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 Quête de Juliet Norton

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Juliet Norton
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MessageSujet: Quête de Juliet Norton   Mer 25 Nov - 21:55

« T’es sûre que tu veux que je t’arrête là ? »

Juliet tourna un regard amusé parfaitement imité vers Ira, le père de famille bien sous tout rapport qui l’avait prise en stop du côté de Glenfinnen. Elle sourit d’un air innocent avant de dire, plongeant ses grands yeux dans ceux de son interlocuteur :

« Oui, je t’assure… La ferme de mon oncle est à moins d’un kilomètre, par là, j’y serai dans dix minutes. »

Elle sourit de nouveau. Il commençait à sacrément la gonfler celui-là avec ses airs protecteurs. Surtout que c’était rien d’autre qu’un pervers comme les autres, elle l’avait vu regarder dans son décolleté. Bon, okay, le décolleté en question était bien trop plongeant, mais elle avait une belle poitrine, autant en profiter avant de devenir une vieille dondon avec les seins sur les genoux. Elle se tortilla un peu sur son siège, imitant l’impatience innocente d’une jeune fille qui avait hâte de retrouver son cher oncle, qu’elle n’avait pas vu depuis bientôt cinq ans !, au lieu de l’impatience plus désagréable qu’elle ressentait vraiment. Quand est-ce que ce crétin allait accepter de la laisser sortir ? Oh elle pouvait sortir toute seule, d’autorité, mais elle savait que ça risquait de réveiller des instincts non avouables du gentil quadra, ou même lui donner de mauvaises idées. Si elle avait une expérience dans un domaine, c’était bien dans celui de ne pas pousser la personne qui lui faisait face dans une situation de conflit. Alors elle attendait, avec l’air de ne pas vraiment attendre. Merde, ils auraient dû la prendre à Julliard, elle aurait eu des millions et n’aurait pas été obligée de dépenser ses dernières économies, ou plutôt, les dernières économies d’Ike dans ce voyage stupide.

« Okay, et bien, je vais t’aider à sortir le sac du coffre. »

Il sortit de la voiture et, seulement, Juliet s’autorisa un soupir excédé. Il voulait peut-être se convaincre qu’il était bien attentionné et tout le reste mais en réalité, il n’espérait qu’une chose, qu’elle lui propose une petite séance de jambes en l’air pour le remercier de l’avoir prise en stop. Il pouvait toujours courir. A partir du moment où il acceptait de l’amener là où elle voulait sans contrepartie, elle n’allait pas se mettre en frais. A son avis, il avait manqué quelques cours dans le domaine des négociations dans son école de VRP. Elle sortit de la voiture sur cette pensée et le rejoignit devant le coffre.

« Tu es sûre que tu ne veux pas une veste ? »

Elle sourit d’un air touché. Touchée ? Tu parles ? Ca faisait dix fois au moins qu’il essayait de lui refiler sa pelure qui puait l’eau de Cologne bon marché. Il faut dire qu’au beau milieu de l’hiver écossais, elle avait un drôle d’air avec sa robe porte-feuille d’inspiration vaguement asiatique, blanche avec des motifs jaunes/dorés dessus, en un tissu qui ressemblait à de la soie (mais qui n’en était pas, si ça n’en a pas le prix, c’est du faux, Juliet avait assez travaillé dans un magasin de vêtements pour le savoir). Cette robe qui lui arrivait mi-cuisse, sous laquelle elle ne portait (en plus de son ensemble soutien-gorge-boxer en dentelle dorée) qu’une paire de collants en résille couleur chair et des escarpins blancs. Terribles chaussures dont l’avant était très pointu. Des chaussures à hauts talons, évidemment. Ses cheveux étaient lâchés autour de son visage de poupée, ondulant légèrement.

« Oh mon oncle aura une veste, j’ai vraiment été stupide d’oublier la mienne dans le train, alors je vais assumer, je ne voudrais pas te dépouiller de la tienne. »

Elle assortit cette réponse d’une moue adorable qui, elle le vit en temps réel, fit naître quelques images honteuses dans l’esprit du père parfait qu’elle avait devant elle. Elle joua avec son collier pendant un instant, c’était un long rang de perle, un sautoir, qu’elle avait enroulé plusieurs fois autour de son cou et qui descendait plus bas que son vertigineux décolleté. Le seul autre bijou qu’elle portait était une bague, une agate à peine taillée, assez énorme, qui ressortait près de ses ongles dorés, et qui lui permettait de supporter le froid. Une des choses les plus chères qu’elle possédait, et une des choses les plus utiles aussi.

« Bon, bon… »

« Je vais y aller. » dit-elle en prenant son sac, un petit sac de voyage de rien du tout. « Merci encore Ira, tu m’as sauvé la vie ! »

Elle dit ça sur un ton tellement convaincu que l’homme en face d’elle eut l’air de se prendre réellement pour un super héros, alors que tout ce qu’il avait fait c’était l’accepter dans sa voiture. Elle lui sourit, un sourire innocent adorable qui permettrait au vieux cochon de laisser court à son imagination, puis fila dans la campagne, en faisant bien attention d’avoir l’air de savoir où elle allait. Marcher dans la neige n’était pas évident avec les chaussures qu’elle portait, mais toutes ses chaussures étaient munies d’un sort antidérapant. C’était une de ses anciennes amies qui le lançait sur ses chaussures à chaque fois qu’elle en achetait, parce qu’il pouvait faire froid à Washington, et que les talons étaient dangereux à porter par là-bas aussi si on ne faisait pas attention.

Au bout d’une dizaine de minutes de marche, elle vit la brume. Elle resta un instant à la regarder. De l’autre côté se trouvaient son frère et sa sœur. Elle ne savait pas exactement pourquoi elle les rejoignait. Sywhaîd semblait être le seul endroit sur terre où elle pouvait s’arrêter un moment pour recommencer sa vie, pour mettre les choses à plat. Et puis… Elle avait des choses à régler avec Will et Marybeth. A cette pensée, un sourire mauvais apparut sur son visage de poupée de porcelaine et elle avança, déterminée, serrant son sac contre elle. Une fois dans la Brume, quand elle ne vit plus rien, elle s’arrêta.

« Et maintenant ? » demanda-t-elle d’un air un peu agressif.

Elle n’y connaissait pas grand-chose en Grandes Entités magiques, et pas grand-chose sur Sywhaîd non plus, à part ce que ses parents lui avaient dit quand ils avaient préparé le procès contre Mary, et ce qu’elle avait entendu au tribunal pendant ce dernier. Elle savait que la Brume la jugerait grâce à une Quête, et qu’il fallait être honnête si on souhaitait y passer. Elle se força donc à abandonner ses habitudes de manipulatrice.

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Ven 27 Nov - 7:49

"SURPRIIIIIISE !"

Le cri retentit soudain, repris par des dizaines de personnes qui, tout à coup, se redressèrent, chassant du même coup les pans de Brume qui les dissimulaient. Un peu de vent en dissipa quelques autres, et une sorte de grand buffet campagnard apparut, auquel il ne manquait rien, ni les plats de fête, ni les décorations fleuries, ni le champagne frais. Sur la nappe écossaise, des guirlandes de papier annonçaient : "Welcome Juliet !" Tous les Sywhaîdiens semblaient s'être rassemblés pour l'occasion, ils s'approchaient à présent de l'arrivante, le sourire aux lèvres, lui tendant déjà qui un canapé, qui une coupe. Tous, sauf ceux qui l'avaient connue, évidemment.

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Juliet Norton
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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Dim 29 Nov - 12:09

Pour une surprise, c’était une surprise. Juliet ne s’était pas attendue à ce genre de manifestations, loin de là. Quand des inconnus apparurent en criant « surprise ! », elle fit un bond assez impressionnant avec un cri, et recula de quelques pas, avant de reprendre ses esprits et de s’arrêter. Ouf. Bon. Elle avait eu peur. Elle porta sa main à son cœur, qui battait un peu trop vite, et sourit, une jolie moue qui donnait l’impression qu’elle disait « ohlala vous m’avez eue. ». C’était une réaction plus automatique qu’autre chose puisqu’en fait, Juliet ne savait absolument pas qui l’avait eue, ni pourquoi. Elle ne connaissait aucune de ces personnes, même s’il y en avait plusieurs qu’elle aurait bien aimé connaître, comme ce grand brun à l’air espagnol là. Muy cariente. Elle prit d’ailleurs la coupe de champagne qu’il lui donna avec un sourire ravi.

Tout en avançant vers le buffet, elle observa les gens qui l’accueillaient tous si chaleureusement. Elle ne fut pas franchement étonnée de ne pas avoir sa famille. Il faut dire qu’elle n’avait pas oublié que c’était une épreuve, une partie de la Quête, et Juliet était quelqu’un d’intelligent, de plutôt fin, malgré ce qu’elle laissait croire aux gens. Si elle avait été la Brume, elle ne l’aurait pas confrontée tout de suite à ses frères et sœurs, elle aurait gardé ça pour plus tard. Elle n’avait pas vraiment essayé d’imaginer ce que serait cette Quête, elle avait préféré ne pas se poser de question, avancer à l’instinct. Si elle s’était posé trop de questions, elle ne serait jamais venue à Sywhaîd. Mais maintenant qu’elle était dans la Brume, essayer de comprendre ce qui se passait lui semblait vital. Alors, oui, elle imaginait que c’était une simple mise en bouche. Une façon d’amener les épreuves les plus compliquées.

Alors elle en profiterait. Elle laisserait la Brume faire ce qu’elle voulait, de toute façon, elle n’avait aucun moyen d’agir autrement. Mais elle profiterait de cette épreuve là pour se mettre dans l’ambiance. Arrivée au buffet, elle prit une gorgée de champagne, dieu qu’il était bon !, Juliet ne buvait pas du champagne assez souvent pour se rendre compte de s’il était de bonne qualité ou non mais celui-là lui plaisait, puis se composa une assiette. De la viande, sûrement du mouton, un peu de compote de pommes, de la purée. Rien de bien compliqué, mais ça convenait à Juliet. Elle avait toujours rêvé de faste et de classe, mais elle avait finalement des goûts plutôt simples à la base, même si elle ne l’aurait pas vraiment avoué. Elle posa son verre sur la table, et commença à manger en souriant à un mec qui la regardait, il ne l’intéressait pas, il faut dire qu’il avait un bébé bavant dans les bras, pas vraiment le genre de trucs qui attiraient Juliet, mais il lui souriait. Elle lui fit un signe disant que c’était très bon et il la remercia. Bon, visiblement, ça devait être le cuisinier, elle inscrivit cette information dans sa tête. Elle imaginait que ces personnes étaient les vrais sywhaîdiens, c’était plus logique. C’était pas mal du coup, elle pouvait commencer à apprendre des choses avant de s’installer, ce serait une arme pour se faire mieux accepter.

Après plusieurs bouchées, elle se sentit un peu plus forte, elle n’avait mangé qu’un sandwich dans le train, et ne savait pas dans combien de temps elle pourrait manger de nouveau. Tranquillement, elle avança jusqu’à un des mecs qui avaient attiré son œil. Elle lui sourit, avec un air un peu timide, mais pas trop non plus, la timidité mettait en confiance mais n’était pas non plus très attirante, il s’agissait de trouver le bon équilibre.

« Je suis Juliet… Enfin… j’imagine que tu le sais déjà. Et tu es ? » demanda-t-elle avec un sourire gentil.

A vrai dire, elle ne voyait pas trop où la Brume voulait en venir pour l’instant, et ça l’angoissait un peu. Ne pas comprendre les objectifs ne lui plaisait pas. Elle aimait savoir les règles du jeu.

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Dim 29 Nov - 15:58

"Non, je savais pas, mais j'suis enchanté de l'apprendre. Je m'appelle Adam", fit le jeune homme en question, avec un sourire des plus charmeurs, qui disait assez bien, effectivement, son degré d'enchantement. Il tendit une main amicale à la nouvelle venue ; avec son accent british et cette espèce de nonchalance élégante qui le caractérisait, on pouvait s'attendre à ce que l'austère poignée de main se transforme en baise-main. Mais Juliet ne sut jamais ce que le dénommé Adam avait exactement en tête, parce qu'à cet instant, une brune, passablement bien roulée et, en outre, mise en valeur par des vêtements pour le moins sexy, posa la main sur l'épaule de l'anglais, et interrompit leur salutation.

