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 Angry Eyes

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Esteban Juarez
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MessageSujet: Angry Eyes   Sam 2 Jan - 15:28

[Super jeu de mots ahem.
Ceci se passe quelques semaines avant l’arrivée d’Esteban et Charlie à Sywhaîd.]


Esteban évite un des nombreux cartons qui trainent dans le petit bureau de l’appartement que Charlie et lui partagent. Les boites de déménagement envahissent de plus en plus leur lieu de vie, même s’ils préparent leur départ relativement lentement, prenant le temps de tout trier pour éviter d’avoir trop de choses à amener à Sywhaîd. Ils ont même loué un garde-meuble en Ecosse pour pouvoir y déposer une partie de leurs affaires qui ne trouveraient pas leur place à Sywhaîd. L’Argentin a depuis un moment dépassé le stade de la fièvre du départ, il sent l’attraction de Sywhaîd devenir de plus en plus forte chaque jour. Trois ans sans bouger, quand on a passé la majeure partie de sa vie à voyager, c’est beaucoup. Et même s’il ne s’en rendait pas vraiment compte, oui, ça lui a pesé, d’une certaine façon. Sauf qu’il y a Charlie et que Charlie suffit à ce qu’il soit heureux. Charlie voyageant avec lui, c’est quand même encore mieux.

Il s’assoit devant le bureau. C’est Charlie qui l’utilise la plupart du temps, quand elle écrit, ou qu’elle fait sa correspondance, mais c’est bien leur bureau à tous les deux. Les lettres qu’Esteban y écrit sont en général pour son avocat, qui gère la plupart des choses qui le concernent, sa fortune, ce genre de choses. Il a mis ses affaires en ordre pour son départ et il est plutôt heureux de pouvoir ranger dans un carton toutes ces lettres. Il trie en même temps, jetant ce dont il n’a plus besoin. Il y a des lettres de sa sœur, il en jette d’ailleurs certaines, un voyageur n’est en général pas du genre à garder tous les souvenirs possibles et inimaginables. Ses souvenirs sont dans sa tête, pas sur des bouts de papier.

Soudain, il s’arrête sur une lettre. Elle ne lui est pas destinée, c’est une lettre de l’agent littéraire de Charlie. Si Esteban avait un tempérament jaloux, il le serait sûrement de cette femme. Charlie lui écrit régulièrement et il sait qu’elle est la gardienne de certaines pensées de sa dulcinée sur l’écriture, des choses qu’elle garde pour elle la plupart du temps. Mais ce qu’il lit, une simple phrase qu’il lit avant d’avoir réalisé que ça n’est pas une de ses lettres à lui, le fait largement dépasser le stade de la gentille jalousie inoffensive. Il parcourt le reste de la missive, assez courte, et son sang ne fait qu’un tour dans ses veines latines. De colère, il froisse la lettre dans sa main et la rejette sur la table. Il prend une inspiration, mais n’a pas envie de se calmer. Alors, il se lève brusquement dans un mouvement ample et enjambe les trois cartons qui le séparent de la porte.

Il entre dans le salon où se trouve Charlie. Elle est belle, comme toujours, mais il ne le remarque même pas. Lui-même est pas mal, il faut le dire, avec son pantalon anthracite parfaitement coupé (et pour cause, il est fait sur mesure) et son simple t-shirt blanc qui laisse apparaître, une fois les manches courtes passées, son tatouage sur ses bras. La barbe de trois jours, rousse, et les cheveux blonds coupés assez courts lui vont parfaitement. Pourtant, tout ça passera aussi au second plan dans l’esprit de Charlie. Parce que, voyez-vous, tout dans l’attitude d’Esteban laisse présager une grosse, grosse colère. Et s’ils se sont déjà disputés à plusieurs reprises, il n’a encore jamais été dans un état aussi proche de la rage à cause d’elle. Il fait un pas, et s’arrête.

« Tu croyais que je ne le découvrirai pas ? »

Et son accent hispanique ressort, définitivement de mauvais augure. Esteban a toujours parlé un anglais irréprochable, avec un accent londonien parfait. Sauf quand il est en colère, évidemment.

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Angry Eyes   Dim 3 Jan - 0:11

Charlie ne regardait pas en direction d'Esteban lorsqu'il est entré et à parlé sur ce ton dangereusement accusateur ; oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, elle ne se tourne plus systématiquement vers le beau blond chaque fois qu'il entre dans une pièce où elle se trouve. Non qu'elle soit devenue soudainement, ni même progressivement, insensible au charme de l'Argentin, bien au contraire ; mais elle est en train de faire le tri dans ses chaussures, estimant qu'elle ne peut pas emmener décemment plus de 25 paires.

Choix douloureux en perspective, séance délicate et qui demande, oui c'est futile, désolée, toute son attention. Si ça n'avait tenu qu'à elle, ils auraient laissé leurs meubles sur place, il les auraient offert à l'association de défense des petits orphelins Sywhaîdiens, ou d'aide aux victimes du vilain Syn Moprhius, le vampire de l'ancien collège de Tryllestarven qui, au moment de la fermeture de celui-ci, a rejoint le village de Norsken, au plus grand déplaisir de la plupart des habitants.

Non, les meubles, ils n'en ont pas besoin. Ils vont vivre à la rustique, et, quand bien même il leur manquerait des choses, ils ont chacun de quoi s'offrir plusieurs fois le nécessaire. Mais sa garde-robe... Elle aurait trop de mal à se séparer de ces adorables petites boots rétro noires et blanches, quand bien même leur vertigineux talon en fait des accessoires peu pratiques pour le jardinage qui les attend sans doute sur la Lande.

