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 Quête de Meike Johanssen

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Meike Johanssen
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MessageSujet: Quête de Meike Johanssen   Dim 13 Déc - 15:00

« Saleté de gamine. » soupira Meike d’un air presque blasé tout en observant, l’angoisse chevillée au cœur, sa gamine en question s’enfoncer dans la Brume en courant.

« Tu sais ce qu’on dit…. On a les enfants qu’on mérite…. »

Meike se tourna vers Manny et, l’instant de quelques secondes, toute l’angoisse, toute la colère quitta son visage, ne laissant plus qu’un amusement simple et innocent. C’était souvent le cas avec Manny, pas pour rien qu’il était resté son meilleur ami depuis leurs premiers essais pour leur premier défilé Dior. Inséparables tout ce temps, même après leurs reconversions personnelles. Tellement inséparables que Manny était le seul réel membre masculin de la famille Johanssen. Une sorte d’oncle, le parrain de Bulle.

« Dis-moi ce que j’ai fait pour mériter, ça ? »

« Oublié de prendre tes précautions dans ta grande ascension du petit monde de la mode ? »

« Asshole. »

« Bitch. »

Ils se regardèrent et éclatèrent d’un rire un peu plus ému que prévu. Zoé, à quelques mètres de là, avait suivi Karl qui semblait avoir une envie pressante, ils n’auraient évidemment jamais dit ce genre de choses, même pour rire, si la petite avait été à portée d’oreilles.

« Et si jamais on ne passe pas la Brume ? »

« On trouvera une autre solution, Meikey-dear. »

Elle secoua la tête d’un air vaguement convaincu. Elle savait que Sywhaîd était une des rares solutions parfaites, enfin, une des moins pires disons. Et elle savait aussi qu’il y avait de gros risques pour qu’elles ne soient pas acceptées, surtout si Bulle n’y mettait pas du sien. Et, objectivement, elle ne pouvait pas en vouloir à son aînée. Après toutes ces années, devoir tout quitter, à cause d’une connerie qu’elle, elle avait faite. C’était injuste. Zoé était trop petite pour en souffrir, mais Bulle non, Bulle qui avait déjà assez souffert des choix de vie de sa mère auparavant, et qui aurait mérité le calme qu’elle avait enfin acquis. L’équilibre.

Meike décida cependant de ne pas s’attarder sur ces pensées. Si elle voulait réussir sa Quête, il fallait qu’elle soit claire vis-à-vis de tout ça, Manny le lui avait dit. Elle alla embrasser Zoé, et Karl, et leur fit promettre d’être bien sages avec Tonton Manny tant que Bulle et elle seraient dans la Brume. Rien que savoir que la quête de son adolescente de fille devait avoir commencé, Meike sentait son estomac se rétrécir. Elle se dépêcha d’embrasser Manny et, d’une démarche tout de même moins empressée que son aînée, fila à son tour dans la Brume.

Elle s’était bien habillée, histoire de faire honneur à l’Entité, mais aussi histoire de se sentir bien. Elle portait une robe Zandra Rhodes, de la collection printemps/été dernière, à bretelles fines, dont la poitrine était encerclée dans une sorte de croisé en velours noir. Le bas de la robe était fait d’un jupon en soie moulant blanc, qui s’arrêtait à mi-cuisses, et de pans de voiles légers qui tombaient jusqu’à sous les beaux genoux de la jeune femme. Le reste de ses belles jambes apparaissaient à peine, cachées par un collant noir, puis mangées par des cuissardes en daim taupe foncé, de chez Pinko. Les cuissardes en question avaient des talons impressionnants, auxquels Manny avait mis un sort anti-dérapage à peine utile vu les capacités étonnantes, voire surhumaines, qu’avait Meike de marcher avec n’importe quelle paire de chaussures. Par-dessus tout ça, elle portait un manteau Galliano, plutôt sage, taupe foncé lui aussi, qui lui arrivait au genou, ouvert, et dont la coupe était simple, si on oubliait le bas qui se terminait dans une sorte de dentelle de tissus très originale. Une grosse écharpe rubans de soie tricotés, blanche, enroulée autour de son cou, un bonnet fait de la même façon, mais avec quelques lignes de blanc, laissant dépasser sa longue chevelure brune parfaitement coiffée, et la tenue était complète. Sauf pour un dernier accessoire, une bague que Zandra lui avait crée rien que pour elle et offerte à la fin de son contrat pour la remercier. Une bague en or gris et jaune mêlés, représentant une sorte de moitié de masque allongé et souriant, avec une aile de papillon de l’autre côté, très stylisée, Zandra savait que le motif du papillon était un des motifs qui avaient été associés à Meike durant sa carrière de mannequin. La bague était magnifique, à son annulaire, et l’ancienne top model la portait avec plaisir.

Une fois arrivée dans la Brume, elle s’arrêta, ne sachant trop comment annoncer son arrivée. Elle s’était presque attendue à trouver Bulle, boudant à quelques pas de là, mais elle devait s’y faire, cette Brume n’était pas normale. Elle soupira, puis sourit, elle voulait faire bonne impression, même si elle s’inquiétait pour sa fille, et annonça :

« Bonjour. Je suis Meike Johanssen, et j’aimerais vivre à Sywhaîd pour quelques temps. »

Elle se sentait un peu stupide de parler dans le vide mais, hey !, elle avait été mannequin, les choses stupides elle connaissait.

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MessageSujet: Re: Quête de Meike Johanssen   Dim 13 Déc - 15:40

Meike n’obtint pas de réponse. Du moins pas le genre de réponse auquel elle s’attendait sans doute. Elle eut droit à la place au déroulement d’une longue bannière, d’environ deux mètres sur un, en matière assez semblable à du parchemin, sur laquelle une Bulle d’une vingtaine d’années dessinée à l’aquarelle s’anima soudain : vêtue d’une robe de tapis rouge et recevant un Oscar. La scène muette ne dura que quelques secondes avant que la Bulle présentée ne s’immobilise et qu’une autre bannière ne se déroule. Cette fois-ci, Bulle bidouillait sur un ordinateur et l’on comprenait qu’elle design-ait un quelconque logiciel. La troisième bannière la représentait en train de jouer de la basse dans un groupe de rock féminin. Et ainsi de suite jusqu’à ce que Meike soit entourée de bannières de ce genre (sur l’une d’elle, Bulle se retrouvait même aux commandes d’un avion). Autant de futurs auxquels l’adolescente aurait pu légitimement aspirer dans son monde mais qui lui devenaient virtuellement inaccessibles à Sywhaîd. L’accusation était claire, même si aucun mot ne fut prononcé.

