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 Zofia et Kayisa à Paris

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Zofia et Kayisa à Paris   Mar 3 Nov - 8:27

La voiture passa à toute vitesse et Zofia se retrouva aspergée d'eau de la tête aux pieds. Non seulement elle serait en retard, pour une des premières fois de sa vie, mais en plus elle arriverait au rendez-vous que lui avait fixé Samuel trempée et de mauvaise humeur. N'ayant pas voulu confronter Elio à un si mauvais temps, elle s' était rendue seule jusqu'à Paris, lieu où résidait le scientifique la plupart du temps. Kayisa, enfouie dans sa capuche, osait à peine pointer son nez tandis que la pluie diluvienne s'abattait sur les boucles rousses de la jeune femme. Elle songea avec un sourire désabusé qu'elle avait eu la bonne idée de s'assurer, quelques minutes avant de partir, et alors qu'il ne pleuvait pas à Reims, que la malette dans laquelle elle transportait ses documents, en plus d'être sécurisée par de nombreux sorts, était étanche. Pas comme ses vêtements, cela dit. Et ses chaussures, qui raclaient actuellement le bitume humide tandis qu'elle se dirigeait vers le café sorcier qui devait être le point de rencontre des deux chercheurs, n'en menaient pas large non plus. Nouveau soupir, elle se redressa pour étirer son dos. Elle n'était arrivée au manoir que depuis deux jours, mais avait déjà enchainé les discussions interminables avec son père, le shopping avec sa belle-mère, et la garde des enfants. Elio avait été très bien accueilli par ses toutes jeunes tantes, et Zofia en était ravie, même si cela se faisait au prix de petits accrocs familiaux (Florie appelait Elio « petit frère » et Lou l'avait accueillie par un « Cousi Zoia » retentissant...).

Lorsqu'elle se présenta à la porte du Magicien d'Oz, elle avait cinq bonnes minutes de retard (inadmissible!), était trempée jusqu'aux os (foutue averse!) et dut se retenir de soupirer lorsqu'elle constata que Samuel n'était pas encore présent. Un serveur la guida à une table libre, près d'un minuscule feu magique qui lui permit de se réchauffer, tout en commandant un chocolat chaud. Il régnait au Magicien, comme dans tous les cafés sorciers, une ambiance étrange. Chacun reconnaissait en l'autre un membre de la communauté magique, mais en même temps, ne pouvait s'empêcher de le dévisager, étonné par tant de diversité. Elle tenta d'imaginer un non-sorcier pénétrant soudain dans l'établissement, et se retrouvant face à une dizaine de magiciens habillés plus ou moins sorcièrement, un fantôme ou quelque chose d'approchant qui se balladait en traversant les murs, et un trio de vampires, observant les humbles mortels de leur regard intense et quelque peu... carnassier... La jeune femme sourit légèrement. Entendre parler français autour d'elle lui procurait une sensation étrange, entre le dépaysement et le retour au bercail. Elle comptait rester dans son pays d'origine durant toute la saison, même si pas nécessairement au manoir Delindel, et essayer de se réapproprier cette langue et cette culture qui étaient les siennes, et qu'elle avait délaissées depuis bien longtemps, lorsqu'elle avait décidé, à dix ans, qu'elle n'irait pas à Beauxbatons ou dans une quelconque autre école de magie française, et qu'elle traverserait l'Atlantique, pour apprendre à la fois la magie et l'anglais. Ses parents, à la fois admiratifs et un peu effrayés face à l'intelligence déjà fort aiguisée de leur petite, n'avaient pu refuser, et depuis que son père l'avait accompagnée pour la première fois jusqu'à Syracuse, Zofia n'avait plus passé en France que quelques semaines par an, au gré des vacances scolaires et de la maladie de sa mère...

