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 Magical mystery tour

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Magical mystery tour   Dim 21 Mar - 0:50



Cette fois, ils y étaient. Jena, Nanosh, et lui. Il avait été les trouver sitôt qu’avait sonné le premier coup de minuit (façon de parler, puisqu’il n’y avait pas d’horloge, encore moins de clocher, sur Sywhaîd). Elle lui avait dit de revenir au printemps ; il l’avait prise au mot. Sauf qu’il n’aurait pas cru qu’à son tour, elle l’emmènerait aussitôt sur le toit, qu’elle aurait tout préparé, qu’ils se lanceraient aussitôt. Il avait aussi espéré que Nanosh, le daemon polymorphe, serait absent, parce qu’il continuait de le trouver impressionnant. Mais il était bien là, couché félinement sur le gravier du toit, chauffant son pelage noir au feu magique qu’avait allumé son humaine. Le feu ; les étoiles, au-dessus d’eux. Un vent frais à l’odeur d’hiver, le printemps était un peu en retard. Un quart de lune illuminant une nuit sans nuages, et donnant au loch Finn, en contrebas, des reflets de plomb.

Oh, ce n’était pas la première fois qu’Aloïs montait sur le toit de l’école ; dieu sait qu’il en avait balancé, des graviers, sur la tête des malheureux qui passaient dans la cour. Et ce paysage, bon sang, il le connaissait. Mais il avait l’impression de le voir pour la première fois, d’avoir vécu jusque là pour cet instant : pour être là, à Sywhaîd, malgré les réticences de ses parents. Il arrivait toujours à ses fins. Jena aussi, il l’avait finalement convaincue. Et dans la petite fiole bleue qu’elle lui tendait, il y avait la fin de sa solitude. Il attacha son regard à celui de la tsigane tout en ôtant le petit bouchon de cire. Il porta le goulot à sa bouche, et avala cul sec les quelques gorgées d’un breuvage âcre. Presque aussitôt, il eut l’impression que sa cervelle se liquéfiait, en même temps que son champ de vision devenait zone d’ombre. La dernière chose qu’il vit avant de sombrer dans le sommeil de la transe fut la paire d’yeux mordorés de Nanosh, la panthère noire.

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: Magical mystery tour   Dim 21 Mar - 0:51

La musique le réveilla. Des roulements de timbales, des sonneries tonitruantes de cuivres, et l’entrechoquement joyeux des tambourins, toute une ambiance de fête foraine. Il ouvrit péniblement les yeux, s’écarta précipitamment du chemin sur lequel il était allongé, la tête encore un peu lourde, et le goût de l’acre potion de Jena lui râpant le fond de la gorge. Toute une foule festive venait de manquer de l’écraser, qui suivait la fanfare dont les flonflons l’avaient réveillé. Encore par terre, les jambes repliées à la hâte pour les laisser passer, Aloïs observait le spectacle, les yeux écarquillés par la surprise.

Une fête foraine. Une authentique fête foraine. Voilà où commençait sa révélation de daemon. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne s’était pas attendu à ça. Il avait imaginé bien des choses, bien des épreuves – Jena l’avait fait mariner, il avait eu le temps de cogiter : il avait imaginé Sywhaîd, il avait vu des paysages lunaires, des décors d’apocalypse ; il s’était imaginé frayer à coup de machette son chemin à travers une jungle de son esprit semblable à la forêt amazonienne. Il avait dans tous les cas présupposé qu’il serait seul, face à lui-même. Et pas dans le décor familier et fourmillant de la fête foraine à laquelle il assistait, tous les printemps, à Dresde. Tiens, il n’avait pas tilté qu’il la louperait, cette fois. Il se releva, tout en observant autour de lui les façades clinquantes, de bric et de broc, des attractions. Les lumières multicolores, l’odeur lourde des gaufres et des saucisses, tout cela était étonnamment authentique ; il s’y serait cru. Il faisait jour, une ambiance de fin d’après-midi. La fanfare s’éloignait, Aloïs la suivit de loin, se demandant de plus en plus où tout cela allait le mener. Il aurait bien fait une attraction, et aurait bien acheté un coca pour se dénouer l’estomac, mais il retournait en vain le fond de ses poches : elles étaient vides. Une fête foraine, et pas une thune : non, vraiment, c’était trop idiot. Il soupira ; ça n’était pas drôle d’écouter les hurlements des manèges et de se contenter de regarder les enfants autour de lui lécher leurs boules de crème glacée.

