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Esteban Juarez Sywhaîdien


Nombre de messages: 44 Age: 37 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Quête d'Esteban Juarez. Mar 2 Fév - 13:13 | |
| Esteban Antonio Juarez était un voyageur. Il avait fait le tour du monde pendant près de vingt ans, et repartir sur les routes avait été une sorte de retour à sa nature première. Il avait aimé sa pause, trois ans à Norsken, mais avait réalisé, une fois reparti, qu’il n’avait jamais considéré ça autrement qu’un break, justement, comme des vacances, rien de plus. Jamais il ne s’était imaginé vivre toute sa vie dans l’île gelée. Mais surtout, il ne s’était jamais imaginé être totalement sédentarisé. Aller à Sywhaîd était tout à fait dans cette optique. Il pourrait y découvrir de nouvelles choses, ce qui était un de ses objectifs puisqu’à Norsken il avait plus ou moins fait le tour des traditions à apprendre. Il pourrait aussi rencontrer de nouvelles personnes, les rencontres avaient toujours été au centre des voyages qu’Hugo et Tonino, et lui bien sûr, avaient fait. Il vivrait dans un nouvel endroit, de nouveau avec Tonino, et ce changement lui ferait du bien. Mais cette fois, il ne se laissait pas avoir. Il savait qu’il repartirait de Sywhaîd. Sur le chemin, ils avaient évoqué avec Charlie la possibilité de régulièrement voyager, visiter l’Europe, comme ils l’avaient fait ces dernières semaines. Continuer, d’une certaine façon, ce qu’Esteban avait entrepris près de vingt ans plus tôt.
Il n’était pas question de s’enterrer à tout jamais à Sywhaîd, c’était bien clair. Charlie n’aurait jamais supporté de vivre dans ce village isolé toute sa vie, et lui non plus. Ils avaient besoin de challenges, ils avaient besoin de pouvoir découvrir de nouvelles choses. Sywhaîd serait une étape. Une étape longue, parce que c’était un endroit riche, il leur faudrait du temps pour en avoir fait le tour… mais un jour, ils repartiraient. Peut-être que ça deviendrait, en fin de compte, leur pied à terre, comme c’était souvent le cas pour les sywhaîdiens qui partaient, c’était du moins ce qu’Anton leur avait dit dans ses lettres. Mais pour le moment, Esteban et Charlie voulaient entrer à Sywhaîd, passer cette Quête et pouvoir atteindre le village écossais dont ils avaient tellement entendu parler.
Esteban s’était arrêté quand la Brume avait été trop épaisse pour qu’il avance encore. Après que Charlie lui eut fait ses dernières recommandations, et l’eut embrassé, il l’avait laissée pénétrer dans la Brume puis avait attendu quelques minutes avant de l’y suivre. Il savait bien qu’ils ne passeraient pas la Quête ensemble, et n’y voyait aucun inconvénient. Esteban aimait sa Charlie, mais il était quelqu’un d’assez indépendant de nature, être seul face à lui-même, et à une entité pluriséculaire, ne le dérangeait pas. Et s’il avait un peu d’appréhension, il aurait fallu être stupide pour ne rien ressentir, la peur n’était pas au programme. Il avait déjà vécu bien des choses durant sa vie, surmonté bien des épreuves, parcouru bien des transes. Assez pour ne pas être en état de panique, mais assez aussi pour rester sur ses gardes, l’expérience lui permettait de savoir qu’être trop sûr de soi n’était pas une bonne idée.
Sous son beau costume parfaitement taillé, noir, et sa belle chemise en soie anthracite, les tatouages d’Esteban s’étaient mis à légèrement briller. Pas tout le tatouage, mais quelques lignes, quelques courbes. Il avait mobilisé son énergie magique, juste au cas où, et attendait, debout, bien droit, le regard bleu très clair fixé presque tranquillement devant lui. Il ne voyait rien, évidemment, ça n’aurait servi à rien d’essayer de scruter tout autour de lui. Il avait les mains le long du corps, dans une attitude qui était à la fois calme et pleine d’une énergie sous-jacente qui faisait qu’il n’avait pas l’air figé. Ses cheveux courts, et très blonds, et sa barbe de trois jours, rousse, lui donnaient un air un peu étrange. Il n’avait pas l’air négligé, loin de là. Mais il avait l’air de quelqu’un qui avait déjà vécu bien des choses, et qui s’attendait à en vivre de nouveau. Un petit sourire en coin venait mettre une dernière nuance à cette attitude. Esteban était heureux d’être là. Le voyage s’arrêterait, pour quelques temps, à Sywhaîd, si Charlie et lui réussissaient à entrer, mais l’horizon était différent à présent. Il savait qu’il ne s’enterrait pas, il continuait ce qu’il avait toujours fait, cette fois c’était clair. Et la femme qu’il aimait plus que tout était à ses côté… Enfin, pas littéralement, vu que pour le moment il était seul, dans cette Brume, attendant que la Quête commence, donc. _________________ As sure as night is dark and day is light I keep you on my mind both day and night And happiness I\'ve known proves that it\'s right Because you\'re mine, I walk the line. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


Nombre de messages: 1294 Date d'inscription: 27/06/2007
 | Sujet: Re: Quête d'Esteban Juarez. Mer 3 Fév - 20:14 | |
| "Tu suis ton cœur, cette fois, n'est-ce pas ?" fit assez rapidement une voix, assez douce. Elle semblait plutôt appartenir à une femme, même si elle était relativement grave. Elle n'était ni moqueuse, ni ironique. Juste... curieuse.
Dans le sol de terre nue, un sillon était apparu, qui scintillait légèrement, un peu à la manière des volutes du tatouage magique d'Esteban ; et pour cause. Le sillon se poursuivait lui aussi en volutes, qui en étaient, à plus grande échelle, les exactes répliques. Et à présent, on pouvait également deviner dans la terre les dessins du reste du tatouage.
La voie du cœur, donc... Esteban avait rendez-vous en un lieu équivalent aux tatouages situés sur sa propre poitrine. Les lignes étaient entremêlées savamment, et il trouverait donc de nombreuses intersections sur son chemin. Oh, le problème ne serait certainement pour lui de trouver son chemin : c'était son tatouage, un tatouage qu'il connaissait d'autant mieux qu'il lui servait aussi de médium. Mais à chaque intersection, il verrait des lieux, des paysages, des personnes, qui avaient fait partie de son passé, d'autres qui auraient pu être celles de son avenir, et qu'il avait sans doute rêvé de découvrir. Mais auxquelles, pour le moment, il devrait renoncer.
