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 On The Road

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Gavin Mitchells
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MessageSujet: On The Road   Mar 9 Fév - 12:52

« Dakota blues.
Just got Dakota blues.
No home, no love, no woman.
Can’t care less.
No cash, no job, no name.
But I’ll think I’m bless.
As long as I’ve my Dakota with me
. »


La voix rauque aux accents typiques du sud des USA, monta sur les dernières notes de ce refrain déjà maintes fois répété, et alors qu’il prononçait le dernier mot, la musique s’arrêta. Gavin sourit en reprenant son souffle, sa guitare en bandoulière callée sur son bras musclé, pratiquement arrêtée sur le mouvement de la dernière note. Le public mit quelques fractions de secondes à comprendre que la chanson était terminée, et se leva comme un seul homme pour applaudir. Comme toujours, le visage de Gavin s’illumina d’un plaisir sincère, alors qu’il saluait sans trop en faire. Finalement, il s’approcha du micro, duquel il s’était un peu éloigné, et dit :

« Merci, merci beaucoup. Maintenant, si vous le permettez, je vais aller dîner avec ma fille. Si vous n’en avez pas assez de moi, je reviendrai vous chanter quelques berceuses avant d’aller me coucher. »

Il sourit, et quelqu’un dans la salle siffla ce qui attira un hochement de tête bref de la part du texan. Avec une délicatesse plutôt rude (oui oui oxymorons joyeusement), il posa sa guitare sur son chevalet, sur la petite scène du pub, et se dirigea vers sa table. Plusieurs personnes le félicitèrent au passage, on lui offrit plusieurs bières qu’il refusa poliment en expliquant qu’il avait promis à sa fille de dîner avec elle. Il finit par s’asseoir à sa table, et dit :

« Qui aurait cru que les Ecossais aimaient la country ! » Il remonta les manches de sa chemise à carreaux bleu foncé qui faisait ressortir ses yeux bleus perçants, puis ajouta en se saisissant du menu : « Tu as choisi ? »

A les voir comme ça, on aurait presque pu croire que Dakota et Gavin avaient vécu toute leur vie ensemble. Pourtant c’était loin d’être le cas. En fait, ça faisait trois jours qu’ils étaient partis de Sydney, et ils avaient passé presque plus de temps ensemble depuis trois jours que ces dix dernières années. Ca n’était pas plus mal, finalement, que les producteurs de Gavin l’aient forcé à accepter quelques dates de concerts informels dans des pubs sur sa route pour faire un peu de promotion en Angleterre. Au moins comme ça, ils avaient le temps d’apprendre un peu à se connaître avant de passer leur « Quête » (principe que Gavin n’avait pas trop compris ni même cherché à comprendre) pour entrer à Sywhaîd…

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Dakota Mitchells
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MessageSujet: Re: On The Road   Mer 10 Fév - 15:43

- But I’ll think I’m bless, as long as I’ve my Dakota with me…

L’adolescente, assise sur une banquette dans un coin de la salle, n’avait pas les yeux fixés sur la scène et avait d’ailleurs bien ostensiblement posé le casque de son i-pod sur ses oreilles. Pourtant, elle fredonnait en même temps que le chanteur et quelqu’un avec l’ouïe fine aurait pu se rendre compte qu’aucune musique ne se déversait dans les écouteurs. Mais elle avait une fierté à défendre et elle ne pouvait quand même pas se permettre de jouer les groupies pour son propre père.

Quand ledit père s’affala en face d’elle à leur petite table, elle eut une seconde d’hésitation avant d’ôter son casque et de daigner sourire brièvement à sa blague pourrie. A les voir ainsi l’un en face de l’autre, l’ado boudeuse et l’ado attardé, il était difficile de déterminer au premier coup d’œil leur lien de parenté même s’il était évidemment qu’il y en avait un. A vrai dire, Dakota elle-même n’arrivait pas à déterminer le lien de parenté qui l’unissait à son père. Enfin, elle savait que c’était son père, elle n’était pas demeurée, mais il ne la traitait pas vraiment comme un père, en tout cas pas comme son beau-père Appelle-moi-Chris le faisait. Il lui parlait plus comme à une égale, comme un grand frère ou un cousin branché. Et Dakota ne savait pas par quel bout le prendre.

