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 Go to f***ing hell, Mannfred B.

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 3:43

- Muum ?… C’est le jour, déjà ?
- Non ; rendors-toi, bébé, on est au milieu de la nuit.


Aloïs était à l’âge où l’on s’endort sans peine, et où l’on obéit à sa mère. Il papillonna donc des yeux trois fois, puis ferma les paupières, le sourire des justes aux lèvres. Rozen résista à l’envie de replacer une mèche de cheveux folle qui barrait le front de son fils, craignant de le réveiller une seconde fois. Elle se leva aussi doucement que possible du petit matelas de laine, et se dirigea vers la fenêtre.

La lune était pleine, on y voyait quasiment comme en plein jour (un jour écossais, humide et relativement sombre, bien sûr) ; la surface du loch Finn scintillait paisiblement. Ca et son petit mal de gorge, pas étonnant que le gosse ait eu du mal à dormir. Rozen soupira ; une mère convenable aurait tiré le rideau ; une mère admirable aurait même cousu des rideaux, les aurait peut-être même tissés. Cela devait bien faire trois ans qu’elle avait décloué le morceau de tissu qui en faisait jusque là office pour… Pour quoi, au fait ? Il avait fini en torchon au réfectoire, non ? A moins qu’elle ne l’ait accidentellement fait brûler ?

Bon, ce n’était pas si important que ça, pas vrai ? Rozen extirpa de la poche arrière de son pantalon une baguette de bois clair, et traça dans les airs un vif trait de haut en bas ; aussitôt, la lumière s’estompa, comme filtrée par un voilage mince. Elle hocha la tête, tout en rangeant le medium magique. Ca ferait l’affaire, après tout Aloïs n’était pas une petite nature qui a besoin d’un édredon en plumes de canard, d’un oreiller ergonomique, d’une lumière tamisée, pour trouve le sommeil. Ne l’avait-elle pas retrouvé, deux mois plus tôt, roupillant comme un bienheureux dans la tiède et odorante paille des écuries ?

Un instant, elle jeta à nouveau les yeux sur lui, puis soupira. Elle avait du boulot. Les cracholianes ne se cueilleraient pas toutes seules, et elle se voyait mal annoncer à Elwin qu’il aurait à attendre un mois de plus pour avoir ses précieux remèdes, sous prétexte qu’elle avait préféré profiter de la nuit pour regarder son petit bonhomme dormir.

Le guérisseur, à la rigueur, elle en aurait fait son affaire ; il était largement aussi barge qu’elle – et probablement davantage. Le mois précédent, il avait zappé une cueillette de belladone sous prétexte qu’il s’était laissé embarqué dans une bataille de boue avec Hayley, et Rozen comme tous les autres avaient plutôt eu le réflexe de se demander comment la demoiselle avait pu oublier l’heure : à neuf ans, la demoiselle avait déjà largement le triple de l’âge mental de son père.

En revanche, Zofia lui aurait à juste titre fait les gros yeux. L’apothicaire était une fille sérieuse -oui, pour Rozen, le fait de prendre de la drogue et d’avoir suffisamment bien connu un dangereux pyromane pour lui faire un gosse, ça n’empêchait pas d’être qualifié de « sérieux ». Même avec un nourrisson de moins d’un an sur les bras, la rouquine ne loupait pas une seule des corvées liées à sa fonction.

Aloïs ne pouvait même pas servir de prétexte : à dix ans, sur la Lande, bien sûr qu’on sait se débrouiller tout seul. Et le garçon était même plutôt précoce. Les yeux clos, la bouche entrouverte, le souffle régulier, il semblait jeune, fragile… Mais il savait ce qu’il voulait. Ca oui. Une vraie tête de mule. Il faut dire que sa mère était plutôt fière de ce trait de caractère, dont elle voyait fort bien de qui il l’avait hérité ; et elle ne faisait pas grand-chose pour le réprimer ; elle n’était pas elle-même une grande causeuse, et les talents oratoires du gamin la laissaient à la fois admirative et décontenancée.

Mais bien sûr, lorsqu’elle quitta la chambre, cette nuit-là, elle ne savait pas encore jusqu’où pouvait aller Aloïs, lorsqu’il avait une idée en tête.

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Dernière édition par Rozen Vanloo le Dim 6 Sep - 9:42, édité 1 fois
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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 3:44

LETTRE DE MANNFRED BAUMANN A ROZEN VANLOO, LE 7 SEPTEMBRE 2009


Chère Rozen,

J’espère que tu vas bien, que l’été s’est bien passé pour toi et que vous avez vu un peu de soleil dans votre belle Ecosse (ha, ha). Comme je le craignais dans ma lettre du début de l’été, nous avons dû annuler notre voyage en Egypte ; la grossesse de Julia est plus compliquée que prévue, elle doit désormais rester allongée, ce qui, tu t’en doutes, ne la réjouit guère.

Mais je suppose qu’il n’est pas très correct de disserter auprès de toi de Julia ; même si je sais bien que tu te fiches bien des convenances, j’en viens donc au cœur du sujet, et t’annonce que je viendrai récupérer la chair de notre chair le 27 septembre prochain, comme d’habitude.

A ce propos, je me permets de te transmettre la lettre qu’il m’a écrite il y a deux jours ; j’aimerais beaucoup que tu m’éclaires sur le dernier paragraphe. Il me semblait que nous étions d’accords pour ne pas encourager notre fils dans cette vieille lubie ?

Porte-toi bien.

Mannfred

PS : Et qui donc est « Wren » ? Ton apiculteur a-t-il de quoi être jaloux ? Ha, ha !

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 3:46

Sauter par-dessus le mur du potager ; slalomer entre les citrouilles ; traverser en vitesse jusqu’au pan de muret éboulé, l’escalader en vitesse, puis descendre quatre à quatre le chemin du débarcadère, dévaler la demi-dizaine de marches moussues, avaler les quelques mètres du ponton… Mais où est la barque ? Aloïs scrute le Loch Finn, qui s’étendait à perte de vue devant lui, jusqu’aux confins de la Brume. Sur la surface blanche, scintillante, il aperçoit nettement la tache sombre d’une barque, et crache un juron, qui lui vaut une claque sur le sommet du crâne.

