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Sujet: Lough Erin Shore Dim 13 Sep - 20:39
Deux ans. Deux qu'elle n'avait pas quitté la Noble Lande. Et il avait fallu la panne de brèche pour qu'elle réalise que l'Irlande lui manquait. Et le dernier courrier de son petit frère - qui s'entêtait à lui écrire bien qu'elle ne lui répondît presque jamais - l'avait décidée. Pas qu'elle se fût soudain découvert une passion pour son cadet, loin de là. Mais il lui annonçait d'étranges nouvelles, et il fallait qu'elle le vît de ses propres yeux pour le croire. Il lui avait fallu patienter trois longs moins avant de pouvoir mettre ce projet à exécution, trois longs mois pendant lesquels elle n'avait eu de cesse de changer d'avis, pour toujours finir par se résoudre à retourner au Manoir familial.
Elle était donc repartie - avec la ferme intention de revenir cela dit - et avait regagné la demeure familiale où Tante Agatha l'avait accueillie, avec son éternel air guindé et un regard des plus critiques quant à sa tenue. Elle n'avait jamais aimé ses robes d'époque, mais elle appréciait visiblement encore moins les tenues informes et sombres qu'elle portait depuis Will. Il en fallait plus à la rouquine pour se laisser démonter, cependant, et elle l'avait saluée comme il se doit, comme elle avait appris à le faire, bien des années auparavant. Les mondanités avaient été quelque chose de naturel pour elle, fût un temps. Les sourires de façade et l'hypocrisie bourgeoise aussi. Aujourd'hui, ils lui semblaient être un masque bien lourd à porter.
- Ton frère t'expliquera, lui avait simplement affirmé sa tante, avant de la faire entrer dans un petit salon qu'elle avait toujours connu destiné aux invités. "Invitée". Voilà ce qu'elle était devenue, elle qui avait pourtant grandi en ces lieux. Elle avait observé la pièce, le temps qu'on vint la trouver, repassant quelque souvenir d'enfance lié à un bibelot, ou un tableau. Et malgré les dires de sa tante, elle ne s'attendait à ce que ce fût lui qui vînt à sa rencontre.
- Grande soeur...
Elle s'était levée à son approche, politesse oblige, et il était venu la prendre dans ses bras. Instantanément raidie à ce contact, elle n'avait pu s'empêcher de penser qu'il avait énormément grandi, depuis qu'elle l'avait vu pour la dernière fois.
- Eoghan, murmura-t-elle seulement, en guise de salut. Je me souviens d'un petit garçon... Je retrouve un géant...
Il s'écarta, la dévisagea un instant et lui sourit avant de passer une main nerveuse dans ses cheveux. C'était sorti tout seul, un constat évident, qui n'avait pas vraiment besoin d'être relevé, un lieu commun qui entamait la conversation. Et qui avait l'air de le mettre mal à l'aise, pourtant.
- Oui... Père pense que je serai plus grand que lui... A défaut d'avoir son talent pour les potions... ou le tien...
Ca n'avait juste rien à voir, et elle ne comprit pas le soupir qu'il laissa échapper. Elle l'observait encore, perplexe, quand il l'invita à se rasseoir et prit place face à elle. Il avait hérité des cheveux châtain de leurs parents, et des yeux noisettes de leur mère, là où on s'interrogeait toujours sur l'origine de sa rousseur à elle, et de l'éclat si vif de ses yeux verts. Adolescent, il évoluait de plus en plus vers un physique adulte, loin du petit garçon qu'elle avait laissé sur le seuil du manoir, trois ans plus tôt, pour se rendre chez Tante Aoife.
- Père est... dans les papiers administratifs, disons... et Mère ne sort plus de son bureau. Elle passe ses journées à écrire et ses soirées à se plaindre de ne parvenir à rien de bon. Je ne sais pas vraiment comment ils en sont arrivés là, mais... On va vendre le Manoir, Kath. Je voulais que tu le saches, que tu puisse revenir au moins une fois avant que ça soit fini. Et Père a demandé le divorce... Je suis... Pas très doué pour annoncer les mauvaises nouvelles, je suis désolé...
Il ne la regardait pas, mais gardait les yeux fixés sur ses mains jointes.
- Ils savent que je suis là ? lui demanda-t-elle seulement, d'un ton neutre. - Maintenant oui... Tante Agatha s'est sans doute empressée de les prévenir. - Je vois... - Mère refusait de t'en parler, prétextant que puisque tu ne donnais pas de nouvelle, c'était sans doute que tu n'en voulais pas non plus. Quant à Père, on ne le voit presque plus. Tante Agatha est venue aider Mère, parce que la plupart des domestiques a été renvoyée. Et elle n'arrête pas de nous expliquer en long en large et en travers comment ça ne serait jamais arrivé si on l'avait laissée gérer les comptes dès le départ...
Kath se leva sans doute un peu trop brusquement et croisa le regard angoissé, presque implorant de son frère.
- Tu ne pars pas tout de suite, si ? - Je vais... faire un tour... prendre l'air... Je serai de retour avant le dîner, si toutefois ils m'y acceptent encore... - Kath... Qu'est-ce qu'on va faire ?
Elle esquissa un sourire, qu'elle voulait convainquant. De ceux qu'elle destinait jadis à tout le monde, celui qui masquait ce qu'elle pensait et ressentait vraiment.
- Toi, tu vas finir tes études à l'école de magie. Et moi... moi j'aviserai.
Elle lui avait répondu du tac au tac, parce que ça lui avait semblé naturel. Alors pourquoi en venait-elle à s'inquiéter ? Elle. S'inquiéter pour Eoghan. C'était absurde. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'il ferait, aux vacances, si ses parents s'en sortaient si mal que ça. Eux, par contre, elle ne s'inquiétaient pas pour eux. Ils ne la considéraient donc plus comme leur fille ? Elle n'avait donc pas à s'inquiéter de leur sort, n'est-ce pas ?
Elle avait sorti Ainir, et guidé son balai jusqu'au Loch Coirib, se posant là où elle partait à dos de ponette, lorsqu'elle était petite. Là où elle avait failli se noyer. Macha lui manquait parfois, mais rien que l'idée d'approcher de nouveau un poney, ou un cheval, la terrorisait. Assise sur la berge, à quelque distance du lac tout de même, elle regardait la surface sans vraiment la voir. Elle avait recherché la solitude, elle en avait besoin. Pour encaisser ce qu'elle venait d'apprendre, pour réfléchir aussi, à ce qu'elle allait faire. Et à ce qu'elle dirait à son frère, lorsqu'elle serait de nouveau face à lui. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi il attendait autant d'elle, elle qui n'avait jamais vraiment manifesté d'intérêt pour lui. C'était son frère pourtant, et là, face à la situation délicate dans laquelle sa famille se trouvait, elle ne pensait qu'à une chose : faire en sorte qu'ils s'en sortent le moins mal possible, tous les deux. Restait à savoir comment y parvenir...
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Lun 14 Sep - 13:01
Fáinne Gael an Lae
Maidin moch do ghabhas amach, Ar bruach Locha Léin; An Samhradh teacht's an chraobh len'ais, Is ionrach te ón ngréin, Ar thaisteal dom trí bhailte poirt is bánta mine réidhe, Cé a gheobhainn le máis ach an chúileann deas, Le fáinne geal an lae.
Aaaaah, le loch Coirib, l’immensité de ses eaux claires sous la lumière d’Irlande qui perçait entre les lourds nuages anthracite... Ce vent dans les feuillages propageant l’odeur sauvage de la nature, et la fraîcheur de l’automne faisant frissonner une promeneuse mélancolique et solitaire…
Tout cela était bien trop calme au goût des dieux qui, du haut de leurs demeures célestes, observaient la scène. Sans vouloir jouer les rabat-joie, ils commençaient à s’ennuyer ferme. Une jolie déesse au teint de rose soupira. Son voisin, pour se faire mousser, décida de pimenter un peu la sauce.