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MessageSujet: Re: Quête de Meike Johanssen   Mar 22 Déc - 20:53

« Et ? » demanda poliment Meike, un sourcil fin relevé.

Elle avait ce ton qu’elle utilisait quand elle devenait autoritaire au boulot. Un ton qui n’était pas méchant, juste un peu sec, plein d’une autorité qu’elle méritait. Elle avait croisé ses bras devant elle et, dans une posture bien droite, elle avait observé chaque aquarelle, l’air de moins en moins capable de rester patiemment là. Oh elles étaient très belles ces aquarelles, elle n’avait rien à redire là-dessus. Mais qu’est-ce qu’elle était sensée comprendre ? Que sa fille n’aurait aucun de ces futurs simplement parce qu’elle avait fait une bêtise et qu’elles étaient obligées de s’enfermer à Sywhaîd maintenant ? Oui, elle comprenait bien le principe de la Quête, Manny le lui avait expliqué, et elle n’avait même pas vraiment été surprise par l’apparition des aquarelles, elle s’était tellement préparée à tout et n’importe quoi que c’était pratiquement une des choses les moins étonnantes que la Brume aurait pu lui servir, mais elle ne voyait pas où tous ces dessins devaient la mener.

Elle avait en face d’elle l’aquarelle où Bulle pilotait un avion. C’était ridicule. Elle n’avait pas d’assez bons yeux, et de toute façon elle n’avait aucune envie de faire un métier de ce genre. C’était trop obscur comme métier. Bon, d’accord, elle avait le temps de changer, et Meike savait que sa fille ne ferait pas forcément un métier sous les projecteurs, mais il était tout de même peu probable que Bulle Johanssen devienne pilote de ligne.

« Je ne vois pas où vous voulez en venir. » expliqua-t-elle sans plus s’émouvoir de parler encore une fois dans le vide, après tout, au moins maintenant, elle savait que quelqu’un devait l’écouter. « Bulle peut toujours faire toutes ces choses. Ca n’est pas parce qu’elle va passer quelques temps à Sywhaîd qu’elle va y rester toute sa vie. Elle peut très bien devenir actrice, boulangère ou je ne sais pas quoi d’autre. Si elle a envie de faire quelque chose, on s’en donnera les moyens, même à Sywhaîd. »

Elle sourit, montrant de belles dents bien blanches et bien alignées. Elle faisait ça par simple réflexe, comme si elle parlait à quelqu’un qui était bien en face d’elle, au lieu de juste parler face à une aquarelle de sa fille faisant un métier auquel elle n’avait sûrement jamais pensé. Meike avait tourné plusieurs publicités pour des marques de cosmétiques, pour des parfums, elle savait ce que c’était que de jouer la comédie. Pourtant, là, elle ne le faisait pas vraiment, elle répondait franchement, avec des attitudes qu’elle aurait eues si elle avait pu voir son interlocuteur.

« Okay, ça ne sera pas forcément facile, mais je ne suis pas du genre à vouloir que mes filles ne réussissent pas dans la vie. Je veux qu’elles soient heureuses, je veux qu’elles s’épanouissent, je ferai ce qu’il faut pour ça. »

C’était tout à fait honnête. Même si Sywhaîd compliquerait tout ça, évidemment, mais Meike était sûre qu’elles pourraient y arriver, d’une manière ou d’une autre. Elle avait pris cette décision avec quelques raisons égoïstes, oui, mais elle n’était pas allée jusqu’à sacrifier l’avenir de ses filles pour ça, elle n’était pas une mère parfaite, mais elle n’était pas vraiment une mauvaise mère non plus.

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MessageSujet: Re: Quête de Meike Johanssen   Sam 26 Déc - 19:03

Dans un lourd froissement à mi-chemin entre l'étoffe et le papier épais, la bannière s'enroula sur elle-même lorsque Meike eut terminé de parler. Lorsqu'elle se déroula à nouveau, ce n'étaient plus des dessins qui apparaissaient dessus, mais quelques mots. La plus grande partie de la bannière était vierge. La bannière avait diminué de volume, mais, au milieu, était apparu une sorte de grand bocal, rempli d'un liquide parfaitement translucide, semblable à de l'eau (ou à de la vodka, pour les plus alcooliques de nos lecteurs).

"Elles ont pleuré beaucoup ; elles pleureront encore plus", disait la bannière.

"Tu n'as pas seulement une personne à faire accepter, mais trois : Zoé est trop petite pour comprendre, et Bulle n'a aucune envie d'entrer. Il te faudra donc sacrifier beaucoup de choses. Lesquelles ?"

Près du bocal, il y avait un feutre noir, qui n'avait rien de pittoresque. En écrivant sur la bannière ce à quoi elle renonçait, ce qu'elle était prête à sacrifier, Meike ressentirait bel et bien la perte de chacune de ces choses, qu'elles fussent abstraites ou concrètes. Et peu à peu, elle verrait le contenu du bocal diminuer. Plus les sacrifices étaient importants, plus le niveau baisserait.

[Va jusqu'où tu veux.]