« J’t’ai pas… appris… à parler comme ça, jeune homme »
, articule Rozen, encore toute essoufflée par la course poursuite.

Aloïs se retourne, l’air assez logiquement coupable, mais il tente un sourire innocent ; sa dernière cartouche. Mais il faut bien avouer que ça marchait mieux quand il avait 5 ans. Rozen continue de le fixer d’un œil d’autant plus sévère qu’il l’a méchamment fait courir, et qu’en dépit d’un mode de vie plus que sportif, elle a bien failli s’étaler dans l’escalier, en glissant sur une marche humide.

« M… Maman ? Euh… tu me cherchais ? »


Rozen fronce encore davantage les sourcils ; elle fait toujours ça quand elle essaie d’avoir l’air sévère. Ce n’est pas un rictus qui lui est naturel, mais Aloïs voit bien qu’elle est réellement fâchée. Quand Connor est venu l’avertir, tout sourire, innocent, le petit loup, une sucette de miel poisseuse dans la main (« Roro, elle te cherche, et même que elle a l’air pas très contente), il a préféré prendre la poudre d’escampette : quelqu’un a dû finalement se rendre compte du coup de la moutarde dans la confiture de fraises.

Mais quoi ! Si on peut pas rire un peu… Le cuisinier, l’est beaucoup moins rigolo maintenant qu’il a son bébé dans les pattes ! Et Rozen, comme d’habitude, elle stresse, comme à chaque fin de saison ; tout ça parce qu’elle stresse pour la Brèche, pour les réserves, pour le réapprovisionnement… Allons, quoi ! En juin, ça l’aurait fait rire ! Elle en aurait rajouté dans la prune !

Tentant le tout pour le tout, Aloïs se dit que faute avouée est à moitié pardonnée, et, avec ce petit sourire craquant qui a souvent fait ses preuves par le passé, il penche la tête légèrement de côté.

« Bah, j’pensais que…qu’tu trouv’rais ça rigolo, muuum… »


Mais même en utilisant trois « u » au lieu d’un, le garçonnet ne réussit pas à dérider la maman en question ; au contraire, on dirait bien que, cette fois, il a aggravé son cas. Une lueur de fureur s’est allumée dans le regard de Rozen, suffisamment rare pour qu’Aloïs ne puisse la louper. Il regrette d’avoir choisi la voie des eaux pour prendre la fuite, il aurait bien reculé de quelques pas, mais là, ça équivaudrait à un beau plongeon dans le loch. Il ne peut que faire front avec courage. Evidemment qu’avec la dernière panne de brèche, le Rad est à cran au sujet des réserves ; il a vraiment fait une belle boulette. Rozen extirpe un morceau de parchemin isabelle de sa poche, l’agite devant son fiston.

« Rigolo ? tu trouve ça « rigolo » ? »

Rozen ne crie pas ; ce n’est pas son habitude. Mais effectivement, c’est carrément pas la joie. Aloïs avait tout faux, sur toute la ligne. Il reconnaît bien le morceau de papier, son écriture, et même les taches d’encre, qui ont un peu bavé dans l’enveloppe.

« J’ai l’air de « rigoler », peut-être ? Et ton père, tu crois qu’ça l’a fait rire ? qu’il m’a renvoyé ta lettre juste pour que j’me marre un bon coup ? »

Elle indique d’un signe de tête la direction de l’école, où se trouve leur chambre. Aloïs n’a pas besoin de se le faire « dire » deux fois ; on ne croirait pas que la pente est si raide, à le voir, les jambes à son coup, la grimper comme s’il était poursuivi par une meute de loups-garous à jeun.

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 3:48

LETTRE D’ALOÏS BAUMANN A MANNFRED BAUMANN, LE 5 SEPTEMBRE 2009


Mon petit papa chéri,

J’espère que tu va bien !!! Moi ça va trés bien. Merci merci merci baucoup pour les bonbons et le chocolat, j’ai tout mangé, mais aussi j’en est donné a Connor, a Hayley, a Fred, et aussi a des adulte (en fait, tu sais, les bonbons, tout le monde aime sa !).

Hier je me suis fais piqué par une ortie en ceuillant avec maman, j’avait toute la min couverte de bouton ! Mai maintnan tout est partit (ouf !). Et aussi, j’ai fait de la pèche avec Abi, on a atrapé une truite de 3 Kilo !! (en fait sé Abi qui la péché mai quand mème j’est aider !). Gospel va baucoup mieux, il parest qu’il poura participer au réaprovisionemant a l’automne.

Et dayeur, a propos de l’automne, se sera pas la pène que tu vienne me cherché cette fois a Kildrummy, j’ai demander a maman et elle est dacord pour que je reste toute l’année cette fois à Sywhaîd, histoire que j’en profite avant daller a Poudlard. Comme sa sa tombe bien, tu pourra resté avec Julia et avec mon petit frère ou ma petite seur et tu est sur que tu sera la quand il va nètre (ou bien elle).

Je te fé plin plin plin de bisoux, et a Julia ossi

Aloïs

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 3:51

«On n’a jamais dit que c’était sûr ; on en a parlé, d’accord.
- Mais tu as dit…
- J’ai dit que je réfléchirais. Que je réfléchirais, bordel, Lo ! Pas que tu pouvais annoncer la bonne nouvelle à ton père, merde ! »


Aloïs fait la moue et, prostré sur le lit de Rozen, replie ses jambes entre ses bras croisés. Oh, ce ne sont pas les gros mots dans la bouche de sa mère qui le choquent, il a l’habitude. Et bien sûr, qu’il « le sait ». Il sait bien qu’il a un peu extrapolé les réactions de sa mère. Qu’elle ne lui a jamais répondu par un « oui » franc et massif. Mais il a bien senti que son forcing prolongé l’avait persuadée ; qu’elle était elle-même plutôt partante ; il s’est dit qu’elle avait juste peur de le dire à son ex-mari, alors il a pensé que ce serait plus facile si la nouvelle venait de lui. Après tout, l’idée, à la base, c’est la sienne. Et encore une fois, il est sûr que dans le fond, Rozen s’y était finalement associée.

