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 Quête de Patrick Winter

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Patrick Winter
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MessageSujet: Quête de Patrick Winter   Sam 12 Sep - 17:13

Le Glasgow-Londres, Patrick Winter le connaissait bien. Il l'avait emprunté maintes fois pour se rendre à la BIPTE, ou pour en revenir. Il ne fut donc ni surpris, ni déprimé lorsqu'il vit la pluie commencer à zébrer les vitres du train à partir de Sheffield. Il ouvrit simplement la poche extérieure de sa mallette, et s'assura qu'il avait bien emporté sa paire de gants.

Se rendre jusqu'à la Brume, ensuite, fut évidemment un jeu d'enfants ; non seulement en expert de la magie élémentaire, il était capable de trouver ses marques dans n'importe quel environnement, et connaissait les principes de la cartographie magique, mais il bénéficiait en la personne de Zephira Wood du meilleur des guides.

Lorsqu'ils arrivèrent sur place, elle s'abstint de lui donner une petite liste de conseils-pour-épater-la-Brume. Ils avaient déjà souvent parlé de la mystérieuse Entité, avant même qu'il ne soit question pour elle de revenir sur la Lande, ni pour lui de l'y accompagner. Ils avaient avancé quelques suppositions sur les motivations, le fonctionnement du phénomène ; mais ce n'étaient jamais que des suppositions, précisément. Patrick, rationnellement, estimait que rien ne s'opposait a priori à sa venue sur Sywhaîd. Mais il avait également bien compris qu'on ne pouvait s'appuyer sur aucune certitude en la matière.

Il avait donc demandé à Zephira de l'attendre à Glennfinnen, le temps de sa Quête ; il lui enverrait un message en cas de réussite. Il ne voulait pas prendre de risque ; la Brèche d'automne venait de se fermer et, s'il ne réussissait pas, mais que Zephy était déjà à l'intérieur, ils seraient venus pour rien et il devrait l'attendre trois mois, avant qu'ils n'aillent ailleurs. Si elle décidait de le suivre, bien sûr. On aurait pu croire que Patrick angoissait, et, objectivement, il y aurait eu de quoi. Les dernières semaines avaient été plutôt tendues, avec le décret anti-hybride présenté à la chambre, et le rôle ambigu joué par l'Organisation, d'autre part.

Mais Patrick n'était pas du genre à angoisser. Sac sur le dos, mallette à la main, il entra et commença d'avancer à l'aveuglette, tandis que ses réflexes d'explorateur se mettaient en marche.

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La Brume
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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Sam 12 Sep - 17:55

Les réflexes en question avaient largement eu le temps de se mettre en marche quand la Brume sembla enfin remarquer la présence de Patrick. Parfois, l’attente était l’épreuve en soi, mais avec quelqu’un d’aussi patient que l’Anglais ça aurait été plutôt mal joué, et la Brume ne se trompait jamais, du moins c’était ce qu’on disait. Alors l’attente fut remplacée par une épreuve, une vraie, quand Patrick se retrouva soudain à un croisement de chemin. Les panneaux étaient bien excentriques puisque le premier disait « Larmes », le second disait « Luxure », le troisième « Rire » et le dernier « Peur ». Patrick devrait choisir, et une fois qu’il l’aurait fait, il revivrait trois souvenirs adaptés au panneau. Sauf que les souvenirs en questions se seraient forcément passés après son accident… et qu’il aurait cette fois retrouvé toutes ses capacités émotionnelles…

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-Blaise Pascal.
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Patrick Winter
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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Dim 13 Sep - 17:49

Patrick, effectivement, était la patience incarnée ; contrairement à Heulwen, qui au bout de deux minutes de marche dans ce brouillard opaque, commençait à traîner des pieds, ou plutôt des pattes. Si ça n'avait tenu qu'à elle, ils seraient en train de siroter un granité au citron piazza Navone. Pourquoi diable ne l'écoutait-on jamais ? Pourquoi avait-il fallu qu'elle tombe sur un humain qui ne se plaisait jamais autant qu'en milieu humide ?

"Tu brilles, Pat, faudra t'acheter du fond de teint", grommela la yorkshire, tandis qu'ils arrivaient à un carrefour. Mais Patrick, dont la moiteur de l'air irisait en effet très légèrement le visage, ne répondit rien, s'intéressant davantage aux panneaux surgis de nulle part. Il s'arrêta à quelques mètres d'eux, les lut en silence, tandis que son daemon chienne furetait au pied de chacun d'entre eux.

"C'est la première épreuve, c'est la première épreuve !" couina-t-elle avec enthousiasme. "Apparemment, il va falloir que tu choisisses l'une de ces directions, en te fiant ou non aux indications suggérées par les panneaux : la peur, le rire, la...

-Heulwen ?"
l'interrompit gentiment Patrick, un poing au creux de la hanche. Celle-ci se tut aussitôt, songeant que de fait, son Patrick d'amour n'était pas un idiot et qu'en outre, il savait lire. Elle le regarda s'approcher des poteaux, les effleurer du bout des doigts, s'accroupir pour examiner le sol. Comme il se relevait, elle osa rouvrir sa petite gueule à langue pendue.

"Tu crois qu'il y a un piège ? Qu'il vaut mieux suivre le panneau "Larmes" ? Non parce que, sinon, j'ai bien une suggestion..."

La quadrupède trottina quelques mètres sur le sentier de la luxure. Mais son humain, impassible, fit non de la tête.

"Impossible de savoir s'il s'agit ou non d'un piège ; mais si les indications sont correctes, il me semble que nous avons plutôt intérêt à choisir le rire, c'est encore le sentiment qui nous laissera les plus maîtres de nous-mêmes."

Heulwen jeta un coup d'œil sceptique à Patrick, qu'elle avait du mal à associer au concept de "rire". Mais après une seconde d'hésitation, elle le rejoignit comme il s'avançait déjà vers le troisième chemin. Adieu, luxure, et probables joyeusetés qui les y attendaient, genre un grand harem plein de créatures dénudées et de beaux daemons yorks mâles aux yeux langoureux.

"Ne boude pas, Heulwen ; nous sommes en pays celte, le troisième chemin est tout indiqué."

Cette phrase énigmatique ne parut pas convaincre outre mesure le daemon. Pourtant, la suite directe des événements devait donner raisons -au moins à court terme [non non j'ai pas du tout peur des prochains messages].

Après quelques pas, la brume tomba soudainement, laissant la place à une obscurité percée de quelques lumières blafardes ; sous leurs pieds, la terre avait laissé place à des pavés humides, sur lesquels résonnaient le bruit de leurs pas. Les lumières provenaient des fenêtres des maisons de part et d'autre de la rue, qu'ils reconnurent assez rapidement, bien qu'ils ne l'eussent arpenté que des années auparavant, dans des conditions assez similaires : la nuit, les timides lumières de fête, quelques cris au loin de jeunes éméchés.
En dépit de l'incongruité de la situation, Patrick se laissa guider par son souvenir : il avança jusqu'à la boîte de nuit, devant laquelle il salua quelques uns de ses élèves d'un hochement de tête. Dans la réalité, Heulwen n'était pas restée en retrait, au contraire ; elle avait fait mine de lui mordre les chevilles pour le faire avancer plus vite.
Cette fois, Patrick fut le premier à passer la fontaine de paillettes. Comme la première fois, les alentours étaient dignes de figurer dans un souvenir qu'il aurait revu en empruntant le second chemin. L'Anglais sentit le haut-de-forme atterrir sur son crâne, sa silhouette s'appesantir. Mais il gardait les yeux sur Heulwen plutôt que sur son costume ; un sourire aux lèvres, un délicieux chatouillis au creux de l'estomac, il tâchait d'encourager Heulwen à le rejoindre.

"A quoi ça rime, franchement ? Qu'est-ce qu'on fiche là ? On perd du temps ! On n'est pas supposés retourner dans le passé, on doit...

-Rire, darling. Tu ne comprends pas ? Ce devait être une soirée très amusante ; tu t'es tortillée sur le sol, en me voyant. N'est-ce pas ? Allons, viens."


Heulwen grommela quelque chose puis, d'un bond, passa sous la fontaine magique, pour se retrouver affublée de la robe de chambre et du mini chapeau haut-de-forme qu'elle avait revêtus lors de la chocolate party du nouvel an de Norsken. Patrick était aussi ridicule que la première fois, avec cette bedaine et cette barbiche postiches de vieux beau venu s'encanailler dans les cabarets français. Malgré toute sa mauvaise volonté, la chienne ne put s'empêcher de rire à nouveau. Et à la voir ainsi costumée, à tâter son embonpoint, Patrick, cette fois, se mit à rire également.

Il aurait pu ressentir bien d'autres émotions, à l'évocation de ce souvenir, ainsi qu'à l'idée que de tels éclats s'échappent de sa propre bouche. Mais visiblement, le sortilège de la Brume n'avait prévu de lui faire ressentir qu'une franche et pure gaité.

"My goodness, Heulwen, j'aurais dû te prévoir une petite canne !"
s'exclama-t-il avec enthousiasme.

