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 Sur l'onde calme et noire

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Sur l'onde calme et noire   Dim 14 Mar - 20:54

Charlie flottait, très lentement. Ceci dit, elle n'était pas couchée en de longs voiles, mais sur une simple planche de bois assez rudimentaire, et vêtue d'une tenue plus moderne et moins encombrante. Elle n'avait rien d'un grand lys, ni même d'une quelconque fleur, ou alors un spécimen local tout à fait particulier, à la robe écossaise. Charlie rimait peut-être avec Ophélie, mais elle n'était pas folle, et encore moins noyée. En fait, elle n'avait pas choisi de se retrouver là, au milieu de nulle part, Elzévir lové sur sa poitrine, tous deux flottant sur l'onde calme et noire du marais, sur lequel tombait déjà le jour.

Ce fut la martre qui ouvrit un œil le premier sur ce pittoresque mais assez inhospitalier paysage qui les environnait. Le daemon gratta du bout des griffes le bras de Charlie pour la réveiller à son tour. Ce qu'elle fit volontiers, assez brusquement, manquant au passage de faire basculer la planche sur laquelle ils se trouvait, radeau pour le moins sommaire.

"Woupsi !"

Elle jeta les yeux tout autour d'elle, et sourit.

"On dirait qu'on est arrivés, hein, mon vieux Zev ?"

Le daemon ne partageait pas ni cette bonne humeur, ni son enthousiasme ; peut-être parce que lui était réveillé depuis trois bonnes minutes, ce qui était suffisant pour les imaginer tous deux s'enfoncer lentement mais inexorablement dans la fange environnante. La martre émit une sorte de feulement qui fit s'enfuir d'un bond une grenouille qui avait atterri sur leur fier esquif.

"Assez différent de ce que les lettres d'Anton avaient laissé imaginer", ronchonna la martre.

"Je te l'accorde, c'est... plus humide que je ne l'imaginais", s'amusa Charlie.

"Et comment sommes-nous sortir de là ?" soupira le pessimiste de la (petite) bande.

La Canadienne (non, pas la veste) haussa simplement les épaules en souriant. Elle se trouvait très assortie au décor, et avait donc du mal à voir le côté vaguement critique de la situation. En outre, elle avait l'esprit vif ; elle eut tôt fait d'extirper une baguette magique de sa manche, et de projeter en l'air de charmantes étincelles multicolores.

"Voilà une arrivée discrète", fit la martre, d'un ton plus aimable, la perspective de dormir au chaud lui adoucissant spectaculairement le caractère.

"Tout à fait appropriée, non ?"
répliqua Charlie en lui adressant un clin d'œil. Il n'y avait plus qu'à attendre, maintenant. Regarder vaguement dériver la planche au milieu des eaux stagnantes à la surface encore à demi figée par le gel. Elle aurait bien déclamé du Rimbaud, mais elle n'arrivait pas à se souvenir par cœur du poème. Le blanc lys, oui, mais après ça ? Des fleuves impassibles ? Hum, elle devait confondre. C'était bien joli, tout ça, mais elle espérait quand même que quelqu'un allait vite venir à la rescousse. Ça sentait la pluie proche. Ou c'était peut-être juste une odeur naturelle de marais, allez savoir.

[Ouvert à qui veut]

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Charlie Evans
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MessageSujet: Re: Sur l'onde calme et noire   Mer 31 Mar - 9:09

Charlie dut attendre quelques minutes, qui durent lui paraître bien longues, avant que son vœu ne soit exaucé et que quelqu’un n’arrive à sa rescousse. Le quelqu’un en question avait les yeux bleus, des longs cheveux roux attachés en queue de cheval et présentement rendus raides et rêches par la boue qu’on trouvait en si grande abondance dans le marais, surtout en cette période de redoux des températures et une peau diaphane de madone italienne, sous une autre couche inégale de boue. La jeune femme portait un pull léger d’une saleté révoltante et complètement informe et un jean en aussi mauvais état rentré dans des bottes en caoutchouc visiblement trop large. Elle tenait aussi, et c’était suffisamment remarquable pour être souligné, un agneau en laisse. La laisse en question constituait d’une simple corde hâtivement enroulée autour du cou de l’animal, lui aussi passablement recouvert de boue.