Ils venaient de passer trois jours ensemble. Trois jours sur les routes enneigées de cette Angleterre qui ne voyait apparemment jamais le soleil (Dakota appréciait plutôt, son teint ne faisait pas tache) et elle n’était toujours pas très sûre de la façon dont elle devait se comporter avec lui. Elle avait tenté ses coups classiques pour commencer mais avait dû renoncer quand elle avait ostensiblement sorti une cigarette et qu’il lui avait proposé du feu. Elle n’aimait pas fumer et si ça n’énervait même pas les adultes, quel était l’intérêt ?

Dakota triturait nerveusement l’ourlet de la chemise de bûcheron épaisse, visiblement trop grande et à carreaux rouges et gris qu’elle portait sur un t-shirt noir orné du sigle d’ACDC, un jean baggy usé aux genoux et ses vieilles Converses rouges. Ses cheveux bruns étaient vaguement relevés en queue de cheval mais beaucoup de mèches trop courtes s’en échappaient. Ses yeux étaient lourdement khôlés et mascarés et elle portait une teinte très sombre de rouge à lèvres, sans pour autant sombrer dans le gothique. Gavin ne faisait aucune réflexion sur le maquillage non plus et ça la troublait.

En fait, tout Gavin la troublait. Il avait toujours été le héros de son enfance mais c’était facile d’aduler quelqu’un de loin et de prendre systématiquement son parti pour énerver sa mère. Et puis Gavin était fondamentalement aimable, il était sympa, drôle et easy-going si bien qu’elle se surprenait souvent à baisser la garde malgré elle. Mais, d’un autre côté, elle lui en voulait de ne jamais avoir réussi à obtenir sa garde, d’obéir à sa mère comme un toutou et de l’emmener sur ses ordres dans un endroit paumé où aucun des deux n’avait envie d’aller.

- Yorshire pie, répondit-elle quand Gavin lui demanda si elle avait choisi.

- Hey Gav’, ajouta-t-elle après quelques secondes de silence. Elle avait du mal à l’appeler «papa». D’une façon ou d’une autre, ça ne collait pas au personnage et c’était un terme difficile à utiliser envers quelqu’un qu’on ne connaissait finalement presque pas. Pourquoi est-c’qu’on continuerait pas comme ça ? Tu fais ta tournée, tu m’ramènes aux US, on a la belle vie. Pourquoi est-c’qu’on est obligé d’aller dans c’putain d’trou paumé ?
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Gavin Mitchells
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MessageSujet: Re: On The Road   Mer 10 Fév - 16:44

« Parce que tu es mineure et que la peine pour kidnapping est un peu trop longue à mon goût. » répondit Gavin sans lever les yeux de son menu, son accent trainant accentuant l’aspect « tranquille » de la réponse.

Il allait rajouter quelque chose mais la serveuse, une jolie cutie très souriante venait d’arriver devant la table. Elle demanda s’ils avaient choisis et Gavin, avec un sourire, hocha de la tête tout en répondant :

« Alors, la gamine prendra un Yorshire Pie avec un coca. » Dakota n’avait pas demandé de coca mais elle adorait ça et Gavin n’était pas du genre à se contenter d’un pichet d’eau en mangeant, de par chez lui on buvait quelque chose avec son repas : bière, soda, lait, jus de fruit… « Quant à moi je prendrai un steak. Saignant. Avec des frites. Beaucoup de frites et une bière s’il vous plaît. »

