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Sujet: You cannot run, you cannot hide... Ven 25 Sep - 11:44
Meike s’accroupit gracieusement, ouvrit son four et, après avoir attendu une seconde que la chaleur s’échappe un peu, observa le plat. La moussaka végétarienne était parfaite. Elle referma donc le four et coupa le gaz et se releva. Elle portait une robe Dolce & Gabana beige qui lui allait, comme tous ses vêtements, parfaitement. La robe était courte et lui arrivait juste au-dessus du genou, elle avait un beau décolleté et pas de manches. Une broderie florale s’étendait de l’épaisse bretelle gauche jusqu’au bord du côté droit de la jupe. La broderie était évidemment tout à fait délicieuse, elle n’était pas tape à l’œil, mais d’une manufacture parfaite. La robe était classe, parfaitement classe et parfaitement à la mode. Tout comme les escarpins du même beige qu’elle avait portés toute la journée, et qui étaient à présent à deux points différents du salon ultra-design, puisqu’elle les avait balancés selon son habitude dès qu’elle avait passé la porte. Elle adorait les belles chaussures, elle en était folle, mais à la fin de la journée, ce qu’elle préférait, c’était sentir le tapis si moelleux du salon, tout en buvant un verre de chardonay en écoutant un peu de musique (souvent de la pop légère et pleine d’énergie).
Elle se dirigea vers le couloir qui menait aux chambres et passa devant un miroir (la maison en était truffée, de beaux miroirs qui agrandissaient encore l’espace). Elle s’arrêta et vérifia que sa coiffure était bien. Ses cheveux étaient une vraie obsession, ils étaient toujours impeccables. Cette fois, ils étaient simplement lâchés, mais pas un cheveu fou ne dépassait de son carré long, sans pour autant que ça lui donne l’air trop sévère. Elle sourit, même son maquillage était parfait, il faut dire qu’elle s’était remaquillée deux fois dans la journée, quand on bosse avec des mannequins et des créateurs toute la journée, il faut être aussi parfaite qu’eux, même quand on bouge beaucoup plus.
Elle entra dans le couloir, qui était écru, comme tous les murs de la maison (du moins les murs des pièces communes, les chambres des filles étaient décorées selon leurs soins et la chambre de Meike était rouge et grise). Il y avait pas mal de tableaux aux murs, mais l’espace restait installé selon les codes les plus chics du design du moment. Elle faisait régulièrement refaire la décoration, quand les grandes tendances changeaient, ou quand elle se lassait. La décoration qui avait cours en ce moment avait été refaite six mois plus tôt.
Elle frappa à la porte de Bulle, qui écoutait de la musique, plutôt fort, adolescente oblige.
« Bubble ? Diner time ! »
La belle quadra attendit que sa fille coupe la musique, pour prouver qu’elle avait entendu, avant de se diriger vers la porte de sa petite dernière. Elle frappa (Zoé avait demandé d’être traitée comme sa grande sœur, pour changer) et dit :
« Strawby ? Diner time ! »
Elle entendit Karl mouffer pour lui répondre (comme souvent il avait été fait prisonnier par Zoé) et elle hocha la tête d’un air amusé avant de retourner à la cuisine. C’était une cuisine ouverte sur la salle à manger, ce qui avait particulièrement plu à Meike. Elle sortit le plat du four et alla le poser sur le centre de la table en verre. Une table ronde, avec armature en fer forgé, une magnifique table. Qui allait lui manquer… Elle soupira à cette idée puis alluma les bougies. La table était joliment dressée, mais il n’y avait rien de suspect à ça, la plupart du temps Meike faisait une jolie table pour le soir, un joli repas. La moussaka végétarienne était un des plats préférés de ses filles, mais ça encore, ça ne risquait pas d’attirer les suspicions. Le repas du soir était un moment important dans la vie familiale des Johanssen. Depuis toujours, Meike en avait fait un moment de discussion et d’échange… Et même si c’était le moment parfait pour annoncer les Grandes Décisions, ça n’arrivait pas non plus tous les jours.
Elle s’installa à sa place et se servit un verre Bordeaux dans son grand verre à vin, tout en attendant que ses filles n’arrivent.
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Sujet: Re: You cannot run, you cannot hide... Ven 25 Sep - 14:02
Dans la chambre de Zoé, le calme était roi et Zoé était la petite princesse qui vivait avec. La pièce était effectivement aménagée avec goût et même si la petite fille n’avait pas fait seule l’ameublement et la décoration, il est clair qu’elle en avait été l’instigatrice au vu des tons roses bonbons qui fleurissaient un peu partout dans la chambre. Les murs étaient d’un rose extrêmement pâle, ce qui rendait la pièce lumineuse tout au long de la journée. De plus une large fenêtre, encadrée de jolis rideaux parme, donnait sur la cour intérieure de l’immeuble et laissait entrer la lumière du soleil, dans la journée du moins. Le lit de Zoé était un magnifique lit de petite fille en bois peint d’un blanc éclatant surmonté d’un voilage en tulle, lui-même orné de dizaines de petits papillons colorés. L’armoire, particulièrement remplie pour une enfant de cet âge, était de même manufacture que le lit et était malicieusement décorée de petites fraises de toutes tailles : la lubie de Zoé. Enfin, deux grands tapis à boucles épaisses –tout deux ornés d’une énooorme fraise- permettaient à la petite fille de s’amuser en toute sécurité. Le tout –toujours en ordre- semblait tout droit sorti d’un magazine de décoration pour enfants et avait quelque chose de féérique pour la petite Johanssen, surtout si vous ajoutez le parfum d’ambiance aux subtiles fragrances de fraise –bien sûr.
Comme l’avait fort bien déduit Meike, Zoé s’amusait effectivement avec Karl quand elle frappa à la porte. Il est vrai qu’en tant que cadette, elle avait demandé à être traitée comme une grande et un sourire fleurissait irrémédiablement sur son visage poupon lorsque Meike annonçait l’heure du dîner en frappant trois petits coups secs à sa porte, comme ce fut le cas ce soir-là. Karl et elle jouaient à la styliste et au mannequin à ce moment-là, pour faire comme Maman, et Karl s’était bien évidemment retrouvé à endosser le rôle… du mannequin. Zoé, à genoux devant le Bouledogue, lui avait enfilé un petit pull Dolce & Ga-ba-na dans les mêmes tons que la robe que portait sa Maman ce soir. Il était si mignon son petit modèle que Zoé passa ses bras autour du cou du chien et déposa un énooorme bisou sur sa jolie tête toute douce avant de le caresser avec amour. Elle se releva, épousseta son petit pantalon rose, rajusta une boucle blonde échappée de derrière son oreille et courut vers la porte de sa chambre. Elle tourna la poignée ronde et dorée s’engouffra dans le couloir, précédant de peu sa sœur Bulle. Elle se rendit dans la salle de bain et en ressortit quelques secondes plus tard pour rejoindre la salle à manger.
