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 She's electric

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Abigail Kermalo
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MessageSujet: She's electric   Dim 30 Aoû - 23:00

Il faisait chaud. Très chaud. Trop chaud. Enfin, pas exactement. La chaleur aurait été supportable si l’air n’avait pas été si lourd. Depuis la fin de cette matinée d’août, Sywhaîd était englué dans une moiteur étouffante. Difficile de faire pire, et pourtant, maintenant que le soleil commençait à se coucher, c’était le cas. L’air lourd et moite était à présent aussi chargé d’électricité, signe annonciateur d’un orage salvateur, mais encore lointain. Avec l’arrivée de ce présage de la tempête qui se préparait, la léthargie qui avait pesé sur les habitants de la Noble Lande le jour durant s’était évanouie, et nombreux étaient ceux qui, les nerfs à vif, cherchaient un exutoire en s’occupant le corps et l’esprit. D’après les cris et les rires venant du loch, la baignade semblait être une activité de choix ce soir.

Contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, Abi ne faisait pas partie des baigneurs. Elle était certes parmi les Sywhaîdiens qui fréquentaient le plus assidument les eaux du loch, mais elle se contentait pour l’instant de l’observer de loin, accoudée à la fenêtre grande ouverte de sa chambre. Sa porte aussi était grande ouverte, dans l’espoir illusoire de créer un courant d’air qui rafraichirait l’atmosphère étouffante. Mais il n’en était rien : l’air restait désespérément immobile. De son côté, la métisse avait de plus en plus de mal à l’être –immobile. Après avoir jeté, pour ce qui lui semblait être la centième fois, un regard par sa porte grande ouverte et désespérément vide, elle se dirigea d’un pas nerveux vers les étagères ou s’empilaient en vrac un tas de bouquins pour y attraper sa baguette, posée là. Fermant les yeux une seconde, elle condensa l’humidité de la pièce en une grosse bulle d’eau qui prit rapidement forme au bout de l’objet. Elle était devenue plutôt douée pour ce genre de choses, même si, en l’occurrence, l’effet ne durerait que quelques secondes tout au plus. Au mois ça l’occupait.

Abi approcha à nouveau de la fenêtre, et fit doucement glisser l’eau dans la soucoupe sur laquelle se trouvait le pot dans lequel elle faisait pousser une dionée. Contrairement à elle, la plante s’épanouissait dans ce climat chaud et humide, et ses pièges étaient d’un rouge plus vif que jamais, semblant même briller un peu dans la lumière dorée du soleil couchant, cette même lumière qui accrochait des reflets dorés à la peau de la métisse, lui redonnant presque sa couleur habituelle. Avec l’aide du soleil estival et des corvées en plein air, elle était maintenant d’un brun plus profond qui n’était pas sans rappeler la couleur du chocolat. La jeune femme s’accouda, grimaçant au contact de la pierre encore chaude, bien que le soleil ait disparu de l’autre côté de l’école depuis un moment maintenant. Elle aurait pu passer pour une allégorie du calme, une personnification de la méditation, ainsi immobile, bien qu’elle portât un petit short noir et un débardeur blanc plutôt que la toge de rigueur pour ce genre de figure. Cependant, la confondre avec une telle représentation aurait été une erreur. Intérieurement, Abi bouillait.

Ce n’était pas la conséquence d’une cause unique, et en cherchant bien on aurait même pu trouver tout un tas de raisons sans importance et de petits riens menant inexorablement à ce moment. Mais certaines raisons avaient plus d’importance que d’autres. La principale était sûrement le temps : cette lourdeur insupportable de l’air, et l’électricité qui y flottait maintenant. Abi avait les nerfs à fleur de peau, à un tel point qu’elle avait presque l’impression de le ressentir physiquement, même si cette sensation était sûrement le fruit de son imagination. La métisse adorait les orages, qu’ils soient légers et tout juste rafraîchissants, ou d’une violence quasi-apocalyptique, mais elle avait horreur qu’ils se fassent attendre trop longtemps, surtout un jour comme celui-là où ils étaient la seule chose à pouvoir rendre l’atmosphère supportable. Et cette attente, cette frustration, cette sensation désagréable de sentir l’électricité statique ramper sur sa peau, tout cela faisait remonter la moindre petite contrariété à la surface. Abi avait beau essayer de se vider l’esprit de toutes ces pensées négatives, elles revenaient sans cesse, tournaient en rond dans sa tête, comme pour la narguer. Par tous les esprits, que cet orage tardait !