- Hey, du bateau ! cria-t-elle à la martre et son humaine avec un grand signe de la main et un sourire.

Elle chercha ensuite un endroit satisfaisant pour attacher le petit animal qu’elle avait passé les deux dernières heures à pourchasser dans les profondeurs du marais. Elle l’appelait Toby. Il s’était cassé une patte en naissant et, depuis qu’il pouvait de nouveau marcher, il ne ratait pas une occasion d’échapper à sa vigilance et de partir à la découverte de son environnement ce qui était source de moult expéditions de sauvetage pour la jeune bergère. Quand Arieh avait appris que Charlie avait grandi à Sywhaîd et avait donc une expérience relative des moutons, il lui avait immédiatement proposé de prendre la relève de Zelia qui venait de partir et Charlie avait accepté avec enthousiasme. Elle aimait le fait de se rendre utile, la compagnie des animaux et les longues heures de solitude dans la Lande qui allaient avec le job, durant lesquelles elle pouvait déclamer à loisir et ainsi garder la forme.

Après avoir farfouillé un peu plus longtemps, elle finit par trouver ce qu’elle cherchait, une longue branche, presque plus grande qu’elle et ayant l’air suffisamment solide. A grands renforts de splash splash, elle s’enfonça dans les eaux stagnantes jusqu’à être suffisamment moins loin pour tendre la branche de salut à la jeune femme en robe écossaise. Quand celle-ci s’en fut saisie, Charlie se mit à tirer, ahanant sous l’effort, jusqu’à ce que la frêle embarcation arrive à sa hauteur, d’où la nouvelle arrivante pourrait sauter car elle aurait pied.

- Bienvenue à Sywhaîd, lança-t-elle fort à propos en invitant la brunette à la rejoindre.
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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Sur l'onde calme et noire   Mar 13 Avr - 20:35

Oui, assurément, les premières minutes d'attente avaient été un peu longues ; ensuite, Charlie avait découvert le bouquin ; le Bouquin ; Le bouquin ? Enfin, bref, le cadeau que lui avait fait la Brume. "Le livre des vérités", avait-elle déchiffré sur sa couverture. Et bien qu'il ne comportât pour l'instant que des pages entièrement vierges, elle le feuilleta avec intérêt tout le temps que dura la fin de son attente. Et n'avait donc pas l'air sur le point de se pendre d'ennui -ni de se noyer, ce qui aurait été à bien y penser plus simple, compte tenu des circonstances. Mais non, donc, elle n'était morte ni de faim, ni de froid, ni de soif, ni de désespoir. Elle leva les yeux du livre, l'air à la fois curieux, ému et ravi. Non parce que quand même, elle n'était pas mécontente que quelqu'un ait finalement daigné venir à son secours.

"'lo there", répondit-elle, en tâchant plus ou moins d'imiter l'accent écossais, en hommage à ce qui, puisqu'elle était à présent sywhaîdienne, devenait sa patrie (ceci était la séquence émotion). Ne restait plus, pour officialiser le tout, qu'à franchir les quelques mètres de boue la séparant encore de la terre -à peu près- ferme, après les gracieux efforts de sa sauveuse.

Elle comprenait mieux le kilt, à présent. Elle n'aurait effectivement pas aimé l'idée de trottiner sur la sphaigne, le bas de sa salopette préférée, gluant de boue, lui collant aux mollets. Urgh. Alors que là, elle n'hésita pas une seconde. D'une main experte, elle dénoua rapidement les lacets de ses bottines, ôta ces dernières et les retint par-dessus son épaule, pour se laisser gracieusement glisser du radeau dans l'eau vaseuse. Surprise par la fraîcheur, elle poussa un petit cri qui était à moitié un éclat de rire, et franchit d'un pas conquérant les aquatiques mètres qui la séparait de la berge, où elle posa un pas triomphal.