[Ce n'est bien sûr pas la peine de décrire en détail toutes les intersections, mais tu peux en développer quelques-unes. Ce n'est pas forcément une "épreuve" très douloureuse.] _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
|  | | Esteban Juarez Sywhaîdien


Nombre de messages: 44 Age: 37 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Re: Quête d'Esteban Juarez. Mar 16 Fév - 10:48 | |
| Esteban ne répondit pas à la voix. Il avait commencé par prendre un peu de temps pour réfléchir à une réponse adéquate, mais comme le tatouage était apparu au sol, il en avait conclu qu’il n’avait pas besoin de répondre… Et n’avait pas eu besoin de beaucoup réfléchir pour savoir où il devait se rendre. Sur son cœur. Enfin, sur le tatouage de son cœur en tout cas. Il sourit, un sourire fin et rapide, puis se mit en route sans hésiter. Il connaissait son tatouage, d’autant mieux que ça n’était pas un tatouage classique. A présent, il se trouvait à peu près sur le tatouage qu’il avait sur le dos, au niveau de la base de la colonne vertébrale. Il le savait, l’avait vu du premier coup d’œil ou presque.
Il faut dire qu’Esteban Juarez n’avait pas fait son tatouage à la légère. Il l’avait fait dans une tribu amérindienne, il y avait passé plus de six mois. Chaque partie du tatouage avait demandé son lot de transes, de réflexions, de magie. Il avait ensuite appris à s’en servir, et pour pouvoir se servir d’un tatouage magique, il fallait le connaître parfaitement par cœur, savoir à quoi servait quoi, à quoi ressemblait quoi. Bref, malgré toutes les années qui avaient passées, Esteban n’avait jamais eu le loisir d’oublier. Après tout, il l’utilisait au jour le jour, pour faire de la magie, et l’expérience était bien trop ancrée en lui pour qu’il l’oublie.
Sa famille, au complet.
Il recula d’un pas. Il était arrivé à une intersection et, à peine avait-il déposé son pied sur l’endroit, qu’il avait eu une sorte de flash montrant sa famille dans une sorte de séjour cosy. Il prit une inspiration, il n’y avait rien de mieux pour se clarifier l’esprit, et regarda autour de lui. L’intersection se trouvait, en temps normal, tout près de son omoplate droite. Elle contenait trois volutes différentes, qui partaient l’une vers l’omoplate gauche, l’autre vers le bas du dos (celle dont il venait donc) et la troisième vers l’épaule droite. Il savait déjà laquelle prendre. Il sourit doucement, comprenant plus ou moins le petit truc caché de l’épreuve. Cette partie de son tatouage était consacrée à sa famille. Les trois volutes différentes représentaient la famille ascendante, la famille descendante et la famille « adjacente » (frères et sœurs). Il se souvenait très bien de la transe qu’il avait dû subir pour que cette partie de son tatouage soit créée. Il avait appris beaucoup de choses sur sa relation à sa famille. Il avait affronté sa culpabilité, d’avoir quitté cette famille qui l’avait tellement chéri, qu’il n’avait même pas conscience d’avoir. Et il avait vu, aussi, sa future famille. Une famille faites de femme et d’enfants. Une famille relativement « floue », parce que le futur était toujours changeant. Mais une famille tout de même.
Il avança d’un pas.
Il y avait sa mère, assise dans un fauteuil. Elle était magnifique, comme toujours, une belle femme aux cheveux bruns méchés d’argenté, aux yeux très noirs (les yeux bleus d’Esteban, ainsi que ses cheveux avaient été une sorte d’erreur génétique, plus courante qu’on ne le croyait selon les médecins). Elle portait le noir du deuil, comme elle le faisait depuis deux ans. Quand il lui avait demandé quand elle arrêterait de porter le deuil de son père, elle l’avait giflé. Elle avait du caractère sa mère, une vraie femme hispanique. A côté d’elle se trouvaient les jumeaux d’Helena. Une fille et un garçon, comme pour leur mère. Ils dormaient, de chaque côté de leur grand-mère, leurs petites têtes déposées sur ses cuisses. Tous deux avaient des cheveux très bruns, et des yeux très noirs. Ils ressemblaient beaucoup à leur maman, qui se trouvait assise sur les genoux de son mari, dans un fauteuil. Ils lisaient un livre tous les deux. C’était visiblement une sorte de scène de repos, sûrement un après-midi dominical. Ils avaient l’air d’avoir tous bien mangé. Même Ruben, l’avocat international, était là avec sa femme et ses enfants. Les enfants en questions regardaient un dessin animé, avec le troisième fils d’Helena, enfin, l’aîné de ses enfants en réalité. Quant à Ruben et sa femme, ils discutaient tranquillement. Et assise sur le tapis, il y avait Charlie. Charlie qui faisait un puzzle, ses escarpins abandonnés au sol, dans une robe très jolie, très sixties, et qui fronçait les sourcils d’un air concentré. Une Charlie enceinte, mais Esteban ne le vit qu’au second regard, elle n’était qu’à quatre ou cinq mois, et sa silhouette n’était pas encore si modifiée que ça.
Il eut envie d’entrer dans cette scène. Sa famille était quelque chose de presque sacré pour lui. Bien sûr, il ne les avait pas vus pendant des années, mais ça n’était pas à cause d’une fâcherie ou quoi que ce soit de ce genre, il avait simplement eu une vie un peu trop compliquée, un peu trop instable pour les faire entrer dedans. Il n’avait jamais cessé de correspondre avec sa mère, qui lui donnait des nouvelles de tout le monde, même si cette correspondance était souvent chaotique du fait des changements de pays répétés et pas toujours prévus. La famille Juarez était unie. Cette vision n’était pas une vision improbable. Evidemment, ils habitaient un peu aux quatre coins du monde, et Charlie n’avait jamais rencontré la famille réunie, elle les avait rencontrés un par un. Mais cette image était plausible. Et Esteban avait très envie d’en faire partie. D’aller voir Charlie, de l’aider avec le puzzle…
Mais Esteban avait une longue expérience des Quêtes, Transes et autres joyeusetés de ce genre. Il n’était pas stupide. Toute agréable que cette scène paraisse, il n’en oublia pas, ou du moins pas longtemps, qu’il avait un objectif. Entrer à Sywhaîd. Sywhaîd où sa famille n’irait jamais, mais qui n’annulait pas non plus complètement cette scène. Après tout, Charlie et lui ne comptaient pas vivre toute leur vie dans ce village. Ils voulaient y vivre, y découvrir de nouvelles choses, et un jour ils partiraient pour de nouvelles aventures. Il tourna un dernier regard vers Charlie. Enceinte. Voulait-il un enfant ? Il n’y avait pas réfléchi, pas réellement. Charlie était jeune, encore. Et il savait que ça n’était pas un projet à court termes pour elle. Ils n’étaient ensemble que depuis trois ans, et avaient besoin de profiter de leur amour à deux pour le moment. Leur relation était trop forte, trop fusionnelle pour faire un enfant. Enfin, pour en faire un tout de suite. Peut-être que, plus tard, quand leur amour aurait mûri, ils y repenseraient. Mais il ne savait pas trop. Il avait du mal à s’imaginer avec un enfant, et du mal à imaginer sa chère Charlotte avec un aussi. Pourtant la famille était quelque chose d’important pour tous les deux. Mais peut-être que leur famille, les enfants de leurs frères et sœurs, leur suffirait en fin de compte. Peut-être seraient-ils de meilleurs oncle et tante que parents ?