D’un mouvement brusque, qui faillit renverser son pot de fleur, la métisse quitta l’appui de sa fenêtre et se mit à faire les cent pas dans la pièce. Elle lança négligemment sa baguette sur son lit défait, où elle rejoignit un livre ouvert, posé face sur les draps, et dont elle n’avait pas réussi à lire deux lignes sans ressentir le besoin de se lever et de faire autre chose. C’était un bon bouquin pourtant, mais ce n’était décidément pas la soirée. Et Zelia qui n’arrivait toujours pas ! Bon, d’accord, elles n’avaient pas vraiment convenu d’une heure précise à laquelle se retrouver, l’anglaise avait juste dit qu’elle la rejoindrait dans la soirée, mais à ce rythme-là, et l’orage approchant malgré tout – lentement, mais approchant quand même – la balade qu’elles avaient prévue allait tomber à l’eau. Le pire c’était qu’au fond, Abi s’en fichait complètement de cette promenade. Elle n’était absolument pas le genre de personnes qui s’attachaient à faire absolument ce qui était prévu, comme c’était prévu, et elle se rendait bien compte qu’avec le temps qu’il faisait, marcher ne serait pas la plus agréable des activités. Mais elle n’y pouvait rien, elle était sur les nerfs. Et se rendre compte qu’elle s’énervait pour rien l’énervait encore plus au final. Et elle n’en pouvait plus d’attendre dans cette pièce sans rien faire, à marcher nerveusement d’un mur à l’autre, sans but, en s’arrêtant parfois pour jeter un œil vers la porte, ou vers la fenêtre, mais sans arriver à se poser pour faire quelque chose de positif de cette énergie qui l’habitait, qui semblait déborder de partout par toutes les pores de sa peau.

Bon sang, mais où était Zelia !




[Ben... Zelia donc]

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Zelia Diulcinea
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MessageSujet: Re: She's electric   Dim 30 Aoû - 23:44

Zelia était là. Toute proche en fait, dans quelques secondes elle serait dans la chambre d’Abi. Mais à vrai dire, elle aurait mieux fait de ne pas y aller, d’envoyer un petit mot à sa petite-amie pour lui dire qu’elle ne pourrait pas venir ce soir, qu’elle se sentait mal ou quelque chose comme ça. Parce que, ce soir, Zelia était d’une humeur terrible. Elle était tellement de mauvaise humeur qu’elle n’arrivait pas à le cacher, ce qui était vraiment mauvais signe. Pourtant, ces derniers jours avaient été plutôt bons… Du moins jusqu’à ce matin là où toutes les mauvaises choses avaient commencé à s’accumuler. Quelques mauvaises nouvelles, rien de grave, mais de petites choses bien embêtantes, une ou deux mauvaises aventures (dont une qui l’avait précipitée dans une des rares flaques de boue restantes dans la partie civilisée des marais, et l’avait forcée à passer une heure à récurer ses vêtements, et sa personne) et aussi Engh, Engh qui avait l’air un peu trop apathique ces derniers jours et qui l’inquiétait. Elle lui avait pourtant donné la potion qu’elle achetait pour lui, associée au sort habituel, mais ça n’avait pas eu l’air de le rendre plus en forme et Zelia avait peur que la nature ait fini par rattraper son loup.

Elle n’aurait jamais dû aller voir Abi, Urphoed le lui avait d’ailleurs déconseillé. Zelia avait beau se cacher derrière un masque de gentillesse et de bonne humeur, elle n’en restait pas moins quelqu’un au caractère fort et féroce. Quand elle était en colère, ou de mauvaise humeur, ou frustrée, elle pouvait dire et faire des choses qu’elle regretterait par la suite. C’était pourquoi elle évitait en général de voir du monde quand elle était dans ce genre de mauvaise passe. Sauf qu’aujourd’hui, elle avait dépassé le stade d’être raisonnable, et même Urphoed n’avait pas réussi à la forcer à rester dans sa chambre. De toute façon, elle étouffait là-bas, l’orage allait bientôt éclater mais elle ne supportait plus d’être entre les quatre murs de sa chambre.

Elle arriva enfin dans l’encadrement de la porte. Elle ne portait rien d’autre d’une robe courte en tissus très léger pourpre qui laissait voir ses sous-vêtements. En fait, c’était une robe de plage, même si aujourd’hui ça n’était pas son maillot de bain qui se trouvait en dessous. Oh n’y voyez pas une envie de se dénuder en public, Zelia avait juste, pour une fois, pris la chose qui lui semblait la plus confortable, et il faisait tellement chaud qu’elle n’avait pensé rien pouvoir supporter d’autre sur elle. Ses cheveux étaient remontés grâce à plusieurs petites pinces et elle ne portait aucun maquillage, trop chaud pour ça. Quand elle arriva dans l’encadrement de la porte, elle frappa deux coups secs, avant qu’Urphoed n’entre dans la chambre et aille se percher sur le rebord de la fenêtre ouverte, espérant se retrouver ainsi au milieu du courant d’air, qui n’existait pas ce qu’il découvrit trop tard.

« Tu es prête ? » demanda Zelia, avec un manque de chaleur dans sa voix qui ne s’était jamais trouvé là auparavant quand elle parlait à Abi. Pourtant, la métisse n’avait aucun rapport avec son mécontentement, mais ça ne changeait rien au fait que l’anglaise ne sourit pas, n’embrassa pas sa petite-amie, ne la salua même pas en fait, et s’excusa encore moins pour son retard. Mauvaise entrée.

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Abigail Kermalo
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MessageSujet: Re: She's electric   Lun 31 Aoû - 0:09

"Quoi, tu comptes sortir comme ça?"