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MessageSujet: Re: Quête de Meike Johanssen   Mar 29 Déc - 12:08

Meike n’avait rien d’une mère courage ou d’une mère sacrificielle. Elle aimait ses filles, elle pouvait même dire assez honnêtement qu’elle les aimait plus que tout. Mais sa vie à elle n’en était pas moins importante pour autant. Elle la faisait même assez souvent passer en premier. C’était comme ça qu’elles avaient passé des années à voyager avec Bulle, alors que l’équilibre de la gamine aurait voulu qu’elle ait un lieu de vie plus stable. Bon, ça n’avait pas traumatisé la gamine non plus, des tas d’enfants vivaient en déménageant beaucoup. Et Bulle et Meike étaient restées une famille unie, ce qui était le plus important. Mais n’empêche qu’elle avait choisi cette vie pour elle et l’avait imposée à sa fille. Quand elle avait eu Bulle, elle avait décidé qu’il était hors de question qu’elle change sa vie pour autant. Et quand elles avaient décidé de s’installer à Londres, c’était principalement parce que sa carrière le lui permettait, et que donc à ce moment-là elle pouvait prendre une décision qui incluait les envies de Bulle. Bien sûr, la décision de partir pour Sywhaîd n’était pas une décision égoïste, elle était même plutôt centrée sur la protection de ses filles (et sur la possibilité de faire grandir Zoé dans un univers où elle pourrait développer ses talents de sorcière). Seulement, tout ça n’était dû qu’à une erreur que Meike avait fait en faisant un enfant dans le dos à un mec qu’elle croyait riche et puissant, et qui s’avérait être en plus sorcier et assez con pour les menacer sérieusement une fois qu’elle lui avait demandé d’assumer son rôle de père. Autant dire que l’ancienne top model n’était pas un modèle de vertu, et encore moins un modèle de mère parfaite, même si elle considérait qu’une telle chose n’existait pas.

Alors cette épreuve n’avait rien d’évident pour la magnifique grande brune. Elle n’était pas capable de lâcher ce qui était important pour elle d’une façon aussi naturelle que ce qu’elle aurait sûrement dû. Le bon côté était que, du coup, chaque sacrifice était très douloureux et très dur à faire pour elle, donc on pouvait imaginer que le bocal se viderait plus vite. Même s’il fallait avant ça trouver quoi sacrifier. Il y avait des sacrifices qui coulaient de source. Tant qu’elle serait à Sywhaîd, il y avait des tas de choses dont elle devrait se passer. Elle prit le stylo et décida de commencer par les choses qui lui venaient naturellement à l’esprit.

Citation:
Le confort.
Les informations.
Les sorties en ville.


Ces trois choses étaient des choses importantes pour Meike. Mais visiblement, pas assez. Le bocal ne perdit que quelques gouttes, et quand la magnifique quadra vérifia le niveau, elle se rendit compte qu’il n’avait pratiquement pas baissé. Elle soupira. Elle se sentait un peu déprimée mais ne réalisa pas que c’était un effet de ses sacrifices. Ces derniers étaient encore un peu trop légers pour ça. Bien sûr, le confort était quelque chose d’important pour Meike, qui aimait avoir de bons canapés, des tapis moelleux, avoir un appartement à la bonne chaleur. Elle aimait être connectée au monde, suivre ce qui se passait autour d’elle. Elle aimait sortir, aller au cinéma, au restaurant, à des expositions, aux concerts… Mais elle pouvait vivre sans. Elle avait de toute façon déjà fait un trait dessus. D’autant plus que ça ne serait que pour quelques temps, elle savait qu’elle retrouverait tout ça à la sortie de Sywhaîd. Ce n’étaient que des sacrifices très temporaires, qui n’auraient aucune incidence à long terme sur sa vie, quand elle pourrait sortir de Sywhaîd.

Elle soupira. Si elle n’avait pas été habituée à faire attention à comment elle agissait, pour faire attention à sa peau, à son look et tout, elle se serait sûrement mordu la lèvre. Elle ne savait pas ce qu’elle était sensée faire. Elle devait visiblement sacrifier de grosses choses. Mais ça n’était pas quelque chose de naturel pour elle, elle devait y réfléchir. Après quelques minutes, elle releva le stylo et écrivit, de son écriture ronde :

Citation:
Ma carrière.


Ca c’était un gros sacrifice. Elle se sentit d’ailleurs étrangement triste, vidée quand elle eut fini de l’écrire. Elle adorait son boulot. Et même si elle avait un nom, elle savait qu’il était plutôt facile de le perdre quand on ne gardait pas ses contacts. Elle ne savait pas combien de temps elle allait rester à Sywhaîd, et peut-être qu’elle resterait trop longtemps. Et qu’elle ne pourrait plus jamais travailler. Oh elle avait de l’argent. Elle ne roulait pas sur l’or, mais elle avait fait des investissements, elle avait de quoi voir venir, d’autant plus qu’à Sywhaîd on ne dépensait rien. Mais c’était quand même horrible d’imaginer qu’on ne pourrait pas continuer ce qu’on aimait le plus faire au monde. Elle sentit des larmes monter à ses yeux bruns, alors qu’elle sentait littéralement la perte de sa carrière comme si elle avait déjà eu lieu. C’était un sentiment un peu trop concret, mais Meike le mit sur le dos d’une introspection trop rapide, ce qu’elle ne faisait que rarement, elle n’était pas assez habituée à la magie pour imaginer que ça puisse venir de là. Elle prit une inspiration et ajouta, rapidement, avant de le regretter :

Citation:
La mode.


En plus de sa carrière, elle sacrifiait son rapport à la mode, et c’était presque pire. Elle n’allait plus connaître les nouvelles tendances avant tout le monde. Elle n’allait plus diriger ces tendances. Elle ne pourrait plus acheter autant de fringues, être aussi à la pointe de la mode, même s’il y avait des brèches, ce ne serait plus jamais pareil. Petit à petit, elle perdrait le contact. Et cette idée la déprimait. La mode était sa vie depuis… depuis toujours. Depuis qu’elle était adolescente et qu’elle était devenue mannequin. Elle en connaissait les rouages. Elle la prenait au sérieux, ça n’était pas un hobby, ça n’était pas un passe-temps, c’était sa vie. Cette fois, les larmes se mirent à couler. Heureusement, son maquillage était totalement waterproof. Elle prit un mouchoir dans une des poches de son beau manteau Galliano et tapota doucement ses joues et les coins de ses yeux pour éviter d’abîmer son maquillage.

Elle eut besoin de quelques minutes pour se calmer. Mais quand elle leva les yeux vers le haut du panneau, elle eut la surprise de voir que le niveau avait baissé d’un bon tiers. Une sorte de joie un peu étrange la prit alors et, avant que la tristesse ne reprenne le dessus, elle ajouta :

Citation:
Mes amis.
Mes amours.
Mon statut social.
Mon monde.