La porte du café s'ouvrit comme pour l'empêcher de se noyer dans ce genre de pensées. Elle avait fait son deuil depuis des années, mais avait toujours tendance à sombrer dans une sorte de mélancolie assortie de flash-back assez destructeurs, même pour un esprit aussi buté que le sien. Samuel eut l'air de chercher un peu avant de la redécouvrir, recroquevillée sur sa chaise, Kayisa enroulée autour de son cou. Ses cheveux dégoulinaient encore d'eau, et des gouttes humides maculaient ses épaules qu'on devinait un peu trop maigres sous son chemiser gris, assez formel, mais qui la vieillissait un peu. Son pantalon noir commençait quand à lui à sécher, mais ses bottines à talons étaient toujours aussi trempées... Samuel lui adressa une grimace compatissante, tout en accrochant sa veste à un porte-manteau. Zofia lui sourit, et lui serra la main avec ce qui pouvait s'approcher, pour elle, d'une sorte de chaleur, avant de le regarder s'asseoir en face d'elle. Il adressa un léger hochement de tête à Kayisa, qui lui répondit par un tortillement de moustaches. La rousse savait que Samuel n'était pas très à l'aise avec les daemons, qu'il n'en connaissait pas beaucoup (Kayisa était d'ailleurs le seul daemon dans la pièce, d'après ce qu'elle avait pu constater), et apprécia donc d'autant plus son effort et sa courtoisie. On apporta à Zofia son chocolat chaud, et elle put placer ses mains autour du bol pour les réchauffer.

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Dernière édition par Zofia Delindel le Mar 3 Nov - 8:33, édité 1 fois
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Zofia Delindel
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MessageSujet: Re: Zofia et Kayisa à Paris   Mar 3 Nov - 8:32

« Comment allez-vous? » demanda Samuel, tout en ébouriffant ses cheveux trempés de pluie.
Zofia répondit que tout allait bien, merci, et en fait, c'était certainement la vérité, dans un sens. Tout allait beaucoup mieux depuis quelques mois. Depuis qu'elle avait clarifié les choses, même si avec pertes et fracas, avec un certain nombre de personnes, depuis qu'elle s'était en quelque sorte désintoxiquée, depuis qu'elle s'habituait à voir Elio grandir sans angoisser d'être une mauvaise mère, depuis qu'elle s'était totalement désolidarisée de Tibère en refusant de se rendre à Rome... depuis qu'elle avait commencé à flirter avec Tancredi aussi. Il ne s'était certes pas passé grand chose, rien de vraiment sérieux, mais le fait de se rendre compte qu'elle pouvait plaire et entretenir ce qui ressemblait de loin à une relation, même ténue, la rassurait énormément.

La conversation s'engagea sur la pluie et le beau temps (surtout la pluie en fait), la vie à Sywhaid (dont Zofia omit certains détails, tels que le coup d'éclat de son ex et la panne de Brèche...) avant de bifurquer vers leurs recherches. Tous deux s'étaient tenus au courant, toute l'année durant laquelle ils ne s'étaient pas vus, grâce à une correspondance extrèmement fournie mais sans donner de chiffres ni d'indication vraiment précises, de peur que le courrier ne parvienne pas au bon destinataire. Après ce qu'elle avait vécu à Oslo, la jeune chercheuse préférait être prudente, et Samuel, qui lui avait avoué avoir connu des cas semblables dans son entourage, l'encourageait également à faire attention aux informations qu'elle pouvait lui envoyer par la voie des airs. Au bout d'un moment, ayant chacun fini leurs boissons, ils attendirent que la table soit débarrassée, et Zofia put y déposer sa mallette. Son pendentif crépita discrètement tandis qu'elle levait les différents sorts de protection autour du bagage. Samuel, étonné par autant de précautions, se pencha légèrement en avant, l'air de plus en plus impatient. La jeune mère ne put s'empêcher de le considérer, l'air gentiment indulgent. Voir un homme de trente ans ou plus observer ses gestes avec l'air d'un gamin attendant LE cadeau de Noël avait le don de l'amuser.

Avec des mouvements précis et précautionneux, elle ouvrit finalement la mallette, avant d'en sortir une liasse de papiers, qu'elle tendit à Samuel. Mais celui-ci avait les yeux rivés sur les cinq fioles minuscules qui se trouvaient dans un compartiment spécial, extrêmement bien protégé pour éviter que le précieux chargement ne casse. Cependant, il était suffisamment poli pour se saisir du rapport préparé par la jeune femme, qui avait apparemment une idée de l'ordre dans lequel elle souhaitait présenter les choses. Sans plus de commentaire, elle invita d'un geste son compagnon à se plonger dans la lecture des quelques feuilles manuscrites, couvertes d'une écriture très serrée, quoique régulière et lisible. Elle vit ses yeux s'arrondir, ses sourcils se froncer, ses doigts parcourir les rangées de chiffres, d'équations chimiques, de graphiques, tandis qu'il progressait dans le protocole expérimental mis en place par la rouquine, pour finalement parvenir au résultat, qu'il cotempla quelques minutes, silencieux. Puis, il releva la tête vers la jeune femme, et la dévisagea comme s'il ne l'avait jamais vue auparavant. Celle-ci avait attendu sagement qu'il finisse de lire, les mains posées à plat sur la table, le dos droit, et lorsque leurs yeux se rencontrèrent, elle ne parvint même pas à sourire. Elle lui présentait le résultat d'une année de travail, une année extrêmement difficile. Elle savait qu'elle s'était surpassée, qu'elle avait dépassé les demandes du labo, mais elle redoutait que Samuel Leviaz, son collègue et son mentor, ne trouve une faille dans son raisonnement, une erreur qu'elle avait laissé échapper à sa vigilance. Elle avait terriblement peur de perdre sa confiance, de se discréditer. Mais vu la mine stupéfaite et admiratif avec laquelle il la contemplait, elle savait que ce n'était pas le cas. Elle avait réussi.