"Fiou", fit son daemon martre, perché sur l'épaule qui n'était pas prise par les bottines, et avait observé jusque là la boue du marais d'un œil inquiet.

"En-chan-tèe", gazouilla pour sa part la Canadienne, tendant la main à la jeune femme qui l'avait secourue. "Voilà Elzévir, mon daemon." Elle n'expliqua pas le principe, vu que les lettres d'Anton prouvaient que le concept était bien connu des autochtones. "Et moi c'est Charlie. Charlie F... hum ; Charlie." Elle avait failli décliner son identité complète, mais Anton lui avait aussi dit qu'on n'utilisait pas tellement les noms de famille, sur la Lande. Et ça tombait bien, elle n'était pas contre l'idée de rester une Charlotte anonyme, au moins quelques temps, plutôt qu'un écrivain à succès, concept qui avait montré ses limites. Anton leur avait raconté un qui pro quo lié au fait qu'il y avait deux menuisiers sur place portant le même prénom. "Tony", aussi... Voilà une mésaventure qui ne risquait pas de lui arriver, n'est-ce pas ?

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MessageSujet: Re: Sur l'onde calme et noire   Mar 20 Avr - 10:45

N’est-ce pas. Charlie sourit de toutes ses dents (qu’elle avait en nombre normal et bien blanches, avec deux incisives légèrement plus longues que les autres) et serra la main qui lui était tendue.

- Quelle coïncidence… Charlie. Charlie E.

Elle n’en avait pourtant pas rencontré beaucoup dans sa vie, des Charlotte. Et aucune autre qu’elle-même pour se faire appeler Charlie. Les filles avaient tendance à bouder ce surnom trop masculin. Et voilà qu’elle venait s’enterrer jusqu’à Sywhaîd et qu’elle y accueillait une homonyme. Si c’était pas malheureux ! Oh, Charlie n’avait absolument pas l’air malheureux, au contraire, elle souriait plutôt d’un air amusé. Mais ça l’embêtait quand même un petit peu de savoir qu’elle ne serait plus la seule Charlie du coin, la seule fille au prénom masculin, dont le prénom d’origine n’avait plus grande importance. Elle n’allait pas pour autant se résoudre à redevenir Charlotte, hein ! Heureusement, la nouvelle ne lui ressemblait guère. Elles feraient comme les deux Tony. Ils s’en sortaient plutôt bien malgré quelques malentendus de temps en temps.

- Enchantée Elzévir, ajouta la rouquine en direction du daemon.

Ayant grandi à Sywhaîd, Charlie était relativement familière de la chose. Elle n’hésitait jamais à s’adresser directement aux moitiés animales des sorciers de son entourage, considérant que c’était la moindre des politesses. Et elle était toujours surprise de tomber sur des daemons farouches qui n’appréciaient pas qu’on leur parle. Honnêtement, ça la dépassait.

- Je vous propose de vous emmener à la ferme, vous pourrez vous débarbouiller et vous reposer.

Sur ces mots, elle fit volte-face et alla détacher Toby de son arbre. L’agneau bêlait misérablement pour qu’on le libère mais elle avait trop galéré pour le récupérer pour accéder à sa demande. Elle le caressa donc doucement derrière les oreilles pour l’apaiser et retourna vers l’autre Charlie et son daemon.

- Voici Toby. Pas mon daemon, précisa-t-elle, parce qu’on ne savait jamais.

Elle se voyait bien, tiens, avec un daemon agneau, de retour à Londres. Elle aurait l’air malin. Le seul daemon qui passerait inaperçu à Londres serait un pigeon et elle n’était pas vraiment sûre que ça lui corresponde. De toute façon, sur scène, aucun animal ne pouvait l’accompagner. Une des raisons pour lesquelles elle n’avait jamais envisagé une révélation. Ça et le fait que, de ce qu’elle en savait, la plupart des daemons venaient combler un manque chez les sorciers qui les révélaient. Manque qu’elle n’avait jamais connu. Elle avait Danny.