Et maintenant, elle est fâchée ; et rien que pour ne pas encore être prise en faute, elle va dire non. Elle ne voudra pas qu’il reste. Il repartira à Dresde, entre un Mannfred débordé par son nouveau travail (de « laudit », quelque chose comme ça ???), et Julia, qui ne se préoccupe plus que de son ventre. Ils se fichent bien de lui, maintenant qu’ils vont avoir leur bébé rien qu’à eux ; ce petit frère, cette petite sœur, il le ou la déteste déjà.

Il voudrait dire à sa mère qu’elle non plus, elle ne l’aime plus, que sinon, elle ne rechignerait pas tant à le voir ; qu’elle n’aurait pas choisi de ne le voir qu’à l’été. Il pourrait dire beaucoup de choses sur la façon dont elle l’élève, dont elle vit sa vie d’éternelle célibataire, parce que, du haut de ses dix ans, Aloïs sait bien que sa maman est différente des autres. Sur Sywhaîd, les enfants sont coupés du monde ; la plupart des parents ont un fonctionnement laxiste, ils ne se rendent pas forcément pas compte qu’à l’extérieur du rideau de Brume magique qui les entoure, il y a des schémas familiaux plus traditionnels.

Mais Aloïs, précisément, n’est pas un Sywhaîdien. A Dresde, les mamans s’occupent de leurs enfants. Elles leur achètent des barres de Kinder ; elles vérifient qu’ils prennent leur bain tous les soirs ; elles ne les laissent pas seuls le soir pour rendre visite à leurs petits amis.

Mais outre qu’Aloïs n’a pas vraiment envie de blesser à ce point sa maman (et même s’il n’a que dix ans, il sait que ça lui ferait très mal ; il sent assez finement ces choses-là, comme il sent que sous des dehors plutôt distants, en général, elle l’aime, pour de vrai, autant que les autres), sa gorge est trop serrée pour qu’il puisse se lancer dans une grosse diatribe : la moindre parole ferait jaillir les larmes et Aloïs a toujours essayé de jouer au grand. A sept ans, Mannfred lui a dit que les garçons ne pleuraient pas en public, et il a enregistré l’information le plus sérieusement du monde. Alors il se tait.

Rozen détourne la tête, car elle aussi a vu que son fils était au bord des larmes, mais que ce n’est pas un caprice. Elle a du mal à supporter ce genre de vision. Elle sait bien qu’elle n’est pas la mère idéale, mais de la à faire pleurer son petit garçon… Et tout ça pourquoi ? Parce qu’effectivement, elle a louvoyé ; elle n’a pas été claire. Tout l’été, elle a découvert les talents de persuasion d’Aloïs, elle a été bluffée par son intelligence, sa capacité à comprendre les situations, à enregistrer les dits et les non-dits. Quand elle a lu la lettre, elle a su avec certitude qu’il faisait semblant d’avoir cru à son accord définitif.

Maintenant, elle n’en est plus à cent pour cent certaine. Ce qu’elle sait, c’est qu’elle donne l’impression de ne pas vouloir de lui plus longtemps près d’elle.

Elle traverse en quelques pas la petite chambre, pour s’asseoir sur son lit, à côté d’Aloïs. Elle n’a jamais été une mère très câline, mais elle croit que le mieux qu’elle puisse faire, en cet instant, c’est prendre d’autorité le garçon dans ses bras. Bien qu’il n’en ait pas l’habitude, Aloïs résiste à peine, il finit par caler sa tête sous l’épaule de sa mère, parce qu’ému par ce témoignage de tendresse, il n’arrive pas à retenir plus longtemps ses larmes. Elle sentira sans doute l’humidité sur sa blouse, mais, du moins, elle ne le verra pas pleurer, donc ça ne compte pas.

- Chuis désolé, m’man…
- C’est rien. Avec ton père, on va en parler. Mais c’est à nous d’en décider, pas à toi. Ok dac’ ?


Elle glisse un index sous le menton du garçon pour qu’il relève la tête et lui réponde par l’affirmative, droit dans les yeux. Mais il se dégage, répond simplement par un grognement.

- Allez zou, file. Chuis sûre que Logan a b’soin d’ton aide à la cuisine.

Bien qu’il ne soit pas vraiment d’humeur à éplucher des carottes, Aloïs obtempère ; plus exactement, il s’échappe vivement des bras de Rozen, et, sortant vivement de la chambre, file en direction des toilettes pour s’essuyer le visage et vérifier que ses yeux ne sont pas trop rouges.

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 9:44

LETTRE DE ROZEN VANLOO A MANNFRED BAUMANN, LE 7 SEPTEMBRE 2009


Cher Mannfred,

Ca va très bien, merci. Aloïs a encaissé mon sermon mais je l’ai quand même laissé en vie, donc ça va aussi. Je sais que tu ne me crois pas capable de l’engueuler, et tu ne me croiras sûrement pas non plus, mais sache que je n’ai jamais donné mon accord définitif pour cette histoire d’année à Sywhaîd. Je te rappellerai quand même que l’année dernière, déjà, il m’a fait une scène pour rester au moins l’hiver, et que j’ai pas lâché ; tu l’as récupéré comme convenu.