Nouveau sourire échangé, sûr que si la « gamine » (comme Gavin avait toujours appelé Dakota depuis sa plus tendre enfance) n’avait pas été là, le chanteur aurait sûrement eu sa chance avec la petite serveuse. Seulement, sa fille étant dans les parages, ça n’était pas vraiment du genre de Gavin de draguer sérieusement quelqu’un. Etre charmeur, oui, aller s’envoyer en l’air alors que sa fille était dans la chambre d’à côté, non. Enfin, bien sûr, c’était une règle qu’il s’était fixé depuis trois jours… A Sywhaîd, il se doutait bien que les choses ne seraient pas si simples, après tout, il allait vivre avec Dakota, et il ne pouvait pas abandonner se vie sexuelle complètement, qui aurait été prêt à un tel sacrifice ?

« Ta mère a toujours ta garde. » continua-t-il quand la serveuse fut repartie vers le bar pour préparer leur commande. « Elle me demande de t’emmener quelque part, je le fais, tout va bien. Elle me demande de t’emmener quelque part, je t’emmène autre part, elle envoie les flics. Et elle aurait bien raison de le faire. Je lui ai promis que je t’emmènerai à Sywhaîd. »

Il avait dit ça comme une évidence, comme si le fait d’avoir promis était une raison suffisante, expliquant pourquoi il ne changerait pas ses plans. Et de fait, c’était le cas. Gavin était quelqu’un d’obstiné. Il était aussi quelqu’un d’honnête. Jamais il n’irait revenir sur une promesse qu’il avait faite. C’était sûrement quelque chose d’assez old school, le genre de choses qu’une adolescence ne pouvait pas vraiment respecter, ou qui pouvait même attirer ses moqueries, mais il s’en fichait. D’autres personnes plus intimidantes s’étaient moquées de lui, et il n’avait jamais flanché pour autant. Même à la prison, à l’époque, quand il s’engageait pour quelque chose, il le faisait, quoi que ça lui coûte. C’était exactement ça aujourd’hui. Il avait promis à son ex-femme qu’il emmènerait Dakota à Sywhaîd, qu’il veillerait sur elle et ferait en sorte qu’elle arrête ses conneries. Il tiendrait parole. Pas pour rien qu’on l’avait désigné volontaire. Il n’y avait que lui d’assez obstiné pour ça. Et puis, très franchement, l’histoire des flics c’était vrai aussi. Caroline était tout à fait capable de lui envoyer l’armée pour récupérer sa fille, et de leur dire en plus qu’il l’avait enlevée et pas qu’elle la lui avait confiée.

« Et puis, Sywhaîd, ça peut être intéressant, non ? Nouvelle vie. La campagne c’est génial, j’ai grandi à la campagne, ta mère aussi, et on y était très heureux. »

Il sourit. Oui ils avaient été heureux à l’époque. Grandir à Norman, Texas, avait été une des meilleures choses de la vie de Gavin. Et même si maintenant il avait une gamine qui le connaissait à peine et qui l’appelait Gav’ au lieu de papa, et qui cherchait à se rebeller. Une fille avec qui il n’avait pas encore pris ses marques. Il aurait préféré ne pas devoir apprendre à être père alors que sa fille avait déjà 15 ans, il aurait aimé savoir quoi faire, la voir grandir. Les problèmes n’auraient pas été les mêmes, c’était sûr. Une partie de Gavin ne pouvait s’empêcher de penser que s’il avait pu être là, pour sa fille, elle n’en serait pas là à présent. Il détestait Christopher-appelez-moi-Chris. Mais même la partie la plus objective de son cerveau ne pouvait que se dire qu’il aurait sûrement été meilleur père que lui.

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Dakota Mitchells
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MessageSujet: Re: On The Road   Mer 10 Fév - 17:19

Comme souvent avec ce Gavin, Dakota ne put s’empêcher de sourire quand il lui balança le plus sérieusement du monde une réponse toute à fait cohérente sur ce ton tranquille et traînant qui avait fait le succès de ses chansons. Elle cessa pourtant rapidement de sourire quand elle se fit qualifier de gamine devant une traînée trop maquillée qui roulait des hanches à s’en faire péter la jupe. Voilà bien un truc qu’elle détestait chez Gavin : il avait beau ne pas la traiter comme une gamine, il ne pouvait s’empêcher de la dénommer de la sorte. Et ça la faisait enrager. Ceci dit, il avait eu raison, elle voulait évidemment un coca avec son plat.