Kath vit alors la paix qu’elle était venue chercher troublée par deux évènements successifs. D’abord, un bâton lui percuta l’épaule en plein vol, et tomba à côté d'elle. Ensuite, un monstre l’attaqua.
Qu’on se rassure ; Nessie n’avait point déménagé. Ce dont il est question était d’une espèce terrestre et émergeait d’une végétation touffue dans la direction opposée au lac. Au premier coup d’œil, la jeune femme ne distingua qu’une traînée argentée qui se ruait vers elle. Puis, à un mètre de sa victime, la chose s’arrêta, permettant à sa proie de la détailler.
Ce que vit alors l’infortunée proie lui glaça les sangs.
Elle vit vingt-et-un kilos de muscles saillants sous un poil luisant de santé. Elle vit cinquante-cinq centimètres de hauteur. Elle vit des yeux, bleu vif, qui semblaient presque ceux d’un homme – mais la folie qui en sourdait leur conférait une choquante bestialité. La bête aurait pu sans doute être belle, si dans les ciels livides ne germait l’ouragan. Car ce que Kathaleen O’Riordan vit sous les frondaisons parfumées en cette douce journée d’automne, plus que le poids et l’énergie et la démence, était les dents d’une bête féroce. Les babines retroussées en dévoilaient une impressionnante collection, qui eût fait rougir Fernandel en personne. Longs et nacrés, les crocs de la bête semblaient aiguisés comme des cimeterres.
Un grondement sourd et une haleine de nonos au bacon s’échappèrent des mâchoires du chien husky qui, d’une seconde à l’autre, allait bondir sur Kath.
(Musique dramatique et angoissante visant à décupler le stress du lecteur)
Dans cette scène digne du petit chaperon roux, cependant, intervint un détail discordant. Une voix d’homme, au loin, curieusement familière, criait quelque chose où il semblait être question d’un chapon.
Un chapon ? Non : à la réflexion, cela sonnait plutôt comme un camion ou un photomaton. A moins que ce ne fût un bâton ?
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Dernière édition par Dreogan Dallin le Dim 18 Oct - 19:42, édité 1 fois
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Ven 9 Oct - 19:07
Elle n’avait pas vraiment prévu d’être interrompu dans ses réflexions solitaires par deux événements, et non des moindres. Le bâton qui lui percuta l’épaule la laissa plus perplexe qu’autre chose, et si elle frotta par réflexe la zone endolorie, elle garda le regard posé un moment sur le morceau de bois à l’origine sans doute d’un bel hématome à venir, et s’en empara sans trop savoir pourquoi, perplexe. Juste le temps que le deuxième élément perturbateur ne vint à sa rencontre.
Et quel élément perturbateur ! Un monstre, oui. A ses yeux phobiques tout du moins. Un monstre gris, plein de poils et de crocs et de griffes qui fonçait droit sur elle, prêt à lui sauter dessus. Et si d’ordinaire, elle parvenait à faire bonne figure – il fallait avouer qu’à Sywhaîd, elle avait jusque-là eu pas mal de chance, même les bêtes ailées – surtout les bêtes ailées, d’ailleurs – la laissaient relativement tranquille, tant qu’elle n’acceptait pas les corvées qui l’en rapprochaient, là, ça n’était tout simplement pas possible.
Réflexe, elle s’était relevée d’un bond, après avoir poussé un cri étonnamment aigu pour sa voix pourtant relativement grave à l’origine, digne des plus belles vierges effarouchées de l’histoire, ce qu’elle était bien loin d’être en vérité. Reculant sans pour autant pouvoir quitter la bête des yeux, ses émeraudes plongées dans les deux billes aigue-marine qui ne la quittaient plus, elle tremblait comme une feuille, incapable de décider de ce qu’elle devait faire...
Et ce qui devait arriver arriva. Non, elle n’avait pas encore entendu, ou plus exactement, son cerveau complètement obnubilé par la bête qui lui faisait face occultait complètement les cris qui lui parvenaient pourtant, de quelque part, au loin, tout comme elle avait complètement oublié le bâton qu’elle tenait toujours en main, et qui ne demandait qu’à retrouver les crocs de son propriétaire canin. Propriétaire qui ne tarda donc pas à lui sauter dessus, donc, la faisant basculer en arrière de tout son poids. Les mauvaises langues ajouteraient sans doute qu’il n’était pas bien plus léger que la rouquine, mais il ne fallait quand même pas trop exagérer, bien qu’elle se fût sans doute difficilement vue retenir une masse pareille au bout d’une laisse, même sans sa trouille irrépressible...
Un nouveau cri, et le son mat d’un corps qui s’étale sur l’herbe de tout son poids. Par réflexe, elle porta les mains à son visage, réalisant seulement qu’elle tenait toujours le bâton en main, et tentant finalement de repousser la bête avec – et avec quelques gerbes d’eau qui lui échappèrent et vinrent asperger le museau du pauvre husky qui n’avait rien demandé en définitive - avant d’enfin entendre cette voix qui venait d’elle ne savait où, et qui rappelait des souvenirs bien qu’elle ne fût pas vraiment en état, à ce moment-là, de se concentrer sur eux.
Et après avoir passé en revue un nombre de termes plus ou moins farfelus et plus ou moins ressemblant à ce que ladite voix avait réellement prononcé, elle finit par réaliser ce qu’était cette bête et ce qu’elle tenait en main. Bâton ? Chien ? Elle lança le morceau de bois aussi loin qu’elle le put – pas forcément très concluant vu sa position et la force de ses petits bras – ce qui eut au moins pour effet de la libérer de l’emprise de la bestiole pendant quelques instants salvateurs où elle se redressa tant bien que mal, pas très gracieuse pour le coup comme elle tentait encore de reculer, pourtant encore assise à terre, la terreur parfaitement lisible sur son visage.
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Dim 18 Oct - 19:42
C’est après la bataille, l’échange des prisonniers, la négociation des traités de paix, la trahison d’un camp et la seconde bataille que Dreogan émergea enfin du chaos végétal avoisinant, à peine essoufflé par son sprint le long du segment [couvertdesarbres-Kath].
En effet, un départ arrêté digne d’un étalon de concours avait dès longtemps propulsé le grand chien comme un forcené dans la direction de son bien enfin restitué : Le bâton ! Le voleur l’avait relancé ! Enfin ! Il fallait aller le chercher ! Tout de suite ! Pour le rapporter au maître !
L’infâme bestiau ayant obligeamment déguerpi vers d’autres cieuuuuuux*, le maître en question se hâta vers la jeune femme qui gisait fort inélégamment, cul par terre et mirettes révulsées. Dreogan ne s’était guère apitoyé sur son sort : il avait eu beau s’être trouvé engagé dans un cent mètres buissons, il avait vu, très distinctement, la mégère lever le bâton sur le husky. Or, s’il y avait bien une chose que Dreogan abhorrait, s’il y en avait une, oui, une seule, capable de le faire sortir de ses gonds et de révéler les aspects noirs de sa personnalité, c’était bien qu’une espèce de cloche à fromage levât quoi que ce fût de contondant ou tranchant ou autre bâtonnesque sur son husky à lui. Et au diable les circonstances atténuantes.
L’affaire aurait pu mal tourner, s’il n’avait finalement reconnu en la « cloche à fromage » susnommée la rousse camarade de la grande époque.
Sa colère retomba d’un coup. Cornegidouille, triterpénoïde et hypallage ! C’était Kath ! Kathaleen O’Riordan !
Elle était bien bonne, celle-là. Pas Kath, c’est-à-dire. Il ne se serait pas permis. Mais la situation ne manquait pas de poivre. Il aurait volontiers poussé plus loin l’analyse énumérative des raisons de l’incongruité de la chose et des probabilités comparées de revoir ce spectre du passé et de remporter l’Euromillion, mais il lui sembla tout à coup qu’il y avait quelque chose de plus urgent à faire.