J’ai dit que je devais y réfléchir ; et j’aurais évidemment pas pris la décision sans t’en parler non plus ! Bon, mais parlons-en, alors. Je sais que t’es moyennement emballé par l’idée ; mais Aloïs en a vraiment envie, et plus j’y pense, plus je trouve qu’elles sont pas idiotes. Il se plaît ici ; j’dis pas qu’il aime pas Dresde, mais il aime la nature, ça se voit. Il aime la vie dans la communauté. Ca lui fait un vrai bol d’air, et peut-être que ça lui ferait effectivement du bien, avant de partir pour un an d’école. Je suis nulle pour argumenter, mais je pense que Lo t’a déjà dit tout ça (même si ça m’étonnerait pas que t’ait fait la sourde oreille). Et pour tout dire, je crois que j’aimerais bien aussi l’avoir un peu aussi pour moi. Quand il sera à Poudlard, tu voudras l’avoir au moins une partie de l’été, j’imagine. Moyenne en quoi, je ne le verrai presque plus.

Tu vas dire que je suis une tête de linotte, que c’est moi-même qui ai dit, au début, que je me sentais pas capable d’éduquer correctement ce gosse. Mais je m’en sens capable, maintenant. Oh, je serai sûrement pas la mère idéale, je veux dire, j’ai mon caractère, ma façon d’être, mais j’ai pris Aloïs tous les étés et, jusqu’ici, je te l’ai toujours ramené en un seul morceau (à un bras cassé près, mais dans ta chère Dresde aussi, ça arrive, et je ne vais pas revenir là-dessus). En tout cas je te l’ai toujours rendu heureux ; et il apprend ici des choses qu’il n’apprendra ni à Dresde, ni à Poudlard, et qui lui seront certainement mille fois plus utiles dans la vie. Je suis sûre que tu es fâché, que t’aimes pas changer tes habitudes. Mais va pas croire que je cède juste aux caprices d’un gosse : je pense vraiment que ça peut être bénéfique pour tout le monde, y compris pour toi et ta Julia d’amûr.

Voilà ; s’il te plaît, examine la question sereinement. A part ça, on a eu un temps absolument caniculaire sur Sywhaîd ; et concernant Wren, ben ça ne te regarde pas.

Porte toi bien, j’espère que Julia ne s’ennuie pas trop. Salue-la de ma part. Ah et désolée pour l’état du papier ; j’ai effacé une vieille liste d’inventaire mais visiblement elle avait déjà été gommée plusieurs fois. M’enfin j’pense que tu arriveras quand même à me lire.
Salut. (Ah et bonne rentrée tiens ! J’oubliais !)

Rozen

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 9:46

- On prend l’balai jusqu’à c’petit nuage en forme de pingouin, là-bas. Et ensuite… on lâche le balai.

Mannfred lui avait jeté un regard légèrement inquiet, puis avait froncé les sourcils en examinant le ciel.

- J’vois pas bien où tu vois un pingouin, ma vieille.
- Lààà ; rho. Bon ; tu vois l’espèce de pointe avec un névé, à droite du col ? Après le gros gendarme. Bon, ben le nuage encore un peu à droite… Si tu penches la tête sur le côté, comme ça… ya un genre de bec, puis des ailes…
- L’est manchot, ton pingouin ; et hydrocéphale.


Il avait fait la moue, avant de joindre son rire au sien ; elle sentait bien que sous ses pinailleries, il cherchait surtout à cacher qu’il n’était pas très rassuré par cette idée de promenade à travers les courants chauds. Elle n’avait jamais été psychologue, mais elle avait toujours assez bien « saisi » Mannfred ; raison sans doute pour laquelle elle s’était si bien entendue avec lui, pourquoi elle l’avait aimé. Et de son côté, elle avait fait des efforts quand elle sentait qu’il était fâché. Au début, en tout cas. Une fois de plus, son instinct ne l’avait pas trompée.

- T’es sûre de ton coup, hein, Roz’ ?

Elle avait plissé les yeux, mimant l’agacement, et, sans autre forme de procès, avait tendu à Mannfred le manche de son balai. Il avait dit qu’il avait besoin d’encouragement, sous prétexte de l’embrasser à pleine bouche. Elle avait ri de nouveau, et imité un piaillement de poule.

- Les cigognes planent jusqu’en Afrique, grâce aux courants chauds, gros bêta. Et j’vois très bien les différences de chaleur, donc t’inquiète. Pis t’es un sorcier, nan ?

Il avait murmuré quelque chose comme quoi, justement, il n’était pas une cigogne, lui, mais sur le coup, elle ne l’avait pas entendu : elle n’écoutait déjà plus. Avec un cri de guerre qui eut rendu Tarzan jaloux, elle avait pris sa main, et enfourché son balai. Il l’avait sûrement prise pour une folle ; mais il avait aussi dit, à l’époque, que c’était ce grain de folie (un chou de Bruxelles, ouais, au bas mot !) qui, entre autres, l’avait fait tomber amoureux.

Elle avait lâché son balai dès qu’elle avait senti qu’elle entrait dans la colonne d’air ascendant, et qu’elle remontait en spirale rapide vers le nuage qui, effectivement, vu de dessous, ne ressemblait pas du tout à un pingouin. Elle avait vivement sorti sa baguette magique (retenue par un cordon autour de son cou, sous l’anorak), et réalisé un sortilège qui avait modifié sa silhouette et allégé ses os ; elle s’était sentie infiniment grisée par cette sensation inédite (oui, bon, elle avait menti, quand elle avait affirmé à Mannfred l’avoir déjà fait, et alors ? Elle savait ce qu’elle faisait).

Lorsqu’elle était arrivée suffisamment haut à son goût, elle avait guetté une nouvelle colonne d’air ; c’était facile, le temps était idéal. Alors, elle avait agité les bras, et avait quitté la colonne pour se laisser descendre, lentement, telle un planeur, jusqu’à la suivante ; grisant, exaltant… il n’y avait pas de mot pour exprimer la sensation. Rien à voir avec le fait de rester le cul collé sur un balai !

Pourtant Mannfred n’avait pas lâché le manche du sien, lui.

