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 [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.

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Brogan
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MessageSujet: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Mer 30 Déc - 11:14

Les gens qui s’étaient inscrits pour la transe de la Banshee avaient rendez-vous sur le toit de l’Ecole. Un endroit qui n’était pas vraiment très fréquenté à cette époque de l’année, vu que la neige le recouvrait totalement et qu’il faisait terriblement froid à cette hauteur. Mais ce soir, quand les participants arriveraient, ils découvriraient que le toit avait été un peu aménagé. Une sorte de grand tapis était posé sur le toit, un tapis tout à fait normal, comme on aurait pu en trouver dans les salles de l’école. Un peu plus grand cependant, puisque tous les participants pourraient s’asseoir en cercle autour. Jena n’était trouvable nulle part… Quoi que ? Il y avait bien un lièvre, aussi blanc que la neige, assis dignement sur le bord du tapis. Ce lièvre salua chaque arrivant d’un simple signe de tête.

Ca aurait très bien pu être Jena… Sauf que Jena, sous forme animale, ne parlait pas.

« Bievenue à tous. »

La voix de l’animal était une voix étrange. A peine l’avait-on entendue, qu’on ne pouvait plus douter sur un point : on avait une créature en face de soi, et pas une tsigane qui vous révélait un de ses dons cachés. Brogan avait choisi de commencer par la forme animale histoire d’éviter que ses étudiants ne se jettent du toit une fois le cours fini. La voix des Banshees, quand on l’entendait sous leur forme de fée, était une voix tellement belle que certaines personnes un peu « faibles », ou un peu déprimées, pouvaient se suicider quand elles réalisaient qu’elles n’auraient sûrement aucune chance de la réentendre. Ca arrivait parfois. Plus souvent qu’on ne le croyait. Et Brogan n’était pas là pour prendre des risques.

« Je suis Brogan. Je serai votre professeur pour ce cours. Et pour commencer, j’aimerais que vous me disiez ce que vous savez sur les Banshees. »

Elle inclina la tête vers la personne qui était la plus proche d’elle, lui faisant signe de commencer.

[Trois semaines pour répondre !
Pour toute question, précision, mp ! (sur le compte de Jena s’il vous please).
Allez voir dans le carnet des créatures, il y a beaucoup de réponses dedans ! (votre personnage peut évidemment se tromper quand même !)
Bon jeu !]

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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Sam 2 Jan - 18:47

"Vous êtes des fées de la mort", répondit la personne en question, qui n'était autre que Nathanael. Assis sur le tapis, une de ses jambes à demi repliée sous lui, l'homme avait eu un léger mouvement de recul lorsque la banshee s'était penchée vers lui. Son daemon, allongé sur ses genoux, sortit sa langue avec un petit bruit de sifflement assez peu amène. le New-yorkais posa sa main sur le dos de Lazareus et serra légèrement le poing pour calmer le gros lézard à collerette. Ce n'était pas parce que la fée était sous une forme animale qu'il fallait qu'il lui prenne des envies stupides, comme de sauter à la gorge du petit mammifère.

"Vous pouvez la sentir ; et vous l'annoncez", ajouta-t-il en regardant le lièvre sans masquer une certaine réticence. Il avait grandi à Sywhaîd, bien sûr qu'il connaissait les banshees ; mais ce n'était pas pour autant qu'il allait se donner la peine de recracher tout ce qu'il savait à leur sujet. De même qu'il s'abstint de poser les questions qu'il nourrissait à leur sujet. A quel point "sentaient"-elles la mort ? Brogan savait-elle par exemple exactement quand lui mourrait ? Aurait-elle été capable de lui préciser la date exacte, s'il lui avait pris la stupide fantaisie de la lui demander ? Et entendrait-il son sinistre cri, quand le moment viendrait ?

Non, il ne ferait pas preuve de zèle ; il avait fait largement sa part du boulot, et détourna son regard pour le porter sur les autres participants du cours. Lorsque son regard croisa celui de cette chère Kennedy, Nath ne sembla ne pas la reconnaître.

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Tommie Moogle
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Dim 3 Jan - 11:39

En arrivant sur le toit de l’école pour son premier cours à Sywhaîd, Tommie ne s’attendait pas à ce qu’il se fasse sous l’enseignement d’un lièvre parlant à la voix aux échos hypnotiques. Elle savait que le cours serait donné par une Banshee mais n’avait aucune idée des pouvoirs de transformation de ses créatures. Elle n’avait d’ailleurs aucune idée de leurs pouvoirs tout court, à part, comme venait de le dire l’homme au daemon-lézard assis de l’autre côté du tapis, qu’ils avaient un lien avec l’annonce de la mort.
A vrai-dire, c’était Steamer qui avait insisté pour qu’ils s’inscrivent à ce cours. Les mots qui présentaient le cours lui avaient sauté aux yeux : Les participants subiront la transe de la Banshee. On lui offrait une vision d’une vie différente. Comment pouvait-il résister ? Tommie avait argué qu’ils n’étaient pas venus à Sywhaîd pour commencer tout de suite à regarder en arrière, mais Steamer avait riposté qu’elle lui devait bien ça. C’était vrai. Sans son daemon la jeune femme n’aurait jamais réussi sa Quête, alors elle avait accepté et ils se retrouvaient là, en face de cet être aux pouvoirs mystiques, sur le point de se ridiculiser parce qu’ils n’y connaissaient rien.

- Ce que je sais sur les Banshees, c’est ce qu’on m’en racontait pour m’effrayer quand j’étais enfant, dit-elle. On me disait que vous étiez des esprits désincarnés, ce qui visiblement n’est pas le cas, et que quand une mort était proche, vous veniez visiter la maison et vous poussiez un cri, le cri de la Banshee, qui pouvait exercer une fascination morbide sur les humains. Ça, je ne sais pas si c’est vrai ou faux. Ça résume toutes mes connaissances.

Elle sourit d’un air d’excuse, détourna les yeux de Brogan et reporta son regard sur les autres participants, à qui elle s’était très rapidement présentée avant que le cours ne commence.
Steamer s’était posé sur l’un de ses genoux et un observateur attentif pouvait distinguer le mouvement rapide de sa queue, son museau qui frétillait d’impatience en perspective du saut dans l’inconnu.

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Léola Velvethone
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Lun 4 Jan - 19:26

Léola fronça légèrement les sourcils, essayant de se souvenir de ce qu'elle avait lu à la bibliothèque, avant le cours.

- Mise à part la panoplie Bugs Bunny, vous avez à votre disposition un catalogue de différentes apparences, finit-elle par ajouter en croisant les jambes. Et votre aspect habituel n'est pas celui-là.

Bon, d'accord, ça paraissait évident. Quoique...
La jeune femme avait mis un temps respectacle avant de "tilter" que le lièvre assis en face d'eux était précisément une Banshee. Son pauvre cerveau fatigué n'avait fait le rapprochement qu'à partir de l'intervention d'un type froid, avec un gros lézard comme daem... Léola tourna la tête vers le reptile, en pâlissant légèrement, puis considéra sa propre moitié durant une fraction de seconde, juste assez pour constater que Strictwise faisait tête basse. Le renard lui avait dit que l'informateur dont il tenait l'infidélité de Claude était accompagné d'un iguane, non ?

Suffisamment maîtresse d'elle-même pour éviter d'amuser la galérie avec des mimiques effarées et torturées, l'étudiante s'obligea à cesser de dévisager l'homme au lézard, et à rendre à sa position la légitime décontraction qui était la sienne. Elle était à un cours, pas à un procès - ce qu'elle ne manqua pas de signifier d'un geste à son daemon, qui tenait apparemment à s'expliquer. Ils en parleraient plus tard.

Pour l'heure, elle reporta son attention vers le lièvre qui, vraisemblablement, allait animer le cours. Un court silence s'était installé, de ceux qui suivaient habituellement les interventions des élèves du jour, et permettant de s'assurer que chacun s'était exprimé à loisir.
Léo, elle, observait l'animal. Elle avait pensé que Jena se joindrait à eux, comme pour n'importe quel événement impliquant une créature. Ceci dit, elle était peut-être en retard, mais, quoiqu'il en soit, ça laissait sans doute place à une déduction facile :

- Et vous ne représentez pas vraiment un danger. Je veux dire, malgré votre réputation ou quoi.

Dieu merci. Ils étaient sur un toit.

Léola posa ses paumes à plat sur le sol, quelques centimètres derrière elle, et s'y appuya d'un air fatigué.

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Kennedy Clayton
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Mar 5 Jan - 10:45

« Faux. » répondit Kennedy avec un sourire sensé adoucir un peu cette contradiction mais la californienne n’était pas la personne la plus douée pour ménager ses contemporains, ce sourire radieux pouvait aussi donner une impression de moquerie ou, au mieux, de légère condescendance, ce qui n’était pas le cas évidemment mais que voulez-vous, quand une belle femme comme Kennedy Brooks vous contredisait avec un grand sourire, on avait parfois tendance à avoir des penchants paranos dans notre analyse. « Les banshee ne tuent pas les gens, pas directement, elles sont des annonciatrices de mort. Mais sous leur forme de base, elles peuvent tuer d’une simple parole. Leur voix est très dangereuse, j’imagine que c’est pour ça que Brogan est sous une forme animale. »

Kennedy sourit au lièvre immaculé. Le toit était un des endroits préférés de la californienne, elle y avait déjà rencontré Brogan, une fois, et avait résisté à sa voix, même si elle avait bel et bien senti sa puissance. Les Banshee étaient proches de la mort et donc, d’une certaine façon, proche de la divination. Cet art était souvent lié aux défunts, aux esprits, au monde des morts en général. Pas pour rien si l’animal zoomorphique de Kennedy de premier cercle était un magnifique cygne, l’animal celte du lien entre le monde des vivants et celui des morts. Un animal qui avait, dans la tradition celtique, à peu près le même rôle que les banshee.

Assise sur la couverture, Kennedy avait continué à beaucoup réfléchir à sa participation au cours, même alors que le lièvre avait déjà pris la parole et que Nath lui répondait. Elle avait failli partir, quand Tommie, qu’elle ne connaissait pas, avait répondu à la suite. Mais quand Léola avait pris la parole, elle avait compris que sa décision était prise. Oui, elle voulait faire cette transe. Elle avait besoin de voir, se savoir ce que sa vie aurait été si elle n’avait pas fait le même choix. Si elle s’était accrochée à sa carrière au lieu de venir à Sywhaîd. Elle en avait besoin pour pouvoir faire un trait dessus. Kay était comme ça, elle avait besoin d’affronter les choses pour pouvoir les dépasser, c’était sa façon de faire.

