu’à présent. « fâchée avec eux depuis plusieurs mois, et je ne pense pas que nous nous réconcilierons un jour. » Elle aurait évidemment pu ajouter pourquoi, ça aurait sûrement plu aux Loireags niveau ragots, mais elle n’était pas d’humeur à s’épancher sur ses problèmes relationnels. « J’ai un neveu, Connor, qui est adorable. »

Elle grimaça. Ca n’était pas si évident que ça de jouer au funambule entre la vérité (obligatoire) et le jeu qu’elle jouait constamment (vital). Elle soupira, passa une main dans ses cheveux d’un air désolé assez bien reproduit vu la situation. Elle paraissait presque timide, ce qui lui convenait, après tout ça allait avec son personnage. Elle prit une inspiration, et décida de suivre une direction un peu moins dérangeante.

« J’ai arrêté les études après mon diplôme. Je n’ai pratiquement aucune énergie magique, ce qui fait que je n’ai jamais eu de très bonnes notes. Les études ne m’intéressaient pas, du coup j’ai décidé de travailler. J’ai fait plusieurs jobs, et j’ai fini par être vendeuse de vêtements dans une petite boutique. »

C’était presque un point commun qu’elles auraient pu avoir avec Rachel. Seulement, Juliet n’était en aucun cas une fan de la mode. Elle aimait les fringues, mais elle ne cherchait pas à suivre les tendances, ou à innover. Elle, elle se contentait de mettre des fringues qui lui plaisaient, en général plutôt tape-à-l’œil ou même vulgaires, quoi qu’à Sywhaîd, vu le rôle qu’elle jouait pour éviter les ennuis, elle ait un peu calmé ses choix.

« Le dernier mec avec qui j’ai eu une histoire sérieuse s’appelait Ike. C’était un salaud fini, mais pas tout le temps, alors je suis restée avec lui un bon moment. »

Elle avait dû choisir ses mots avec beaucoup de précision. Ike n’était pas le dernier homme avec qui elle avait eu une histoire, il y avait eu Rob ensuite. Il était bien cependant le dernier avec qui elle ait eu une histoire sérieuse, vu qu’elle n’avait jamais considéré Rob comme quelqu’un d’important dans sa vie. Elle avait été amoureuse d’Ike. Du moins autant qu’elle pouvait être amoureuse.

« Mais ça s’est très mal fini. »
Euphémisme. « Et je n’ai pas trouvé de soutien chez mes parents, du coup je suis venue en chercher... à Sywhaîd. » Elle avait failli dire qu’elle en avait cherché chez son frère et sa sœur, et là ça aurait été du mensonge pur et dur. Elle savait dès le début qu’ils ne la soutiendraient pas, ou du moins pas comme elle voulait être soutenue. « Alors pour le moment j’essaie de me remettre de toutes ces émotions. » Elle fit un signe de la main, comme pour se moquer d’elle-même, l’autodérision la plupart des gens trouvait ça sympa. « Et je vais essayer de trouver quoi faire, une fois sortie de Sywhaîd. »

Vrai, ça aussi. Même si la situation était bien plus compliquée que ce qu’elle avait évoqué. Parce qu’elle n’avait pour le moment à peu près aucune idée de ce qu’elle pourrait faire hors de Sywhaîd. Elle s’était enterrée dans ce trou paumé.

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: [ME] Cours I : tisseuses de Brume   Mer 7 Juil - 13:02

La brume flottait autour des barques, en lourds pans suspendus au-dessus du marécage. Et ce qui aurait pu passer pour l'un de ces pans se souleva tout à coup, et se révéla être... une loireag, bien évidemment ; comme un morceau de brouillard qui aurait pris semi-consistance, et aurait eu l'apparence diaphane d'une femme blonde, légère et vaporeuse, vêtue d'une sorte de longue tunique de brume grise. Elle passa le long de la première barque, peu après qu'Oz et Tommie aient cessé de discuter entre elles.

Elle plongea ses yeux gris bleus dans ceux de chacune des jeunes femmes, sourit rêveusement avant de se saisir de la première pelote de fil, puis de la seconde. Elle les soupesa quelques instants, les caressa du bout des doigts, comme pour en jauger la qualité. Pour finir, elle sourit à nouveau, et les mit dans son tablier, d'où elle ressortit deux autres pelotes, nettement plus petites. Le fil dont elles étaient constitué avait des reflets nacrés ; il paraissait plus fin que le plus fin des cheveux. Il était pourtant d'une solidité extraordinaire.

Elle posa les deux petites pelotes de son fil sur le rebord de la barque, et puis prit le fromage. Juste avant de disparaître dans le brouillard, elle jeta un dernier regard aux jeunes femmes et, d'une voix elle-même évanescente, murmura :

"La vie est une corde ; combien de fils faut-il pour la tresser ?"

***

Un peu plus loin, un manège similaire s'était produit : une loireag avait flotté jusqu'à la barque de Rachel et Juliet, les avait observées en souriant, avait examiné leurs pelotes, et les leur avait échangées contre des fils bien plus précieux. Et elle s'était éloignées en leur laissant une dernière question à méditer :

"Un fil peut-il être trop solide ?"

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