De relativement petits sacrifices. Ses amis, elle ne perdrait que ceux qui ne valaient pas la peine. En gros, il ne lui resterait que Manny. Mais de toute façon, Meike n’était pas du genre à avoir quarante amis. Elle se satisfaisait de ce qu’elle avait. Quant à ses amours… C’était encore pire. Elle n’était pas du genre romantique. Elle avait eu quelques aventures un peu plus longues, comme avec Gallner par exemple, mais ça ne la touchait pas tant que ça. En général, elle se satisfaisait de toy boys beaucoup plus jeunes. Elle en trouverait forcément à Sywhaîd, non ? Son statut était un peu plus important. Elle avait mis des années à devenir ce qu’elle était devenue. Elle était quelqu’un d’important, de responsable. Une des personnes qui faisaient partie de l’élite, même si c’était une élite un peu « parallèle », la plupart des intellectuels considérant avec mépris les gens de la mode. Elle était respectée, et à Sywhaîd elle ne serait plus rien. Cette idée ouvrit de nouveau les vannes. Merde, mais qu’est-ce qui lui arrivait ? Elle n’était pas aussi émotive normalement ! La pression de cette quête devait être plus importante qu’elle ne l’avait imaginé au début, la dépression ça n’était pas son genre, ou en général ça durait une heure, elle s’enfermait dans la salle de bain, prenait un long bain chaud, et ensuite elle repartait à l’attaque. Elle était plutôt une battante, et n’acceptait pas de se laisser aller, à quelque niveau que ce soit.

Bon. Le niveau de l’eau avait un peu baissé encore, mais elle en était à peine à la moitié. Elle prit le temps de réfléchir. Elle ne voyait pas ce qu’elle sacrifiait de plus. Oh elle aurait pu ajouter des petits trucs du genre « ma bibliothèque », ce qui était un sacrifice relativement important, elle aimait lire, mais elle trouverait des livres à Sywhaîd, nul doute qu’elle ne perdrait pas beaucoup de liquide avec ça. Elle aurait pu tricher aussi, en ajoutant des choses déjà comprises dans les premières mais elle était à peu près sûre que ça ne fonctionnerait pas. Mais la question n’était pas si simple que ça. Et Meike n’était pas tout à fait habituée à se livrer comme ça. Elle relut le panneau et son cœur se resserra. C’était vrai. Elle avait la responsabilité de faire accepter trois personnes. Elle devait aller jusqu’au bout si elle voulait que ça fonctionne. Et Sywhaîd était leur seule chance, elle l’avait assez répété à Bulle. Elle prit une inspiration et, son cœur toujours serré, elle ajouta :

Citation:
L’amour et la confiance de Bulle.


Soudain, elle s’écroula au sol prise de sanglots tellement forts qu’elle n’arrivait même plus à respirer. Meike avait fait quelques grosses crises d’angoisse dans sa vie, et celle-ci dépassait tout ce qu’elle avait pu vivre jusqu’à présent. Elle pleurait, elle se sentait désespérée. La vie n’avait plus aucun intérêt, et elle se sentait tellement vide qu’elle ne savait pas comment elle pourrait se relever un jour. Sa fille était importante. Plus importante que le reste, même si elle ne le vivait pas au jour le jour comme la plupart des gens. Elle était une mère compliquée, qui n’acceptait pas de tout sacrifier à ses filles. Mais elle aimait ses enfants. Elle les aimait plus que tout. Et imaginer que ce déménagement ait pu casser leur lien. Que ça ait pu tout détruire entre elle c’était… Horrible. Pourtant, elle le faisait. Elle prenait le risque. Parce qu’elle aimait ses filles et devait les protéger, même si elle devait passer pour la méchante pour ça. Elle ne leva pas le regard vers le panneau, elle n’en avait plus la force. Mais il ne restait plus que quelques petites gouttes dans le bocal. Elle avait réussi, même si elle était incapable de s’en rendre compte, et encore moins de s’en réjouir.

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MessageSujet: Re: Quête de Meike Johanssen   Sam 2 Jan - 11:56

Une main se posa sur l'épaule de Meike, et un homme fleurant bon la testostérone s'accroupit près d'elle. Il était jeune, il était beau, il ne sentait pas le sable chaud mais bon, tout comme. Vêtu d'un jean et d'un t-shirt, il semblait revenir d'une séance de bricolage, ou quelque chose de ce genre. Il avait une voix plutôt grave, mais qui gardait un semblant de... juvénile.

"Ne pleure pas, Meike... tu as été géniale."


Tout contre elle, il tâchait de la consoler de son mieux.

"Tu as fait tout ce que tu pouvais pour tes filles, maintenant il est temps de penser à toi, tu ne crois pas ? Regarde..."

Il lui fit lever la tête ; le décor autour d'eux avait bien changé. L'endroit ressemblait à un vestibule plutôt cosy, comme ceux de grands appartements parisiens que, sans doute, Meike avait pu fréquenter au cours de sa carrière. L'endroit était une pièce circulaire, aux murs moulurés, dans lesquels étaient encadrés deux portes peintes en rouge. Le parquet à leurs pieds était parfaitement ciré ; il n'y avait pas de meuble dans l'endroit, qui était plutôt un "lieu de passage", à l'exception d'une petite banquette, sur laquelle avaient été étalés quelques accessoires d'homme, ainsi qu'un portant avec quelques cintres bien garnis.

"J'ai pensé que cela te ferait plaisir, je t'ai préparé une petite surprise. Vois ça comme une séance de shopping..."

Une des portes s'ouvrit, et une demi-douzaine de jeunes gens -plus ou moins jeunes, à vrai dire, tous vêtus d'un jean et d'un t-shirt noir, s'alignèrent devant Meike.

"La bonne nouvelle, c'est que ce sont tous des Sywhaîdiens. La mauvaise, c'est qu'il faut que tu n'en choisisses qu'un seul."

Lorsqu'elle aurait fait son choix, les autres hommes partiraient par la seconde porte ; le "consolateur" suivrait, après un petit signe de la main amical, les laissant seuls dans le vestibule.