Karl suivit docilement Zoé jusque dans la pièce, où il tenta de tirer sur le pull avec les dents avant de renoncer et d’aller boire un peu d’eau au toutou bar installé dans un coin, tout spécialement pour lui.
Zoé, quant à elle, se hissa sur sa chaise, à droite de Meike et mit ses deux petites mains sur la table.
- Elles sont prooopres, dit-elle en les tendant, encore humides, vers sa Maman adorée.
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Sujet: Re: You cannot run, you cannot hide... Ven 25 Sep - 14:41
Confortablement avachie sur son lit, l'ordinateur sur ses genoux, Bulle, alias Ztr4wberry, impitoyable naine chasseresse de son état, healait son familier, un grizzly des montagnes, tandis que celui-ci achevait d'un coup de patte rageur le dernier chien de chasse écarlate. Trop facile, cette instance. Les petits moines rouges tombaient comme des mouches, au rythme saccadé de la batterie des Babyshambles. Ils ne feraient qu'une bouchée d'Hérode.
Hélas, quelques coups frappés à la porte, ainsi que la voix de sa mère, ramenèrent Bulle à la réalité, et lui firent cracher un juron, suivi d'un soupir, suivi d'un "ouais ouais, j'arrive !" Elle savait que Meike resterait derrière la porte jusqu'à ce que Pete cesse de hurler "Fuck Forever", et n'eut donc d'autre choix que de couper précipitamment le jeu et le lecteur multimédia, sans prendre le remps de prévenir son équipe. Ils allaient la haïr. Elle n’avait pas vu l’heure du dîner venir si vite, et pourtant, chez les Johanssen, on était loin de manger à l’heure anglaise.
Un vague soupçon de culpabilité traversa la tête de Bulle, tandis qu’elle songeait au devoir de mathématiques qu’elle devait absolument rendre le lendemain sous peine de « convocation de madame votre mère » ; quel hypocrite, ce vieux pervers de Callaghan, il espérait que ça, un tête à tête avec Meike, évidemment. Comme s’il avait eu la moindre chance, ce vieux beau à mâchoire de cheval. Bah, elle pondrait un petit quelque chose après le dîner, de toute façon il n’était plus question de retourner sur Wow pour ce soir, mieux vaudrait prétexter un gros bug informatique. Elle éteignit complètement l’ordi pour qu’il refroidisse un peu, ôta de sa bouche une sucette à la cerise pour la lancer dans la poubelle située sous son bureau, soit à l’autre bout de la pièce.
*Merde*
S’arrachant douloureusement aux replis de sa couette, Bulle alla ramasser la sucette qui venait un peu trop loin, en plein sur son manuel de littérature. Beurk ; elle saisit le bâtonnet visqueux du bout des doigts pour le jeter dans une corbeille « à papiers » déjà pleine plus qu’à ras bord. La pièce n’était pas très bien rangée ; elle était cependant assez lumineuse, par la grâce d’une assez grande double-fenêtre sans rideaux, et du jaune vif choisi par la teenager pour la moitié supérieure de ses murs. Le bas restait blanc, les deux zones séparées par une longue bande noire, sur laquelle se détachaient des espèces de bonshommes un peu monstrueux en noir et blanc, à la fois un peu bizarre et un peu mignons. Il y avait une ballerine à deux têtes avec de grands bas à rayures noires et blanches, suivie d’un petit bouledogue ailé ; un guitariste à grosse tête couverte de taches de rousseurs, dont l’un des yeux n’était qu’une grosse croix noire ; un homme cactus qui avait le haut col, les ray-ban noires et le brushing de Karl Lagerfeld… Des dessins réalisés par une copine de Bulle sur sa demande, et qu’une petite boutique de papiers peints avait reproduits sous forme de stickers géants. Toute une galerie de monstres gentils, datant de l’année précédente, quand le jaune et le gris étaient tendance.
Tout compte fait, on s’en lassait assez vite, mais de toute façon elles referaient assez vite la déco de l’appart, au pire Bulle changerait à ce moment là. La vie était chiante, mais simple et sans surprise, encore pour quelques minutes. Zoé venait de s’engouffrer dans la salle de bains ; Bulle se contenta de léchouiller le reste de sucre laissé par la sucette sur le bout de ses doigts. En même temps, elle, elle passait pas ses journées à faire du coloriage ou de la « pata modelée ». Ses ongles étaient peints en bleu, ce jour-là.
Bien qu’elle humât avec grand plaisir les effluves d’un de ses plats préférés, l’aînée des Johanssen se dirigea d’abord vers le frigo, pour en sortir une assiette de jambon, avec laquelle elle gagna la table en verre, d’un pas traînant. L’ado, quoi ; jean, t-shirt -mais un jean Calvin Klein, d’un noir juste bien délavé, et un t-shirt American apparel-, faut pas non plus déconner, ho. Sans attendre que la Fraise les rejoigne, Bulle s’assit, une jambe à demi pliée sous les jambes, et piqua une tranche rose et chimique à souhait –son préféré, avant de plonger la cuillère à soupe dans l’appétissant plat de moussaka, pour faire le service (ploutch, ploutch, ploutch).
Elle était bien contente que sa mère ait fait de la cuisine un peu élaborée, ce qui n’arrivait certes pas tous les jours ; peut-être parce qu’elle avait grandi en Italie et en France, Bulle était gourmande. Et elle n’était pas fan de tofu. Un sixième sens lui fit lever les yeux vers sa mère, et, sourcil levé, faire « Quoi ? », tout en écrasant distraitement le contenu de son assiette du plat de la fourchette pour le faire refroidir. Autant ce jour-là, elle avait été très sobre au niveau vestimentaire, autant elle s’était un peu lâchée sur le maquillage ; c’est donc une paire d’yeux charbonneux, façon panda, qui lancèrent à Meike le regard « si t’as absolument besoin de m’annoncer que mon dieu, horreur, l’esthéticienne a eu dix minutes de retard aujourd’hui, fais vite, j’ai pas que ça à faire ».
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Sujet: Re: You cannot run, you cannot hide... Ven 25 Sep - 16:05
« Par-fait. » répondit Meike après avoir fait semblant d’inspecter très sérieusement les mains de sa cadette.