- Vous venez d’où comme ça ? demanda-t-elle ensuite, en se mettant en marche vers la ferme.
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MessageSujet: Re: Sur l'onde calme et noire   Mer 21 Avr - 7:57

Charlie-la-nouvelle eut, pour sa part, bien du mal à masquer sa déconvenue ; elle aussi était versée dans l'art d'être unique, et que la première personne qu'elle rencontre sur Sywhaîd fût une autre Charlie lui serait apparu comme un fort mauvais présage, si elle avait été du genre à être superstitieuse. C'était tout du moins une très étrange surprise.

Bon, ce n'était pas exactement la première fois qu'elle rencontrait une homonyme. Mais les précédentes étaient des fans aperçues à des séances de dédicaces, des Charlotte qui avaient tout juste eu le temps, entre deux crises de larmes hystériques, de lui dire qu'elles aussi avaient décidé de se faire appeler Charlie, que c'était trop cool, qu'elles avaient l'impression de se sentir plus proches d'elles, que le personnage c'était elles tout craché, et patati et patalère. Charlie ne les avait donc jamais considérées comme de "vraies" Charlies. Tandis que celle qu'elle avait devant les yeux n'était certainement pas une afficionada stupide en déficit de personnalité (même si l'idée était plutôt plaisante ; qui savait ?).

"Eh bien enchantée, Charlie", répliqua finalement Ch... la canadienne, en faisant disparaître son rictus de surprise et de déception. C'était vraiment une phrase étrange à dire.

"Très honoré"
, approuva Elzévir, qui n'était certainement pas à classer dans la catégorie des daemons timides, loin de là, et était pour sa part ravie de découvrir que leur premier interlocuteur ne comptait pas se comporter vis-à-vis de lui comme s'il avait été une sorte d'animal un peu sauvage particulièrement dressé. Charlie apprécia elle aussi, et hocha la tête, mais cette fois parce qu'elle approuvait la proposition de rentrer se décrasser les jambes à la ferme ; sans doute la boue qui commençait à sécher du bas de ses genoux à la pointe de ses pieds, lui créant lui plus étranges chaussettes qu'elle eût jamais portées, était-elle excellente pour la peau, mais elle ne comptait pas créer une nouvelle mode personnelle, non, non.

Elle regarda sa guide détacher le petit mouton, se disant vaguement que soit l'agneau était particulièrement aventureux, soit son homonyme était un peu nunuche, pour aimer se promener avec ce genre de bestiole en laisse, façon animal de compagnie. La réplique de Charlie E. la rassura, et la fit éclater de rire ; pas qu'elle fût si drôle que ça, mais depuis le début de leur entrevue notre demoiselle se sentait un poil tendue, malgré les apparences. Que ce fût son daemon, ça n'était même pas une hypothèse qu'elle avait retenu ; depuis quand promenait-on sa moitié en laisse, d'abord ? Et puis... quelqu'un qui aurait eu un mouton comme daemon... bon dieu, l'idée était franchement rigolote, en fin de compte. L'écrivain qui sommeillait dans ce petit corps de fashionista ne put s'empêcher d'essayer de se figurer à quoi ressemblerait une telle personne, probablement douce et naïve à l'excès... Ce que Charlie E. (elle aurait vraiment du mal à s'y faire !) ne semblait pas être.

"Norvège", répondit-elle à sa guide, plutôt laconique pour une fois, pour la simple raison qu'elle était pour l'heure occupée à faire attention à l'endroit où elle mettait les pieds, la bande de terre où elles progressait étant pour le moins accidentée.