Elle n’eut cependant pas le temps de faire une remarque désagréable à ce sujet car il enchaînait sur le sujet en cours et elle fut bien forcée de l’écouter. Elle avait beau se la jouer rebelle, il y avait toujours au fond d’elle une petite fille bien éduquée qui écoutait quand on lui parlait et n’interrompait pas ses interlocuteurs. Sauf s’ils le méritaient vraiment. En l’occurrence, ce que disait Gavin était plutôt sensé, elle devait le reconnaître. Honnêtement, ça ressemblait bien à sa mère, ça, de crier au kidnapping et de faire appel à la police. Elle avait bien remarqué qu’il existait entre ses parents de nombreuses unresolved issues et l’expression pincée qu’arborait sa mère à chaque fois que Gavin était mentionnée était suffisamment révélatrice pour que Dakota ait fait de mentionner Gavin un sport national à la maison.

Elle n’était pas tout à fait au point en ce qui concernait le mariage de ses parents, et encore moins en ce qui concernait leur divorce. Tout ce qu’elle savait, en gros, c’était que sa mère considérait son père comme un raté, un dangereux criminel, un loser, probablement un alcoolique et/ou un drogué, un irresponsable et un perdant. Pas forcément dans cet ordre. Instinctivement, Dakota n’était pas d’accord. Par principe aussi. Et, possédant toute la discographie de Gavin et toutes les coupures de presse qu’elle trouvait sur lui, elle avait tendance à ne pas le prendre pour un loser. Et vu son attitude et sa sobriété chaque fois qu’ils passaient du temps ensemble, elle considérait qu’il était peu probable qu’il soit drogué et/ou alcoolique. Bon, d’accord, trois jours par an n’étaient pas représentatifs mais, s’il était vraiment accro, il ne tiendrait pas aussi bien les vingt-quatre heures. La façon dont il s’occupait d’elle tendait à prouver qu’il était plutôt responsable même si c’était d’une façon distraite et nonchalante. Et, le côté repris de justice, ça avait un côté excitant. Même si l’excitation était tamisée par le fait qu’il avait apparemment retrouvé le droit chemin vu qu’il frissonnait à l’idée de tomber pour kidnapping.

Dans tout ça, la seule chose qui la chiffonnait, c’était cette histoire de garde. D’après sa mère, Môssieur Gavin était trop occupé par sa musique, ses sorties et ses gonzesses pour vouloir s’encombrer d’une adolescente et donc jamais réclamé plus mais Dakota prenait ça avec des pincettes. Mais, même avec les plus grosses pincettes et la meilleure volonté du monde, et le fait que sa mère était avocate, elle trouvait quand même ça difficile à avaler que, s’il avait vraiment essayé, il n’avait rien pu faire pour la récupéré. Mais il avait l’air honnêtement heureux d’être avec elle et abandonnait gaiement sa carrière pour s’occuper d’elle. Pourquoi n’avait-il pas fait ça plutôt ? Pourquoi attendre que sa mère le lui demande ? Tout ça était décidément trop confus et elle était trop jeune pour ça.

Dakota arracha enfin l’ongle sur lequel elle avait travaillé pendant ce discours et le cracha relativement discrètement par terre. Puis elle haussa les épaules et fit une moue revêche, art auquel elle excellait.