[si tu veux que Meike réagisse autrement, et qu'elle ne se prête pas au jeu, c'est possible aussi]

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MessageSujet: Re: Quête de Meike Johanssen   Mar 12 Jan - 14:17

Même dans les bras de son beau consolateur, Meike ne réussit pas tout de suite à se calmer. Le vide était toujours présent, au creux de son estomac, et elle ne pouvait s’empêcher de se sentir dévastée. Elle pleurait sans s’arrêter, même pas particulièrement honteuse de pleurer devant un inconnu, même un inconnu aussi beau. En temps normal, elle aurait ravalé ses larmes et collé sur son visage son expression des beaux jours, mais elle avait l’impression d’avoir tout perdu et partiellement oublié qu’elle était dans une Quête. Ou du moins partiellement oublié qu’elle était sensée continuer la Quête en question et réussir à se faire accepter dans Sywhaîd.

Heureusement, la Quête continuait d’elle-même. Quand l’inconnu lui fit relever les yeux, Meike eut un hoquet de surprise. Jusque là, elle avait à peine écouté ce qu’il lui disait, mais soudain elle était plus attentive que jamais. Elle regardait autour d’elle d’un air de biche affolée. Elle ne comprenait pas. Comment pouvait-elle se retrouver soudain dans un tel décor ? Un endroit aussi accueillant ? Elle sentait l’odeur de la cire du parquet, elle sentait l’odeur d’intérieur bien entretenu, et l’odeur de fleurs séchées qu’un joli bouquet posé sur un des meuble répandait. Elle n’avait plus froid, elle avait même un peu trop chaud habillée comme elle l’était, et elle n’avait plus les genoux posés dans la terre mais bien sur un beau tapis moelleux.

Elle se releva, tout en essayant d’être attentive à ce que disait l’inconnu, mais elle ne pouvait s’empêcher de se poser des tas de questions sur ce qui venait de se passer. Bien sûr, c’était de la magie. Meike était quelqu’un d’intelligent, et Manny l’avait assez renseignée pour qu’elle soit consciente que ce qu’elle vivait était tout à fait possible dans le nouvel univers dans lequel elle entrait et faisait entrer ses filles de force. Mais ça ne changeait rien à son étonnement. Etait-elle vraiment dans un appartement de ce genre ou n’était-ce qu’une illusion ? D’après son meilleur ami, la Brume était toute puissante, ce qui voulait dire que les deux solutions étaient possibles. Elle se demanda ce qui se passerait s’il lui prenait l’envie de pousser une des deux portes rouges et de se frayer un chemin vers la sortie. Se retrouverait-elle au beau milieu du marais parisien, ou retournerait-elle à la campagne écossaise ?

Par réflexe, elle frotta doucement ses genoux et de la terre tomba de son collant, seule trace tzngible de son épopée extérieur. Tout en écoutant ce que l’homme lui disait, elle enleva son manteau Galliano et le déposa avec délicatesse sur un des cintres. C’est dans ce mouvement qu’elle s’arrêta lorsqu’elle entendit des gens entrer. Elle finit calmement de ranger son manteau, puis se retourna doucement, dans un mouvement de cheveux bruns délicieux et maîtrisé, et se trouva face à plusieurs représentants de la gente masculine. Elle leur sourit doucement, et son visage perdit toute trace de son émotion précédente. Meike avait toujours été rapide à se remettre d’une émotion, elle considérait que ça ne serait à rien de déprimer pendant des heures, qu’il fallait se relever et se remettre en selle. Bon, elle ne le pensait pas forcément d’une façon aussi littérale que ce que la Brume semblait lui demander mais passons.

Elle hésita un instant à demander pourquoi elle devait faire cette « séance de shopping ». Elle hésita d’ailleurs à se vexer. Elle n’était pas une croqueuse d’hommes. Enfin. Elle ne l’était pas au point que ça devienne une épreuve de sa Quête, si ? Bon, d’accord, Meike avait une vie sexuelle épanouie, en général avec des jeunes hommes bien plus jeunes qu’elle, mais elle n’était pas non plus une mante religieuse. Mais l’ancienne mannequin était quelqu’un de plutôt optimiste dans l’absolu (un peu trop d’après son aînée), du coup elle décida de prendre cette épreuve comme une sorte de récompense de la Brume. Une façon de lui permettre de décompresser après ce qu’elle venait de vivre. Elle sourit donc aux postulants, qui s’étaient alignés devant elle, et commença à les observer.

Quand elle marchait, Meike était toujours bien droite et très gracieuse, c’est exactement comme ça qu’elle fit une première fois le tour du groupe. Ils étaient six. Et ils étaient tous, à première vue, plutôt à son goût. Le choix ne serait pas aisé, d’autant plus qu’ils étaient habillés pareil, ce qui ne lui permettait pas d’en apprendre plus sur leur personnalité. Elle se sentit plutôt heureuse de savoir que c’étaient de vrais sywhaîdiens, ou des clones de vrais sywhaîdiens comme elle l’espérait. Visiblement, elle n’aurait pas à devenir nonne par là-bas.

Elle enleva ses gants et les posa sur le buffet qui se trouvait à côté d’elle, avant d’enlever aussi son bonnet, qu’elle posa sur le porte-manteau, et son écharpe en soie. Elle secoua doucement la tête et ses cheveux reprirent une place plus correcte. Elle était magnifique, avec sa robe-bustier Zandra Rhodes, ses cuissardes et son collant noir. Elle semblait tout à fait parfaite pour ce genre d’endroit, et pour ce genre d’exercice, après tout ça ne serait pas la première fois qu’elle aurait à choisir un candidat parmi plusieurs magnifiques jeunes hommes. Elle était organisatrice d’évènements et de défilés, dans un monde où même les serveurs se devaient d’être magnifiques.

Elle s’approcha du premier des candidats et l’observa avec un œil d’experte. Elle souriait toujours, mais elle avait aussi l’air sérieux, ce qui lui donnait une expression assez irrésistible, de toute façon quelqu’un d’aussi beau qu’elle aurait pu faire la pire des grimaces en restant attirante, mais passons. Le garçon était largement plus petit qu’elle, il faisait bien vingt centimètres de moins qu’elle, mais vu qu’elle portait des talons ça devait réduire à une dizaine de centimètres de moins. Ca n’était pas quelque chose qui dérangeait particulièrement Meike dans l’absolu, si elle avait dû être difficile à ce niveau-là elle aurait été obligée de franchement réduire son nombre d’amants. Il avait un visage très souriant, un corps musclé et sportif, des yeux bleus qui ressortaient joliment avec sa peau mâte, des cheveux châtains qui lui tombaient dans la nuque et devant les yeux en question, et un visage plutôt souriant. Il avait un beau sourire, Meike devait l’admettre. En fait, il était totalement commestible.