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Zofia Delindel
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MessageSujet: Re: Zofia et Kayisa à Paris   Mar 3 Nov - 8:40

Lorsqu'il la prit dans ses bras pour la faire tournoyer dans les airs, arrachant un couinement à Kayisa qui dut se cramponner à sa moitié de toutes ses forces pour ne pas être projetée à la table des vampires, qui les fixaient d'un air à peine surpris, elle se retrouva totalement prise au dépourvu. Elle n'avait pas l'habitude de telles manifestations, et surtout pas à son égard, et lorsqu'enfin, le scientifique, apparemment euphorique, se décida à la poser à terre, elle devait arborer un air passablement crispé, puisqu'il s'inquiéta aussitôt:

« Pardon, je vous ai fait mal? »

-Non, non c'est juste... je ne m'attendais pas à... ça!


Il parut se rendre compte du lieu dans lequel ils se trouvaient, et finit par se rasseoir, l'air absolument surexcité.

- Zofia, vous êtes géniale! Vous avez un an d'avance sur nos attentes, et... 
- Rien ne prouve que les échantillons fonctionnent..
- Même si ce n'est pas le cas, vous venez de faire faire à nos recherches une avancée considérable!


Il se pencha vers elle, avant d'ajouter, avec un sourire:

-Et de toute façon, je suis certain que ça marchera.


Son interlocutrice le regarda, légèrement sceptique, mais ne put s'empêcher de se laisser gagner par son enthousiasme. Samuel reprit finalement la parole:

« Je vais en parler à notre directeur. Il faudra organiser une conférence sans attendre afin que vous présentiez vos travaux à nos collègues. Ensuite, nous verrons comment s'organisera la prise de relais pour l'expérimentation et le test final, avant la production et...
-Minute! Une prise de relais? Ca veut dire que le projet va m'être retiré?


Le ton de la rouquine était soudain devenu beaucoup plus coupant. Son interlocuteur fronça les sourcils, apparemment assez gêné:

« Hé bien, pour le travail que vous avez fait, formidable d'ailleurs, les moyens dont vous disposiez à Sywhaid pouvaient suffire. Mais pour ce qui est des tests et de la fabrication.. Il faut un véritable laboratoire sorcier, avec tout l'équipement, les équipes de techniciens... Nous disposons des meilleurs. Et vous avez largement gagné le droit de vous reposer et de passer à autre chose... »

- Mais c'est mon projet, mon sujet d'étude, celui que vous m'avez confié, en disant que j'étais la meilleure pour le mener à bien. Et vous voulez me le retirer maintenant, alors que rien n'a encore abouti? Il reste des centaines de choses à faire dans ce domaine, vous le savez tout aussi bien que moi. Les échantillons que je vous ai montré ne sont pas encore testables et encore moins commercialisables, il s'agit de bases de travail, destinées à servir de témoins pour de futures recherches! Je sais bien que vous n'approuvez pas le fait que je travaille seule, mais...
- Ca n'a rien à voir. Vous êtes une chercheuse de génie, et vous avez effectivement jeté les bases d'un projet beaucoup plus important. Mais maintenant, nous avons besoin d'équipes nombreuses afin d'explorer toutes les voies que vos travaux ont ouverts. Ne soyez pas égoiste, Zofia, vous avez fait du très bon boulot, nous sommes d'accord, mais les conditions dans lesquelles le travail doit se poursuivre à partir de maintenant ne sont plus compatibles avec votre vie à Sywhaid. Vous avez rempli votre part du contrat, et même bien au-delà de nos espérances, à présent, il faut accepter que d'autres se mettent au travail.
- Mais...mais je...