"Ben voyons", ironisa-t-elle. Pour le coup, son accent n'avait rien d'anglais, ses propos avaient davantage à voir avec une bouillie américaine que la gravité de son timbre parvenait pourtant à rendre séduisante. "C'est ça ton nouveau truc ? Essayer d'me rend' jalous' avec l'pire choix qui soit ?" La demoiselle esquissa un sourire fauve, animal, et poursuivit, tandis qu'Adam pâlissait sur place, de colère contenue.

"Et lui fair' croir' qu'tu sais pas qui c'est ? C'm'on, Adam ! C'pas d'ton niveau !" Et à destination de Juliet, quelque chose de sombre et de menaçant dans le regard :"on sait tous très bien qui tu es."

Il se retourna, s'approcha de l'Amazone, et lui chuchota des choses que Juliet ne put pas entendre, car elles furent étouffé par l'espèce de murmure provoqué par un léger mouvement de foule autour d'elle. Les gens étaient souriants, mais perplexes ; ils se demandaient ce qu'il se passait. Certains discutaient de l'incident à voix basse. Un autre homme s'approcha de Juliet, par derrière, et à son oreille, fit d'une voix veloutée :

"Peu importe qui tu es, Juliet ; ici, on ne fait aucune différence. Tu es la bienvenue parmi nous."

Il lui souriait chaleureusement -un peu trop, sans doute. Il avait dans le regard une lueur que Juliet avait probablement déjà surprise dans plus d'un regard masculin.

"Tu d'vrais essayer les poires aux épices, Juliet !"
enchaîna sympathiquement, mais plus maladroitement, un type à lunettes un peu timides, qui manqua de renverser le plat en question en le lui tendant, et ne dut le salut qu'à l'intervention d'un autre Sywhaîdien qui, ce faisant, le poussa du coude d'une manière tout sauf discrète. De ce côté également, l'atmosphère commençait à être électrique.

"Bon, bon, du calme !" fit une voix, au-dessus de la mêlée, profonde, grave, calme. Mais l'homme qui avait parlé ne s'attira qu'une série de protestations, selon lesquelles il aurait mieux fait de ne pas s'en mêler, et d'arrêter de se la jouer GAF (Grande Autorité Frigorifique). Certains se prenaient à parti par groupes de deux, trois, ou davantage. D'autres levaient les yeux au ciel, et, hochant négativement la tête, convenaient que c'était "une erreur" d'avoir prévu cet accueil. D'antres encore, moins nombreux, dont faisait partie le cuisinier au bébé, s'éclipsèrent, l'air mi peinés, mi inquiets, pour disparaître dans la Brume.

C'est que les choses commençaient sérieusement à tourner au vinaigre. Le début d'une belle foire d'empoigne, d'autant plus violente et brutale qu'elle était née de façon très soudaine. Quel malheur ! une si bonne compote de pommes !

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Lun 7 Déc - 11:43

« Enchantée, Adam… » commença Juliet, avec un adorable sourire, tout en tendant sa main.

Sauf qu’elle n’eut jamais l’occasion de terminer le mouvement. Elle fut bien trop vite interrompue par une fille qui faisait pratiquement une tête de plus qu’elle, qui avait une crinière brune impressionnante, et des formes, une silhouette et une attitude qui faisait d’elle une potentielle adversaire. Juliet corrigea bien vite ce jugement quand Asa ouvrit la bouche. Non, en fait, c’était elle qui s’était positionnée malgré elle en adversaire visiblement. Il ne fallait pas être la personne la plus psychologue du coin pour se rendre compte qu’Adam et Asa avait un passif. Et que ce passé n’était pas tout à fait réglé. La tension sexuelle était au moins aussi parlante que ce que l’américaine (new-yorkaise visiblement, il n’y avait qu’eux pour avoir cet accent horrible) dit. Juliet haussa les sourcils, d’un air étonné parfaitement feint. Oh, je m’interpose ? Désolée… C’était ce que cette attitude semblait dire, même si l’américaine eut du mal à ne pas montrer sa colère. Non mais, c’était quoi cette nana avec son débardeur rouge qui venait l’insulter alors qu’elle ne la connaissait même pas ?

C’est justement quand elle était en train de penser ça, tout en essayant d’avoir l’air le plus neutre possible, que les choses commencèrent à dégénérer. Le signal ne fut pas tout à fait clair, normalement l’aînée des Norton savait les lire, ces signaux qui vous faisaient comprendre que vous alliez avoir à gérer une situation compliquée. Avoir passé son temps avec des hommes de mauvais caractère, qui faisaient dégénérer n’importe quelle situation d’un petit rien, lui avait donné de bons réflexes, tant de lecture que de réaction. Elle avait loupé la lecture, mais la réactivité, elle, ne lui fit pas défaut. Elle commença par s’éloigner le plus discrètement possible du couple. Les histoires de cul entre les gens étaient souvent drôle à faire dégénérer, mais là elle n’avait pas assez d’informations sur l’anglais et l’amazone pour s’en sortir sans y laisser des plumes.

Elle s’éloigna donc un petit peu, mais son chemin fut barré par un homme qui, de derrière elle (elle avait marché à reculons), lui murmura des paroles plus ou moins équivoques. Elle ne put s’empêcher de frissonner. Juliet n’avait rien contre la drague, contre les hommes qui la désiraient, elle en jouait même facilement, mais elle n’aimait pas ne pas maîtriser le jeu. Et là, elle n’avait même pas vu l’homme. En plus, tout ça lui semblait trop menaçant. De quoi parlaient-ils tous ? Pourquoi cette ambiance était-elle soudain aussi électrique ? Elle se retourna et se trouva face à un homme qui souriait, une lueur…. Non, elle n’aimait pas cette lueur qu’il avait dans le regard. Elle frissonna de nouveau, sourit d’un air un peu timide, puis essaya de s’éloigner l’air de rien. Elle commençait à se sentir menacée, et Juliet menacée n’était pas vraiment la personne la plus logique ou la plus cohérente. Elle avait été trop maltraitée dans sa vie pour avoir des réactions tout à fait normales vis-à-vis de ça. Tellement qu’elle en avait plus ou moins oublié qu’elle était dans une Quête, et ne cherchait plus à savoir ce que la Brume essayait de faire, seulement à comprendre ce que les gens qui se trouvaient autour d’elle faisaient et pensaient.

Elle se retrouva face à un anglais à lunettes, qui lui n’avait pas l’air dangereux pour un sou. Au lieu de s’en sentir rassurée, Juliet sentit une vague de dégoût la transpercer. Typiquement le genre de mecs qu’elle ne supportait pas. Gentil, pas sûr de lui, maladroit. Elle recula d’un pas quand il manqua de renverser le pot, sans pouvoir cacher un air un peu énervé. Elle préférait encore le mec d’avant, lui au moins elle savait comment le gérer. Les mecs gentils étaient collants, et voulaient toujours vous aider, ils étaient insupportables. Et surtout, inintéressants. Mais rapidement, l’homme à lunettes fut viré de son champ de vision par une nouvelle personne.

Cette fois, l’ambiance était digne du bar de son quartier après un début d’engueulade. Elle sentait la bagarre pointer, et se demandait comment se sortir de ce mauvais pas. En général, elle arrivait à s’éclipser, quand ce genre de situations arrivait. Ou alors, elle avait quelqu’un pour la protéger. Il était arrivé plusieurs fois qu’Ike se lance dans une bagarre à cause d’elle, et en général c’étaient des soirées qui se finissaient plutôt bien entre eux. Ike n’était jamais aussi tendre qu’après avoir prouvé sa virilité en tabassant quelques mecs qui en avaient après elle puis en ayant couché avec elle une fois rentrés chez eux. Une ou deux fois, il avait même préparé le petit déjeuner au lit. Etonnant.

Mais aujourd’hui, il n’y avait personne pour la protéger. Elle regarda autour d’elle, en essayant de ne pas avoir l’air trop affolé, et vit le mec au gamin se barrer. Bravo, c’était à peu près le seul qui avait l’air assez en forme pour l’aider, et assez « gentil ». Elle soupira. Bon, un mec était intervenu mais personne ne l’écoutait. Les gens s’empoignaient. S’engueulaient. Juliet n’était pas vraiment prise à parti mais elle avait déclenché ça et elle savait que ça lui retomberait dessus à un moment ou un autre. Sauf qu’elle ne savait absolument pas quoi faire. Elle ne connaissait pas ces gens, ne savait pas comment faire pour les calmer, alors qu’elle aurait pu le faire si elle avait seulement passé une heure ou deux avec eux. Là, elle était complètement désarmée.

« Ils vont se taper dessus… »

Elle tourna un regard surpris vers le mec à lunettes de tout à l’heure. Il avait l’air complètement abasourdi. Visiblement, ça n’arrivait pas tous les jours. Et étrangement, l’air étonné de l’anglais, son côté particulièrement désarmé, lui aussi, face à cette situation, rappela à Juliet qu’elle n’était pas dans une vraie bagarre, mais dans une Quête. La Brume attendait qu’elle réagisse, très certainement. Qu’elle fasse quelque chose, qu’elle règle le problème… Ou qu’elle fonce. Enfin, qu’elle agisse quoi, encore plus que si ça avait été dans la vraie vie. Elle décida donc de prendre le temps de réfléchir.

Mais évidemment, elle n’aurait pas quarante minutes avant de réagir. Les gens semblaient de plus en plus nerveux, de plus en plus agressifs, et elle sentait bien qu’ils passeraient bientôt le point de non-retour. Elle se força à se concentrer sur le problème. Qu’est-ce qu’elle ferait en temps normal ? Euh… Oui, non, en général, soit elle partait, soit il y avait quelqu’un pour la protéger et ensuite se barrer avec elle, ça n’était sûrement pas ce qu’on attendait d’elle. Elle soupira. La Brume attendait sûrement qu’elle réagisse d’une façon « communautaire ». Elle ne voyait pas trop ce que la Brume voulait prouver avec cette épreuve, mais elle savait qu’il fallait qu’elle réagisse d’une façon bonne pour les gens, pas juste bonne pour elle. Ca n’était pas vraiment dans sa nature, mais elle n’était pas stupide. Elle savait qu’elle serait forcée de réagir comme ça une fois à Sywhaîd aussi. Oh, elle n’était pas non plus complètement folle. Elle savait qu’elle ne pourrait pas s’empêcher de penser d’abord à son bien être à elle. Mais si son objectif rejoignait celui de la communauté, il n’y avait aucune raison pour qu’elle se prive d’agir comme il faut. En l’occurrence, si elle ne trouvait pas une solution pour que les sywhaîdiens évitent de se taper dessus, ce qui était embêtant pour la communauté, elle risquait d’une façon ou d’une autre de s’en prendre plein la tronche elle-même. Donc, voilà, il fallait qu’elle les calme.

« Aide-moi, tu veux ? » ordonna-t-elle à Wren qui semblait ne toujours pas revenir de ce qu’il voyait.

Il la regarda avec un air perdu et elle lui attrapa la main, le forçant à l’aider à monter sur le buffet. Elle posa un de ses beaux escarpins entre le plat de viande et la purée, l’autre, entre la purée et la compote de pomme. Bon, heureusement, la table était rustique, elle tiendrait le coup. Elle lâcha la main de l’anglais, et hésita un petit instant. Une ou deux personnes avaient tourné des regards étonnés vers elle mais elle n’avait pas encore l’attention de tout le monde. Bon, allez, il fallait se lancer. Elle glissa ses deux index dans la bouche, chacun d’un côté et siffla. Le sifflement était fort, puissant, et aigu. Le genre qui force n’importe qui à détourner son attention de ce qu’il est en train de faire. Des dizaines de paires d’yeux interloquées, voire agressives, se tournèrent vers elle et elle sentit un frisson dans son échine. Si ça tournait mal, elle serait dans la merde, vraiment, elle n’avait personne pour la défendre. Elle pouvait se battre, mais elle ne ferait pas le poids, même pas contre certaines de ces personnes en un contre un, alors une bagarre générale… Elle se força à ne pas y penser. Après tout, elle avait déjà pris des coups. Elle s’était promis qu’elle n’en reprendrait plus, mais si elle devait en passer par là, elle savait qu’elle pouvait le supporter. La douleur finissait par ne plus compter quand on en avait l’habitude.