Elle lui sourit puis se pencha pour hisser Karl sur la quatrième chaise. Quand il n’y avait pas d’invité, qu’elles étaient entre elles, il n’était pas rare que les Johanssen se laissent attendrir par la bonne bouille du bouledogue français et le fassent siéger à la dernière place disponible. Il n’avait évidemment pas le droit de mettre ses pattes sur la table et on ne lui donnait pas à manger (une des rares choses sur lesquelles Meike était stricte par rapport à son chien) à table, même si on pouvait lui donner des restes après le repas. Elle grimaça en voyant arriver le jambon mais ne fit aucune remarque. La plupart du temps, elle ne disait rien de toute façon, et puis ce soir-là elle préférait éviter ce genre de petites engueulades, surtout qu’il allait y en avoir une autre, sûrement plus grosse, dès qu’elle annoncerait sa Grande Décision. Elle soupira d’ailleurs et Bulle sembla s’en rendre compte, sûrement le sixième sens de l’ado qui cherchait les conflits, et Meike se trouva bien embêtée. Elle aurait préféré attendre la fin du repas pour faire son annonce, une fois les estomacs bien pleins, le reste ne s’échauffait que peu.
Elle prit une cuiller de sa moussaka, délicieuse comme d’habitude, et attendit de l’avoir bien avalée avant de reposer sa fourchette sur le coin de son assiette. Elle essuya le bout de ses doigts sur sa serviette en tissus, posée sur sa cuisse, puis prit une gorgée de vin. C’est en jouant avec son verre qu’elle trouva le courage de dire ce qu’elle avait à dire. Un sourire enthousiaste très convaincant (mais d’une certaine façon elle était enthousiaste, Meike était de ce genre de personnes toujours enthousiasmées par le changement, même quand il était fait par obligation et qu’il n’était pas dans votre avantage. Il faut dire aussi qu’elle avait pris sa décision, pardon, sa Grande Décision. Et Meike, pour le plus grand malheur de ses filles (mais parfois aussi pour leur bonheur), n’était pas du genre à revenir sur ses décisions ou à accepter de les regretter. Une fois que c’était fait, c’était fait, et elle ne voyait pas quoi dire de plus.
« Nous allons déménager ! »
Elle avait dit ça en montrant ses mains à ses filles, comme pour faire « tadaaaa ! ». Ses grandes mains (forcément, elle avait de grandes mains et de grands pieds vu sa grande taille, elle devait d’ailleurs se faire faire ses chaussures sur mesure) ne tremblaient pas, elle était contente de déménager, d’une certaine façon, mais surtout soulagée d’avoir trouvé un endroit où elles seraient en sécurité. Le manque de confort, le changement de vie, les horribles moments que Bulle lui ferait vivre en vengeance, tout ça, ça n’était rien, tant qu’elles pouvaient avoir un endroit où être en sécurité le temps que George Gallner les oublie un peu.
« L’Ecosse. » ajouta-t-elle assez rapidement, de peur que ses filles se réjouissent d’aller vivre à Paris, Milan ou Barcelone et que plus dure en soit la chute. « Un super village très mignon. Un peu comme quand on était allées fêter Noël avec Kyle. »
Kyle, un de ses ex…. qui avait vingt-trois ans et était l’héritier d’une famille de nobles anglais fortunée. Qui les avait emmenées faire Noël dans un chalet dans les montagnes Ecossaises. Un endroit magnifique… mais assez rustique, même si elles avaient toutes apprécié cette semaine moins confortable. Après tout, ça avait été des vacances parfaites… Sauf que c’était des vacances, rien de plus. Le sourire de Meike vacilla légèrement à cette pensée et elle reprit une gorgée de vin, gardant son verre à la main, prête à la bataille contre sa fille aînée.
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Sujet: Re: You cannot run, you cannot hide... Ven 25 Sep - 21:20
Zoé regarda sa sœur lui servir de la Moussaka avec délice. C’était son plat pré-fé-ré ! Avec les lasagnes aux légumes aussi (elle aimait bien voir les petits pois se cacher entre les couches de pâtes). Bref. Zoé avait l’eau à la bouche malgré son appétit d’oiseau. Elle adressa un regard complice à Karl, désormais sur sa chaise, qui répondit d’un air pataud en inclinant la tête sur le côté, puis se saisit maladroitement de sa fourchette. Cela faisait quelques temps déjà qu’elle se nourrissait seule mais parfois la coordination de ses membres lui échappait légèrement. Elle piqua dans la moussaka et en souleva une énorme bouchée qu’elle enfourna joyeusement dans sa toute petite bouche après avoir longuement soufflé dessus. Elle avala et plissa les yeux en signe d’approbation.
- Mmm ! Mi-am ! Ch’est chaud, mais ch’est boon, dit-elle de sa petite voix cristalline.
Maman était la meilleure des cuisinières d’abord.
Pendant que Meike buvait une gorgée de son Bordeaux, Zoé entreprit de se servir de l’eau. Elle agrippa la grosse carafe à deux mains et tenta de viser le verre. La concentration se lisait sur son petit visage doux et elle tirait la langue, peut-être pour viser plus juste ? Une chose est sûre, Zoé était à mille lieues de se douter du drame qui planait au-dessus de la table. Toutefois, quand Bulle lança un « quoi ? » dédaigneux, Zoé releva la tête avant de plonger discrètement son doigt dans un coin de moussaka. Elle savait bien que c’était malpoli de faire ça mais c’était teeelle-ment booon… Et puis ça donnait un bon goût au doigt, alors…
Tout en suçant son index, Zoé ne quittait pas sa mère et sa sœur des yeux. Il se tramait quelque chose. Peut-être que Maman avait des problèmes avec ses mannequins ? Zoé les trouvait jolies mais grincheuses et les quelques fois où elle avait pu accompagner Meike, elle avait trouvé ces grandes personnes méchantes et malpolies. Oui ça devait être ça…
… Mais non. On dé-mé-nage ? Ca voulait dire partir, non ?
- C’est quoi Les Cosses Ma-man ? Articula Zoé avec application, curieuse de savoir à quoi pouvaient bien ressembler les Cosses et imaginant déjà de grosses cosses de marrons avec des petits piquants verts tout doux.
Déjà Maman précisait qu’il s’agissait d’un petit village mignon comme celui où elles étaient allées avec Kyle pour Noël. Alors dans ce cas, il ne fallait pas s’en faire. Elles seraient de retour dans pas longtemps et après elle pourrait encore jouer avec Karl et Bulle et Maman et Jamie aussi.