"Enfin je suis canadienne, à la base. Dis-moi que tu n'es pas de là-bas toi aussi, ou je vais être obligée de te noyer sauvagement dans les marais", précisa-t-elle une fois trouvés quelques mètres à peu près plats où progresser. Elle souriait joyeusement ; l'accent qui pointait dans les propos de Charlie E. semblait indiquer en effet que Charlie F. (compliqué, ce topic) n'aurait pas à inaugurer sa période sywhaîdienne par un meurtre atroce. Il y avait quand même d'autres moyens de se remettre de cette histoire d'homonymie.

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MessageSujet: Re: Sur l'onde calme et noire   Lun 3 Mai - 20:41

Ah, ouais, Norvège ? Elle aurait pas dit. Elle aurait plutôt parié pour les Etats-Unis ou dans les environs. En même temps, elle ne pouvait pas non plus prétendre être capable de distinguer les accents scandinaves des accents nord-américains. Tous des détériorations du vrai Anglais, le pur, celui de sa Majesté. Ah, non, Canadienne en fait. Ah, elle avait eu raison ! Charlie (E) se baissa souplement et, malgré ses protestations, prit Toby dans ses bras pour négocier la partie accidentée du terrain. Quel abruti cet agneau, il l’avait forcément fait à l’aller mais maintenant qu’elle l’avait récupéré, il jouait les chochottes. Elle éclata de rire à la dernière réplique de son homonyme ce qui eut pour effet de déranger Toby qui manifesta son mécontentement en battant violemment des pattes. Charlie (E) les coinça avec son bras et les deux jeunes femmes gagnèrent la lisière des marais en silence, concentrées.

Ce fut lorsqu’elle put enfin relâcher Toby, lui ôter sa laisse et le laisser gambader à sa guise dans la lande où paissait le reste du troupeau que Charlie (E) se rendit tout à coup compte que Charlie F, ça lui disait quelque chose. Une Charlie F canadienne d’autant plus. Elle avait lu les bouquins d’une Charlie Fontaine canadienne. Le premier était sorti pendant qu’elle était encore à l’école. C’était un des rares plaisirs qu’elle avait pu partager avec les filles de son âge, alors qu’elle avait déjà deux ans d’avance sur elles. Coco nuts ça s’appelait. Et c’était vraiment sympa. En plus, savoir que l’auteur était tout juste plus âgé que soi-même, quand on était en avance, c’était réconfortant. Et puis, c’était marrant d’avoir le même nom que quelqu’un de connu. Enfin, peut-être qu’elle s’emballait, remarquez, des Charlie F au Canada, il devait y en avoir plus d’une. Et, tomber sur une Charlie était déjà une coïncidence. Tomber sur la Charlie F de Coco nuts ça devenait beaucoup !

- Charlie F… comme Charlie Fontaine ? demanda-t-elle finalement, pour en avoir le cœur net.
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MessageSujet: Re: Sur l'onde calme et noire   Sam 8 Mai - 0:28

Charlie-la-nouvelle-venue n'était pas mécontente, vraiment, de retrouver pour de bon la terre ferme, même si la route caillouteuse chatouillait un peu douloureusement la plante de ses pieds. Bon, alors c'était ça, Sywhaîd ; pour de bon, quoi, pas le marais, au charme excentrique mais, franchement, un peu douteux, surtout pour une arrivée. Un endroit assez joli, ma foi ; elle ne regrettait pas le chemin parcouru pour venir jusque là - d'autant que le chemin en question avait été particulièrement agréable. Elle observait l'agencement des lieux, semblable à ce qu'Anton avait expliqué dans ses lettres : la forêt par là-bas, et sans doute toute proche la scierie où il officiait ; de ce côté, l'école et, en face d'elles, de l'autre côté de la route, la ferme et les fabriques.

Le décor de son futur roman, très vraisemblablement, vu qu'elle s'était toujours inspirée de l'ambiance où elle se trouvait réellement pour ses livres (okay, au nombre de deux pour le moment, pas de quoi sortir des grandes généralités, non plus) ; décor qui correspondait bel et bien à ce à quoi elle s'était attendu, tout en en étant en même temps tout à fait différent. Bref, ça s'annonçait plutôt bien.