« Bonjour à tous. » dit-elle d’une voix forte, un sourire aimable sur le visage, mais sans plus avoir l’air timide pour un sou, il ne fallait pas qu’elle montre de faiblesse face à une foule dans cet état. « Je suis Juliet Norton. Je viens vivre à Sywhaîd. Je ne sais pas quel est votre problème, mais visiblement ça a un rapport avec moi, autrement ça n’arriverait pas dans ma Quête. Alors, on va jouer aux bons communautaires, et on va dire ce qu’on a sur le cœur, histoire de crever l’abcès. »

Etrangement, quand Juliet agissait de cette façon, elle ressemblait plus à Marybeth qu’elle n’aurait accepté de l’admettre. Mary avait toujours plus ou moins assumé l’aînesse de la famille à sa place. Et inconsciemment, quand elle devait jouer aux raisonnables, et avoir de l’autorité, une vraie autorité, Juliet prenait exemple sur elle. Après tout, Mary avait été la seule de la famille à réussir à forcer leurs parents à agir comme elle le voulait, parfois.

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Mer 9 Déc - 7:52

Un silence tomba parmi la plupart des Sywhaîdiens, même si certains d'entre eux, qui en étaient déjà venus au mains, continuaient de s'empoigner qui par le col, qui par les cheveux, tout en s'immobilisant pour écouter le discours de Juliet. Wren, qui avait gardé par réflexe sa main tendue vers le buffet y compris après que la Norton ait cessé d'y prendre appui, la replaqua brutalement le long de son corps, lorsque plusieurs de ses compatriotes y eurent jeté un coup d'œil réprobateur. Comme s'il avait craint, bien évidemment, qu'on l'associe à la nouvelle venue. Pour un peu, il aurait bégayé qu'elle l'avait forcé et qu'il n'y était pour rien.

Mais une voix s'éleva avant qu'il ait eu le temps de parasiter la conversation avec ce genre de précisions.

"T'as raison, crevons l'abcès. Le problème, c'est toi. La Brume sait le genre de fille que tu es ; elle sait comment tu fonctionnes. Tu peux faire semblant d'être gentille, de t'intégrer. On sait qu'tu pourras pas. T'aimes manipuler les gens, en fait tu dois secrètement adorer leur faire du mal."

La femme qui avait parlé s'était approché de la table, et quelques autres Sywhaîdiens en avaient fait autant.

"Il n'est pas question qu'on te laisse bousiller l'harmonie d'la communauté. Si tu crois pouvoir nous convaincre du contraire, c'est le moment d'être persuasive. Après tout, t'es sensée être une belle parleuse, non ? Allez, la comédienne, on t'écoute."


Et de fait, les Sywhaîdiens, bras croisés ou main sur la hanche, du plus petit au plus grand, la regardaient, juges sévères mais attentifs.

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Mer 9 Déc - 22:03

Juliet n’était pas une bonne comédienne. Elle n’aurait jamais pu être actrice, elle avait trop de tics, elle surjouait la plupart du temps. Et quelqu’un qui n’aurait pas eu envie de la croire, ne l’aurait pas crue trois secondes. Oui, bon, elle était bonne menteuse, comme sa sœur, mais ça ne faisait pas d’elle une super manipulatrice pour autant. Si elle réussissait son coup en général, c’était simplement parce qu’elle savait aller jusqu’au bout pour avoir ce qu’elle voulait. Elle savait ce que les gens attendaient d’elle, et elle faisait bien attention à ne pas les surprendre. Face à un mec qui voulait la considérer comme un objet sexuel, elle en devenait facilement un, si ça pouvait lui servir. Ca n’était pas plus compliqué que ça. Par contre, convaincre une foule comme ça, qu’elle ne connaissait pas… Et bien, ça n’avait rien de facile. Elle n’était pas comédienne, elle n’était pas capable de jouer à la fille offensée, du moins pas d’une manière assez convaincante pour s’en sortir. Elle n’était pas non plus capable de jurer sur la bible qu’elle changerait pour Sywhaîd, pas d’une façon assez convaincante pour qu’ils la croient tous, et de toute façon la Brume n’aurait sûrement pas cru au mensonge non plus. Elle allait devoir être plus fine que d’habitude, et elle n’aimait pas ça. Quand elle devait vraiment réfléchir, agir différemment que comme elle savait le faire, Juliet se sentait menacée. En danger. Et, bien sûr, elle était loin d’apprécier ce genre de moments.

« Bon euh. »

Okay, y avait mieux comme début de grand discours sensé prouver qu’elle avait sa place à Sywhaîd. Mais, objectivement, oui, elle aimait foutre la merde. Enfin, elle s’était bien retenue pendant pas mal de temps, après tout, tout le temps où elle avait vécu tranquillement ces dernières années, sans rien demander à personne. Elle avait un peu énervé quelques copines, joué à un jeu un peu étrange de chat et de souris avec un de ses voisins, mais à part ça, elle s’était tenue très tranquille. Elle n’aurait pas détruit une communauté avec son quota de foutage de merde de ces dernières années, et elle aurait pu le dire à l’assemblée. Sauf qu’elle savait que c’était un faux argument. Parce qu’à partir du moment où elle avait fui Ike, elle avait largement rattrapé son retard. Elle avait fout une belle merde chez sa famille, chez Ike, et même chez cet idiot de Rob qui a voulu voir en elle la demoiselle en détresse qu’elle n’a jamais été. Ou qu’elle a été y a bien trop longtemps pour qu’elle accepte de s’en souvenir.

« Je sais pas trop quoi répondre à ça. Oui, c’est vrai que j’aime foutre la merde, c’est dans mon tempérament. Je ne suis pas une gentille petite fille qui aime tout le monde et qui veut qu’on vive tous au beau pays des bisounours. Mais je ne suis pas non plus un satan en jupons. J’ai jamais été quelqu’un de super moral, mais je sais me mettre des limites quand il faut. Et là, ben, je suis pas stupide. J’imagine que si je détruis la communauté, comme vous semblez imaginer que je peux le faire, et ça m’étonnerait franchement d’en être capable, j’aurais plus nulle part où aller. Sans compter que j’imagine que la Brume ne serait pas très contente, et les vengeances d’entités magiques et toutes ces conneries c’est pas trop mon genre. »

Bon, évidemment, Juliet ne savait pas comment fonctionnait la Brume. Mais elle pensait vraiment que l’Entité aurait deux mots à lui dire si elle s’amusait à détruire sa petite communauté. Autrement, quel était l’intérêt de la protéger comme ça du monde extérieur ? Elle ne mentait pas non plus quand elle disait douter d’être capable de détruire la communauté. Elle avait un fort potentiel de nuisance, elle le savait, mais de là à détruire une communauté entière, il fallait pas pousser… D’autant plus que les gens allaient vivre avec elle sept jours sur sept. Il y en aurait forcément pour voir clair dans son petit jeu, pour en parler aux autres… Bref, son champ d’action serait limité sur Sywhaîd, du fait que les gens vivaient ensemble tout le temps, et qu’elle n’était quand même pas assez tarée pour jouer à ses petits jeux destructeurs vingt-quatre sur sept. Elle aimait titiller, énerver, jouer avec les gens, mais elle n’avait rien d’une psychopathe capable de faire tourner toute un ensemble de personnes au vinaigre. En plus, elle choisissait en général ses victimes par les faiblesses qu’elle leur voyait et, même si elle n’aimait pas l’admettre, la plupart des gens n’étaient pas assez « faibles » pour tomber dans sa toile, ou du moins pas pour y rester accroché trop longtemps. Il n’y avait donc aucune fausse modestie dans ces paroles, aucun réel essai de persuasion. Juste la vérité.

« Enfin, j’imagine que je vais quand même pas simplifier la vie de certaines personnes, je peux pas vous le cacher. Je vais me faire des ennemis, je vais entrer dans la vie de gens, parfois pour leur mal, parfois non. Mais ça, c’est le cas de n’importe qui entrant à Sywhaîd, non ? Bien sûr j’ai des histoires de famille compliquées, et ce qui se passera avec ma sœur et mon frère risque d’être dur, mais je ne pense pas que ça touche toute la communauté, et pas non plus que ça concerne la Brume du coup. »

De fait, elle avait bien prévu d’aller faire un peu chier Marybeth. Will, lui, ne lui avait rien fait. Enfin, il s’était barré, la laissant toute seule à Washington, et elle le détestait pour ça. Elle le ferait un peu chier, oui, forcément, irait le secouer un peu. Mais Mary, ce serait pire. Parce que ça faisait longtemps qu’elle l’avait abandonnée. Et parce qu’il y avait toujours eu une relation bizarre entre elles, faite de compétition mal digérée, de problèmes de compréhensions et de tout un tas d’autres choses. Elles avaient un passif. Mary ne serait pas contente de la revoir, et comme toujours, Juliet choisirait l’attaque comme arme défensive. Mais tout ça n’irait pas plus loin que des querelles de familles que la Norton considérait comme plus ou moins banales. Pas du matériel de destruction massive de communauté. Et même si elle ne pourrait sûrement pas s’empêcher de s’amuser avec quelques mecs, ça n’était pas la mer à boire non plus. Elle avait du mal à imaginer que la Noble Lande ne soit peuplée que de très gentilles personnes qui passaient leurs temps à se rendre des services et à s’aimer gentiment. Ou alors, oui, okay, que la Brume la recrache dans la campagne écossaise, parce que ça n’était vraiment pas son délire. Elle n’allait pas s’enfermer à Brigadoon pour vivre au monde des bisounours, y avait des limites à tout.

« Et puis bon, vous allez pas me dire que les sywhaîdiens ont pas besoin d’un peu de piment dans leurs vies monotones. Les moutons, ça doit aller cinq minutes, non ? »

Elle ne put empêcher un sourire mi-aguicheur, mi-moqueur de naître sur son visage de poupée à la suite de cette réplique. Qu'est-ce qu'elle venait foutre dans un endroit où il y avait vraiment des moutons ? Des vrais ? Vivants et tout ? Elle n'en avait aucune idée, mais c'était le seul endroit où il semblait être logique d'aller.

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Ven 11 Déc - 22:22

"C'est ça qu'tu crois, hein ? Qu'on est soit des moutons, soit des gens comme toi ?"

La figure de la personne qui avait parlé s'éclaira d'un sourire presque animal. Elle était maintenant contre la table, et posa les paumes de ses mains contre son rebord. D'autres Sywhaîdiens l'avaient rejointe, et reproduisirent ce mouvement.

"C'qui touche un Sywhaîdien, ça nous touche tous, direct'ment ou pas. si tu comprends pas ça, c'est rédhibitoire. Merci pour ta franchis' mais ça n'suffira pas."


Et, comme un seul homme, ils poussèrent brusquement la table, qui se renversa vers l'arrière. Juliet, juchée sur ses talons, ne pouvait que basculer. Elle ne fit pas que tomber de la hauteur de la table : elle tomba de plusieurs dizaines de mètres ; en tout cas, elle dut avoir l'impression que sa chute dura plusieurs secondes, comme si la table avait été placée juste au bord d'un précipice jusque là invisible.

Elle atterrit dans une sorte de grande fosse remplie de milliers, de millions de plumes moelleuses, de quoi faire un édredon digne d'entrer dans le livre Guiness des records. La fosse était circulaire, et Juliet avait atterri... juste au milieu. Avec un pareil matelas, elle ne se fit pas mal ; elle ne s'enfonça même pas beaucoup dans le tas de plumes, beaucoup moins en tout cas qu'elle n'aurait dû le faire après une telle chute. Mais ce n'était pas non plus un endroit formidable où s'attarder. La jeune femme peinerait à rester en surface, à ne pas être noyée dans cet amas cotonneux pourtant bien accueillant. Elle serait obligée d'attraper... une des cordes.

Il y en avait trois, toutes devant elles. La première était tenue par Will ; la seconde par Marybeth. La troisième était attachée à un système de poulie, dont la manivelle était actionnée par un petit garçon. Lorsque Juliet en choisirait une, la personne choisie l'aiderait à sortir de la fosse, et les deux autres disparaîtraient.

[Voilà, à toi de choisir ton tête à tête, et si tu veux, ensuite, de lancer la conversation.]