Peut-être qu’elle aurait dû sentir que ça ne pourrait jamais totalement coller entre eux ?



- Maman ? Hey, Maman ? Tu penses à quoi ?
- Gné ? Oh… à rien d’spécial, bonhomme.
- T’as fini ou pas ?
- Quoi ? Oh, oui. Tiens ; attention, mets pas tes doigts dessus, c’est pas sec.
- Hé, j’suis pas idiot. Et dis, au fait, maman…


Aloïs marque un temps d’arrêt, il hésite, mais Rozen lui lance un coup d’œil encourageant.

- Il a pas répondu, papa ?
- Non. Non, pas encore.

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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 9:48

LETTRE DE MANNFRED BAUMANN A ROZEN VANLOO, LE 11 SEPTEMBRE 2009


Chère Rozen,

Je t’avoue être resté perplexe face à ta dernière prose. Je préfère ne pas m’attarder sur les petites piques mesquines à mon égard et à celui de Julia (je lui ai d’ailleurs épargné cette désagréable lecture, elle n’a vraiment pas besoin de ça en ce moment), ni sur ta conception très personnelle de ce qui peut être « utile » dans la vie ; tout au juste oserai-je émettre l’idée qu’au lieu d’aller cueillir des orties, il pourrait peut-être travailler un peu son orthographe avant d’entrer officiellement à l’école (et quand avons-nous établi qu’il irait à Poudlard plutôt qu’ailleurs ?)

Mais passons, donc, et permets-moi d’en venir directement au petit projet d’installation annuelle à Sywhaîd que vous avez apparemment bidouillé, Aloïs et toi, en guise de devoir de vacances. Est-il besoin de te dire que je suis absolument contre ? Et pas simplement parce que je suis un vilain citadin coincé et borné ? Je ne comprends simplement pas le bien-fondé d’une telle décision ; Aloïs sera scolarisé à partir de l’année prochaine, en effet ; et je ne vois pas en quoi le couper du monde en cette période cruciale serait judicieux. Je n’ai rien contre le fait que tu te rapproches de lui (même si j’avoue, là encore, être assez dubitatif), mais si tu crois pouvoir en un an rattraper le temps perdu, allons, Rozen ! Tu sais bien que ça ne fonctionne pas ainsi ! Au mieux, tu ne fais que retarder l’échéance de la séparation ; veux tu faire de notre fils un gamin pleurnichard accroché aux jupes de sa mère (une mère qui vient de se découvrir un soudain instinct maternel exacerbé, soit dit en passant), veux-tu que l’année prochaine, il soit la risée de ses camarades ?

Tu prétends que tu t’es rangée aux arguments d’Aloïs, que tu les as fait tiens ; cette fois encore, laisse-moi t’exprimer mes doutes ! Je trouve cela particulièrement difficile à croire de ta part à toi, Rozen ; toi qui as failli te fâcher définitivement avec tes parents parce qu’ils t’avaient coupée de la « vraie vie » (sic !) en te faisant grandir dans votre jolie prison brumeuse ? tu as peut-être oublié combien tu étais malheureuse, à cette époque, mais moi pas ; et je refuse qu’il arrive la même chose à mon fils, sous prétexte que tu n’as pas su dire non à un caprice. Oh, je ne doute pas qu’il soit très heureux à Sywhaîd, effectivement. Je suis persuadé qu’il n’y a pas mieux en matière de vacances : la nature, des copains, la liberté, le grand air… Mais rien n’assure qu’il sera toujours aussi heureux une fois que vous serez dans le rythme réel (excuse-moi de te le rappeler, mais n’as-tu pas des responsabilités dans le conseil local ? N’es-tu pas une sorte de professeur ?).

Aloïs n’a, je le crains, guère plus de suite dans les idées que toi ; mais il a, lui, du moins, l’excuse de l’âge. Toi, pas ; si vraiment tu te sens capable d’être mère, comme tu dis, commence par être raisonnable, par apprendre à dire « non » à ton fils. Ton refus de l’affronter est aussi puéril que celui de ne pas me dire quoi que ce soit de ta vie sentimentale (mais ceci, du moins, tu es libre d’en décider seule, après tout). Je suis certain que tu fais effectivement de ton mieux, mais ta réaction prouve une nouvelle fois que l’arrangement que nous avons pris il y a sept ans était le meilleur pour tout le monde. L’heureux événement que nous attendons ne change rien à cet état de fait : au contraire, je pense qu’Aloïs sera heureux de découvrir son petit frère ou sa petite sœur, et de découvrir la joie d’être grand frère.

Il me semble avoir fait preuve de beaucoup de concessions à ton égard ; c’est toi qui m’a quasiment supplié de m’occuper d’Aloïs ; quand tu as souhaité l’avoir pour les vacances, je n’ai pas bronché, je m’en suis même réjoui. Quand tu as décidé de t’enterrer dans le bled que tu avais souhaité fuir avec tant d’acharnement, je n’ai pas bronché non plus, alors même que cela signifiait être totalement séparé de mon fils pendant trois mois d’affilée. Tu ne peux pas me reprocher quoi que ce soit de ce point de vue ; mais tu dois reconnaître que j’ai toujours été celui des deux qui avait le plus les pieds sur terre. Admets que, sur ce point, c’est moi qui ai raison, et envoie-moi assez rapidement confirmation pour le 27 septembre.

A bientôt, take care

Mannfred B.

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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 9:49

Rozen était épuisée. Ni les longues randonnées dans les plaines sibériennes ; ni le trekking alpin ; ni même leur épique croisière méditerranéenne, lorsqu’ils avaient essuyé cette diabolique tempête… Rien ne l’avait préparé à l’épuisante morosité de la vie d’une jeune mère au foyer. Aloïs pleurait, une fois de plus ; il s’était cogné quelque part, sans doute, elle n’en savait rien, il était supposé s’endormir tranquillement dans le lit parental. Le petit appartement était… dérangé.