Le ton était plein d'un cynisme détaché qu'Abi aurait trouvé du plus mauvais goût en temps normal. Mais ça avait été plus fort qu'elle, c'était sorti tout seul. C'était comme la réponse logique à ce que Zelia venait de dire, et au ton sur lequel elle l'avait dit. Si, à cet instant, elle avait pu porter un regard extérieur sur la scène, elle aurait trouvé que celle-ci avait des airs de mauvais sitcom. Plusieurs personnages possibles dans cet épisode : la fragile jeune femme qui s'écrase, qui s'excuse, qui ne dit pas un mot plus haut que l'autre (et qui se transforme en tueuse psychopathe la saison suivante, sinon c'est pas marrant), la jalouse de service, qui fait une scène telle qu'elle rameute bien plus de monde que quelques sous-vêtements visibles sous une robe, la boudeuse qui... boude, la mauvaise qui lance une pique l'air de rien, juste pour se venger. La métisse était partie sur cette dernière piste. Ce n'était pas la plus naturelle pour elle, mais la façon dont Zelia venait de faire irruption dans sa chambre avait ouvert une porte à toute cette négativité emmagasinée ces dernières heures, et offert une cible de choix. Elle aurait tout le temps de le regretter plus tard, pour l'instant elle se contenta de hausser un sourcil dédaigneux et d'ajouter :

"D't'façon l'aurait p't'êt fallu t'bouger si tu voulais sortir, là c'même pu la peine."

Un épais accent louisianais, dont elle s'était pourtant débarrassée depuis bien longtemps, avait refait surface, venu d'on ne sait trop où. Mais visiblement la jeune femme n'y fit même pas attention, et continua à fixer sa copine avec un air moqueur.

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Zelia Diulcinea
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MessageSujet: Re: She's electric   Ven 4 Sep - 12:09

Quand Zelia était blessée, elle sortait les griffes. En général, elle devenait mesquine, violente (surtout verbalement, même si elle était aussi capable de l’être magiquement et physiquement), et se faisait des ennemis. C’était exactement dans cet état d’esprit qu’elle était à ce moment précis. Il faut dire que la pique d’Abi sur sa tenue avait été terriblement blessante pour la jeune anglaise. Zelia était très différente de ce qu’elle semblait être. Si on aurait pu croire en la voyant qu’elle se fichait éperdument de ce que les autres pouvaient penser d’elle, qu’elle assumait sa personnalité et son excentricité, ça n’était en fait pas du tout le cas. Elle avait besoin que les gens acceptent ce qu’elle était, ou du moins ce qu’elle semblait être (puisqu’elle ne montrait pas ce qu’elle était vraiment), et le fait que sa petite-amie la critique comme ça, lui dise quelque chose de ce genre était horrible, pour elle. Et puis c’était inédit. Abigail ne l’avait jamais critiquée, encore moins sur son physique ou son look. Et Ronnie n’avait jamais rien dit non plus sur sa façon de s’habiller, à l’époque où elles étaient ensemble. En fait, personne n’avait critiqué de front comme ça sa tenue depuis… En fait elle ne s’en souvenait même pas, du moins pas pour un proche, les gens qu’elle ne connaissait pas, elle arrivait à en faire plus ou moins abstraction.

Elle se prit cette réflexion comme un gifle, ce qui fut d’ailleurs visible, même si les traces du choc s’effacèrent très rapidement, laissant place à un regard tranchant et une moue assez éloignée de la moue adorable dont Zelia se parait habituellement en présence de son amante. Si Abi avait connu Zelia depuis plus longtemps, elle aurait sûrement compris qu’il valait mieux éviter d’en rajouter, mais même les gens qui connaissaient Zelia depuis des années avaient du mal à lire ses expressions, alors Abigail continua, et l’anglaise se sentit de plus en plus d’humeur méchante. Car, oui, Zelia pouvait être méchante. Mesquine. Même un peu sadique. Quand elle était blessée, elle aimait blesser les autres en retour, et en tirait même une certaine satisfaction. Oh en général ça ne durait pas bien longtemps, mais elle était plutôt douée pour ça, tout le monde ne pouvait pas se targuer d’avoir provoqué un choc élémental cataclysmique chez Asa James en quelques mots.

« Tu te crois de retour au bayou, Abigail ? » lança-t-elle, moqueuse, en imitant l’accent en question quand elle prononça le prénom de la métisse, imitation très réussie, on aurait pu croire qu’elle avait grandi à la Nouvelle Orléans. « Désolée d’avoir eu des choses plus importantes à faire, même à Sywhaîd on ne peut pas toujours faire que ce qui nous plaît, enfin, je ne m’attends pas à ce que tu comprennes, c’est pas comme si tu avais des obligations. »

Et vlan ! Oui, c’était un coup bas. Un peu comme quand un homme dit à sa femme qu’elle se tourne les pouces la journée pendant qu’il ramène l’argent du ménage en trimant comme un taré. Mais de fait, Zelia pensait un peu ce qu’elle disait, même si elle ne l’aurait pas dit comme ça si elle n’avait pas été aussi énervée (et blessée). Parce que, elle avait sa majeure et son poste fixe, et sa formation pour l’Organisation (secrète, évidemment). Trois choses qui lui prenaient énormément de temps et d’énergie. Et de fait, il lui arrivait souvent de devoir sacrifier de bons moments à ses obligations.