C'est cet instant que choisit son homonyme pour lui demander si son nom de famille n'était pas "Fontaine", par le plus grand des hasards. Ce à quoi l'intéressée tourna de grands yeux surpris. Et ce n'était même pas du cinéma.

Sapristi, oui, en pensant à Sywhaîd, elle s'était demandé plus d'une fois, bien sûr, si elle aurait des fans, là-bas. Des gens qui la reconnaîtraient, qui connaîtraient ses livres. Une perspective qui aurait dû la faire frémir, dans la mesure où c'étaient les assiduités d'un fan un peu particulier qui l'avaient poussée à rappliquer malles de fringues, paires de chaussures et petit ami sexy dans ce patelin perdu... mais une perspective qui ne lui déplaisait pas autant qu'elle l'aurait dû. Non, Charlie n'était pas quelqu'un de modeste. Elle aimait l'idée d'être reconnue. Elle aimait qu'on se retourne sur son passage, qu'on murmure dans son dos, et tant pis, même, si ça n'était pas toujours pour dire des gentillesses à son égard.

Pourtant sa première réaction à la question de l'autre Charlie-Charlotte ne fut pas, curieusement, un enthousiasme ravi. En fait, elle demeura un moment hésitante sur ce qu'elle devait ressentir à l'idée d'être "démasquée" par la première personne venue. Son regard dériva vers les bâtiments proches d'elles ; peut-être qu'elle avait envie, pour une fois, d'être une anonyme. Juste Charlie. Voire juste "une des deux Charlie". Peut-être. D'un autre côté, elle avait toujours aimé la célébrité, non ?

"Oui, oui, pareil. En fait c'est moi", confirma-t-elle en hochant la tête, et le sourire aux lèvres. "Mais on s'en tient aux prénoms, ici, non ? Même si dans notre cas, c'est vrai que ça risque d'être un peu compliqué..." suggéra-t-elle en haussant les épaules. Un peu surprise elle-même de sa réaction. Mais elle avait besoin de se poser. Elle avait besoin, pour quelques temps du moins, de découvrir les lieux en anonyme. Quelque chose dans ces paysages rustiques semblait se ficher totalement de son nom de famille, et pour le moment, ça lui convenait. Ceci dit, si sa guide se mettait tout à coup à pousser de grands cris surexcités et à fouiller ses poches à la recherche de son carnet d'autographes, ça lui convenait aussi ; comme quoi, elle n'était pas si compliquée que ça, comme fille.

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MessageSujet: Re: Sur l'onde calme et noire   Sam 8 Mai - 10:48

Charlie éclata de rire. On l’a déjà dit, elle souffrait d’un manque quasi-total d’empathie et ne releva aucun des indices tendant à prouver que Charlie Fontaine (donc) n’était pas extatique à l’idée d’être reconnue. Charlie E, elle, aurait adoré être reconnue par les gens qu’elle rencontrait mais cela avait moins de chance d’arriver à une comédienne de théâtre qu’à une actrice de cinéma tout de même. Ou à un petit prodige de l’écriture. Elle ne se mit pas non plus à pousser des cris surexcités (c’était Charlie Fontaine, pas non plus Terry Pratchett tout de même) mais elle éclata tout de même de rire avant de répliquer :

- Oh ben, ça ira, on sera « Charlie l’écrivaine » et « Charlie la bergère ». Au moins, c’est pas comme les deux Tony qui sont tous les deux menuisiers !

Elle roula des yeux, très expressive, peut-être légèrement trop, comme d’habitude. Déformation professionnelle.

- Oui, parce qu’on a deux Anthony aussi, et ils bossent tous les deux à la scierie. En général on dit « le vieux » et « le jeune » même si, bon, le vieux n’est si vieux, il est juste plus vieux que le jeune, tu vois ?