Mais une enseigne lui explosa tout à coup à la figure. Une façade jaune, sur laquelle avaient été peinturlurés, façon graffitis, des silhouettes animales assez laides ; une grosse guirlande multicolore clignotant faiblement autour de l’entrée, devant laquelle la foule ne se pressait guère. Il fallait bien dire que l’attraction ne payait pas de mine : elle avait des faux airs de train fantôme un peu miteux. Une des lettres au néon formant le titre de l’attraction était cassée, une autre clignotait, faiblarde. Mais on pouvait quand même très bien lire :

Citation:
Révélation de daemon


Alors c’était tout ? Il fallait juste… entrer dans l’attraction ?

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: Magical mystery tour   Dim 21 Mar - 0:52

« Halte-là, mon bonhomme ».

Alors qu’il s’apprêtait, enthousiaste, à franchir le pas de la petite porte, Aloïs avait eu le souffle coupé : une main de colosse plaquée sur son torse l’avait arrêté net dans son élan.

T…Taji ?

Alors ça, c’était vraiment une transe bizarre. Mais qu’est-ce que Taji, le colosse qui avait joué avec lui quelques semaines plus tôt à « Taji le Xortix et Frazer Iron et le médaillon magique », faisait là ? Un drôle de bonhomme, qui, il devait bien l’avouer, lui avait sur le coup flanqué une trouille pas possible, mais qui en fin de compte s’était révélé carrément sympathique. Pas au point cependant qu’ils deviennent les meilleurs amis du monde, particulièrement intimes… Non, c’était une connaissance occasionnelle, agréable. Alors pourquoi jouait-il aujourd’hui le rôle de vigile dans cette révélation de daemon ? Est-ce que ça n’était pas supposé être quelque chose de super personnel ? Révéler les tréfonds de son inconscient ?

Où crois-tu aller comme ça ?

Il n’avait pas parlé de façon agressive ; il n’en avait pas eu besoin. Il avait toujours autant l’air de mesurer ses trois mètres trente, de porter ses centaines de kilos ; il n’était pas difficile à Aloïs de se souvenir pourquoi il avait eu la trouille la première fois qu’il l’avait vu. Le colosse africain était « impressionnant », c’était, oui, le moins qu’on puisse dire. Mais c’était un chic type, en fait. Le garçon tenta la bonne vieille technique du sourire candide.

« Salut Taji… J’peux entrer ? »

Il fut tenté de raconter une histoire marrante, pleine de temples magiques, de médaillons ensorcelés et de vilains sbires de Balthazar, mais il lui sembla que ça aurait été incongru ; c’était une révélation de daemon, nom d’un chien, pas un truc de gamin, pour amuser des petits comme Connor. Et ça se voyait que Taji n’était pas là pour s’amuser, cette fois. Il avait l’air très sérieux ; il ne rigolait pas. Il était très crédible, dans le rôle du vigile.

« Non, tu es trop petit. »

Alors ça… Alors ça ! Non mais, il était gonflé ! Enfin quoi, c’était idiot ! Complètement stupide ! Tellement inattendu et injuste que l’espace de quelques secondes, Aloïs resta silencieux. Incapable de répliquer quoi que ce soit. Le colosse lui indiquait un petit panneau de bois aussi déglingué que le reste de l’attraction, sur lequel avait été peinte une ligne rouge supposée indiquer la limite de taille. Et, de fait, elle était quelques centimètres plus haute que la taille d’Aloïs, qui n’était pas très grand pour son âge. Il secoua vigoureusement la tête, incrédule.

« Mais… m’enfin c’est débile ! » s’exclama-t-il. Le sentiment d’injustice enflait comme une grosse boule dans sa gorge. Depuis le début de cette révélation, rien ne se passait comme prévu. Il n’y comprenait rien. Rien n’avait aucun sens. Il avait juste envie de balancer un coup de poing à la figure de ce Taji, qui n’avait rien à faire là-dedans ; et de fracasser d’un coup de pied sa limite de taille débile et, de toute façon, déjà brinquebalante. Il serra les poings : vu le colosse, ça n’aurait pas été une très bonne idée.

Les daemons… ça n’a rien à voir avec la taille ! grogna-t-il entre les dents. Il inspira un grand coup pour garder son calme. Et fronça les sourcils, prenant conscience d’un état de fait.

« Et d’abord… c’est plus facile de révéler son daemon quand on est plus jeune, » affirma-t-il, un petit sourire apparaissant sur ses lèvres. Ca, il l’avait mouché, non, le Taji ?

Visiblement non : il ne semblait pas ému de ces protestations, et sa voix s’éleva, grave, paisible. Merde alors, lui aussi, il souriait, maintenant.

« Exactement, Aloïs. Ce n’est pas une question de taille. Mais fais un petit tour dans cette fête foraine, et le trait devrait redescendre à ta hauteur.