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Abigail Kermalo
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MessageSujet: Re: She's electric   Ven 4 Sep - 15:38

Le première remarque de Zelia ne fit pas beaucoup de dégâts. Abi était fière de ses racines, et aimait beaucoup cet accent, qui était celui de toute sa famille maternelle. Avant même de savoir parler anglais, elle avait appelé sa mère "mama", comme on le fait dans le sud des Etats-Unis (ce qui avait d'ailleurs donné lieu à quelques problèmes avec une institutrice assez bornée qui passait son temps à vouloir lui faire prononcer "maman" comme il fallait). Elle se contenta donc de renvoyer à l'anglaise une moue amusée du genre "mais tu crois vraiment que ça me pose un problème ?".

Ceci dit Abi ne resta pas très longtemps amusée, la suite fit bien plus mal. En fait, même si Zelia avait consacré toute sa journée à chercher la remarque qui aurait le plus pu blesser sa copine, elle n'aurait sûrement pas trouvé mieux. Oh, l'afro n'était pas une sywhaidienne inactive, loin de là. Elle participait aux corvées de manière plus que régulière, suivait quelques cours de temps à autre, donnait sans problème un coup de main à qui en avait besoin, nageait et volait régulièrement, et depuis peu, avec la balle magique de qualité pro que ses cousins lui avaient fait parvenir pour son anniversaire, elle s'était même remise au quidditch, s'entraînant toute seule sur la lande. Mais rien de tout ça n'avait vraiment de but. Elle se doutait bien que Zelia finirait un jour par quitter Sywhaîd, pour faire des choses sûrement impressionnantes et très compliquées, et elle appréhendait ce moment, et ce qu'il adviendrait d'elle. Elle avait bien été instit en Louisiane, mais elle ne pouvait enseigner qu'aux Etats-Unis avec son diplôme. Elle avait quelques contacts dans le monde du sport, mais seulement en France et en Angleterre. Et puis, même si elle se maintenait à un bon niveau, il s'agissait d'équipes pros, qu'elle n'intègrerait vraisemblablement jamais. Bref, tandis qu'elle voyait Zelia se construire, multiplier les projets (et encore, elle n'était pas au courant pour l'Organisation...), elle avait l'impression de stagner, sans but, et avait peur de finir par être un poids, un boulet.

C'est donc l'air beaucoup moins amusée qu'elle se mit à se mordiller la lèvre et qu'elle se retourna brutalement pour aller s'appuyer sur le rebord de la fenêtre (prenant tout de même bien soin de ne pas toucher Urphoed), les bras tendus, les doigts crispés sur le bois de la chambranle, le regard perdu à l'horizon. En fait elle ne voulait pas que Zelia voit les larmes qui lui montaient aux yeux, et qu'elle retenait de son mieux. Elle ne voulait pas pleurer ! Elle voulait être en colère, elle voulait crier, elle voulait être méchante. Pourquoi est-ce qu'il fallait toujours qu'elle finisse en larmes ? Elle ferma les yeux, et, sans bouger, finit par répondre, d'une voix plus calme, et un peu rauque :

"Ca a dû êt' dur pour toi d'êt' coincée ici c't'été, hein ? Tell'ment d'choses qu't'as pas pu faire..."

Elle commençait déjà à regretter ce qu'elle avait dit juste avant, même si elle était encore trop énervée pour l'admettre. Elle avait beau faire, Abi ne restait jamais en colère bien longtemps, elle avait trop tendance à se soucier des autres pour ça. Quelque part, derrière l'école, un éclair déchira le ciel, et son éclat vint se refléter dans les eaux du loch, interrompant les jeux des baigneurs. Quelques secondes plus tard, le tonnerre se faisait entendre.

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Zelia Diulcinea
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MessageSujet: Re: She's electric   Sam 12 Sep - 12:24

Zelia pouvait rester en colère pendant des heures. Elle pouvait être très rancunière, et mettre des mois à digérer une dispute ou une remarque. Sauf qu’il s’agissait d’Abigail. Et que Zelia n’avait jamais été en colère contre elle jusqu’à présent. Elle l’aimait, même si elle n’avait jamais encore vraiment mis de mot sur ce sentiment, trop effrayée par ce que ça impliquait. Elle vit tout de suite le changement d’attitude d’Abi et son premier réflexe fut d’en ressentir une sorte de plaisir malsain. Elle avait blessé la métisse. Et son premier sentiment fut une sorte de joie sadique. Parce que l’afro-américaine l’avait blessée juste avant, et que Zelia était du genre à ne pas aimer être la victime, à ne pas supporter de ne pas avoir le dernier mot, le dernier coup. Mais elle fut vite prise de remords. Pas pour avoir blessé Abi (il était un peu trop tôt et la colère était un peu trop fraîche pour ça, ce remord là viendrait plus tard) mais pour avoir senti de la joie quand elle avait vu l’attitude d’Abi changer. Quelqu’un de bien ne ressentirait jamais ça. Jamais une bonne personne ne serait heureuse de voir sa petite-amie être blessée comme elle venait de l’être.