Kath, daigna-t-il finalement remarquer, semblait en effet en proie à un certain effroi. Il suivit son regard : le husky trottinait gaîment vers eux. Sa tête haute et ses oreilles dressées disaient assez sa fierté : il avait repris le bâton du maître, et il allait le lui rendre maintenant, pour qu’il le relance, et alors il le rapporterait, et le maître le relancerait, et lui le rapporterait au maître, le maître le relancerait pour qu’il le rapporte et qu’il le relance et qu’il le rapporte.
Dreogan s’interposa entre Kath et son agresseur à poils longs. Sachant pertinemment qu’il allait briser un cœur, il força la sévérité dans son ton quand il donna à son compagnon l’ordre qui mettait fin au jeu. Il montra du doigt un emplacement à une dizaine de mètres d’eux.
« Allez, Cumha ! File ! » insista-t-il.
Le port altier s’écroula. Les oreilles s’affaissèrent. Le maître n’était pas content. Pourquoi ? Cumha avait fait son devoir. Elle avait ramené le bâton. Au péril de sa vie ! Une immense femelle aux cheveux répandant l’odeur du linghzi après la pluie avait voulu lui prendre, mais Cumha avait résisté bravement. Et maintenant le maître ne voulait plus voir Cumha. Il la rejetait. Elle avait fait quelque chose de mal, sûrement. Le maître savait. Cumha était un mauvais chien.
Un gémissement tremblant, pitoyable comme un miaulement de chaton nouveau-né, s’échappa des mâchoires hérissées de crocs tandis que la chienne se couchait à l’endroit demandé. Ses yeux plein de honte ne quittaient pas Dreogan.
Il se détourna, cuirassant son cœur de son mieux.
« Kath. Je suis désolé. C’est ma chienne. Elle est très gentille d’habitude, mais elle perd complètement la tête quand on lui lance un bâton. Ca va ?»
Le ton était empreint de douceur et de sollicitude, mais l’excuse semblait faible face à l’état de terreur avancé qui déformait le visage de la jeune femme. Il se sentit honteux, lui aussi. N’aurait-il pas dû dresser sa chienne correctement, afin qu’elle s’abstînt d’assassiner les promeneurs innocents ? Maintenant qu’il y repensait, il se rappelait la manière qu’avait Kath d’éviter la volière de l’école de magie. Cumha pouvait être si brutale. Elle l’avait renversée.
Du coin de l’œil, il vit une silhouette grise qui rampait vers lui, apparemment incapable de contenir la douleur qui vrillait son petit cœur canin. D’un geste de la main, il lui imposa l’immobilité. Dès lors, il ne lui restait plus à tendre à Kath pour l’aider à se relever que sa main gauche.
Les récents évènements monopolisaient si bien ses facultés cérébrales qu’il oubliait une chose importante. Ce jour-là, avant de sortir, il avait enfilé ses chaussures, son manteau, son voile. Il avait appelé Cumha, puis il avait refermé la porte derrière eux. Il avait estimé la température trop douce encore pour justifier le port de gants.
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Mar 19 Jan - 10:00
Kath n'avait pas voulu faire de mal au chien qui lui avait fait face, simplement le faire partir tant il la terrorisait. Et la peur vous fait réagir bien étrangement parfois. Et si la colère de Dreogan retomba, les tremblements d'effroi de la rouquine n'étaient pas près de s'arrêter. Surtout qu'après avoir récupéré son bien, le husky revenait joyeusement vers son maître, qui, lui, se trouvait près d'elle. Un jeu bien anodin, en règle générale, que celui de renvoyer un bâton à un chien pour qu'il vous le rapporte... sauf que l'irlandaise n'avait pas vraiment envie de le voir approcher de nouveau, et si elle finit par se redresser, ce fut pour rester recroquevillée à genoux, les bras entourant ses jambes, tremblante.
Et le plus étonnant était que le propriétaire de ce chien était son ancien... ami ? Elle n'était plus trop sûre de la façon dont elle devait le considérer, compte tenu de la façon dont elle avait agi avec lui et de ce qu'elle ressentait réellement et qu'une transe lui avait révélé. Le pauvre chien fut renvoyé à quelques mètres, et elle s'en voulut un peu d'être la cause du renvoi de la bête, peut-être pas méchante si son comparse d'adolescence l'avait dressée, mais qui provoquait malgré tout chez elle une peur incontrôlable.
- Je suis désolée... murmura-t-elle dans un souffle à peine audible en regardant la bestiole s'affaisser à l'endroit indiqué par son maître en poussant quelques gémissements à vous fendre le coeur.
Même un coeur qu'on eût cru de glace, fut un temps. Dreogan aussi était désolé, comme ça, tout le monde en avait pour son compte, tiens. Elle ne suivit pas tout ce qu'il lui dit, l'essentiel lui étant déjà visible sans explication. Mais elle redressa la tête, quittant le pauvre animal des yeux pour les relever sur l'irlandais lorsque ces deux petits mots sortir de sa bouche : "Ca va ?"
Il la connaissait suffisamment pour savoir que non, ça n'allait pas. Mais comment le séparer de l'animal qui lui appartenait ? Après tout, elle le savait depuis longtemps, qu'il aimait les bêtes, lui, alors qu'elle les craignait plus que tout, bien qu'elle sût tout ce qu'on pouvait faire pour les soigner, on est apothicaire et botaniste ou on ne l'est pas.
Cette voix. Ce ton doux et inquiet à la fois. Depuis combien de temps ne l'avait-elle plus entendu ? Elle vit l'animal ramper et être contraint à l'immobilité par son maître, et une fois de plus, s'en voulut : c'était à cause d'elle. Mais elle n'y pouvait rien, les animaux la terrorisaient, alors un chien qui vous saute dessus, elle ne pouvait pas encaisser, c'était juste impossible.
Une main descendit vers elle, une aide afin qu'elle se relevât enfin. Elle hésita un instant, absolument pas sûre, même avec cette aide, de pouvoir se relever sans vaciller. Et puis elle remarqua ce qu'il lui avait toujours caché, même sur l'île nordique où il portait systématiquement des gants. Cette main aux chairs ravagés par la chimère qu'il avait voulu apprivoiser. Son arrogance avait laissé de lourdes stigmates sur son corps, et bien qu'il ne se fût agi que de sa main qu'elle vît à cet instant, elle réalisa alors plus précisément l'état du reste du corps de son ancien comparse.
Elle ne prit pas cette main, et ce fut comme si l'épisode précédent n'avait pas eu lieu, ou presque. Fébrile, elle se releva d'elle-même avec une lenteur calculée pour ne pas tomber à nouveau, et prit finalement cette main dans les siennes, avant de replonger ses yeux d'émeraude dans ceux de Dreogan, ou tout au moins dans celui qu'il lui permettait de voir. Il n'y avait pas de mot pour décrire ce qu'elle ressentait, sans doute parce que trop de choses se mêlaient dans sa tête et dans son coeur.
Dreogan. Son amour d'adolescente qu'elle avait fui après un baiser volé. Dreogan, celui dont elle avait appris la mésaventure à cause d'un article d'un vieux journal, et qui lui avait fendu le coeur. Dreogan, qu'elle avait retrouvé à Norsken et à qui elle n'avait pas su répondre autrement que par ses piques assassines dont elle avait le secret. Dreogan qu'elle n'avait plus revu depuis qu'elle avait quitté l'île, à qui elle n'avait donné aucune nouvelle. Dreogan, qu'elle n'avait visualisé que pendant une transe lui révélant ce qu'elle ne voulait pas apprendre d'elle-même : qu'elle fuyait les situations qui pouvaient la blesser plutôt que de les affronter.
- Dreogan...
A peine un souffle, et ce fut tout ce qui passa la barrière de ses lèvres alors que ses deux mains restaient refermées sur la sienne, aux brûlures indélébiles.
* Oui, mais c'est drôle, alors on s'en fiche ^^ et désolée du retard...