« Mais j’imagine que pour faire la transe tu vas avoir besoin de tous tes pouvoirs. » ajouta-t-elle en direction de la banshee en question. « Donc tu vas devoir revenir à ta forme humaine, en prenant le risque que l’un de nous ne soit pas assez fort pour le supporter. »

Avec un regard plein de défi, elle tourna un sourire moqueur vers Nath. N’importe qui en la voyant faire ça aurait pu croire qu’elle détestait réellement l’homme, pour le mettre aussi visiblement sur la sellette. En réalité, ça n’était pas aussi simple, mais Kennedy et Nath aimaient à s’envoyer des vannes, à se défier, et Kay n’était pas du genre à abandonner ses petits plaisirs simplement parce qu’il y avait des spectateurs, spectatrices en l’occurrence.

« Ah et aussi, les banshee sont omniscientes. Elles savent tout d’une personne, j’imagine que c’est ce pouvoir-là qui sera utilisé pour la transe ? »

Kennedy commençait à être pas mal spécialiste des visions du futur ou de ce genre de choses, pourtant elle n’avait pas vraiment étudié la transe de la banshee, préférant apprendre au cours, une méthode plus sywhaîdienne d’une certaine façon.

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Brogan
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Mar 5 Jan - 11:05

Le lièvre hocha brièvement de la tête à la fin des paroles de la dernière participante. Avant de répondre tout à fait à ce qui avait été dit, elle dit :

« Dans le sac qui se trouve à côté de moi, il y a des fioles, ce sont des potions permettant de ne prendre aucun risque avec ma voix. Je vais avoir besoin de la puissance de cette dernière pour vous faire entrer dans votre transe, donc prenez ces potions, histoire qu’on évite les accidents. »

Elle attendit que les étudiants se servent puis, en attendant que la potion ne fasse effet, expliqua :

« Globalement, vous avez plutôt bien décrit les banshee. Nous annonçons la mort par notre cri, le keening. Ce dernier est normalement réservé à une famille à laquelle nous nous attachons, mais certaines banshee très anciennes finissent par s’attacher à un lieu, quand leur famille n’existe plus. C’est ce que j’ai fait. Depuis plusieurs siècles, j’annonce aux sywhaîdiens leur mort. Le keening est entendu pendant la nuit, en général aux alentours du milieu de celle-ci, et annonce une mort imminente, une semaine de délai est le maximum, en général la mort arrive moins de vingt-quatre heures après avoir entendu le cri. »

Son regard animal croisa rapidement celui de Nath. Les Banshee savaient tout des gens qu’elles rencontraient, Brogan savait donc que l’homme était mourant.

« Nous ne savons pas à l’avance quand les gens vont mourir. » ajouta-t-elle, sans regarder Nath mais répondant bien à la question qu’il n’avait pas osée poser. « Nous sentons que nous allons crier seulement dans le jour qui précède le cri, et nous ne savons pas pour qui nous allons le faire avant que le keening ne soit poussé. »

Elle fit une pause. Parler de la mort n’était pas quelque chose de facile pour les humains, et Brogan le savait. Pour les laisser assimiler tout ça, et comme la potion avait eu le temps de faire effet, elle se transforma. Une sorte de lumière irradia du lièvre, une lumière blanche, et lorsqu’elle se résorba, il y avait une femme à la place. Une femme blonde au physique doux et romantique, habillée d’une sorte de robe fluide aux couleurs pâles. Même si elle était tout à fait tangible, contrairement à certains autres moments, sa peau était un peu trop brillante pour qu’on puisse la prendre pour une humaine. Quand elle parla, sa voix était douce, mélodieuse, et pleine d’un pouvoir qui, malgré la potion, ne passerait pas inaperçu. La potion permettrait aux participants de ne pas sentir le manque de cette voix trop fortement, elle ne les empêchait pas d’être fascinés par elle. Borgan inclina la tête, elle flottait doucement au-dessus du sol, et sourit avant de continuer de cette voix fascinante.

« Les banshee savent tout d’une personne qu’elles rencontrent. Il est impossible de nous mentir. Enfin, nous ne croyons pas les menteur, même si vous pouvez toujours essayer. Nous apparaissons quand les gens nous appellent, ou quand nous sentons une détresse particulièrement forte. Nous annonçons la mort, mais nous ne sommes pas particulièrement heureuses de le faire. La mort nous semble naturelle, et nous accompagnons les gens dans leur mort pour essayer de faire en sorte que tout se passe le mieux possible. Ca n’est pas un travail facile, les banshee ont souvent été détestées à cause de leur rôle dans le cycle de la vie. »

Elle sourit doucement, visiblement peu touchée par cette haine, ou décidée à la pardonner.

« La transe de la banshee vous permettra de voir comment votre vie aurait été si vous aviez fait un autre choix. Avant tout, vous devez énoncer à haute voix ce choix que vous voulez changer, et dans quelle mesure vous voulez le faire. Une fois que vous l’aurez dit, il n’y aura plus de retour en arrière, c’est comme un contrat passé avec moi, donc réfléchissez-bien, une fois la vision lancée, vous devrez aller jusqu’au bout, quoi que vous voyiez. »

Elle n’avait plus rien à ajouter, elle attendit donc que le plus courageux des participants parle le premier.

[Trois semaines de nouveau, comme ça on aura tout le temps pour la transe en elle-même, surtout si, encore une fois, vous répondez plus vite ! (merci de cette rapidité d’ailleurs !)
Votre personnage doit dire le choix, et dire quel choix il aimerait avoir fait à la place (du genre « j’ai décidé de manger une tomate ce midi, j’aimerais voir ce que ma vie aurait été si j’avais choisi de manger une carotte ». Enfin, évidemment, j’imagine que ça sera un peu plus compliqué huhu.
Pour toute question, précision, mp ! (sur le compte de Jena s’il vous plaît !)
Bon jeu !]

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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Sam 9 Jan - 22:49

Mais Kennedy ne reçut aucune réponse à son sourire moqueur ; Nath se contenta de continuer de la regarder froidement, l'espace d'une seconde, avant de détourner le regard avec indifférence. Non, il ne tenait pas à ce qu'elle établisse d'affinité avec lui, surtout pas sur ce toit. Il n'aurait même pas dû la regarder, après tout, il y avait un sympathique lot de jolies nanas, même avant que la banshee ne retrouve sa forme initiale, pour qu'il puisse se rincer l'œil sans avoir besoin de la californienne pour se faire.

Hey, cette blonde, là, d'ailleurs... à voir la réaction de Laz, c'était la fameuse blonde du polygame, la fameuse... Il n'était pas physionomiste, probablement parce qu'il ne s'intéressait pas suffisamment aux gens qui gravitaient autour de lui pour retenir les traits de leur visage, mais là, il ne pensait vraiment pas se tromper. Il sourit. La brunette avait l'air candide ; c'était charmant. Laquelle des deux aurait pu se jeter par le toit, a priori ? Oh, sans doute la blonde, elle devait avoir le cœur brisé, non ? Elle l'aurait bigrement déçu, si elle n'avait pas été romantique. En tout cas, il était prêt à parier que Kay n'aurait pas sauté ; elle était trop terre à terre pour ça, sans mauvais jeu de mots. Tout en ayant une vraie vie d'héroïne tragique, voire épique, d'ailleurs, mais il lui aurait justement fallu quelque chose de plus "brillant" que de simplement... sauter d'un toit.

Lui non plus ne sauterait probablement pas ; oui, c'était facile de s'en persuader avant coup, mais, objectivement, s'il avait dû se suicider, il l'aurait déjà fait. Il se serait épargné la peine du voyage jusque dans cette lande glaciale. Le mal de mer. Les joies de la Quête. En dépit de son cynisme quasi permanent, il aimait terriblement la vie, avant même d'avoir appris qu'il la quitterait prématurément.

Oui, la banshee, tu pouvais le regarder dans les yeux ; tu pouvais lire en lui, tu pouvais sentir sa détresse, son refus total de partir. Tu pouvais deviner les questions qu'il ne posait pas, mais toi non plus tu ne savais pas quand ça arriverait. Nath ne savait pas s'il devait en être heureux ou déçu, et dut en conclure qu'en vérité, cela ne changeait rien. C'était comme ça. Il n'était pas fan de l'idée qu'on lise en lui comme dans un livre ouvert, mais, de une, ce n'était pas une surprise, et de deux, il était le premier à affirmer qu'il n'avait rien à cacher. Cela ne le dérangeait pas de dire qu'il était mourant, qu'on le regarde avec pitié : c'était une raison supplémentaire de les mépriser en retour.

Bon, sur ce, on en était où ? Une potion ; encore une... décidément, il y en avait pour tout. Ces soi-disant économes Sywhaîdiens n'étaient pas les derniers à se biturer à tout et n'importe quoi. Mais soit ; quand il assistait à un cours, Nath réalisait ce qu'on lui demandait de faire, ou s'il en avait assez, il partait. Hop, cul sec. Mmh, pas dégueu, son truc ; effectivement, ça semblait rendre... un poil plus optimiste, un peu comme une petite ancre logée dans la poitrine, pour les retenir de faire des choses stupides. Un goût de miel, de fleurs, et de menthe.

Il eut la tentation de jeter le verre derrière lui, à la russe, mais songea qu'avec un peu de chance, il atterrirait sur le crâne d'un malchanceux... et il n'était pas crétin à ce point. Il le posa à côté de lui, dans les graviers du toit.

"Bon, prem's. Ça m'intéresserait d'voir c'qui s's'rait passé si j'avais pas tout laissé pour v'nir sur Sywhaîd."

Cela promettait d'être distrayant. Nath était intimement convaincu d'avoir fait le meilleur choix, ou, en tout cas, le moins pire.

Il leva la main, et jeta un regard circulaire, narquois, sur l'assemblée.

"Qui d'autre ?"

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Kennedy Clayton
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Mer 13 Jan - 11:16

Il y eut un petit moment de flottement, visiblement les autres participantes du cours essayaient soit d’être sûres qu’elles avaient fait le bon choix en venant à ce cours, soit essayaient de formuler parfaitement leur envie, histoire d’éviter les mauvaises surprises. Quelques secondes de flottement plus tard, donc, ce fut un raclement de gorge qui répondit. Kennedy, encore elle, sourit à pleines dents quand tout le monde eut tourné son attention sur elle. Elle avait un sourire typiquement californien, chaleureux, plein d’une sorte de gentillesse adorable. Bien sûr, Kay pouvait être une vraie peste, mais elle était quelqu’un de plutôt gentil au fond, et son sourire le montrait. Elle posa la fiole de potion qu’elle avait gardée en main pendant tout le temps où la Banshee avait continué son explication, sous forme humaine, en jouant avec un peu nerveusement. Mais cette fois, elle était décidée. De toute façon, elle ne serait pas montée sur le toit si ça n’avait pas été le cas.