Le souvenir s'évanouit en quelques secondes, laissant Patrick pensif. Il avait déjà oublié la sensation de joie ; fugitive. Il s'était attendu à quelque chose de ce genre, n'étant pas né de la dernière pluie. Il ne savait qu'en penser. Etait-ce une forme de sadisme aiguë de la part de la Brume que de lui faire revivre tout simplement, en quelques pas, des émotions qu'il poursuivait sans grand succès depuis des années ? D'un autre côté, il ne ressentait pas le manque, le regret. Juste la joie, c'était tout.

Heulwen non plus ne comprenait pas. Elle secoua la tête, comme pour se débarrasser du haut-de-forme dont elle croyait encore sentir le poids.

"Bon, une chose est sûre, nous avons bien choisi notre chemin. Vive nous, Patou. Que crois-tu qu'il va arriver pour la deuxième épreuve ?

- Je n'en sais rien ; j'ai un mauvais pressentiment. C'est un peu trop agréable.

-Tu crois qu'on a déjà fini, que c'était juste ça, la première...

- De toute évidence, non."


Ils avaient continué d'avancer. Cette fois, les murs qui l'entouraient étaient clairs et cossus. Le lourd tapis sur lequel ils menaient faisait toute la longueur de la pourtant grande salle. Cette fois encore les lieux étaient faciles à reconnaître ; la bibliothèque de la Bipte, avec ses grandes fenêtres embuées, Patrick l'avait bien souvent fréquentée, ses publications y tenaient d'ailleurs une place privilégiée. Mais pour ce qui était de se souvenir du souvenir précis... C'était une autre paire de manches ; Patrick jeta un coup d'œil interrogatif à sa chienne, qui n'en savait guère plus.

"Les fois où on est venus ici, c'était pas vraiment pour se fendre la poire ; honnêtement, c'était même plutôt barbant. Rester dans mon coin à attendre gentiment que tu aies révolutionné le monde de la science, tu sais...

- Ce qui est sûr, c'est que c'était il y a relativement longtemps ; le sol n'avait pas encore été refait, puisque..."


A ces mots, Heulwen se souvint. Mais c'était trop tard. Elle avait déjà cessé de marcher sur le tapis, elle avait déjà posé les pattes sur le plancher impeccablement luisant de cire, et voulu trotter un peu plus vite. Elle l'avait senti se dérober, et... zwiiiip ! après un dérapage digne des plus grands champions de curling, ne s'était arrêtée qu'avec le pied de la table, en faisant un double grand écart, tandis que Patrick la rejoignait en courant.
Étourdie, elle avait ri la première fois, malgré les regards à la fois surpris et quelque peu désapprobateurs des quelques chercheurs attablés et de la vieille miss Twinkle, gardienne des lieux (alias "Cerbère"). Cette fois, c'est Patrick qui riait à gorge déployée ; c'était beaucoup plus vexant. Une fois le décor de la BIPTE évanoui, la chienne continua de grommeler qu'elle ne comprenait pas pourquoi ce souvenir avait ressurgi, alors qu'à l'évidence, ça n'avait rien eu de si drôle. Elle aurait pu se faire mal, après tout.

Patrick souriait encore, bien qu'à nouveau, le sentiment de joie se soit brutalement évanoui. Il avait l'habitude des sautes d'humeur soudaines, avant même d'entrer dans la Brume il lui arrivait d'en subir, bien qu'elles fussent le plus souvent totalement inadaptées à la situation. Ce n'étaient pas des émotions aussi "pures" que le rire qu'il avait par deux fois ressenti ; il espéra ne pas en avoir encore terminé, et son souhait s'accomplit. Il se vit dans son appartement (son ancien appartement, désormais), faisant un peu de rangement, pendant qu'Heulwen, roulée en boule dans le petit coin qu'elle avait réussi à se préserver, écoutait la radio.

Encore un souvenir dont Patrick ne parvenait pas à évaluer le potentiel comique ; si loin qu'il s'en souvienne, il ne lui était jamais arrivé, en faisant son rangement, de mettre sur la main sur un objet excentrique, ni de recevoir un pot de peinture sur la tête, ou quoi que ce soit de ce genre. Comme il triait mécaniquement quelques feuillets de papier, l'animateur, à la radio, annonça qu'il ferait un temps variable sur tout le sud est du pays, avant de proposer un petit programme court. La véritable Heulwen étant endormie lorsque la scène s'était produite, elle ne pouvait guère aiguiller Patrick. Mais tous deux éclatèrent bel et bien de rire en entendant un duo comique débiter un sketch où il était question de salade Waldorff.

"Et pourquoi on s'arrête ?

- parce que je pense que la première épreuve est terminée. Je voudrais faire le point.

- Et pourquoi ça, Sherlock ?

- Élémentaire, ma chère Heulwen ; nous nous sommes remémoré trois souvenirs. Trois. Je te l'ai déjà expliqué ; les Celtes...

-Oh, la barbe, de tes barbus ; après ça, tu vas m'expliquer qu'il faut qu'on agite des branches de frêne tous les trois pas pour arriver sur Sytruc ?


Patrick ne rit pas. La première épreuve était terminée. Il rendit simplement à Heulwen un regard aussi éteint qu'à l'ordinaire. Désespérant.

Dis, Patrick... est-ce que... enfin, tu vas bien ? Quel effet ça t'a fait, de...

-Rire ? Eh bien, c'était très agréable. En fin de compte, il semblerai que mon existence ait été jusqu'ici très amusante."


Heulwen ne répondit rien. Les regrets, c'était encore quelque chose de trop subtil pour que Patrick puisse en avoir. Où la Brume avait-elle donc voulu en venir ?

"Bon. Avançons. J'ai l'intention de dormir au chaud, ce soir, et certainement pas de m'enterrer dans ce fichu brouillard".

Ils se remirent en route.

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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Dim 13 Sep - 19:04

Rapidement, Patrick et son daemon arrivèrent à un nouveau croisement, avec de nouveau panneaux. Cette fois, les panneaux indiquaient : « Envie », « Trahison », « Souffrance » et « Rage ». Mais le plus important n’était-pas là, si le principe de l’épreuve ne changeait pas, cette fois, les panneaux étaient à la hauteur de Heulwen… A elle de prendre la décision, de décider ce que son humain chéri devrait subir, cette fois encore en ayant tous ses moyens émotionnels.

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Patrick Winter
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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Mar 15 Sep - 0:19

« Là-bas ! »

Heulwen trotta avec entrain vers ce qu’elle reconnut rapidement : quatre petits panneaux, juste à sa hauteur.

Son enthousiasme chuta vertigineusement lorsqu’elle eut déchiffré les quatre inscriptions. Le temps qu’elle s’approche de chacune, et fasse à chaque fois rapidement marche arrière, Patrick l’avait rejointe.

« Eh bien ? »

Heulwen n’était pas pressée d’annoncer les réjouissances à venir ; en outre, elle gardait à sa moitié, pour avoir un peu autoritairement fait le premier choix, un chien de sa ch… bref. Elle avait bien envie de le taquiner un peu et, d’un ton candide, répliqua que c’était à lui, le grand spécialiste, d’examiner les choses de plus près, afin de choisir en connaissance de cause. Malheureusement, toute ironie était perdue pour Patrick Winter, qui, imperturbablement, expliqua que la taille des panneaux semblait indiquer que, cette fois, c’était bien au daemon de prendre les choses en main. Déçue et à contrecœur, Heulwen récita : « envie, trahison, souffrance, rage ». Elle n’ajouta rien ; rien de tout cela ne la tentait franchement, et elle se serait bien dégonflée. Elle jeta un coup d’œil à Patrick, comme pour attendre sa décision. Mais celui-ci haussa les épaules, avec un demi-sourire d’excuse.

« La Brume n’a pas fait les choses au hasard ; je n’ai aucune idée de ce que recoupent exactement ces différents sentiments. C’est bel et bien à toi de jouer, Heulwen. »

La chienne griffa le sol, ce qui était sa façon d’exprimer sa contrariété. Elle ne voulait certainement pas que son Patou s’engage sur le chemin de la souffrance ; mais il aurait eu tout aussi mal en découvrant l’envie ou la trahison, sentiments plus subtils qui l’auraient pris de court, totalement surpris. Restait la rage ; à quelques rares reprises, Patrick l’avait ressentie, brutale, imprévue. Cela ne s’était pas produit plus de cinq fois, depuis qu’elle avait été révélée, mais à chaque fois, cela avait été terrible, presque traumatisant. Heulwen se souvint des paroles de son humain : lors de son choix précédent, il avait opté pour la solution grâce à laquelle il parviendrait au mieux à rester maître de lui-même. Elle s’éloigna du quatrième panneau, avança vers la gauche. A défaut de faire le meilleur des choix, elle devait faire le moins mauvais. Bon sang, le seul mot lui fichait des frissons.

Comme elle restait sous le panneau, à lui jeter des coups d’œil inquiets, Patrick s’avança.

« Je suis désolée, Pat… je ne vois pas…
- Je suis certain que c’est un excellent choix, Heulwen. »


Il la précéda sur le chemin, puis lui adressa un clin d’œil.

« C’est le troisième chemin. »


Heulwen n’était pas vraiment rassérénée ; Patrick avait-il bien conscience de ce vers quoi elle l’avait menée ?