Il avança, traversant la scène pour rejoindre le chemin qu’il avait choisi. Charlie leva un regard plein d’amour vers lui, comme s’attendant à ce qu’il la rejoigne. Mais Esteban avait l’expérience de ce genre de visions, encore une fois, il n’eut pas réellement de mal à l’ignorer. Après tout, il savait que ça n’était pas la vraie Charlie. La vraie était en train de passer une Quête, elle aussi. Il se força à ne pas y penser. Il aimait Charlotte, plus que tout, mais il savait qu’il devait faire sa propre Quête sans s’inquiéter pour elle. Elle avait toutes les armes pour réussir. Il l’aimait plus que tout, mais il l’aimait de cette façon qui lui permettait d’avoir toute confiance en elle. Il était protecteur, mais pas au point d’en nier les forces de la femme qu’il aimait. Charlie se débrouillerait, il le savait.
Il avança pendant un moment. Il passa plusieurs intersections « mineures ». Les visions y furent plutôt facilement gérables, plus que la première. Il connaissait assez bien son tatouage pour se douter de ce qu’il aurait à affronter par la suite, et donc le chemin se fit assez facilement. Il vit des paysages, pas mal de paysages, qu’il reconnut pour la plupart comme étant des paysages d’Afrique. Il n’avait jamais passé que trois semaines en Afrique, à Marrakech, au moment où Hugo et lui s’étaient séparés, et où Hugo avait découvert Norsken, seul. Marrakech était un très bon souvenir, pas pour rien qu’Esteban voulait aller en Afrique, et s’opposait à l’idée d’aller en Asie à laquelle Hugo tenait tellement. Mais il y avait aussi eu des paysages asiatiques, souvent avec Hugo dedans. La possibilité de rejoindre son ami, avec Charlie, Esteban y avait pensé à plusieurs reprises. Un jour, ils iraient. Ils le retrouveraient et passeraient un peu de temps avec lui, l’Argentin en était sûr. Et un jour, ils iraient en Afrique aussi, ce continent qui attirait tellement le tatoué.
Il vit aussi des scènes qui semblaient être des futurs possibles. A chaque fois, le message semblait être qu’il renonçait à tout ça. Pourtant, souvent, c’étaient des futurs qu’Esteban considérait comme encore possibles. Il n’allait pas passer sa vie à Sywhaîd, de fait, il ne renonçait à tout ça qu’à moyen terme. Quand Charlie et lui repartiraient, toutes ces possibilités seraient toujours ouvertes. Enfin, la plupart. Parce que ce futur où il était un chercheur reconnu était peu probable après plusieurs années à Sywhaîd. Mais de toute façon, Esteban n’avait jamais couru après la reconnaissance. Ses recherches, il ne les partageait pas, ou seulement avec des gens qu’il connaissait, ça ne l’intéressait pas d’éblouir ses semblables avec son intellect et ses connaissances variées et nombreuses.
Soudain, il s’arrêta. Il se trouvait à seulement quelques mètres du « point de rendez-vous », il le savait. Pourtant, avant, il y avait une dernière intersection à passer. Et cette intersection, si proche du cœur, était celle de la mort. La partie de son tatouage qui avait demandé le plus de préparation, et qu’il utilisait le moins souvent. La partie la plus douloureuse aussi, tant au niveau psychique que physique, il avait failli s’évanouir dans la dernière phase, celle du tatouage justement, tellement ça avait été douloureux. A cet endroit, les volutes étaient toutes d’une sorte de mauve profond, très beau. C’était une des parties que Charlie préférait. Et quand il lui avait dit que c’était la partie concernant la mort, elle avait trouvé ça plutôt comique. D’autant plus que le dessin était loin de représenter un cercueil ou une croix, c’était toujours abstrait, très beau. Un peu comme une sorte de dentelle. Il prit une inspiration. Il ne savait pas ce qu’il verrait, mais il savait que ça ne pourrait qu’être douloureux. Il n’avait cependant pas essayé d’éviter cette zone, simplement parce que c’était impossible. La zone de la mort entourait la zone du cœur, il aurait eu à l’affronter quoi qu’il arrive.
Après quelques secondes de préparation, il fit un pas. Et ce qu’il vit ne l’étonna pas vraiment. Il s’agissait d’un cercueil, dans une sorte de salle mortuaire assez classique. Personne ne se trouvait là, il entra donc dans la scène pour s’approcher du cercueil ouvert. Il s’attendait à voir Charlie. Après tout, la mort de la jeune femme était l’une des pires choses qu’il pouvait imaginer. Mais il fallait qu’il voie. Il s’approcha donc, retenant sa respiration malgré lui, et se pencha sur le cercueil.
Hugo.
C’était Hugo.
Son regard s’écarquilla de surprise. Un Hugo qui n’était pas beaucoup plus vieux qu’il l’était à présent. Un Hugo qui portait un magnifique costume, et qui était dans un cercueil qu’il n’aurait jamais eu les moyens de se payer. Esteban était intelligent, il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu’il était celui qui avait payé l’enterrement. Après tout, Hugo n’avait personne, à part lui et Tonino. Alors, où étaient-ils ? Il regarda autour de lui, surpris d’avoir la vue brouillée par des larmes. Il savait que ça n’était pas vrai. Mais il voyait tout de même son meilleur ami dans un cercueil. Et il ne voyait personne pour la cérémonie. Une belle cérémonie, coûteuse et… solitaire. Il posa ses mains sur le cercueil et un sanglot le secoua quand il comprit.