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Dim 13 Déc - 16:57

« Non, c’est pas du tout…. »

La tarée de new-yorkaise qui l’agressait depuis le début l’empêcha de finir sa phrase. Pourtant, pour une fois, elle n’avait pas voulu dire quoi que ce soit de désagréable. Elle n’avait pas voulu dire que les sywhaîdiens étaient des moutons, mais qu’ils devaient en avoir marre des moutons, les vrais, ceux à quatre pattes, poils bizarres et odeur nauséabonde (bon, elle n’avait jamais approché de vrai mouton mais elle savait quand même à quoi ça ressemblait). Elle n’eut aucun moyen de réagir et, soudain, sans avoir eu le temps de vraiment comprendre ce qui se passait, bascula en arrière. Oh bien sûr, basculer n’était pas la chose la plus agréable… Mais là c’était carrément un cauchemar, la chute était trop longue, beaucoup trop long.

Elle hurla.

Tant pis pour l’idée d’être digne devant la Brume. De ne pas montrer sa peur, ou de montrer qu’elle lui faisait confiance. Là, c’était son instinct le plus primitif qui parlait. L’instinct de conservation. Alors quand elle percuta les plumes, et qu’elle ne fut pas blessée, malgré la chute impressionnante, sa première réaction fut de fondre en larmes. Une réaction qui n’avait rien de réfléchie ou de calculée. Mais le soulagement était tellement grand ! Elle avait été persuadée qu’elle ne s’en sortirait pas, de cette chute. Qu’au mieux, elle aurait terriblement mal. Qu’elle mourrait. Ou même, qu’elle agoniserait pendant des heures. Alors atterrir dans des plumes… Elle pleura. Jusqu’à ce qu’elle arrive à se calmer un peu, et se rende compte qu’elle n’était pas sortie de l’auberge, loin de là.

Des plumes. Des putains de plumes. On ne pouvait pas nager dans les plumes. Et elle n’avait aucune idée de jusqu’où elles allaient. Elle allait finir asphyxiée sous une couche de plumes, c’était peut-être moins sanglant, mais c’était sûrement pas beaucoup plus drôle que de s’exploser la rate contre un rebord de falaise. Elle commençait tout juste à comprendre l’étendue des dégâts quand elle vit trois cordes.

« Putain d’enfoirés. »

Elle ne savait pas vraiment après qui elle en avait. Après ceux qui manigançaient cette Quête sûrement. Elle aurait donc dû accorder au féminin singulier ses insultes, mais elle avait encore du mal avec l’idée d’une Entité toute puissante. Elle avait beau être sorcière, elle était une sorcière tout ce qu’il y a de plus citadine, très éloignée de ce genre de mystères. Jusque là du moins. Elle renifla et sentit les plumes lui chatouiller les narines. Il fallait qu’elle choisisse. Mais elle sentait bien que le choix était un piège. Un foutu piège. Quoi qu’elle choisisse, elle n’en sortirait pas vainqueur, c’était évident.

Ce gamin, avec sa poulie. Connor, très certainement. Elle ne l’avait jamais vu de sa vie, mais il ressemblait à sa sœur, et avait le type Norton à fond donc bon. En plus, elle ne voyait pas pourquoi la Brume lui aurait collé un autre chiard que son neveu dans sa Quête. Bon, dans l’absolu, elle avait du mal à confier sa vie à un gamin de trois ou quatre ans (quel âge avait-il déjà ?), même armé d’une poulie. Mais bon, c’était un truc magique, elle imaginait bien que le but n’était pas de la laisser se noyer une fois qu’elle aurait choisi sa corde. Seulement, qu’est-ce qu’elle aurait à dire à ce gamin ? « Salut, désolée d’avoir témoigné contre ta mère pour qu’elle n’ait plus ta garde ? Tu sais que tu as le même nez que moi ? ». Hum, pas vraiment concluant. Non, Juliet n’avait jamais été à l’aise avec les gosses. Oh elle ne les détestait pas, seulement elle n’y voyait aucun intérêt. Et ce gosse… Ben. Disons qu’il était aussi un symbole de ce qu’elle n’arrivait pas à faire. Elle était l’aînée, et c’était sa petite sœur qui avait un môme, un mec, et qui gérait toute la famille, en plus d’être un super génie. Autant dire qu’elle n’avait pas très envie de se confronter à la preuve vivante de son incapacité à assumer son rôle d’aînée.

Restait Will et Mary. Will qui ne lui reprochait jamais rien, parce qu’il l’aimait et refusait de prendre partie entre Marybeth et elle. Marybeth qui la détestait à cause de ce qu’elle avait fait, qui en avait toutes les raisons. Will qu’elle aimait, presque malgré elle, parce que c’était son petit frère, et qu’elle aurait voulu pouvoir aider, la seule personne qui faisait ressortir des sentiments gratuitement positifs chez elle. Marybeth qu’elle jalousait, qu’elle aimait aussi, c’était sa sœur après tout, mais qu’elle voyait comme une sorte de compétitrice qui gagnait toujours contre elle, quoi qu’il arrive, et à qui elle reprochait d’être partie alors qu’elle avait besoin d’elle.

Elle attrapa une corde, et se hissa hors du trou, avec un air déterminé. Une fois arrivée sur la terre ferme, elle se secoua pour faire partir les plumes, et, tout en continuant à se déplumer, sourit d’un air mauvais et lança :

« Hello Bessie. Missed me ? »

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Dim 20 Déc - 18:28

- Qu'est-ce que tu viens faire là ? répliqua Marybeth d'une voix glaciale, sans l'ombre d'un sourire. Tu ne crois pas que tu as déjà suffisamment gâché nos vies comme ça ?

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Mar 22 Déc - 12:24

« Toujours un mot chaleureux pour sa grande sœur… »

Juliet passa une main dans ses cheveux. Elle avait encore quelques plumes dedans et continua à essayer de les enlever. C’était très énervant ces plumes. Juliet détestait ça, ne pas contrôler son apparence. Et là, les plumes s’étaient nichées un peu partout, gâchant sa tenue. Elle se secoua pour faire tomber quelques plumes, puis repris son déplumage méthodiquement. Elle n’avait pas oublié sa sœur, seulement, malgré tout ce qui venait de se passer, elle n’avait pas oublié non plus qu’elle subissait une Quête, que c’était une épreuve, et que donc cette fille qui était devant elle n’était pas la vraie Bessie. Ce qui au moins lui permettait de prendre son temps pour discuter avec elle, elle n’avait pas à jouer aussi fin qu’avec Marybeth, puisqu’il n’y aurait pas d’autres conséquences que l’entrée ou non à Sywhaîd pour cette confrontation là.

« Bon, sincèrement, je commence à en avoir marre de tout ça. J’ai dû accepter les saloperies que des inconnus disaient sur moi, j’ai fait une chute qui me fera sûrement cauchemarder encore pendant des siècles et maintenant me voilà accusée injustement par ma chère sœur. Alors j’ai deux solutions. Soit je joue le jeu, je fais comme si t’étais la vraie Marybeth et je me vexe, j’argumente, ou même je vexe en retour, comme je le ferais dans la vraie vie. Soit je ne suis pas aussi stupide, et je sais que t’es pas ma vraie sœur, et donc je réponds plus objectivement. »

Elle enleva ce qui semblait être la dernière plume de sa chevelure brune, et la jeta par terre. Elle était entourée d’une bonne trentaine de plumes ce qui donnait un truc un peu bizarre, comme une sorte d’auréole inversée. Elle sourit méchamment et haussa les épaules.

« Alors tu vois, j’ai vraiment pas envie de jouer la comédie avec toi. Ca va déjà être bien assez fatigant d’affronter la vraie Mary comme ça. Alors, ouais, cette accusation est injuste. J’ai rien gâché du tout. Au pire, j’ai essayé, mais j’ai pas vraiment réussi. »

Elle eut une moue un peu déçue. Pourtant, en réalité, elle n’était pas aussi mauvaise qu’elle s’en donnait l’air. Elle n’avait pas essayé de gâcher la vie de Marybeth quand elle avait témoigné contre elle à son procès. C’était beaucoup plus compliqué que ça. Pour l’une des premières fois de sa vie, Juliet avait essayé d’agir en aînée. Elle avait essayé d’aider sa sœur… même si elle avait essayé de le faire malgré elle. Elle avait réellement pensé que Mary avait pété les plombs, qu’elle était dans une situation qui la dépassait que le mieux était de l’aider. A cette époque, elle essayait vraiment de se convaincre que leurs parents savaient ce qu’ils faisaient. Bien sûr, elle aurait dû savoir pourquoi ils essayaient d’avoir une tutelle sur Mary, elle aurait dû comprendre qu’ils n’essayaient pas de la protéger elle, mais de se protéger eux de ce que les gens pourraient dire, et qu’ils faisaient ça aussi parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec les choix de vie de leur fille, moralement parlant. Mais tout ça était trop horrible. Juliet, encore à cette époque, avait voulu croire que leur famille valait mieux que ça. Elle avait voulu croire aux mensonges de ses parents, elle avait réellement voulu imaginer qu’elle était la seule du trio à s’en sortir, et que son rôle était d’aider ses parents à aider sa sœur.

Oh elle n’avait pas fait ça que par grandeur d’âme, bien sûr. Si elle avait pensé au bien de sa sœur, elle s’était aussi laissée éblouir par tout ce que ses parents disaient. Elle avait voulu, pour une fois, être celle qui avait réussi, celle qui était raisonnable, celle qui protégeait les autres… Ca avait été une période compliquée et, peut-être que si Juliet n’avait pas été aussi détruite par une haine qui avait grandi en elle petit à petit, peut-être qu’elle serait revenue sur ce qu’elle aurait fait, se serait excusée. Mais Juliet était loin d’être du genre pardonner et oublier. Elle n’oubliait pas que sa sœur l’avait laissée, et ne lui avait pas fait confiance. Elle n’oubliait pas que Mary lui avait aussi enlevé Will. Elle n’oubliait pas que c’était Mary qui l’avait habituée à compter sur elle, qui avait assumé le rôle d’aînée et qui ensuite s’était tirée. Elle ne pardonnait rien de tout ça. Une partie d’elle aurait voulu que Mary la sauve, elle aussi. Une autre partie détestait cette manie qu’avait Marybeth de se mêler des affaires des autres, considérait que c’était à cause de ça qu’ils avaient eu tant d’ennuis, même si cette pensée n’était pas réellement cohérente, mais Juliet ne s’en rendait pas vraiment compte, elle était trop pleine de colère et de haine pour ça. Il lui fallait quelqu’un à détester, puisqu’elle ne voulait pas se détester elle-même, et ça faisait longtemps qu’elle avait décidé que cette personne serait Marybeth.

« J’ai rien gâché. Tu as gâché toute seule. C’est toi qui est tombée bêtement enceinte quand t’avais seize ans. Toi qui t’es barrée au lieu de demander de l’aide à qui que ce soit. Toi qui a fait s’échapper Will de son centre alors que là-bas ils s’occupaient de lui. Toi qui a défié les parents au lieu de faire les choses plus calmement, toi qui les as poussés à te faire un procès. Toi qui a décidé que j’étais ton ennemie. »

Tout ça n’était pas tout à fait faux. Oh bien sûr, les parents Norton auraient forcé Mary à se marier avec Josh, mais elle aurait pu trouver un moyen de résister, et elle aurait pu se faire aider de sa sœur pour ça, Juliet, à l’époque, n’aurait sûrement pas refusé de jouer son rôle d’ainée. Mary et elle étaient proches à l’époque, ça aurait joué dans la balance. Quant à Will… Bon, ce centre n’était pas parfait, il y était mis de force par ses parents. Mais ça n’était pas une prison. Il n’était pas maltraité. C’était l’une des seules solutions pour le forcer à arrêter la drogue dans le monde extérieur… Quant à savoir si elle avait décidé que Juliet était son ennemie ou non… Après tout, jamais elle ne lui avait envoyé un lettre durant la période où elle était à Norsken. Jamais elle ne lui avait dit quoi que ce soit. Et quand leurs parents avaient décidé de lui faire un procès, elle n’avait pas non plus cherché à la contacter pour lui expliquer ou quoi que ce soit. Elle avait décidé que Juliet serait du côté de leurs parents, alors qu’elle avait toujours gardé contact avec Will. Bien sûr, des personnes meilleures que Juliet n’auraient sûrement pas pour autant témoigné contre leur sœur au procès pour lui enlever la garde de son fils… Mais Juliet n’avait jamais dit qu’elle était parfaite. Et elle avait été blessée par l’attitude de Marybeth, profondément blessée.