Charlie est belle, oui. Elle porte les cheveux longs, lâchés, et s'est dessiné des yeux de biche très années soixante, définitivement sa décennie préférée, du moins pour le moment, en matière de mode. Elle porte une robe en serge bleu outremer, aux bretelles en crochet, très évasée, qui lui arrive aux genoux. Elle est assise sur le canapé, les paires de chaussures étalées devant elle ; ses pieds sont nus, mais ses jambes galbées dans des bas crème dont on aperçoit, dans sa posture décontractée, les jarretelles. Ce n'est pas parce qu'elle ne sortira probablement pas de chez elle qu'elle ne doit pas se faire belle. Même avant qu'elle n'ait un Esteban Juarez à la maison, elle agissait ainsi. Bon, okay, elle n'aurait peut-être pas sorti le porte-jarretelles. Mais passons, puisqu'à l'évidence, ça n'a pas d'importance, cette fois.

Charlie ne s'est pas rendu compte tout de suite que son cher et tendre était furieux ; elle n'a effectivement pas l'habitude ; tenant pensivement, du bout de l'index, un adorable escarpin vert pomme, elle demande d'un ton paisible à Esteban ce dont il parle. Et alors, elle tourne ses grands yeux de biche vers lui. Et son sourire s'efface. Elle se recroqueville légèrement dans le canapé, et fronce les sourcils.

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Esteban Juarez
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MessageSujet: Re: Angry Eyes   Lun 4 Jan - 9:29

Si Esteban était du genre à aimer les conflits, il serait sûrement très heureux de voir le moment où Charlie comprend qu’il est dans une colère telle que les choses ne seront pas aussi simples que d’habitude. Il pourrait sourire à ce moment précis, à la voir se recroqueviller et froncer les sourcils. Mais il n’est pas du genre bagarreur. Enfin, il a eu son lot de bagarres, et il lui est arrivé d’aimer ça, mais pas en amour, pas comme ça. Cependant, il n’est pas non plus assez conciliant pour changer d’attitude en voyant l’effet que ça a sur sa chère et tendre. Il est beaucoup trop en colère pour se sentir mal de la bousculer un peu, de la voir réagir comme ça.

Il ne bouge pas. Debout au milieu de la pièce, ses bras tatoués le long de son corps, il pourrait avoir l’air figé s’il n’avait pas été de ces personnes qui savent économiser leurs mouvements sans pour autant paraître coincées ou immobiles. Même quand il est assis, Esteban semble dynamique, alors debout, comme ça, respirant la colère et, oui, la trahison, l’énergie qu’il dégage est presque plus importante que s’il s’était mis à courir tout autour de l’appart. Et plus impressionnant aussi. Comme un danseur de tango argentin, il semble plus menaçant dans l’économie de mouvements que s’il s’agitait.

« Pourquoi on va à Sywhaîd, Charlotte ? » demande-t-il d’une voix froide.

Mais le froid de sa voix n’est pas le même que d’habitude. Si le feu couve toujours sous la froideur d’Esteban Juarez, cette fois ce feu ne présage rien de bon. Le regard bleu qu’il pose sur celle qui partage sa vie n’est pas plus rassurant. Il semble prévenir Charlie, un mensonge ne sera pas accepté cette fois. Elle va devoir dire la vérité.

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Angry Eyes   Lun 4 Jan - 23:54

Charlie soutient le regard bleu de son compagnon ; un regard qui lui semble en cet instant avoir pris de dangereux reflets acier. C'est loin d'être facile, et le simple fait qu'elle parvienne à ne pas détourner les yeux est un signe manifeste qu'elle a du caractère - peut-être trop. Elle a compris, bien sûr, elle est plutôt vive, ce qui a pu mettre Esteban dans un tel état de rage livide. Et au fond, elle sait très bien qu'il a de bonnes raisons d'être absolument furieux. Tandis qu'elle le fixe ainsi, mi par défi, mi hypnotisée telle une effraie par le double halo éblouissant de deux phares, elle sent, pour la première fois, la peur lui serrer la gorge. La manière dont il prononce son nom -une exclusivité qui, d'ordinaire, lui procure une bien autre sorte de frisson... Là, elle a peur.

Oh, ils se sont déjà disputés, et plutôt deux fois qu'une. Ils ont tous deux un tempérament plutôt volcanique ; oui, oui, Esteban aussi, n'allez pas croire. Un Argentin pur jus, son beau blond. Parfois même, il semblerait qu'ils cherchent eux-mêmes la dispute ; histoire de mieux se réconcilier après. Ils sont fusionnels, et ça fait régulièrement des étincelles. Mais cette colère froide, ce regard glacé qui lui a fait lâcher l'escarpin vert pomme sans même qu'elle s'en rende compte (c'est dire)... c'est inédit. Ça doit ressembler à ça, une vraie colère ; et Charlie n'est pas sûre d'avoir très envie de savoir à quoi ressemble un Esteban vraiment fâché.

Elle sait ce qu'elle doit dire. Elle doit tout lui avouer, la mine contrite ; lui dire la raison véritable, l'angoisse au creux de son estomac, qui lui a fait décider de quitter Norsken en catastrophe. Elle ne lui a pas menti -par omission - de franche gaîté de cœur, en riant sous cape du bon tour qu'elle lui jouait. Et elle se tasse dans le canapé, entour de ses bras ses jambes repliées devant elle.

"Parce que tu as la bougeotte et que ton meilleur ami nous attend là-bas depuis des années", répond-elle pourtant avec aplomb, sans que frémissent le moins du monde les cils très noirs de ses yeux de biche.

Raconter des histoires, ce n'est pas qu'un métier, pour Charlie ; c'est une seconde nature. Et en même temps que la peur, elle sent une vague de colère monter en elle ; parce que les petites connexions se font vite dans sa jolie tête, et qu'il n'y a pas trente-six moyens par lesquels Esteban Juarez a pu deviné l'autre raison : il a fouillé dans ses affaires.