« Comment tu t’appelles ? » demanda Meike avec un sourire.

« Zachary. » répondit-il avec un autre sourire en retour.

« Je suis désolée, Zachary, mais je ne sais pas dans quel but je dois faire ce choix, alors je vais devoir me restreindre aux majeurs. »

Le Zachary en question sembla un peu déçu mais Meike ne lui accorda pas plus d’attention que ça une fois passé ce rapide échange, elle avait un choix à faire et encore cinq postulants. Ou plutôt… quatre.

« Je suis Will. »

« Et tu n’es définitivement pas majeur non plus… » répondit Meike avec comme un air gentiment moqueur.

Les deux adolescents oubliés, il lui restait donc encore quatre possibilités. Elle vérifia d’un coup d’œil que tous les autres avaient l’air majeurs, ce qui était le cas, puis s’attarda sur le mâle suivant. Il s’agissait d’un grand vingtenaire bien musclé. Exactement le genre d’hommes qu’elle aimait (mais en gros c’était le cas pour tous les participants, mineurs inclus). Il avait des cheveux courts et blonds, et son t-shirt noir laissait apparaître des muscles bien développés. Il se tenait bien droit, ce qui permit à Meike de comprendre qu’elle était face à quelqu’un de réellement très sportif. Evidemment, elle ne suivait pas vraiment le sport, autrement elle aurait reconnu la Torpille à qui elle faisait face, quoi que son visage lui dît vaguement quelque chose, mais Meike avait vu tellement de têtes dans sa vie qu’elle finissait par avoir l’habitude de ne pas se souvenir de tout le monde (enfin, dans son métier elle s’en souvenait, ça voulait donc dire qu’il n’était pas quelqu’un « d’important » dans son monde à elle).

« Ton nom ? »

« Anthony. » répondit l’homme avec un sourire.

« Désolée Anthony, tu es tout à fait à mon goût… Mais je crois que je vais me restreindre aux majeurs et aux hétéros, histoire de ne prendre aucun risque. »

L’homme sembla étonné qu’elle puisse savoir qu’il était homo, elle se contenta de lui sourire et de passer au suivant. Dans le monde de la mode, l’homosexualité était plutôt répandue. Il y avait de tout de la grande folle à la lesbienne qui n’assumait pas sa féminité, et un peu de tout entre ces deux clichés. Meike avait fini par avoir un « gaydar » très développé, ce qui lui avait permis d’éviter certaines situations gênantes. Elle observa le quatrième postulant. Il semblait avoir une toute petite vingtaine et Meike hésita à ne pas le choisir de peur qu’il ne soit pas majeur lui aussi. Mais il avait quelque chose dans le regard qui lui plaisait. Un regard très bleu et un peu fixe, qui n’avait pas l’air intimidé pour un sou, et pourtant elle était plus grande que lui et était en train de le juger. Il avait des cheveux courts, châtains clairs, et une peau claire elle aussi.

« Je suis Jake. » lui dit-il avant qu’elle n’ait eu le temps de lui poser une question.

Et il sourit, un petit sourire doux et discret, mais qui avait assez d’assurance pour que Meike décide de le garder dans ses possibilités. Elle hocha simplement de la tête puis passa au suivant. Il avait une silhouette… Disons qu’il avait une silhouette tout à fait au goût de Meike, musclée, une vraie armoire à glace, il se tenait particulièrement droit et il y avait quelque chose de militaire dans sa posture. Meike était déjà sortie avec des militaires, et en général ils étaient de plutôt bons amants, passionnés, et… disons qu’ils faisaient ce qu’ils avaient à faire avec application, ce qui était dans le domaine de la sexualité plutôt une bonne chose. Il avait les cheveux châtains, courts, et des yeux bruns pleins d’intelligence.

« A qui ai-je l’honneur ? »

« Anthony. »

« Encore un. » dit-elle avec un sourire.

Elle passa au dernier postulant mais cette fois ne s’attarda pas beaucoup sur lui. Il avait quelque chose dans le regard qui l’attirait, mais tout le reste n’était pas vraiment à son goût. Il était maigre et avaitl’air d’un drogué, ce qu’il était ou avait sûrement été. Il avait l’air un peu perdu aussi, mais assuré, un mélange que Meike n’aimait pas. Les gens qui n’assumaient pas leurs faiblesses avaient tendance à facilement faire des conneries, et en amour Meike préférait garder les choses simples. Après lui avoir demandé son nom, elle expliqua à Chuck qu’il lui plaisait mais qu’elle essayait de rester simple dans son choix.

Restait donc Jake et Anthony le militaire. Elle se mit devant eux deux, et essaya de départager. Elle décida de leur poser des questions. Pour commencer, elle leur demanda leur âge. Jake était plus dans les âges des jeunes hommes qu’elle fréquentait en général (au grand damne de sa fille aînée) mais quand elle lui demanda s’il avait une petite-amie (après tout la Brume pouvait très bien lui avoir demandé de faire ce choix pour ce genre de raisons, hein, si son consolateur avait parlé de « séance shopping »), il avait dit que non et Meike avait pu percevoir une sorte de trace de peu d’expérience. Anthony lui, semblait lutter pour dire non, et Meike pensa qu’il n’avait pas tout à fait fait son deuil de sa dernière relation. Elle posa d’autres questions, apprenant que Jake était Sywhaîd pour étudier, qu’Anthony aussi mais qu’en plus il y jouait le rôle de menuisier. Elle apprit aussi qu’Anthony avait été militaire, qu’il était français (ce qu’elle avait compris par son accent) et qu’il se spécialisait dans le domaine élémental (ça ça ne lui disait rien mais elle ne posa pas plus de question, voulant éviter de perdre du temps). Jake lui apprit qu’il venait d’une communauté de sorciers au Canada, qu’il avait beaucoup voyagé et qu’il avait une cousine à Sywhaîd qui était venue avec lui.