- Jamie pourra venir avec nous voir Les Cosses ?
Son meilleur ami pourrait peut-être passer les vacances avec elles s’ils étaient sages tous les deux.
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Sujet: Re: You cannot run, you cannot hide... Sam 26 Sep - 12:48
Celle-là, Bulle ne l'avait pas vu venir. Elle était loin d'imaginer ce qui mijotait dans la jolie tête de sa mère, et, à peine celle-ci avait-elle ouvert la bouche que l'adolescente avait reporté son attention sur son assiette, s'attendant au pire à passer un douloureux quart d'heure à écouter les nouveaux griefs à ajouter à la liste de ceux accumulés contre Zandra Rhodes, une créatrice qui avait quasiment supplié Meike de collaborer avec elle, et depuis ne faisait que dévoiler toujours davantage le caractère despotique, tyrannique, dissimulé sous sa chevelure rose.
Bulle avait donc rapidement enfourné une petite fourchetée de moussaka - il paraissait que pour maigrir, il suffisait de manger de plus petites bouchées ; jusqu'ici, ça faisait juste enrager Meike parce que sa fille mettait trois fois plus de temps à finir son assiette, mais Bulle lui avait dit que c'était ça ou un régime protéiné. Et à propos de protéines, Bulle profita de la microseconde avant que sa mère ne prenne la parole pour jeter à Karl un regard menaçant, histoire qu'il n'aille pas s'imaginer qu'elle avait enfin changé d'avis et décidé, pour une fois, de lui permettre de venir piquer dans sa tranche de jambon. Ce fut le dernier acte accompli par Bulle avec l'innocence de l'ignorance. La foudre tomba, brutale. Et contrairement au proverbe, elle frappa l'adolescente coup sur coup, à deux reprises. Elle faillit en avaler de travers sa mini bouchée de moussaka.
"Nous allons déménager !" Ça faisait au moins 5 ans qu'elle n'avait plus entendu ça ; 6, corrigea-t-elle mentalement en trouvant dans son champ de vision le visage curieux de sa petite sœur. Depuis la naissance de Zoé, il avait semblé établi qu'elles ne déménageraient plus de sitôt. Comme si les défauts dans l'éducation de Bulle avaient été imputables à leurs changements de décor intempestifs. A vrai dire, ils ne l'avaient pas traumatisée plus que ça ; comme quoi elle n'était pas aussi difficile à vivre que ça, hein ! Bon, sauf que, là, elle avait dû perdre l'habitude.
A moins que ce ne soit la façon inédite de présenter les choses. Vlan, on déménage. Les fois précédentes, il y avait eu des signes avant-coureurs. Meike était ce genre de mère qui croit devoir dire les choses. Quand elles avaient quitté Big Apple, la Grande Décision avait été précédée par de longues semaines de discussions sans fin sur les mérites des créateurs londoniens, invariablement conclues sur l'idée que Londres était sans conteste la nouvelle capitale de la mode. Bulle avait vraiment cru qu'elles ne bougeraient plus, cette fois ; le trio Johanssen était la plupart du temps d'accord pour dire que Londres était la ville la plus cool du monde (y compris Zoé, qui n'en avait jamais connu d'autre). Et dernièrement, Meike n'avait encensé aucune ville en particulier ; enfin, elle avait vaguement évoqué une idée de séance photo près des restes du mur de Berlin mais... Beuh, Bulle n'avait aucune envie de déménager en Allemagne.
Mais Bulle eut tout juste le temps de s'imaginer avec horreur en salopette en peau de buffle, une chope de bière dans la main et une salade de pommes de terre dans l'autre ; deuxième "coup de foudre".
L'Écosse. Bulle n'en était pas à imaginer des cosses géantes, mais il lui fallut bel et bien une demi-seconde pour que son cerveau valide l'information captée par ses oreilles. Un village d'Écosse ? Bulle en lâcha sa fourchette, qui retomba bruyamment contre la porcelaine de son assiette. Clang. Elle fixa sa mère d'un œil incrédule, une grimace de dégoût déformant son visage. Non mais quoi... Elles avaient une tête à vivre à Glasgow, peut-être ? Anna Wintour prenait parfois des décisions un peu bizarres en matière de diktats fashion, mais elle n'aurait quand même pas été jusqu'à affirmer qu'il était devenu soudainement très hype de vivre dans un film de Ken Loach.
Non. Meike était chiante, assez délurée, mais pas complètement folle à lier. Non mais, elle s'y voyait, elle, dans sa jolie petite robe beige D&G, déambuler, parapluie au poing, dans un fââbuleux décor de cités minières en brique, sous un ciel gris plomb de janvier à décembre ? Il n'y avait qu'une explication plausible à cette sortie tout autant soudaine qu'improbable. Bulle posa sa main sur l'épaule de Zoé, et, d'un ton aimable et rassurant, décréta :
"T'inquiète, Zoé. Maman rigole. Elle a juste fumé une cigarette pas boooonne du tout."
Elle leva les yeux vers Meike, et lui adressa un gigantesque sourire, façon "ose un peu me contredire". Pour autant, Bulle savait pertinemment que sa mère n'était pas du genre à prendre ce genre de drogues, ni à faire ce genre de déclarations fracassantes sur le mode humoristique.
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Sujet: Re: You cannot run, you cannot hide... Dim 27 Sep - 18:50
« Une de ces cigarettes que j’avais l’habitude de fumer durant ma première grossesse et qui expliquent pas mal de tes problèmes ? » demanda avec un air innocent Meike.
Mais la répartie avait été plus automatique qu’autre chose. Non, Meike ne prenait aucune drogue. Elle avait beau en avoir testé pas mal (à peu près toutes celles que la plupart des gens pouvaient citer sans réfléchir), elle n’avait jamais vraiment aimé le principe de la drogue, le trip et tout le reste. Les hallucinations l’avaient toujours faite flipper et l’excitation ou le calme artificiels n’avaient jamais été son truc. Bref, en tant que mannequin elle avait fait quelques tests mais avait vite compris que ça n’était pas pour elle… Et puis à partir du moment où elle avait eu Bulle il n’en avait même plus été question trois secondes. Oui, il lui arrivait de boire un peu trop, mais par contre être shootée alors que deux enfants l’attendaient à la maison, jamais de la vie. De toute façon, elle avait l’alcool guilleret et ne dépassait que rarement la limite de l’euphorie légère. Non, tout ça ça n’était que de l’humour. L’humour Johanssen pouvait être une arme à double tranchant. Il aidait le trio à avancer quand des obstacles se mettaient en travers de leur chemin, mais il pouvait aussi ralentir certaines discussions, comme aujourd’hui. Heureusement, même Zoé savait faire la différence entre l’humour familial et une vraie conversation, même si les gens qui passaient du temps avec les Johanssen avaient parfois du mal à suivre le rythme.