« Alors, dis ce que tu veux, je m’en fiche. La vraie Mary sait que c’est pas aussi simple, pas pour rien qu’elle n’est jamais venue me reprocher quoi que ce soit. Elle a sa part de culpabilité dans ce qui s’est passé. J’ai la mienne. Et c’est à nous de régler ça. »

S’il y avait un vrai point en commun entre Mary et Juliet, c’était leur façon de voir les choses au niveau règlements de comptes. Toutes les deux pensaient que leur relation ne regardait personne d’autre. A part Will, peut-être, et encore. Elles seules pourraient être capables de se détester mais de ne pas demander à leur frère de choisir, de prendre parti pour autant. Ca n’était pas une question de gentillesse ou de considération, seulement une vieille habitude familiale de laver leur linge sale en famille, et pas autre part. Juliet et Mary se détestaient, mais elles s’aimaient aussi énormément, leur relation n’en était que plus compliquée. Ou plutôt, n’en serait, puisque ça faisait plusieurs années qu’elles n’avaient plus aucune relation. En réalité, la personne que Juliet rejoignait à Sywhaîd était Will, et personne d’autre, son petit frère qu’elle ne comprenait pas la plupart du temps, et qui ne la comprenait pas l’autre partie, mais avec qui ils partageaient une relation forte. Marybeth était comme la cerise sur le gâteau. Un moyen d’exprimer la haine qu’elle ressentait, la colère qui la consumait, sans pour autant aller trop loin, parce que Will ne lui pardonnerait jamais, et qu’elle était tout de même assez intelligente pour le savoir.

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Sam 26 Déc - 15:49

"C'est un peu facile, tu me déçois", répliqua froidement Marybeth, en haussant les épaules d'un air assez peu convaincu. Ses expressions ressemblaient beaucoup à celles de la vraie Marybeth, ça aurait perturbé quelqu'un de moins terre à terre que Juliet.

"Je m'en occuperai avec la vraie Marybeth, ça ne regarde pas la Brume, c'est entre nous, et je suis bien trop maligne pour me prêter au jeu de la Quête... Oui, c'est un peu facile. Mais il ne fallait pas me choisir, si tu n'es pas contente. Maintenant, tu dois faire les choses jusqu'au bout. Me convaincre, comme si j'étais Marybeth, la vraie. Et honnêtement, je ne vois pas en quoi elle aurait envie de te voir. Elle se porte beaucoup mieux loin de toi, et ceux qu'elle aime aussi.

Tu veux savoir ce qu'elle pense de toi ? Ce qu'elle dit de toi ?"


Des flashs se succédèrent dans l'esprit de Juliet, à cet instant de la conversation. Des épisodes plus ou moins longs, qui lui montraient ce à quoi ressemblait la vie de Mary et des siens sur la Lande. En particulier, les épisodes où le nom de Juliet était mentionné.

[Laisse parler ton imagination...]

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Dim 27 Déc - 18:11

Quand la fausse Mary lui dit qu’elle était déçue, Juliet haussa les épaules. Et alors ? Décevoir les gens, elle connaissait. Les premières fois, ça vous faisait un peu mal. Ensuite, ça vous vexait un peu. Et par la suite, ça passait comme une lettre à la poste. Une déception de plus ou de moins… Ca pouvait même avoir un côté très agréable, d’une façon pas très saine, de provoquer une déception chez quelqu’un. Montrer qu’on n’était pas ce que cette personne pensait, qu’elle s’était trompée. Elle aurait bien aimé voir la tronche de Rob quand il ne l’avait pas retrouvée à son appart. Qu’est-ce qu’il avait pensé ? Est-ce qu’il avait compris ? Sûrement pas, il devait être encore trop aveuglé par son syndrome de prince sauveteur. Il devait même s’être inquiété et tout ce genre de conneries. Rien de si marrant en fin de compte, pas autant que s’il avait compris.

C’était quand même perturbant ce double de Mary. Juliet avait beau se dire que ça n’était pas sa sœur, elle ne pouvait s’empêcher de ressentir toutes les choses qu’elle ressentait en général en présence de sa sœur. C’était très énervant, un peu perturbant, et l’américaine devait pas mal forcer son côté terre à terre pour ne pas plonger les yeux fermés dans un combat de répliques avec sa sœur, qui n’était pas vraiment sa sœur. Heureusement, elle était quelqu’un qui avait assez peu d’imagination en fin de compte, et qui n’oubliait pas qu’elle était en plein milieu d’une Quête, ce qui visiblement ne plaisait pas vraiment au sosie de Bessie.

« Ben ouais mais je… »

Elle s’arrêta soudain. Elle n’avait jamais eu de vision de sa vie, jamais fait de transe, et l’impression était particulièrement désagréable. Soudain, elle vit une succession d’images, un peu comme des flash-backs, sauf qu’en fait ça n’appartenait pas à ses souvenirs. Elle voyait une serre, dans laquelle sa sœur, blonde, yerk ça lui allait pas du tout cette couleur !, travaillait. Elle voyait Will discuter avec des gens, pendant un cours ce qu’elle ne comprit pas ne sachant pas vraiment qu’il y avait une école à Sywhaîd. Elle vit Connor courir vers sa mère qui le serra contre elle dans un mouvement tout à fait charmant, dont toute la poésie échappa totalement à Juliet, qui se contenta de remarquer que son neveu avait les mains pleines de confitures et que les cheveux, blonds, yerk !, de Mary allaient être tous poisseux. Juliet n’avait jamais été la plus tendre ou la plus maternelle des jeunes femmes, son côté terre à terre était parfois un peu trop développé, justement, pour que ces aspects là de sa personnalité s’épanouissent.

Il y eut encore quelques visions très brèves installant le décor, durant lesquelles la jeune femme vit sa sœur faire des corvées, discuter avec des gens, préparer le repas du soir, faire faire ses leçons à Connor, et à Will, s’occuper même d’un mec qui avait l’air plus vieux qu’elle, et assez à la masse, sûrement un débile. Bessie était comme ça. Incapable de ne pas aider son prochain. Juliet avait toujours pensé que Mary en tirait une sorte de satisfaction. Qu’elle faisait ça pour être considérée comme la gentille, la responsable, ce genre de choses. Elle ne fut pas vraiment étonnée de voir que Will ne vivait pas indépendamment, son frère avait tendance à encore avoir besoin qu’on s’occupe de lui. Quant au débile, ben, ça ne l’étonnait pas vraiment non plus. Exactement le genre de trucs que Mary faisait pour se faire remarquer. Parfaite petite Bessie.

Tout ça permit à Juliet de voir le genre de vie que sa sœur avait sur Sywhaîd. Mais évidemment, la suite de la proposition du double vint bien assez vite. Juliet commença par voir Mary parler avec des amis et résumer brièvement sa situation familiale. En général, elle disait que sa sœur était fêlée, parfois elle la disait psychotique. C’était un peu exagéré. Oh Juliet n’était sûrement pas la personne la plus saine du monde, elle savait qu’elle avait pas mal de trucs bizarres dans la tête. Mais Mary n’était pas beaucoup mieux. Elle était au moins aussi traumatisée qu’elle, aussi bizarre dans son fonctionnement. Juliet n’eut donc pas de mal à ne pas vraiment porter d’importance à ces scènes-là, après tout, elle aussi parlait de sa sœur dans des termes assez désagréables quand elle la résumait en quelques mots à des inconnus. C’était de bonne guerre.

Mais soudain, les visions n’étaient plus les mêmes. On n’était plus en présence d’inconnus. Il n’y avait plus que Will et Mary, qui, dans plusieurs visions, se disputaient à son sujet. Will ne disait rien de méchant, même s’il n’était pas non plus à 100% de son côté. Marybeth, elle, n’y allait pas vraiment avec le dos de la cuiller. Elle entendit sa sœur dire des choses horribles sur elle, et elle sentit une sorte de grosse pierre lui alourdir l’estomac. Elle savait depuis longtemps que Mary ne pouvait que la détester, pour ce qu’elle avait fait, mais aussi pour ce qu’elle n’avait pas fait, quand elles étaient gamines. Mais c’était plus dur à entendre que ce qu’elle avait imaginé. Elle qui jouait aux dures, qui pensait s’être assez endurcie pour supporter n’importe quoi, être assez cynique, elle se rendit compte que tout ça n’était pas encore assez. Voir sa sœur dire ces choses, alors qu’elle n’était pas en face, alors qu’elle n’essayait pas de la blesser, c’était… horrible. Et Juliet détestait Marybeth d’arriver à lui faire du mal après tout ça, alors qu’elle faisait tout pour y être insensible. Elle se détestait d’être aussi stupide. Mary n’était plus rien pour elle. Enfin, si, c’était sa sœur. Elle le resterait, quoi qu’il arrive. C’était le problème du trio Norton. Malgré tout, ils ne pouvaient pas s’empêcher de rester une famille.



« Tu crois vraiment que c’est une bonne idée ? »

Marybeth et Will étaient dans une petite salle qui devait être une sorte de salon d’une toute petite maison. Visiblement, à Sywhaîd, on était très rustique. Will était assis à une table, occupé à écrire un truc, et Mary, les bras croisés devant elle, mauvais signe !, était adossée à un buffet.

« Ben… C’est ma sœur, Mary. »

Juliet serra les dents. Elle allait encore s’en prendre pleins les dents dans cette vision, elle en était sûre.

« Je sais Will. Sauf que si tu lui envoies une lettre pour dire que tu es ici, les parents pourront l’utiliser pour dire que je t’ai détourné ou je sais pas quoi et me faire un procès, même une fois que tu seras majeur. Ou même maintenant, histoire de me mettre dans la merde. »

« On est à Sywhaîd ! Qu’est-ce que tu veux que les tribunaux se déplacent jusqu’ici ? »

« Sois pas idiot. Si j’ai un procès, je serais forcée d’y aller. Si je n’y vais pas, je ne pourrais plus jamais sortir et c’est hors de question. »

Juliet vit son frère hausser les épaules d’un air malheureux.

« Mais c’est ma sœur. Elle ne fera rien qui puisse me blesser… »

« Oui mais elle fera tout qui puisse me blesser moi. Et elle n’hésitera pas à passer par toi pour ça. »

« C’est faux. »

« C’est vrai. »

Une porte claqua et Juliet entendit une voix d’homme qu’elle ne connaissait pas appeler Marybeth.

« Mathys est là. Fais comme tu veux mais, s’il te plaît, réfléchis bien… »




« Et alors, qu’est-ce que tu vas faire ? »

La vision avait changé tellement rapidement que Juliet en eut un peu le tournis. Il y avait Will, toujours, habillé pareil, qui parlait avec un mec qui avait l’air d’avoir à peu près son âge, un blond à l’accent anglais, que Juliet avait l’impression d’avoir déjà vu quelque part sans réussir à mettre le doigt dessus.

« Ben je vais pas envoyer la lettre. Mary a raison. C’est trop risqué, avec Juliet… »




Et Juliet revint à la réalité. Elle sentit une larme couler au coin de son œil mais ne pensa pas à l’écraser tout de suite. Cette vision était la pire. Pas à cause de ce que Marybeth avait dit… Mais voir Will se méfier d’elle. C’était comme le voir, pour la première fois, prendre parti. Et pas pour elle évidemment. Elle sentit son cœur se serrer et sa respiration se bloquer. Will était… C’était son petit frère, bien plus que Mary n’était sa petite sœur. Leurs relations n’étaient pas compliquées. Ils s’étaient toujours aimés, quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils disent, où qu’ils se retrouvent. Elle allait le voir quand il était interné. Il continuait à la voir même après qu’elle ait témoigné au procès de Mary, ce qu’il avait trouvé ignoble. Mais le voir douter d’elle, comme ça… Et le pire était que c’était mérité. Oui, elle aurait sûrement pu utiliser cette lettre contre Mary, elle l’aurait fait si elle en avait eu l’occasion. Will avait choisi d’aller vivre avec elle. Il avait choisi de faire d’elle sa famille. Et si elle l’attaquait, elle attaquait Will aussi, d’une certaine façon. Pour la première fois, il y avait deux Norton contre un. Et Juliet était celle qui se retrouvait toute seule.