Les paroles d’Abi furent comme une aiguille plantée dans un ballon de baudruche. Soudain, Zelia sentit toute sa colère dégonfler d’un seul coup. Elle se sentit même un peu vide, un peu stupide, debout au milieu de la chambre sans sa colère pour l’accompagner, un peu perdue aussi. Elle ne savait pas quoi répondre. Elle n’avait jamais été douée pour consoler les gens, pour les rassurer, ça n’avait jamais été son truc. Elle aurait aimé en être capable, mais ça n’était pas dans son caractère, pas dans ses capacités. Il lui était arrivé de se forcer mais en général c’était maladroit et il n’y avait rien que Zelia détestait plus que de ne pas parfaitement réussir quelque chose. Aujourd’hui, elle savait que quoi qu’elle dise, elle n’arriverait pas à convaincre Abi, qu’elle n’arriverait pas à la rassurer tout à fait. Et c’était horrible pour elle, égoïstement, parce qu’elle avait toujours eu ce besoin d’être parfaite, d’être une artiste parfaite, une bergère parfaite, une apprentie-espionne parfaite… Mais être une petite-amie parfaite, elle en était incapable. Le fiasco avec Ronnie le lui avait montré… Ce qui se passait ce jour-là avec Abigail le confirmait.

Elle laissa passer l’éclair puis le tonnerre. Ca faisait du bien. Ca permettait d’expulser la tension de son corps et de la pièce et Zelia se sentit mieux. Toujours vide mais mieux. Elle soupira et s’assit sur le lit d’Abi, faisant sa première erreur : une petite-amie parfaite aurait été près de la métisse et aurait instauré un contact physique réconfortant. Zelia en était incapable. Quand les choses allaient mal, elle se repliait sur elle-même. Le fait qu’elle reste dans cette chambre et se force à régler le problème était déjà un effort immense. Presque un acte contre-nature pour elle.

« Alors c’est ce que tu penses… » souffla-t-elle doucement.

Et on aurait pu croire qu’elle allait s’arrêter là. D’ailleurs, la tentation fut forte. Mais Zelia aimait trop Abi pour tout gâcher comme elle avait pu le faire avec Ronnie. Le manque de communication était son problème, même en amitié, et elle avait su faire des efforts avec Celesta pour ne pas la perdre. Elle ferait de même avec Abi, même si c’était douloureux, même si ça voulait dire qu’elle serait forcément encore plus blessée dès que quelque chose n’irait pas, même si ça voulait dire exhiber ses faiblesses, donner plus d’armes à sa petite-amie pour la détruire.

« J’ai été heureuse de rester ici cet été. Ne pas aller dans ma maison de vacances a été douloureux. C’est la seule tradition familiale qui fonctionne chez les Diulcinea, les seuls moments de bonheur en famille. Mais… Quand la brèche ne s’est pas ouverte, ma première pensée a été que je serai avec toi tout l’été. Et je m’en suis réjouie. Vraiment réjouie. »

Pour la première fois, Zelia ne retenait pas ses émotions devant Abi. Sa voix était presque inaudible, brisée par l’émotion. Elle était obligée de retenir ses larmes. Elle n’aimait pas se découvrir, c’était beaucoup trop douloureux. Mais elle se forçait à le faire, parce qu’elle ne voulait pas la perdre.

« C’était un bel été. Un des plus beaux de ma vie. Et je suis désolée si tu ne l’as pas vécu comme ça… »

Urphoed pépia, inquiet, et vint se lover dans le cou de sa moitié. Zelia avait besoin de lui, mais il n’interviendrait pas. Il était fier de l’anglaise. Tout ça n’était pas facile pour elle. Ce qui pour la plupart des gens coulait de source était pour elle une vraie torture. Se découvrir devant quelqu’un, montrer ce qu’elle ressentait, tout ça n’était pas facile…

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Abigail Kermalo
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MessageSujet: Re: She's electric   Sam 12 Sep - 14:10

Toujours accrochée à la fenêtre, Abi écouta ce que Zelia lui confiait, sans bouger. Elle avait conscience de ce que cela devait couter à l'anglaise de s'ouvrir de la sorte. Elle en était soulagée, d'une certaine façon, car c'était un preuve de son attachement. Mais voir sa petite amie se faire du mal comme ça, par sa faute... ça n'avait rien d'agréable, ni de gratifiant, ça non. Quelle sorte de monstre était-elle pour pousser Zelia jusqu'à là ?

"Merde", souffla-t-elle, à la limite du murmure, avant de continuer, un peu plus fort : "Bien sûr que c'était un été fantastique. J'aurais pas pu en rêver un de mieux. Et maintenant je trouve rien de mieux à faire que de te balancer ces horreurs, comme une conne."