Il n’était pas là. Il ne viendrait pas. Et Tonino non plus. Ils étaient à Sywhaîd. Et la brèche était trop éloignée… Alors il avait payé pour l’enterrement… Mais personne n’était là pour honorer la mémoire de son ami. Personne n’était là pour le pleurer. Il sentit son cœur se tordre dans sa poitrine. Imaginer Hugo passer seul ses funérailles… Esteban n’était pas réellement croyant, il était sûrement un peu mystique, du fait qu’il avait vu des choses incroyables et improbables dans ses voyages. Mais il n’était pas religieux. Pourtant, l’enterrement restait quelque chose d’important pour lui. Plus que la mort d’Hugo en elle-même, c’était le fait de l’imaginer quitter seul le monde, sans ses amis auprès de lui, qui fit couler les larmes sur ses joues. Il resta un moment à regarder le corps de son ami. Finalement, il prit une nouvelle inspiration, son courage à deux mains, et déposa un baiser sur le front d’Hugo.
« Je ne laisserai pas ça arriver. » lui murmura-t-il, sa voix chargée d’une émotion réelle. « S’il t’arrivait quoi que ce soit, je ne te laisserai pas seul. Je ferai ramener à Sywhaîd. Auprès des tiens. »
Il caressa doucement les cheveux de son ami puis referma le cercueil. Personne d’autre ne viendrait le voir après tout. Après un dernier regard autour de lui, il passa le croisement, et quelques pas plus tard se retrouva au point de rendez-vous. _________________ As sure as night is dark and day is light I keep you on my mind both day and night And happiness I\'ve known proves that it\'s right Because you\'re mine, I walk the line. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


Nombre de messages: 1294 Date d'inscription: 27/06/2007
 | Sujet: Re: Quête d'Esteban Juarez. Mer 17 Fév - 19:02 | |
| Quelqu'un l'attendait effectivement ; quelqu'un qui n'était pas Charlie, tout en étant un peu elle-même aussi.
Le daemon martre tournait le dos à Esteban lorsqu'il arriva. Il fit un tour souple et vif sur lui même pour lui faire face. En général, Elzévir était relativement discret vis-à-vis de l'Argentin : c'était plutôt face aux inconnus qu'il se croyait plus ou moins obligé de faire un peu son intéressant. D'une certaine manière, il respectait trop Esteban pour lui sortir son grand numéro.
"Pas trop déçu ?" fit le petit daemon, en s'approchant un peu plus.
"Il semblerait que je sois plus à même de te parler de Charlotte que Charlotte elle-même. Et je ne pense pas que l'occasion se présentera de sitôt. Vous cultivez le mystère, tous les deux, et je sais bien que vous estimez que ça vous convient très bien comme ça. Mais apparemment, avant d'aller plus loin, il faut que tu sois sûr de ne pas commettre de bêtise. Je dois donc te montrer une partie d'elle que tu ne connais pas. Laquelle choisis-tu ?" _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
|  | | Esteban Juarez Sywhaîdien


Nombre de messages: 44 Age: 37 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Re: Quête d'Esteban Juarez. Sam 27 Fév - 11:01 | |
| Elzévir. Esteban le reconnut évidemment du premier coup d’œil. Le daemon était une partie de Charlie, et comme toutes les autres parties de la jeune femme, Esteban avait eu tout le loisir de l’apprendre par cœur. Il sourit et hocha simplement doucement la tête quand le daemon lui demanda s’il était déçu. Il ne l’était pas, pour la simple et bonne raison qu’il ne s’était pas une seule fois demandé ce qu’il trouverait au point de rendez-vous. Si l’expérience lui avait appris à être prêt à affronter tout et n’importe quoi, elle lui avait aussi permis d’apprendre à ne pas chercher à savoir ce qui se passerait ensuite. Il valait mieux se laisser surprendre parfois, ce qui évitait les déceptions, ou même les mauvaises orientations. Et puis, la présence de la martre était quelque chose d’original, qui attisait la curiosité d’Esteban. La suite des paroles de la moitié de Charlie furent accueillies par un nouveau fin sourire. L’Argentin préférait réfléchir avant de répondre, il savait aussi d’expérience qu’il valait mieux réfléchir avant de parler face à des Entités pluriséculaires toutes puissantes.
Esteban connaissait Charlie. Il la connaissait comme elle le connaissait. Il y avait des choses qu’ils ignoraient l’un de l’autre, c’était une des choses qui faisait que leur couple fonctionnait, le trentenaire en était certain. Même ses voyages il ne les avait pas totalement confiés à la femme de sa vie. Ca n’était pas un manque de confiance, c’était une façon de se préserver. Leur relation était très fusionnelle, ils devaient faire attention, avoir des garde-fous s’ils ne voulaient pas se faire dévorer par elle. Alors c’était compliqué. Esteban ne voulait pas refuser la proposition du daemon, parce qu’il comprenait bien qu’il était sensé suivre les impulsions de la Brume, jouer le jeu. Mais il ne voulait pas non plus risquer de découvrir quelque chose sur Charlie qui déséquilibrerait leur relation. Il fallait qu’il choisisse finement. Quelque chose qui ne changerait pas son amour pour elle, mais qui entrerait dans la consigne évoquée par le daemon. Quelque chose qu’il pourrait, au pire, rééquilibrer une fois sorti de la Brume en partageant avec elle une partie de lui qu’elle ne connaîtrait pas…
Il resta plusieurs minutes à réfléchir. Finalement, il plongea son regard clair dans celui du daemon et dit :
« Je choisis de voir sa peur suprême. »
Il sourit doucement. Il avait choisi ça pour une bonne raison, il avait appris lors d’un de ses voyages un sort permettant de partager sa peur avec une personne qui était assez proche au niveau émotionnel. Il pourrait donc rééquilibrer si ça posait un problème. _________________ As sure as night is dark and day is light I keep you on my mind both day and night And happiness I\'ve known proves that it\'s right Because you\'re mine, I walk the line. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


Nombre de messages: 1294 Date d'inscription: 27/06/2007
 | Sujet: Re: Quête d'Esteban Juarez. Dim 28 Fév - 11:02 | |
| La martre hocha la tête.
"Suis-moi", fit-elle, avant de disparaître dans la Brume. Après quelques mètres en aveugle dans le brouillard, Esteban déboucherait sur un nouvel espace circulaire et dégagé, dans lequel l'attendaient... une dizaine de jeunes femmes, parmi lesquelles se trouvait Charlie. Mais étrangement, il était incapable de la reconnaître.