Elle rit de nouveau. Les deux jeunes femmes foulaient maintenant l’herbe dense de la Lande ce qui devait être un soulagement pour les pieds nus de Charlie F. Autour d’elles, les moutons de Charlie E. paissaient tranquillement sous le soleil. Quelques agneaux s’approchèrent en bêlant de la bergère avant de repartir en trottinant une fois qu’elle les avait gratifiés d’une caresse.

- En tout cas, poursuivit-elle presque sans interruption, j’ai beaucoup aimé Coco Nuts. J’ai pas lu le deuxième par contre, je crois. Mon frère l’avait acheté mais je crois qu’il l’a laissé à Poudlard quand il est parti. Enfin… Tu vas en écrire un nouveau ?

Charlie E. tourna un grand regard interrogateur vers son homonyme.
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MessageSujet: Re: Sur l'onde calme et noire   Ven 4 Juin - 21:39

Lorsque Charlie E. évoqua leurs professions respectives, Charlie F. joignit son rire aux derniers éclats de ceux de son interlocutrice. Et elle roula elle aussi des yeux lorsqu'elle parla de deux Tony, non par déformation professionnelle, mais plutôt par habitude de se placer au centre de l'attention, et donc d'en faire un peu trois tonnes (deux tonnes et demi, disons).

Un Tony sur place, oui, jusque là, elle suivait ; "leur" Tony, quoi, Tonino, Anton, le prétexte de leur venue sur place. Charlie avait hâte d'aller le saluer, mais elle allait tout de même attendre Esteban : c'étaient eux, les amis, à la base. Elle appréciait Tony, vraiment beaucoup, mais ça n'avait rien à voir avec la relation qui unissait les deux Argentins. Elle faillit demander à l'autre Charlie s'il n'y avait pas, par-dessus le marché, déjà un autre Esteban sur place, mais pour l'heure la conversation avait dérivé vers une histoire de jeune-plus-vieux-que-l'autre et vice-versa, et Charlie, qui avait un peu décroché, se contenta d'approuver, d'un hochement de tête.

"Je vois, je vois", articula-t-elle même avec conviction.

Pour finir, Coco Nuts arriva sur le tapis. Charlie E. n'avait pas lu le suivant ; cela fit à nouveau sourire Charlie F. Bon, son interlocutrice n'était pas un cas isolé : son second opus s'était bien vendu, mais c'était loin d'égaler les chiffres du premier, authentique best-seller. L'écrivain savait qu'avec son troisième roman, les critiques l'attendaient au tournant. Soit le phénomène Fontaine dégonflerait comme un soufflé, soit elle parvenait pour de bon à devenir un écrivain sérieux.

Janice, son éditrice, avait beau lui recommander de ne pas se mettre ce genre de pression sur le crâne, de garder la fraîcheur qui faisait le charme de son écriture, c'était plus facile à dire qu'à faire. Cela faisait plusieurs mois qu'elle n'avait pas écrit une ligne "sérieuse", se contentant de prendre des notes ici et là, de griffonner quelques idées sur des bouts de papier. Mais enfin, la question de savoir si elle projetait d'accoucher d'un troisième bébé ne se posait évidemment pas.

"Oh, oui, bien sûr", répondit tout naturellement Charlie. "Tu pourras même être dedans, si tu veux ; je suis sûre que c'est passionnant, le métier de bergère", ajouta-t-elle avec trop d'aplomb pour qu'on puisse déterminer si elle était ironique ou non. "Mais en te mettant un autre prénom, par contre. Sinon ce s'ra trop compliqué. Tu imagines ? "Charlie (E) se rendit tout à coup compte que Charlie F, ça lui disait quelque chose"... Vraiment trop compliqué !"

Elle rit à nouveau. Elles étaient arrivées à proximité des bâtiments civilisés. La nouvelle venue parcourut du regard, de haut en bas, la silhouette trapue de l'école, avant de se tourner vers son interlocutrice.

"Tu m'emmènes rencontrer mes futurs personnages ?"

[On peut clôturer, si tu veux]

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