« Je voudrais voir ce qu’aurait été ma vie si j’étais restée à L.A., plutôt que de suivre ma vision pour aller à Sywhaîd. » dit-elle, puis ayant l’air de se rappeler de quelque chose : « S’il te plaît. »

Elle sourit à Brogan. Kennedy était quelqu’un de particulièrement poli, c’était une sorte de réflexe conditionné. Elle tourna ensuite la tête vers ses deux autres camarades d’un jour, attendant avec assez d’impatience de savoir ce qu’elles voulaient voir. Elle venait de dire devant de parfaites inconnues, et Nath (ahem), qu’elle était venue à Sywhaîd à cause d’une vision… Ce qui était quelque chose qu’elle avait du mal à avouer en temps normal. C’était un peu trop… bizarre. Mais il faut dire, même si elle ne le précisa pas, que la vision en question la harcelait complètement. Et qu’à l’époque, ses visions étaient plus douloureuses que maintenant. A chaque fois, elle avait l’impression de mourir et se retrouvait avec la tête explosée pendant plusieurs jours. Sa vie était déjà presque arrêtée à ce moment-là, elle n’avait pas eu beaucoup d’autre choix que d’aller à Sywhaîd. Du moins c’était ce qu’elle avait pensé à l’époque. Pourtant, une petite voix lui disait que si elle avait pu apprendre à contrôler son don ici, malgré tous les évènements, c’était bien qu’elle aurait pu le faire tranquillement à L.A. aussi, non ? Et peut-être, oui peut-être !, avoir finalement cette carrière et cette vie dont elle avait rêvé ?

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Tommie Moogle
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Mer 13 Jan - 13:06

Avant d’avaler la potion, Tommie lança un nouveau regard à Steamer, à mi-chemin entre l’agacement et la compassion. La substance la fit frissonner, et son corps encore peu habitué à la magie sentit peu à peu son pouvoir s’installer en elle. Elle se sentit soudain plus paisible. Ses inquiétudes ne disparurent pas mais c’était comme si elles n’étaient, après tout, pas si importantes.
Les trois personnes qui partageaient le cours avec elle lui inspiraient des sentiments mitigés et aucun, à part peut-être Léola, ne lui paraissait sympathique au premier abord. Mais de toute façon, elle n’était pas là pour lier connaissance puisqu’elle ne devait sa présence à ce cours qu’à l’égoïsme de Steamer, songea-t-elle avec un brin d'amertume.
Quand Brogan se transforma et se remit à parler, Tommie se massa un instant les tempes pour reprendre contact avec elle-même et se détacher de la fascination de la voix de la créature. La potion avait bien fait son effet, et si elle entendait parfaitement ses paroles, c’était comme si elles lui parvenaient d’un endroit lointain.
Puis la Banshee se tut et se fut à eux de parler. Les interrogations de Nathanael et Kennedy avaient toutes deux trait au choix qui les avaient poussés à venir à Sywhaîd, mais… wow, stop, est-ce que Kennedy venait de parler de visions ? Comme dans « médium » ? En d’autres circonstances, Tommie se serait posé beaucoup plus de questions là-dessus, mais elle était sur un toit en train de suivre un cours animé par une Banshee qui cinq minutes plus tôt avait l’apparence d’un lièvre, alors elle n’y prêta qu’une attention limitée.
Tommie fit bouger son genou où se trouvait toujours Steamer, et lui signala mentalement qu’elle attendait que ce soit lui qui réponde à la question de Brogan. La petite gerboise secoua la tête d’un air qui voulait dire : « Tu sais parfaitement ce que je veux savoir. Réponds, toi. »
Tommie soupira, tourna les yeux vers Brogan et déclara d’un ton neutre, se fiant aux pouvoir d’omniscience de la Banshee :

- Je veux savoir ce qui se serait passé si Luke n’était pas parti.

Steamer lui lança un regard reconnaissant qu’elle ignora. Elle inspira profondément, joignit ses mains. Elle s’attendait à ce que ça fasse mal.

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Léola Velvethone
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Lun 25 Jan - 22:44

[Navrée d'avoir entamé ce beau rythme ^^ "J'a fait comme c'que j'a pu."]

Léola attrapa une fiole avec un sourire sec. Ne pas se vexer inutilement. Telle était la tâche que lui avait recommandée un médecin, après son hospitalisation - effets secondaires à retardement, disait-il. Elle penchait plutôt, dans le cas présent, pour une saturation niveau remarques hautaines et tons supérieurs employés à son encontre.
Que ce soit Kennedy, qu'elle ne connaissait que pour avoir suivi un de ces cours et l'avoir tout au plus croisée, qui l'eût reprise de cette façon cassante, n'avait rien pour la rendre aimable. Un jour ou l'autre, elle allait finir par choisir de n'assister qu'aux ateliers dont elle savait déjà tout, histoire de se donner une image de miss Parfaite, à l'instar d'une certaine spécialiste en MC infiniment plus douée qu'elle. Naturellement.

Dédiant un bref effort à la dissimulation de son amertume, elle avala la potion d'un air distrait, sans prêter une quelconque attention à ses effets.
Elle frissonna en écoutant la voix mélodieuse de Brogan les entretenir d'omniscience et de mort. Que de joyeuses thématiques. Strictwise s'agita.

- J'ai quitté l'Angleterre, énonça-t-elle d'un ton morne, une fois que vint son tour.

Elle ne l'avait jamais caché, mais l'information n'était pas capitale. La jeune femme avait pris l'habitude de ne pas étaler sa vie antérieure à Sywhaîd, même en compagnie de personnes qu'elle appréciait. Bien qu'elle appartînt à la catégorie, certes réduite, des Sywhaîdiens dépourvu de lourd passé, elle respectait la règle tacite - et inutile pour sa part - de la Noble Lande.
Léola réajusta un pli de son pull.

- Et je voudrais savoir ce qui se serait exactement passé si j'avais décidé de ne pas chercher ma mère biologique, si ça va.

En même temps, ça passait encore. Elle ne cassait pas trop l'ambiance cérémonieuse, si ?

Chacun semblait, selon la logique, opter pour un choix dont il ignorait la portée. Du moins, c'était ce qu'elle supposait.
En revanche, elle n'attendait qu'une confirmation, lui assurant, si possible, qu'elle s'était dirigée vers la bonne alternative. Elle n'était pas venue pour une révélation tragique de sa non-destinée.

En fait, ça aurait pu être marrant de demander quelque chose de débile, genre "si j'étais pas venue au cours, vous croyez que j'aurais fini mon Rubik's ?"... N'importe quoi.
Léo secoua imperceptiblement la tête. Ses blagues à deux balles ne la faisaient même pas rire.
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Mer 27 Jan - 21:15

[C’est bon, t’étais quand même dans les temps ^^ ]

Brogan ne fit aucun commentaire. Au lieu de ça, elle se contenta de hocher la tête sobrement, deux fois, puis s’éloigna d’un pas léger et flottant.

« A présent, faites un cercle, en vous donnant tous la main. » dit-elle de sa voix fascinante.

Elle sourit doucement, et pas vraiment joyeusement, avant de hocher la tête pour pousser les participants à exécuter ses consignes sans discuter. Une fois que ce fut fait, elle ajouta :

« Fermez les yeux. Détendez-vous. »

On aurait presque pu croire qu’elle allait faire une petite séance de spiritisme, ou qu’elle allait leur apprendre à faire du yoga. Mais il y avait quelque chose d’un peu trop profond dans sa voix, d’un peu trop puissant aussi, pour qu’on puisse vraiment faire l’analogie. En réalité, on aurait dit qu’elle allait faire un acte de magie très important. Ce qui était le cas.

Elle passa derrière chacun des participants, doucement, tour à tour, et déposa simplement sa main fraîche et légère sur le haut de leur tête. Quand elle le faisait, la personne qu’elle touchait avait comme une sensation soudaine de froid puis, plus rien. Il suffisait de ce simple contact pour que la personne entre dans sa transe…

[Alors, voilà, le vif du sujet !
Votre personnage va commencer par voir le moment où il fait son choix, et il se verra donc prendre l’autre décision. Ensuite, il verra des extraits chronologiques de sa vie, et ça pourra tout à fait dépasser l’âge qu’il a maintenant, allez même jusqu’à ses 90 ans si ça vous tente.
Il ne peut pas intervenir, il n’est pas présent, il « voit » juste, comme un rêve ou un film.
Pour toute question, précision, mp !
Vous avez jusqu’à la fin de saison pour répondre !
Bon jeu !]

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Kennedy Clayton
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Sam 6 Fév - 12:06

Les yeux fermés, Kennedy attendit d’entrer dans sa transe. Elle avait tellement l’habitude des visions que, maintenant, elle finissait par ne même plus vraiment angoisser avant d’entrer dedans. Pourtant, elle avait des raisons d’angoisser, depuis qu’elle était à Sywhaîd aucune de ses transes ne s’était passée comme elle l’aurait dû, à cause des interférences de son don. Mais elle n’y pensa même pas, ça n’était pas le genre de Kennedy de trop penser aux choses sur lesquelles elle n’avait aucune prise, elle avait vite appris qu’il valait mieux ne pas essayer de tout contrôler si on voulait être un minimum heureux.

Elle sentit soudain une sensation de froid et… Plus rien. Du noir. Quelques secondes de noir dense, profond, et un nouveau changement.

Elle vit la scène à laquelle elle s’était attendue. Kennedy était quelqu’un de très lucide, elle se connaissait très bien. Elle savait donc à quel moment précis elle avait pris sa décision, et savait que c’était là qu’elle allait se retrouver. Le décor ne l’étonna donc pas le moins du monde. Ni même ce qu’elle pouvait voir, bien qu’elle n’ait jamais vu cette scène de l’extérieur, comme ça, comme si ça avait été filmé par quelqu’un. Se voir soi-même au centre de la pièce, lovée dans un canapé, enroulée dans une sorte de plaid violet un peu mité, c’était relativement perturbant, et ça l’aurait sûrement beaucoup plus surprise si elle n’avait pas eu tellement de visions et de transes ces dernières années. Côté bizarreries, elle avait vu pire.

Elle avait plusieurs années de moins mais on ne voyait pas vraiment la différence. En trois ans, Kennedy n’avait pas beaucoup changé. Elle était habillée d’une jolie jupe courte, gris perle, et d’un débardeur pourpre. Enfin, elle savait que c’était le cas, parce qu’elle s’en souvenait, c’était une de ses tenues fétiches pour les auditions. Mais cette tenue n’était pas visible, puisqu’elle était enroulée dans son vieux plaid, sur son vieux canapé mité. Autour d’elle se trouvait l’appartement. Ou plutôt, la pièce unique dans laquelle elle avait vécue à L.A. Une pièce mitée, au papier peint passé, au sol recouvert d’une moquette tachée et piquée (elle en avait découpé un morceau pour voir ce qui se trouvait en dessous mais elle n’avait trouvé qu’un sol en ciment moche, et avait remit le buffet par-dessus le trou dans la moquette). Une vague plaque de cuisine, un évier, un canapé dépliable en lit (qui lui avait collé un mal de dos récurrent, elle qui n’avait jamais eu de problème de ce côté-là)… Une petite pièce où se trouvaient toilette et douche… Bref, c’était un petit appartement miteux d’un quartier qui ne l’était pas moins.