Oh, Rozen faisait beaucoup d’efforts, par rapport à sa propension habituelle au capharnaüm intégral ; mais tout de même, on avait vu plus rangé ; une montagne de vaisselle sale s’était accumulée dans l’évier, et une lessive sèche depuis la veille trônait encore sur les fils à linge qui pendaient au milieu de la pièce principale. Et elle venait de renverser une boîte de tomates pelées : en essayant de détacher l’ouvre-boîte, elle avait secoué un peu fort le tout, et le résultat était là : une grosse flaque rouge sur le lino beige. Aloïs, qui pleurait toujours, voulut tendre les mains vers sa mère, et pataugea là-dedans, avant de regarder ses pieds, d’un air curieux. Rozen était demeurée figée, avant de s’asseoir à même le sol, mettant elle aussi les pieds dans la flaque poisseuse. Lorsque Mannfred rentra, une heure plus tard, il la trouva au même endroit, Aloïs endormi entre ses genoux, la bouche pleine de rouge, des morceaux de tomate pelée à demi mâchouillées sur son pyjama.

Mannfred ne s’était pas fâché, pas tout de suite en tout cas ; peut-être parce qu’il avait été trop choqué, plus vraisemblablement compris que Rozen n’en pouvait plus. Plus tard, quand ils avaient vraiment commencé à se disputer, quand l’idée d’un divorce avait commencé à s’imposer, l’incident des tomates reviendrait souvent sur la table.

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 9:51

LETTRE DE ROZEN VANLOO A MANNFRED BAUMANN, LE 11 SEPTEMBRE 2009
[Non envoyée]


Go to fucking hell, « Mannfred B. ». Oh je sais quelle merveilleuse opinion tu as toujours eue de moi, et j’ai sans doute été bien optimiste, en pensant que tu pourrais ne serait-ce qu’imaginer, ouais, concevoir dans ton esprit étriqué que je suis pas juste une fofolle incompétente, incapable de dire non à son fils, et tout juste bonne à céder à ses caprices. Il est inutile que je cherche à te persuader du contraire, ça paraît évident : de toute façon, tu refuseras toujours de me prendre au sérieux, même si je te jure sur la tête de ton futur gosse que non, c’est pas Aloïs qui est en train de souffler à son immature de maman le contenu de sa lettre.

Ça ne m’amuse pas vraiment de voir la haute opinion que tu as de moi (à se demander comment tu as pu me confier notre fils pendant nos deux délicieuses années de vie commune), mais tant pis, je suppose que je peux rien y faire. Va chercher ta putain de confirmation là où je pense ; si tu veux jouer au con, pas de problème, c’est moi qui ai inventé le concept. Ni ton capricieux fils, ni ta stupide ex-femme ne traverseront la Brume pour voir quelqu’un qui pense tant de bien d’eux. Si tu as déjà pris ton billet, profites-en pour visiter l’Ecosse. La bruyère est en fleur, c’est absolument magnifique.

R.

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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 9:55

Rozen était hors d’elle ; elle avait rédigé une réponse incendiaire, à peine reçue et lue la lettre de Mannfred. Elle aurait voulu retrouver son sang froid, elle avait même exécuté quelques sortilèges élémentaires, comptant sur les effets de la terre et, dans une moindre mesure, de l’eau, pour atténuer l’effet dévastateur de ses dominantes chaudes. Mais de tels sorts, réalisés sous l’effet de la colère, n’avaient évidemment aucune chance d’être réellement efficaces. Un instant, elle avait songé à aller trouver Wren, et à lui demander de but en blanc de lui faire l’amour – Jena et elle étaient entièrement d’accord sur ce point, c’était encore une des méthodes les plus efficaces pour décompresser. Mais Birdie était… il était trop gentil, et probablement pas assez costaud pour qu’elle lui fasse endurer ça. Pas qu’il fût une mauviette, non ; mais il avait déjà suffisamment de mal à gérer son propre manque de confiance en lui sans qu’elle lui impose ses propres doutes quant à ses qualités maternelles ni le détail de ses disputes épistolaires avec un ex-mari dont, jusqu’ici, elle ne lui avait pas vraiment parlé (Wren devait tout juste savoir qu’il s’appelait Mannfred, qu’il était remarié, et qu’il vivait en Allemagne).

Quelques temps plus tôt, elle aurait su quoi faire : elle aurait descendu la pente douce de la lande, jusqu’au verger en bordure du loch. Elle aurait frappé à la porte de l’apiculteur, ils se seraient envoyés en l’air, ça aurait été mieux. Mais même si elle n’avait rien signé, rien promis, elle ne voulait pas faire ça à Wren –il était trop « vieille école », il y avait toutes les chances qu’il ne comprenne pas, voire qu’il soit horriblement blessé, s’il apprenait qu’elle le trompait. Rozen était donc fidèle. Et hors d’elle. Elle devait régler ça toute seule. Elle répondit à Mannfred presque aussitôt sa lettre reçue, et au dos même de celle-ci ; une missive brève, venimeuse, par laquelle elle prenait une décision radicale que, sans doute, elle regretterait dans quelques jours. Mais Mannfred voulait une réponse, non ? Il l’aurait.

Fort heureusement pour tout le monde, le billet furieux ne parviendrait jamais au père d’Aloïs ; sur le chemin des ruines et de la volière, à peine le pont sur la rivière passé, Rozen fut interpellée par une voix familière.

- Alors Röslein, tu es fâchée contre moi ?

Elle se retourna brusquement, découvrit la (très délicieuse) silhouette de Buzz, toute en muscles secs parfaitement sculptés ; en dépit de la chute brutale des températures, il n’avait évidemment pas renoncé à porter la chemise largement ouverte. En fait, il était fidèle à lui-même ; depuis sept ans qu’elle le connaissait, il n’avait pas semblé prendre la moindre ride (c’était presque l’inverse ; surtout aux belles saisons). De furieuse et stressée qu’elle était, Rozen ressentit plus de joie qu’elle ne l’aurait pensé à retrouver une figure connue, stable, rassurante. Buzz n’avait jamais rien exigé d’elle, il était là, simplement. Pour le sexe, mais pour l’écoute, aussi. En fait, c’était un bon ami, et la jeune femme était contente d’entendre son ton rieur, de le voir sourire. Après tout, c’est vrai que depuis qu’elle avait embrassé Wren, elle n’avait pas salué une seule fois l’apiculteur, et un autre aurait pu s’en trouver sincèrement vexé.