L’odeur fut le premier élément du souvenir à apparaître ; l’odeur d’hôpital. Puis ses murs, verdâtres et lumineux. Au pied de son lit, une petite fille l’interpelait.
« Hé ! C’est à toi ! »
Patrick sortit de la contemplation qui, à l’origine, avait dû être une rêverie, et fixa de nouveau son attention sur le jeu. Il disposa un de ses dominos, tout en essayant de se souvenir ce que cette petite fille faisait sur son lit. C’était un souvenir ancien, qui suivait de peu le coma. Evidemment, la petite était hospitalisée, elle aussi. La blouse, le fauteuil tout proche. Surtout, ses cheveux ras laissaient voir une affreuse cicatrice toute fraîche qui lui barrait le crâne. Patrick plissa les yeux. La cicatrice lui disait bel et bien quelque chose.
Un soupir interrompit ses réflexions.
« Allons y, Lily, mon cœur. Tu vois bien que monsieur Winter est fatigué. »
Une femme mince, blonde, à l’air triste, qui devait être la mère de la petite fille se leva du fauteuil où, dans un coin de la pièce, elle attendait jusque là. Elle rangea les dominos, et voulut aider la petite fille à s’asseoir dans son fauteuil. Mais elle protesta et, assez maladroitement, s’y jeta toute seule, et commença à sortir dans le couloir. Sa mère en profita pour sourire à Patrick et lui murmurer avec reconnaissance :
« Merci encore… elle adore venir vous voir, vous savez. Vous êtes le seul qui… qui fait comme si…
- Comme si ?
- Eh bien… »
La femme jeta un drôle de regard à Patrick et, d’une voix étranglée, acheva. « La chirurgie a échoué, la tumeur progresse. Lily va mourir. »
Au bord des larmes, elle quitta précipitamment la pièce. Patrick mit quelques secondes à enregistrer la réaction. Son regard s’attacha à un domino noir qui avait été oublié sur le lit. Un cinq, et un deux. Il eut l’impression de perdre pied, que ses organes se recroquevillaient sur eux-mêmes. Il voulut prendre le domino, mais sa main tremblait et il tomba avec une série de petits bruits clairs sur le sol. Patrick serra le matelas dans ses poings.

Le souvenir s’évanouit. Patrick retrouva la sensation de ses jambes presque aussitôt, mais il fut incapable d’avancer. Heulwen restait prostrée sous lui, sans oser mot dire. Pourtant, le souvenir de l’émotion était passé, lui aussi, disparu aussi fugitivement que les rires qui l’avaient précédé. Toujours sans mot dire, après deux longues minutes, Patrick avança de quelques pas. Il dut jeter un œil à sa chienne pour qu’elle le suive.

L’atmosphère devint étrangement tiède, et terriblement suffocante. Patrick se souvenait très bien de ce souvenir ; il avait la gorge horriblement sèche, et s’éloignait à grands pas de l’aile en feu, tandis que la sirène d’incendie retentissait dans les couloirs.
« Qu’est-ce qui se passe, monsieur Winter ? Où doit-on aller ? » Le professeur se dirigeait d’un pas rapide, mais serein, vers l’issue de secours, tout en indiquant le chemin aux quelques rares élèves présents dans la BIPTE en ce samedi après-midi. Mais il ne put répondre à leur première question, dont il ignorait la réponse au moment même des faits. Ce n’est que dans le parc, au milieu des enseignants, des élèves et du personnel regroupés sur la pelouse qui regardaient le bureau en feu, qu’il entendit l’explication. « Le vieux Connolly a certainement oublié de sécuriser un de ses feux magiques, et avec toute la paperasse qui traîne à cet étage… Dites, monsieur Winter, c’est le bureau à côté du vôtre, n’est-ce pas ? Savez-vous ce qui s’est passé, exactement ? »
- Non… »
Patrick, à nouveau, essayait de comprendre. Oui, le bureau de son collègue avait brûlé, mais personne n’était mort ou même n’avait été grièvement blessé, dans l’affaire. La seule chose qui avait brûlé, c’étaient des livres, des feuilles. Tout un pan de ses documents, de ses recherches, était… parti en fumée.
« Monsieur Winter ! Patrick ! Non ! »
C’était évidemment sans espoir, c’était stupide. Même si cela n’avait pas été juste un souvenir, il aurait été impossible de sauver quoi que ce soit. Le feu était déjà bien trop puissant pour que Patrick puisse l’éteindre magiquement, alors qu’à une distance encore très raisonnable du foyer, il se sentait déjà terriblement déshydraté, étant plus sensible que quiconque à la sécheresse de l’air, aux fumées asphyxiantes. Mais il ne pouvait supporter l’idée que l’œuvre de plusieurs années ait ainsi disparu en quelques heures, à cause d’un incident stupide. Non, c’était impossible. Certains de ces livres étaient vieux de plusieurs siècles, c’étaient des exemplaires uniques.

Comme Patrick courait, suffocant, en direction de l’incendie, paradoxalement, l’atmosphère devint paradoxalement plus respirable, car le souvenir disparaissait rapidement. Le chercheur ralentit sa course, ne comprenant déjà plus ce qui lui avait pris. Sur le moment, ses collègues avaient tâché de le consoler avant de le féliciter pour son détachement des choses matérielles. Il n’avait pas cherché à leur expliquer qu’il n’avait pour cela aucun mérite, ils n’auraient pas compris, ils n’avaient pas les clés. Il avait désormais la confirmation que de tels compliments avaient été tout sauf mérités. C’était une souffrance tout à fait irrationnelle ; qui avait engendré une réaction stupide. C’était assez étrange de se dire que, pour une fois, très nettement, son handicap avait été une chance. Cette idée assez perturbante en tête, Patrick reprit rapidement sa route. Plus qu’une souffrance, rien qu’une.

Cette fois la température était idéale, mais Patrick savait reconnaître en un clin d’œil ses propres sorts de réchauffement. L’obscurité qui tombait brutalement autour d’eux, le vent tournoyant autour de leurs auras calorifères, les étoiles extraordinairement lumineuses au-dessus de leurs têtes… aucun doute, ils étaient à nouveau sur Norsken. Le bruit de la mer, les effluves iodées ; le port d’Hyrule. Il portait une valise qui n’était pas la sienne. Devant lui, la silhouette de Zephira Wood, reconnaissable entre toutes, bien qu’emmitouflée dans une épaisse pelisse dissimulant sa flamboyante chevelure : c’était à sa démarche que Patrick l’aurait reconnue, s’il n’avait eu ce souvenir parfaitement ancré dans sa mémoire. Un souvenir plutôt ancien, à vrai dire. Mais comment se serait-il effacé ? Patrick aurait voulu que les événements se déroulent plus lentement, afin qu’il eût une nouvelle chance de les apprécier ; il savait ce qui l’attendait, il savait qu’avant d’embarquer, Zephira lui volerait un baiser. Ce que faisait ce souvenir dans leur petit parcours de souffrance, il ne le comprenait pas encore.

Ne descends pas si vite les marches, Zephy… laisse-moi un peu de temps, quelques minutes ; je dois comprendre, avant que tu ne partes. Quelques secondes. Fidèle au souvenir, pourtant, Patrick avançait jusqu’au navire, déjà amarré. Il tendait à la jeune femme sa valise. Il lui souhaitait bon voyage, d’un ton monocorde. Attendez, ne partez pas encore ; laissez le navire quelques instants à quai. Il avait besoin qu’elle reste encore un peu ; qu’elle reste, point barre. Il ne voulait pas qu’elle s’en aille, l’idée qu’elle le laisse seul, sur l’île, était tout simplement insupportable. Il voulut dire quelque chose, mais sa voix restait coincée dans sa gorge. Il n’entendait plus ce qu’elle disait, tout à coup, elle se rapprocha de lui, se haussa sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Autant, lorsque cet événement était survenu, Patrick n’avait pas réagi, autant, cette fois, il serra Zephira contre lui de toutes ses forces. Ce n’était pas une manifestation d’amour, ni même de désir. C’était le désespoir du noyé s’agrippant à une bouée de sauvetage emportée par le courant. Malheureusement, les bras de Patrick ne serraient déjà plus que le vide. Sur son visage, des larmes qu’il n’avait pas senti couler avaient laissé de longues traînées nacrées.

Patrick s’était assis à terre, et Heulwen courut se lover entre ses genoux. Il lui caressa le pelage d’un air absent. La chienne l’observait d’un air inquiet. Elle aussi tremblait de tout son petit corps, après avoir vu l’homme de toute sa vie subir par trois fois une épreuve si terrible. La souffrance avait dû disparaître, à présent, en même temps que le souvenir… c’était bien ainsi que cela fonctionnait ?

« C’est terminé, c’est terminé »
, souffla-t-elle, plus pour se rassurer elle-même qu’autre chose. « Tu as dit qu’il devait… que les Celtes faisaient tout par trois, pas vrai ? »

Patrick avait beau être généralement plutôt sensible à la détresse de son daemon, il ne répondit pas tout de suite. Au bout de quelques secondes, il demanda gravement :

« Si je l’avais retenue, rien qu'un peu... elle ne serait pas partie, n’est-ce pas ? »

C’était le ton monocorde habituel. Mais le daemon n’était guère soulagé.

« Qu’est-ce que… Quelle importance ? Elle est venue avec toi. Vous vous êtes retrouvés, et quoi qu’il arrive, qu’on sorte ou pas de cette Brume de malheur, vous ne vous quitterez plus. »

Patrick hocha lentement la tête. Il se releva. Reprit sa route, la chienne à ses côtés. Elle avait beau dire –ou taire : ils avaient perdu stupidement de nombreuses années. Ce n’était pas des regrets ; c’était un fait.