Cette assurance rabattit quelque peu le caquet de notre (petit) héros. L’Africain fouilla dans la poche de sa veste, et en tira un billet.

Tiens ; fais-en bon usage.

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: Magical mystery tour   Dim 21 Mar - 0:53

Cinq euros. Cinq malheureux euros. Il était bien gentil, Taji, mais avec ça, on n’irait pas loin. Il croyait quoi ? Tous les manèges un peu marrants étaient beaucoup plus chers que ça. Banzaï ; Count Down, RotorCopter… tous étaient au-dessus de ses moyens. Tout ce qu’il pouvait s’offrir c’était… un tour d’auto-tamponneuse ? Merci bien. Il préférait encore s’acheter une gaufre au chocolat. Ou un hot dog. Ou les deux. Mais Taji lui avait dit de faire bon usage de l’argent, et se payer une indigestion n’était peut-être la meilleure chose qu’il puisse faire. Et ça avait peu de chances de le mener à son daemon. Alors il poursuivit sa route dans les allées de la fête foraine. Le jour commençait à tomber. Tout ça ne le menait nulle part.

Au détour d’une allée, il croisa un type barbu qui lui demanda de l’argent. Ca le fit douter. Peut-être que c’était ça, le « bon usage » auquel Taji avait fait allusion ? La générosité ? Il serra dans son poing le petit billet. Mais finalement, il l’y laissa. Et il reprit sa route. Il ne pensait pas qu’il lui faille gâcher comme ça son trop petit pactole. Il voulait trouver son daemon ; c’était plus important que tout le reste, plus important que les autres. Et tant pis si ça faisait de lui une mauvaise personne. On n’était pas dans un crétin de conte de fée moralisateur. Il ne pouvait pas se permettre de repartir bredouille.

Il s’écoula encore une bonne demi-heure ; de quoi faire douter notre petit bonhomme. Peut-être qu’en fin de compte, le barbu avait été un test ? Peut-être que le fait d’être bon l’aurait fait symboliquement « grandir » ? Qu’il aurait pu retourner voir Taji ? Bah, de toute façon, c’était trop tard, maintenant ; il faudrait trouver autre chose. Sauf qu’il avait fait le tour de la fête foraine, et qu’il ne voyait pas quoi faire. Faire de la monnaie, et essayer une de ces machines pour attraper un nounours violet, ou autre peluche super moche ? Pour lui dépecer le ventre et y découvrir, sur un petit parchemin roulé, le mot de passe secret à transmettre au colosse ?

* N’importe quoi *

C’est alors qu’il les vit ; ils étaient sur le point de quitter la fête foraine. Lui, la main sur ses épaules à elle. Elle, tenant le bébé dans une sorte d’écharpe nouée à cet effet autour de son torse. Ils étaient de dos mais, évidemment, il les reconnaissait immédiatement. Quand même !

« Papa ! »

Il avait couru dans leur direction ; il répéta son cri, et plusieurs visages se retournèrent vers lui ; mais pas celui de l’homme.

« Julia ! Papa ! »

Cette fois, la femme et son compagnon se retournèrent. C’était bien eux ; et leur fille, Mina. Sa sœur. Il ralentit sa course, un large sourire étalé sur son visage. Il était bien content de les voir : au moins, quelque chose de nouveau arrivait. Il commençait à désespérer. Mais ils l’aideraient, ils persuaderaient Taji de le laisser entrer ? Pourquoi le regardaient-ils ainsi ? Pourquoi avaient-ils l’air de le regarder comme s’il avait été transparent, comme s’il leur avait été indifférent ?

« Je… qu’est-ce qui vous prend ? »

Ils s’entreregardèrent. Détournèrent le visage ; se dirigèrent à nouveau vers la sortie. Abasourdi, Aloïs n’eut même pas le réflexe de les retenir. Ce n’est qu’une fois qu’ils eurent disparu qu’il sembla revenir à lui. Il poussa un juron. Derrière lui, il entendit quelqu’un rire.

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MessageSujet: Re: Magical mystery tour   Dim 21 Mar - 1:50

« … Frau Willeke ? »