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Lun 25 Jan - 17:48
Welcome back
Fringues trop discrètes, grands yeux de cocker… Non, visiblement, ça n’allait pas très fort. Dreogan trouvait même passablement choquant de la découvrir tout à coup si vulnérable, sa guerrière sans peurs. « Sa ». Voilà qu’il en utilisait même un possessif. Inquiétant. Quelque chose de louche traînait dans l’air… Oh.
Bloody hell. Bloody stinking hell. Cette soudaine puanteur ne pouvait signifier qu’une seule chose. Frappé de stupeur, il tenta faiblement de le refuser, mais le douteux fumet n’en assaillit ses cellules olfactives qu’avec plus d’insistance. Rien à faire ; il se rendit à l’évidence : ce relent caractéristique, que jusqu’alors il n’avait que deviné, flottant insaisissable dans l’air confiné d’un coin sombre ou dans l’ombre d’un vieux chêne, cette odeur qui maintenant s’appesantissait partout et faisait dégouliner des violons spectraux quelque part dans le background, ce bouquet tant redouté n’était autre que celui de l’imminente SÉQUENCE ÉMOTION.
Si vraiment le cœur a quelque rapport avec l’amour, celui de Dreogan touchait peut-être à son dernier battement, car en un éclair il vit sur l’écran de ses paupières papillotantes une éruption de plumes dorées et sa vie qui défilait. Le plan final, terrifiant dans sa crudité gnangnantesque, montrait un anneau en fer (pour le gouverner tout, probablement), de la dentelle et des marmots crados qui courraient dans toutes les directions en hurlant. Une fraction de seconde plus tard, la vision prenait fin dans une gerbe de flammes.
Rien que ça.
Et dire qu’il s’était moqué de son vieux poteau quand celui-ci avait énoncé doctement sa théorie sur le pouvoir occulte des femmes de réduire n’importe quel brillant jeune homme à l’état de rutabaga balbutiant qui sourirait stupidement tandis que l’étoufferaient des coussins de guimauve. Quand il avait haussé les épaules, imperméable qu’il était, lui, à toute forme de grenadine, son compère lui avait arraché la salière des mains, arguant que tous ces ions abaissaient le point de fusion de ses soixante-dix pourcents de glaçon.
Eh bien, il avait probablement mangé trop peu salé, ces derniers temps, parce qu’il avait du mal à croire ce qu’il s’apprêtait à faire – et pourtant, que pouvait-il faire d’autre ? Il savait suffisamment la force de caractère de la jeune femme pour soupçonner qu’un coup assez dur pour la mettre dans cet état ne se laisserait pas attendrir par de simples mots.
Hésitant d’abord, et lui-même hérissé par la mièvrerie de son propre geste, il hasarda une main sur l’épaule de Kath, l’autre sur sa taille, puis renonçant à toute prudence, l’attira d’autorité contre sa poitrine.
De l’inconscience, connaissant la propension de la demoiselle à grimper au cocotier, mais cette fois la volée de piques paraissait un rien plus improbable qu’en temps normal. (Comment n’avait-il remarqué avant qu’elle était si petite ? se demanda-t-il en considérant, incrédule, le sommet de son crâne.) Et puis zut. Elle l’avait bien embrassé, elle ! Sans déconner. (Même s’il avait plutôt l’impression que ce souvenir était si ancien qu’il appartenait presque à une autre vie.) Et quand bien même, l’enverrait-elle promener. Rien à carrer. Ni Cumha ni les herbes folles ne parleraient.
Il décocha à la chienne un regard d’avertissement, bien inutile. Cumha avait niché son museau entre ses pattes. Elle allait se rattraper. Elle serait tellement sage que le maître serait obligé de l’aimer à nouveau.
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Mar 26 Jan - 11:34
Thanks
Dreogan. Dreogan... Elle n'en revenait pas, son cerveau avait du mal à imprimer l'information et pourtant c'était bien lui. Et elle tenait dans ses mains celle de cet homme qu'elle avait fui à la fin de leur scolarité. Elle qui avait tant joué sur le paraître quelques années auparavant, se fichait éperdument des brûlures qui lacéraient cette main. Il était là, devant elle, près d'elle.
Kath n'était pas la plus romantique des jeunes filles, et non, devant ses yeux, il ne défilait aucune alliance, aucune robe de mariée blanche, aucune maison avec enfants, chiens et autres bestioles qui la terrorisaient. Elle ne voyait que lui. Ou en tout cas, tout ce qu'il lui laissait voir d'elle, et celui qu'il était à la sortie du train, et qu'elle l'avait embrassée. Elle revoyait la scène comme si elle y était encore, il y avait tellement d'années.
Une main sur son épaule et Kath frissonna. D'ordinaire, depuis quelques années, elle ne se laissait pas approcher par grand monde. Mais c'était... particulier, cette fois. Parce que c'était lui. Parce qu'elle ne voulait plus fuir. Son autre main lâcha les siennes pour venir enserrer sa taille, et l'approcher de lui, plus près, plus près, toujours plus près...
Elle était contre son coeur, qu'elle sentait battre dans sa poitrine. Et le monde s'était arrêté. Rien à faire du Manoir qui allait être vendu. Rien à faire de l'indifférence de Père et Mère. Rien à faire des jérémiades de Tante Agatha. Rien à faire de l'inquiétude d'Eoghan (enfin presque). Rien à faire du chien attristé qui se cachait le museau dans les pattes là-bas. Elle était contre Dreogan, le reste n'avait plus aucune importance. Ses propres bras l'enserrèrent comme si elle se raccrochait à la bouée de sauvetage qui devait lui sauver la vie.
- Dreogan... souffla-t-elle encore en relevant finalement ses yeux d'émeraude vers lui.
Sans réfléchir, elle se hissa sur la pointe des pieds, faisant fi des voiles qui lui dissimulaient la moitié du visage et posa ses lèvres sur les siennes, comme elle l'avait fait sur le quai à leur sortie de l'école. Mais cette fois, elle ne fuirait pas. Mais cette fois, elle affronterait son regard, elle affronterait sa réaction, quelle qu'elle soit. Cette fois, elle ne fuirait pas. Plus jamais.
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Dim 14 Fév - 21:38
Cumha releva doux museau et tendres mirettes. Le maître faisait quelque chose de très bizarre avec la femelle aux cheveux répandant l’odeur du linghzi après la pluie. De quoi s’agissait-il ? Il aurait suffi, pour le découvrir, de quelques pas feutrés… Mais c’était interdit. Elle se trémoussa nerveusement. Cèderait-elle au serpent qui lui croquait le cœur ? Inquiète et indécise, elle chercha le regard de Dreogan.
Dreogan contemplait d’un œil dépité le contrôle de la situation qui lui échappait. Il n’avait donc bravement sacrifié à la SÉQUENCE ÉMOTION que pour voir les choses prendre un tour plus aberrant encore. Le douteux individu qui avait cru malin d’inventer le cerveau féminin (cet absurde bric-à-brac où régnaient une hystérie galopante et la Reine de cœur) devait avoir un couple de tarentules au plafond et/ou un sacré verre dans le museau. Quant à lui, Dreogan, il avait gravement sous-estimé le spleen Kathaleenien en présence. Il devait au moins y avoir eu quelques morts et une poignée de guerres nucléaires (voire même, peut-être, dans un cas extrême, soyons fou ! une cuillérée de chou farci) pour que « sa » guerrière sans peur (puisqu’aussi bien le possessif était de mise depuis le début de la SÉQUENCE et parce que de toute façon, au point où on en était, on n’était plus à une guimauve près, ni à une parenthèse d’ailleurs) en vienne à quêter (à prendre, plutôt) un réconfort physique, et auprès de lui en plus ! Mais en effet il n’y avait personne d’autre en vue.
Au prix d’un effort de volonté, il coupa court à ses pensées folles. Il fit d’abord le vide dans sa tête, puis il ordonna soigneusement ses idées. Alors la solution lui apparut, évidente. Il savait ce qu’il avait à faire. Il se redressa, et éloigna résolument son visage de celui de Kath.