Non pas qu'elles eussent toutes été des jolies brunes rétro, loin de là : il y avait de tout, des blondes, des brunes, des rousses, des grandes, des petites. Mais s'il savait toujours qu'il était amoureux d'une certaine Charlotte, Esteban n'était plus capable de restituer l'image qu'elle pouvait bien avoir dans ses souvenirs. Toutes ces femmes étaient vraiment jolies, et auraient pu remplir le rôle de femme de sa vie. Elzévir trottinait de l'une à l'autre, sans pouvoir, donc, aider l'Argentin.
"Trouve-la", fit-il simplement, en allant finalement se poster à côté du jeune homme. Esteban n'avait plus qu'à fouiller au maximum dans ses souvenirs pour tâcher de se souvenir. Il n'était pas dit qu'il trouverait forcément la vraie Charlie. Et le fait de les voir, toutes, perdre de leur assurance au fur et à mesure de ses hésitations, ne l'aiderait sans doute pas à se concentrer : parmi elles, la vraie Charlie assistait bel et bien à sa peur suprême, voir qu'aux yeux de celui qu'elle aimait, elle ne sortait pas de l'ordinaire. _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
|  | | Esteban Juarez Sywhaîdien


Nombre de messages: 44 Age: 37 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Re: Quête d'Esteban Juarez. Lun 12 Avr - 11:51 | |
| Esteban suivit tranquillement la martre qu’il connaissait si bien. Quand ils débouchèrent dans une clairière pleine de jolies jeunes femmes, il tourna un regard intrigué vers le daemon. Etait-ce ça, la peur suprême de Charlie ? Qu’il soit entouré de belles femmes ? C’était stupide. Oh bien sûr, ils étaient tous les deux prompts à être jaloux, mais il y avait des limites. La jalousie devait être maîtrisée, et si ça allait au point que ça en devenait sa peur suprême, juste qu’il soit en présence de ces femmes c’était… Exagéré. Et d’ailleurs peu probable, il ne se laissa pas longtemps tromper, et regarda les jeunes femmes en attendant la suite. Suite qui arriva grâce à l’intervention d’Elzévir, et son injonction. D’un pas décidé, l’Argentin avança dans la petite foule et chercha Charlie, sans se rendre compte qu’il n’était pas prêt de la trouver.
Au début, il ne réalisa pas le problème. Après tout, il pensait la reconnaître, comme toujours, et donc ne chercha pas à mobiliser ses souvenirs, il la connaissait trop bien pour ça. Il passa plusieurs filles en revue, rapidement, sans hésiter, parce qu’il ne les reconnaissait pas. Sauf que… Et bien, il se mit soudain à hésiter, un peu. Puis à se demander où était Charlie. Une fille, une jolie blonde, lui sourit, et il se demanda si ça n’était pas… Non, ça n’était pas possible. Il ne la reconnaissait pas assez pour ça… Sauf qu’il n’en reconnaissait aucune.
Il les regarda toutes, rapidement, les unes après les autres. Elles étaient belles. Et elles avaient toutes une certaine attente dans le regard. Comme s’il les avait connues… Sauf qu’aucune ne semblait être Charlotte, la femme qu’il aimait, dont il partageait la vie. Cette femme qu’il reconnaîtrait toujours… Sauf si… Il soupira. Et sourit, un peu froidement, avant de revenir à côté du daemon.
« C’est donc ça. »
Comme toujours, il parlait avec un accent anglais très pur, trop pur pour quelqu’un dont ça n’était pas la langue maternelle, mais il avait appris l’anglais très jeune, à une époque où son palais et son oreille n’étaient pas encore parfaitement formés. Il laissa son regard passer de fille en fille, sans jamais réussir à en sortir une du lot. Elles étaient toutes plutôt belles, semblaient toutes paniquer de plus en plus, être blessées mais…
« J’imagine que c’est plus de ne rien avoir de spécial à mes yeux, plutôt que je ne la reconnaisse pas du tout. »
Il hocha la tête, se répondant à lui-même. Oui, c’était logique. Cohérent avec la personne, Charlie aimait sortir du lot. Elle aimait surtout être particulière pour ses proches. Être quelqu’un à part était parfois plus important pour elle que d’être quelqu’un d’aimable. Il soupira doucement.
« Et maintenant ? » _________________ As sure as night is dark and day is light I keep you on my mind both day and night And happiness I\'ve known proves that it\'s right Because you\'re mine, I walk the line. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


Nombre de messages: 1294 Date d'inscription: 27/06/2007
 | Sujet: Re: Quête d'Esteban Juarez. Lun 12 Avr - 21:32 | |
| "Maintenant, il faut que tu te débrouilles pour la trouver. Creuse dans tes souvenirs, procède par élimination", répondit simplement Elzévir en continuant de tournicoter autour d'Esteban.
"Tu finiras par la retrouver. Et là, il ne te restera plus qu'à l'embrasser. Si c'est la bonne, bingo. Sinon, aïe. Romantique, non ?"
[Au fur et à mesure qu'Esteban élimine mentalement des candidates, celles-ci disparaissent en fumée, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'une.] _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
|  | | Esteban Juarez Sywhaîdien


Nombre de messages: 44 Age: 37 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Re: Quête d'Esteban Juarez. Mer 14 Avr - 11:06 | |
| Romantique ? Ca n’était pas vraiment la définition qu’Esteban avait de cette notion. Principalement parce que le fait de ne pas réussir à vraiment se souvenir physiquement de la femme qu’il aimait semblait bien loin de ce qu’il appelait du romantisme. Mais il sourit néanmoins, ce drôle de sourire mi-figue, mi-raisin qui semblait à la fois trop froid pour être honnête et avoir une bonne dose de passion cachée sous la glace. Lave sous glace, c’était ce que Charlie disait souvent à son propos. Charlie qu’il était incapable de reconnaître présentement. Il prit une inspiration, et s’avança de nouveau vers le groupe de potentielles.