- J’ai un… mmh. Une sort’ de... copain, maintenant, répliqua-t-elle donc avec un faux soupir de dépit, mais un sourire bien réel.


Ca lui faisait bizarre de dire qu’elle avait un « copain » ; disons qu’elle voyait quelqu’un, oui, qu’elle lui était attachée, et fidèle. Ce qui n’était pas arrivé depuis… longtemps. Probablement depuis qu’elle était arrivée sur Sywhaîd, où elle n’avait jamais pris sur elle de se priver d’elle-même de batifolages à droite, à gauche. Mais elle n’était jamais sortie avec quelqu’un comme Wren ; elle avait privilégié les types aussi délurés qu’elle, et leur avait d’emblée fait savoir qu’il ne fallait pas exiger d’elle ni fidélité, ni durabilité de la relation.

- Mais raison de plus, raison de plus, ma belle amie ! J’espère bien trinquer pour l’occasion avec ma fleur préférée !


Rozen grimaça comiquement, comme chaque fois que Buzz faisait mine d’user vis-à-vis d’elle d’un langage galant ; depuis le temps qu’ils se connaissaient, ils étaient presque un vieux couple ! Il allait de soi que l’apiculteur la taquinait ; il savait comment la mettre de bonne humeur, mais ne pouvait tomber plus mal. Tout en souriant, Rozen fit non de la tête.

- Une autre fois, l’abeille… J’ai… un truc à poster. C’est plutôt urgent. C’est…
- Pour Mannfred.


Rozen écarquilla les yeux, ce qui fit éclater de rire l’apiculteur. Avec tendresse, il avança vers elle, et posa une main amicale par-dessus son épaule (amicale et un peu séductrice, c’était chez l’apiculteur une seconde nature, vis-à-vis d’une jolie fille).

- On n'a plus de secrets pour l’autre, Röslein ; et ça ne peut pas être ce pauvre Wren qui te mettrait dans des états pareils. So, tell me, dear ; promis, je ne profiterai pas de la situation. »

Elle se dégagea de l’étreinte en riant car, contredisant ses propres assurances, l’apiculteur avait penché la tête vers la nuque de la jeune femme, et esquissé un baiser entre deux mèches folles.

- Bas les pattes, ou tu ne sauras rien du tout ! »

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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 9:56

LETTRE DE ROZEN VANLOO A MANNFRED BAUMANN, LE 12 SEPTEMBRE 2009


Cher Mannfred,

J’ai été vraiment blessée par ta dernière lettre. Je sais bien que tu as de quoi être inquiet et méfiant, et que tu dois avoir du mal à m’imaginer grondant Aloïs, refusant de céder à ses caprices. Je ne prétends pas être devenue super habile en la matière, ni que j’aime particulièrement ça ; mais je le fais. Et si je suis favorable au projet d’Aloïs, c’est pas juste par lâcheté. J’étais sceptique, c’est vrai, au début ; j’ai pensé que, peut-être, c’était effectivement un genre de caprice : quel gamin rêve pas de prolonger les vacances ? Mais déjà l’année dernière, Aloïs voulait rester ; et surtout, cet été, il s’est vraiment comporté de façon absolument… exemplaire. Je dis pas ça au sens où il mérite une récompense, mais parce que je crois qu’il grandit, vraiment. Qu’il sait ce qu’il veut, quoi.

L’été n’était vraiment pas de tout repos, cette année. Avec la panne de brèche, on a tous été énormément sollicités ; j’étais en première ligne, évidemment. Mais Aloïs a fait plus que sa part du travail, alors qu’on lui avait rien demandé. Bien sûr qu’il faisait ça pour me persuader. Mais il l’a fait pendant trois mois, sans interruption, sous un soleil de plomb, la plupart du temps. Je crois que ça prouve quand même sa motivation, non ? Plusieurs Sywhaîdiens qui occupent des postes fixes m’ont dit qu’Aloïs les avait aidés, mais aussi qu’il leur avait posé des questions, qu’il était vraiment intéressé.

Je ne veux pas te priver de ton fils, ni le priver de son frère ou de sa sœur. J’ai pas envie de parler de Wren, parce que c’est neuf, et que je sais moi-même pas du tout où ça va ; mais j’ai grandi à ce niveau-là aussi, et je vous souhaite sincèrement d’avoir un beau gosse en pleine santé (et si possible plus facile qu’Aloïs !), et d’en profiter autant que possible. A chaque Brèche, Lo viendra vous rendre visite ; il pourra même rester plus d’une semaine, si vous voulez : comme tu sais dans le sens du retour, la Brume reste ouverte en permanence, en tout cas pour les gens qui, comme lui, sont entrés tout petit –à moins qu’Elle n’estime qu’il est en âge de passer une Quête, et, après ce que j’ai vu cet été, je n’en serais pas si étonnée que ça. Bon, j’aurais pas dû écrire ça, tu vas paniquer ! Ne t’en fais pas, c’est très rare que ça arrive avant l’adolescence.