En proie à un profond malaise, il retira la main de son épaule. Ses doigts se crispèrent sur son voile. Il se sentait mal, mal comme autrefois quand le regard des autres était insupportable, et cette sensation était d’autant plus détestable qu’il s’en était cru débarrassé pour toujours. Il n’avait jamais voulu en arriver là, et faire une telle chose… Mais il savait au fond de lui qu’il n’avait pas eu le choix. Il avait une personnalité bien dessinée désormais, et une philosophie de vie nettement définie qu’il mettait en application.
Parce qu’il ne ferait pas d’exception aujourd’hui, question de respect de soi, il ôta son voile et embrassa Kath.
Livré à lui-même, le voile s’effondra, mordit la poussière et enfin, porté par une rafale, s’éleva brusquement, souffleta le museau de la chienne. Quand elle éternua, l’herbe ondoya et s’inclina jusqu’au sol.
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Lun 15 Fév - 9:13
Pour Kathaleen, la séquence émotion était loin d'être terminée. Oui, elle avait embrassé Dreogan et non, elle ne reviendrait pas en arrière. Quel réaction l'attendait, elle l'ignorait, et la craignait un peu - beaucoup - à vrai dire, mais pour la première fois de sa vie amoureuse, non, elle ne voulait pas fuir, et s'il la repoussait et bien elle accepterait, la tête haute, même si elle savait que son coeur n'accuserait pas si bien que ça le coup.
Si elle avait su comment il la définissait en pensait, sans doute eût-elle ri jaune, elle, sans peur ? Elle, qui craignait tant les animaux, et en particulier les volatiles ? Mais sans doute eût-ce été effacé par ce tout petit mot si éloquent : elle « sa » guerrière sans peur. « Sa », ce possessif si étonnant pour deux êtres qui ne s'étaient plus vus ni parlé depuis des lustres et qui pourtant, à cet instant, se donnaient l'un à l'autre. Ou tout au moins Kath se donnait-elle à lui, puisque c'était elle qui avait posé ses lèvres sur les siennes. Et ça n'était pas parce qu'il n'y avait personne d'autre à la ronde, mais bien parce que c'était lui.
Et il s'éloigna. En un instant, il brisa cette étreinte que Kath lui avait imposée, comme sur le quai il y avait bien des années à présent. Non, elle ne voulait pas... son coeur se serra à l'idée qu'il pût alors lui dire qu'il ne voulait pas entendre parler d'elle, et des images du passé défilèrent inlassablement devant ses yeux. La première fois qu'elle l'avait vu, dans le hall de leur maison, la première fois qu'elle l'avait surpris en train de travailler d'arrache-pied, la première fois où elle lui avait sauté au cou, la première fois où il avait cédé à son chantage et l'avait aidée dans une des matières qu'elle trouvait rébarbatives... Et ce premier baiser volé, puis sa réplique actuelle, brisé par lui cette fois, et non pas elle.
Il s'éloignait, il éloignait son visage, retirait sa main de son épaules. Il s'éloignait. Elle ne le voulait pas, mais que pouvait-elle y faire ? Ne plus vouloir fuir, c'était une chose, courir après une vaine étreinte en était une autre. Immobile, elle le vit enlever son voile, démasquant les chairs brûlées de son visage autrefois si charmeur. Et il l'embrassa, ce à quoi, il fallait bien l'avouer, elle ne s'était plus attendue. Rompre cette étreinte ne lui vint pas à l'esprit, pas du moins le temps qu'elle s'abandonna à ce baiser qu'il lui donnait, lui, cette fois.
Car cette fois, c'était un baiser partagé. Car cette fois, ça n'était pas elle qui le lui avait imposé. Et cette fois elle eut tout le temps qu'il faut pour passer ses bras autour de la taille du jeune homme. Et lorsque leur étreinte s'amoindrit - il leur fallait bien, à un moment, reprendre leur souffle - lorsque Kath s'éloigna, elle observa les chairs ravagées sur la moitié de son visage.
La si futile Kathaleen du lycée n'existait plus depuis longtemps, et ce n'était ni répulsion, ni cette pitié malsaine teintée de rejet qu'exprima le regard de la jeune femme mais une réelle compassion, plaignant les douleurs qu'il avait dû endurer. Elle leva une main vers le côté blessé de ce visage qu'elle n'avait jamais oublié et la posa sur les chairs portant encore et toujours les stigmates du feu qui les avaient dévorées.
- Tu as tellement dû souffrir... souffla-t-elle.
Et des souffrances, il y en avait tout un éventail, qu'ils avaient sans doute, à eux deux, largement expérimentées...
_________________
Dernière édition par Kathaleen O'Riordan le Mer 3 Mar - 13:15, édité 1 fois
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Lun 1 Mar - 19:25
Dreogan sursauta sous la double caresse des mains et des mots de Kath. Être une aide pour son prochain lui était une habitude, mais il était, envers ses souffrances personnelles, d’une si extrême pudeur qu’il ressentait l’aide d’autrui comme une presqu’inconvenance. Une presqu’effraction à sa presqu’île, en somme (puisque nul homme n’est une île vraie, paraît-il…).
S’il ne recula pas aussitôt de sept lieues, ce ne fut que parce que ses jambes s’étaient endormies, piquées par quelque enchantement, ou à cause de sa tête encore tout embrumée du baiser.
Néanmoins, abasourdi par le choc de ce retournement et amputé de son doudou soutien pelucheux aux yeux bleus, il ne put réagir autrement qu’en essayant de faire basculer l’attention loin du danger, vers sa zone de confort personnelle. Il fit appel à ses talents de menteur pour dissimuler la tension nerveuse qui l’habitait et adopta le murmure paisible d’un vieux sage :
« J’ai eu ma part de bonheur et ma part de douleur, comme tout le monde. On a tous notre lot de souffrances.
Tournant sa bienveillante attention vers les yeux d’émeraude de sa compagne, il l’invita du regard à lui confier ses propres peines.
- Non ? »
Émeraudes et hautes souffrances d’une tragique élégance clapotaient étrangement dans l’océan de son cœur, appelant de bizarres échos, qui lui rappelaient irrésistiblement certain docteur mamour méprisé au détour d’une série non-sorcière. Ca flanquait quelque peu les miquettes, de penser qu’on causait comme ce clown. Il se secoua. L’aréflexie posttraumatique et la tronche semi-anesthésiée qu’il se payait devenaient limite gonflantes. Il retroussa ses petites manches mentales et convoqua sans trop de mal le juste sentiment de révolte pour chasser les altomcumuli romantico-débiles qui lui cloquaient le système limbique.
Là. Voilà qui était mieux ! Au moins, son double gâteux n’avait-il pas fait trop de dégâts en son absence. Pousser Kath à s’épancher était l’unique chose sensée à faire pour forcer les choses dans les limites du dreoganement gérable et ainsi éviter les évanouissements intempestifs (du plus vilain effet chez un homme, quoiqu’en disent les supporters du Mâle Sensible (sans doute les mêmes greluches piaffantes qui bavaient sur le docteur mamour, peuh !)).
Il pensa à retardement que, égoïsme à part, il éprouvait un sincère désir d’apprendre ce qui allait de travers chez Kath et de souffler un peu sur les braises presqu’éteintes.
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Mer 3 Mar - 13:47
Au sursaut de Dreogan, Kathaleen retira sa main, regrettant de lui avoir causé elle-ne-savait-trop-quel-sentiment-peu-agréable. S'il était habitué à aider les autres, il en allait autrement de sa comparse irlandaise, qui, désormais, se contentait des corvées que le gérant lui confiait et s'enfermait dans la solitude si facile à trouver dans la Noble Lande. Oh ! Il y avait bien une exception : il y avait Kennedy. Mais pour le reste, anciens norskeniens ou non, elle ne se mêlait que peu à la population, prodiguant parfois quelque soin nécessaire, quand Zofia n'était pas disponible. Oui, elle passait après l'autre rouquine, et elle n'aimait vraiment pas ça. Elle ne savait pas encore qu'à son retour, elle n'aurait plus vraiment de concurrente...