Bon, par élimination. Très bien. Il réfléchit un instant tout en regardant les jeunes femmes. Le bel argentin était quelqu’un d’intelligent, qui savait être méthodique. Il y avait à peu près autant de femmes blanches que de femmes noires, ou métisses, il décida de commencer donc par la couleur de peau. Sauf que quand il essayait de se faire une image mentale de Charlie, il était incapable de définir avec certitude sa couleur. Il décida donc de le faire d’une façon réfléchie, intellectuelle. Elle s’appelait Charlotte Fontaine, pas vraiment un prénom de femme noire, même au canada. Il hésita un instant, puis se décida. Oui, Charlie devait être blanche, les femmes noires et métisses disparurent, ne laissant derrière elle qu’un peu de fumée. L’Argentin se prit à espérer de ne pas s’être trompé, autrement il était fichu.
Maintenant qu’il savait comment ça fonctionnait, il fallait qu’il réfléchisse bien à chaque critère. Il y avait plus de blondes que de brunes, autant passer aux cheveux tout de suite. Sauf qu’il ne voyait pas trop comment trouver la couleur de cheveux de la femme qu’il aimait sans pouvoir mobiliser une image mentale de la jeune femme en question. Bon, il avait toujours préféré les brunes, même s’il était aussi sorti avec des blondes, c’était un premier indice. Et comme il ne se souvenait absolument pas d’avoir pensé « bon, c’est étrange, la femme de ma vie est blonde alors que je préfère les brunes », il pouvait imaginer que Charlie était brune. Mais il fallait qu’il soit sûr de lui. Il essaya de trouver un indice qui soit plus parlant, mais ne réussit pas. Bon, en fin de compte, il se fia à son instinct, ce qui n’était peut-être pas la meilleure chose vu qu’il était sensé y aller à l’intellectualisation. Mais bon, tout de même, elle devait être brune. Quand il se décida, les blondes disparurent.
Il ne restait plus que six jeunes femmes. Toutes auraient pu être Charlie, très franchement. Il décida d’essayer de trouver ce qui ne marchait pas sur chaque et s’arrêta devant la première. Elle était toute petite, très menue, très mignonne. Il réfléchit un instant, puis la fit disparaître. Il se souvenait très bien que Charlie lui avait dit, une fois, en se moquant un peu d’elle-même, qu’elle avait toujours voulu être soit toute petite, soit très grande, et qu’elle n’avait pas eu de chance en tombant vers le milieu. Il lui avait répondu qu’il avait mieux valu qu’elle ne soit pas toute petite, vu sa propre taille, mais elle avait dit qu’ils auraient été un couple fan-ta-sti-que si elle avait fait un mètre quatre-vingt. Une deuxième jeune femme disparut quand il se rappela la fin de la discussion, elle faisait cette taille là.
Bon, elles étaient quatre. L’une d’entre elles portait jean et sweatshirt. Très jolie mais… Pas assez apprêtée. Esteban se souvenait bien que Charlie aimait être lookée, parce qu’il savait que c’était un de leurs points communs. La jeune femme disparut. Plus que trois. Ca devenait franchement compliqué. Il essaya, cette fois, de voir la différence entre les jeunes femmes. Il y en avait deux qui ressemblaient à des vraies jumelles. Mais la troisième avait quelque chose de différent. Il lui manquait… Et bien, elle n’avait pas le peps des deux autres. Et Esteban se souvenait bien que Charlie avait un certain bagou, beaucoup d’intelligence et de répondant. Il élimina donc cette jeune femme un peu trop effacée.
Les deux dernières étaient identiques. Elles étaient toutes les deux d’à peu près la même taille, lookées sixties, pleines d’assurances. Jolies, toutes les deux. Et Esteban aurait pu craquer pour les deux. D’ailleurs, il avait l’impression de les connaître toutes les deux. Et c’était le cas. L’une d’entre elles était Charlie. Et l’autre… Et bien l’autre était la jeune femme qui l’avait dragué juste avant qu’il ne rencontre Charlie. Celle qu’il avait « donnée » à Hugo et dont il n’avait même jamais su le nom.
Il n’avait aucun moyen intellectuel de définir laquelle des deux était Charlie, et ça l’énervait. Comment faire ? Il leur parla, essaya de deviner à leur voix laquelle était la bonne, mais encore une fois il n’y avait aucune différence, ou du moins pas de différence notable. Il soupira. Et ferma les yeux. C’était sûrement la preuve que l’objectivité avait ses limites. Quand il rouvrit les yeux, il avait pris une décision. Il regarda les deux jeunes femmes et suivit son inclinaison. Elles étaient identiques à première vue, mais il y en avait une dont il était tombé amoureux, n’est-ce pas ? Il n’y avait pas de raison pour qu’il ne recommence pas.
Il saisit une des deux jeunes femmes par le bras et l’attira à lui. Il l’embrassa, et pour la seconde fois de sa vie, sans le savoir, il choisit Charlie à la place de l’autre jeune femme. _________________ As sure as night is dark and day is light I keep you on my mind both day and night And happiness I\'ve known proves that it\'s right Because you\'re mine, I walk the line. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


Nombre de messages: 1294 Date d'inscription: 27/06/2007
 | Sujet: Re: Quête d'Esteban Juarez. Jeu 15 Avr - 19:28 | |
| "Tu as choisi judicieusement", fit l'heureuse élue en se détachant finalement de son cher Baban, après s'être copieusement lovée contre lui comme un petit serpent. Il ne faisait à présent aucun doute qu'il s'agissait de Charlie : le bisou magique avait fait ressurgir dans l'esprit d'Esteban l'ensemble de sa jolie petite personne. Comment diable avait il pouvait-il avoir oublié la malice de son œil, le charme de son sourire, et le reste ?
"Bon, c'est bientôt fini, je crois. Tu dois aller un peu plus bas, maintenant, du côté de la rate, ou quelque chose comme ça. Moi je reste ici, bien sûr. Je ne suis pas sûre d'avoir très envie d'assister à la suite de cette quête."
Son sourire était mystérieux et donnait l'impression qu'elle en savait davantage que ce qu'elle voulait bien dire. Mais Esteban connaissait Charlie, et à présent, il se souvenait parfaitement d'elle, n'est-ce pas ? Il savait donc qu'elle n'en dirait pas davantage.