Aucun doute, c’était bien elle. Leur voisine. Ce qu’elle faisait là à le regarder hilare, depuis son stand de sucettes chaudes – et d’abord depuis quand tenait-elle un stand à la fête foraine ?-, voilà encore un mystère qu’Aloïs renonçait à éclaircir. Ce qu’il voulait savoir, c’était pourquoi son père et sa belle-mère avaient fait semblant de ne pas le reconnaître (Mina avait une bonne excuse, elle n’avait que quelques mois, et ne l’avait vu qu’une fois, à Noël). Et Frau Willeke, si antipathique fût-elle, avait au moins l’avantage de vivre juste à côté de chez eux depuis des années. Aussi longtemps qu’il s’en souvienne en fait, elle avait toujours été là ; pour réclamer de la farine, rapporter les balles de tennis égarées par sacs Ikea, ou simplement tâcher de récolter/colporter quelques infos sur le quartier. Pauvre vieille Willeke, si elle avait su… aimer à ce point les potins, et vivre pendant tant d’années à côté d’un repaire de sorciers, c’était quand même trop drôle. Sauf qu’évidemment, Aloïs n’avait pour l’heure pas vraiment le cœur à rire. Que par-dessus le marché elle semble se payer sa tronche n’arrangeait pas les choses.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? » Demanda-t-il. Mais elle continuait de rire, alors il bondit jusqu’au stand, et répéta la question sous le nez de la vieille dame, la hurlant presque. Il aimait crier en allemand, ça le défoulait plus encore qu’en anglais. Elle eut un mouvement de recul, cessa de rire, mais continua de le regarder d’un air vaguement moqueur.

« C’est évident, non ?

- …

- Tu as voulu partir, mener ta vie sans eux… A toi d’en payer les conséquences », expliqua-t-elle d’un ton léger. « Tu sais très bien qu’ils n’aimeraient pas cette histoire de daemons, de toute façon. Alors trouve autre chose. »

Aloïs resta un instant pensif. Il avait envie de pleurer ; mais pas devant la Willeke. Pas devant cette vieille peau. Qui trouvait ça si drôle. Il serait parti en courant, mais il aurait eu l’impression de fuir, et ça non plus il ne le voulait pas. Et puis elle était la seule personne qu’il connaissait dans cette fichue foire. Son seul fil rouge. La nuit était tombée, et Taji attendait toujours (du moins l’espérait-il ; mais après tout, c’était sa révélation ; il n’y avait quand même pas de permission de 18 heures ?). Il se gratta le sommet du crâne ; la Willeke le regardait toujours. Elle avait l’air d’un chat attendant un bol de crème ; elle voulait du potin, du drame dans sa petite vie misérable de vieille fille aigrie. Aloïs serra les poings ; pourquoi elle, nom d’un chien ?

« Madame Willeke… où est... ma mère ? »

Elle haussa un sourcil.

« Ta mère ? Mais qu’est-ce que j’en sais ? Je ne la connais pas, moi, ta mère ! »

Et comme elle éclatait à nouveau de rire, Aloïs plaqua ses mains contre ses oreilles, et s’enfuit en courant, les larmes jaillissant déjà de ses yeux.

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MessageSujet: Re: Magical mystery tour   Dim 21 Mar - 2:56

Il avait trouvé un coin à l’abri des regards, en se glissant entre deux barrières de sécurité. Agenouillé contre l’énorme pneu d’un camion, il sanglota un bon moment. C’était dur. Vraiment. Bien sûr, il savait que ce serait difficile, qu’il devrait affronter un certain nombre de choses… mais il n’avait pas imaginé ça : il n’avait pas imaginé le vide. Parce qu’il avait essentiellement erré, jusqu’ici. Et c’était tout. Lorsqu’il avait rencontré des gens qu’il aimait, qui auraient pu le guider, ils lui avaient tourné sans sembler le reconnaître. Il avait fallu qu’il se rabatte sur une connaissance comme Frau Willeke, et même elle, elle ne l’avait pas aidé non plus. La vérité, c’était qu’il était tout seul. Il n’y avait qu’une personne qu’il pensait devoir vraiment affronter, à qui il voulait parler, et il n’avait aucun moyen de la trouver. Il était supposé être à Dresde ; qui connaissait sa mère, ici ? Personne, effectivement. Peut-être quelqu’un qui l’aurait connue quand elle était encore mariée à son père, quand il était né… Mais comment aurait-il retrouvé cette personne providentielle ? Elle ne parlait jamais de cette époque. Elle n’avait, à sa connaissance, conservé aucun ami en Allemagne ; en tout cas pas datant de cette période.

Est-ce qu’il faisait fausse route ? Devait-il chercher quelqu’un d’autre ? Retrouver le barbu ?

Non, non, il s’en fichait, de ce barbu. Oui, c’est ça, rigolez ; mais il voulait voir sa mère. C’était elle qui le mènerait à son daemon. Il avait fait tout le parcours jusque là en cachette, à son nez et à sa barbe. Mais effectivement, il ne pouvait pas aller plus loin ; il était dans une tonitruante, multicolore impasse. Jusqu’à ce qu’il la trouve. Il releva la tête, qu’il avait enfouie entre ses mains. Mais oui. Qu’il la trouve. Lui. « Je la connais pas, moi », qu’elle avait dit, Frau Willeke. En insistant sur le « moi ». Et est-ce qu’il pourrait jamais trouver dans ce labyrinthe, dans cette foule, quelqu’un qui la connaisse mieux que lui-même ?