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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Mar 15 Sep - 10:21

Oui, la Brume était profondément celte. Du moins c’était sûrement ce que se dirait Patrick Winter quand il arriverait, avec son adorable daemon, à un nouveau croisement (qui, si on suivait sa logique, serait le dernier). Cette fois, il y avait des panneaux à la hauteur de Patrick et des panneaux à la hauteur d’Heulwen, mais comme ils n’étaient pas différents, on pouvait en conclure que les deux moitiés devaient tomber d’accord pour avancer. Les quatre panneaux n’indiquaient plus des stades de sentiments, mais des personnes. Le premier indiquait « Patrick », le second « Heulwen », le troisième « Zephira » et le dernier « Asa ». Quoi qu’ils choisissent, les deux moitiés revivraient encore trois souvenirs adaptées à ces personnes, avec toutes leurs facultés, mais cette fois les sentiments seraient différents d’un souvenir à l’autre, et sûrement plus subtils, plus nombreux aussi…

[Alors, petite indication supplémentaire. S’ils choisissent Patrick, ils seront sur des souvenirs où Patrick et Heulwen étaient seuls, et où les sentiments étaient sûrement plus liés à la frustration de ne rien pouvoir ressentir, à l’envie de guérir, ce genre de choses que quelqu’un de normal aurait ressenti tout seul… S’ils choisissent Heulwen, ils vivront des souvenirs en rapport avec le daemon, par exemple une partie de sa révélation, ou alors un souvenir où Patrick aurait dû s’inquiéter pour elle ou être excédé par elle… S’ils choisissent Zephira, les souvenirs tourneront autour de leur histoire amoureuse. Et s’ils choisissent Asa, les souvenirs tourneront autour de leur relation à Asa, comment il aurait réagi quand elle est venue le voir la première fois s’il avait eu ses facultés, sa fierté pour sa réussite, ses inquiétudes peut-être… Bref, à chaque fois c’est centré sur la personne et le type de relation qu’ils ont à elle…]

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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Mer 23 Sep - 15:44

Sans surprise, au bout de quelques pas, un nouveau carrefour les attendait ; Heulwen y trottina la première. Lorsque Patrick l’y rejoignit, elle guida donc ses pas vers le panneau le plus à droite, puis fit mine de compter :

« Un, deux, trois… Bon, eh bien, c’est par ici ! Oh, tiens, ça va parler de moi ! »

Mais son Patou n’eut pas la délicatesse de sourire, encore moins de rire, de cette évidente mauvaise foi, car il était resté au dernier panneau, l’air impassible, mais intrigué.

« N’est-ce pas étonnant ? Qu’Asa fasse partie des choix proposés, au même titre que toi, que moi-même, ou que Zephira ?

-Pas vraiment, »
renifla la chienne avec mauvaise humeur. « Elle a toujours eu une place particulière, parmi tes élèves. »

Patrick continuait de la regarder, sans comprendre. D’ordinaire, le daemon était d’une patience d’ange –ou presque- lorsque son humaine moitié ne percevait pas les subtilités des rapports humains. Mais elle savait depuis son arrivée au carrefour où ils iraient, où, peut-être, la Brume voulait qu’ils aillent. Et c’était par ailleurs pour elle que l’avalanche de souvenirs était la plus pénible : depuis sa révélation, elle avait souhaité de tout son petit cœur que Patrick retrouve ses capacités émotionnelles ; depuis leur entrée dans la Brume, elle assistait, pour ainsi dire, à la réalisation de son rêve suivie, invariablement, de sa dissipation. Dans ce genre de situations, il y avait réellement de quoi perdre patience.

« Tu es quasiment un dieu pour elle, et, de ton côté, tu l’admires et tu… hum. Tu l’apprécies. Elle est douée, elle est studieuse, elle est belle, et puis elle a ce petit côté aventurière, comme toi et tes bottes en cuir de dragon. Si les choses étaient différentes, tu la considèrerais probablement comme... ta propre fille. »


Patrick ne répondit rien. Il continua de regarder le petit panneau sur lequel était gravé le nom de l’Amazone.

« Allez, Patou-chou, arrête un peu de tergiverser ; finissons-en. Allons la voir, ta douce »
, grogna affectueusement Heulwen, en avançant vers le troisième chemin. Bien que son humeur fût quelque peu ternie par les épreuves qu’ils venaient de supporter, elle ne pouvait évidemment en vouloir vraiment à sa très chère moitié.

Ils furent presque aussitôt plongés dans une atmosphère familière : celle du deux-pièces londonien qu’ils avaient quitté seulement quelques heures plus tôt, où ils avaient dormi la nuit précédente. La scène, cependant, était plus ancienne, puisqu’un soleil estival perçait à travers les petits carreaux colorés de la cuisine, alors qu’il pleuvait depuis une semaine, lorsqu’ils avaient fait leurs bagages (Heulwen avait évidemment emporté son petit manteau, cadeau de Zephira).

Patrick, le cœur battant à tout rompre comme celui d’un adolescent, avait posé ses yeux sur le tabouret où elle prenait ordinairement place. Elle n’y était pas ; il en avait eu le souffle coupé par l’angoisse. C’était stupide, elle devait être là, c’était le principe du chemin de Zephira, n’est-ce pas ? Il y avait deux bols de soupe froide, et qui d’autre aurait-il pu inviter ? L’Anglais s’appuya au plan de travail, tremblant. Il respirait avec difficulté, et il fallut que son daemon, perchée sur l’un des tabourets, lui murmure de prendre de longues inspirations, tout en jetant elle aussi des regards fureteurs dans la petite pièce. Mais ils entendirent sa voix avant qu’elle n’apparaisse à leurs yeux.

« Voilà, c’est envoyé ! »


Elle sortit de la minuscule pièce, toute en longueur, qui faisait office du bureau. Une bouffée de soulagement pour Patrick. Elle portait une petite robe très simple, légère, dans les tons pastel, au décolleté sage et avec de légers volants aux manches. Ses cheveux blonds étaient simplement lâchés, elle ne portait pas de maquillage. Notre homme savait qu’il la verrait, qu’il la trouverait belle ; il s’était attendu à vouloir la prendre dans ses bras, peut-être même à l’embrasser. Mais il demeura simplement pétrifié, ses jambes refusant absolument de le porter jusqu’à sa belle ; comme si un aura mystérieux rendait son approche impossible. Cependant celle-ci ne semblait pas s’être aperçue du changement de Patrick, de la manière quasi inédite dont il la regardait. Elle saisit une noix de muscade, et la râpa au-dessus de son bol de soupe.

« … de tes soupes froides …Miam ! »

Patrick n’avait pas entendu le début de sa première phrase. Elle avait posé la noix et la minuscule râpe ; le regarda en souriant, et inclina très légèrement la tête sur le côté.

« Tu ne manges pas ? »

Il obéit, semblable à un automate, ayant à vrai dire bien du mal à quitter suffisamment des yeux la jeune femme pour les poser sur le bol, sur la cuillère, afin de ne rien renverser. Ce n’était pas par hasard que ce souvenir-là, précisément, avait ressurgi dans l’esprit de Patrick ; en cet instant, ses cheveux auréolés par le soleil estival, le teint frais et rose, une expression de gourmandise sur le visage, Zephira était exactement l’idéal féminin de Patrick ; elle était ce pourquoi il l’aimait, et l’aurait plus profondément aimée encore s’il avait pu ressentir, en temps normal, la paix intense, le doux bonheur qui l’envahissaient en cet instant.

L’idée qu’il était en train de passer une quête était passée pour lui au second plan. Il goûtait l’instant. Les souvenirs de joie avaient été très agréables, mais plutôt étranges ; seul l’envie de rire avait réapparu et, au final, cela était resté très artificiel. Cette fois, une foule de sentiments envahissaient Patrick. Le bonheur était quelque chose de complexe, une liesse mêlée de désir, de tendresse, d’une pointe d’inquiétude même, d’envie de faire durer l’instant encore un peu plus longtemps. Aussi subtil que le goût d’une soupe froide orange-carottes-coriandre-cannelle-muscade.

« Thomas Payne viendra me chercher à la gare de Termini ; il m’a écrit qu’il avait déjà hâte de me voir »
, ajouta Zephira entre deux cuillérées oranges.

Patrick ne comprit pas très bien ce qui se passa ensuite, car les choses s’enchaînèrent très vite. Comme s’il avait soudain trouvé un arrière-goût aigre à la soupe, et qu’un trou d’air s’était formé dans son ventre. Il lâcha son bol de soupe, focalisé sur l’envie irrépressible de dire « non ». De refuser que Zephira se rende seule à ce colloque, à Rome, qu’elle y soit accueillie par un homme dont Patrick avait toujours apprécié l’impeccable rigueur professionnelle, et à qui il avait tout à coup furieusement envie de flanquer un coup de poing, pour lui faire ravaler son sourire aimable.

Les taches épaisses de soupe orange furent les dernières à disparaître, sur les chaussures et le bas du pantalon de Patrick. Il les regarda s’estomper très progressivement, pendant quelques secondes. Son rythme cardiaque aussi mettait un certain laps de temps à ralentir. Il essuya d’un geste tranquille la sueur qui avait commencé à humidifier son front, donnant à son épiderme un aspect légèrement translucide. A ses côtés, Heulwen tremblait sans oser rien dire. Il hocha gravement la tête, et continua d’avancer sur le chemin.