Elle renifla et passa une main rageuse sur son visage pour en chasser la larme. Elle prit une inspiration, et sourit d’un air plus mauvais que jamais au double de Marybeth. Elle aurait aimé pouvoir la frapper. Plonger ses ongles dans sa peau. Lui coller autant de coups de poings qu’il en faudrait pour lui démonter sa petite tête de sosie. Elle aurait aimé lui arracher les cheveux. Lui faire avaler ses dents. Elle savait qu’elle n’avait aucune arme contre ce double. De toute façon, il n’existait même pas vraiment. Et elle avait encore moins d’armes contre la Brume. Elle ne pouvait même pas se dire qu’elle arriverait bien à trouver un moyen de se venger à un moment ou un autre. Elle était complètement incapable contre cette Brume, et elle détestait ça.

« Okay. » cracha-t-elle. « Tu veux que je joue le jeu ? Ben je vais le jouer. Et te dire un seul truc. Bessie n’a aucun droit de choisir si je peux entrer à Sywhaîd ou non. Ca ne la regarde pas. Qu’elle soit contente ou non à mon arrivée n’y change rien. Je sais pas pourquoi tu me fais passer cette épreuve-là, j’imagine pour voir jusqu’où je suis capable d’aller, ou mes relations à ma sœur ou ce genre de conneries. N’empêche, on sait toutes les deux que ça ne sert à rien. Marybeth Norton n’est pas la reine de Sywhaîd. Elle ne choisit pas qui entre et qui n’entre pas. »

Elle parlait sur un ton plus agressif que jamais. Elle était en colère. En colère contre la Brume qui lui faisait vivre ce genre de scène. En colère contre Mary d’être toujours aussi parfaite aux yeux de tout le monde. En colère contre Will qui avait choisi, même si ça n’était peut-être que pour quelques secondes, son camp. En colère contre elle-même d’être aussi blessée d’avoir vu tout ça, alors qu’elle savait qu’elle devait s’y attendre.

« Alors ouais, okay, je vois bien pourquoi vous voulez que je fasse ce petit exercice. Evidemment, si Bessie et moi on entre en guerre, c’est sûr que ça va foutre la merde dans votre communauté. Si j’essaie de l’atteindre par toutes les armes possibles, c’est sûr qu’il va y avoir des dommages collatéraux en cours de route. Alors je vois. »

Elle secoua la tête, comme pour essayer de se calmer. Juliet était quelqu’un de totalement dévoré par la colère, et quand elle la laissait réapparaître, elle avait du mal à ne pas complètement se laisser aller sur cette pente. Ses épaules étaient tendues et il n’y avait plus rien de l’adorable jeune femme qu’elle voulait paraître être. Elle prit une grande inspiration, juste histoire de se calmer assez, fit une petite pause, puis repris d’une voix un peu plus calme :

« J’arriverai pas à parler comme si tu étais la vraie Marybeth. Désolée, j’ai pas assez d’imagination. Ton imitation est parfaite, mais je sais que ça n’est pas elle, et du coup je peux pas faire mieux que ce que je vais faire. Je peux promettre. Promettre de ne jamais toucher un cheveu de Connor, ne jamais lui faire du mal, avec toutes les implications possibles, parce que je sais bien que si je fais du mal à Mary, il y a des situations où ça fera aussi du mal à Connor. Je promets aussi de ne pas faire de mal à Will, de toute façon je ne lui ferai jamais de mal. Et je promets de ne pas essayer de détruire la famille que Mary s’est construit. Et ces promesses, je les fais sincèrement. La Brume peut me sonder autant qu’elle veut, elle s’en rendra compte. Je peux pas faire mieux. Mais je connais ma sœur, je crois que ça serait suffisant pour elle, si elle pouvait me faire assez confiance pour croire en ces promesses. »

C’était le problème. Marybeth ne lui faisait plus confiance. Mais la Brume, elle, pouvait voir qu’elle était sincère. Elle posait une partie de ses armes pour pouvoir entrer à Sywhaîd. Elle sacrifiait une partie de ce qu’elle était, et ce qu’elle avait envie de faire, pour être acceptée. Ca n’était pas facile pour elle. Elle aurait aimé arracher les yeux de Mary à mains nues. Elle aurait aimé manigancer, lui piquer son mec (elle devait bien en avoir un), voler l’attention de son fils, lui piquer ses amis, ou même en détruire quelques-uns. Mais elle ne le ferait pas, parce qu’elle comprenait bien que si elle entrait à Sywhaîd avec cette idée en tête… Et bien, en fait, elle n’entrerait pas à Sywhaîd.

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Sam 2 Jan - 10:52

Marybeth, ou son imitation, regardait Juliet d'un air concentré. Comme si elle essayait de démêler ce qu'elle devait croire de ce qu'elle venait d'affirmer ; à moins qu'elle ne fût en train de se demander si cela lui suffisait, à elle, ces promesses.

"Soit. J'ai quand même du mal à t'accorder le bénéfice du doute ; tu as vu ce que Marybeth pensait de toi, il est juste que tu lui dises, toi aussi, tes quatre vérités. Alors cesse de te planquer derrière le fait qu'il s'agit "simplement" d'une Quête. Et sois sincère."

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Lun 4 Jan - 10:12

Juliet n’avait jamais été quelqu’un de particulièrement patient. Et là, tout ça commençait à franchement la gonfler. Ce double qui jouait à être Mary et ne voulait pas admettre que ça n’était qu’une Quête et tout ce genre de conneries. Cette quête qui n’en finissait pas, et qui voulait absolument qu’elle vide son sac comme dans une sorte de petite thérapie express. Si elle avait voulu régler ses problèmes, elle l’aurait fait depuis longtemps, Juliet n’avait jamais voulu perdre sa colère, sa haine, elles la définissaient, elles étaient ce qu’elle était au plus profond d’elle-même. Et elle n’arrivait pas à accepter que la Brume semble vouloir lui enlever ça, l’apaiser de force. Et puis, elle la gonflait, aussi, à lui donner des ordres stupides. Etre sincère. Elle l’était depuis le début ! C’était bien assez douloureux de l’être, assez dur, assez insupportable, alors au moins qu’elle reconnaisse cet effort qu’elle faisait. Elle avait sincèrement cru à tout ce qu’elle avait dit. Et sincèrement pensé que ça serait suffisant, l’honnêteté (qui était une forme de sacrifice pour elle, Juliet n’était jamais totalement sincère comme ça, c’était pire que de se mettre nue devant des inconnus pour elle), et les sacrifices qu’elle venait de faire dans ses armes contre Mary. Elle avait pensé qu’elle serait tranquille après ça, que la Brume lui dirait enfin qu’elle pouvait entrer. Et non, il fallait encore continuer, délirer sur sa relation à Bessie.

Décidément, elle aurait mieux fait de choisir un des deux autres membres de sa famille. Avec Will, elle s’en serait sûrement sortie plus facilement. Même Connor lui semblait une solution moins terriblement ennuyeuse que Marybeth, et pourtant Juliet n’était pas du genre à s’extasier devant les mômes, même quand ils partageaient le même sang. Mais ce clone de Marybeth était insupportable, n’importe quel autre membre de leur famille de tarés aurait été préférable. En plus elle continuait à jouer son petit jeu débile alors qu’elle savait que Juliet n’était pas dedans, qu’elle n’arrivait pas à croire que c’était la vraie Marybeth. Alors lui parler de bénéfice du doute… Ca n’était pas ce que Juliet lui demandait ! Elle lui disait de lire en elle, grâce aux pouvoirs superpuissants de la Brume ou d’elle ne savait quoi pour vérifier qu’elle était sincère ! Merde ! Est-ce que tous les gens qui rentraient dans cette Brume réussissaient à croire ce que cette dernière leur imposait comme épreuves ? Est-ce qu’elle était la seule à ne pas être assez stupide pour croire que ce qui lui faisait face était bien sa sœur ? Alors que la logique pure lui permettait de savoir que non ? Non, franchement, tout ça était vraiment insupportable, et Juliet commençait à se demander si elle allait un jour réussir à passer la Brume ou si celle-ci allait la faire mourir d’ennui à force de lui poser des questions sur sa relation à Marybeth ?

« Non. » répondit-elle.

Juliet était quelqu’un d’intelligent. De bien plus fin qu’on aurait pu le croire. Et elle se rendait bien compte qu’elle signait sûrement son impossibilité à accéder à Sywhaîd en refusant encore une fois de jouer le jeu. Seulement, la Brume lui avait donné deux consignes qui entraient en conflit. Elle lui avait dit de répondre sans se cacher derrière le fait que c’était une Quête. Mais elle lui avait aussi dit d’être sincère. Sauf que si elle était sincère, Juliet se devait de répondre ce qu’elle était en train de répondre, et tant pis si la Brume pensait qu’elle se cachait encore une fois derrière le prétexte de la Quête. Ca n’était pas le cas. Elle s’était prêtée au jeu à plusieurs reprises jusqu’à présent, avec les autres sywhaîdiens du début, en choisissant Marybeth comme « sauveteuse » de la mer de plumes, et même en faisant le sacrifice de cette vengeance qu’elle aurait tant aimé avoir. Mais là, si elle devait être sincère, suivre ce qu’elle pensait et ce que son « cœur » lui disait (okay, c’était une image sirupeuse mais au moins c’était parlant), elle se devait de dire ce qu’elle avait à dire.

« C’est faux. Ca ne serait pas juste, comme tu dis. Moi je me suis mangé ses quatre vérités, et si je te les disais à toi, elle, elle en réchapperait. C’est hors de question. Pour que ça soit juste, je lui dirais quand elle sera vraiment devant moi. Tu peux penser que je me défile, mais c’est le contraire, parce que crois-moi, affronter la vraie Bessie est plus flippant qu’affronter la Brume, chute vertigineuse comprise. »

Elle aurait pu s’arrêter là. Seulement, Juliet voulait vraiment entrer à Sywhaîd. Elle voulait aller vivre là-bas. Elle avait besoin de voir son frère et, d’une façon un peu tordue, sa sœur aussi. Elle avait besoin d’un endroit où se cacher un moment, d’un endroit où faire le point. Elle avait besoin de faire une pause pour décider de ce qu’elle ferait plus tard. Et, peut-être, elle avait besoin aussi d’essayer de s’en sortir. Juliet n’était pas du genre à chercher la rédemption ou ce genre de conneries, loin de là, mais parfois elle avait envie de faire des choses bien, elle aussi, même si elle ne l’aurait admis pour rien au monde. Et à Sywhaîd, peut-être qu’elle aurait enfin la chance de s’en sortir un peu. Après tout, elle n’aurait pas à bosser pour gagner trois sous qu’un mec aviné lui piquerait. Il y aurait une communauté, avec laquelle elle réussirait peut-être à s’en sortir, à devenir quelqu’un de bien, quelqu’un qu’elle aurait pu être si les choses n’avaient pas autant foiré. Enfin, tout ça elle ne l’aurait pas admis, bien sûr, c’étaient des idées trop mignonnes pour que Juliet accepte d’admettre qu’elle les avait. Sans compter le fait qu’elle savait que n’importe qui trouverait sûrement ridicule l’idée de voir Juliet devenir quelqu’un de bien, ou du moins la brunette le croyait. N’empêche, elle voulait tenter sa chance à Sywhaîd, quoi que « tenter sa chance » puisse vouloir dire.

« Je veux entrer à Sywhaîd. Je suis sincère depuis le début de cette Quête. Mais je ne peux pas me forcer à faire des choses qui me semblent idiotes, absurdes, ou qui ne veulent rien dire pour moi. Dire les choses que j’ai à dire à Marybeth à un double qui n’est qu’une illusion est quelque chose d’impossible pour moi. Je n’en vois pas l’intérêt, et de toute façon je n’arriverais pas à être tout à fait sincère en le faisant, il faudrait que je sois en présence de la vraie Bessie pour savoir exactement ce que je veux lui dire. Je n’ai pas beaucoup d’imagination, ce n’est pas de la mauvaise volonté, je suis incapable d’imaginer même pour quelques secondes que tu es vraiment ma sœur et que je suis en train de te dire ce que j’ai à te dire. Je sais que la Brume essaie de me tester, peut-être de me forcer à aller au-delà de ce que je sais faire pour voir à quel point je suis motivée. Je suis motivée. Après tout, je vais m’enfermer dans un bled campagnard où je vais devoir faire des tas de choses dégueux du genre purin et compagnie. Je vais dans une communauté, où je ne pourrais pas faire ce que j’ai toujours fait, parce que ça ne marcherait pas dans une communauté. J’abandonne une partie de moi pour entrer à Sywhaîd, j’ai fait des tas d’efforts. Je ne sais pas ce que la Brume peut vouloir de plus de moi, mais j’en ai assez. Je suis fatiguée, je suis sur les nerfs, j’ai cru que j’allais mourir, je m’en suis pris plein la tronche et j’ai pas bronché. Maintenant, c’est fini. Sois tu m’acceptes, sois tu me refuses, mais je ne peux pas faire mieux que tout ce que j’ai déjà fait. »

Elle croisa les bras devant elle. Si elle avait été un peu moins éprouvée par le début de la Quête, elle n’aurait sûrement pas été sincère à ce point-là. Elle se rendait bien compte que ça n’était pas la réaction la plus intelligente, de dire ses quatre vérités à la Brume plutôt qu’à Mary, mais elle n’y pouvait rien, pour elle ce clone était une incarnation de la Brume, pas une incarnation de sa sœur. D’une certaine façon, elle avait donc respecté les consignes. Sauf qu’elle l’avait fait d’une façon particulièrement risquée. Mais, que voulez-vous ?, Juliet avait toujours été du genre kamikaze.