« En fait, Sywhaîd est un très joli village. Un village où des sorciers et des… euh… des non-sorciers vivent ensemble. »
Elle avait eu du mal à retrouver le terme de « non-sorcier » et avait failli dire « humain », mais comme sa cadette était une graine de sorcière, elle préférait faire attention à ce qu’elle disait. Après tout, Meike n’avait découvert l’existence de la magie que deux mois auparavant, et quand elle avait raconté à ses filles cette étrange découverte, ça avait donné lieu à une conversation assez étrange. Zoé avait été ravie… Bulle plus difficile à convaincre, évidemment. Mais heureusement, l’ancien mannequin avait eu un atout dans sa manche. Manuelo, son ami de toujours, ancien mannequin lui aussi. C’était Tonton Manny pour les filles. Et c’était aussi un homme qui venait d’une famille sorcière. Un sorcier en fait, même si Meike avait du mal à se faire à l’idée. Il était venu dans la même soirée pour faire quelques démonstrations aux filles, et le scepticisme n’avait plus été de mise.
« C’est Manny qui m’a parlé de ce village. Il dit que là-bas, on pourra apprendre tout ce qu’on veut sur la magie. » En disant cela, elle tourna un regard enthousiaste vers Zoé, la première concernée par le problème. « Et qu’on sera en sécurité aussi. »
Là, elle avait plutôt regardé Bulle. Oui, Meike était de ces mères persuadées qu’il fallait dire les choses à leurs enfants. Ses filles n’ignoraient rien du conflit qui l’avait opposée à George Gallner. Et si Zoé ne savait pas à quel point les menaces avaient été sérieuses, Bulle, elle, avait eu la description la plus précise de ce qui avait été dit. La belle brune n’en avait pas vraiment reparlé depuis, mais Bulle était sûrement assez grande, et connaissait assez sa mère, pour savoir qu’elle était inquiète et soucieuse. En fait, Meike n’avait pas pu dormir pendant plusieurs jours d’affilée, tellement l’idée que George mette ses menaces à exécution la terrifiait. Il lui avait fallu en gros deux mois pour trouver une solution viable, mais le fait de l’avoir trouvée, enfin !, était un grand soulagement.
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Sujet: Re: You cannot run, you cannot hide... Jeu 8 Oct - 9:39
Zoé sourit aux réparties de Bulle et de Meike à propos des cigarettes « pas booonnes du tout ». Elle avait beau n’avoir que cinq ans et demi, Meike l’avait déjà averti de dangers de telles cigarettes mais de toute façon Zoé s’en fichait. Elle n’aimait pas ça, les cigarettes, ça sentait mauvais d’abord et puis Maman disait que ça rendait les dents jaunes alors… Et puis même les cigarettes en chocolat n’étaient pas très bonnes, Zoé, elle, elle préférait les pièces en chocolat, mi-am !
Dans le court laps de temps qui s’écoula, la cadette en profita pour enfourner une nouvelle fourchette de Moussaka dans sa petite bouche tout en fixant tour à tour, Meike, Bulle et Karl. Et, quand sa Maman évoqua que Sy-waid était un village de sorciers, Zoé esquissa un large sourire. Et, si elle gardait les lèvres pincées, c’était uniquement à cause de la Moussaka. Elle était trop bien élevée pour parler la bouche pleine. De toute façon, parler était inutile à cet instant, tant son petit regard brillant trahissait son excitation. Chic, chic ! Un petit village mignon avec des sorciers et des non-sorciers. Elle imaginait maintenant un village avec de jolies petites maisons champignons, un peu comme celles des Schtroumpfs mais en plus grandes, sinon Maman ne pourrait pas rentrer dedans. Avec de petits arbres ronds et bien verts et des petits chemins de terre battue. Et puis il y aurait de gros écureuils grands comme… grands comme elle et puis des souris mignonnes qui tireraient des charrettes. Zoé porta un doigt à sa bouche, soudainement dubitative… Elle avait déjà vu ça quelque part… Ah oui ! Dans le livre de Tinkerbell ! Oh chic, ça serait vraiment trooop chouette de partir en vacances chez la fée Clochette, avec des sorciers et tout…
Bon d’accord, pour l’instant Zoé était loin d’imaginer l’étendue de la signification du mot sorcier. Certes Tonton Manny leur avait fait une démonstration mais pour Zoé c’était un super Ma-gi-cien Tonton Manny !! Et il savait faire plein de choses troop trop drôles, comme faire des bulles de savon avec son nez. Alors vous voyez, les sorciers c’est chou-ette !
Quand Meike ajouta qu’en plus elle pourrait apprendre pleins de trucs sur la Magie, le regard de Zoé s’emplit de plus de paillettes encore. Maman lui avait dit qu’elle était une sorcière elle aussi mais pour l’instant elle ne savait pas faire de bulles de savon avec son nez, sauf dans le bain, mais souvent elle avalait la mousse et ça, c’était pas boon du tout ! Beurk.
A cinq ans et demi, les pouvoirs de Zoé ne s’étaient encore que très peu manifestés. Etant une petite fille patiente et enjouée, il n’arrivait que très rarement qu’elle s’énerve ou ressente une émotion particulièrement vive. Aussi, la cadette avait bien dû faire bouillir la gamelle d’eau de Karl une fois, alors que ce dernier n’avait pas voulut jouer avec elle de la journée ; ou bien fait apparaître de tout petits boutons sur les joues de sa sœur un jour où Bulle l’avait cherchée un peu trop, mais sinon rien d’extravagant qui n’ait pu être expliqué par un raisonnement scientifique. L’aspect magique des sorciers lui échappait donc légèrement, mais au moins il l’amusait.
L’annonce de Meike ne la perturbant visiblement pas outre mesure, Zoé avala une autre fourchette de Moussaka avant de demander :
- Et on part quand Ma-man ?
Parce que maintenant elle avait très hâte de faire son sac pour aller voir Clochette et son joli petit village magique. Bon elle savait que c’était pour éviter George, mais le côté magique de l’histoire prenait le pas sur tout ce qu’il pouvait y avoir de moche autour… Et après elles reviendraient et elle raconterait tout à Jamie qui n’en croirait pas ses oreilles. Parce qu’apparemment Maman n’avait pas l’intention d’emmener Jamie, hein ?!