[Esteban doit à nouveau se déplacer le long des lignes de son tatouage ; cette fois, il va ressentir de plus en plus de colère au fur et à mesure qu'il approche de sa rate (et du tatouage qui s'y trouve, que tu es priée de décrire). Il revit un certain nombre de souvenirs qui attisent cette colère. En arrivant au bout, il découvre sur le lieu de son tatouage tout ce qu'il faut pour se défouler : des assiettes à casser, des coussins à déchirer, des punching balls, des photos de personnes pas très sympathiques... tu vois l'idée.] _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
|  | | Esteban Juarez Sywhaîdien


Nombre de messages: 44 Age: 37 Date d'inscription: 02/11/2009
 | Sujet: Re: Quête d'Esteban Juarez. Dim 25 Avr - 11:16 | |
| Avant de repartir à la poursuite de sa rate (étrange phrase qu’il n’aurait jamais imaginé penser un jour), Esteban s’autorisa un dernier baiser à la fausse Charlie. Il l’embrassa avec cet équilibre entre passion et tendresse qu’il avait très souvent à son égard, et la serra contre lui quelques fractions de secondes avant de lui sourire doucement et de repartir sur les chemins de son propre tatouage. Il savait bien que ça n’était pas la vraie Charlie, mais il avait été tellement soulagé de se souvenir enfin d’elle. Ou plutôt, de ressentir enfin ses souvenirs. Parce que, en réfléchissant bien, il avait pu déduire des choses à son sujet, mais il avait été incapable d’y lier un sentiment. Et ça avait été terrible, mine de rien. On disait souvent qu’Esteban était froid, mais ça n’était qu’une surface de glace sous laquelle se trouvait le fondant. Il ressentait les choses, très vivement la plupart du temps. Il était passionné. Et avoir besoin de son cerveau pour penser à Charlie avait été quelque chose d’assez éprouvant, lui qui en général ne pensait à elle qu’avec la partie la plus animale de son être, la passion, l’amour, pas la réflexion.
Tout en avançant le long d’une ligne légèrement violacée (une sorte de courbe qui passait sur une bonne partie de son corps, se glissant discrètement dans plusieurs de ses autres tatouages, et qui menait le plus directement possible jusqu’à sa rate), Esteban pensait à cette expérience. Au début, c’était une pensée tout à fait rationnelle. Il était logique de penser à ce qui venait de se passer, d’autant plus que ça avait été perturbant. Mais la colère qu’il ressentait à cause de cette épreuve atteignit rapidement la limite de cette rationalité. Petit à petit, il ressentit une colère sourde, forte, à l’encontre de la Brume, une colère tout à fait disproportionnée.
Mais il ne s’en rendit pas compte, pas tout de suite. Ca avait été progressif, et Esteban était quelqu’un de passionné, encore une fois. Petit, il avait été enclin aux crises de colère. Ca faisait des années qu’il se maîtrisait, mais quand il avait découvert la réelle raison de leur départ pour Sywhaîd, la peur qu’avait ressentie Charlie en le voyant aussi en colère n’avait pas été incohérente du tout. Esteban, quand il était en colère, vraiment en colère, avait du mal à ne pas se noyer dans ce sentiment. Il prenait un certain plaisir à le ressentir, un plaisir qui n’avait rien de vraiment sain, et s’il avait appris à se maîtriser, il restait quelqu’un de colérique, au fond. Quelqu’un de colérique qui avait mis des années à changer cette partie de son caractère, à évoluer. Qui s’était forcé à chasser cette partie de sa personnalité. Et qui aujourd’hui la voyait revenir au galop, et pensait simplement que c’était dû aux épreuves.
Alors qu’il embrayait sur une courbe rouge, qui était, du moins il le pensait, un peu plus rapide pour aller à la rate (heureusement qu’il était bon en biologie, la plupart des gens ignorent où est cet organe relativement peu connu), il se retrouva soudain dans une ruelle. Hugo était à sa gauche, Tonino à sa droite. Tous deux ne devaient pas avoir plus de vingt ans, mais Esteban n’eut pas le temps de vraiment se poser de question à ce sujet, déjà Hugo crachait entre ses dents :
« Cinq. Deux avec des barres de fer, trois avec des chaînes. »
Ce à quoi Tonino répondait, sur le même ton.
« Six. Trois battes, un club de golf et deux matraques. »
Il avait déjà vécu ça. Dans une ruelle de Trinidad. Il se souvenait très bien de ce qui s’était passé ce soir-là, même s’il ne se rappelait plus très bien du pourquoi. Tout ce qu’il savait, c’était ce qui allait se passer. Trois contre onze. Dans un endroit très particulier de la ville où, en plus, ils ne pouvaient utiliser leurs pouvoirs magiques. Mais de toute façon, ils étaient jeunes. Ils n’auraient sûrement pas fui par magie, ou utilisé leurs pouvoirs pour éviter la confrontation. Ils étaient trois jeunes argentins au sang chaud, et ils avaient autant envie de se battre que leurs adversaires.
Esteban avait beau savoir, intellectuellement parlant, qu’il était dans une Quête, cela ne l’empêcha pas de revivre totalement ce souvenir. Peut-être était-ce dû à la magie de la Brume, ou peut-être était-ce dû à cette inclinaison pour la colère qu’il avait. Toujours est-il qu’il se perdit totalement dans ce sentiment. Cette colère, cette rage qu’il avait ressenties la première fois qu’il avait vécu cette scène, il les ressentit à nouveau. Il cogna, il se fit cogner, il sentit la douleur et en procura à d’autre. Il sentit l’adrénaline couler dans ses veines, en même temps que cette colère noire. Et il ressentit le plaisir aussi. Le plaisir sûrement stupide, de se battre et d’avoir des amis à ses côtés, des gens sur qui il pouvait compter, des gens qu’il aimait et qui resteraient à ses côtés jusqu’à la fin.
Seulement, la Brume ne voulait pas lui laisser le temps de se réjouir. Elle fit disparaître le souvenir au moment où Esteban fracassait le nez au dernier de leurs assaillants. Esteban était couvert d’ecchymoses, et de sang, pas seulement le sien, mais il n’avait pas de blessure majeure. Il s’en était bien sorti cette fois-là. Hugo avait eu le nez cassé, ainsi que deux côtes, et Tonino s’en était sorti avec la mâchoire fêlée. Lui n’avait rien eu de grave, peut-être parce qu’il avait eu cette colère au fond de lui. Une colère qui l’avait rendu sauvagement dangereux pour ses adversaires.
Il mit plusieurs secondes à reprendre son souffle, seul, sur la ligne de son tatouage. La colère était toujours là, il n’arrivait pas à la calmer, et ça commençait à attirer son attention. Il comprenait bien que la Brume lui faisait passer une nouvelle épreuve mais, pour le moment, n’imaginait pas qu’il s’agissait d’une épreuve de colère. La colère était un sentiment qu’il ressentait tellement facilement qu’il ne le liait pas encore à la Quête, pensant qu’il fallait qu’il trouve autre chose. Une fois qu’il ne fut plus essoufflé, ou plus trop, il se remit en marche.