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Esteban Juarez
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MessageSujet: Re: Angry Eyes   Dim 10 Jan - 18:23

Esteban sourit. Il n’y a aucune chaleur dans ce sourire, même pas une chaleur bien cachée qui couverait, comme en général quand il sourit. Non, là c’est un simple étirement de ses lèvres fines. Un étirement qui n’est accompagné d’aucun autre mouvement, que ça soit dans son corps ou son visage. Un sourire qui ressemble plus à une menace qu’à autre chose. Esteban n’est pas violent avec Charlie, et il ne le sera jamais. Il ne la frapperait jamais, ne l’insulterait jamais. Il est volcanique, mais pas de cette façon. Seulement, là, il a réellement envie de lui coller une paire de baffe, juste pour la remettre à sa place. Heureusement, il n’a plus vingt ans, lui, autrement il l’aurait sûrement fait. Du haut de sa trentaine bien tassée, il arrive à se retenir, et, au lieu de ça, shoote assez stupidement (mais au moins ça défoule) dans une lampe qu’ils ont achetée il y a seulement deux mois et qui s’effondre au sol avec un bruit de céramique cassé.

« Liar ! » hurle-t-il soudain.

Et le cri est… en fait ça n’est pas un vrai cri. Sa voix monte, bien sûr, et sort brusquement de sa gorge, comme un cri. Sauf qu’il ne crie pas vraiment, pas si on compare aux cris des gens normaux. Seulement, comme Esteban a tendance à toujours parler plutôt doucement, avec sa belle voix profonde, c’est presque pire que s’il avait fait trembler les murs de l’appartement en criant. Il respire d’ailleurs aussi rapidement que s’il l’avait fait, son large torse se soulevant à un rythme aussi rapide que quand la brunette et lui… font des choses plus sympathiques. Mais de fait, il a de quoi être énervé. Il a été clair très vite, avec l’à peine post-ado avec qui il s’est mis en couple quelques années plus tôt. Il est hors de question qu’elle lui serve des bobards, pas à lui. Il ne supporte pas le mensonge. Autant il aime le fait qu’elle écrive des livres, qu’elle sache raconter des histoires, autant il déteste l’idée qu’elle lui mente. Si elle avait voulu le mettre définitivement en colère, elle n’aurait pas mieux réussi que comme ça.

« J’ai trouvé une lettre de Janice en rangeant mon courrier. »

Sa voix est chargée de colère. De fait, il n’a rien à se reprocher. C’est Charlie qui a mal rangé ses affaires. Et vu le contenu de la lettre, il n’a même pas eu besoin de lire plus de la phrase qu’il avait lue avant de réaliser que ça n’était pas une lettre à lui pour tout comprendre. Janice ne fait pas vraiment dans la subtilité.

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Angry Eyes   Dim 10 Jan - 21:51

"Et bien sûr, tu as cru par erreur qu'elle t'écrivait à toi, et tu l'as lue", réplique Charlie, la voix nouée. Elle est recroquevillée dans le coin du canapé et, malgré son maquillage sophistiqué, elle paraît singulièrement jeune, dans sa robe trop bleue, les bras crispés autour de ses jambes, ses pieds nus voilés par les collants crème. C'est la première fois qu'elle a peur d'Esteban, qu'elle réalise qu'il pourrait parfaitement lui faire mal, la faire rejoindre les statistiques. Et c'est d'autant plus perturbant que ces mêmes bras musclés et tatoués, ce sourire qui ressemble à une menace, et cette voix rauque, une partie d'elle les trouve toujours aussi sexys.

Une autre partie, qui, ajoutée à la peur, a noué sa voix, est en colère contre lui. Bien sûr, la suggestion qu'elle a répliquée était tout sauf sincère et naïve, mais il faut savoir quels rapports entretient Esteban avec l'agent littéraire de sa compagne pour comprendre. Même à des milliers de kilomètres d'eux, Janice est horripilante et envahissante, et malgré tout, c'est quelqu'un de très important pour Charlie, une amie pour ainsi dire. Et ça fait "partie du boulot", autrement dit des choses qui ne regardent pas l'Argentin. Ils ont pourtant été très clairs là-dessus ; le couple fusionnel, la femme soumise qui prépare les charentaises de son aimé et ne vit que pour lui, ça a toujours été hors de question.

Elle voit se crisper les muscles d'Esteban, ce qui a pour effet de donner un aspect presque vivant aux volutes colorées entremêlées. Cela contribue d'ordinaire à exciter Charlie, et à immuniser leurs séances de sport en chambre contre la routine et l'usure du temps. Maintenant il lui semble que les figures qui semblent s'animer vont toutes tendre leurs bras armés pour faire mal. Une partie d'elle continue de penser qu'il ne pourrait pas la blesser, qu'il est bien trop amoureux d'elle pour ça ; mais elle est totalement persuadée qu'en tout cas, en apprenant qu'un fan la harcèle, il serait parfaitement capable de fracasser le crâne du type en question. Elle a tout fait pour éviter de savoir quel homme la rage pouvait faire de lui, maintenant, elle en a un terrifiant aperçu.

"Ce n'est pas un mensonge. Ce sont tes raisons ; elles sont suffisantes. Et si j'en ai d'autres..."

Elle a beau être complètement tassée sur elle-même, ses bras nus recroquevillés sur elle à laisser des marques rouges sur ses jambes, elle se sent trembler. Sa voix non plus n'est pas assurée ; seul son regard parvient à rester fixé dans celui d'Esteban.

"...elles me regardent. Rien que moi. Alors laisse tomber."

C'est très exactement le fond de la pensée de Charlie, ce dont elle est persuadée ; elle est totalement dingue d'Esteban, de façon chimique et viscérale, mais refuse de renoncer pour autant à son indépendance, à quelque point de vue que ce soit. Elle ne veut pas que ces questions soient évoquées. Pas avec lui.