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Sujet: Re: You cannot run, you cannot hide... Mer 21 Oct - 20:30
Non.
C'est le seul mot qui parvenait à se faire entendre de façon audible dans le crâne de Bulle, méchamment secoué après les propos de sa mère. C'était un mauvais rêve ; Meike n'avait pas vraiment dit ça, elles n'étaient pas vraiment en train de dîner ; en fait, dans quelques instants, le réveil hurlerait, elle se retournerait dans sa couette, attendant que Karl vienne lui lécher les orteils pour daigner ouvrir un œil sur une journée normale, où il n'était question ni de déménagement, ni de sorciers, ni de Cosses.
Elle fixait Meike, incrédule, choquée.
*Dis quelque chose. C'est une blague, dis-le maintenant.*
Bulle voulait hurler, se lever, envoyer valser les assiettes ; même si ça n'aurait pas changé quoi que soit, ça l'aurait au moins défoulée. Mais elle était comme stupéfaite. Elle n'arrivait pas à y croire. Comment, mais comment pouvait-elle leur faire ça ? Lui faire ça à elle ? Lui promettre de ne plus déménager et annoncer du jour au lendemain qu'elles partaient, juste pour lui laisser le temps de s'habituer à sa vie actuelle. Et pour où ? Pour un bled écossais au nom évidemment imprononçable, un village de sorciers, où elles auraient juste l'air de tartes qui, désolées, ne savent pas faire des étincelles avec un bout de bois, ni faire jaillir de nulle part des caramels. Non, franchement... - Bulle continuait de fixer Meike - qu'est-ce qu'elles iraient faire, là-bas ? Designer des kilts ? Est-ce qu'elle s'y voyait sérieusement, faire des bisous à Nessie, perchée sur ses talons Jimmy Choo, dans sa jolie petite robe crème brodée ?
Oui, Bulle voulait hurler. Dire que c'était probablement l'idée la plus stupide que sa mère ait jamais eue ; enfin, quoi, l'Écosse, ça n'était pas si loin : à moins que George ne soit Écossophobe, elles ne seraient même pas plus à l'abri qu'à Londres. Meike n'allait quand même pas leur expliquer, maintenant, qu'il y aurait là-bas une bande de Power Rangers locaux pour les défendre - "kilt rouge ! kilt jaune !". Rha, Bulle n'arrivait pas à croire qu'elle ait encore envie de rire dans des circonstances pareilles ; c'était sérieux, merde.
D'ailleurs Bulle avait sincèrement peur. Chaque fois que Gallner revenait sur le terrain, l'angoisse lui nouait le ventre. Elle voulait se persuader que l'ex de sa mère ne pouvait pas leur en vouloir à ce point : après tout, il n'avait rien à craindre d'elles. Et puis, Manny était là pour les protéger, en cas de pépin. Malheureusement elle n'avait plus lâge de Zoé ; elle ne croyait plus vivre dans un monde merveilleux peuplé de joyeux lutins malicieux. Oui, elle avait peur, et c'était encore Meike qui lui imposait ce sentiment. Et elle pensait que dire que son bled, là, était un "joli" village, ça allait tout faire passer, qu'à partir du moment où les vieilles sorcières du coin faisaient pousser des géraniums sur leurs balcons, tout irait bien.
Bulle déglutit ; elle repoussa son assiette. D'une voix que la rage faisait trembler, elle demanda finalement :
"Je suppose que c'est une de tes merveilleuses "Grandes Décisions" ? Ou est-ce que, ô miracle, on a le droit de participer, d'faire avancer l'débat ? Genre tu vois, pour dire un truc du genre, euh... "No Way" ?
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Sujet: Re: You cannot run, you cannot hide... Lun 26 Oct - 10:30
« Way. » répondit Meike, son beau regard brun se faisant soudain plus autoritaire. Elle savait qu’elle était arrivée au moment où il ne s’agissait plus d’annoncer la nouvelle mais de montrer à quel point elle était irrévocable. Elle avait le soutien de Zoé, mais elle n’en avait jamais douté, la petite fille n’était pas du genre à s’opposer à quoi que ce soit tant qu’elle pouvait continuer à s’amuser et à être avec sa famille. Bulle, elle c’était une autre histoire. « C’est une Grande Décision, nous déménageons. J’ai déjà réglé les détails, on part dans dix jours. »
Dix jours, c’était court et Meike le savait. Seulement, Gallner lui faisait tellement peur qu’elle serait partie sur le champ si elle l’avait pu. Mais elle avait encore des choses à régler. Déjà, il fallait que son contrat avec Zandra Rhodes arrive à son terme, la belle brune ne pouvait pas se permettre de rompre un de ses contrats, elle vivait dans un monde où ça coûtait bien trop cher de le faire. Heureusement, Zandra l’avait embauchée pour préparer un de ses défilés seulement, le défilé en question aurait lieu six jours plus tard. Les quatre jours de plus c’était pour emballer les affaires, pour régler les problèmes administratifs (dont la scolarité de ses filles, qui allaient passer à la scolarité par correspondance, le temps que Meike voie s’il y avait une école à Sywhaîd pour les enfants ou pas, Manny n’avait pas été tout à fait certain de le savoir). Et il y avait aussi d’autres problèmes, du genre comment on gère le déménagement avec une Brume qui bloque l’entrée ? En fait, Meike avait commencé à avoir une idée, à base de garde-meuble et d’attente de la Brèche suivante. Si elles partaient dans dix jours, elles n’auraient qu’une semaine à attendre, avec leurs quelques fringues de survie tenant dans des sacs, avant de pouvoir aller chercher leurs affaires et amener tout ça à Sywhaîd. Elle posa un regard nostalgique sur la table sur laquelle elles étaient en train de manger. Non, elles ne pourraient pas tout emmener. Etrange comme elle s’était habituée, elle aussi, à vivre en sédentaire. Elle avait laissé des tas de meubles derrière elle à une époque, mais cette fois ce serait douloureux.
« Strawby-chérie ? Tu veux bien aller chercher le dessert ? »
La belle quadra avait réussi, on ne sait comment, à finir son assiette durant la discussion. Elle avait beau évoluer dans le monde de la mode, Meike était loin d’être une anorexique. Elle était même plutôt gourmande. Elle mangeait cependant plutôt équilibré et sain, même si ça ne l’empêchait pas de bien manger. Dans le frigo se trouvaient des petites verrines qu’elle avait faites, à base de yaourt, fraises, chocolat fondu et mascarpone. Un dessert qu’elle faisait souvent et qu’elles adoraient toutes. Elle avait décidé de faire un repas de fête, et elle ne se laisserait pas abattre par la discussion. Une fois que sa petite dernière se fut levée pour aller chercher les desserts, elle se tourna vers Bulle. Zoé pourrait les entendre, la cuisine était totalement ouverte sur le salon, mais elle serait occupée à prendre des choses dans le frigo, et de toute façon rien de tout cela n’était un secret, Meike voulait seulement que sa fille aînée l’écoute une bonne fois pour toute, et sans Zoé à côté c’était plus simple.