D'un geste un peu sec, elle fit glisser son avant-bras contre son visage pour s'essuyer les yeux avant de se retourner. Son regard restait fixé au sol. Elle avait peur de croiser celui de Zelia et d'y lire comme elle l'avait blessée, attristée. Déçue. La métisse resta appuyée contre le rebord de la fenêtre. Elle ne savait pas trop quoi faire. D'un côté elle avait envie de prendre l'anglaise dans ses bras, de lui dire à quel point elle l'aimait, de tout oublier. Mais elle avait aussi envie de fuir. Partir en courant par la porte grand ouverte, et ne plus s'arrêter, traverser la lande au pas de course, aller se cacher à la limite de la Brume, s'asseoir dans l'herbe haute, et attendre que la pluie se mette à tomber. C'était lâche, c'était idiot, mais une partie d'elle-même n'avait pas envie de voir Zelia triste, d'affronter ce qu'elle avait elle-même provoqué.

Ce serait enjoliver les choses que de dire qu'Abi n'envisagea pas un instant de le faire. Elle n'était pas parfaite. Mais l'idée ne s'attarda pas. La métisse finit par se diriger à pas lents vers le lit. Arrivée devant Zelia, elle se mit à genoux, et pris les mains de l'anglaise dans les siennes avec douceur. Après le débordement d'émotions qui venait d'avoir lieu, ce simple contact, sa légèreté, lui arrachèrent un frisson.

"Je suis désolée. Je suis vraiment vraiment désolée. Je..."

Elle ne finit pas sa phrase, mais poussa un soupir. Oui elle l'aimait, et elle le lui avait déjà dit. Mais ce n'était pas le moment. Ce n'était pas une raison, ou une excuse. Alors, levant un regard hésitant vers le visage de l'anglaise, elle demanda juste, d'une petite voix qui avait quelque chose de presque enfantin :

"Serre-moi fort ?"

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Zelia Diulcinea
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MessageSujet: Re: She's electric   Mar 22 Sep - 12:06

Zelia n’hésita pas avant de prendre Abigail dans ses bras. Elle n’aimait pas ce qui venait de se passer entre elles, c’était leur première engueulade, jusqu’à présent elles ne s’étaient même pas échangé des piques à un moment ou un autre. C’était très perturbant, très éprouvant aussi, et l’anglaise était plutôt soulagée de s’en sortir sans avoir perdu trop de plumes. Enfin, elle ne savait pas exactement si elle penserait dans quelques heures s’en être sortie aussi bien que ce qu’elle imaginait pour le moment, sans réel recul, sans réelle analyse, mais pour l’instant, elle se sentait soulagée. Tellement soulagée que ça en était presque douloureux. Et quand elle prit sa petite-amie dans ses bras, c’était autant pour mettre un terme à cette scène déchirante que pour se rassurer, reprendre le dessus. Un peu comme elle aurait agrippé une bouée.

Elle resta un moment à simplement tenir Abigail sans vraiment avoir la force de faire quoi que ce soit d’autre, de peur de retomber dans l’engueulade rien qu’en brisant le contact. Zelia se disputait rarement avec les gens. Elle avait toujours joué son rôle de jeune fille adorable, et avait tellement peu de proches qu’elle faisait en sorte de se disputer le moins possible avec eux. Il lui était arrivée de s’engueuler parfois avec Enrike, mais c’était son frère, ça n’allait jamais très loin, et ça n’était jamais aussi douloureux que ce qu’elle venait de subir, c’était surtout de la colère, de la frustration, mais pas grand-chose de plus, les sentiments n’étaient pas touchés par ces disputes là. Avec Celesta, elle ne s’était pratiquement jamais disputée, même si Cel aurait eu des tas de raisons de la mettre devant ses conneries, comme la période où elle avait disparu, sans rien lui dire et n’avait jamais repris contact jusqu’à ce qu’elles se retrouvent de nouveau dans la même école, par un hasard étrange. Avec Ronnie, elles s’étaient engueulées une fois, et ça avait suffi à faire éclater leur couple en petits morceaux coupants. Avec Adam, Logan ou Sam, elle n’avait jamais eu d’engueulade, et n’en aurait sûrement jamais, leurs relations n’étaient pas tournées vers ça.

Bref, si elle ne savait pas tout à fait comment gérer un conflit… Elle savait encore moins comment faire en sorte que ça ne gâche pas tout. Jusqu’à présent, elle avait toujours tout bousillé avec ses rares engueulades… Mais elle ne voulait pas, pas cette fois, et se forçait à rester… Sans savoir quoi faire pour que la tension retombe complètement. Finalement, elle relâcha Abi et soupira, remettant au passage une de ses mèches qui était tombée devant ses yeux.