Il n'avait pas fui, lui au moins, pas comme elle sur le quai à la fin de leur scolarité. Il lui répondit par une de ces phrases toutes faites, de celles qui vous permettent de botter en touche pour ne pas devoir expliquer davantage ce dont on refuse de parler. Elle ne chercha pas à forcer le mur qu'il avait monté, mais recula d'un pas, détournant le regard pour le poser sur le Loch.
- Sans doute... murmura-t-elle alors, les yeux dans le vague.
Mais il était des souffrances qui vous marquaient à vie, il était bien placé pour le savoir. Au "non" interrogatif qu'il ajouta, elle s'installa de nouveau au sol, en tailleur.
Elle ne savait pas trop quoi répondre, et elle avait bien compris qu'il cherchait à ce qu'elle reprenne la conversation, mais pendant quelques instants, elle resta silencieuse, le regard fixant l'onde où elle avait eu droit à un plongeon forcé dans son enfance.
- On fait tous des erreurs aussi, et par deux fois, je t'ai fui, de peur de me faire envoyer sur les roses... Aujourd'hui je suis là, si tu veux bien de moi, et on va passer les fêtes en famille pour la dernière fois au Manoir, avant de devoir le vendre. Je ne sais pas grand chose de ce qui a mené à la banqueroute familiale, mais j'avoue que ça me fait peur. Pas pour moi, j'ai ma place à Sywhaîd, mais pour mon frère qui est encore scolarisé...
Elle s'arrêta, ressassant mentalement ce qu'elle venait de dire : ça n'était pas elle, qui venait de parler, c'était impossible... Pourtant elle n'était sous l'effet d'aucun sort et elle n'avait fait qu'énoncer des vérités plus ou moins agréables.
- C'est étrange comme il me semble si simple de parler de tout ça, alors que je n'ai pas la moindre idée d'où ça va nous mener. Et par nous j'entends aussi bien mon frère et moi que toi et moi...
Elle quitta les eaux du lac pour plonger ses yeux d'émeraude sur ce visage ravagé qu'elle se surprit à connaître déjà par coeur.
- Enfin s'il existe un "nous"...
Question lourde de sens appelant à une réponse tout aussi chargée émotionnellement. Un baiser volé, ça n'était pas vraiment un engagement, et elle n'était pas sûre que ça ne fût pas à son tour à lui, de fuir cette situation. Auquel cas elle n'aurait d'autre choix que d'accepter un rejet et rien que l'idée lui serrait le coeur.
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Dim 28 Mar - 20:28
Astérix avait raison de se méfier : le ciel peut bel et bien tomber sur la tête d’un homme, et lui fracasser le crâne avec la violence d’une révélation. Dreogan en fit la brutale expérience quand son cerveau récalcitrant enregistra enfin l’information que Kathaleen tâchait d’y faire entrer (pourtant on ne peut plus clairement) depuis quelque temps déjà : loin d’être une illusion qui meurt, un éclat de rire en plein cœur, NOUS était une possibilité ; celle de la fin d’une presqu’île. Ébahi, choqué au-delà de toute expression, Dreogan se heurta violemment à la justesse de l’observation qu’un ami lui avait faite dans un passé récent (et qu’il avait âprement contestée, à l’époque) : c’était donc bien vrai, qu’il ne voyait parfois la réalité qu’au travers de peaux de saucisson déformantes.
Pour la première fois depuis mille ans, il jeta un coup d’œil à la check-list poussiéreuse punaisée au grenier de sa conscience, reliquat de sa panoplie d’ex séducteur. Syndrome de la damoiselle en détresse. Check. Yeux humides. Check. Prise de main. Check. Câlin. Check. Baiser. Check. Une inscription orange panneau de circulation clignotait gaiment sous la liste. Dreogan battit mentalement des paupières.
« GRAND CHELEM (Fonce) ».
Il tapota prudemment la liste du bout de l’ongle, soupçonnant quelque dysfonctionnement du système. Loin de s’en émouvoir, la machine campa sur ses positions, formelle et aussi fiable que jamais. En voulant se retirer, il trébucha sur un vieux bouquin d’aspect précieux. Après une minute de réflexion, il l’envoya valdinguer d’un coup de pied. Le dernier soupir de papier déchiré que rendit l’antique volume l’emplit d’une satisfaction proche de la jouissance. Il ramassa même un poignard, un peu rouillé mais luisant comme un crochet de serpent, et fit le déplacement tout exprès pour en transpercer sauvagement la vénérable couverture, encore, et encore. Il laissa glisser de ses mains la rude douceur de la garde de cuir et s’imprégna de l’entêtant fumet de gingembre exhalé par le corps empalé.
Quand il fut gorgé de l’odeur au point d’en sentir le goût sur sa langue, il se redressa en comprimant un point douloureux dans le bas de son dos. Il avait déjà calculé, froidement, par réflexe, que de telles occasions ne se présentaient plus et qu’il avait tout intérêt à sauter (sur) celle-ci avant qu’elle ne s’envole. Il le déplorait. Réduire une amie à une copine, c’était dégradant. Kath valait mieux que ça. Il l’avait toujours pensé, c’était précisément l’une des raisons pour lesquelles il ne l’avait jamais touchée (ça et son machisme primaire qui s’accommodait mal du gibier tirant le premier coup de feu, c'est-à-dire).
Kath avait dit d’autres choses, et il était sûrement censé les prendre en compte. Il tâcha de se souvenir de ce dont il était question, mais la douleur qui lui picotait les lombaires l’empêchait de réfléchir. La banqueroute familiale, c’était probablement important. Il devait aussi demander ce qu’était ce nom bizarre qu’elle avait mentionné, et proposer quelque chose impliquant sa demeure et le petit frère, mais il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. L’air était beaucoup trop lourd.
Y avait-il seulement une place pour une femme dans sa vie d’errance ? Cumha était un tel caméléon. Elle était à l’aise n’importe où. Il n’y avait qu’à la regarder, étendue là les quatre fers en l’air au mépris de la dignité de ses ancêtres, buvant les quelques lichettes de soleil qui filtraient entre les nuages. Née dans les neiges de Norsken, elle avait dormi sur la couette de mamie Rose, vécu de poisson cru et pissé sur la tour Eiffel. Elle allait où il allait. Mais une vraie fille, que ferait-elle ? Qu’attendait-elle de lui ? Pourquoi diable le voulait-elle, lui ? S’il avait été une fille, et une fille pourvue des atouts de Kath, il ne se serait certainement pas choisi. Une seule explication tenait debout, à son avis : l’attirance naturelle du prédateur pour la proie qui lui échappe. Ne pas en profiter relèverait de la pure et simple stupidité, mais il se devait de laisser à la malheureuse une ultime chance de revenir à la raison.
Il avait pris son temps pour réfléchir. Le silence s’étirait.
« Tu es sûre de vouloir un "nous" ? Je vois bien mon intérêt, mais je doute que tu y trouves le tien. Je t’avertis, c’est tout. Tu es libre de tes choix.»
Il ne s’assit pas. Il savait qu’il ne devait, surtout, pas. Au contraire, il se rapprocha de Cumha et plaça en pleine lumière ses brûlures, son chien, son être.
« Tu en es sûre ? C’est vraiment ce que tu veux ? »
Ainsi, il ne serait pas de ces hommes qui mendient sans arrêt à leur compagne la consolidation de leur confiance. « C’est vrai que tu m’aimes pour de vrai ? » « Qu’est-ce qui peut bien te plaire chez moi ? » Il ne sacrifierait pas sa dignité. Il avait posé la question maintenant, pour la première et la dernière fois. Il espéra seulement que Kath comprendrait que, derrière l’interrogation d’aspect convenu, il lui offrait une échappatoire très sérieuse. Et qu’il attendait d’elle qu’elle y réponde tout aussi sérieusement. Il fallait qu’elle prît une décision réfléchie, et non dictée par une faiblesse momentanée.