Et, à vrai dire, pas juste parce qu'elle aurait peur qu'il joue au chevalier blanc au poing dévastateur ; mais aussi -sauf que ce n'est pas vraiment conscient-, parce que ce serait donner un peu trop de réalité au problème. En s'en tenant à la version "allons rendre visite à Anton", c'est d'abord à elle-même que Charlie a voulu mentir, comme si cela suffirait, en quelque sorte, pour effacer l'image traumatisante du déséquilibré qui la poursuit.

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Esteban Juarez
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MessageSujet: Re: Angry Eyes   Mar 12 Jan - 10:44

Esteban n’a plus vingt ans. S’il avait eu cet âge, il aurait sûrement répondu quelque chose de bien cinglant quand Charlie l’accuse ouvertement de fouiner dans ses affaires. Mais il a trente-cinq ans. Il n’est plus un gamin. Et il ne se laisse plus avoir par ce genre de diversion. Il ignore cette réplique. Il s’en fiche. Il sait que Charlie ne veut que détourner la conversation en disant ça. Il sait qu’elle ne pense pas vraiment qu’il vient de passer deux heures à fouiner dans ses affaires. Ca n’est pas son genre. Il n’est pas jaloux, il n’est pas possessif. Ou du moins, pas au point de faire ce genre de choses. Il respecte la vie privée de Charlie, celle à laquelle elle ne lui laisse pas d’accès. Après tout, lui-même a ses faces d’ombres. Il y a des tas de choses qu’il ne lui a pas dites, sur lui. Et il est loin de lui dire tout ce qu’il fait au jour le jour. Ils sont très fusionnels, mais s’ils veulent survivre à leur propre histoire d’amour, il faut qu’ils se laissent des limites. Et Esteban en est conscient, peut-être même plus clairement que Charlie, qui bien souvent voit son « jardin secret » comme une façon d’être une femme indépendante, et pas comme un moyen se survivre à leur passion, qui pourrait les dévorer littéralement s’ils n’étaient pas un peu prudents.

Seulement, il y a aussi des limites à ce qu’on peut ne pas partager avec l’autre, Esteban en est convaincu. Il n’a jamais raconté à Charlie qu’officiellement, il était encore marié à une amérindienne avec qui il a passé six mois à l’époque même où il a fait faire son tatouage. Ca a beau être quelque chose qui est sensé être important, dans l’absolu, un mariage, pour leur histoire ça ne l’est pas. Ca n’est qu’une anecdote. Mais ce qu’elle, elle lui a caché, c’est différent. Elle lui a caché qu’un malade mettait sa vie en danger. Elle lui a caché qu’elle avait peur. Elle lui a menti pour ne pas lui parler de ça. Il lui serait arrivé n’importe quoi, et Esteban s’en serait voulu toute sa vie de ne pas avoir vu qu’il y avait quelque chose qui clochait. Il lui serait arrivé n’importe quoi et Esteban n’aurait pas pu survivre, même sans aller dans le délire de la culpabilité. Il y avait bien assez de Tonino qui ne survivait pas au départ d’Anwen, Esteban savait qu’il ne survivrait pas à la mort de Charlie. Il l’aimait trop pour ça, était trop entier dans son amour pour elle. Une sorte de vide se crée dans son estomac quand il se rend compte de ce qui aurait pu arriver. Un vide qui se remplit rapidement d’une colère noire. Tout ça parce qu’elle aime se prendre pour la femme indépendante qui n’a peur de rien et contrôle tout. Tout ça parce qu’elle cache ses peurs derrière cette façade. Cette fichue fierté qui aurait pu tout détruire.

Mais il n’y a pas que ça. Il y a aussi qu’elle lui a menti. Foncièrement, c’est quelque chose qu’Esteban ne supporte pas, et elle le sait. Elle n’a pas juste « oublié » de lui parler de sa raison à elle. Elle ne lui a pas juste caché quelque chose. Non, elle l’a manipulé. Elle lui a laissé croire que c’était son idée à lui, son impulsion. Qu’elle voyait bien qu’il tournait en rond et qu’il voulait rejoindre Tonino, voir du pays. Et qu’elle acceptait de le faire, pour lui. Parce qu’elle l’aimait. Oh, oui, c’est bien de la manipulation. Du petit jeu de marionnettes. Et ça, Esteban ne le supporte pas.

« Tu sais très bien que ça n’est pas aussi simple. » dit-il d’une voix qui est tellement calme, tellement posée, qu’on pourrait presque passer à côté de la colère qui se trouve derrière.

Etre amoureux d’une femme intelligente, peut-être trop intelligente pour son propre bien, ça n’est pas toujours facile. Esteban s’est souvent dit que leur différence d’âge n’est d’ailleurs pas pour rien dans la réussite de leur couple. Un mec de l’âge de Charlie se ferait complètement bouffer par elle. Il faut quelqu’un d’intelligent, de posé, de réfléchi, mais aussi quelqu’un qui peut supporter d’être avec une femme talentueuse, et sûrement plus intelligente que lui. Quelqu’un qui a du répondant, qui ne se laisse pas faire. Quelqu’un qui a de « l’autorité », d’une certaine façon, afin de ne pas se laisser piétiner par les beaux escarpins colorés de la vingtenaire. Pas étonnant qu’Esteban soit la relation la plus longue de Charlie, et de loin. Quel homme pourrait survivre à Charlotte Fontaine plus de quelques semaines.