Comme le décor du second souvenir apparaissait, presque aussitôt Patrick l’identifia ; il s’était attendu à ce qu’il ressurgisse, même un handicapé émotionnel comme lui étant de fait susceptible d’en reconnaître le caractère crucial. Tandis que le bureau de Zephira à Norsken se reformait autour d’eux, dans ses moindres détails, Patrick sentait également une foule de sentiments l’assaillir, à lui en donner le tournis. Son cœur se remit à battre la chamade, envahi par le besoin de voir Zephy pour s’expliquer, s’excuser de ce méchant baiser sur la glace, mais aussi par la tristesse de devoir lui demander de renoncer à une relation d’évidence vouée à l’échec.

Lorsque ces événements avaient eu lieu, la raison avait guidé ses pas, mais cette fois, alors qu’il se trouvait déjà dans le bureau, il sentait bien qu’il aurait été bien difficile d’accomplir cette démarche s’il n’avait pas été malade. Il aurait voulu continuer de la voir, lui offrir ce qu’elle désirait, et ce qu’elle méritait : un homme sain, jeune, qui l’aime et le lui témoigne. Il savait qu’il allait être en colère, comme elle l’avait été, qu’ils se disputeraient, et s’avoueraient en même temps leur amour mutuel ; il savait que ce serait un mélange détonnant de sentiment complexes, et qu’il s’évanouirait probablement sous le choc.

Mais pour l’heure, Zephy était encore assise à son bureau, l’air étonnée de le voir. Etait-ce la perspective de mettre fin à leur embryon de liaison, mêlée à son refus farouche, au fond, de le faire ? Etait-ce parce qu’à l’époque, la jeune femme était plus irréelle encore que jamais, à un point que Patrick avait oublié ? Au lieu de sortir son medium magique pour isoler magiquement la pièce de quelque espion extérieur, Patrick avança droit vers Zephira ; il ne réfléchit pas ; il se fichait que sa conduite n’ait strictement rien à voir avec le sourire initial. Le meilleur moyen d’effacer un baiser rater, c’était de prendre presque violemment la jeune femme dans ses bras, de la faire asseoir sur son bureau, en envoyant valser d’un geste impatient du bras les papiers qui s’y trouvaient. De l’embrasser, de l’étreindre, d’une manière tout sauf flegmatique.

« Hééé !!! Youhouuuuu !!!! Patrick !!!!! »

Il mit un certain temps à se rendre compte qu’il se trouvait à nouveau dans la Brume, ne serrant rien d’autre contre lui que le vide. Et Heulwen devait crier depuis au moins plusieurs secondes ; elle lui lançait un regard très étonné. Pas vraiment réprobateur, et même plutôt… rieur.

« Ahum. J’espère qu’il n’y a pas de spectateurs mineurs dans cette Brume.

- Allons, allons. Je l’ai juste… embrassée.
-Tu sais quoi ? Si je n’étais pas un yorkshire, j’en viendrais à douter que tu sois vraiment Anglais. »


Patrick leva les yeux au ciel, un mince sourire sur les lèvres. Ils reprirent leur route, Heulwen jappant à tue-tête : « Planquez les mômes ! Tous aux abris ! »

Mais elle se tut lorsque les murs du couloir apparurent, impatiente, comme son humaine moitié, de déterminer de quel souvenir il s’agissait.

« C’est à Tryll', encore une fois ! » s’exclama-t-elle avec excitation. Elle reconnaissait le tapis moelleux du couloir de l’aile sud, celle réservée aux professeurs, et, aux murs, les torches diffusant des feux magiques blanchâtres pour reproduire la luminosité du jour. Le vent en rafales faisait trembler légèrement les carreaux de certaines fenêtres particulièrement exposées. Au dehors, les plaines enneigées semblaient d’un bleu dense presque irréel. Ils venaient de quitter la porte du bureau de Patrick, et ce dernier fit signe à Heulwen de se taire, car lui aussi avait évidemment noté, d’après l’inscription toute neuve sur la porte, que dans ce souvenir, il venait juste d’être nommé directeur-adjoint.

Il avança à grands pas dans le couloir, ne parvenant pas à déterminer de quel souvenir il s’agissait, et impatient de savoir où il y rencontrerait Zephira. Quelques silhouettes passaient à travers le couloir, mais Patrick ne se souciait guère de les identifier : il n’était pas là pour retrouver Crimson, Barrini, encore moins Morphius ou l’intrigante Coulter. Lorsqu’il passa près du bureau de cette dernière, il s’écarta prudemment dans un renfoncement du couloir, au moment où une silhouette féminine y disparaissait.

« Ben… Patrick ?
- Quoi ? »
, répliqua un peu brusquement l’intéressé à sa chienne comme elle l’alpaguait. Elle s’était arrêtée, et, assise sur ses pattes de derrière, lui adressait un regard outré : jamais il ne lui avait parlé avec une si évidente mauvaise humeur.

- Oh, rien, monsieur Winter. Je voulais simplement vous signaler que vous venez de la croiser, la chère élue de votre cœur. »

Il resta comme stupéfait, écarquilla les yeux sans comprendre, avant de tourner les yeux vers la porte du bureau de la directrice, à présent fermée. Ca ne pouvait pas être vrai ; ça ne pouvait pas être simplement cette silhouette, et pourtant, oui…

-Vous venez d’assister, ladies and gentlemen, à l’émouvante, à la torride première rencontre des amants passionnés, Zephira Wood et Patrick Sidney Wint… hey ! Mais reviens ! »

Il s’était élancé furieusement vers la porte close, avait attrapé la poignée et tâché en vain de l’ouvrir. Le souvenir était déjà évaporé, comme les deux précédents, qu’il murmurait encore le nom de Zephira, sans vouloir croire qu’il avait stupidement manqué la dernière occasion de la revoir en pleine possession de ses capacités émotionnelles.

Heulwen n’avait plus le cœur à le moquer ; le désespoir quittait rapidement les traits de l’Anglais, mais cela avait quelque chose de pathétique.

« Un jour, tu ressentiras tout ça pour de vrai », murmura-t-elle en guise de réconfort, alors même que le chemin à parcourir encore pour atteindre la guérison leur semblait à tous deux plus long que jamais.

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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Mer 23 Sep - 16:11

Le duo avança encore un peu, et se retrouva à un nouveau croisement. Sauf que cette fois, il n’y avait pas de panneau… Ou plutôt, ils étaient vides. Pendant plusieurs minutes, le duo resta là, sans que quoi que ce soit n’arrive… Jusqu’à ce qu’ils puissent entendre un bruit de pas, rapides, une course. De la Brume finit par se détacher une silhouette bien connue, celle d’une grande américaine à la crinière brune. Asa s’arrêta devant Patrick et son daemon, un sourire d’Amazone collé au visage.

« D’solée ! J’suis en r’tard… »

Elle sourit de nouveau et croisa les bras devant elle.

« Bon. Alors… Euh… Okay, premièr’ partie d’la quêt’ terminée. Alors, maint’nant l’truc c’est plutôt simpl’, enfin, pas vraiment, mais d’sons pour l’moment faut juste qu’vous convainquiez la brum’. Pourquoi Sywhaîd ? Et à quoi vous allez servir ? Bref, vous êt’ plus doués qu’moi pour parler, donc vous avez sûr’ment compris. »

Elle fit un clin d’œil aux moitiés et attendit qu’ils répondent, l’air d'être certaine qu’ils s’en sortiraient sans souci.

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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Lun 28 Sep - 23:44

Les minutes d'attente près du poteau passèrent sans que ni Patrick, ni Heulwen ne trouvent le temps long. Evidemment, l'Anglais était d'une patience de rêve ; par ailleurs, ayant compris que les précédentes épreuves avaient éprouvé son daemon, il s'était assis, et l'avait laissée se lover au creux de ses genoux. Il lui massait les omoplates, en guise de réconfort, lorsque la chienne, tout à coup, redressa la tête. Quelque chose, ou quelqu'un, approchait. Patrick se releva plutôt lestement, en dépit de ses quelques printemps. Il époussetait tranquillement sa veste de cuir, lorsqu'il fut rejoint par... Asa.

C'était une surprise ; une bonne surprise. Mais cela faisait deux fois qu'elle -ou son nom- apparaissait dans cette Quête, et c'était inattendu. L'Anglais repensa à ce qu'avait dit Heulwen, mais il aurait besoin de réfléchir à nouveau à cela. Quoi qu'il en soit, il sourit à l'apparition. Il avait l'habitude d'agir beaucoup par mimétisme, de s'adapter, et il aurait souri à la véritable Asa.

En retard... Patrick ne jeta pas les yeux sur Heulwen, mais il savait que, comme lui, elle se demandait si, réellement, une apparition semblable à Asa attendait dans la Brume, qu'il parcoure les trois chemins... devinant à l'avance qu'il choisirait ceux-là ? Il serait temps d'y penser plus tard, d'en discuter avec Zephira ; voire avec Asa elle-même ?