Oh n’allez pas croire que Kennedy se sentait nostalgique en voyant cet appart. S’il y avait quelque chose qu’elle n’avait pas regretté, même aux pires moments de sa vie écossaise, c’était bien cet appartement. Les douches y étaient aussi froides que celles de Sywhaîd aux pires moments, l’eau était régulièrement trop maronnasse pour qu’elle ose l’utiliser… Et elle passait son temps avec une bombe lacrimo dans son sac, au cas où, un cas où qui avait eu lieu à plusieurs reprises. Non, Kay n’avait pas aimé cet appart, et le revoir ne lui fit ressurgir aucun sentiment inattendu.

Elle était de toute façon bien plus intéressée par ce qu’elle observait. Elle se souvenait des pensées qui l’avaient submergées ce jour-là. Alors qu’elle était à une seconde audition pour un rôle dans une série, une chance comme elle n’en avait pas eue depuis un moment, une vision l’avait assaillie et elle s’était effondrée en hurlant des mots incohérents. Comme d’habitude, elle avait dit avoir des crises d’épilepsie, mais elle avait bien vu que ça n’avait pas plu aux producteurs… Ca n’était pas vraiment la chose qu’on attendait d’un second rôle… Elle se vit soupirer. Ah. Là elle venait d’admettre qu’elle n’aurait pas le rôle. Elle pouvait encore se souvenir de la douleur de cette lucidité. Parfois, elle aurait vraiment aimé être la fille écervelée pour laquelle on l’avait souvent prise. Comprendre ce qui se passait autour de soi avec une telle précision était souvent beaucoup trop douloureux.

Elle se vit se pencher pour prendre sa tasse de café. C’était la seule chose qui calmait un peu la migraine. Oh ça n’était pas un remède miracle. A l’époque, quand elle avait une vision, elle était incapable de sortir de chez elle pendant plusieurs jours. Elle se vit porter la tasse à ses lèvres et se souvint du courage qu’il lui fallait pour avaler un café, alors que tout son corps rejetait l’idée même de nourriture. Comme quoi, les choses s’étaient arrangées, un peu. A présent, elle avait beaucoup moins de migraines. Elle n’en avait en fait que lorsqu’elle avait des visions très importantes et imprévues, ce qui était de plus en plus rare. Sywhaîd lui avait au moins apporté ça.

« Sywhaîd… »

Elle venait de murmurer ça, entre deux gorgées, le regard dans le vide. Les stores étaient à moitié baissés et elle était dans une semi-pénombre plutôt agréable. Elle soupira. Puis reposa sa tasse.

« Non. Non. C’est hors de question. »

Voilà. Ca changeait. Elle le sentait. Elle avait dit exactement la même chose à l’époque. Mais elle l’avait dit avec beaucoup moins de conviction. Elle avait essayé, vraiment, de lutter, mais elle avait abandonné, et avait commencé à réaliser qu’il faudrait qu’elle aille à Sywhaîd si ses visions ne s’arrêtaient pas. Cette fois-ci, elle ne semblait pas du tout au même stade. Elle soupira. Et secoua la tête, malgré la migraine, ce qui la força à serrer les dents.

« Je ne te laisserai pas gagner. » cracha-t-elle. Et Kay savait que son double parlait de ses visions.

Elle n’avait jamais dit ça en vrai. Ce qui expliquait sûrement pourquoi elle se retrouvait de nouveau dans le noir. La première vision était finie. Le choix avait été changé. Un frisson d’excitation la parcourut. Qu’allait-elle voir maintenant ?

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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Mer 10 Fév - 22:30

Nath n'avait pas peur non plus. Il avait toujours mené sa petite vie comme il l'entendait, sans craindre de se jeter dans l'existence plutôt deux fois qu'une, d'assumer totalement ses choix. Il avait des regrets, comme tout le monde : celui de ne pas avoir fait carrière dans la musique, par exemple. Mais au moins, il ne pouvait pas dire qu'il n'avait pas essayé. Alors faire une transe, pas de problème, non, d'autant que la voix de la banshee était extraordinairement envoûtante. Effectivement, si elle leur avait dit de se jeter du haut du toit, peut-être bien qu'il aurait au moins avancé d'un ou deux pas. Mais elle se contenta de leur demander de fermer les yeux et de poser sa main sur sa tête. Il sentit comme un frisson dégouliner de son crâne chauve, à la fois glacé et doux comme un ruban de velours.

Lui non plus ne fut pas surpris par l'endroit où il se trouvait. En revanche, il eut un léger mouvement de recul en découvrant le visage de la secrétaire médicale ; elle avait un gros visage bouffi, pustuleux, encadré par des mèches de cheveux couleur carotte. Elle le regardait d'un air proprement terrifié, tout en lui tendant l'écharpe de soie qu'il avait oubliée. Sa laideur ne l'avait pas frappé, sur le coup ; il était probablement trop préoccupé par... eh bien, le fait qu'il venait d'apprendre sa mort à plus ou moins brève échéance, peut-être ? Il eut envie de lui sourire avec toute la cruauté dont il était capable, histoire de voir si le teint grêle de la femme pouvait encore pâlir un peu.

Mais il se vit récupérer l'écharpe, et faire volte-face, Lazareus perché sur son épaule. A l'époque, le lézard semblait encore en parfaite santé, et il avait de quoi, somme toute, en effrayer plus d'un. Le taxi le remarqua trop tard pour refuser la course : il avait déjà ouvert la porte arrière. Il ne lui restait plus qu'à espérer que la course serait courte.

"New York ; Lasalle Street", s'entendit grommeler Nath là où il avait autrefois dit "Kennedy airport". Pas de fuite, cette fois, pas d'échappatoire. Maladie incurable ou pas, il rentrait chez lui. Chez Lorraine. Bordel de merde, ça nous promettait bien du plaisir.

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Tommie Moogle
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Jeu 11 Fév - 23:50

Le contact de la main de Brogan sur sa tête fit sursauter Tommie, et elle fut prise d'un frisson. Elle eut à peine le temps de se dire qu’elle était trop nerveuse avant que le noir ne l’attrape, mettant fin à toutes ses inquiétudes, à toutes ses pensées.
Et tout d’un coup la lumière revint et elle se réveilla. Enfin, pas vraiment. Elle se vit se réveiller, comme si elle était en pleine projection astrale. Elle n’était pas sur le toit de l’école, mais dans son lit, là-bas à Edimbourg. Le radio-réveil indiquait huit heures du matin, Luke n’était pas à côté d’elle, et elle se savait éprouver en ce moment même les symptômes de la pire gueule de bois qu’elle ait jamais connu. La scène avait eu lieu à peine plus de trois mois plus tôt.
Elle se vit se redresser lentement dans les draps, se passer les mains sur le visage, chercher instinctivement la présence de Luke à côté d’elle et se lever. La démarche titubante, elle passa la robe de chambre posée sur le dossier d’une chaise et gagna le salon. Aussitôt Tommie se retrouva elle aussi au salon, sans aucune transition, un peu comme si elle regardait un film découpé en plans. Luke était là, assis dans son fauteuil fétiche, silencieux, et fixait une tasse de café posée devant lui qu’il n’avait pas touché. Elle se vit lui jeter un coup d’œil, puis saisir la cafetière et se verser un mug entier. Elle en avala une gorgée et grimaça.

- Tu as dormi, un peu ? demanda-t-elle à Luke en s’appuyant au bord de la table.

- Pas vraiment, répondit-il sans la regarder. J’ai réfléchi.

- Alors là, je te félicite
, fit Tommie en riant. Moi je n’y arrive pas encore, ça fait trop mal.

Il ne sourit pas. Avec le recul, Tommie pouvait comprendre qu’il ait eu matière à réfléchir, après cette soirée déjantée qu’ils avaient passé chez un de ses collègues du pub. L’effet de l’alcool et de l’herbe sur son esprit romanesque lui avait fait entrevoir des possibilités qu’il ne soupçonnait même pas. Il releva brusquement la tête vers elle. Le cœur de la vraie Tommie, celle qui assistait à la scène en spectatrice invisible, se serra.

- Tommie, je…

Ce fut alors que les choses partirent dans une direction différente. Alors que dans la réalité, Tommie s’était contentée de le regarder en attendant qu’il termine sa phrase, sans se douter de ce qu’elle allait signifier, cette fois-ci elle s’approcha de lui de son pas encore frêle, se pencha et l’embrassa.

- Chut, sourit-elle. Tu me raconteras plus tard. Tu sais ce qu’on devrait faire, pour l’instant ? Dégager d’ici et aller nous promener sur le port, pendant que nous sommes encore un peu saouls. Qu’est-ce que tu en dis ?

Luke la regarda en silence, longtemps, comme s’il cherchait quelque chose. Il parut le trouver. Son visage se fendit d’un large sourire.

- Attrape ton manteau, répondit-il. On y va tout de suite.

Tommie regarda son double et Luke s’habiller en se plaisantant mutuellement sur leur maladresse. Une réalité différente était sur les rails, la transe entrait dans sa phase la plus puissante. Lorsque les deux amoureux claquèrent la porte derrière eux, la vision s’évanouit aussitôt.

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Kennedy Clayton
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Jeu 18 Fév - 9:40

« Mhhh… Allô ? »

Elle était dans son lit. Enfin, dans son canapé-lit, et il faisait encore noir dans l’appartement. Kay se vit décrocher son téléphone et y répondre d’une voix endormie. Elle reconnaissait les restes d’une migraine énorme sur son double, elle avait les traits tirés, rien du teint frais qu’elle avait normalement au réveil. Et elle n’ouvrait pas les yeux, surtout, malgré sa conversation téléphonique.

« Oui, c’est moi. »

Sa voix était rauque. Cette scène était inédite, Kennedy en était sûre. C’était logique, après tout, elle avait observé le changement de direction. Elle était en train de se demander ce que cette vision pourrait bien lui montrer quand, soudain, elle se vit se redresser en position assise plus brusquement qu’il ne l’aurait fallu, et ouvrit les yeux.

« Sérieux ? »

La curiosité de la vraie Kennedy était piquée à vif, seulement elle n’arrivait pas à entendre la conversation. Elle dut donc ronger son frein tout en voyant un grand sourire apparaître sur le visage de son double. Elle semblait soudain avoir oublié ses restes de migraine, son sommeil et tout le reste. Elle rayonnait de plaisir.