« C’est un village particulier. Il y a une Brume qui le protège. Oui, je sais, ça fait pas très peur une Brume, mais c’est une sorte d’entité magique, d’après Manny. Personne ne peut entrer dans le village si elle ne l’y autorise pas. Elle protège ses citoyens. Et même George ne pourra pas venir nous faire du mal si on arrive à y entrer… Et on y arrivera. Parce qu’elle impose une Quête, et toi et moi on devra la faire, pas Zoé, elle elle entrera sans problème. »
Elle tourna un regard bienveillant vers sa dernière qui sortait les verrines du frigo. Elle aimait profondément ses filles, malgré toutes les maladresses qu’elle pouvait faire et toutes les choses qu’elle leur imposait. Meike n’était pas la meilleure mère du monde, mais elle faisait de son mieux, c’était déjà plus que pas mal de gens.
« Manny m’a expliqué que cette Quête était magique. Il m’a donné des tas de conseils, du genre être honnête ou ne pas oublier que c’est une Quête et pas la vraie vie. Ca ne sera pas facile. Mais, Bulle, c’est le seul endroit que j’ai trouvé où George ne pourra pas nous atteindre. Un endroit où on pourra se faire oublier quelques temps, en cherchant d’autres solutions. C’est pas parfait, c’est loin de l’être, mais j’ai besoin de votre soutien à ce sujet. J’en ai vraiment besoin. Il faut qu’on reste une famille, surtout maintenant. Et il faut que tu acceptes de venir avec nous, parce que je ne pense pas que cette Brume acceptera de te laisser entrer si tu ne le veux pas toi-même. »
Elle avait plongé son regard brun dans celui de son aînée durant son petit laïus. Elle ne jouait pas avec Bulle, elle croyait sincèrement tout ce qu’elle disait. Elle savait que c’était un sacré poids qu’elle mettait sur les épaules de sa fille, mais Meike avait toujours traité ses filles comme des adultes, des personnes à part entière. C’était souvent un avantage, dans la vie quotidienne, puisque les deux sœurs avaient très tôt pu faire leurs propres choix, mais ça pouvait aussi être quelque chose de terrible dans ce genre de situations, où Meike demandait à une adolescente d’être plus adulte que la plupart des adultes.
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Sujet: Re: You cannot run, you cannot hide... Mer 2 Déc - 11:45
- Dix jours… répéta Zoé en avalant sa dernière bouchée de moussaka.
Elle aussi avait terminé son assiette. Bon d’accord quelques petits pois s’étaient échappés sur la table et une grosse trace de sauce ornait le milieu de sa serviette, et alors… ? Dix jours c’était court non ? Elle regarda Karl pour savoir ce qu’il en pensait mais ce dernier fixait attentivement l’assiette de Bulle en se léchant les babines. Zoé n’aurait su dire lequel du jambon ou de la moussaka exerçait cet effet hypnotique sur le chien mais s’en désintéressa vite alors que Meike et Bulle se battaient à coup de « way – no way ! ». De toute façon, Maman l’envoya bien vite chercher le dessert. Zoé tira sur sa serviette qu’elle posa près de son assiette et sauta de sa chaise, imitée bien vite par Karl qui avait du sentir qu’il n’obtiendrait rien de Bulle ce soir.
Zoé était déjà près du frigo lorsqu’elle entendit sa Maman poursuivre la conversation. Elle eut tout juste le temps de comprendre qu’une Brume magique protégeait le village que déjà elle repérait les verrines du dessert. Se désintéressant momentanément de la conversation, la petite fille posa un regard gourmand sur les tiramisus fraise, yaourt, chocolat. Oh ! Mi-am ! Troooop bon. Zoé passa sa langue sur ses lèvres, arborant la même expression que Karl quelques instants auparavant. Karl qui se tenait aux pieds de Zoé dans l’espoir que celle-ci, avec la maladresse due à son âge, lâche le plateau de verrines. Mais il dut attendre car Zoé venait d’avoir une soudaine prise de conscience et, la porte du réfrigérateur toujours ouverte, elle mit ses mains devant elle et ferma les poings avant de compter à voix basse.
Lorsqu’elle eut finit de compter, Zoé constata que tous ses doigts étaient dépliés et que dix jours finalement c’était beaucoup de doigts mais pas beaucoup de jours. Elle le savait parce qu’avec Jamie ils avaient compté les jours d’un mois avec leurs doigts à l’école et qu’ils n’en avaient pas eu assez ; même qu’ils avaient dû demander à Gabriel de leur prêter les siens pour finir. Et donc dix jours c’était court. Légèrement soucieuse, elle attrapa les verrines, poussa la porte du frigo d’un coup d’épaule et se dirigea vers la table, talonnée de près par Karl, plus que jamais empli d’espoir.
Elle posa les desserts près de Meike et retourna se hisser sur sa chaise alors que Maman leur disait de rester soudées et demandait à Bulle d’accepter de venir avec elles. Bien sûr que Bulle allait venir avec elles. C’était évident non ? Elle n’allait pas rater des vacances dans les Cosses avec des maisons champignons quand même… Si ? Zoé tourna alors son joli regard brillant vers sa grand-sœur.
- Alleeez, viens Bu-lle ?! S’il te plait…. supplia-t-elle en se penchant sur la table et joignant ses petites mains encore légèrement potelées.
N’ayant pas complètement suivi la conversation, elle n’avait pas compris que sa sœur devait « vraiment » vouloir venir pour « pouvoir » entrer et pensait juste que sa sœur n’avait pas envie de quitter Londres. Mais ça, ça pouvait s’arranger.