Mais pour l'heure, il fallait répondre à la question. C'était une question assez... rationnelle. Bon, objectivement, au niveau émotionnel, Patrick avait été déjà bien gâté. Cette fois, c'était davantage dans ses cordes. Posément, l'homme hocha la tête. Il avait suffisamment réfléchi à la question pour pouvoir y répondre de façon organisée.

"Dans quinze jours, le parlement magique entérinera un décret qui rendra à peu près impossible la nomination de certains hybrides à des postes supérieurs, dans certains secteurs publics, et en particulier l'éducation. En tant que titulaire, je ne serai officiellement pas inquiété, mais je devrait légalement déclarer ma semi-appartenance à l'espèce qu'on appelle les "êtres de l'eau". Je suis opposé à ce décret ; je ne souhaite pas me cacher pour mériter l'assentiment de mes collègues, or je sais que mes articles, mes théories, seront inévitablement mis en doute dès lors que sera révélée mon origine.

Je pourrais partir pour une autre université, mais je préfère passer à autre chose. Je suis un chercheur avant d'être un enseignant, et, pour ce que j'en sais, Sywhaîd est un terrain d'expérimentation dont je n'aurai pas le temps de me lasser. J'aurai l'occasion de rencontrer le professeur de magie environnementale, et de poursuivre nos échanges autrement que par courrier. Je serai heureux aussi de revoir Asa"
, ajouta-t-il avec une petite inclinaison de la tête en direction de l'apparition.

Il voulait parler de l'original, bien sûr, mais salua quand même l'ersatz. La Brume semblait accorder une importance particulière au lien qui l'attachait à son ancienne élève, il était donc logique qu'il en parle, même si, pour Patrick Winter, le "plaisir de revoir quelqu'un" était forcément quelque chose de très subtil et, forcément, assez relatif. Comme pour entériner cet état de fait malheureux, il poursuivit, imperturbable.

"Je pourrai faire bénéficier la communauté de mes compétences intellectuelles, et participer par ailleurs aux tâches de tout un chacun, comme il se doit. Je n'apporte sans doute pas de compétence déterminante, pour une communauté rurale, mais je ne demande pas grand-chose en retour.

Mais je souhaite venir à Sywhaîd également parce que Zephira Wood le désire également. Nous souhaitons tous deux un endroit où vivre paisiblement. Elle a vécu ici des instants inoubliables, elle est attachée à cet endroit, et moi, je suis attaché à elle. Je suis aussi attaché aux lieux tels qu'elle me les a décrits."


C'était une façon assez alambiquée de dire que la description qu'avait faite Zephira de Sywhaîd, mais qu'en avait également faite des gens comme Asa, avait donné en quelque sorte envie à Patrick de voir effectivement les lieux. Seulement, notre cher Anglais n'avait pas les capacités émotionnelles suffisantes pour comprendre ses propres perceptions de façon aussi claire.

"Les médicomages de Londres ne peuvent rien pour moi, à ce stade ; ils me conseillent simplement de continuer à chercher des "stimulations" émotionnelles. Sywhaîd est un lieu chargé en flux magiques ; peut-être auront-ils une influence favorable sur mon état.

Quoi qu'il en soit, le climat écossais est un de ceux qui conviennent le mieux à mon métabolisme. En somme, je suis conscient de ce que la Noble Lande m'apporterait ; et parce que je ne peux que fonctionner rationnellement, je m'efforcerai de rendre aux Sywhaîdiens ce que cette terre m'apportera, à divers points de vue.

Je crois avoir fait le tour de la question ; vois-tu quelque chose à ajouter ?"


Il n'avait pas parlé à Heulwen, mais à l'Asa de la Brume. La chienne était assise, paisiblement ; Patrick avait ressassé à peu près tous ces arguments plusieurs fois devant elle. Seul celui des flux magiques était neuf ; si c'était un autre que son Anglais qui l'avait prononcé, la york aurait pu le soupçonner d'inventer un argument par lequel il n'était pas lui-même convaincu. Mais un tel degré de mensonge, de dissimulation, n'étaient tout simplement pas dans la nature de Patrick. Son départ de la BIPTE en était d'ailleurs la preuve.

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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Jeu 1 Oct - 8:34

« Nan. J’pens’ qu’c’est bon. » répondit l’apparition avec un sourire confiant.

Elle n’avait pas semblé s’ennuyer le moins du monde durant le petit laïus de Patrick, et l’avait écouté avec la même expression que celle qu’on trouvait sur le visage de la vraie Asa quand elle se concentrait sur quelque chose, les sourcils un peu froncés, la bouche un peu pincée, le regard un peu fixe… Une expression assez adorable en fait, une des rares qui permettaient de voir ce qu’Asa avait pu être lorsqu’elle n’était encore qu’une gamine innocente.

« Bon, la paus’ est finie. Vous allez d’voir continuer la quêt’ maint’nant. Bonn’ chanc’, on s’voit d’l’autr’ côté d’façon. »

Elle fit un clin d’œil au duo puis disparut tout simplement, dans une sorte de *plop* sonore. Au moment où elle disparut, autre chose apparut à quelques pas de là… Un croisement, de nouveau. Mais cette fois, les quatre choix étaient un peu plus connus par Patrick Winter, il s’agissait simplement des quatre éléments.

[Alors. Bon, là Patrick va devoir choisir entre chaque élément, et il se retrouvera dans des futurs possibles liés à l’élément choisi. S’il prend l’eau, il se retrouvera pas forcément dans un futur où il est plongé dans l’eau, mais dans un souvenir qui implique les qualités associées à l’eau par exemple…. Trois futurs… Et ses capacités émotives ne seront pas retrouvées, ou du moins pas plus qu’elles ne le seront logiquement dans ces futurs possibles…]

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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Ven 9 Oct - 8:04

Patrick ne s’attarda pas ; à peine Asa disparue, il examina les quatre panneaux, rapidement. Heulwen fut plus rapide encore : sans même prendre le temps de lever la tête, elle trottina vers le troisième chemin. Elle tapota le sol de sa patte avant gauche, tandis que son humain la rejoignait d’un pas lent et tranquille.

« Alors alors ! A ce rythme là on est encore là jusqu’à Pâques ! », jappa-t-elle avec impatience. « Hum, au fait, on a quoi, au programme ? C’est plutôt sympa ou plutôt moche ? J’espère qu’on va enfin parler un peu de moi ! Non pas que je n’apprécie pas Zephy, hein ; c’est une brave fille, sous ses dehors totalement flippants. Mais moi, je suis quand même dans ta vie depuis plus longtemps ; depuis toujours, même, si on y songe, même si je n’étais pas encore… matérialisée, c’est ça qu’on dit, pas vrai ? Bref ; il me semble que compte tenu de tous ce que… Patrick ? Tu m’écoutes, mon vieux ? Tu ne m’as même pas répondu ! »

Heulwen était tendue ; c’est pourquoi elle parlait beaucoup. Elle n’avait pas beaucoup aimé les trois premiers chemins. En comparaison, beaucoup de postulants à l’entrée sur la Brume avaient probablement enduré des épreuves autrement plus pénibles ; quand Zephira leur avait parlé de la Quête, la york avait imaginé des supplices assez raffinés, des pals, des roues, des cailloux à rouler pour l’éternité… mais quand même. Ces expériences avaient été quelque peu frustrantes, pour une chienne en pleine possession de ses facultés émotionnelles.

« C’étaient les quatre éléments », expliqua Patrick ; mais il n’eut pas le temps de développer davantage ; Heulwen avait beaucoup parlé et, déjà, la première vision apparaissait. Sauf qu’il fut évident au premier coup d’œil qu’il ne pouvait pas s’agir d’un souvenir, cette fois : la scène se situait dans un lieu qui –ils le vérifièrent d’un bref échange de regards- ne leur disait rien, ni à l’un, ni à l’autre. En outre, Patrick ne ressentait aucun brutal afflux d’émotions ; il n’était pas curieux outre mesure, ni angoissé… non. Il se trouvait dans une maison qu’il ne connaissait pas, relativement lumineuse… Il lui sembla, par la fenêtre, reconnaître une rue typiquement londonienne, aux maisons sagement alignées à l’identique.

« Quelle couleur, alors ? »

Patrick se retourna, et se rendit compte que, dans ce futur, contrairement à ce qu’il avait d’abord pensé, il avait beaucoup progressé sur la voie de la guérison. Son cœur manqua un battement ; Zephira était en salopette en jean, et en débardeur blanc ; elle avait relevé ses cheveux en une queue de cheval grossière, dont s’échappaient de nombreuses mèches blondes. Elle avait à ses pieds un pot de peinture encore blanche, au-dessus duquel elle agitait sa baguette magique. Patrick chercha à tâtons un appui derrière lui, sans pouvoir quitter des yeux le ventre joliment arrondi de sa compagne.

« Bon… Qu’est-ce que tu penses de… ce genre de bleu ? »

Patrick se pencha au-dessus du pot, dont le contenu avait pris une teinte azur. Il fronça légèrement les sourcils.