Bon. Voilà qui lui redonnait un peu de cœur au ventre. Enfin, ça ne réglait pas complètement son problème immédiat : est-ce qu’il la connaissait suffisamment pour deviner où elle l’attendait ? Rien n’était moins sûr ; parce que pour un fils et sa mère, ils s’étaient vraiment peu vus, au final. Si elle avait su tout ce qui trottait dans sa tête, il ne se serait pas trouvé là, d’ailleurs. Et ces derniers temps, elle avait l’air tourneboulée sans qu’il ait la moindre idée de la raison de son humeur le plus souvent massacrante. Leur relation était meublée d’absences et de nombreux non-dits.

« Mum… où es-tu ? » murmura-t-il pour lui-même. Il s’éloigna du camion, traversa à nouveau les barrières pour se retrouver sur les allées de la fête foraine ; pensif. Et tout à coup, il sut. Il se mit à courir.

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MessageSujet: Re: Magical mystery tour   Dim 21 Mar - 12:44

Encore tout essoufflé, Aloïs leva les yeux. De près, l’attraction avait l’air un peu… déglinguée. On entendait grincer les articulations géantes de la grande roue au fil de la lente révolution des nacelles, pendouillant au bout de leurs axes. Pas étonnant que la foule ne se presse pas pour grimper là-dedans. Dans sa minuscule loge, le responsable, un vieux bonhomme chenu, dont le visage ne disait rien à Aloïs, somnolait. Le garçon tapa fébrilement de l’index contre le carreau.

« M’sieur ! une place, s’il vous plaît ! »

L’homme entrouvrit un œil ; Aloïs glissa le billet de cinq euros fripé sous l’hygiaphone, que son vis-à-vis échangea mollement contre un petit ticket de carton couleur papier toilette. Le petit garçon en aurait ri, s’il n’avait pas été aussi stressé. Quelque part, il était sûr de ne pas se tromper ; après tout, 5 euros l’entrée de la grande roue, c’était un signe, non ? D’un autre, il était tendu : et s’il avait tout faux ? Si sa mère l’avait attendu à un manège plus spectaculaire ? Et si elle n’avait pas été là du tout ? Quelque part, il avait espéré qu’il la trouverait à l’entrée de l’attraction, mais non, il n’y avait personne. Le vieil homme était sorti de sa loge pour le faire ouvrir la barrière d’une des nacelles, et la refermer derrière le petit garçon, déchirant au passage le petit ticket rose. Comme s’il y avait eu besoin… Lo était quasiment le seul client à la ronde, de toute façon. Le seul, en fait, vérifia-t-il en faisant des yeux le tour des nacelles. Flûte alors.

Enfin, il ne pouvait plus reculer, maintenant ; son ticket déchiré serré dans son poing, il se tassa dans la nacelle. Il n’avait pas le vertige, mais il n’avait jamais été non plus vraiment un fils de l’air, contrairement à sa mère. Oh, il aimait bien voler en balai, grâce aux leçons d’Arieh. Il n’avait pas peur de se pencher du haut du toit de l’école pour voir s’il pouvait faire pipi jusque dans la rivière. Mais il n’aurait pas choisi de faire de la grande roue dans une véritable fête foraine (surtout une grande roue aussi craignos). Sous ses yeux se déroulait le paysage de Dresde, une myriade de lumières. Il repérait au loin le dôme illuminé de la Frauenkirche, entouré des façades trop restaurées du centre ville, le ruban gris du fleuve… Il était même capable de repérer à peu près le quartier où il habitait, au sud de la ville. Sans qu’il sache trop pourquoi, il sentait de nouveau l’envie vague de pleurer lui nouer la gorge. Il pencha la tête par-dessus la ridicule barrière de sécurité. Il était drôlement haut, presque au point culminant de la grande roue. Le vent froid du soir lui agitait les mèches des cheveux.

« On peut y aller ? »

Aloïs se releva brusquement. Et elle était là, assise dans la nacelle, sur le banc de bois en face du sien. Rozen.

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MessageSujet: Re: Magical mystery tour   Dim 21 Mar - 15:19

« On va pas se regarder comme ça en chien d’faïence p’dant des heures, dis ? »

La grande roue s’était arrêtée ; ils étaient tout en haut et, effectivement, cela faisait plusieurs secondes qu’Aloïs fixait sa mère sans rien dire. Elle était là, donc, en fin de compte ; souriante ; tranquillement installée sur son banc, un bras posé nonchalamment sur le bord de la nacelle.