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Lun 29 Mar - 20:53
Kathaleen l’écouta lui demander si elle était sûre d’elle, de ce qu’elle faisait, de ce « nous » qu’elle évoquait. Le silence plana quelques instants comme elle semblait réfléchir à la réponse à apporter. Elle n’avait jamais été aussi sérieuse, et s’il ne voyait pas son intérêt à elle, c’était bien parce qu’il n’était pas passé par ce qu’elle avait vécu. Oui, son visage était ravagé de brûlures qui le marquaient à vie. Oui, il avait un animal de compagnie, fort heureusement non volant. Et non, ça n’allait pas être facile, elle le savait. Mais elle ne voulait plus fuir. Et il y avait toujours eu une place pour lui, dans son coeur, depuis le début, elle ne voulait plus la dissimuler.
Elle revoyait leurs années à l’école de magie. Elle revoyait le baiser volé sur le quai. Elle le revoyait sur l’île nordique, bien plus masqué aux yeux des autres qu’aujourd’hui.
Et elle se souvenait parfaitement de la transe qui devait lui révéler un potentiel daemon qu’elle avait échouée, mais qui lui avait fait comprendre que toutes ses souffrances venaient de là : elle ne faisait que fuir les situations critiques.
- Je ne suis plus la Kath de l’école de magie, commença-t-elle. J’en ai marre de fuir tout le temps, ça ne m’a jamais rien apporté de bon. Alors oui, je suis sûre que je veux ce « nous ». Je l’ai toujours voulu, même si je ne l’ai pas toujours su. Et si tu y trouves ton compte, alors c’est que ça peut marcher. Ca ne va pas être facile - elle désigna la chienne – mais je veux être avec toi.
Elle se releva et s’approcha, levant sa main pour la poser sur la joue brûlée de Dreogan.
- Et je n’ai ni peur ni honte ni quoi que ce soit contre ça. Ca fait aussi partie de toi.
Elle lui prit la main brûlée ensuite et y déposa un baiser.
- Nous avons tous des cicatrices, plus ou moins visibles, au sens propre ou au figuré. Les tiennes sont seulement plus visibles que les miennes. Il me reste un combat à gagner contre moi-même : vaincre ma peur des animaux. Elle a l’air gentille, et pourtant, elle me terrorise...
Elle inspira profondément, comme pour se donner du courage, et se tourna vers la chienne, qui profitait d’un rayon de soleil les quatre fers en l’air, et vint caresser le ventre de l’animal. Combien de temps mit-elle à réussir à s’accroupir près de l’animal et à poser une main tremblante sur le poil gris de la bête ? Elle était bien incapable de le dire. Mais c’était une première victoire. Et un premier pas vers ce « nous » qu’elle avait évoqué.
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Sujet: Re: Lough Erin Shore Jeu 29 Avr - 15:52
Là, sur le ventre, la fourrure de Cumha avait la douceur des plumes échappées d’une couette. C’était aussi le siège d’un point de gratouilles de niveau 3 (soit moins bien que les oreilles, mais mieux que la nuque), sur le ventre, là. Enchantée du contact, la belle somnolente ne bougea ni pied ni patte, mais entrouvrit un œil dont la douce langueur trouva instantanément le chemin du cœur du maître.
Quitte à penser que toucher à Cumha, c’était déjà un peu tricher, Dreogan ne put retenir le sourire qui, de son cœur, gagna ses lèvres. Foutu talon d’Achille. Sa première pensée fut pour ses chers viscères, qu’il sentait très nettement fondre et bouillonner façon margarine au fond de la poêle à frire. Il dut détourner les yeux de Kath pour retrouver un semblant de lucidité, et visualiser un mur de briques dans sa tête pour chasser toute image de viscères liquéfiés et tout souvenir des baisers empoisonnés de cette vipère. Avec l’obstination du Malin lui-même, des fragments d’une mémoire plus ancienne persistèrent à se faufiler sournoisement à travers le ciment. Il imagina un mur de fer.
Derrière cet abri improvisé, il convoqua les différents acteurs de son système nerveux central pour une réunion extraordinaire. Bon, leur dit-il d’un ton grave, voilà. Délibérez.
Comme il se devait, la Raison prit la parole en premier. Après s’être éclairci la gorge, elle rappela à quel point l’affrontement des peurs était une affaire compliquée (la Peur marqua son approbation sur ce point en hochant vigoureusement la tête) et admit que le dernier geste en date de Kath prouvait sa sincérité. D’autre part, poursuivit-elle d’un ton mesuré, il était juste et normal que l’accusée leur tînt des propos sucrés (à ce moment, elle fit passer des documents signés de la main de la regrettée Séduction, toujours en congés) : les autres personnes, en particulier de sexe féminin, devaient toujours être aux pieds de Dreogan.
Cependant (la Raison marqua là une pause et chercha le regard de chacun de ses interlocuteurs), les archives ne rapportaient aucune occurrence d’un enlisement dans la tendresse de Dreogan lui-même. Cela n’était tout simplement jamais arrivé. Cette anomalie ne dénotait-elle pas un danger latent ? L’Aventure émit un reniflement méprisant, que la Raison balaya d’un geste de la main : les statistiques issues de l’observation des autres individus de sexe masculin de l’entourage prévoyaient un risque élevé de voir la situation actuelle, somme toute assez bénigne encore, évoluer vers une résignation de la Dignité d’homme (la Dignité pâlit légèrement) pour terminer à genoux devant une paire de beaux yeux verts, des propos fleuris à la bouche et des fleurs véritables dans la main. Voyant l’horreur se peindre sur tous les visages (peut-être y était-elle allée un peu fort, mais baste ! Rien ne vaut les images choc pour assurer son emprise sur un auditoire), la Raison se prépara à terminer sa plaidoirie par un appel à la fuite ventre à terre.
C’est alors que la convoitise, qui jusqu’à présent s’était contentée de vibrer dans son coin comme un colibri épileptique, fit sursauter tout le monde en iodlant un « yahouuuu » aussi soudain qu’extatique. C’était l’argument le plus raisonnable que Dreogan ait entendu depuis belle lurette : il emporta sa décision.
« On peut t’aider dans ce combat, si tu veux. Et pour ton frère aussi, s'il a besoin d'un endroit où passer quelques jours au calme...
Un sentiment d’irréalité proche de l’ivresse lui permit de s’accroupir face à Kath avec une remarquable maîtrise : il n’explosa pas en gerbes de viscères-margarine, ne hurla pas, ne se cassa même pas la figure. A vrai dire, il avait la curieuse sensation de ne plus être maître de son corps. Il regardait la scène de l'extérieur, et des fils invisibles actionnaient ses membres à sa place. Heureusement qu’il n’avait pas l’intention de mentir, gloussa-t-il mentalement (non sans réaliser qu’il était complètement givré mais qu’après tout s’il avait envie de penser à son nez, ses viscères et son système nerveux central, c’était son droit le plus strict).
Le marionnettiste ne rectifia rien au sourire déjà en place, mais souleva la main de Dreogan et la posa sur celle de Kath, par-dessus Cumha qui bavait béatement sur le gazon.
- Pour ce qui est de nous, j’imagine qu’on devrait essayer.
En revanche, la cohérence n’était pas au rendez-vous. Pinocchio n’avait rien à voir avec la choucroute puisqu’il (Dreogan, c’est-à-dire) reconnaissait être mû par des fils, dont il (Pinocchio, ici) était lui dépourvu.
Il se pencha pour embrasser la nouvelle femme de sa vie par-dessus l’ancienne.
Néanmoins si l’incohérence le dispensait de devenir un vrai petit garçon, il était prêt à laisser glisser. La fonction pilote automatique était par trop satisfaisante pour qu’il s’en défît de son plein gré.
Kath sentait bon. Ses cheveux étaient doux. La douleur lombaire, un instant oubliée, revint le tourmenter. Quel besoin avait cette chieuse, se demanda-t-il avec humeur, de choisir un tel moment pour venir lui brûler les reins ? A peine avait-il formulé cette pensée qu’il comprit avec consternation de quoi il s’agissait. Rien à voir avec la douleur.