- Moi j’aime la ville. J’aime les voitures, le ciné et le surf. J’vois pas c’qui peut y avoir de fun à vivre à la campagne. Pas à notre époque…
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Gavin Mitchells
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MessageSujet: Re: On The Road   Mer 10 Fév - 17:53

De nouveau, Gavin allait répondre mais la serveuse les interrompit en déposant la bière et le coca devant eux avec un nouveau sourire un peu trop appuyé envers le père. Pour le coup, ça commençait à devenir un peu gênant, et Gavin, sous couvert de prendre le verre pour en prendre une gorgée, ne répondit pas à ce sourire. Elle était mignonne, et aurait sûrement été son genre s’il n’avait pas été accompagné, mais ça n’était pas la peine d’insister comme ça. Comme tout bon homme du sud, Gavin avait ses limites, une sorte de pudeur texane, qui faisait qu’il n’aimait pas qu’on le pousse trop dans ses retranchements, surtout quand il était aussi clair dans sa façon de refuser gentiment les faveurs de la cutie. Bref, la serveuse partit et le père et la fille se retrouvèrent de nouveau seul. Comme il était en train de faire un mouvement pour prendre une gorgée, le chanteur le finit et prit une gorgée de sa bière. De fait, il était sobre quand il était avec Dakota, son maximum était de boire une bière. En général, il ne buvait pas au point de perdre la tête, ça n’était pas son genre. Il savait trop ce que ça faisait de perdre le contrôle de soi-même et de faire une grosse connerie. On avait une certaine sagesse après avoir passé trois ans en prison, ou du moins c’était le cas de Gavin.

« C’est parce que t’as jamais vécu à la campagne. » répondit-il une fois qu’il eut reposé son verre sur la table.

Il était face à la salle et regardait les gens manger. A trois tables de là, une famille dînait. Un mari, une femme, un petit garçon et une adolescente. Ils avaient l’air complices. Heureux. Comme toujours quand il était face à ce genre de visions, Gavin ne put s’empêcher de penser que ça aurait dû être sa vie à lui. S’il n’avait pas eu la bêtise de vouloir voler de l’argent. S’il n’avait pas cédé aux attaques répétées de sa femme. S’il avait eu assez de nerfs pour passer cette période dure. Bien sûr, Caroline s’était avérée être… Caroline. Mais peut-être que s’il avait tenu bon, son mariage l’aurait aussi fait. Et même, s’il n’avait pas été en prison, il aurait eu des droits sur sa fille. Une famille recomposée ça reste toujours mieux que pas de famille du tout. Il se força à recentrer son attention sur l’adolescente qui lui faisait face, et ajouta :

« T’imagines pas ce qu’on peut faire à la campagne. Tu crois que ta mère t’envoie en prison, c’est le contraire. On ne s’amuse jamais aussi bien qu’à la campagne. Tu vas t’y faire de bons potes, tu verras, et vous ferez des tas de trucs. Sans compter que l’air pur et le boulot te feront du bien, tant au corps qu’à l’esprit. T’es pâlichonne gamine. »

Il sourit d’un air amusé. Il lui avait souvent dit qu’elle était « pâlichonne ». Quand elle était petite, il lui demandait tout le temps si ça lui arrivait de sortir ou pas, ce genre de choses, c’était comme une blague entre eux. Bien sûr, c’était différent à présent, et Gavin le savait bien. Passer de père à distance trois fois par an à père à temps complet, ça n’était pas si évident qu’on pouvait le croire, et Gavin avait beau être un texan parfois mal dégrossi, il s’en doutait bien.

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MessageSujet: Re: On The Road   Mer 10 Fév - 19:48

L’avantage, quand on est une sorcière dans un environnement de non-sorciers, c’est qu’on peut faire tout un tas de conneries sans se faire pincer. Et, en l’occurrence, quand la traînée traîna un peu trop longtemps son décolleté sous le nez de Gavin en lui servant sa bière. Eh, oh, elle n’avait pas l’impression qu’il y avait une mineure présente ? Elle ne voulait pas aller faire ses cochonneries ailleurs ? Elle était capable de se rendre compte qu’il n’était pas intéressé ou pas ? Mince à la fin ! Aussi, quand la jeune serveuse fût retournée derrière le bar, elle eut le malheur de casser la pinte qu’elle remplissait de bière et de s’entailler largement la paume de la main avec les débris de verre. Sous la table, Dakota rangea de nouveau sa baguette magique, comme si de rien n’était. Le tout ne lui avait pris que quelques secondes. Elle n’y connaissait pas grand-chose en magie mais, ce qu’elle savait faire, elle le faisait bien.