Quand j’ai quitté Sywhaîd et que j’ai atterri à Poudlard, je ne connaissais rien du monde extérieur. J’ai tout découvert d’un coup, ça a été une sacrée désillusion. C’était violent. Et oui, j’en ai voulu à mes parents de m’avoir caché ce qu’il y avait derrière la Brume ; peut-être même bien que je leur en voudrai toujours. Mais pour Aloïs, c’est très différent. Grâce à toi, il sait à quoi ressemble la vie dans le vrai monde, magique et non-magique. Il ne sera pas perdu. Et justement parce que tu sais comment j’ai vécu les choses, tu sais que j’enfermerai jamais complètement notre fils. Je te suis effectivement reconnaissante d’avoir été « conciliant », comme tu dis ; mais c’est pas juste par égard pour toi que je veux que Lo sorte, qu’il sorte à chaque Brèche. Qu’il voit son père, sa belle-mère, et son petit frère/ sa petite sœur. De mon côté, c’est la dernière chose que je te demande : j’ai pas assuré jusque là, mais j’ai vraiment besoin de voir mon fils plus longtemps. Il y a des choses que je dois lui dire, je le sens, même si je sais pas forcément exactement lesquelles.
Rozen

PS : si tu veux quand même venir pour la Brèche d’automne, de toute façon on va avoir un max de réapprovisionnement à faire !

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Rozen Vanloo
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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 9:59

Rozen avait parcouru un interminable dédale de couloirs, et, sans savoir comment, elle avait atterri dans une sorte de cour de verdure, entourée d’une galerie couverte, dont les colonnes étaient des statues de pierre représentant des personnages drapés, à longs chapeaux pointus et, le plus souvent, à longues barbes finement ciselées dans la pierre. Leurs yeux vides semblaient la suivre, mais peut-être n’était-ce qu’un effet de son imagination. Elle ressentit pourtant un certain soulagement, en découvrant ce petit carré d’herbes ; ignorante des usages ordinaires d’un cloître, elle sauta par-dessus la rambarde de pierre qui courait le long de la galerie, et sauta derrière un buisson de ce qu’elle connaissait sous le nom d’ « herbe-à-loup », mais que les gens de l’école appelaient probablement d’une autre façon. Recroquevillée derrière les épines odorantes, Rozen se laissa aller à pleurer, étouffant mal de lourds sanglots.

C’était trop dur. Cet endroit était affreux. Sur Sywhaîd, elle était une meneuse, toujours la première à lancer les batailles de boue, avec Donan ; l’herboriste l’emmenait souvent avec elle lors de ses cueillettes, et, pour certaines, elle s’en chargeait même toute seule. Elle connaissait au moins vingt manières de prendre un animal au piège. Elle savait faire du feu, sans magie bien sûr. Mais elle ne pouvait ouvrir la bouche auprès des autres enfants sans commettre de bévue ni se rendre ridicule. Sa mère lui avait dit qu’il ne fallait pas parler de Sywhaîd, que ça devait rester un endroit secret ; et comme Rozen était incapable d’expliquer d’où elle venait pour ignorer qui était Madonna, une fille avait suggéré qu’elle sortait peut-être d’un asile, et tous s’étaient par la suite repus de cette bonne blague. Le nouveau jeu de la rentrée, c’était de rouler des yeux en tirant la langue, dès qu’ils l’apercevaient dans un couloir. Ce n’était pourtant pas sa faute, si elle ne connaissait pas tout ça. Même les enfants de non sorciers avaient l’air moins perdus qu’elle. Eux au moins, ils savaient ce que c’était qu’une paire de lunettes.

- Hé, toi ! C’est interdit de jouer dans le jardin de ce cl… hé, qu’est-ce qui t’arrive ?

Rozen avait relevé la tête sans prendre le temps d’essuyer ses pleurs ; son regard de chouette affolée rencontra le visage longiligne d’un garçon brun, qui devait avoir deux ou trois ans de plus qu’elle. Il avait une tenue très étrange, tout de noir vêtu, avec une veste en cuir cloutée. Aussitôt, elle frotta ses joues, et son regard se durcit. Sur Sywhaîd, pour autant qu’elle s’en souvenait, jamais personne n’avait eu l’occasion de la considérer comme une fillette pleurnicharde.

- J’ai rien du tout ! Fiche moi la paix !

Elle se redressa et montra les poings. Elle était sûre qu’il allait rire, qu’il allait faire l’idiot, et elle s’apprêtait à lui faire regretter ses grimaces. Mais il se contenta de hausser légèrement les sourcils.

- T’as raison de pas te laisser faire. Tout le monde se moquait de mon accent quand je suis arrivé ; mais ils ont fini par se lasser.


C’était vrai qu’il avait une drôle de façon de parler. On aurait dit un peu la vieille Annette ; mais Rozen ignorait que la tricotière était d’origine allemande, aussi ne fit-elle pas aussitôt le rapprochement. Nonchalamment, il avait allumé une cigarette, et elle l’avait regardé faire avec intérêt ; ça, au moins, elle savait ce que c’était : certains Sywhaîdiens se les faisaient déjà livrer, à l’époque, par colis. Elle regarda le petit cylindre blanc, se sentit comme rassurée.

- J’peux en avoir une ? demanda-t-elle, avec une nuance de défi.

Le garçon la regarda d’un air curieux, il ouvrit la bouche pour dire quelque chose comme : « t’es pas un peu jeune, non ? » ; mais croisant les yeux sombres de la petite fille, il hocha lentement la tête, et lui tendit sa première cigarette. Rozen remarqua qu’il avait des bagues à presque tous les doigts. Elle trouva cela très étonnant ; il y avait peu de métal sur Sywhaîd, et par là, peu de bijoux. Elle porta la cigarette à sa bouche, inspira, et toussa aussitôt. Mais à son grand soulagement, le garçon s’abstint de rire. Enhardie par cette absence de sarcasme, elle fit un nouvel essai, en aspirant moins fort. C’était très différent des brindilles de noisetier qu’ils avaient cramées avec Donan.

- Je… J’m’appelle Rozen. Et toi ?
- Mannfred.

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MessageSujet: Re: Go to f***ing hell, Mannfred B.   Dim 6 Sep - 9:59

LETTRE DE MANNFRED BAUMANN A ROZEN VANLOO, LE 15 SEPTEMBRE 2009


C’est d’accord.

M.

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