Après quelques hésitations, Meike se tourna vers Jake :

« Je suis désolée, je vais devoir te demander de partir avec les autres. »

Elle lui sourit, montrant ses belles dents bien blanches et bien alignées, avant de tendre sa main vers Anthony :

« Du moins si tu es d’accord pour rester ? »

Le menuisier hocha simplement de la tête et les autres partirent, suivis bientôt de son consolateur. Elle sourit à l’ancien militaire. Le fait qu’il ait un travail manuel avait joué, bien sûr (le travail du bois était quelque chose de particulièrement sensuel d’après Meike), mais aussi le fait qu’il n’ait mentionné aucune attache. La cousine de Jake pouvait devenir rapidement une complication. Et puis, Anthony avait l’air plus expérimenté, plus assuré. Il était vraiment attirant. Très très attirant. Mais bon, Meike n’était même pas certaine qu’on lui ait demandé de choisir un des postulants pour ça, d’ailleurs, après un nouveau sourire, elle demanda :

« Et maintenant ? Tu as une idée de ce qu’on est sensés faire ? »

Elle avait bien sa petite idée derrière la tête mais… Et bien peut-être que la Brume lui briserait tout espoir ?

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MessageSujet: Re: Quête de Meike Johanssen   Mer 13 Jan - 15:09

Pour toute réponse, Meike obtint un imperceptible hochement de tête accompagné d’un sourire énigmatique. Bien sûr qu’il savait. Il inspira, se redressant ainsi de toute sa hauteur –il faisait facilement la taille de sa compagne, et sans les talons encore- et posa une main dans le dos de Meike. Alors, avec une autorité naturelle il l’invita à la suivre. Le jeune homme ouvrit l'une des portes et ils se retrouvèrent immédiatement en rase campagne. Finie la pièce raffinée. Ils marchèrent un très court instant en silence avant d’apercevoir des bâtiments.

" C’est là qu’je bosse ", commença Anthony.

Ils traversèrent rapidement la scierie avant de croiser Bulle, une pelle à la main, couverte d’une substance noirâtre sur ses habits de laine. Elle avait l’air fourbu et affichait une mine renfrognée. En continuant encore, le menuisier pointa du doigt une petite chose rose qui courrait dans la Lande, apeurée, poursuivie par une grosse chèvre toute noire, visiblement pas contente du sort que lui avait fait subir la petite Zoé. Ils continuèrent leur visite par les cuisines, la teinturerie, etc., et soudain Anthony attrapa Meike par le bras pour l’arrêter. Quand il parla à nouveau, son ton ressemblait plus à celui de l’ancien militaire qu’au futur sex-buddy choisi en magasin, soyons honnêtes.

" On a tous un rôle ici Meike…"

Il regarda Zoé, au loin, qui courait toujours pour échapper à la chèvre, et soutint à nouveau le regard de Meike.

" Et toi… Tu f’ras quoi pour nous ?... Pour nous tous ?! "

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MessageSujet: Re: Quête de Meike Johanssen   Ven 15 Jan - 23:04

« Probablement pas couper du bois. » répondit-elle avec un sourire qui avait la faculté d’être à la fois pleins de charme, et qui à la fois montrait une certaine distance.

Il faut dire que Meike était déçue. On commençait par lui donner l’impression qu’elle allait avoir des épreuves plus civilisées, plus dans on élément, et en fait on la remettait dans la campagne, retour à la case départ, bien accompagnée mais tout de même. Et puis, surtout, elle voyait Zoé qui courait au loin et ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter. Elle avait beau essayer de se convaincre de se dire que ça n’était qu’une illusion, que la vrai Zoé était avec son oncle Manny dans la campagne Ecossaise et qu’elle ne viendrait pas à Sywhaîd avant que sa mère et sa grande-sœur n’entrent à Sywhaîd, ça ne changeait rien, ce qu’elle voyait, c’était sa gamine adorée chargée par une chèvre. Autant elle n’avait pas été traumatisée plus que ça par l’apparition de Bulle (hey, même une accro aux fringues comme Meike pouvait admettre qu’on ait besoin de s’habiller mal pour certaines corvées, et elle préférait encore que Bulle salisse des vêtements moches plutôt que ses vêtements de créateurs), autant celle de Zoé la perturbait pas mal. Bon, okay, objectivement elle savait que Sywhaîd était un endroit un peu dangereux pour les mômes, mais elle pensait que la campagne était en gros aussi dangereuse que la ville, seulement d’une façon différente, et elle faisait confiance à ses gamines pour s’adapter… Quoi que cette histoire de chèvre…

« Enfin, je sais quand même faire pas mal de choses. Je ne sais pas couper des bûches, donc, et encore moins travailler le bois. Par contre je sais… Cuisiner. Je cuisine très bien. » enchaîna-t-elle, et ça n’était pas de la vantardise. « Bon, je n’ai pas d’expérience dans le fait de nourrir un grand nombre de personnes, mais j’apprends vite. »

Ca aussi c’était vrai. Meike était quelqu’un d’intelligent. Elle était une de ces personnes qui s’étaient faites elles-mêmes et qui l’avaient fait avec intelligence. Devenir mannequin lui était plus ou moins tombé dessus, mais tout le reste, elle l’avait décidé. Elle avait vite vu que la drogue n’était pas ce qui aidait à rester sur les podiums, et avait arrêté d’en prendre. Elle avait aussi vite compris qu’il fallait se cultiver si elle voulait durer après sa carrière de top modèle, elle s’était ensuite découvert un grand goût pour la littérature et la philosophie, mais à la base elle ne s’y était mise que pour briller en société. Son image de femme classe, sophistiquée et cultivée, elle l’avait créée à partir de rien, et l’avait fait en apprenant aussi rapidement qu’elle le pouvait. Elle était comme ça d’une manière générale, capable d’apprendre rapidement n’importe quoi si elle en avait besoin. Comme la fois où elle avait dû faire ses comptes elle-même parce que son comptable avait eu un accident de voiture et qu’elle ne lui trouvait pas de remplaçant pour faire sa déclaration à la dernière minute… Elle s’était débrouillée, et avait continué à les faire toute seule par la suite.

« Je peux faire du ménage aussi, j’imagine qu’on en a toujours besoin. »

L’idée de se retrouver femme de ménage n’était pas vraiment des plus sympathiques pour Meike, mais elle savait qu’elle aurait sûrement à faire des corvées qui ne lui plairaient pas, après tout ça faisait partie du deal, non ?