« C’est joli, mais… je préfèrerais une teinte plus chaude. »

Ils firent plusieurs essais ; c’était une expérience étrange ; Patrick était très doucement ému, nul doute qu’avec des facultés intactes il se serait évanoui d’émotion. Il sortit sa propre baguette, même s’il n’était pas aussi doué que Zephira en matière d’art. Ils tombèrent finalement d’accord sur une nuance de jaune très pâle et lumineux ; comme Patrick ressentait la satisfaction d’être parvenu à un résultat correspondant à ses attentes, tout en ne pouvant empêcher son esprit de s’attacher au petit être qui grandissait dans le ventre de sa compagne. Une obsession noyée dans un pot de peinture aux teintes variables. C’était quelque chose que ni elle ni lui ne prévoyaient… un enfant. Etait-ce réellement un futur possible, comme il l’avait d’abord pensé, ou au contraire des rêves aériens, fugitifs, improbables ?

La prochaine vision l’éclairerait sans doute.

Il était dans une petite maison, encore une fois ; mais elle n’avait rien à voir avec la précédente. C’était plutôt une cabane, dont les petites fenêtres ne donnaient pas sur une rue, mais sur une vaste étendue de prairie, et, plus en contrebas, un grand lac. Peut-être bien ce fameux Sywhaîd, mais Patrick n’eut pas le temps d’examiner le paysage.

« Euh… Patrick ? » une voix masculine l’avait interpelé ; elle appartenait à un homme brun à lunettes, musclé, probablement le genre d’hommes qui devait plaire aux femmes. Pourtant, il ne semblait pas vraiment sûr de lui, comme un adolescent embarrassé par son grand corps.

« Pourquoi pas une soirée musicale ? » proposa un autre homme, blond cette fois ; mais une jeune femme aux cheveux courts répliqua froidement qu’ils avaient déjà célébré Beltaine par une soirée de ce genre et que, pour sa part, elle restait sur l’idée de la procession.

Celui qui avait rappelé Patrick à l’ordre se leva, frappa dans ses mains, avec, encore une fois, un semblant de maladresse dans ses gestes.
« Bon, euh, écoutez : il faut qu’on trouve autre chose. Les danses, les processions, les soirées costumées… on a déjà fait, tout ça. Même le karaoké, c’est devenu un classique ! Les Sywhaîdiens attendent du Rad un peu de… je ne sais pas, moi, de créativité ! de fantaisie ! euh… »

Il semblait s’énerver tout seul, et le contraste qu’offrit Patrick en l’interrompant fut saisissant ; d’un ton paisible, il proposa :
« Pourquoi pas un grand jeu collectif ? Pour découvrir le lieu du banquet, il faudrait que les Sywhaîdiens accomplissent un certain nombre de petites épreuves, qu’ils suivent une piste de messages, quelque chose comme ça ? »

Les trois interlocuteurs du Londonien s’entreregardèrent, et sourirent comme un seul homme. Le souvenir s’évanouit. Patrick resta quelques secondes pensif ; non, il ne s’imaginait pas en futur membre du Rad. Mais d’une certaine manière, cette vision était un avenir sinon plausible, du moins possible. Il avança encore.

Nul doute, cette fois, ils étaient à Sywhaîd ; bien qu’il fasse nuit, les torches flamboyantes diffusaient une lumière rougeoyantes qui faisait iriser les eaux noires du loch. Un grand nombre de personnes étaient rassemblées, et Patrick estima que la plupart des Sywhaîdiens devaient être là ; ils semblaient tristes et recueillis, tout de blanc vêtus. Les filles portaient aux cheveux des rubans noirs. L’Anglais songea qu’une telle tenue devait accentuer l’aura mystique que dégageait Zephira, et la chercha près de lui, puis dans la foule ; elle n’était nulle part. Pouvait-il y avoir un éventail de ses futurs possible où elle ne fût pas présente ? Cela lui semblait difficile à concevoir, à moins que Madeleine ne fût rattrapée par son passé. Mais à Sywhaîd ? Etait-elle sortie lors d’une Brèche ? Avait-elle été repérée ?
Elle arriva enfin, toute de blanc vêtue, elle aussi ; quatre hommes en noir portaient une sorte de brancard orné de fleurs, sur lequel reposait le linceul. Mais Patrick sentit que c’était elle ; il le pressentait à la façon dont les Sywhaîdiens le regardaient. Il mit pourtant quelques secondes à réaliser, durant lesquelles les hommes déposèrent délicatement le linceul dans une barque elle aussi ornée. Sur la coque, le prénom de Zephira était sculpté, ne laissant plus aucune place au doute. Patrick fut saisi d’un vertige, il se serait évanoui si un Sywhaîdien n’était venu à sa rescousse ; une Sywhaîdienne, plutôt, à la crinière brune familière. Elle glissa son bras sous ses épaules, et le soutint vigoureusement.

« Tomb’ pas, Patrick ; souviens-toi d’c’qu’elle disait : keep living, keep laughing… »

Le soutien d’Asa, tant physique que moral, permit finalement à Patrick de reprendre pied ; ses jambes étaient faibles, elles ne semblaient le porter que dans l’optique de le conduire jusqu’à la barque pour qu’il s’y couche avec elle. Quelque chose de tiède vint lui effleurer le visage ; c’était le halo de chaleur d’une torche brandie par l’Amazone. Elle le regardait, le visage fermé. Patrick se rendit compte seulement alors que dans ce futur, elle devait avoir dans les 35 ans.

« Faut qu’tu l’allumes, maint’nant. Tu t’sens prêt ? »

Plusieurs minutes avaient dû s’écouler sans qu’il ne s’en rende compte, comme perdu dans un trou temporel. La barque était désormais couverte de fleurs et de branchages secs, mais aussi de quelques bûches d’aulne et d’if. On voyait à peine le linceul, à peine visible sous l’échafaudage soigné. Mais Patrick ne voyait que les taches blanches, au milieu des branches. Il se rendit compte qu’il avait pris la torche qu’Asa lui tendait. Il avança vers la barque.

*Ce n’est qu’une Quête ; ce n’est pas l’avenir. *

Il tâcha de se raisonner, de faire appel à sa logique, à sa capacité de réflexion. Mais son bras ne répondait pas, refusait catégoriquement de porter le feu à la barque. C’était une expérience d’autant plus perturbante que Patrick ne ressentait pas pour autant le sentiment de deuil d’une façon aussi vive qu’un individu normal : pourtant, son corps réagissait en conséquence ; un phénomène auquel Patrick était déjà parfois sujet dans le présent.

Faire appel à la raison ne l’aidait pas. Il songeait aux paroles que Zephira lui aurait laissées. Il songea à la Quête, au petit panneau qui l’avait mené sur ce chemin, et lui avait fait espérer des souvenirs gais, colorés, riants. Il s’était trompé : ce n’étaient pas des souvenirs, mais des visions de futurs possibles, dans lesquels lui devrait se montrer riant, créatif, artiste… et détaché. Il inspira longuement ; il ferma les yeux, se remémora les souvenirs réels qu’il partageait avec la femme de sa vie. Il s’efforça de s’en faire une joie plutôt que des regrets. Il n’eut pas le sentiment d’y parvenir réellement, mais son bras s’abaissa finalement, la torche embrasa rapidement le tapis de paille au pied de Zephira. Dans un brouillard, il devina deux silhouettes noires, de part et d’autre, qui s’approchèrent et poussèrent la barque vers le large. Il ne voyait plus rien que le rouge des flammes, n’entendait plus que le crépitement sonore de l’incendie. Ils persistèrent à ses yeux et à ses oreilles encore quelques secondes après que la vision n’ait disparu.

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La Brume
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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Mer 14 Oct - 0:01

Alors que les dernières lueurs du brasier s’éteignaient dans le regard de Patrick, une silhouette se matérialisa aux côtés d’Heulwen. Silencieuse, elle resta immobile tout le temps que dura le recueillement du duo avant de s’avancer avec lenteur vers le daemon York.

Doucement, sans émettre le moindre souffle, sans faire bouger le moindre brin d’herbe, l’ombre de la créature glissa sur la femelle York avant de la dominer totalement. Et bientôt, Heulwen et Patrick purent voir un majestueux Doberman, au pelage noir et luisant leur faire face. Cet animal n’avait rien d’un chien comme les autres. Il était digne et une telle prestance émanait de lui que c’en était presque déroutant.

Avançant à nouveau de quelques pas, l’animal se plaça devant Heulwen, qui parut tout à coup bien plus petite qu’elle ne l’était. Quand il parla d’une voix grave, chaude et modulée, avec un petit quelque chose d’attirant qui ajoutait à la crédibilité de ses paroles, le Doberman s’adressa uniquement au daemon, sans même paraître remarquer Patrick.

« Heulwen… Comme tu le sais sans doute, à Sywhaîd les daemons ont une place qui leur est propre. Je veux que tu saches que le choix n’appartient pas qu’à ton humain. Tu dois le vouloir aussi. »

Il laissa sa voix rauque s’envoler une seconde dans un léger écho avant de reprendre :

« Es-tu sûre du choix de cet homme ?... Dans le cas contraire, il est encore temps de reculer, sois-en sûre. Nous autre avons choisi pour nos moitiés, mais toi ? As-tu donné ton aval dans la décision d'entrer ici ? »

Le doberman, fièrement dressé sur ses pattes, toisait la femelle York de toute sa hauteur, visiblement soucieux de faire valoir les droits des daemons ici-bas.