« Oui bien sûr ! Cet après-midi ? Aucun problème ! Merci beaucoup ! »

Elle se vit sauter hors du lit et aller à l’ardoise sur laquelle elle notait, à l’époque, tout ce qui était important, tout ce dont elle devait se souvenir. Son double lui cacha l’ardoise en question pendant tout le temps où elle écrivait dessus, mais quand elle se dirigea vers sa petite salle de bain (une douche et c’est tout en gros), Kennedy put voir ce que son double avait écrit…

Citation:
Deuxième audition Night Watch, 15h30.




***



« Alors, il faudra juste une retouche au niveau du bas du pantalon, histoire d’éviter que ça remonte quand tu marches… »

Debout devant un miroir, Kennedy s’observait. Elle était entourée de tas de vêtements, sur des cintres, et portait une sorte d’uniforme de policier. Un essayage de costumes. Visiblement, elle avait eu le rôle, dans Night Watch. Cette série, Kay s’en souvenait. Elle avait auditionné pour, juste avant de partir pour Sywhaîd, mais avait fait une crise au beau milieu et avait imaginé qu’ils ne la rappelleraient jamais, malgré l’excuse habituelle de l’épilepsie. Et voilà qu’ils la rappelaient. En fait, ils l’avaient rappelée, sauf qu’elle était déjà en Ecosse et qu’ils avaient donc choisi quelqu’un d’autre pour le rôle de Harley Wallace, flic qui travaillait surtout de nuit dans la ville de Los Angeles. C’était une sorte de drama policier, dont le scénario du pilot était très prometteur. Kay y avait vu une vraie bonne série en devenir, et elle n’en avait été que plus déprimée quand elle avait loupé le rôle.

« On passe aux vêtements civils ? » proposa la couturière qui, aux pieds de Kay, venait de finir de poser des aiguilles pour la retouche.

Kennedy, la vraie, pu alors s’observer essayer un tas impressionnant de fringues. Harley était l’héroïne de la série, même s’il y avait de nombreux personnages. C’était elle qu’on voyait le plus à l’écran, elle qu’on suivait le plus souvent. Elle se devait d’avoir une garde robe conséquente. Elle était en nuisette, elle en avait essayé trois, mais la première était transparente et la seconde avait été rejetée par Kay elle-même parce qu’elle trouvait que ça ne collait pas au personnage (et on l’avait écoutée !), quand un homme arriva dans la pièce.

« Salut, je suis Pierce. Enfin, je vais jouer Pierce, c’est Alan en vrai. »

Il tendit la main, et Kennedy vit son double lui servir son plus beau sourire avant de lui répondre :

« Harley. Enfin, Kennedy en vrai, Kay si tu veux. »

L’homme était beau. Terriblement beau même. Grand, musclé, brun. En le voyant face à son double, Kay ne put s’empêcher de remarquer une alchimie physique visible à l’œil nu. Pas étonnant, vu qu’il avait été choisi pour jouer l’insupportable journaliste qui passait son temps à fouiner dans les affaires d’Harley, l’aidait parfois, puis en gros lui sauvait la vie et devenait sa relation amour/haine. Elle sourit intérieurement, voyant son double faire un gringue d’enfer à son futur collègue, elle n’avait visiblement pas perdu la main.

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Léola Velvethone
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Mar 2 Mar - 20:25

Obéissante, Léola ferma les yeux. Elle fit un effort pour les maintenir clos jusqu'au moment où elle sentit les doigts de la Banshee lui frôler l'arrière du crane et y répandre une sensation fraîche.

La transe débuta de façon peu surprenante. Sa chambre, à Londres, petite et lumineuse. Au bureau, son double, quinze ans, était penché sur un amas de paperasse éparpillée dans tous les sens. L'air fiévreux, cette Léola remuait les feuillets, en relisait un de temps en temps, examinait une photo, faisait mine de trier. Coincée entre ses genoux serrés, la corbeille à papiers flottait à vingt centimètres du sol.

Le double soupira, laissa tomber la liasse qu'elle tenait en main sur un buvard qui ne servait jamais, et murmura :

- Ou alors...

"... je laisse tomber et je fais comme s'ils ne m'avaient pas menti pendant treize ans", compléta la vraie Léola en pensées. Restait à savoir ce qui avait pu la faire changer d'avis. Elle n'avait jamais fait ses choix de manière vraiment rationnelle : la plupart du temps, c'était un petit détail, un objet sur lequel elle posait les yeux au dernier moment qui la faisait opter pour une décision tout autre.
Bon, elle ne croyait pas à la destinée : c'était sa distraction qui l'emportait. Du moins, avant l'arrivée de Strictwise.
Si elle se souvenait bien, dans ce cas-ci, elle s'était décidée sur...

Le double, reportant son attention sur les papiers épars, avisa une lettre postée à Paris et examina le timbre. C'est ça, c'était le timbre avec la Tour Eiffel qui l'avait décidée. The stamp's choice. Excellent titre.

À ce moment, on frappa à la vitre de sa chambre, et la jeune Léola se détourna de son courrier : une tête ébouriffée se profilait dans l'encoignure. Ah oui, Anaïs. Que diable faisait-elle là ?
La brunette, perchée sur le rebord extérieur de la fenêtre, exerça une pression de l'épaule sur le cadre en bois, poussa le battant et sauta à l'intérieur de la pièce. Ses cheveux, courts, virevoltaient de manière désordonnée - Léo se rappela qu'elle les avait coupés peu avant son départ.
Il y eut un soupir quelque part. Les deux adolescentes se fixaient, pareillement curieuses et hésitantes.

- Je te croyais en robe de bal rose bonbon, en train de distribuer des flûtes de champagne et des gâteaux à la crème sous le regard furieux de ton cher papa - qui n'a sans doute toujours pas admis que des cheveux puissent ressembler à ça, finit par dire la blonde en désignant les mèches chocolat.

Anaïs grimaça. Brièvement hébétée, l'étudiante plongée dans sa transe reconnut le tic dont elle avait écopé au cours des années suivant cette entrevue qui n'avait pas eu lieu.

- Justement, il l'a admis. Je me suis donc autorisée à faire le mur, précisa-t-elle pour plus de simplicité.

Oh. Ah. C'était donc bien Anaïs qui, sur un coup de tête, avait paré l'effet timbre.

Elle soupira intérieurement. C'était parti. Timbre désamorcé.

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Tommie Moogle
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Mer 3 Mar - 20:26

- Luke ? Je ne sais pas si tu as remarqué, mais ça fait dix minutes que tu es sur la même page.

Confortablement installé dans le canapé, son livre à la main, il leva les yeux vers elle comme si c’était une surprise d’entendre sa voix, resta immobile un instant et finit par sourire.

- Je me suis un peu laissé dériver, grimaça-t-il.

C’était un dimanche ordinaire, en début de soirée, comme ils en avaient déjà vécu des dizaines. Sauf que celui-ci, Tommie ne s’en rappelait pas, pour la bonne raison qu’il n’était jamais arrivé. Son double avait l’air un peu plus âgée qu’elle l’était à présent, d’un ou deux ans peut-être. Luke aussi avait vieilli. Les premières rides commençaient à s’incruster sur son front, mais curieusement cela renforçait son charme. Tommie eut un pincement au cœur.
Elle reporta son attention sur son double, qui luttait depuis quelques instants pour fermer le zip de chaussures compensées en cuir rouge qu’elle n’avait pas eu l’occasion d’acheter dans la réalité. Lorsqu’elle réussit enfin, elle saisit sa besace et la hissa sur son épaule. De toute évidence, elle se préparait pour aller travailler.

- A quoi tu pensais, cette fois-ci ? s’enquit-elle non sans malice à l’égard de Luke, qui avait reposé le livre sur le canapé et la regardait s’habiller, la tête légèrement penchée sur le côté.

Il haussa un sourcil comme s’il la jaugeait et répondit avec un mystère comiquement exagéré :

- Je pensais que nous devrions faire un pacte.

- Un pacte ?
répéta Tommie.

Luke hocha la tête et tapota la couverture du livre posé à côté de lui, un polar d’un auteur à la mode.

- C’est un type du boulot qui m’a conseillé ce bouquin, expliqua-t-il. Mais ce n’est pas très intéressant, alors je me suis mis à réfléchir à autre chose. Au boulot, justement. Nous le savions déjà mais c’est la première fois que je réalise avec autant de force que ni toi ni moi n’aimons ce que nous faisons.

- J’aime bien travailler à l’Oxford
, protesta Tommie. Bien sûr, ce n’est pas ce que je voudrais faire toute ma vie, mais… ça passe.

Elle reposa sa besace à côté d’elle, sentant qu’elle ne partirait pas avant que Luke n’ait fini de s’expliquer.

- Oui, ça passe, acquiesça-t-il. Mais est-ce que ça suffit ?

Tommie soupira, s’accroupit à côté de lui et posa ses mains sur ses genoux.

- Et si tu t’exprimais clairement, pour une fois ? proposa-t-elle. Où est-ce que tu veux en venir ?

- Je voudrais qu’on laisse tomber nos boulots et qu’on se consacre enfin à ce qui est vraiment important pour nous. Pour moi, ce serait enfin réussir à terminer un recueil, et essayer de me faire éditer. Pour toi...

- …vendre mes créations
, compléta Tommie. Oui, je pense que je peux y arriver.

La vraie Tommie en fut estomaquée. Jamais elle ne s’était entendue parler avec une telle confiance en elle, à croire que pendant ces quelques années fantômes qui s’étaient écoulées dans la vision, elle n’avait fait que prendre de plus en plus d’assurance. Luke sourit et lui tendit la main.

- Est-ce que c’est un pacte ?

Tommie le regarda un instant.

- C’est un pacte, répondit-elle en serrant sa main dans la sienne.

Ainsi donc, dans cette réalité altenative, Luke avait trouvé un autre moyen d’accomplir le changement nécessaire qui l’avait conduit à quitter Tommie ; et cette fois-ci, elle faisait partie du voyage.

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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Jeu 4 Mar - 21:57

"J'ai pensé qu'on pourrait s'faire une toile, ce soir... qu'est-ce 't'en dis ?"

Il était donc de retour chez lui. Apparemment, il n'avait pas profité du chemin du retour pour se foutre dans le décor ou faire une autre quelconque connerie du même genre. Pas bien surprenant, en même temps : Sywhaîd ou pas, il n'aurait jamais eu la bêtise, ou le courage, de se tirer une balle. Non, il aurait effectivement forcément échoué là, assis à cette bonne vieille table, devant ce petit lunch appétissant, préparé avec amour par Lorraine. Des œufs brouillés et des rollmops de little odessa, carrément la teuf. Et tout ça rien que pour lui, oui, puisqu'elle était végétarienne : il s'en souvenait, maintenant, à voir son assiette remplie de verdure aux relents de chou trop cuit.