« Je suis très organisée et très douée pour organiser. Et je sais d’expérience qu’on a toujours besoin de ce genre de qualités, dans n’importe quel endroit. »

Petit à petit, elle semblait un peu plus à l’aise. Elle avait momentanément oublié sa cadette et ses histoires de chèvres et avait repris ses marques dans la conversation. En l’occurrence, en fin de compte, elle était plutôt en terrain connu, puisqu’il s’agissait de se vendre. Et Meike avait passé sa vie à ça. Passer des entretiens d’embauche, se vendre par avance à tous les gens qu’on connaissait, pour faire en sorte qu’ils pensent forcément à vous quand ils avaient besoin d’embaucher quelqu’un. Oui, Meike se débrouillait plutôt bien à ce petit jeu. Elle souriait et son regard brun brillait de l’intelligence qu’on y trouvait habituellement. En la voyant comme ça, on aurait presque pu croire qu’elle avait vécu à Sywhaîd toute sa vie. En fait elle était simplement quelqu’un de particulièrement adaptable, capable d’être à l’aise à peu près n’importe où.

« Et je suis quelqu’un d’assez doué pour les travaux méticuleux. J’imagine qu’il doit bien y avoir de la broderie à faire ou des trucs du genre, une fois qu’on m’aura montré les techniques, je me débrouillerai. J’ai l’œil. »

Elle sourit de nouveau. Elle allait s’arrêter là, mais ajouta tout de même après quelques fractions de secondes de réflexion :

« D’une manière générale, j’apprends vite. Et si j’entre à Sywhaîd, j’accepterai d’apprendre tout ce dont j’aurai besoin pour aider. »

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MessageSujet: Re: Quête de Meike Johanssen   Sam 23 Jan - 11:58

Anthony hocha sobrement la tête. Ça, Meike n'avait pas choisi le jeune homme le plus expressif. Le menuisier semblait assumer son rôle avec grand sérieux.

"Impeccable. Je pense que cela sera amplement suffisant pour la Brume. On arrive à la fin de ta Quête. Une dernière chose à faire ou à ajouter, peut-être ?"

Il lui sourit, et, la tenant toujours par le bras, exerça dessus une légère caresse du bout du pouce.

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MessageSujet: Re: Quête de Meike Johanssen   Lun 25 Jan - 11:00

Un sourire ravi s’afficha sur le visage de Meike. Un sourire qui était sincèrement joyeux, rassuré mais aussi… conquérant. L’ancienne top model était habituée à réussir. En général, quand elle se donnait les moyens de faire quelque chose, il était plutôt rare qu’elle échoue. Elle était comme ça, elle pesait le pour et le contre, même quand elle avait l’air de faire quelque chose sur un coup de tête, et se donnait toutes les armes pour réussir. Du coup il y avait une certaine dose d’habitude dans ce sourire victorieux. Elle n’avait pas perdu la main. Elle sourit donc, et quelque chose d’un peu différent pétilla dans son regard. Elle avait l’air soudain un peu dangereuse, elle ressemblait un peu à un beau prédateur, une panthère noire ou quelque chose de ce genre. On aurait pu croire qu’elle allait avaler Anthony tout cru, et pourtant le sourire illuminé de ses belles dents blanches qui accompagnait ce regard donnait presque envie de se faire dévorer.

Mais Meike n’était pas cannibale, non, non. Tout cela était à prendre au figuré. Un figuré qui mettait tout de même le double d’Anthony plutôt en danger, quand une femme vous regardait comme ça, vous n’aviez pas beaucoup de solutions de repli. D’ailleurs, la quadragénaire ne laissa pas le temps au menuisier de réagir. Il la tenait toujours par le bras, elle se détacha donc rapidement de ce contact, et tendit le bras. Avec la rapidité d’un félin, elle agrippa le t-shirt noir du français, et l’attira à elle pour avaler la courte distance qui les séparait encore. Sans laisser un seul instant de flottement, elle colla ses lèvres contre celles d’Anthony, en fermant les yeux.

Le baiser fut bref, et plutôt léger. Meike était une croqueuse d’hommes, mais elle était aussi quelqu’un de distingué qui n’était pas du genre non plus à les avaler tout crus sans leur consentement. Tout en continuant à tenir Anthony par le haut du t-shirt, elle se détacha de lui et lui sourit, toujours avec ce sourire de panthère.

« Je ne pouvais pas laisser passer une telle occasion. »

Elle lâcha enfin le vêtement du menuisier et tapota deux petits coups à l’endroit où elle l’avait agrippé, avant de lisser rapidement le pli qu’elle avait fait, sans pour autant en profiter plus que ça, même si c’était bien agréable de devenir les muscles sous le tissus fin. Elle s’éloigna ensuite d’un pas, passa une main dans ses cheveux, et conclut :

« Merci. »

Son sourire était un peu trop en coin pour qu’on puisse tout à fait discerner qui elle remerciait. La Brume pour la laisser entrer ou Anthony pour le baiser ? Allez savoir…

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MessageSujet: Re: Quête de Meike Johanssen   Mer 27 Jan - 20:30

Le menuisier se laissa faire de bonne grâce, mais sans zèle excessif. Lorsque Meike l'eut embrassé, il la regarda rendre à son t-shirt son aspect normal. Dès qu'elle se fut écartée, c'est sur elle qu'il posa les yeux. Ce n'est que lorsqu'elle l'eut remercier qu'il daigna manifester une quelconque émotion, puisqu'un rictus énigmatique apparut fugitivement sur son visage. Il retrouva presque aussitôt une attitude très digne, presque trop "rigide" : chassez l'ancien militaire, il revient au pas de course (une, deux, une, deux).

"Mais de rien. Je n'ai fait que mon devoir."


Et il s'éloigna dans la Brume ; tout juste s'il n'avait pas claqué les talons avant de les tourner. A peine sa silhouette avait-elle disparu que le sol changea de texture, pour se transformer en...glace. La brume ensuite se dissipa. Meike était arrivée au beau milieu de Sywhaîd ; c'est-à-dire au beau milieu d'un loch gelé.

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