« Maman… »

Elle se mit à rire, et se pencha vers lui pour le prendre dans ses bras. Il se laissa faire, et crut bien qu’il allait de nouveau pleurer, de soulagement, cette fois. Mais il venait de le faire, et avait les yeux secs. Au bout de quelques instants, il finit par se dégager de l’étreinte maternelle.

« T’es pas fâchée ?

- euh… ben nan, pas vraiment. J’suis plutôt fière de toi. Tu m’as r’trouvée… et tu m’as cherchée, aussi, surtout. C’plutôt… gentil d’ta part. Chuis touchée. »


Ben ça alors.

« Euh… oui mais… pour… le daemon ? »

Rozen se mit à rire.

« Ah oui… ce petit détail… Ben ça, mon bonhomme, c’est sûr faudra qu’tu m’affrontes, bien sûr, mais pour de vrai. C’pas une transe qui va régler ça comme ça.

- Mais… mais alors… pourquoi… comment...

- Tu m’as cherchée. C’était l’plus important. Tu as compris qu’il fallait qu’on se parle pour que tu puisses chercher ton daemon.

- … On va pas… »


Elle rit à nouveau.

« Tu veux t’battre, c’est ça ? M’balancer par-dessus bord ? Nan, ça s’ra pas nécessaire, j’pense ! R’pose-toi, plutôt. R’garde le paysage. C’pas Sywhaîd, mais dans son genre, c’plutôt joli, non ? »

La grande roue repartit ; ils amorçaient leur descente. Ils restèrent silencieux un moment.

« T’étais malheureuse, ici, maman ?

- Disons que je manquais d’air.

- T’aurais dû faire plus de grand’roue, alors. »


Elle rit à nouveau.

« Ca doit êt’ ça, ouaip », approuva-t-elle, l’œil vaguement pensif.

Ils ne dirent rien de plus tout le temps que dura la fin de la descente. Ce n’est que lorsque le vieux forain les eut fait descendre, et qu’ils eurent rejoint l’allée, qu’Aloïs reprit la parole.

« Tu… tu viens avec moi ? »

Elle fit non de la tête, et lui ébouriffa les cheveux.

« Oh, eh, t’es grand, maint’nant. »

Oui… puisqu’elle le disait. Il était grand. Il l’était sans doute suffisamment pour retourner voir Taji, maintenant. L’heure avançait, et les allées s’étaient progressivement vidées de la plupart de leurs passants. Aloïs salua brièvement sa mère de la main (leur entrevue dans la nacelle avait été bien plus « tactile » que ne l’était habituellement leur relation), puis il se remit à courir.

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MessageSujet: Re: Magical mystery tour   Dim 21 Mar - 17:51

Et bien sûr, le trait s’était mystérieusement retrouvé pile poil à la bonne hauteur ; aussi Taji lui avait-il fait signe d’entrer dans l’attraction, son large et sympathique sourire aux lèvres. Ce devait être une sorte de train fantôme : il n’y avait qu’un petit wagon, posé sur des rails, entre deux portes battantes. Le colosse lui avait indiqué la place où s’asseoir, et achevait de boucler la ceinture de sécurité autour de la taille du petit garçon. Il recula alors de quelques pas, disparut dans l’ombre.

Le cœur d’Aloïs cognait à tout rompre contre ses côtes. Bon, en général, les trains fantômes, ça lui faisait pas peur du tout : les squelettes fluorescents, les zombies en pâte à modeler et autres spectres de papier mâché, très franchement, il trouvait ça un peu idiot. Il préférait nettement les bons vieux manèges, qui vous faisaient tournicoter à toute allure dans les airs, à cent à l’heure. Mais évidemment, là, c’était différent. Il se tassa au fond de son fauteuil, tandis qu’un grincement de rouages annonçait le départ de l’attraction. Devant lui, la porte battant s’ouvrit avec fracas. Ce qui l’attendait dépassait nettement, qualitativement parlant, tous les trains fantômes qu’il eût jamais fréquentés.

La ménagerie qui lui tomba dessus était tout ce qu’il y avait de plus réelle. Salle après salle, claquements de porte après claquements de porte, la grande galerie de l’évolution s’était donné rendez-vous dans l’étrange train animalier, ou du moins ses spécimens les plus spectaculaires : tous ceux auxquels Aloïs aurait pu rêver, lorsqu’il tâchait d’imaginer à quoi son daemon pourrait bien ressembler, une fois qu’il se serait fixé.