« Tu m’as utilisé. » ajoute-t-il toujours de cette voix étrange. « Tu m’a manipulé. Tu sais que c’est une des choses que je ne supporte pas. Tu sais que je t’avais dit dès le début que tes délires d’écrivain je n’en voulais pas. Que je n’étais pas un de tes personnages, et que si tu t’amusais au puppet master avec moi, je te quitterais. »

Il est tellement crispé que ses ongles blessent les paumes de ses mains, mais il ne s’en rend même pas vraiment compte. Son regard si clair est orageux, et il y a une sorte d’électricité qui se dégage de lui, quelque chose de magique. Lui qui contrôle si bien sa magie, semble proche de l’explosion cette fois. Evidemment, il ne va pas vraiment exploser ou quoi que ce soit de ce genre, mais c’est plutôt simple de voir dans quel état il est. Et difficile d’imaginer qu’il n’est pas sérieux.

« Je suis sensé faire quoi maintenant ? Accepter que ma petite amie me prenne pour un con et suive ses règles à elle sans qu’elle ne respecte les miennes ? »

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Angry Eyes   Mar 12 Jan - 22:23

Laisser tomber, oh, Esteban... Elle a baissé les yeux en lui demandant cette faveur, devinant que la peur doit lui brouiller le regard. Et maintenant, elle n'arrive plus à le regarder de nouveau en face. Elle devine pourtant l'acier de ses yeux bleus, glaçant comme le froid de sa voix. Pas si simple ? Mais si, c'est simple. C'est beaucoup plus simple, au contraire, comme ça ! L'amitié, le goût du voyage, l'aventure à deux, ça c'est simple.

Beaucoup plus que de partir pour échapper aux délires malsains du cerveau détraqué probablement produit par le cocktail d'une éducation rigoriste d'une mère célibataire et possessive et de la découverte malencontreuse d'un roman dont l'imagination débridée a libéré des instincts psychopathes jusque là heureusement enfouis. Une telle péripétie, elle n'en veut pas, pas dans leur histoire à eux. Elle refusait que leur vie à Sywhaîd commence sous de tels augures, et parce qu'elle estimait pouvoir gérer ça toute seule, elle espérait qu'Esteban, du moins, partirait parce qu'il le voudrait vraiment. Elle aurait voulu le suivre là-bas par amour. Oui, ç'aurait été plus simple, et nettement plus satisfaisant, aussi.

Mais ça n'arrivera visiblement jamais. Volontaires ou sous la contrainte, ils n'iront pas là-bas. Ils n'iront plus nulle part ensemble, puisque leur route prend fin à cet instant, aussi brutalement et passionnément qu'elle a commencé. A partir du moment où Esteban décrète, de cette voix si étrange, qu'elle l'a utilisé, Charlie sent à son tour une sorte de vide se créer dans l'ensemble de sa poitrine ; lorsqu'il précise qu'il estime qu'elle l'a manipulé, il lui semble que l'ensemble des organes qui y sont logés sont en apesanteur, qu'elle tombe en chute libre et que, restés en hauteur, ils lui compriment la trachée et l'empêchent de respirer correctement. Il lui semble que ses poumons ne se gonflent plus sous l'effet du peu d'air qu'elle parvient à inspirer.

Aussi curieux que cela puisse paraître, elle est totalement prise de court ; elle n'avait absolument pas envisagé les choses de cette manière. Elle ne s'est jamais dit qu'elle allait pouvoir "manipuler" Esteban, qu'elle le mènerait par le bout du doigt et qu'il ne verrait bien à ses magistrales combines... non, elle est imaginative, mais une telle idée ne lui est jamais venue à l'esprit. Au pire, elle a pensé faire en sorte de l'épargner, et de s'épargner aussi, en donnant à cette histoire le moins d'incidences possibles.

Elle a bien sûr la première suggéré "sérieusement" qu'ils prennent un peu le large ; et elle ne sait plus si c'est elle qui a parlé d'Anton, peut-être bien que oui. Mais si Esteban ne lui avait pas paru répondre avec enthousiasme à cette proposition, elle n'aurait pas insisté ; elle n'aurait pas cherché à lui faire faire quelque chose contre son gré. Mais c'est pourtant ce qu'il dit ; c'est donc, le connaissant, ce qu'il pense. Or Charlie connaît bel et bien Esteban ; et elle sait que la trahison est le pire reproche qu'il puisse lui faire. Que c'est quelque chose qu'il ne pardonne pas. La tête de Charlie lui tourne, tandis qu'y bourdonnent les propos de l'homme qu'elle aime ; délires d'écrivain ; puppet Master ; je te quitterais ; je te quitterai ; je te quitte...

Elle est restée prostrée sur le canapé, les bras toujours serrés, plus nerveusement que jamais, autour de ses jambes. Elle n'a pas trente-cinq ans, mais seulement vingt. Elle est très intelligente, oui, suffisamment pour ne pas se perdre dans quelqu'un comme Esteban, qu'elle aime pourtant d'un amour qui la dépasse elle-même, tellement absolu qu'elle n'aurait jamais osé le décrire elle-même dans l'un de ses romans. Mais elle n'a sans doute pas le recul de l'Argentin sur la situation. Elle voit simplement un homme en colère, qui lui reproche d'avoir commis le seul acte qui justifie... l'arrêt brutal et définitif de leur relation. Elle a beau être fière, elle n'est pas orgueilleuse et sûre d'elle au point de croire qu'Esteban l'aime trop pour la quitter ; enfin, peut-être qu'elle s'est bercée jusque là de cette pensée très douce, mais en l'occurrence, elle ne perçoit dans la voix de l'Argentin aucune nuance qui puisse lui permettre d'espérer.

La question de savoir ce qu'il doit faire lui paraît être une question oratoire à laquelle Esteban attend simplement qu'elle réponde ce qu'il a en vérité déjà décidé. Elle a tellement peur qu'elle pourrait bien, de fait, obtempérer, si sa gorge n'était pas trop nouée, son esprit trop vide. C'est elle qui ne sait plus ce qu'elle doit faire, à part, peut-être, rester ainsi, sur le canapé, et attendre que son cœur oublie, tout doucement, de battre. Elle est bien trop choquée, trop abasourdie, pour pleurer. Le maquillage sophistiqué de Charlie contraste avec le regard perdu de Charlotte.