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Patrick Winter
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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Lun 19 Oct - 8:04

Oui, Heulwen se sentait toute petite ; lorsque l'ombre avait descendu sur elle, l'engloutissant rapidement, elle s'était terrée sur elle-même, fait mine de reculer, mais marcher en arrière ce n'était pas ce qu'elle faisait le mieux. Dressée sur ses pattes de devant, elle sentit son petit cœur battre la chamade, se demandant si elle n'allait pas à son tour devoir affronter des danger terribles. Serait-elle aussi brave que Patrick ? Elle connaissait la peur, elle. Elle n'était pas une grande souche insensible.

Mais passées les quelques secondes d'angoisse, elle reconnut le propriétaire de l'ombre et... un tout nouveau sentiment remplaça la peur. Bien sûr, elle continuait de se sentir bigrement petite -ce qui, curieusement, n'arrivait pas souvent. Mais elle n'imaginait pas qu'un si bel animal puisse lui vouloir du mal. Il avait une voix absolument irrésistible et, de la part du daemon d'un Patrick Winter, ce n'était pas peu dire. Si elle n'avait pas eu un sens aigu de la décence, elle aurait tiré la langue, la gueule légèrement sèche.

Patrick avait été oublié. Il regardait la scène, comprit rapidement que la nouvelle épreuve concernait Heulwen, cette fois. Il aurait préféré qu'on la laisse en dehors de cette Quête ; elle était sa petite moitié sensible, fragile. Oh, Heulwen savait se défendre, mais ses sentiments à elle étaient intacts ; elle avait probablement souffert plus que lui du début de la Quête.

Mais pour l'instant, ce n'était pas une terrible séance de torture, ni physique, ni mentale ; juste une question qui prit l'Anglais de court ; il ne s'était pas attendu à ce qu'on la pose à Heulwen, et, s'il n'avait pas compris qu'il devait cette fois rester en retrait, il aurait dit au doberman qu'il devait bien mal connaître les yorks en général, et son daemon en particulier, s'il pensait qu'on pouvait prendre une quelconque décision à laquelle elle fût opposée. Patrick était bien certain que la chienne répondrait avec sa gouaille habituelle ; il la voyait retrouver un peu de sa superbe, se redresser légèrement, dresser les oreilles, le torse, et ses petites pattes.

Mais Heulwen agit ainsi d'abord parce qu'elle se sentait davantage en confiance ; elle était par ailleurs flattée d'être enfin d'une quête où il n'y en avait que pour Zephira, Asa et consorts. Et elle prit le temps de répondre, hochant alors lentement la tête.

"J'ai suivi Patrick partout où il est allé. Lorsque les médecins lui ont recommandé de partir au fin fond du grand nord, je n'ai pas bronché. Lorsqu'il en est reparti en catastrophe, j'étais au fond plutôt contente de quitter cet endroit. Je suis plutôt citadine, le bitume londonien, voilà ce qui me convient."


Elle jeta un coup d'œil à Patrick ; ils n'avaient jamais vraiment parlé de son point de vue à elle. Elle ne lui en voulait pas, mais était contente d'être écoutée.

"Cette fois Patrick a pris sa décision seul ; avec Zephira. Ils estiment que c'est ici qu'ils seront le plus heureux... Et je pense que c'est possible ; il a besoin de bouger, Patrick, ça n'est pas bon pour lui d'avoir des petites habitudes. Et même si c'est un grand empoté, je lui fais confiance pour savoir ce qui est le mieux. Ca ne m'amuse pas de me retrouver dans un endroit plein de boue et plein d'herbe, ça n'est pas très confortable pour se promener, voyez-vous... Mais j'approuve la décision de mon humain. Si j'avais été contre, croyez-moi, il m'aurait entendue."

Elle se dressa encore un peu plus, et lança à Patrick une mimique tendre.

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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Lun 19 Oct - 23:17

La babine du doberman se souleva légèrement sur un côté, lui donnait l’air de sourire en coin à cette réponse adorable et pleine de vie. Le majestueux animal ne releva cependant pas la différence énorme qu’il pouvait y avoir à ce niveau entre Heulwen et son cher Patrick. Il hocha simplement la tête et demanda, de cette voix grave et magnifique qui lui donnait tellement de prestance :

« Tu es bavarde. »

Ca ne semblait pas être un vrai reproche. Un constat, un constat un peu amusé peut-être, mais pas une critique. L’apparition expliqua d’ailleurs rapidement où elle voulait en venir :

« Seras-tu capable de résumer, en un mot, ce que vous apporterez à Sywhaîd, et ce que Sywhaîd vous apportera ? Un seul mot pour ces deux notions. Peux-tu relever ce défi ? »

Le doberman plongea son regard majestueux dans celui du York, et il sembla soudain sonder le daemon. Heulwen avait voulu avoir plus d’importance dans cette Quête ? Nul doute que cette réponse serait décisive.

[Dernier message pour cette Quête, fais-en bon usage !]

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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Dim 25 Oct - 20:39

Wow. Pour le coup, le doberman lui avait coupé le sifflé. Fffuit. Un bel exploit dont il pourrait faire parade dans les siècles des siècles.

La chienne jeta un regard de détresse à son humain, impassible. Non mais zut ! Il était quand même établi depuis belle lurette que, dans leur duo de choc, c'était lui le cerveau, et elle l'argument comique ! (ou le cœur, si on ne veut pas la vexer). Pourquoi lui mettre sur l'échine le poids d'une si grande responsabilité, faire dépendre la réussite de leur Quête, de leur vie future, de celle de Zephira, de sa capacité fort douteuse à synthétiser ? Oh pitié, Patou-chou, cesse de nous regarder d'un air paisible, souffle quelque chose !!!

Bon, le plan A "recours à la télépathie daemoniaque" ayant échoué -encore merci, Patrick, pour ton soutien-, Heulwen n'avait plus qu'à se mordre les pattes d'avoir fait une fois de trop son intéressante. Elle avait voulu qu'on s'intéresse à elle ; voilà, elle y était, au centre de la Quête. Maintenant... ré-flé-chir. Pour son petit crâne de yorkshire, l'énigme posée par le doberman semblait aussi simple à résoudre que la quadrature du cercle.

Un seul mot, pour désigner deux choses à peu près diamétralement opposées, à première vue :

- à ma gauche, ce qu'apporterait Patrick à la Brume. Il était sérieux, intelligent, raisonnable ; il ne souhaitait rien d'autre que vivre paisiblement sans faire de bulles, mais Heulwen n'allait quand même pas répondre "rien" : elle n'était pas super futée mais pas non plus complètement stupide. "Rien", ça n'était pas très vendeur... d'autant qu'elle pensait sincèrement qu'il était en vérité assez illusoire d'imaginer que les Sywhaîdiens ne moufteraient pas en voyant débarquer sur la lande Patounet, alias la huitième merveille du monde. Bien sûr que ses éclairés avis, sa science de l'environnement et des éléments, seraient appréciés. Patrick saurait dénouer les conflits, apaiser les esprits. Des incidents comme celui qui avait impliqué ce Romain n'arriveraient plus. "Sérénité", voilà ce qu'apporterait Patrick à la lande.

- Un terme qu'on aurait éventuellement pu appliquer également à la partie droite du problème, puisque Patrick venait sur la Lande précisément pour éviter les ennuis, vivre tranquillement avec sa chère et tendre sans se préoccuper de ce qui pourrait naître de douteux dans la cervelle des politiciens. Ici... on lui ficherait la paix.

Mais si Heulwen avait accepté l'idée de s'enterrer à la campagne, malgré les longues déambulations dans l'herbe en perspective, c'était bien parce qu'elle n'envisageait pas leur avenir comme un long fleuve morne et tranquille. Elle voulait qu'il guérisse. Elle espérait qu'un lieu aussi riche en magie que Sywhaîd y participerait ; en cessant son activité, Patrick pourrait se concentrer sur son objectif principal : la guérison. Alors, "sérénité", non, ce n'était pas ce qu'elle souhaitait à son humain : ce n'était pas ce dont il avait besoin. Il lui fallait... du mouvement. Il fallait que les choses changent pour lui.

Et après tout... Pour la Lande aussi, les choses changeraient, si Patrick y était accepté. Il était si intelligent ! Bon, après, dire que les choses changeraient pour Sywhaîd comme pour l'Anglais, c'était un peu enfoncer des portes ouvertes ; ça n'était pas une argumentation. Non, ce qu'Heulwen voulait dire, c'était que les choses changeraient en bien. Dieu que c'était compliqué à exprimer, nom d'un yorkshire !

Le museau retroussé par la concentration, Heulwen grogna quelques secondes. Finalement, tâchant de dissimuler son stress, elle proposa d'une voix tremblante :

"évolution".

Voilà, c'était dit ; mais la pression était trop forte. La chienne s'aplatit à terre, les pattes sur les yeux. Patrick s'agenouilla et la prit dans ses bras avec tendresse.

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MessageSujet: Re: Quête de Patrick Winter   Lun 26 Oct - 10:02

Le doberman s’inclina légèrement à cette réponse, comme pour la saluer, et sa voix profonde raisonna une dernière fois :

« Que cette évolution vous soit bénéfique. Bienvenue à Sywhaîd. »

Il se retourna alors et s’engouffra sur un chemin, qui venait d’apparaître. Très rapidement, il disparut, laissant tout de même la piste bien visible pour les deux nouveaux arrivants, qui auraient le plaisir de bientôt arriver près du Loch.

[Bravo pour cette Quête et bon jeu !]

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Quête de Patrick Winter

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