« Je suis désolée. » dit-elle d’une voix décidée, essayant de donner l’impression qu’elle savait ce qu’elle faisait. « Je ne voulais pas m’énerver comme ça… Je ne voulais pas te blesser… C’est juste que… Je suis inquiète. Pour des tas de choses. Et je ne sais pas quels choix faire, je… »

Elle hésita un instant. La vraie source de son stress était de savoir ce qu’elle ferait durant l’année qui allait venir. L’Organisation lui avait signifié qu’il allait falloir qu’elle fasse un choix, que sa formation devait devenir à temps plein si elle voulait continuer… Elle avait rendez-vous avec eux à la Brèche d’Automne, pour faire un point, voir les possibiltiés qu’elle avait… Mais elle allait devoir faire un choix. Elle aimait Sywhaîd, mais l’endroit était sensé n’être qu’une étape dans sa vie… Et elle voyait s’approcher le moment où elle devrait quitter ce beau village, et tous les amis qu’elle y avait. Et pour la première fois de sa vie, Zelia avait du mal à quitter un endroit. Pour la première fois, elle s’était vraiment sentie chez elle, et même quand il y avait eu des problèmes, que ce soit personnels, avec Ronnie, ou sur la communauté, avec Tibère, ça n’avait rien changé, elle avait toujours autant aimé Sywhaîd…

« Je pense que je ne resterai plus très longtemps ici. J’ai eu plusieurs propositions intéressante, pour travailler dans des galeries à Londres… J’ai 25 ans, et je n’ai jamais fait autre chose que des études… Il est temps que je… Que je décide ce que je veux faire… Et… » Elle hésita de nouveau puis cacha sa tête entre ses mains, incapable de dire ce qu’elle allait dire en regardant Abi en face. « Je suis terrifiée…. »

L’histoire de galerie était fausse, ou plutôt, ça ne serait que sa couverture… mais tout le reste était vrai. Il était temps de se décider. Et le fait d’avoir Abi, ici, ne simplifiait pas les choses. Les deux jeunes femmes n’avaient jamais vraiment parlé de leur avenir… Ca ne faisait même pas un an qu’elles étaient ensemble…

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Abigail Kermalo
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MessageSujet: Re: She's electric   Mar 22 Sep - 23:52

Lorsque Zelia la prit dans ses bras, Abi la serra contre elle elle aussi, cherchant à la fois, dans cette étreinte, à se rassurer, et à réconforter sa copine. Le visage perdu dans les plis de la robe pourpre de son amante, elle respirait son odeur, les yeux fermés, essayant de ne pas penser à autre chose qu'au sentiment de sécurité et à la douceur qui l'envahissaient soudain. Mais difficile d'empêcher son esprit de vagabonder, de ne pas penser à ce qui venait de se passer. La métisse avait déjà connu un certain nombre de disputes – avec ses ex, avec ses amis, même avec ses cousins – mais elle était plutôt conciliante, et de toute façon elle ne restait jamais en colère très longtemps, alors ce n'était pas très grave. Mais là, elle ne savait pas trop. Pour elle, ce n'était pas grave. Elle pouvait tout pardonner sans arrière-pensée, et continuer comme avant. Il faudrait bien plus que quelques mots blessants pour qu'elle abandonne un jour Zelia, et elle en avait déjà encaissé de bien pires de toute façon.

Ce qui l'effrayait, surtout, c'était la réaction de sa copine. Elle avait beau avoir compris et accepté un certain nombre de choses sur la manière dont elle fonctionnait, la situation était inédite, et sa réaction le serait donc aussi. Et si elle restait fâchée, qu'elle lui disait qu'elle voulait qu'elles arrêtent ? Bon, c'était absurde, elle ne la tiendrait pas dans ses bras comme ça si c'était le cas, hein ? Ou si elle restait fâchée, ou triste, mais qu'elle ne disait rien ? Comment Abi saurait qu'il faudrait qu'elle se fasse pardonner, qu'elle la console, qu'elle lui montre qu'elle ne lui ferait plus jamais de la peine ? Elle était sur le point de s'excuser encore, et de lui dire toutes les choses gentilles auxquelles elle pouvait penser, de faire son possible pour lui faire oublier la dispute, mais Zelia se redressa, et parla la première.

Une fois de plus, Abi écouta en silence, mais cette fois-ci sans quitter l'anglaise des yeux. Elle avait repris une de ses mains dans les siennes, la serrant doucement pour l'encourager lorsqu'elle hésita. Zelia qui lui parlait à cœur ouvert, de son futur, de ses doutes... c'était nouveau. Abi s'était habituée à ce que sa copine garde toutes ces choses importantes pour elle. Ce n'était pas toujours facile, mais elle n'avait jamais protesté, jamais posé de questions. C'était ainsi qu'était Zelia, il aurait été absurde de ne pas l'accepter, ou de vouloir la changer. Oh, bien sûr la métisse commençait à bien la connaître, et elle comprenait certaines choses sans qu'elle n'y fasse allusion. Elle savait déjà que Zelia voudrait partir un jour, et qu'il y avait beaucoup de choses qui la préoccupaient. Mais ce n'était pas pareil de l'entendre le dire, et surtout l'expliquer. Elle lui montrait ses doutes, ses faiblesses. Ca ne devait pas être facile, mais l'afro était persuadée que c'était mieux. Pas parce qu'elle était sa copine, après tout si Zelia s'était confiée à Cel, elle aurait été contente aussi – et un peu triste aussi, ceci dit, mais ça c'est autre chose – mais tout simplement parce que ce n'était qu'en confiant ses peurs qu'elle pourrait trouver quelqu'un pour la rassurer et la protéger. Et c'était tout ce qu'Abi avait envie de faire.