Soudain, une voiture manqua de le renverser, alors même qu’il était sur un passage piéton. Il se mit à hurler contre la voiture, une décapotable jaune poussin, exactement comme il l’avait fait, à Londres, quelques mois plus tôt quand ils y étaient avec Charlie. Il se souvenait bien que c’était parce que la voiture avait manqué de renverser sa petite-amie qu’il s’était énervé, comme ça. Il tourna son regard clair vers sa droite et vit Charlie, le regarder avec un air un peu surpris, un peu inquiet. La colère était disproportionnée, il le savait. Et le fait que ce regard l’énervait encore plus n’était pas fait pour le calmer.
Il marcha encore sur la ligne. Il était tellement en colère qu’il en respirait rapidement, il haletait presque. Il était forcé de garder ses grandes mains repliées en poings, et sentait ses ongles entrer dans sa peau. Ca faisait des années qu’il n’avait pas été autant en colère. Et maintenant il n’avait plus vraiment l’occasion de se poser des questions, la colère était bien trop épaisse dans ses veines pour ça. Il était à un stade où il était incapable de réfléchir normalement.
Pourtant, la Brume ne semblait pas l’entendre de cette oreille. Elle semblait vouloir le mettre encore plus en colère. Pour cela, au bout de quelques minutes de marche, elle le propulsa de nouveau dans un souvenir. Oh le coup bas ! Rien que le fait qu’elle ait choisi ce souvenir là plongea Esteban dans une colère encore plus dense, d’un noir tellement profond qu’il n’aurait pas su par où commencer pour le calmer.
Il était dans un lit d’hôpital. Il ne faisait plus ses presque deux mètres, et n’avait plus des bras d’adulte. Et il voyait un docteur, lui expliquer qu’il ne survivrait sûrement pas, parce qu’il était malade. Ou plutôt, l’expliquer à ses parents. Le dire en mots compliqués, pour être sûr qu’Esteban ne comprendrait pas. Parce qu’il n’était qu’un enfant, et qu’on n’avait pas envie qu’il comprenne. Alors que c’était son corps. Sa vie. A lui. Comme dans son souvenir, il se mit à hurler. Pas à crier des mots, non. A hurler, tout simplement. Un cri animal qui avait fait sursauter ses parents, le docteur, et l’infirmière qui était en train de lui changer son oreiller, et qui se figea comme si elle avait été la cause du cri. Ca avait même fait entrer dans la chambre, en courant, son frère et sa sœur qui attendaient dehors, parce qu’eux non plus n’avaient pas le droit aux nouvelles, ils étaient trop jeunes. Le docteur s’était précipité vers lui, pour voir ce qu’il avait. Et il avait arrêté de crier, abruptement. Avant de dire d’une voix froide qu’il savait qu’il allait mourir, et qu’il apprécierait qu’on arrête de le traiter comme un bébé.
Il avait sept ans et n’était plus un enfant. La fin de son enfance. La fin consciente de son enfance, voilà ce que la Brume avait choisi, pour faire exploser la colère dans sa poitrine, pour le rendre fou. Il fit encore quelques pas, plus réflexes qu’autre chose, l’esprit embrouillé, noyé dans la colère. Et il fut arrivé. Sur la rate. Le tatouage qui représentait une sorte d’oiseau très stylisé, très très stylisé, tellement que Charlie avait mis un moment à comprendre ce que c’était. Et qu’elle continuait à le regarder régulièrement sous toutes les coutures pour essayer de trouver d’autres significations, l’appelant son tatouage de Rorschach. Mais ce souvenir ne fit pas sourire Esteban, il était trop en colère pour ça, et envoya balader ce souvenir d’un grognement.
Il n’eut pas besoin de réfléchir beaucoup pour se jeter sur le premier objet qui lui venait et pour le fracasser au sol. Il aurait pu être dans un magnifique musée d’objets rares qu’il aurait sûrement fait pareil. Il balança plusieurs assiettes au sol, ce qui le défoula un peu, mais c’était loin d’être assez. Il éventra un coussin, déchira plusieurs photos, sans même prendre la peine de voir qui était dessus. Il tapa dans un punching ball. Il balança une pierre dans un miroir, il éventra de nouveaux coussins, déchira d’autres photos, balança d’autres assiettes. Il en explosa même une entre ses mains, se retrouvant avec des éclats dans la paume sans même s’en rendre compte. La colère baissait, doucement, mais pas si rapidement que ça. Alors il continua, ravageant totalement la « salle ». _________________ As sure as night is dark and day is light I keep you on my mind both day and night And happiness I\'ve known proves that it\'s right Because you\'re mine, I walk the line. |
|  | | La Brume Admin Tout Puissant


Nombre de messages: 1294 Date d'inscription: 27/06/2007
 | Sujet: Re: Quête d'Esteban Juarez. Jeu 29 Avr - 21:04 | |
| La Brume laissa Esteban se défouler autant qu’il le voulut, renouvelant son stock d’assiettes et de coussins régulièrement. Après un long moment de déchirures et de fracas divers, l’Entité décida qu’il était temps de passer à autre chose et une brise légère se leva. Une brise douce et apaisante. Réellement apaisante. Comme si la tension qui habitait Esteban s’évanouissait comme par enchantement. La fausse Charlie refit alors son apparition. Elle approcha doucement, comme pour s’assurer qu’aucune assiette ne prendrait son visage pour cible, et vint se placer devant le jeune homme. Avec lenteur, elle prit ses mains dans les siennes et entreprit d’ôter les éclats d’assiettes incrustés dans sa chair. Alors, la peau d’Esteban se régénéra avec une infime douceur sous ses yeux. Finalement, toute rancœur et colère s’évapora de son esprit et s’évanouit dans les airs aux parfums de sous-bois. Les mains du jeune homme toujours dans les siennes, Charlie tourna le regard vers la Brume. Elle se tourna à nouveau vers lui et, lâchant ses mains, elle recula d’un pas.
" Tu m’as convaincu. Je suis sûre que tu feras un bon élément."
La Brume s’ouvrit alors sur un petit sentier menant droit à la scierie.
" Vas-y. Je crois que quelqu’un t’attend ", ajouta l’apparition, ponctuant sa remarque d’un dernier clin d’œil avant de s’effacer du décor.
[Félicitations pour ta quête. Baban peut débarquer derrière la scierie !] _________________ Le temps et mon humeur ont peu de liaison ; j'ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi.-Blaise Pascal. |
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