Il traversa d’abord une extraordinaire galerie de fauves ; lions, panthères, tigres, roux, noirs, blancs, à taches et à rayures, ils bondirent félinement de part et d’autre du petit wagon, en le matraquant de leurs regards mordorés. Il vit ensuite des loups magnifiques, des chiens à la carrure immense et souple et aux crocs menaçants, claquant des mâchoires sur son passage. Il passa ensuite parmi une véritable nuée de rapaces ; faucons, busards, aigles majestueux crièrent autour de lui, leur vol créant des courants d’air qui lui fouettaient le visage. Il se boucha les oreilles, de nouvelles portes claquèrent.

Et des serpents sifflèrent au-dessus de sa tête. Des dizaines de reptiles dont il n’aurait pas même été capable d’indiquer le nom véritable ; des lézards, bien sûr, des varans ; des boas gigantesques, dont la peau scintillait, striée de reflets d’argent, dans la semi-obscurité de la pièce. Le wagon avait ralenti, le temps de les laisser dérouler leurs longs anneaux au-dessus d’Aloïs, de darder leur langue à quelques centimètres de son visage. Etait-ce son imagination, où une musique légèrement angoissante bruissait-elle depuis quelques haut-parleurs secrets ?

Clac. Nouvelles portes ; nouvelle salle. La lumière émeraude était celle d’un sous-bois sombre, où perçaient quelques rares rayons de soleil estival. Le wagon avançait presque au ralenti, son rythme se calant naturellement sur celui, majestueux, des cervidés autour du garçon. Ils étaient extraordinaires, le laissant totalement bouche bée ; les rais de lumières donnaient à leur pelage roux des reflets moirés. Leur port de tête était l’expression même de la majesté. Bien sûr, lorsqu’il avait imaginé que son daemon puisse ressembler à un cerf, voire un chevreuil, il s’était essentiellement dit que ce serait extrêmement encombrant, qu’il devrait, pour le restant de ses jours, vivre dans des lieux comme Sywhaîd, isolés et proches de la nature. Mais là, il ne voyait que leur beauté et, si on lui avait dit que son daemon se cachait justement parmi eux, il en aurait pleuré de joie et brûlé de fierté.

La forêt avait également envahi la pièce suivante ; mais c’était un sous-bois plus lumineux, plus riant ; les frondaisons clairsemées des chaînes laissaient de grandes trouées de lumière, et quelques primevères avaient poussé dans l’herbe humide. Parcourant la mousse, bondissant parmi les branches, se cachant sous les rochers, des dizaines de petits mammifères sauvages, plus vifs et charmants les uns que les autres. Les belettes et les écureuils, les chats sauvages et les ratons-laveurs, en passant par les martres, les blaireaux et autres hermines au pelage crème et fauve. Moins farouches ou moins fiers que les animaux qui les avaient précédés, ceux-là grimpaient volontiers sur le wagon, observant Aloïs avec curiosité ; la queue d’un écureuil lui frôla même la joue, avant que de nouvelles portes ne claquent pour laisser ouvert le passage vers une nouvelle salle.

On se serait cru dans une cage géante ; tout autour d’Aloïs, des oiseaux étaient perchés, aux plumages féériques. Des rouges flamboyants, des bleus électriques, des jaunes créoles, des blancs éblouissants ; toute une palette de plumes froufroutantes, de quetzals, de perroquets, d’autres oiseaux exotiques dont le garçon ignorait totalement le nom, mais dont il admirait néanmoins le vol, fasciné. La tête lui tournait de tout ce mouvement, tout ce bruit, toutes ces couleurs. Il était fatigué ; il n’était pas venu ici pour les fauves, ni pour les cerfs, ou pour les oiseaux. Il était venu pour son daemon, quel qu’il soit. Pas pour trouver un animal de compagnie, si magnifique ou adorable fût-il. Il fixa les portes battantes qui allaient s’ouvrir devant lui, en priant intérieurement pour que ce soit les dernières. Ce qu’elles étaient effectivement.

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: Magical mystery tour   Dim 21 Mar - 19:46

La pièce était noire. Les rails s’interrompaient en plein milieu ; le wagon freina, et s’arrêta complètement, devant une sorte de socle de pierre, sur lequel tombait la seule lumière de la pièce. Aloïs força sur la ceinture qu’avait bouclée Taji pour la défaire, et s’extirpa du wagon. Il s’approcha du socle, auréolé de ce spot de lumière. Il n’y avait plus ni cris, ni musique, ni hurlements, rien que le silence… Il tourna autour du socle avec prudence, leva le nez sans parvenir à comprendre d’où venait la lumière. Finalement, il posa sa main à plat au milieu du socle. S’attendait-il à un grand tremblement de terre ? Il ne se passa rien, simplement, il sentit bientôt comme un chatouillement au-dessous de sa paume. Alors, il la souleva délicatement. Il y avait là une toute petite fourmi. Il retint son souffle.