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Ven 8 Jan - 19:56

"Alors je refuse. Mademoiselle est trop fatiguée ? Elle en a assez ? Elle veut décider de quand va s'achever sa Quête ? Très bien. Trouve quelqu'un d'autre pour te faire entrer. J'ai juste encore un truc, pour toi, avant que tu partes."

L'incarnation de Marybeth fouilla dans sa poche, avec un petit froncement de sourcils très nortonnien, et en sortit une sorte de gros buzzer, ou de bouton, rouge vif. Un vrai bouton de cartoon, grand-guignolesque. Elle le lui lança.

"Si t'en as marre, t'auras qu'à appuyer là-dessus, et tu quitteras automatiquement la Brume. Maintenant, du balai."

Elle tendit le doigt vers un petit chemin sur leur gauche.

Le chemin serait assez long ; de quoi laisser Juliet songer à "l'examinateur" dont elle aurait rêvé. Cela tombait bien : elle se retrouverait avec l'embarras du choix. Elle atteindrait une sorte de vaste clairière circulaire ; ses chers amis Sywhaîdiens étaient de retour. Mais cette fois, sous la forme de portraits. Les cadres en bois étaient posés tout autour du cercle ; c'étaient des cadres magiques, dont les personnages avaient donc quelques petites mimiques. Ils avaient des expressions suffisamment habilement transcrites par le peintre pour que Juliet puisse à loisir présumer de leur caractère. Et donc, choisir en quasi-connaissance de cause celui ou celle qui, peut-être, se montrerait plus conciliant que Marybeth.

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Sam 9 Jan - 17:19

Juliet avait quitté Mary en silence. Elle lui aurait bien dit ses quatre vérités à cette apparition de mes deux, mais elle sentait quand même que ça n’était pas la chose la plus intelligente à faire, elle s’était donc contentée de prendre le buzzer et d’avancer sur le chemin que Mary avait désigné. Merci petite sœur, visiblement même une simple apparition de toi n’était pas beaucoup plus facile à convaincre, tant pis.

Sur le chemin, Juliet observa le buzzer sous toutes les coutures d’un air un peu dégoûté. C’était quoi ce machin ? Ils se croyaient dans Qui veut la peau de Roger Rabitt ? Franchement, si elle avait pu, elle aurait posé le buzzer à terre et l’aurait abandonné là. Il était terriblement moche. Vulgaire même. Bon, niveau vulgarité il arrivait que Juliet soit elle-même à un niveau assez élevé mais il y avait des limites quand même. Bon dans l’absolu elle était à peu près sûre qu’elle n’appuierait pas dessus. En fait, elle avait hésité à le faire quand Mary le lui avait filé, se disant que peut-être ça montrerait qu’elle n’avait pas menti, qu’elle en avait déjà assez. Mais le double de Bessie avait bien dit qu’elle sortirait de la Brume, et elle était à peu près sûre qu’elle ne sortirait pas côté Sywhaîd. Du coup, comme Juliet était quelqu’un de particulièrement obstiné (une qualité Norton visiblement), il n’y avait aucune chance pour qu’elle utilise ce truc moche à un moment ou un autre, quitte à passer sa vie dans la Brume.

Après avoir conclu que le buzzer était moche, tout simplement, elle se contenta de le garder dans la main tout en avançant. Au bout d’un moment, elle finit par se demander si ça n’était pas une épreuve de patience ou une connerie du genre. Elle pouvait marcher un moment comme ça, elle n’était pas super sportive mais n’était pas en mauvaise condition pour autant, elle était jeune et en forme. Elle n’avait pas froid, grâce à sa bague, et n’avait pas non plus de mal à marcher en talons, tant grâce au sort antidérapant qu’à une habitude chevronnée des heures à être debout en talons. Quand on était vendeuse, et qu’on mettait des talons tous les jours, ça donnait un sacré entraînement mine de rien. Une sacrée endurance à la torture.

Finalement, elle déboucha dans une clairière, son fichu buzzer toujours à la main. Et elle resta quelques secondes au milieu de la clairière en question, un air un peu perdu sur le visage. Tout autour d’elle se trouvaient des tas de portraits. Plutôt bien peints, enfin réalistes disons (Juliet n’avait pas vraiment un talent pour la critique artistique, vu que ça ne l’intéressait pas du tout). Elle réalisa assez rapidement qu’elle avait face à elle les mêmes gens qui l’avaient balancée dans le vide quelques temps plus tôt. Une furieuse envie d’appuyer sur le bouton la pris. Non mais oh ! Elle allait pas ENCORE devoir affronter ces tarés, non ? Elle croisa le regard de la brune qui avait poussé la table et une sorte d’étincelle bizarre passa dans son regard. Elle fit un geste obscène au tableau, qui lui répondit par la pareille, et se détendit un peu. Bon, qu’est-ce qu’avait dit le clone de Mary ? Qu’il fallait qu’elle trouve quelqu’un de plus conciliant ? Un sourire félin apparut sur son visage de poupée. Okay, okay, elle pouvait faire ça. Visiblement, il fallait qu’elle choisisse son interlocuteur. Et ce serait assez facile de faire le tri.

Elle commença par annuler mentalement tous les portraits de femme. Il était hors de question qu’elle affronte une nana, elle savait d’expérience que ses armes fonctionnaient plutôt moins bien avec elles (bizarrement les femmes étaient moins touchées par ses moues désemparées). Et puis celles de Sywhaîd avaient l’air particulièrement gratinées. Il n’aurait plus manqué qu’elle tombe sur une copine de Mary, ou sur sa putain de BFF et elle aurait été encore plus dans la mouise que quelques tems plus tôt. Non, les mecs, c’est mieux, plus facilement manipulables, plus facilement cernables, et surtout sûrement moins attachés à Marybeth, connaissant la sœurette, elle était pas vraiment du genre à flirter ou ce genre de choses. Bref.

Elle fit un tour préliminaire en regardant rapidement chacun des tableaux masculins, histoire de faire un gros écrémage. Elle vira automatiquement tous les mecs qui avaient l’air de dépasser quarante ans (en général casés, ou alors moins facilement manipulables, ou pervers, d’après son expérience) et ceux trop jeunes (le délire Mrs Robinson c’était pas son truc, et même si les jeunots avaient tendance à facilement se faire manipuler, elle pouvait tomber sur un qui ne craquait que pour les filles de son âge, un risque trop gros qu’elle refusait de prendre). Elle vira aussi de son choix le mec qu’elle avait vu avec un bébé à la réunion, celui qui avait semblé si empoté et le brun qui semblait appartenir (ahem) à la folle qui l’avait jetée dans le précipice. Elle n’était pas suicidaire, et les histoires compliquées ça pouvait être très drôle de s’interposer dedans, mais elle n’avait pas vraiment le temps de s’amuser, ni envie de faire joujou. A vrai dire, elle avait seulement envie que tout ça s’arrête enfin et qu’elle puisse arriver à Sywhaîd et prendre un bon bain chaud (bon elle ne se doutait pas que les bons bains chauds étaient vraiment rares à Sywhaîd, elle avait encore des réflexes de citadine hein).

Avec ce premier tour, elle avait déjà enlevé une bonne partie des possibilité (les filles, les mecs qui n’entraient pas dans une case d’âge précise, et ceux qui lui semblaient trop compliqués d’après son expérience de début de Quête). Maintenant, il était temps d’observer un peu plus précisément les tableaux. Juliet était quelqu’un qu’on pouvait considérer comme vulgaire, sûrement moins éduquée que Mary, moins cultivée que Will (qui même s’il avait arrêté plus tôt qu’elle l’école avait toujours eu des passions qui faisaient qu’il connaissait des tas de choses dans des tas de domaines), elle n’en était pas pour autant quelqu’un de stupide. Bien au contraire, elle était très fine dans son observation des gens, capable de saisir une personne en quelques secondes. C’était, en quelques sortes, son talent. Le seul qui fût réellement utile, il était temps d’en profiter. Elle passa quelques minutes devant chaque tableau, se laissant le temps. Parfois, c’était rapide, comme pour ce beau brun aux yeux presque métalliques qui la regardait avec un air neutre, sympathique, mais qui avait l’air trop distancié pour qu’elle ait une chance d’avoir autre chose qu’un entretien objectif avec lui (et l’objectivité n’était pas vraiment de son côté, à notre pauvre Juliet). Parfois, c’était plus long.

Finalement, elle se retrouva avec trois tableaux restants. Un grand brun aux cheveux mi-longs qui souriait d’un air joyeux (il serait sûrement facile à manipuler avec son air d’ahuri), un autre brun (décidément) qui avait l’air passablement amaigri et un peu à la masse (enfin, il avait l’air d’un junkie, et Juliet savait bien jouer à l’infirmière compatissante qui avait quand même besoin d’aide), et finalement un mec aux cheveux châtains et courts qui souriait d’un air sympathique. Des trois, son préféré, physiquement parlant, était le troisième, mais ça n’entrait pas vraiment dans son choix. Tout comme le fait que le junkie la dégoûtait presque (lui rappelant en plus de mauvais souvenirs familiaux) n’avait pour elle aucun rapport.

Elle resta plus longtemps devant le tableau du premier. Il faisait le pitre et elle le trouva rapidement assez fatigant. Il avait l’air tellement content de ses conneries qu’il risquerait de pas entrer dans son jeu et d’être plutôt difficile à manipuler finalement. Elle décida donc de ne pas le choisir. Elle alla ensuite au junkie. Bon, lui c’était un peu l’opposé total du premier. Habillé en noir (il était en deuil ?), l’air paumé. Il avait l’air de ne pas avoir dormi depuis un moment. Mais il avait aussi l’air fébrile. En fait, et Juliet eut un frisson quand elle le réalisa, il lui faisait un peu penser à ces mecs qui finissaient par tuer leur famille avant de se suicider. Et franchement, c’était pas vraiment son délire. En plus, si jamais cette quête l’engageait ensuite à quoi que ce soit vis-à-vis de son interlocuteur, elle risquait de devoir jouer à la Saint Bernard pendant des siècles, et elle n’en avait aucune envie. Restait donc le dernier, son préféré physiquement (plutôt cool). Il avait l’air plutôt tranquille. Pas du genre à s’attirer des ennuis. Ce serait donc d’autant plus facile, les mecs habitués à avoir une vie tranquille étaient en général encore plus dans le délire white knight in shining armor, surtout quand ils voyaient une pauvre nana du genre de Juliet, adorable et perdue. Bref, oui, ça serait bien. Elle sourit donc, et dit à celui qui, elle ne le savait pas encore, jouait les barman à Sywhaîd :

« Bonjour… Je suis Juliet. On m’a dit qu’il fallait que je choisisse un interlocuteur pour la Quête et… » Elle fit une petite moue et rougit légèrement. « Tu pourrais m’aider ? »

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Mar 12 Jan - 14:59

- Avec plaisir, répliqua une voix au doux accent londonien dans le dos de Juliet.

L’homme qu’elle avait choisi en peinture se tenait derrière elle, un sourire sympathique sur son visage de dandy anglais.