"Tu... t'as pas dit un mot, depuis qu't'es rentré... tu es sûr que ça va ?"

Il se vit engloutir une tranche de hareng roulée, attrapée du bout des doigts, avec négligence, et ne put s'empêcher de saliver. En même temps, à choisir, qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné pour un bon coca et un paquet de frites grasses du Mac Do du coin. Et Lorraine qui le regardait s'empiffrer sans paraître même dégoûtée... bon sang, qu'elle était conne ! Il ressentait bien une petite pointe de nostalgie à voir son joli visage mince, mais celle-ci était largement compensée par l'agacement naturel dans lequel elle le plongeait systématiquement, malgré elle. Trop gentille. Trop roucoulante. Trop chiante. C'était décidément un immense service qu'il lui avait rendu en se tirant. Elle se trouverait un gentil trader à lunettes, qui ne mangerait pas ses rollmops avec les doigts. Qui lui parlerai et lui ferait le gosse dont elle rêvait.

Et voilà qu'elle pleurait, maintenant. Nom de dieu, Lorraine ! Est-ce qu'elle ne voyait pas le connard qu'il était ?

"Okay. Va pour le cinoche. Tu choisis ; mais pas une putain d'comédie romantique", lâcha-t-il, avant de se lever pour aller aux toilettes.

Elle leva les yeux au ciel, et sourit.

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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Mar 16 Mar - 20:03

Le changement de décor fut brutal et la désorienta complètement. Tout d’un coup, elle se trouvait dans une salle immense, bondée, remplie de gens qui couraient et criaient dans une atmosphère de frénésie survoltée. Elle voyait à peine son double au milieu de cette foule de filles immenses et d’hommes vêtus de couleurs criardes. Elle avait l’air d’approcher la trentaine. Ses cheveux étaient coupés courts, et elle ne semblait pas au mieux de sa forme.

- C’est une plaisanterie ? s’entendit-elle s’écrier au jeune homme qui lui faisait face. Ne sois pas ridicule, une housse de cette taille ne peut pas juste disparaître !

- On a cherché partout, personne ne comprend, elle doit être restée au showroom !

- Et bien vérifie, appelle-les !


L’assistant détala sans demander son reste et Tommie se passa une main sur le front, avant de se faire harponner par une femme dont le manteau devait représenter l’équivalent d’un an de salaire d’un cadre moyen. Elle tenait un carnet et un stylo à la main et commença aussitôt à débiter ses questions à un rythme effrayant. La scène se brouilla alors avant que la vraie Tommie ait pu entendre ce que disait son double, puis une nouvelle scène apparut. Elle devait se dérouler quelques heures après ce que Tommie venait de voir, car elle portait les même vêtements. Elle était attablée à la terrasse d’un café, en face d’une femme du même âge qu’elle, une asiatique au teint de porcelaine habillée avec une classe digne d’un film des années 40. Derrière elles, des anonymes pique-niquaient sur les pelouses. Elles se trouvaient à Hyde Park.

- …et finalement on l’a retrouvée, sept minutes avant le début du défilé. Elle avait été oubliée dans le camion, tu y crois ? Jim était vert de rage, il criait sur tout le monde et on a été à deux doigts de la crise d’hyperventilation. J’ai l’impression que plus il devient connu, moins il arrive à gérer la pression.

- Tu devrais peut-être arrêter de bosser avec lui, alors,
remarqua sa compagne. Combien de personnes t’ont déjà dit que tu étais suffisamment douée pour lancer ta propre ligne ?

- Peu, malgré ce que tu sembles croire. Je n’ai aucun talent pour le design, alors que Jim est un véritable génie.

- Tu sais Tommie, c’est peut-être ça ton problème. Tu aimes un peu trop t’entourer de génies, parce que ça te donne une excuse pour te rabaisser.

- Si tu parles de Luke…

- Evidemment que je parle de Luke.

- Alors arrête tout de suite. Ce n’est vraiment pas juste.

- Pourquoi est-ce que tu te braques à chaque fois que j’essaie d’en parler ?
soupira son amie. Pourquoi tu ne te décides pas à affronter ce qui s’est passé ? Est-ce que tu va le voir, au moins ?

- Je n’en ai pas le courage.

- Tommie…

- Stop, Keiko. Je ne veux pas en parler, c’est tout. C’est une période de ma vie sur laquelle je ne veux pas revenir.


Elle détourna les yeux sous le regard réprobateur de Keiko et s’abîma dans la contemplation des promeneurs sur la pelouse. Le silence qui s’installa alors dura un temps qui aurait très bien pu être l’éternité, interrompu seulement de temps en temps par le bruit que faisait la tasse de thé de la japonaise quand elle la reposait sur la table en fer forgé. Puis finalement, Tommie reporta à nouveau son attention sur son interlocutrice et murmura :

- C’était ma faute, et ça je n’arrive pas à le supporter.

- Ne sois pas stupide
, répliqua Keiko sans sourciller. Ce n’était pas ta faute, et même si ça l’était, tu crois vraiment qu’il mérite que tu l’abandonnes ?

Tommie soupira profondément et quand elle ouvrit à nouveau la bouche, sa voix tremblait.

- C’est moi qui l’ai entraîné là-dedans. C’est un ami de Jim qui m’a fourni mes premières doses, quand tout a commencé à s’accélérer. Et le soir de… de l’overdose… c’était moi qui l’ai incité aussi. Et maintenant…

- Maintenant on ne sait même pas s’il pourra reparler un jour
, compléta Keiko d’une voix dure.

Le double de Tommie fondit brusquement en larmes. La vraie, elle, eut à peine le temps de sentir le choc remonter le long de sa gorge que tout devint noir, et qu’elle se retrouva l’instant d’après à nouveau sur le toit de l’école. La Transe était finie. Elle sentit Steamer qui tremblottait, toujours campé sur son genou, et l'attrapa pour le serrer dans ses bras. Pour le moment, c'était tout ce qu'elle se sentait capable de faire.

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Nath Clayton
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Mar 16 Mar - 20:39

Le téléphone sonnait. Au bout de la quatrième sonnerie, Nath se leva en soupirant du lit sur lequel il paressait, preuve qu'il était seul dans l'appartement.

"Ouais ?" grommela-t-il dans le combiné.

Les échos d'une voix légèrement chevrotante fusèrent du combiné, et bien que l'homme au bout du fil parlât très fort, comme un vieillard un peu sourd, le véritable Nath dut se rapprocher pour saisir l'ensemble de la conversation. Il identifia rapidement le médecin avant que celui-ci ne se présente : il avait encore en mémoire sa petite phrase, celle qu'il l'avait réellement entendu prononcer, quelques mois plus tôt : comme quoi il n'était même pas capable de prédire, à peu près, combien de temps il lui restait. "La médico-daemonologie est une branche fort récente de la médecine magique, monsieur Clayton". Quelle autre nouvelle avait-il encore à lui annoncer, ce bon vieux vendeur de pilules ?

Une étude, sur la santé des daemons ; un obscur rat de bibliothèque venait apparemment de publier dans une revue médicale le fruit de cinq ans de recherches sur les nourritures les mieux adaptées aux daemons.

"Un raton-laveur !" ricana Nath au bout du fil. "Vous croyez que j'vais m'faire chier à donner des endiv' à Lazareus parc'qu'un connard a trouver qu'ça donnait un joli poil à son raton-laveur ?" s'esclaffait-il, littéralement. Un rire d'un beau jaune sombre. Sur le lit, Lazareus dormait toujours. Il n'était pas aussi pâle que le véritable daemon lézard, mais il avait indéniablement mauvaise mine.

La clé tourna dans la serrure de la porte d'entrée de l'appartement. Nath raccrocha brutalement le combiné, et retourna s'affaler sur le lit, tandis que Lorraine pénétrait dans le petit séjour, les bras alourdis par des sacs de courses.

"Nathan ?" gazouilla-t-elle, avant de poser les sacs sur un coin de table et de se diriger directement vers la chambre, preuve qu'elle connaissait bien les habitudes du New-Yorkais. Elle était plantée devant lui, et il voulut la faire se retourner pour faire glisser sa main de ses mollets jusqu'à l'arrière de ses cuisses, mais elle se déroba en gloussant.

"Naathan ! Je dois te parler, c'est très sérieux !"

Elle avait les joues toutes roses, l'air extraordinairement heureux. Elle y avait été plus mollo que d'habitude sur le maquillage ; dommage : Nath la préférait un peu vulgaire. Et il la préférait moins souriante, aussi. Il craignait ce qu'elle allait dire. Ce qu'elle s'exclama, bien plutôt, et d'une voix suraiguë.

"Je suis enceinte !"

Elle lui lança un regard déterminé bien inhabituel. En général, elle était tellement molle, tellement malléable. Cette fois encore, Nath devina ce qu'elle allait dire.

"Je sais ce que tu en penses. Je sais que tu ne veux pas de cet enfant. Mais je le garderai, de toute façon".

Elle porta les mains à son ventre, comme si elle avait craint que Nath ne se jette dessus pour en arracher le minuscule petit œuf à coups de dents. Ça le fit rire. Il étira les bras, se retourna vers l'autre côté du lit.

"T'fais c'que tu veux. Ça m'concerne pas ; j'vais mourir d'ici un an ou deux grand max", lâcha-t-il, sans même le lui annoncer les yeux dans les yeux, d'un ton désinvolte, le même qu'il utilisait bel et bien chaque fois qu'il lui arrivait d'annoncer à un Sywhaîdien qu'il était malade. "T'pourras prendre ma thune, c'tout c'que j'peux t'filer. Tu connais la planque derrière l'frigo".

Le véritable Nath, lui, regardait Lorraine. Il vit la pâleur dégringoler littéralement du haut de son front jusqu'à son cou, en ne laissant qu'un tout petit peu de rose sur ses joues. Il vit ses yeux s'agrandir sous le choc. Et il la vit finalement quitter l'appartement. Il se réveilla alors de la transe.

Visiblement, Lorraine avait fini, dans cet hypothétique passé, par comprendre. Elle avait réussi à partir, mais avec un Nathanael Junior dans le ventre : un prix que Nath estimait bien trop cher pour cette pauvre mais sympathique conne. Dire qu'il était insensible aux scènes qu'il avait vues aurait été exagérer. Mais il n'en tirait aucun remord, bien au contraire. Ce qui était probablement la preuve qu'il n'était pas aussi noir qu'il voulait bien le laisser croire.