La fourmi fit un petit tour sur elle-même. Puis elle se métamorphosa en un petit moucheron, qui voleta à son tour, avant de changer de forme à son tour. De devenir moustique ; coccinelle ; papillon ; sauterelle ; araignée ; souriceau ; colibri ; moineau ; musaraigne ; grenouille ; et ainsi de suite. Il prenait son temps, n’était pas pressé. Et Aloïs le regardait faire, bizarrement, sans impatience. Finalement, le daemon se métamorphosa en un petit singe au pelage jaune, avec comme une sorte de petite barbe blonde autour de la figure, et sembla se satisfaire, pour l’instant, de cette apparence. Il releva la queue pour s’asseoir au milieu du socle, plantant ses petits yeux noirs, comme des billes, dans ceux d’Aloïs. Il tapota son siège de la main, pour faire signe à celui-ci de prendre place à ses côtés. Ce qu’il fit, sans interrompre une seconde leur échange de regards. Ils ne disaient rien. S’observaient l’un l’autre comme deux enfants timides. Ce fut finalement le singe qui parla le premier.

« Je m’appelle Meryl », hasarda-t-il, ou plutôt elle, puisqu’il s’agissait d’une femelle.

« Je sais », répondit Aloïs, sa voix s’étranglant dans sa gorge, les larmes jaillissant de ses yeux et roulant sur ses joues. La guenon tressaillit, eut un léger mouvement de recul.

« Je… tu es déçu ?

- Qu…quoi ? Non ! Bien sûr que non ! »
, la rassura Aloïs, en tâchant d’esquisser un sourire. Mais il était tellement ému que ça dépassait même la joie qu’il ressentait à découvrir son daemon, à entendre sa petite voix douce, légèrement voilée, pour la première fois.

« Est-ce que tu as peur, alors ? Tu as peur que je ne vienne pas avec toi ?

Le garçon était tétanisé ; il avait oublié ce détail. Et il était tout à coup effectivement mort de peur. Il entendait les battements de son cœur lui tambouriner violemment la poitrine.

« … t…tu veux bien ? Sortir avec m…moi ? »

Les yeux du daemon s’écarquillèrent.

« Mais évidemment ! Bien sûr ! Oui ! »

Aloïs se mit à sangloter de plus belle. La guenon se dressa vivement sur ses pattes minces, pour se jeter dans les bras de son humain. Elle se métamorphosa plusieurs fois, cherchant une forme aussi douce que possible pour le réconforter, et pour finir opta pour une chatte angora, dans le pelage duquel le petit garçon enfonça effectivement ses doigts. Il se serraient l’un contre l’autre, très fort, comme s’ils avaient craint qu’une force supérieure eût cherché à les séparer. Ce n’est qu’au bout de quelques minutes qu’Aloïs dégagea sa tête du pelage épais de Meryl, se souvenant qu’ils devaient « appeler » Jena, pour qu’elle les sorte de cette pièce, de ce rêve ou de cette transe, quelle que fût son nom officiel. Ce qu’ils firent. Et ils entendirent alors, comme résonnant en écho autour d’eux, des mots prononcés dans une langue bizarre. Il se passait un truc étrange : bien qu’ils fussent invisibles, perdus dans l’obscurité, les murs semblaient trembler. La pièce tourna autour d’eux ; le socle sur lequel ils étaient assis disparut ; pour finir, le ciel sywhaîdien réapparut au-dessus de leurs têtes et le feu magique allumé par Jena crépita à leurs oreilles.

Ils se tenaient toujours étroitement serrés. Et comme leur corde d’argent se matérialisait, ils ressentirent tous deux une sensation particulièrement étrange, comme si l’air vibrait terriblement entre eux deux, qu’il se condensait au bout de leurs doigts et brûlait leur poitrine. C’était une sensation extraordinaire, l’impression d’être enfin lié à quelque chose qui leur avait jusque là cruellement manqué. Mais une impression tellement forte qu’elle en était presque douloureuse, obligeant Meryl et Aloïs à s’écarter l’un de l’autre. La chatte recula, donc, sans quitter son humain des yeux. Derrière elle, la panthère noire se redressa souplement sur ses pattes et, sans prévenir, bondit jusqu’à elle et lui mordit l’oreille. Aloïs poussa un cri. La chatte feula, et se précipita vers le petit garçon, en tremblant. Ils s’en souvenaient, maintenant, Jena leur avait expliqué que ça faisait partie du processus, que de cette manière, Meryl avait pris conscience de son extériorisation.

Les deux paires d’yeux se braquèrent sur la tsigane.

« Merci »
« Merci »,
murmurèrent-ils à l’unisson.

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Magical mystery tour

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