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Sujet: Re: You cannot run, you cannot hide... Mar 8 Déc - 22:53
Une qui n'avait pas fini son assiette, et ne risquait pas de jamais la finir, c'était notre Bulle préférée (l'avantage des prénoms originaux...). Comment aurait-elle pu faire descendre la moindre petite bouchée de jambon, ou même de moussaka végétarienne, le long du mince tube atrophié par la colère et l'angoisse qu'était devenue sa trachée ? Elle n'arrivait même pas à crier tout ce qu'elle aurait voulu répondre à Meike, des choses pas toujours vraies, d'ailleurs, mais dictées en tout cas par l'instant : qu'elle et ses grandes décisions à la con pouvaient aller se faire voire chez les Cossais sans elle, que Manny n'était qu'un crétin barré à qui on ne pouvait raisonnablement faire confiance que lorsqu'il s'agissait de raconter des conneries (pour le coup, elle ne le pensait pas du tout, en temps habituel, elle aimait beaucoup tonton Manny, en vérité), qu'elle avait peur, purée, tellement les boules, maman...
Et qu'elle n'en revenait pas, surtout, que par-dessus le marché, Meike ait le culot de lui demander de souhaiter ce déménagement. Lorsque Zoé, oh l'adorable, réapparut, le plateau des desserts dans les mains en guise de trophée, Bulle regardait toujours sa mère sans rien dire, aussi hébétée et livide que si on lui avait tout juste annoncé qu'elle souffrait d'un cancer en phase terminale ne lui laissant que quelques jours (une dizaine, au hasard ?) à vivre. Ce n'est que lorsque la cadette des Johanssen prit la parole que sa sœur aînée sembla se rappeler sa présence, et qu'elle tourna vers la Strawbinette un regard déjà embué.
On ne lui avait jamais dit qu'il ne fallait pas être si adorable, dans des circonstances pareilles ? Que ça risquait juste de la faire craquer très, très vite ?
"Okay, okay, Strawby-choupinette, j'viens", grommela-t-elle en se forçant à sourire... tandis qu'une grosse larme dégringolait de son œil droit trop maquillé, dessinant dans son sillage une vilaine traînée noirâtre sur la joue de l'adolescente. Qui, comble de la fashionista, avait oublié ce détail fâcheux. De toute façon, voilà, maintenant, c'était fichu. Le torrent de larmes pouvait déborder, les vannes étaient ouvertes. Merde de merde, elle aurait voulu avoir le temps de quitter la table, de faire une sortie fracassante, de déclarer solennellement que jamais, au grand jamais, elle n'irait bouffer du chou et de la panse de brebis de farcie dans sa saleté de bled magique. Elle se contenta de se tourner à nouveau vers Meike et d'ajouter, à voix basse et douloureuse : "c'est pas comme si j'avais vraiment le choix."
Oui, c'était tout ce dont elle était capable, au moins pour le moment. Oui, elle viendrait, mais on ne pouvait pas exiger d'elle d'y aller de bon cœur. Sans un regard pour les pourtant très appétissants desserts concoctés par Meike, Bulle se leva de sa chaise, et quitta la table, sans un mot de plus, pour gagner le couloir qui menait aux chambres. On aurait pu penser qu'elle regagnait la salle de bains pour s'y démaquiller au moins les joues, avant de s'enfermer dans sa chambre pour méditer sur les mille et une raisons qui pouvaient pousser une adolescente comme elle à détester, parfois, une mère comme Meike.
Mais elle réapparut quelques instants plus tard, toujours dans le même état assez lamentable, avec simplement un iPod de plus aux écouteurs vissés dans les oreilles. Devant la porte d'entrée, elle attrapa son manteau, une casquette d'inspiration bohème et -après une seconde d'hésitation, mais après tout sa mère lui devait bien ça- l'étole Lacroix préférée de cette dernière. Elle commença à s'en draper rageusement, puis, d'un coup, décida finalement d'enlever ladite étole, et la jeta par terre, avant d'ouvrir la porte et de disparaître dans un claquement aussi puissant que possible. Le lé de soie carmin, exquisément brodé, demeurait sur le beau parquet vitrifié comme un morceau de viande sanguinolente.
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Sujet: Re: You cannot run, you cannot hide... Mer 9 Déc - 20:06
« Okay. That went well… » soupira Meike, avec un air légèrement désabusé.
Elle se força néanmoins à sourire à sa cadette, et lui posa une des verrines devant elle, lui faisant signe d’entamer le dessert. Quand l’adorable cadette de la famille Johanssen entama son dessert, Meike se leva souplement et alla ramasser l’étole abandonnée au sol. Elle avait toujours été quelqu’un de plutôt maniaque, de rangé, c’étaient des qualités qui l’aidaient dans son travail d’organisatrice. Mais dans la vraie vie, ça pouvait être assez dur à vivre. Ses filles avaient très tôt appris à ranger leurs affaires, plus tôt que la plupart des enfants, et savaient à quel point le simple fait de laisser une ou deux fringues trainer pouvait mettre leur mère de mauvaise humeur. Pourtant, ce soir, si elle rangea le foulard, c’était par simple automatisme, rien de plus. C’était son étole préférée, et pourtant elle n’y prêta aucune attention tout en la rangeant là où elle allait.
Ensuite, elle retourna à sa chaise, ses pieds nus appréciant le contact du parquet coûteux. Elle sourit de nouveau à Zoé et, pour que sa petite n’angoisse pas trop, prit à son tour un dessert, qu’elle mangea en poussant la cadette à parler, et la petite n’eut aucun mal à faire la discussion, elle semblait particulièrement excitée par ce voyage et Meike ne fit rien pour la décourager. Elle s’inquiétait pour Bulle, comme à chaque fois que l’adolescente sortait dans ce genre d’état. Heureusement, ça n’était pas si courant que ça, mais ça arrivait. Et l’ancien top model savait qu’elle ne pourrait pas dormir tant que son aînée ne serait pas rentrée, et qu’elle risquait de l’attendre de longues heures ce soir. Elle savait aussi que Bulle rentrerait discrètement, et ne viendrait pas lui dire un mot, et qu’elle ne chercherait pas à communiquer non plus. Quand elles s’engueulaient, elles avaient besoin d’un peu de temps avant de pouvoir passer de nouveau du temps ensemble. Et cette fois, Meike le savait, sa fille voyait sa Grande Décision comme quelque chose d’injuste, une sorte de trahison. Ca ne l’empêcherait pas de faire ce qu’elle pensait être bon pour sa famille, mais ça la rendait tout de même malheureuse.
Après le repas, la belle brune et sa jolie blondinette de fille regardèrent un atlas, et Meike montra à Zoé où se trouvait l’Ecosse, et lui parla de magie, de village, de communauté… Jusqu’à ce que la petite fille aille au lit, et que Meike attende le retour de Bulle, seule dans sa chambre, sans pouvoir s’empêcher d’imaginer, à certains moments, que cette fois son adolescente de fille ne reviendrait pas…
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