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Kennedy Clayton
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Dim 28 Mar - 11:28

« Que pouvez-vous nous dire à propos des rumeurs sur un probable divorce entre Alan Theyne et vous, miss Brooks ? Est-il vrai que c’est la raison de son absence à cette convention ? »

Assise sur une scène, avec plusieurs autres personnes, devant des tables, Kay reconnut bien ce qu’il était facile d’identifier comme une conférence. Elle vit un public important, de journalistes mais aussi, visiblement, de fans. Certains portaient même des t-shirts avec des logos Night Watch, et elle put même apercevoir une adolescente avec un t-shirt sur lequel se trouvait son portrait, à elle, Kennedy Brooks. Une Kennedy Brooks habillée de vêtement de grands créateurs, sans aucun doute, assise tranquillement à une des tables sur la scène, qui était en train de boire de l’eau à une petite bouteille quand cette question avait été posée.

« Le sujet de cette conférence n’est pas la vie personnelle de ses intervenants. » coupa une voix sèche, que Kay reconnut comme étant Mike quelque-chose, le créateur de la série, dans la vraie vie elle ne l’avait rencontré qu’une fois, mais pour réagir ainsi ils avaient dû devenir relativement proches.

« Merci Mike. » intervint d’ailleurs son double. Une Kay qui, maintenant qu’elle l’observait un peu plus attentivement, devait avoir presque une dizaine d’années de plus. Elle était toujours magnifique, la trentaine lui allait à ravir, et même endormie, dans une transe profonde, la vraie Kennedy ne put s’empêcher de sourire en voyant l’expression assurée et terriblement charismatique de son double. « Mais Alan et moi avons décidé d’être honnêtes envers nos fans. Nous avons bel et bien décidé de divorcer. Ca va faire deux ans que nous vivons séparément, et nous n’arrivons pas à venir à bout de nos difficultés. »

« Comme l’addiction d’Alan à la cocaïne ? » lança une voix que Kay ne put identifier dans la salle, déclenchant plusieurs rires peu discrets.

« Alan est clean depuis trois ans, depuis l’incident du yacht. » se vit-elle répondre, des éclairs dans les yeux. « Continuer à faire ce genre de réflexions n’est que la preuve d’une étroitesse d’esprit et d’une méchanceté gratuite. Il faut beaucoup de courage pour se sortir de la drogue, je ne suis pas sûre que les personnes qui aiment à rire de ce problème aient jamais eu à être aussi courageuses. »

Elle vit son double se lever souplement et sortir de la scène, sous des applaudissements fournis, et elle sourit une seconde fois. Elle n’avait jamais vu une actrice partir au milieu d’une conférence et se faire applaudir pour son départ. Elle était terriblement douée.



***




« Kay, tu dois comprendre… »

« Non, Alan, j’en ai assez de comprendre. »


Kennedy Brooks, environ quarante ans. Et Alan Theyne, à peu près le même âge. Tous deux l’air particulièrement fatigués. Mais il y avait deux couches de fatigue. Une fatigue ponctuelle, récente, comme s’ils n’avaient pas dormi de la nuit. Et une autre, plus vicieuse. Alan avait les traits creusés par les abus, et par la tristesse. Il avait l’air de regretter quelque chose… Quant à Kay… Elle avait elle aussi l’air fatiguée, en profondeur, comme usée. Mais elle avait quelque chose de féroce dans le regard.

« Tu lui as brisé le cœur ! »

« Je… Je n’ai jamais voulu… »


Alan s’effondra dans un canapé hors de prix. Ils étaient dans une sorte de grand salon magnifiquement décoré, très aux goûts de Kay (d’ailleurs c’était sûrement son salon), très lumineux, avec de grandes baies vitrées.

« Tu n’es pas venu à sa graduation. Tu sais qu’Amy voulait que tu viennes. Ses études sont très importantes pour elles, elle a été acceptée à Brown, et elle voulait te l’annoncer ce soir. Seulement tu n’es pas venu. Tu étais où, Alan ? Encore dans un endroit minable pour récupérer de la coke ? Ou alors dans un endroit encore plus minable à la cuver ? »

Elle semblait vraiment furieuse. Elle se massait les tempes, comme pour se forcer à ne pas s’énerver encore plus, à se maîtriser. La tension était palpable.

« Je… Oui. »

Elle lança un regard haineux à son ex-époux.

« Un soir. On ne te demandait qu’un soir. Tu pouvais même venir défoncé, elle ne t’en aurait même pas voulu. Elle te connaît. Et pourtant elle espérait encore que tu… Que tu… Que tu… »

Et soudain, elle s’effondra en hurlant. Alan, après quelques fractions de secondes où il resta hébété, se précipita sur elle. Et Kay comprit. Elle se massait les tempes parce qu’une vision allait arriver, pas parce qu’elle était en colère. Elle vit Alan prendre son téléphone, tout en essayant de maintenir en place une Kay qui se convulsait en hurlant, composer un numéro, et crier :

« J’ai besoin d’aide. Kay a une crise. On est chez elle. »


***



« Je ne comprends pas. »

Alan, toujours. Dans une sorte de salle aux murs blancs qui sentait la salle d’hôpital. Ou plutôt de clinique privée. Il se tenait face à une doctoresse qui semblait vivre des heures difficiles.

« Alan, nous en avons déjà discuté. Je t’avais déjà dit il y a quelques années que Kay ne pourrait pas supporter des crises aussi fortes très longtemps encore… »

« Non, tu avais dit que si la force des crises augmentait… »

« Et elles ont augmenté. Tant dans la puissance que dans la récurrence. Elle en a deux à trois par jours à présent, et que des grosses, comme celle qu’elle vient d’avoir. Elle ne t’en a pas parlé ? »


Mais la question semblait rhétorique. La doctoresse semblait assez proche du couple pour savoir que Kennedy ne pouvait pas en parler à son junkie d’ex-mari. Ce dernier, d’ailleurs, sembla soudain s’effondrer. A tâtons, il chercha la première chaise qui se trouvait derrière lui et s’y avachit, avant de cacher sa tête derrière ses mains, mais les sanglots étaient visibles malgré ça.

« Qu’est-ce que… Qu’est-ce que je peux faire ? » finit-il par demander, après quelques minutes de sanglots étouffés.

« Appelle tout le monde. Qu’ils la voient avant qu’elle ne… »

Une sorte de plainte s’échappa du corps maigre de l’acteur, avant qu’il n’ajoute :

« Elle va se réveiller ? »

« Elle est forte. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi combattif. Il est possible qu’elle se réveille pour vous dire au revoir… Mais je ne peux rien promettre. »


Kay eut le temps de voir Alan se remettre à pleurer, et soudain, le noir revint…


… Pour être remplacé par la vision du ciel. Kay ouvrit les yeux, prit une inspiration, et se redressa. Elle était de nouveau sur le toit. Elle prit une nouvelle inspiration et regarda vaguement autour d’elle. Elle ne pouvait pas vraiment chercher à analyser cette transe, c’était trop frais. Et trop compliqué. Certaines choses avaient, visiblement, mieux évolué que dans la vraie vie… Mais d’autres… Elle frissonna. Et alors ? Elle n’en savait rien. Peut-être qu’elle mourrait aussi dans quelques années… Elle haussa les épaules et refusa d’y penser tout de suite.

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Léola Velvethone
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Dim 4 Avr - 17:45

- Lunch !, chantonna Barbara en direction du pallier.

Aussitôt, Léola se retourna sur son double. Allongée sur le parquet, les jambes repliées et un gros chat noir sur le ventre, elle paraissait avoir atteint son âge actuel - vingt-cinq ans. Elle semblait sereine, laissait aller ses doigts dans la fourrure brillante de l'animal, rêvassait en fixant le plafond. Ses cheveux, épanouis sur les lattes de bois clair, s'envolèrent quand la jeune fille se redressa d'un coup, faisant sursauter le matou lové sur son estomac.

- Coming, muum !, s'égosilla-t-elle, avant de se lever et de foncer dans l'escalier, au bas duquel elle percuta de plein fouet ce qui semblait, selon toute vraisemblance, être une forme humaine.
- Oh là, jeune fille !

Simon fit un pas de côté, les mains levées à hauteur des épaules, l'air narquois. Depuis ses cinq ans, sa petite sœur dévalait la moindre poignée de marches à la façon d'un bulldozer.
La cadette en question esquissa un pas de danse et fila dans la cuisine, suivie de son aîné.
Lilly, elle, était déjà assise devant une assiette, un bébé sur les genoux qui imitait à la perfection sa chevelure blonde comme les blés.

Toute la famille était maintenant rassemblée dans l'espace exigu qu'offrait la cuisine, désormais bruyante des gazouillements du nourrisson et des chamailleries des deux plus jeunes. Sur la table, la nappe à carreaux disparaissait sous les fromages, les pains, grappes de raisin et bouteilles de vin ou d'eau gazeuse. Chacun tira une chaise et les pieds en bois firent un boucan épouvantable.

- Ton fils est hideux, commenta le sosie Léola en se laissant tomber sur son siège, en face de la jeune mère. Ses narines ne sont pas censées prendre moins de la moitié de son visage ?

Lilly haussa les yeux au ciel, agacée. Sa frangine n'avait pas encore compris que son enfant premier-né n'était pas un sujet de plaisanteries légères. Pour elle, tout était un sujet de plaisanteries légères.
Evan coupa court à la dispute imminente.

- Suffit, chérie. Quand tu auras un fils, tu voudras qu'on laisse ses narines tranquilles.

La fausse Léo haussa les épaules.

- J'en aurai pas.

L'étudiante l'observa un instant - disons, s'observa. Elle jouait distraitement avec sa fourchette.
Evan, cinquante-cinq ans, père de famille, soupira. Sa calvitie naissante et ses premières rides lui donnait un âge qu'il était loin d'avoir. L'air infiniment las et infiniment vieux, il poussa vers sa fille adoptive une feuille dactylographiée. Intriguées, les deux Léola se penchèrent avidement sur la missive et la parcoururent du regard. L'une n'y comprit rien, l'autre se contenta de pouffer et de piocher une olive dans le bol qui trônait au milieu de la table.

- Je ne veux pas travailler pour une gazette de quartier, je te dis, fit-elle en mâchouillant le petit fruit verdâtre. Oncle Geoffrey m'a déjà arrangé le coup, ça sera la Pologne, j'écris mon article et je reviens dans un mois pour signer le contrat.

Son père la fixa, fit "bon", et reprit la feuille sans rien ajouter. La jeune fille ne parut nullement préoccupée par son expression déçue, et s'appuya négligemment sur le rebord de la table, impolitesse aussitôt relevée par sa mère.

- Rachel, ton coude.