Avec douceur, elle caressa la front de sa petite amie, écartant une mèche qui était retombée. Elle prononça son nom, tout doucement, mettant dans ces deux syllabes tout son amour. Ses mais avaient glissé jusqu'à celles de Zelia, qui cachaient son visage, mais elle les écarta délicatement, les guidant plus loin, sans forcer, pour pouvoir poser un baiser léger sur ses lèvres. L'afro s'écarta à peine, ne laissant que quelques centimètres entre leurs visages, pour répondre avec tendresse :

"Tout ira bien. Tout ira bien, tu peux me croire, parce que tu es une fille merveilleuse et pleine de talent, et que quoi que tu décides de faire, tu le réussiras sans problème. Et je dis pas ça seulement parce que je suis ta copine et que je suis folle amoureuse de toi, tout le monde ici te dira la même chose. Et puis -" Elle s'interrompit un instant pour laisser gronder à nouveau le tonnerre, puis reprit : "Et puis quoi qu'il arrive moi je suis là pour toi. Pour te soutenir, pour t'écouter, pour te rassurer, pour te protéger. Même si je m'énerve et que je dis les choses les plus idiotes du monde, en fait tout ce que je veux c'est que tu sois heureuse. Et si pour ça tu dois partir travailler dans une galerie à Londres... ben moi je te suivrait n'importe où hein." Elle hésita un instant avant de conclure, en baissant les yeux avec un air penaud : "Et je te promets de ne plus jamais te faire de mal."

Voilà, c'était dit. Zelia lui avait ouvert son cœur, et elle venait d'en faire de même. C'était un peu effrayant, même pour quelqu'un d'ouvert comme Abi, qui n'avait aucun mal à dire les choses. C'était effrayant parce qu'elle voulait dire les bons mots, ceux qui rassureraient son amante, qui la rendraient plus confiante en l'avenir, en leur avenir. Mais si ce n'était pas les bons... Elle n'en avait pas d'autres.

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Zelia Diulcinea
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MessageSujet: Re: She's electric   Mar 29 Sep - 18:40

Zelia n’aurait jamais pensé que quelques phrases auraient pu vraiment la réconforter. Et pourtant, si, c’était le cas. En quelques mots, Abigail avait réussi à lui remonter le moral et à lui permettre de prendre un peu de recul. Elle sourit et détacha doucement ses mains de celles de son amante pour sécher les larmes qui avaient coulé sur ses joues. Ce qu’elles venaient de partager était peut-être le moment le plus intime et le plus décisif que Zelia ait jamais partagé avec qui que ce soit. Elle ne montrait jamais ses faiblesses, jamais à ce point là, même Celesta avait mis des années avant de la voir dans ce genre d’état. Le fait que ça arrive si tôt avec la métisse, et que ça fonctionne en plus, avait quelque chose d’effrayant mais Zelia refusa d’y penser, pas maintenant, plus tard peut-être, mais pour le moment ça ne ferait gâcher le moment, et l’anglaise ne voulait rien gâcher de ce qui venait de se passer.

Elle ne savait pas quoi dire, quoi répondre. Elle aimait Abi mais il était un peu tôt pour qu’elle lui dise comme ça, aussi naturellement. Zelia était méfiante, elle ne s’ouvrait pas facilement, et s’était déjà assez ouverte pour ce soir, plus risquait d’être trop. Mais que dire si elle ne répondait pas à la déclaration d’Abigail ? Elle ne pouvait pas honnêtement lui dire qu’elle la suivrait n’importe où, ça n’était pas vrai, et elle le savait. Elle aimait Abigail mais elle n’était pas prête à caler sa vie sur la sienne, il était d’ailleurs possible qu’elle ne soit jamais prête à le faire, ça n’était simplement pas dans son caractère. Certes, elle était venue à Sywhaîd, en partie pour que Celesta y trouve un havre de paix, mais elle l’avait aussi fait pour retrouver Zephira et parce que c’était un endroit qui lui plaisait. Elle n’avait jamais fait de sacrifices pour qui que ce soit, ça n’était pas son genre, elle savait que ça voulait sûrement dire qu’elle était égoïste, mais elle ne pouvait pas faire autrement, son ambition était importante et jusqu’à présent elle n’avait jamais trouvé de raison valable de l’étouffer.

Comme elle ne trouvait rien qui soit intéressant ou valable à dire, elle se contenta d’embrasser Abi. D’un baiser qui, d’une certaine façon, en disait beaucoup. Beaucoup sur ce qu’elle pensait, sur ce qu’elle ressentait, sur ce qu’elle voulait. Et pour le moment, c’était Abi qu’elle voulait, et personne d’autre. Elle laissa donc glisser ses mains le long de la nuque de sa petite amie, avant de se rapprocher encore. Ce qui se passa par la suite fut une façon de laisser la tension s’échapper, sans se jeter des objets à la figure cette fois…

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