L’adolescente se contenta de hausser les épaules d’un air maussade en mordant sa paille comme si elle lui avait fait une offense personnelle et en sirotant donc son coca à travers un cylindre de plastique plutôt malmené. Elle accueillit la dernière réplique de Gavin d’un regard noir. Oui, elle était blanche comme un lavabo, c’était de naissance, merci de le lui rappeler !

- T’avais qu’à m’refiler ton teint à la naissance, on n’en s’rait pas là, grommela-t-elle

A la place, il lui avait refilé, d’après sa mère en tout cas, son sale caractère et son cynisme. Elle n’avait pas encore eu l’occasion de s’en rendre compte. Il lui avait refilé aussi, d’après elle, son talent pour la musique. Elle n’avait jamais tenté de composer mais elle grattait plutôt bien et avait quelques brouillons griffonnés un peu partout qui montraient que, si elle s’y mettait sérieusement, elle pourrait aboutir à quelque chose de plus que correct. Quoi qu’il en soit, elle abandonna le sujet de la campagne, ayant visiblement autre chose à penser. Une deuxième serveuse leur apporta leur plat et elle se mit à distraitement noyer sa purée dans la sauce gravy, ne sachant apparemment pas comment aborder le sujet qui la préoccupait. Finalement, ayant puisé des forces dans une bouchée de sa tourte gorgée de sauce, elle se lança, tâchant vainement de cacher l’air angoissé au fond de ses prunelles :

- Dis, Gav, ça va plomber ta carrière, non ?
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Gavin Mitchells
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MessageSujet: Re: On The Road   Mer 10 Fév - 21:08

Gavin était peut-être non-sorcier, mais il n’était pas idiot. Il avait bien vu le regard chargé de haine que son adolescente de fille avait porté sur la serveuse. Et Gavin était un gars du sud, habitué aux filles du sud. Et les filles du sud avaient du caractère, plus que ça, elles pouvaient être aussi destructives que de fichues tornades. Alors quand on grandissait avec ce genre de femmes (future ex-femme comprise) on apprenait vite à voir les signes annonciateurs d’une crise. Et pour le coup, ce genre de regards étaient classés numéro un sur l’échelle des signes annonciateurs de tornades féminines. Alors quand la serveuse explosa une pinte et s’ouvrit la main, il ne fut pas vraiment surpris pour tout dire. Il n’avait cependant aucune preuve, et ne dit donc rien. C’était sûrement Dakota qui venait de lancer un sort, mais il n’était pas du genre à accuser sans preuve. Et de toute façon, pour le moment, il n’avait pas envie de forcer sa fille à se mettre sur ses gardes. S’il voulait réussir à quelque chose avec elle, il fallait qu’il réussisse à franchir ses barrières d’abord.

Quand son assiette arriva devant lui, il fourra trois frites dans sa bouche et se mit à couper joyeusement sa viande. Il aimait la viande, il était un vrai carnivore, et la viande saignante était un plaisir qu’il ne se refusait jamais, d’autant moins depuis qu’il savait qu’il devrait s’en passer la plupart du temps dès qu’ils auraient passé cette fichue Brume. Il n’avait rien contre l’agneau, mais ça ne valait pas vraiment un bon steak de bœuf. Il sourit d’un air amusé quand elle lui reprocha de ne pas lui avoir donné son teint, et répondit :

« Je t’ai donné des trucs plus intéressants, pouvais pas tout faire… »

Sur cette réplique pleine d’esprit, il mangea un bout de viande avec plaisir. Ouais, on disait que les anglais ne savaient pas cuire la viande, ici ils avaient dû prendre des cours parce que c’était délicieux. Il en manqua presque le moment de vérité de la soirée, le moment d’intimité père-fille et tout le reste. Sa carrière ? Il prit une gorgée de bière qui l’aida à déglutir, s’essuya la bouche de sa serviette et sourit.