- Parlons un peu de sacrifice Juliet. La Brume en exige souvent un. Qu’es-tu prête à sacrifier pour entrer à Sywhaîd ? Quelque chose qui t’est particulier, pas l’eau courante et l’électricité…

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Mar 12 Jan - 21:58

Quand Jeremy lui parla, Juliet sursauta d’une façon adorable avant de se retourner avec l’air surpris puis… charmée. Elle sourit et plongea, par en-dessous (être petite aidait beaucoup dans le domaine amoureux, les hommes n’étaient en général pas à l’aise avec les grandes gigues), son regard brun dans celui de l’inconnu, juste quelques fractions de seconde, histoire de créer le contact, avant de détourner légèrement son regard, d’une façon un peu timide. Il était franchement pas mal. Pas forcément super le genre de Juliet (elle les préférait souvent musclés façon armoires à glaces), mais elle s’en fichait. Il était beaucoup mieux que Rob, par exemple. Et pour l’utilisation qu’elle comptait en faire, ça suffirait. Après une légère hésitation (feinte), elle lui sourit doucement et hocha la tête d’un air joyeux. Oh chic ! Il allait pouvoir l’aider ! Elle était rassurée ! Du moins c’était ce que son attitude semblait dire, parce qu’en réalité Juliet continuait à se méfier. Les mecs pouvaient être dangereux et très décevants. Vous pensez qu’ils vont vous aimer toute votre vie, et ils se mettent à vous tabasser dès que la lassitude remplace la romance. Alors même avec une gueule d’ange comme ça, elle se méfiait.

« Oh mais je.. » commença-t-elle d’un air surpris, avant de se reprendre. Tout cela n’était absolument pas une vraie impulsion, mais une sorte de comédie. La Brume lui avait dit de trouver quelqu’un de plus conciliant. Elle comptait bien utiliser toutes ses armes pour entrer, cette fois, quitte à passer pour une idiote en faisant comme si le mec qui se trouvait face à elle était bien réel et qu’elle oubliait qu’elle était dans une Quête, puisque visiblement c’était ce qu’on lui demandait, de jouer aux pintades. « C’est que… J’ai déjà fait un sacrifice… »

Elle avait dit ça sur un ton perplexe, de la gentille fille qui ne comprend pas ce qu’on lui demande, puis avait plongé ses grands yeux bruns dans ceux de Jeremy. Avec un air innocent en diable. On aurait dit qu’elle essayait de trouver de l’aide dans le regard de Jeremy, qu’elle essayait d’y trouver une bouée de sauvetage, dans une situation où elle ne comprenait pas ce qui se passait et était effrayée. Juliet était forte pour passer pour une fille qu’il fallait qu’on protège, son physique de poupée n’y était pas pour rien. Et même quand elle portait des tenues relativement provocatrices, comme aujourd’hui, elle semblait tout de même fragile, un peu comme une petite fille qui jouait à l’adulte, avec un côté attirant en plus qui tournait facilement la tête des hommes qui avaient un tant soit peu l’impression de devoir sauver toutes les damoiselles en détresse qui passaient par là.

Elle soupira, et son soupir n’avait pas l’air d’être celui d’une femme qui en a assez de cette comédie, comme c’était le cas, mais bien celui d’une femme qui a du mal à comprendre ce qui se passe et qui ne voit sincèrement pas ce qu’elle pourrait donner de plus. Mais en réalité, elle ne voyait pas vraiment quel plus gros sacrifice elle pouvait faire. Après tout, elle avait déjà donné tout ce qu’elle avait. Enfin, non, mais bon, elle avait quand même donné une partie de ce qu’elle pouvait faire contre Mary, puisqu’elle avait promis de ne pas faire de mal à Connor, même par conséquence, du coup elle n’avait plus grand-chose contre sa sœur. Et qu’est-ce qu’elle aurait pu sacrifier de toute façon ? Elle n’avait rien. Elle n’avait plus personne, à part son frère et sa sœur qui ne voulaient même plus vraiment d’elle. Elle n’avait plus d’argent, elle avait dépensé tout le fric qu’elle avait récupéré de Ike pour son voyage. Elle n’avait pas de connaissance particulière. Elle n’avait pas de bien personnels, à part ses quelques fringues et ses chaussures, mais ils ne s’attendaient quand même pas à ce qu’elle se balade à poil à Sywhaîd, hein ?

Elle s’approcha doucement de Jeremy, d’un seul pas, comme pour être sûre qu’il la protégeait, puis lui demanda d’une petite voix :

« Qu’est-ce que tu me conseillerais, toi ? »

Et là, magie ! N’importe qui aurait pu croire en voyant Juliet comme ça qu’il n’y avait rien de plus important que l’avis de Jeremy. Que cet homme, dont elle ne connaissait même pas le nom, lui inspirait assez confiance pour qu’elle pense réellement qu’il était le seul à pouvoir résoudre ce mystère. Comme si elle avait déjà besoin de lui, malgré elle, alors qu’elle ne le connaissait même pas.

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Sam 23 Jan - 11:19

Est-ce que Jeremy était dupe ? Est-ce qu'il était une incarnation omnisciente de brouillard, ou l'exacte réplique d'un homme sympathique mais, eh bien, humainement crédible ? En tout cas, c'est plutôt cette dernière impression qu'il donnait. L'impression de croire très sincèrement que Juliet, effectivement, n'attendait que son avis, et l'impression d'en être... flatté, effectivement.

"Question difficile, je ne te connais pas..."

Il la regardait, l'air séduit, comme cherchant à la cerner.

"Tout ce que je peux te dire c'est qu'en général, la Brume aime que les gens qui entrent... fassent peau neuve. Qu'ils laissent ce qui les retient le plus à leur vie d'avant, tu vois ? Comme un serpent qui fait peau neuve."

Il lui sourit ; si cette dernière comparaison était volontaire, il n'en donnait en tout cas pas l'impression. Il lui souriait, semblait entièrement sous le charme.

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Mer 3 Fév - 21:03

Boooon… C’était un abruti mais il croyait avoir de la jugeote, exactement ce que Juliet aimait chez les hommes. Un mec qui se prenait pour un cerveau était bien plus facile à manipuler qu’un mec qui l’était vraiment, ou même qu’un mec qui connaissait ses limites, et donc était forcément plus méfiant. Un gars qui se croyait intelligent, et qui croyait comprendre facilement les autres, était du genre super facile à manipuler. Il suffisait de lui laisser croire qu’on ne lui disait pas tout, mais qu’il comprenait quand même, et il était tellement content de lui qu’il ne voyait pas voir venir le reste. Après, selon la situation, il y avait d’autres choses intéressantes. Du genre, quand on avait besoin d’aide et de soutien pour un truc, comme maintenant, si le mec avait tendance à jouer au white knight in shining armour, et il n’en faudrait pas beaucoup à Juliet pour être certaine que c’était le cas de Jeremy. Elle sourit, doucement, et ce sourire était comme le reflet d’un soulagement, qui était bien réel, mais différent de ce qu’on aurait pu imaginer. Elle était soulagée parce qu’elle ne s’était pas trompée, Jeremy lui serait utile.

Les yeux un peu écarquillés, comme si ce que Jeremy allait dire lui semblait vital, Juliet écouta…. Puis grimaça d’un air un peu dépité. En fait, à l’intérieur, elle se disait que cette Brume se foutait bien de sa gueule. Après tout, elle avait déjà tout sacrifié, que pouvait-elle faire de mieux ? Elle bouillonnait d’une colère, presque d’une rage, contre cette entité qui la forçait à courber l’échine comme ça, à continuer à tourner autour du pot comme une andouille. A croire que cette Brume voulait vraiment qu’elle se ridiculise, à répéter dix fois la même chose, à aborder toujours le même sujet. Merde à la fin ! Elle était toute puissante, cette saleté !, elle n’avait pas besoin de tout ce cinéma. A la première seconde, elle pouvait savoir si une personne avait de quoi bien fonctionner dans son village pourri ou non, pas besoin de jouer la comédie. Si elle l’avait pu, elle aurait crié tout ça. Mais la Brume, cette salope, semblait vouloir qu’elle se prête au jeu. Et Juliet voulait entrer à Sywhaîd, pour son plus grand malheur, trop pour tout gâcher bêtement.

« Mais… » dit-elle d’une petite voix, avant de s’arrêter, la voix coupée par une sorte de sanglot. Elle détourna le regard et prit une grande inspiration, le plus discrètement possible. Tout ça était évidemment du cinéma. Elle était folle de rage contre cette saleté de Brume, mais elle n’avait pas envie de pleurer. Elle releva le regard vers Jeremy, un regard hésitant et un peu rougi, Juliet avait appris des années plus tôt à se faire pleurer au besoin, ça n’avait jamais été un souci. « J’ai déjà tout abandonné ! »

Elle s’arrêta, paraissant sincèrement surprise par son haussement de ton. En réalité, quelque chose lui disait que Jeremy pensait aimer les femmes de caractère, il ne fallait pas non plus qu’elle verse trop dans le délire damoiselle en détresse, de peur de finir par avoir l’air molle ou fatigante. Elle prit une nouvelle inspiration, plus courte, avant d’ajouter, pointant un doigt de sa main gauche de son index droit, montrant son beau vernis doré au passage.

« J’ai abandonné la ville d’où je viens, mon pays même. J’ai abandonné une partie de ma famille. J’ai abandonné mon travail. J’ai abandonné mes amis. J’ai abandonné mon homme, même si c’est pas une très grande perte. »

Elle leva les yeux au ciel très brièvement, d’une façon qui donnait l’impression qu’elle le faisait sans s’en rendre compte, elle savait d’expérience qu’il n’y avait rien qui attendrissait plus un mec que l’idée d’une femme ayant souffert à cause d’un autre mec.

« Je n’ai plus d’argent. Je n’ai plus rien, à part quelques vêtements. Et je vais aller vivre dans un endroit où les seules personnes que je connais ne veulent pas me voir. »

Rapidement, son regard s’écarquilla, et elle papillonna des paupières, comme pour chasser des larmes. Elle regardait au sol et son regard avait été happé par quelque chose. Elle se pencha rapidement et tendit ce qui avait attiré son attention à Jeremy.

« Le buzzer. » dit-elle. « La possibilité de revenir en arrière. C’est tout ce que j’ai. »

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MessageSujet: Re: Quête de Juliet Norton   Ven 5 Fév - 19:30

Jeremy se saisit de l'étrange objet, en hochant gravement la tête. Il avait l'air assez secoué, visiblement les paroles de Juliet avaient fait leur petit effet. Il hésita un instant, plongea son regard bleu dans celui de la jeune femme, comme pour s'assurer qu'elle ne regrettait pas ce choix. Et sans doute parce qu'il avait du mal à détacher ses yeux des siens, il continua de la fixer tout en arrachant le gros bouton rouge. On aurait vraiment dit du toc, une sorte de gros gadget en plastique made in taïwan. Il laissa tomber les deux morceaux, désormais reliés anarchiquement par des gros fils électriques noirs.

Il s'autorisa alors un sourire.

"Ferme les yeux ; j'ai une bonne surprise pour toi."


Elle put entendre qu'il s'approchait d'elle. Elle put peut-être sentir son souffle tout proche, lorsqu'il murmura :

"Ne bouge pas."

A cet instant... eut-elle voulu remuer ne fut-ce qu'un petit doigt, cela aurait été impossible. Elle ne pouvait même pas rouvrir les paupières. Elle pouvait sentir simplement brutalement le froid sur sa peau - sa peau nue. Elle pouvait aussi entendre que le ton de Jeremy avait brutalement changé, était devenu beaucoup plus froid.

"Effectivement, il ne te restait pas grand-chose à quoi renoncer. Or le prix que tu dois payer pour rentrer est forcément... élevé. Le buzzer ? allons, comme si tu avais envisagé le retour en arrière. Il ne te restait que les fringues ; pas grand-chose, effectivement, mais on s'en contentera. Et ça t'apprendra à prendre les gens pour des imbéciles."

Elle put sentir le contact des lèvres de Jeremy sur les siennes ; un baiser appuyé, qui n'avait rien de celui d'un gentleman - d'abord, un gentleman n'aurait jamais profité du fait qu'elle ne pouvait pas bouger d'un poil. Tout du moins, l'homme n'alla pas jusqu'à la tripoter où que ce soit. Et lorsqu'il cessa de l'embrasser... Juliet put enfin bouger à nouveau. Ouvrir les yeux, et découvrir tout autour d'elle un potager sous la neige, lui-même entouré du reste de la Noble Lande.

[Welcome, dear !]

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