Elle renonça soudain à dire quoi que ce soit, exaspérée de se mettre à bredouiller comme une petite fille, d'avoir les larmes aux yeux et de se retrouver coincée. Elle savait que Samuel avait raison que, c'était comme ça que les choses étaient censées se passer. Si elle voulait encore se charger de ce sujet d'étude, il lui faudrait soit poursuivre de manière indépendante, et risquer de se faire accuser de concurrence déloyale, soit travailler directement pour et dans le laboratoire de recherche, comme chef d'équipe. Mais dans ce cas, elle ne pourrait pas rester à Sywhaid...

Brusquement, elle se sentit étouffer. Elle se leva, sentit Kayisa frissonner contre elle, et sortit précipitamment, sous le regard étonné des autres consommateurs, qui devaient croire assister à une scène de rupture, les deux interlocuteurs s'étant entourés d'une bulle de protection auditive avant d'entamer leur discussion. Elle avait envie de vomir, ou de hurler, au choix, mais ne put que s'adosser contre le mur du café, les bras serrés contre la poitrine. Il avait cessé de pleuvoir, et l'apothicaire fixait d'un air absent une flaque d'eau sur le trottoir. Elle entendit à peine la porte claquer lorsque Samuel sortit en trombe à sa suite. Il avait récupéré leurs manteaux et la mallette et avait apparemment payé l'addition. Il avait l'air soucieux, mais ne paraissait pas vraiment contrarié. Enfin, ce fut l'impression de la jeune femme lorsqu'elle releva finalement la tête vers lui. De mauvaise grâce, elle maugréa un « désolé » des plus bougons, chose qu'elle jugea trois secondes plus tard totalement anti-professionnelle et extrêmement malpolie. Cependant, lorsque le jeune homme posa sa main sur son épaule d'un air protecteur, elle ne se dégagea pas, encore assommée par la dure réalité de la recherche scientifique et par sa propre réaction, totalement en dehors du contrôle constant de soi qu'elle s'était imposé jusqu'à maintenant... Lorsqu'il l'entraina pour une ballade dans le Paris sorcier, en lui expliquant qu'elle avait quelques temps pour réfléchir à ce qu'elle comptait faire et que rien ne serait décidé avant la conférence, celle-ci devant avoir lieu dans quelques semaines. Il comprenait très bien ce que c'était de se passionner pour un sujet et de vouloir continuer à travailler dessus coûte que coûte. Lui aussi avait connu ce genre de dilemme. Maintenant, elle allait se détendre, profiter de ce temps de réfléxion pour s'octroyer quelques vacances, et pourquoi pas commencer par un peu de marche. Avait-elle déjà visité les catacombes? Non, pas la zone non-sorcières, terriblement banales, les vraies catacombes, celles où les mages noirs avaient fomenté des complots à l'aide de forces occultes, où les loup-garous avaient l'habitude de se cacher... on avait même retrouvé un ancien nid de harpies, si si, véridique!

A la fin de l'après-midi, Zofia ne sentait plus ses pieds, mais était d'humeur un peu moins sombre. Elle avait beau correspondre avec Samuel depuis plusieurs années, elle ne le connaissait jusqu'alors qu'à travers un échange de lettres à titre professionnel. En effet, même s'il leur arrivait de s'enquérir de la santé de l'autre, il s'agissait surtout de simples formules de politesse destinées à ouvrir la discussion sur les dernières avancées de leurs recherches, ou de la science sorcière (et parfois même non-sorcière, s'il s'agissait d'un domaine qui les intéressait tous les deux) en général. En l'espace d'une après-midi, ils étaient passés du statut de collègues respectables et respectueux à celui d'amis. Bon, ils ne s'étaient pas raconté leur petite enfance de A à Z, n'avaient échangé aucune commentaire détaillé sur leurs différentes relations avec les membres du sexe opposé, mais avaient découvert qu'ils se comprenaient très bien même au-delà des simples sujets liés au travail. Il raccompagna la jeune femme à la gare, après l'avoir invitée à dîner sur place, ce qu'elle avait poliment décliné en expliquant (ce qui était la stricte vérité), qu'elle était attendue chez sa famille, qu'elle devait reprendre le train, à défaut de trouver un Portoloin correspondant à ses horaires, et qu'elle avait besoin de réfléchir à tout cela à tête reposée.

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