Soucieux d’éviter les complications, il mit fin au baiser.
- Au fait. C’est quoi S… (Un gentleman ne risque pas sa classe sur une prononciation hasardeuse) - …cet endroit dont tu m’as parlé ?
Nombre de messages: 170 Age: 28 Date d'inscription: 06/10/2007
Sujet: Re: Lough Erin Shore Jeu 20 Mai - 18:36
C'était... incroyablement doux et chaud. Elle tremblait comme une feuille et pourtant ce contact avec l'animal était... agréable, oui, c'était bien ça, c'était un contact agréable. Elle ne pouvait pas dire que c'était facile pour elle de faire ce geste, mais c'était agréable. Autant pour elle que pour la chienne visiblement.
Et pendant ce laps de temps, elle ignorait tout du débat intérieur que menait Dreogan. Débat intérieur qui lui aurait sans doute arraché quelque sourire. Raison ou passion, il fallait choisir. Et les mots qu'il venait de prononcer tendaient vers la seconde option.
- Merci, fit-elle d'abord simplement.
Pour elle comme pour son frère, le Manoir qui engrangeait dans de souvenirs ne serait bientôt lui aussi que l'un d'eux et Eoghan avait encore une année d'études devant lui, il serait bien temps, à ce moment là, que de lui parler de Sywhaîd et de lui laisser le choix de son avenir. Dans un an. Quand il serait majeur.
Elle releva sur lui son regard émeraude quand il posa sa main sur la sienne et savoura le baiser qu'il lui donna après avoir affirmé qu'ils pouvaient toujours essayer. Elle regretta presque qu'il prît la parole, mettant ainsi fin à ses lèvres sur les siennes, mues par sa volonté à lui, et non lors d'un baiser volé comme elle savait si bien les faire.
Il hésita sur le nom, de Sywhaîd et elle sourit quand il se reprit, évitant les complications d'une pirouette oratoire.
- Sywhaîd est une communauté autarcique entourée d'une Brume magique. Tu ne pourras y entrer qu'après avoir passé une quête qui peut prendre à peu près toutes les formes possibles et imaginables. Et elles peuvent s'avérer très douloureuses.
Sur ces mots, elle détourna le regard avant de reprendre.
- Mais une fois la quête passée, quand la Brume t'accepte, tu arrives dans une vallée où l'entraide est le maître-mot, où personne ne juge personne. Ca n'est pas toujours rose (elle repensa au délire de Tibère et à la pauvre Kennedy), mais la plupart du temps, la vie s'y écoule paisiblement. J'y suis venue pour oublier. Je veux y retourner pour avancer. Avec toi.
Elle posa l'autre main sur celle qui s'était posée sur la sienne et la serra.
- Nous serons séparés lors de la quête, mais je te retrouverai à la sortie.
Et s'il le souhaitait, elle était prête à partir sur le champ.
Nombre de messages: 10 Age: 28 Date d'inscription: 26/06/2009
Sujet: Re: Lough Erin Shore Lun 5 Juil - 15:25
Okay =)
Repoussant résolument la sournoise qui le titillait, Dreogan visualisa mentalement une bouse de vache nappée de vomissures humaines. Après réflexion, il ajouta deux cadavres de rats et une volée de mouches. Là. Si CA ne le refroidissait pas…
Il sentait bien, néanmoins, qu’il ne pouvait pas rester pétrifié et muet, à contempler sa charogne comme un poète sous LSD, sans passer pour un parfait idiot. A contrecœur, il réduisit sa vision répugnante et ouvrit une seconde fenêtre à côté, consacrée à la communauté autarcique entourée d’une Brume magique.
Ca n’était pas sans lui rappeler certain paradis polaire protégé par un quatuor de quadrupèdes. Il sourit. Voilà enfin une décision qui ne lui demanderait pas d’infinies tergiversations. Il avait l’habitude, désormais, de voyager là où la vie le portait. Sur Sywhaîd, il en avait déjà entendu bien plus que nécessaire pour se sentir tenté. Trop concentré sur lui-même, le maintien de ses deux fenêtres ouvertes simultanément et le rejet du petit souci à l’étage inférieur, il ne s’avisa pas du petit froid qui semblait opposer Kath au souvenir de sa propre quête. Quand à la notion du « pas toujours rose », il n’y avait rien là qui fût de nature à la surprendre ou l’effrayer. Il était plutôt familier avec le concept.
Il ne partirait pas immédiatement, pourtant. Non qu’il lui fallût des jours pour faire ses bagages (tout au contraire, il appartenait à la catégorie des insouciants capables de jeter deux trois fringues dans un sac en supposant qu’il se débrouillerait une fois sur place), mais il se sentait las et un peu dépassé par les évènements. Lui dont la capacité émotionnelle n’excédait pas le volume d’un bouchon de dentifrice, avait l’impression d’avoir vécu en l’espace d’une heure plus de cent vies. Il n’aspirait plus qu’à un moment de solitude pour analyser calmement tout ce qui venait de se produire. Et son petit doigt lui disait qu’il risquait fort, une fois libéré des traîtreux charmes de cette femelle démoniaque, de concevoir quelque regret de l’engagement qu’il avait pris. Le seul mot, la seule pensée à demi-formulée d’engagement lui glaçait déjà les sangs.
La vallée magique et paisible, en revanche, exerçait sur lui une puissante attraction. Cela, peut-être, saurait adoucir les regrets et tempérer les appréhensions. A ce propos, il se souvint qu’il restait une dernière chose à éclaircir, une chose qui était de la première importance.
« Les chiens ne sont pas interdits n’est-ce pas ? »
Nombre de messages: 170 Age: 28 Date d'inscription: 06/10/2007
Sujet: Re: Lough Erin Shore Ven 16 Juil - 18:31
Un petit dernier pour la route
Tandis que Dreogan se battait avec ses pensées, ses fenêtres ouvertes sur des paysages disparates et les options qu'il pouvait envisager, Kath ne le quitta pas des yeux. Un instant, elle craignit qu'il ne la repoussât et ne changeât soudainement d'avis.
Et puis il sourit, un sourire terni par les balafres de son visage, mais un sourire qui réchauffa aussitôt le coeur de l'irlandaise. Un reste des années d'études passées la ramena quelques années en arrière, du temps où il était sa proie, et où elle jouait de ce qu'elle savait sur lui pour rester auprès de lui sous couvert de le faire chanter...
Et elle se demanda soudain si, une fois encore, elle n'était pas en train de jouer de ses charmes pour lui faire accepter et leur potentielle liaison et sa venue à Sywhaîd. Elle ne voulait plus de ça, elle ne voulait plus le forcer, elle souhaitait qu'il vienne avec elle, s'il en avait réellement envie, pas sous la pression qu'elle pût exercer sur lui de quelque manière que ce fût.
Alors elle se détacha à son tour et se releva lentement, reculant d'un pas pour s'éloigner de la chienne (il ne fallait quand même pas trop lui en demander non plus).
- Il y a peu de choses interdites à Sywhaîd. Les chiens y sont les bienvenus, tout comme on y trouve... toutes sortes d'animaux.
Rien que penser à la volière lui glaça à son tour le sang.
- Je vais y retourner pour l'été. Si tu le souhaites, rejoins-y moi, je t'accueillerai...
Elle avait failli rajouter avec plaisir mais se ravisa. Il était trop tôt, encore, pour qu'elle lui dévoile tous les sentiments qu'elle avait si longtemps contenus, elle ne voulait pas l'effrayer davantage.
Elle se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un chaste baiser sur sa joue et murmura quelques mots qu'elle regretta aussitôt :
- A bientôt, j'espère...
Elle avait bien pensé qu'elle ne voulait ni l'effrayer ni lui forcer la main, n'est-ce pas ? Elle s'éloigna encore de quelques pas, puis tourna les talons pour revenir au Manoir. Sans doute pour la dernière fois.