Au bout de plusieurs dizaines de secondes à se répéter en boucle, dans sa tête bourdonnante, une idée qu'elle n'arrive pas pour autant à concevoir, elle desserre les bras, étend les jambes et, comme une poupée de chiffon, se lève du canapé ; elle a bel et bien des marques rouges sur les tibias, que ses bas de toute façon dissimulent ; et elle ne ressent pas cette pauvre petite douleur satellite au moment de se lever. Elle tourne le dos à Esteban, fait le tour du canapé d'une démarche de femme ivre, en se tenant d'un air distrait à l'accoudoir, puis au dos du meuble. Ayant fait le tour de ce dernier, elle approche de la lampe que l'Argentin a fracassée. Elle se baisse très lentement, toujours sans le regarder, toujours la tête en feu et le corps glacé. Elle commence à ramasser quelques débris et, parce qu'elle a une imagination très visuelle, ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre les reliefs de céramique et ce qu'Esteban a décidé qu'il restait de leur histoire. Et elle se déteste, d'avoir encore le réflexe, dans une situation pareille, le cœur à faire des métaphores.

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Esteban Juarez
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MessageSujet: Re: Angry Eyes   Jeu 21 Jan - 11:26

Sauf que la question n’est pas oratoire. Et Esteban attend une réponse. Une réponse qui ne vient pas. Au lieu de ça, il voit Charlie se lever, comme une automate et aller récupérer les débris de lampe. Elle l’ignore. Et, alors qu’elle lui tourne le dos, il la regarde avec un air un peu déstabilisé. C’est la première fois qu’elle utilise cette technique-là pour mettre un terme à une de leurs engueulades. Bien sûr, cette dispute est la plus grosse, la plus importante qu’ils n’aient jamais eu, mais c’est quand même une façon bien étrange de la clôturer. Une façon qui ne lui convient pas, à lui, puisqu’il veut qu’ils crèvent l’abcès, qu’ils en discutent. Ils n’ont jamais été du genre à éviter les sujets qui fâchent, c’est plutôt l’inverse en général entre eux, alors cette réaction le perturbe particulièrement.

Assez pour qu’il ne cède pas à son envie de s’en aller, ce qui pour le coup finirait de faire croire à Charlie que leur histoire est finie. Il la regarde ramasser les bouts de porcelaine et se demande ce qu’elle peut bien avoir en tête. Elle va lui faire la tête pour avoir osé lui dire qu’il ne voulait pas de ses délires d’écrivain ? Elle va l’ignorer parce qu’il a dit que…. Soudain, il comprend. C’est comme une illumination. Et un sourire amusé passe rapidement sur son visage... Oui, Charlie est une femme très intelligente, très volontaire, indépendante… Mais elle n’en reste pas moins une jeune femme de vingt-et-un ans avec une expérience amoureuse assez limitée. Et quand elle se trouve face à une situation inédite, de fait, c’est Charlotte qui reprend le dessus, et pas Charlie, la jeune femme indépendante qu’elle a décidé d’être.

Il soupire et dans le silence, seulement entrecoupé par les petits bruits de porcelaine, c’est presque comme s’il avait crié. Il fait le tour de la jeune femme et s’agenouille face à elle. Même dans cette position, on peut voir qu’il est très grand. Il plonge son regard bleu dans celui de la femme qu’il, merde il n’y peut rien, aime, et lui dit, après l’avoir forcée à arrêter de ramasser la fichue lampe en lui attrapant doucement le bras :

« Arrête tes délires d’écrivain, Charlotte. Je t’ai dit que je devais te quitter. Mais on sait tous les deux que je ne fais jamais ce que je devrais, autrement je ne serais pas ici. »

De fait, la vie d’Esteban est parsemée de choix qui semblaient absurdes, voire dangereux à l’époque. Un tour du monde qui dure des années, un tatouage intégral, rester à Norsken pour les yeux d’une vingtenaire qu’il connaît seulement depuis quelques jours… Bref, si l’Argentin devait être raisonnable, ça se saurait. Il soupire de nouveau et presse légèrement le poignet de Charlie, qu’il tient toujours dans sa grande main.

« Je t’aime. Et on va aller à Sywhaîd tous les deux. Mais aussi peu raisonnable que je puisse être, je te préviens, la prochaine fois, je ferais ce que j’ai à faire. Les mensonges, les manipulations, pas de ça entre nous, jamais plus. »

Il presse un tout petit peu trop fort le poignet de Charlie au moment où il prononce la fin de ses paroles, comme pour faire entrer cette consigne dans la tête dure de l’écrivain. Ca ne dure cependant pas assez longtemps pour être vraiment douloureux, juste une sorte de pincement rapide. Il ne sourit pas, pas encore. Au lieu de ça, son regard est planté dans celui de Charlie, un regard dur, qui attend qu’elle acquiesce, et c’est la seule chose qu’elle peut faire, si elle ne veut pas qu’il s’en aille, parce qu’il ne restera pas si elle n’accepte pas les termes de ce contrat. Bien sûr, elle l’a déjà accepté, avant, mais cette fois, il le lui a dit, si elle va outre ces conditions, ce sera la fin.