« Tu t’appelles Dakota Mitchells, pas Dakota-appelez-moi-Chris que je sache. C’est normal que je m’occupe de toi. »

Il sourit de nouveau et mangea rapidement une frite. Le coup du Christopher-appelez-moi-Chris c’était de lui. La façon dont il avait tout de suite appelé le nouveau mec (et futur mari) de Caroline, parce que ce dernier s’était présenté comme ça à lui, avec un sourire colgate en plus et une poignée de main pleine d’assurance. Gavin n’avait pu s’empêcher de faire son comique en surnommant le futur beau-père de sa fille comme ça devant cette dernière et c’était devenu l’une de leurs rares références communes.

« Quant à ma carrière, c’est mon affaire. » ajouta-t-il entre deux frites. « Sept albums en huit ans, je peux bien faire une pause. Et puis, la campagne me fera du bien à moi aussi, j’ai besoin de me ressourcer, j’inventerai la country écossaise. Je suis sûr qu’y a un filon. »

En réalité, ça n’était pas si simple que ça. Gavin était plutôt connu, il vendait pas mal de disques et remplissait ses concerts. Il aimait ce qu’il faisait. Abandonner tout ça, c’était très dur. Mais il espérait bien que ça ne durerait pas. Avec un peu de chance, Dakota retrouverait le droit chemin rapidement, c’était probable, n’est-ce pas ? On pouvait toujours espérer… Mais autrement, il ferait avec. Il devait s’occuper de sa fille, il avait voulu le faire toute sa vie, il n’allait pas lui tourner le dos au moment où elle avait besoin de lui.

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MessageSujet: Re: On The Road   Jeu 11 Fév - 10:00

- Ouais, tu prendras des moutons dans tes chœurs… ça f’ra un tabac !

Cette remarque innocente lança une offensive de blagues plus ou moins vaseuses sur les caractéristiques de la musique country écossaise qui culmina par l’ajout d’un orchestre symphonique de cornemuses. Gavin avait depuis longtemps fini son steak et il ne restait plus guère que quelques traces de gravy dans l’assiette de Dakota quand ils terminèrent enfin ce concours d’humour qui montrait bien qu’effectivement, Dakota avait hérité d’autre chose de son père que de son teint. Peut-être que c’était ce que Caroline entendait par cynisme, elle ne pouvait décemment pas dire que son ex-mari était drôle sans perdre la face.

Et puis, les quelques clients encore présent firent pression sur Gavin pour qu’il respecte sa promesse et leur chante deux ou trois chansons avant d’aller dormir. Le chanteur remonta donc sur la scène et les régala de « A rose from Texas » et « My guitar won’t sing ». Quand on lui réclama « Dakota blues » pour finir, il ne s’exécuta pas tout de suite mais fit signe à sa fille de le rejoindre sur scène. Dakota, celle-là même qui avait inspiré la chanson, hésita. Puis saisit sa propre guitare et grimpa les quelques marches qui l’amenèrent près de son père. Quelqu’un lui apporta une chaise et un deuxième micro et, après s’être accordés d’un léger signe de tête, ils se lancèrent dans un duo qui ne manquait pas de charme. Dakota avait un beau filet de voix et se défendait plutôt bien en guitare même si, à côté de Gavin, il était clair qu’elle manquait cruellement de technique et d’expérience. Mais c’était justement ce contraste, cette naïveté, qui donnait tout son charme à la performance. Quand la dernière note s’éteignit, un sourire sincère flirtait avec les lèvres de Dakota tandis que la salle éclatait en applaudissements.
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