C'est un apiculteur rieur qui apparut au bout de la route -mal en point, quelques secondes à peine après qu'Abi y soit elle-même parvenue et ait déposé son lourd chargement. L'homme transportait quant à lui, bien calé sur son épaule, un gros sac de jute qui contenait du sable (ne laissons pas planer trop longtemps un suspense parfaitement sans intérêt). Il était toujours vêtu de la même manière : un pantalon de toile brune, une chemise blanche légèrement entrouverte (sans doute que lorsqu'ils se mettraient à transpirer, elle le serait davantage, bien sûr ; possible même qu'en dépit de la fraîcheur de la journée, il soit amené à l'ôter, allez savoir ; pour le coup, un peu de suspense devrait maintenir notre spectateur (-trice ?) en haleine).
Arrivé à proximité d'Abigail, et toujours aussi hilare, il s'exclama :
"Je m'étais attendu à quelque de ce genre ! Fabian m'avait promis, je cite "une séance d'exercice physique à deux, en compagnie d'une beauté Sywhaîdienne" ; plutôt sympa, non ? Et même pas mensonger..."
Il lui adressa un sourire charmeur, parce que c'était plus ou moins une seconde nature chez lui, lorsqu'il croisait une belle fille, lesbienne ou pas lesbienne. Il déposa ensuite précautionneusement son chargement à terre, avant d'effectuer quelques mouvements d'épaule pour se décrisper les muscles ; parole, il n'avait plus tout à fait 20 ans et, pour le coup, c'est lui qui aurait bien voulu d'un petit massage. Les cordonniers sont les plus mal chaussés. Mais s'il s'était porté volontaire pour une corvée difficile, c'était pour se conforter dans l'idée qu'il n'était pas encore complètement sénile. Alors, après une sorte de petite pirouette, il frappa dans ses mains.
"Bon, eh bien... pelle ou pioche ? Honneur aux dames..."
Clin d'œil. Tss, incorrigible.