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Charlie Fontaine
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MessageSujet: Re: Angry Eyes   Sam 23 Jan - 0:56

Ce soupir... Charlotte l'a parfaitement entendu. Il lui a déchiré les oreilles. Elle continue de ramasser les morceaux, elle essaie de n'écouter que le bruit froid des débris de céramique lorsqu'ils s'entrechoquent l'un contre l'autre, ou frottent légèrement le parquet. Dans sa tête tourneboulent toutes les raisons qui font qu'Esteban n'a en fait aucune raison de l'aimer autant qu'elle l'aime. Et en un soupir, elle croit entendre qu'il les a toutes résumées. Elle sent qu'il passe derrière elle, elle se crispe. Elle a toujours l'impression que ses organes "flottent" dans sa poitrine ; bon sang qu'elle l'aime, et comme elle l'aimera, toujours, même après qu'il l'ait envoyée promener d'une manière si expéditive, pour une soi-disant manipulation qu'elle n'a même pas envisagée comme telle.

Lorsqu'il s'agenouille face à elle, elle voudrait garder les yeux rivés sur sa porcelaine, mais lorsqu'il est tout proche d'elle, comme ça, elle ne peut s'empêcher de lever les yeux vers lui ; ça fait partie de ce satané, irrisistible pouvoir qu'il a sur elle. Et quand il lui prend le bras... Elzévir, le daemon martre, s'est figée contre sa moitié, qui ne vaut guère mieux. Pourquoi lui faire ça, Esteban ? Pourquoi jouer avec elle, avec son petit cœur, pourquoi lui rappeler que s'il la touche, s'il lui prend ne serait-ce que le poignet, elle meurt d'envie de se coller contre lui, qu'il la serre, qu'il l'embrasse, que son tatouage prenne vie autour de son petit corps...

Il lui dit tout simplement qu'il ne peut pas la quitter, ce qu'elle pourrait, à froid, considérer comme une merveilleuse déclaration d'amour. D'ailleurs, en lui serrant le poignet un peu plus fort, il le lui dit, textuellement, qu'il l'aime.

Mais elle est tellement bouleversée qu'elle ne comprend pas tout de suite ; et lorsqu'elle devrait enfin être rassurée, paradoxalement, les larmes lui jaillissent des yeux, sans qu'elle cesse d'ailleurs pour autant de fixer ceux de l'Argentin. Elles coulent sur son maquillage, dessinent de fines traînées noires sur ses joues. Charlie ne dit rien. Elle serre les dents, fixe toujours Esteban, l'air désemparée. Il y a quelque chose d'étrange dans ces paroles qui devraient la réconforter, et dont elle ne retient que le fait que cet amour qu'il lui porte ressemble davantage à une malédiction qu'à une joie de tous les instants. Elle est forcément très sensible à la manière dont les mots sont articulés, aux expressions choisies. Et son homme ne lui dit rien d'autre que : "s'il ne tenait qu'à moi, Charlotte, sans cette forme de nécessité toute puissante qui me fait toujours faire les choses les plus stupides, je partirais".

Elle se détourne donc, et ça n'a rien à voir avec le problème du maquillage, qu'elle a totalement occulté. Elle a mal, elle a l'impression qu'il lui serre trop fort le poignet, alors même que sa pression n'est, en vérité, pas si forte que ça.

"Truth ?" gémit-elle, entre ses dents, le visage presque caché dans le dos du canapé. Elle inspire deux grands coups, les larmes ravageant toujours son maquillage sophistiqué.

"C'est ça que tu veux, hein, la vérité ?
Très bien.
La vérité c'est que je le déteste, ce type, je le hais, et je déteste encore plus l'idée qu'il ait la moindre parcelle de pouvoir sur ma vie, sur notre vie, la vérité, c'est que j'ai la trouille, voilà. Que je voulais que tu sois heureux de partir, pas que tu aies l'impression de devoir encore chambouler ta vie pour moi. Et la vérité c'est que, oui, je suis probablement beaucoup trop compliquée pour toi, mais je t'aime quand même."


Elle a parlé d'une toute petite voix, mais malgré ses sanglots étouffés, tout était très clairement audible, prononcé d'une traite et trop rapidement pour qu'on puisse douter de la sincérité de ses paroles ; mais c'est probablement la première fois que Charlotte affirme qu'elle a la "trouille", de une parce qu'elle aime effectivement donner l'image d'une femme forte, de deux parce qu'elle s'exprime généralement avec des termes plus étudiés. Et il est à peu près certain qu'il s'agit de sa première utilisation d'un pluriel possessif pour qualifier leur vie commune. De même qu'elle n'a pas dû souvent dire à Esteban qu'elle l'aimait.

En tout cas pas comme ça, pas tout bêtement, avec un haussement d'épaules... et un soupir. Il la fait terriblement souffrir ; elle trouve qu'il a beau jeu de lui reprocher d'être manipulatrice, quand il joue lui avec ses sentiments, en lui faisant croire comme ça qu'il pourrait la quitter sur un coup de tête. Mais c'est sûr, elle l'aime quand même. Et si elle est obligée de garder la tête tournée, c'est que, proche comme ils sont, si elle devait le regarder droit dans les yeux, elle ne penserait qu'à leur réconciliation sur l'oreiller le parquet.

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Esteban Juarez
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MessageSujet: Re: Angry Eyes   Sam 23 Jan - 15:32

« Je suis heureux de partir. Je veux aller à Sywhaîd, tu le sais. Et j’aime que tu chamboules ma vie, elle a besoin de l’être, constamment. »

Voir Charlie pleurer est quelque chose d’assez horrible pour Esteban. Il n’aime pas ça. Il déteste ça même. Pourtant quand les larmes se sont mises à couler, il n’a fait aucun geste pour essayer d’arrêter le flot. Oh il ne prend pas de plaisir à voir la femme qu’il aime pleurer. Il ne se venge pas d’elle en la laissant pleurer mais il sait que s’il commence à essayer de l’arrêter, ils ne finiront pas de régler leurs problèmes, et c’est sa priorité. Il laisse donc Charlotte se retourner, et lui dire ce qu’elle a à lui dire. Mais une fois que c’est fait, il répond, d’une voix profonde, qui a retrouvé son timbre habituel, peut-être juste un peu plus chargée de passion que dans la vie de tous les jours. Il dit rarement « passe-moi le sel » avec ce ton-là.