Coulée dans sa transe, la Sywhaîdienne sursauta, grimaça, et son sosie retira son bras en maugréant.
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Léola Velvethone
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Dim 4 Avr - 18:35

Léola soupira intérieurement. Jusqu'à présent, sa transe ne faisait que lui prouver qu'elle avait eu tort de quitter l'Angleterre, sa famille et ses amis. Quel encouragement. Pour tout dire, elle avait oublié à quel point elle les aimait.
Néanmoins, elle ne pouvait s'empêcher de trouver cette expérience hallucinante. Elle savait qu'il était propre à la magie de surprendre sans cesse, c'était pourquoi elle adorait en faire, mais là, c'était tout de même particulièrement...

- Vous aimez ma peinture ?

Surprise, elle regarda autour d'elle. Elle se trouvait dans une grande salle aux murs beige clair, faiblement éclairée à la lumière tamisée qui se dégageait des appliques murales. Son double se trouvait là, bien sûr : une coupe de champagne à la main, souple et féminine dans sa longue robe noire coupée aux épaules, des pendants d'oreilles se balançaient parmi les mèches folles de sa chevelure, désormais aussi courte que celle d'Anaïs - bien que plus nette.
Elle ne semblait pas prêter attention aux autres invités ni aux autres toiles, et fixait attentivement celle en face de laquelle elle se trouvait.

- Vous aimez ?, répéta l'homme, en Anglais cette fois-ci.

Rachel se retourna distraitement, avant de reporter son attention sur l'œuvre.

- Non. C'est de vous ?
- Oui,
répondit-il aussi simplement qu'elle, déroulant ses accents polonais.

Ils restèrent tous deux immobiles, les yeux rivés sur la toile sombre.

- Je suppose que mon patron aimerait que j'aime, finit-elle par murmurer.
- Vous êtes critique d'art ?
- Presque. Ma foi, ça ne tient qu'à votre fichu tableau.
- Voulez-vous que je vous en parle ?


La jeune femme se tourna enfin vers lui et lui lança un sourire sarcastique.

- Pas si ça traite d'Auschwitz. J'ai l'impression que tous les peintres que j'ai vu ici n'ont que ça au bout du pinceau.
- Je vous le promets,
déclara-t-il en répondant à son sourire.

Il lui expliqua tout, les couleurs, la lumière, le trait. Il détailla les personnages, lui jura que l'un d'eux représentait Charlie Chaplin et un autre, sa grand-mère maternelle. Elle rit un peu, nota ses indications et reprit une coupe de champagne.
Quand il eut fini, elle fit semblant d'aimer et il ne la crut pas. La jeune journaliste consulta le bracelet montre qu'on lui avait prêté. Minuit trente. Elle bailla poliment.

- Monsieur...
- Zaczyk.
- Monsieur Zac... zyk,
répéta-t-elle du mieux qu'elle put. Accepteriez-vous de faire l'amour avec moi ?

Le peintre ne broncha pas. Il garda le silence pendant quelques minutes, puis bougea la tête. Léola nota qu'il était écarlate. Son double lui-même commençait sans doute seulement à appréhender la portée de ses paroles.

- Très bien, mademoiselle, fit-il d'un ton distingué.

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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Lun 5 Avr - 19:17

Le corps de Rachel ondula, et la jeune femme ouvrit un œil, rejetant au passage une mèche de cheveux qui tentait de s'infiltrer dans sa bouche.
Elle poussa un long bâillement, s'étira, puis entreprit de s'extirper du lit sans réveiller la longue forme allongée sur elle (ce qui, reconnaissons-le, n'était pas gagné d'avance).

- Mmh.

La jeune femme grimaça. Raté.

- Désolée, souffla-t-elle. Je dois aller aux toilettes.

Un nouveau grognement lui parvint depuis la silhouette, qui finit par se mouvoir lentement et se couler à ses côtés.

- Je hais les femmes enceintes, marmonna Anaïs, dans les vapes.

Le double leva les yeux au ciel dans la pénombre, et Léola, ébahie, s'approcha. Le ventre nu n'accusait aucune convexité suspecte, et pourtant, il fallait croire que Rachel portait en elle la vie d'un petit être aux narines potentiellement démesurées.
Quelle horreur.
Un bébé.

Elle ne s'était jamais imaginé avoir un enfant. Jamais. Tout d'abord, elle était au courant qu'il y avait certaines démarches incontournables à entreprendre, et n'avait jamais voulu leur sacrifier son temps, qu'elle consacrait entièrement à ses études. Ok, c'était un peu plus compliqué que ça.
Mais qu'elle tombe enceinte, comme ça, qu'elle garde l'enfant, qu'elle n'envisage pas de ne pas le garder, qu'elle... Bon, ça n'était pas sûr. Au vu du stade de grossesse, elle pouvait très bien l'avoir caché et avoir décidé d'avorter, mais étant donné de la désinvolture d'Anaïs, elle avait du mal à le croire.

- Tu n'es qu'une médisante. Aucune femme ne va vomir intempestivement à cette période de...
- Comment va-t-il s'appeler ?


La brunette s'était redressée sur un coude. C'était donc un enfant à longue durée.
Rachel semblait avoir oublié sa mission pipi, et l'observait. Elle poussa un long soupir résigné.

- Kristof veut l'appeler Ariel, finit-elle par lâcher.

Anaïs marqua un temps, avant d'éclater de rire.

- Comme cet homme politique qui se balade avec un essuie de vaisselle sur la tête ?
- Non, ça c'est Yasser Arafat, et il est mort. Tu confonds avec Sharon, et il est dans le coma.


La jeune femme grimaça, faussement compatissante, mais ne put s'empêcher d'insister :

- Justement, c'est néfaste. Et il est hors de question que mon fils...
- Mon fils.
- ... notre fils porte un prénom de fille.


La blonde la dévisage d'un air exaspéré, puis se redressa lentement contre la tête de lit. Anaïs lui sourit et, sans préambule, l'embrassa.

- Et si c'est une fille ?, murmura Rachel à son oreille, tandis qu'elle enfouissait sa tête dans son cou.
- Qu'est-ce que tu proposes ?
- Merci de me demander mon avis,
ironisa la jeune femme. Je sais pas, ajouta-t-elle, plus sérieusement. J'aime bien les prénoms français. Sophie, Mahaut, Noëlle... Non, pas Noëlle, fit-elle en riant, c'était une blague. J'aime bien Léola.

La jeune femme en face d'elle l'enlaça tendrement, et souffla à son oreille :

- Ok pour Léola.

Rachel sourit de plaisir. Il n'était même plus question d'aller aux toilettes.

- Ou Léolo, glissa-t-elle finalement, avant de se laisser embrasser une nouvelle fois.
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Léola Velvethone
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MessageSujet: Re: [MC] Cours I : La Transe de la Banshee.   Sam 10 Avr - 19:03

- Maman, tu veux encore de la tarte ?

Rachel, la petite soixantaine, tourna la tête vers son fils d'un air distrait. Elle le considéra un long moment sans rien dire, puis, docile, tendit son assiette.

- Voooilà, fit Ariel en glissant le morceau de tarte avec application.

Sa mère resta figée quelques instants, et finit par lui adresser un sourire timide. Elle avait les yeux pâles. Plus pâles qu'avant. Ses cheveux, très fins, étaient relevés dans un chignon sage et terne, et elle contemplait sa famille et ses amis assis autour de la table au travers de ses lunettes ovales cerclées d'or.

Une horreur de grand-mère, songea Léola, effarée.

Ding, ding, ding, ding.

Kristof, debout à l'autre bout de la pièce, agitait sa petite cuiller contre le verre en cristal probablement transmis dans sa famille depuis neuf générations. L'étudiante ne se souvenait en tout cas pas avoir vu quelque chose de semblable dans la sienne, et n'envisageait pas qu'il soit possible d'acheter quelque chose d'aussi cher si ce n'était que pour mettre de l'eau dedans.

- Ma chère épouse, commença le Polonais d'un ton bas.

Il se tenait bien droit, figé dans son smoking, les cheveux gris et un air de matin froid sur le visage.

- Rachel. Voilà trente ans que tu partages ma vie. Ce fut un bonheur de tous les instants. Bon anniversaire, acheva-t-il, le regard glacé.

Il y eut un battement indécis, puis tous les convives applaudirent la courte tirade, tandis que son auteur reprenait sa pièce de gibier où il l'avait laissée sans accorder le moindre regard à sa femme.

Léo se retourna à temps pour voir Anaïs, toujours aussi mince et gaie malgré les rides, porter un discret toast à son amante.

- Maman ? Maman ?

Le double, les yeux arrimés à l'image de son époux indifférent, cligna des paupières et se tourna vers sa cadette.

- Oui. Léola, murmura-t-elle.
- Bon anniversaire, fit la jeune fille en lui tendant un petit paquet.

Elle était joyeuse et blonde, beaucoup plus blonde que sa mère.
Kristof était brun. Peut-être était-ce à cela que ressemblait sa mère biologique à vingt-cinq ans ?

Les doigts prématurément raidis de Rachel défirent péniblement l'emballage cadeau. C'était un petit porte-photos en fer forgé, qui représentait un renard à la fourrure étrangement touffue.

- C'est un renard polaire, je crois bien. C'est pour mettre des papiers dedans, ce genre de trucs, fit-elle en riant.

On aurait dit qu'un improbable dieu avait arraché le sourire de Rachel pour le coller sur le visage de sa fille. Elle souriait, souriait par tous ses pores tandis que sa mère restait de marbre. Vide.
Que s'était-il passé depuis sa grossesse, depuis le moment où Léola l'avait vue plaisanter dans un lit défait ? Peut-être juste trente ans de néant.

Une explosion perçante retentit au sein de la pièce, interrompant brutalement ses réflexions. Elle jeta un coup d'œil autour d'elle. Tous les verres à pied venaient d'éclater en morceaux dans un hurlement cristallin.
Rachel n'avait pas bougé. Aussi statufiée que le petit animal en métal qu'elle tenait dans sa main, elle venait d'émettre un jet de magie brute, sans doute pour la première fois de sa vie.

Et c'est à ce moment que la vieille femme fatiguée décida de mourir, à sa plus totale indifférence.




Strict', inquiet, tournait en ronds réguliers autour de sa moitié. Il détestait être exclu de ses visions, ne pas savoir si elle avait besoin d'un conseil, d'un raisonnement, d'un mot rassurant, d'un... Léola ouvrit les yeux. Elle avait visiblement besoin de deux claques dans la figure.

*Alors ?*, fit aussitôt le daemon.

Elle fit un signe vague de la main. Elle avait la bouche pâteuse.
Comme le renard attendait, elle se contenta de grogner :

*Que cette histoire de prénoms est compliquée.*

Avant de cligner des yeux.

Quant à savoir si elle avait fait le bon choix, elle ne se prononcerait pas avant de savoir en quoi consistait exactement un bon choix.

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[MC] Cours I : La Transe de la Banshee.

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