« Mais je n’aime pas les mensonges, tu le sais. Je suis sérieux à propos de ça. Je t’aime plus que tout au monde, je veux faire ma vie avec toi, mais je ne veux pas de mensonges. »

Il l’a dit sur un ton moins agressif que précédemment, d’une façon plus douce, comme s’il se contentait de rappeler un fait. Et c’est ce qu’il fait. Il a dit ce qu’il avait à dire. Il pourrait préciser qu’il déteste le tordu qui a mis Charlie dans cette situation, mais ça n’apporterait rien. Elle sait que c’est le cas. Et il ne veut pas la conforter dans son idée en lui disant à quel point il a envie de tuer le fan en question. Il ne veut pas qu’elle ait peur qu’il fasse quelque chose à ce psychopathe avant qu’ils n’arrivent à Sywhaîd, elle s’inquiète déjà bien assez.

Alors au lieu de ça, il tire sur le poignet de Charlie et l’attire fermement contre lui. Il la serre contre lui, déposant sa main libre dans ses cheveux. Il prend une inspiration, sentant l’odeur agréable de son shampooing. Puis, plus doucement, il ajoute, presque dans un murmure :

« Il n’a aucun pouvoir sur nous, Charlotte. Il n’y a que nous qui en avons. C’est nous qui voulons aller à Sywhaîd, on n’y va pas pour se cacher. Si on ne voulait pas aller à Sywhaîd, on se débarrasserait de lui autrement. »

Il caresse doucement les cheveux de Charlie. Il embrasse la naissance de ses cheveux, près de son front et, seulement, efface les larmes qui restent sur les joues de la jeune femme avec son pouce, doucement.

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MessageSujet: Re: Angry Eyes   Sam 23 Jan - 17:48

La douceur ; c'est précisément ce dont Charlie, notre chère écrivain, fière, rieuse, indépendante, avait besoin. Et Esteban n'a pas eu besoin de tirer beaucoup pour l'attirer à lui, parce qu'elle ne demandait pas mieux que se lover contre lui. Se laisser envelopper par ses bras nus, par son odeur, enfin par lui, ce grand homme fort et protecteur. Elle laisse sa tête reposer contre son torse ; elle se laisse aussi réchauffer par ses paroles. Un petit sourire apparaît même diffusément sur son visage, moins dans les lèvres elles-mêmes que dans ses yeux et ses joues barbouillées (pauvre T-shirt blanc).

Et ce n'est même pas parce qu'en fin de compte, Esteban en vient à affirmer précisément ce qu'elle ne faisait que soutenir depuis le début : que s'ils partent pour Sywhaîd, c'est parce qu'ils en ont fait le choix délibéré, parce qu'ils sont jeunes, beaux, riches, éperdus d'amour réciproque, et libres d'aller où bon leur semble. C'était jusque là un prétexte ; dans la bouche de l'Argentin, c'est désormais une vérité absolue. Elle se fiche que, techniquement, Esteban confirme sa version des faits ; il lui semble au contraire que c'est elle qui se range à son avis. Elle hocherait docilement la tête, s'il n'était pas en train de l'embrasser et d'essuyer les larmes sur ses joues. Elle se sent fondre encore un peu plus sous ces marques de tendresse.

"Je ferai de mon mieux ; promis. Pour ne pas te raconter d'histoires ; et pour continuer de foutre le bordel dans ta vie, mais ça ce sera facile."

Elle lève la tête et tend le cou. Parce que maintenant que les choses sont à peu près mises au clair, ils peuvent bien s'embrasser, non ?

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MessageSujet: Re: Angry Eyes   Lun 25 Jan - 13:16

« Deal. » répond simplement Esteban avec un sourire…

… Avant de finalement embrasser Charlie. Comme toujours quand ils s’embrassent, Esteban oublie rapidement tout ce qui les entoure, ou tout ce qui pourrait le tracasser. Il n’y a plus que Charlie, et lui, leurs lèvres, et tout ce qui les constitue. La lampe cassée n’existe plus. L’appartement n’existe plus. La lettre de Janice n’existe plus. Le harceleur n’existe plus. Et leur engueulade, quelques secondes plus tôt, n’existe plus non plus. C’est une sensation qu’Esteban n’a jamais eu avec personne d’autre. Oh bien sûr, il a eu des aperçus. Les femmes avec qui il a été durant sa vie, avant Norsken, arrivaient toujours à un moment ou un autre à lui faire oublier une partie de ce qui l’entourait. Mais ça n’a rien de comparable avec ce qu’il ressent dès qu’il touche Charlie, dès qu’il l’embrasse, ou même parfois simplement quand ils sont dans la même pièce. Il l’a ressenti dès qu’il l’a rencontrée, et il est resté à Norsken pour ça, parce qu’il a compris qu’il ne le ressentirait jamais avec personne d’autre. Il a choisi d’arrêter son tour du monde, de changer de vie, pour ce sentiment. Parce qu’il a considéré que c’était plus important que le reste.

Il laissa doucement glisser sa main, passant de la joue de Charlie à son cou. De son cou à son épaule. De son épaule à son dos, doucement. Il trouve rapidement la fermeture éclair de la robe et la fait glisser lentement. Une fois la robe ouverte, il glisse doucement sa main en-dessous caressant avec plaisir la peau douce de la canadienne, oubliant cette fois encore les quelques petites choses qui pouvaient lui être restées en tête, entrant dans le monde protégé et sensuel où il se trouve à chaque fois que Charlie et lui font l’amour…

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